Plus de 403.000 personnes ont visité le SIEL 2025, une hausse de 26%

Ce nombre de visiteurs représente une augmentation de 26% par rapport à l’édition précédente, a précisé la même source, ajoutant que cet évènement a réuni 756 exposants, issus de 51 pays et présentant près de 100.000 titres.

Placée sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, cette édition, qui a mis à l’honneur l’émirat de Sharjah (Émirats arabes unis), a été organisée par le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication en partenariat notamment avec la région de Rabat-Salé-Kénitra et la wilaya de la même région.

Vitrine de la dynamique que connait la scène culturelle marocaine, le SIEL 2025 a renforcé le rayonnement de la ville de Rabat en tant que destination culturelle, tant au niveau national qu’international.

Le SIEL de la sociologue Soumaya Naamane Guessous

La sociologue et écrivaine Soumaya Naamane Guessous est aussi une militante reconnue pour son engagement en faveur des droits des femmes et son combat contre les inégalités sociales. Auteure de plusieurs ouvrages, dont le célèbre Au-delà de toute pudeur, elle a contribué à briser les tabous autour de la condition féminine au Maroc.

À travers ses travaux académiques, ses publications et son activisme, elle a marqué de son empreinte le paysage intellectuel marocain, devenant une figure emblématique du féminisme et de la sociologie engagée.

Un hommage avec une résonance profondément émouvante

Pour Soumaya Naamane Guessous, sa participation au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) 2025 a été « un moment privilégié« . Un hommage lui a été rendu pour l’ensemble de son parcours lors de cette édition au caractère particulier. « Ce moment fut d’autant plus privilégié que le salon a choisi de célébrer cette année des personnalités marocaines et internationales. Une initiative importante, d’abord pour la reconnaissance qu’elle apporte : être honoré par son pays a une résonance profondément émouvante »confie-t-elle à Médias24.

Soumaya Naamane Guessous souligne que la cérémonie en elle-même « a été remarquablement organisée, avec une gestion du temps impeccable ». Ce moment restera gravé dans sa mémoire, non seulement par « simple gratification personnelle« , mais aussi parce qu’elle y a partagé des instants enrichissants avec un public chaleureux. Elle considère cette reconnaissance comme essentielle à la poursuite de son engagement, notamment en tant que « porte-parole des sans-voix, des démunis, des marginalisés, hommes ou femmes ».

Féminisme et inclusion à l’honneur

L’édition 2025 du SIEL s’est déroulée sous le signe du féminisme et de l’inclusion, un aspect que Soumaya Naamane Guessous tient particulièrement à souligner. « Je tiens à exprimer ma fierté – avec un brin de militantisme assumé – que la commissaire générale du salon soit une femme. Latifa Mouftakir est une personnalité extraordinaire que j’ai eu le plaisir de rencontrer. En tant que militante pour la représentation féminine au Maroc, ce détail n’en est pas un : c’est un symbole fort », explique-t-elle.

Une organisation améliorée, mais perfectible

Sur le plan logistique, la sociologue relève une « nette amélioration dans la gestion de l’espace et de l’hygiène ». Toutefois, elle indique que la signalisation reste un axe d’amélioration, soulignant que « certains visiteurs semblaient désorientés pour trouver les salles dédiées ».

Quant au programme du salon, Soumaya Naamane Guessous le décrit comme étant « d’une richesse exceptionnelle », surpassant les éditions précédentes grâce à « sa diversité linguistique et culturelle ». Les tables rondes ont « brillamment mis en valeur le multilinguisme, reflet de l’ouverture et de la richesse du Maroc ». L’abondance d’activités proposées a même créé « l’embarras du choix », témoignant selon elle « du dynamisme de cette édition ».

Un salon accessible et engagé

En tant que sociologue, Soumaya Naamane Guessous a pris le temps d’interroger plusieurs visiteurs. « La satisfaction générale était palpable, renforcée par un prix d’entrée abordable permettant à un public varié d’y accéder », note-t-elle. Elle a également observé une grande diversité parmi les visiteurs, incluant même « des femmes qui semblent peu lettrées accompagnées de leurs enfants, preuve d’une volonté de transmission culturelle aux jeunes générations ».

La sociologue estime que ce salon, à travers sa logistique et son programme, « renforce indéniablement l’engagement en faveur de la culture et de la lecture ». Selon elle, même si cette fréquentation ne se traduit pas nécessairement par des achats significatifs, « l’impact éducatif demeure, car un tel espace éveille les consciences et encourage la lecture ».

Suggestions pour les prochaines éditions

Soumaya Naamane Guessous a pris également le temps de formuler quelques critiques constructives : le « manque de kiosques pour se restaurer ou se désaltérer » a entraîné des « files d’attente décourageantes ». De même, elle souligne l’insuffisance des espaces de repos, « concentrés près de l’entrée », rendant difficile l’accès particulièrement pour « les personnes âgées ou les familles avec de jeunes enfants ».

En conclusion, Soumaya Naamane Guessous qualifie le SIEL 2025 de « belle réussite », marquée par « des progrès notables et une énergie contagieuse ». Elle espère que les éditions futures combleront ces détails pratiques afin « d’offrir une expérience encore plus aboutie ».

SILEJ 2024 : 29 pays, 340 exposants et plus de 101.000 visiteurs

Augmentation du nombre des étrangers résidant au Maroc : les explications d’un expert en immigration

Sur son territoire, le Maroc compte aujourd’hui quelque 148.152 étrangers, selon les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 2024. Le nombre d’étrangers résidant dans le Royaume a augmenté de 61.946 entre 2014 et 2024, correspondant à une croissance annuelle de 5,6%. Une communauté absorbée principalement par deux régions: Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra qui abritent, respectivement, 60.902 et 29.233 ressortissants étrangers.

Mehdi Alioua, sociologue, spécialiste des migrations, chercheur et professeur à l’Université internationale de Rabat (UIR) nous livre sa lecture de cette tendance.

La continuité d’un phénomène ayant toujours existé

L’augmentation du nombre des étrangers au Maroc, comme révélée par le RGPH 2024, ne doit pas être appréhendée comme étant une nouvelle donne, tient à clarifier Mehdi Alioua, rappelant que le Maroc est une terre traditionnelle d’immigration ayant toujours accueilli, par le passé, des populations différentes.

« Les installations recensées aujourd’hui ne sont que la continuité d’un phénomène qui a toujours existé. A l’indépendance, nous l’avons perdue de vue étant donné que les pouvoirs publics et la société marocaine fixent désormais leur attention sur les départs plutôt que sur les arrivées ».

« En effet, le Maroc a toujours été une terre d’accueil et d’installation notamment pour des populations venues de régions différentes (Méditerranée occidentale, l’Afrique méditerranéenne,  l’Afrique saharienne-sahélienne, l’Afrique de l’Ouest et le Moyen-Orient). C’était aussi le cas pendant l’histoire moderne et contemporaine du Maroc avec la colonisation (France, Espagne et Portugal) ».

« Les étrangers au Maroc ont toujours été minoritaires, numériquement, par rapport au nombre de la population autochtone. Nous sommes sur la même tendance aujourd’hui : la population étrangère représente à peine 5% de l’ensemble de la population marocaine ».

A l’origine de la tendance, un recensement plus précis grâce aux opérations de régularisation  

Pour Mehdi Alioua, l’augmentation du nombre des étrangers au Maroc ne s’explique pas uniquement par les nouvelles entrées ayant eu lieu durant ces dix dernières années. La tendance observée se justifie principalement par les campagnes de régularisation ayant permis aux étrangers autrefois en situation irrégulière de se manifester, facilitant ainsi leur recensement, estime le spécialiste des migrations.

« Certes, l’immigration au Maroc a augmenté en dix ans. Il y a eu plus de gens qui se sont installés au Maroc grâce à l’attractivité du pays. Les installations augmenteront probablement davantage dans les années à venir« .

« L’essentiel de cette augmentation observée aujourd’hui peut néanmoins s’expliquer par le fait que les étrangers n’étaient pas forcément bien recensés auparavant. Il y avait aussi une restriction dans la délivrance des cartes de séjour, qui continue d’ailleurs malheureusement, mais qui était plus dure avant et qui faisait que les gens ne se présentaient pas ».

« Parmi les 140.000 étrangers actuellement recensés, seuls 30.000 se seraient établis au Maroc après 2014. Quant aux 110.000 restants, il s’agit en réalité de la somme des étrangers déjà présents dans le pays avant 2014, mais qui ont été enregistrés cette fois-ci grâce aux campagnes de régularisation dont les migrants ont pu bénéficier, suite à l’adoption de la stratégie nationale de l’immigration et de l’asile (SNIA) en 2014. Une stratégie qui a été mal comprise d’ailleurs puisqu’on croyait, à tort, qu’elle n’était destinée qu’aux Africains subsahariens, alors qu’en fait, elle était dédiée à tous les étrangers au Maroc, en situation irrégulière ».

Le Maroc demeure essentiellement un pays d’émigration 

« Au delà des flux migratoires à destination du Maroc, ce dernier demeure un pays essentiellement d’émigration. Nous avons un solde migratoire déficitaire, un solde quasiment nul. Autrement dit, il y a plus de personnes qui sortent que de personnes qui rentrent », enchaîne le spécialiste.

Et ce dernier de conclure : « Face au recul de la croissance démographique, autre point soulevé par le RGPH, la mobilisation de la diaspora peut apporter une réponse, d’ordre démographique, à ce défi. C’est dans cette lignée qui s’inscrit dans la vision de Sa Majesté qui veut mobiliser davantage cette diaspora. Or, la population marocaine ne se limite pas aux 36 millions de résidents dans le pays. On peut raisonnablement estimer qu’elle s’élève à environ 40 millions d’individus, si l’on inclut les 4 millions de Marocains vivant à l’étranger. Ce phénomène revêt une importance majeure en termes de dynamisme national, signifiant que la diaspora marocaine peut être considérée comme une 13e région à part entière ».

Émigration clandestine. Que retenir du dernier assaut massif à Fnideq ?

Les yeux rivés sur l’autre côté de la clôture, des centaines de candidats à l’émigration irrégulière se sont dirigés par vagues, à partir de la nuit du samedi 14 au dimanche 15 septembre, vers le poste-frontière de Fnideq, à la suite d’appels à un assaut massif contre Sebta sur les réseaux sociaux.

Une tentative d’intrusion inédite que les forces de l’ordre ont réussi à déjouer. Avant le 15 septembre, 60 individus, dont des mineurs, avaient été interpellés pour diffusion présumée de fausses informations incitant à l’émigration illégale.

Que retenir de ces événements ? Deux experts marocains de la question migratoire livrent à Médias24 leur lecture. 

« La défaillance du système éducatif »

Mohammed Khachani, membre fondateur et secrétaire général de l’Association marocaine d’études et de recherches sur les migrations (AMERM), et auteur de plusieurs rapports et publications sur la question migratoire au Maroc et dans l’espace euro-méditerranéen, tient pour responsable la défaillance du système éducatif.

Une partie des jeunes, surtout les moins de 24 ans, envisagent désormais l’émigration comme projet d’avenir

Le professeur de l’enseignement supérieur à l’université Mohammed V de Rabat appelle à ce titre à sensibiliser davantage les jeunes à travers la programmation de cours de civisme et de citoyenneté. Pour décourager les départs, le tissu associatif doit être également renforcé, insiste-t-il.

« Le problème fondamental est, à mon avis, un problème de sensibilisation et d’éducation. Le système éducatif est à blâmer. Il est la cause de tout ce que nous vivons actuellement. Nous n’avons pas inculqué à ces enfants l’esprit d’initiative. De nos jours, le jeune est obsédé par le gain facile et rapide. Une partie des jeunes, surtout les moins de 24 ans, envisagent désormais l’émigration comme projet d’avenir », déplore Mohammed Khachani.

Il poursuit : « Mais ces jeunes ignorent souvent ce qui se passe de l’autre côté. Séduits par un imaginaire symbolique, nourri par les récits de réussite sociale d’immigrés marocains installés à l’étranger, ils croient à tort que c’est l’eldorado sur l’autre rive. Ils décident ainsi de s’aventurer. Ces jeunes finissent généralement par le regretter, à en croire les migrants ayant réussi leurs traversées, que nous avons sondés au fil des années. Or, émigrer aujourd’hui, avec la conjoncture sociopolitique actuelle en Europe et la montée de l’extrême droite, est une catastrophe, voire une mésaventure ».

« Pour décourager ces départs, il est essentiel de reprogrammer les cours de civisme et de citoyenneté. Le gouvernement a également intérêt à miser sur la société civile et à renforcer le tissu associatif s’intéressant à la question migratoire qui, malheureusement, est en train de s’éteindre », suggère l’expert.

« Le Maroc a des atouts extraordinaires. Il existe des métiers locaux grâce auxquels le jeune Marocain peut gagner aisément sa vie. Les métiers de la main, à l’instar de la plomberie, la menuiserie ou le commerce, peuvent rapporter un gain quotidien pouvant atteindre jusqu’à 1.000 DH. Il est donc possible de bien vivre au Maroc, mais à condition de travailler et d’y mettre du sien », conclut ce dernier.

Le nombre élevé de jeunes NEET et les réseaux sociaux contribuent à l’intensification du désir d’émigrer

Le sociologue et spécialiste des questions migratoires, Mehdi Alioua, porte un « regard critique », comme il le précise, sur les derniers événements.

Il estime que le nombre élevé de jeunes NEET et les réseaux sociaux contribuent à l’intensification du désir d’émigrer. « En l’absence de solutions directes qui permettraient aux candidats à l’émigration irrégulière de gagner leur vie, la militarisation des frontières demeure un moyen inefficace », selon ce dernier. Et pour cause, cette stratégie ne fait que différer l’immigration clandestine, au lieu de l’éradiquer.

« Comme tous les Marocains, ma lecture est d’abord une lecture triste. Les enfants qui sombrent dans le désarroi, leurs mamans qui les pleurent, le traitement qu’ils subissent, les décès… C’est navrant ! », regrette Mehdi Alioua.

Comme tous les Marocains, ma lecture est d’abord une lecture triste

« Maintenant, je porte aussi un regard critique sur le sujet. Nous avons une conception très violente des frontières. Ce problème n’est pas lié spécifiquement au Maroc ou à l’Espagne puisqu’il s’agit d’une problématique plutôt mondiale. À partir des années 1990, nous sommes entrés dans un régime de visas et de frontiérisation du monde tandis que, dans l’histoire, les êtres humains avaient toujours circulé librement, hormis les situations de conflits et de guerres transfrontalières. Ce changement de paradigme a engendré l’appauvrissement des individus, notamment des Marocains, qui vivaient de ce que j’appelle l’économie de la circulation, en s’installant ailleurs pour travailler ou en effectuant des allers-retours », explique le spécialiste des questions migratoires.

« Donc, d’un côté, nous avons restreint la mobilité et le droit à la mobilité (durcissement des frontières, mobilisation massive des forces de l’ordre et investissement de sommes colossales). Mais, d’un autre côté, nous n’avons pas pu trouver une solution pour tous ceux qui vivaient de l’économie de la circulation, créant ainsi un contexte favorable aux tentatives de hrig. Pire, avec le taux élevé de jeunes NEET et les quelques success stories relayées aujourd’hui sur les réseaux sociaux de migrants ayant réussi à rallier d’autres cieux, ce désir d’émigration chez les Marocains ne fera que s’intensifier« .

Et l’expert de conclure : « La militarisation des frontières peut contrarier les candidats à l’émigration irrégulière, mais elle ne les empêchera pas de passer puisqu’ils vont toujours essayer de manière plus ingénieuse ou alors violente d’entrer. On ne fait que repousser le problème au lieu de le régler ».

SIEL. Le phénomène Osamah Almuslim, de quoi est-il le nom ?

Une cohue a été déclenchée le samedi 11 mai, deuxième jour du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), grand-messe du livre au Maroc, lors de la séance de dédicaces des romans d’Osamah Almuslim. L’écrivain saoudien, auteur de plus de 30 romans célèbres pour leur style fantasy, semble enthousiasmer la jeunesse marocaine, venue de tout le Maroc pour le rencontrer.

Des adolescents massés pendant des heures avec des livres à la main et des files d’attente interminables pour accueillir l’auteur au SIEL. Soucieuses d’éviter tout risque de bousculade, les autorités ont dû interrompre la séance de dédicaces. Du jamais vu !

Cet écrivain saoudien à succès, surtout connu auprès des jeunes, écrit de la fiction fantastique en arabe. Celui que l’on peut qualifier, toute proportion gardée, de « Rowling arabe », en référence à la romancière britannique auteure de la saga Harry Potter, s’appuie par ailleurs sur les réseaux sociaux pour communiquer et élargir sa communauté. Une sorte d’influenceur-écrivain.

Le phénomène Osamah Almuslim nous amènera-t-il à réexaminer la conviction selon laquelle nos jeunes ne se sont pas réconciliés avec le livre ? Est-ce que nos jeunes ne lisent pas, faute de trouver une lecture qui les intéresse ? Pour Najib Refaïf, journaliste culturel, chroniqueur et auteur, les œuvres déjà existantes ne répondent pas toujours au goût du jeune lectorat.

« Peut-être que ce sont les écrivains qui écrivent des choses qui ne se lisent pas » 

« C’est la question qui se pose effectivement. Pourquoi les jeunes s’intéressent-ils à cet auteur et à ses écrits ? Et on dit que les jeunes ne lisent pas… Peut-être que ce sont finalement les écrivains qui écrivent des choses qui ne se lisent pas« , s’interroge Najib Refaïf.

« On dit que les jeunes sont les grands absents du lectorat marocain. Le phénomène Osamah Almuslim nous montre pourtant tout le contraire. Les jeunes marocains lisent, mais ils privilégient une certaine littérature qui mêle suspens et fantaisie. Au SIEL, nous avons remarqué une forte présence de jeunes filles lors de la séance de dédicaces d’Osamah Almuslim, probablement parce qu’il y a beaucoup de personnages féminins dans ses écrits », souligne le journaliste chroniqueur, grand habitué du SIEL, dont il a été l’un des précurseurs.

Une élite intellectuelle déconnectée de sa jeunesse ?

Sur un ton plus ferme, l’éditeur Hicham Houdaïfa critique la réaction et le regard méprisant porté sur les lecteurs charmés par Osamah Almuslim.

« Ce qui m’a beaucoup déçu, c’est la réaction élitiste des gens qui ont porté un regard vraiment hautain sur cette jeunesse qui s’est déplacée pour cet auteur… Une élite totalement déconnectée de sa jeunesse. J’ai trouvé cela vraiment très triste de la part d’une élite soi-disant intellectuelle qui devrait incarner un modèle pour les jeunes », déplore le co-fondateur de la maison d’édition En Toutes Lettres.

« Certes, Osamah Almuslim écrit de la fantaisie, mais ce n’est pas comme si l’on avait tous commencé à lire Dostoïevski à un âge précoce. Nous nous sommes souvent initiés à la lecture grâce à ‘la petite littérature’, sans parler bien sûr de notre responsabilité de mettre à la disposition de nos jeunes une diversité de lectures. Et d’ailleurs, aucun de nous n’a la légitimité de parler de grandes ou de petites littératures », poursuit-il.

« La diversité de la lecture doit être à la portée de tous »

Hicham Houdaïfa d’ajouter : « Les gens ont le droit de lire ce qu’ils veulent et de trouver leur plaisir dans ce qu’ils aiment réellement. Ce jugement de valeur, de classification, je le trouve encore une fois très hautain et malvenu. La culture est censée susciter de l’empathie ; elle est censée nous amener à fournir plus d’outils à nos jeunes et non à les juger au premier coup et à la première lecture ».

« Donc effectivement, des structures comme les bibliothèques publiques qui n’existent pas dans ce pays, ou quand elles existent sont fermées, ou quand elles sont ouvertes ne possèdent pas de livres, ou lorsqu’il y a quelques livres, la personne censée s’en occuper n’est pas là… Ces structures me semblent pourtant essentielles pour présenter la lecture dans sa diversité, y compris les livres de cet écrivain saoudien ; pour la mettre à disposition des jeunes afin qu’ils puissent s’ouvrir à d’autres auteurs plus tard, comme Balzac ou les grands auteurs arabes ou marocains. Or nous disposons effectivement, et en arabe et en français, d’une diversité littéraire et d’une diversité de lecture qui doit être à la portée de tout le monde« , conclut Hicham Houdaïfa.

Un succès, deux volets

Qu’en est-il désormais du côté de l’écrivain ? En Occident, son succès est influencé par deux volets : le volet littéraire, à travers les différents prix prestigieux, et le volet commercial, par le biais des ventes. Chacun de ces volets a sa place et est reconnu pour son succès.

Néanmoins, dans le monde arabe, on prête moins d’attention à cette notion de succès commercial qui, pourtant, a toute son importance si l’on considère la success story d’Osamah Almuslim. « Son point fort, c’est la communication sur les réseaux sociaux. Il adopte les techniques des grands éditeurs qui font du buzz autour de leur littérature et écrivent des best seller. Un best seller, c’est ça ! Et il y a des conditions pour en écrire. D’abord, il faut écrire des choses captives, addictives, ce que nous appelons les page turner. Tu as envie de tourner la page pour savoir ce qui se passe par la suite. L’autre aspect tout aussi important, c’est la vente. Ecrire, c’est vendre. Si on écrit et que l’on ne vend pas, on n’aura pas de lecteurs », reprend Najib Refaïf.

« Ce sont ces deux aspects-là qu’il faut allier pour produire des écrits à lire : le savoir-faire (techniques d’écriture) et le faire-savoir (communication autour de ce savoir-faire) », insiste l’auteur.

Une bonne littérature ? Tout est question de subjectivité…

« La fantaisie est un genre qui fonctionne partout. En témoignent les séries littéraires fantastiques comme Harry Potter ou Game of Thrones dont des millions d’exemplaires ont été vendus à travers le monde. Elles ont même été adaptées au cinéma ».

« La littérature commerciale, c’est comme le cinéma commercial ! La littérature commerciale, c’est ce que nous appelons aussi la littérature populaire. C’est ce type d’œuvres qui se vend le plus. Un best-seller est-il forcément un bon livre ? Il faudrait d’abord définir ce qu’est un bon livre. Se définit-il par sa conformité à des critères purement littéraires, ou par l’ampleur des ventes qu’il a réalisées ? C’est ça la question à mon sens« , précise-t-il.

« Prenons l’exemple du Comte de Monte-Cristo, considéré à l’époque comme de la littérature populaire. C’est un best seller jusqu’à ce jour ; on en a tiré des films. C’est cependant moins bien écrit si l’on considère encore une fois des critères purement littéraires, notamment les procédés d’écriture (niveau de langue, figures de style, ton employé…) par rapport aux œuvres de Stendal et Flaubert », poursuit Najib Refaïf.

« Il y a également l’exemple de Mustafa Lutfi al-Manfaluti dans le monde arabe, qui écrivait des choses souvent traduites du français mais avec un style simple, facile à lire et à comprendre, à partir de 14 ans, 15 ans. S’il est moins bien écrit par rapport à Najib Mahfoud en Egypte ou à Mohamed Zafzaf chez nous, et à d’autres grands écrivains contemporains du monde arabe, on ne peut pas dire pour autant qu’il est mauvais. Est-ce que parce qu’il y a beaucoup de gens qui lisent un livre que ce dernier est automatiquement moins bon d’un point de vue littéraire ? C’est verser dans l’élitisme qui lie la beauté à la rareté. Difficile donc de dire ce qu’est une bonne littérature qui, à mon avis, reste subjective« , conclut Najib Refaïf.

Qui est Osamah Almuslim ?

Né en 1977, Osamah Almuslim n’a émergé que tardivement en tant qu’écrivain et romancier majeur, en écrivant des romans de fantasy et de fantasy historique, avec pour éléments forts le suspense et une narration cinématographique avec des dialogues solides. Il a poursuivi ses études à l’Université du roi Fayçal où il s’est spécialisé en littérature anglaise, ce qui lui a permis de traduire certaines de ses œuvres en anglais par la suite.

Osamah Almuslim présente les événements de manière fragmentée et emploie des noms uniques et étranges. La plupart de ses romans se distinguent par des fins inattendues. Certains ont été sélectionnés pour être adaptés en films. D’autres ont été traduits en anglais, notamment Khawf (Fear) et Jardins d’Arabestan (Gardens of Arabestan).

Il a publié 32 romans dont les plus célèbres sont Khawf 1, Khawf 2 et Khawf 3 − en cours d’adaptation en une série télévisée saoudienne inspirée du roman −, la saga Jardins d’Arabestan en six parties, Lajj : L’épopée des sept mers en cinq parties et la série de nouvelles Le tumulte de Khaseef en trois parties.

L’élection présidentielle anticipée en Algérie est le reflet d’une crise profonde (Ahmed Faouzi)

L’Algérie a annoncé, jeudi 21 mars, la tenue d’une élection présidentielle « anticipée » le 7 septembre 2024, soit trois mois avant la date initialement prévue. Quelle lecture peut-on faire de cette annonce ?

« Des élections anticipées en Algérie sont prévues en septembre ; mois au cours duquel Abdelmajid Tebboune devrait se rendre à Paris tel que convenu lors de son entretien téléphonique avec Macron », contextualise notre consultant et analyste diplomatique Ahmed Faouzi.

Et d’ajouter : « On annonce des élections anticipées dans deux cas : lorsque le pays est en crise politique ou lorsque le gouvernement démissionne. Comme le gouvernement algérien n’a pas démissionné, cette initiative se veut ainsi le reflet d’une crise profonde que traverse le système politique algérien. »

« La crainte du réveil du Hirak est derrière ce changement brusque »

L’Algérie recourt à des élections anticipées quand le système politique se trouve face à face avec les révoltes populaires et celles de sa jeunesse, souligne notre interlocuteur.

« C’est ce que Alger avait fait quand l’ancien président Bouteflika espérait renouveler son cinquième mandat en 2019. Le gouvernement actuel avait fait ce même choix en organisant des élections législatives anticipées en 2021 au lieu de 2022 », rappelle Ahmed Faouzi.

« C’est la crainte du réveil du Hirak qui est certainement derrière ce changement brusque qui veut donner l’impression que tout change pour que rien ne change. Cette décision est donc un acte politique par excellence et une manière de déjouer les manœuvres des adversaires internes et ceux de l’extérieur dans le but ultime de renforcer le pouvoir en place et de consolider le système dans son ensemble suite à de nombreux échecs enregistrés au niveau politique (non-adhésion au BRICS, difficultés au Sahel, avec le Mali puis avec la France et l’Espagne…) », poursuit-t-il.

« Par cette décision d’appeler les Algériens à des élections anticipées, la junte militaire espère organiser et remporter ces élections plus facilement que de les laisser traîner jusqu’à la fin de l’année pour disposer d’un répit supplémentaire de cinq ans », conclut l’analyste diplomatique.

L’écrivaine Mouna Hachim auprès des détenus de Oukacha pour décloisonner la lecture

Une fenêtre sur l’extérieur. Lundi 24 mai, l’écrivaine Mouna Hachim s’est rendue à la prison de Oukacha pour présenter son nouveau roman, « Ben Toumert ou les derniers jours des voilés » (La Croisée des Chemins, 2021). La conférence a été conjointement organisée par l’administration pénitentiaire et l’éditrice Nadia Salmi, directrice de la maison d’édition Yomad et présidente de l’association Littérature itinérante.

Plus qu’une conférence, la présentation de ce roman a été l’occasion d’un échange de deux heures et demie entre la romancière et les détenus présents pour l’occasion. L’évènement s’est également déroulé en visioconférence, afin de permettre à des détenus de 72 prisons, notamment celle de Tétouan, Smara et Kénitra, de suivre (et de participer) en direct aux discussions qui ont émaillé la rencontre.

« Désacraliser la lecture »

« L’objectif, c’est de désacraliser la lecture et les livres et de donner un brin de liberté à des personnes détenues. La lecture, puis la rencontre avec l’auteur, sont des moments qui permettent de rompre un peu avec le quotidien. Notre association avait déjà organisé une première opération en distribuant presque 5.000 livres aux bibliothèques des différentes prisons du royaume. Par la suite, on a pensé que ce serait une bonne chose d’animer ces livres ; de les rendre plus attractifs et d’en faire profiter les détenus en leur faisant rencontrer un auteur », explique à Médias24 Nadia Salmi, l’éditrice coorganisatrice de l’évènement. Une cinquantaine d’exemplaires du roman de Mouna Hachim ont été distribués à des détenus qui ont manifesté leur intérêt, afin de leur permettre de lire l’ouvrage, préalablement à la rencontre.

« J’ai évité de faire une longue conférence pour rester dans le cadre d’un échange, d’un jeu de questions-réponses, qui se sont d’ailleurs faites aussi bien en français qu’en arabe. J’ai trouvé ces détenus épatants, et je le dis sans condescendance ni démagogie. Ils ont lu le livre avec profondeur. Ils se sont intéressés à la thématique comme l’aurait fait n’importe quel participant à une conférence. C’est cela qui a fait toute la richesse des échanges », souligne Mouna Hachim, jointe par Médias24.

Le roman, à valeur historique, retrace la chute de la dynastie almoravide et la naissance de la dynastie almohade sous l’impulsion d’un grand chef spirituel, « prédicateur fanatisé et redoutable penseur », maître d’une doctrine particulièrement violente, Mohamed Ben Toumert. « Un personnage très énigmatique, très controversé. Il a une facette lumineuse, de par son savoir et son ascèse, et une autre, beaucoup plus sombre, qui rejoint celle de la violence et du fanatisme. La chute de la dynastie almoravide est également perçue à travers le regard de trois femmes, protagonistes majeures du roman. Et elles ne sont pas là pour faire joli : certaines furent des guerrières totalement engagées dans le cours des événements politiques », explique Mouna Hachim.

Des thèmes qui résonnent avec l’actualité

C’est justement la teneur du roman, dont les thématiques sont en partie celles de l’extrémisme et du fanatisme, qui a fait écho auprès des lecteurs (une précision : il ne s’agissait pas forcément de détenus condamnés pour des actes terroristes ; les motifs de leur incarcération n’étant évidemment pas le sujet de la rencontre). Toujours est-il que, si le roman retrace certes des faits passés et révolus, il résonne avec l’histoire contemporaine ; celle de nos sociétés du XXIe siècle qui connaissent elles aussi l’extrémisme et le fanatisme.

L’importance de l’Histoire, la place des femmes, les origines de l’extrémisme, de la violence, l’ignorance, les inégalités sociales, la correspondance avec l’actualité… Nous avons longuement échangé sur les terreaux favorables à la naissance de mouvements extrêmes et cela a suscité un vif intérêt. L’un des participants m’a dit qu’il avait eu l’impression de lire notre présent. J’ai écouté des témoignages bouleversants qui m’ont profondément ébranlée. C’est un autre regard qu’on porte sur les choses et les gens… Et puis il y a aussi l’idée de se demander, après tout, ce que l’on peut faire pour son pays, pour ces individus qui sont dans une situation de fragilité ou de frustration et qui ont besoin d’aide », explique encore Mouna Hachim.

Dans la perspective de décloisonner la lecture et les livres, Mouna Hachim dit aussi avoir souhaité « mettre en avant le rôle de la lecture, qui agit comme une ouverture sur le monde extérieur. J’ai grandi en solitaire, un peu coupée du monde extérieur ; bien sûr, pas pour les mêmes raisons et dans les mêmes conditions que ces personnes, et j’ai souhaité faire partager cette faculté qu’à le livre de nous faire voyager d’un univers à un autre, le temps, pour ces personnes, que les choses reviennent à la normale. »

Fatimazahra Adiar représentera le Maroc au Défi de la lecture arabe

Fatimazahra, qui poursuit ses études au lycée Cadi Ayyad, a été sacrée championne nationale de cette épreuve, devant Imran Bouazza, du lycée Oued Eddahab à Khénifra et Ikram Amtour du lycée de la ville de Boulemane.

Lors de la phase finale de la 4e édition du Défi de la lecture arabe, prévue en octobre prochain à Dubaï, Fatimazahra Adiar, âgée de 15 ans, sera accompagnée de neuf candidats qui se sont distingués durant les éliminatoires.

Elle tentera de succéder à sa compatriote Meriem Amjoun, de la ville de Tissa, qui, à l’âge de 9 ans, avait fait sensation lors de la troisième édition et suscité l’admiration de millions de téléspectateurs et d’internautes.

D’autre part, le prix du meilleur encadrant à l’échelle nationale est revenu à l’enseignant Mohamed El Khaitar, de l’Académie régionale de formation et d’éducation de Rabat-Salé-Kénitra, qui s’est imposé face à deux autres concurrents.

Dans l’épreuve consacrée aux étudiants universitaires, qui a connu l’engagement de 23 prétendants, la victoire est revue à Mohamed Amine Bichba, de l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah de Fès.

Lancé en 2016 par la Fondation internationale Mohammad Bin Rashed Al Maktoum, le Défi de la lecture arabe est doté de 11 millions de dirhams émiratis, soit 3 millions de dollars environ.

Le grand vainqueur remporte la somme de 500.000 dirhams, tandis que la meilleure école et l’encadrant distingué reçoivent respectivement un million et 800.000 dirhams.

Affaire Tina Milon: quand la preuve fait défaut

C’est un vrai mystère ! Que s’est-il réellement passé ce 1er août 2013 à Tanger, date à laquelle la jeune ivoirienne Tina Milon accuse des éléments des forces de l’ordre d’avoir abusé d’elle. L’examen médical qui a été fait le 7 août dernier n’a révélé aucune trace de viol ou de violence.
 
En effet, 6 jours séparent la visite médicale de l’agression, et ce en raison du fait que l’AMDH et Chabaka n’ont pas été alertés à temps.
 
Le délai de six jours ne permet pas de révéler grand-chose; « il est impossible de relever des traces d’actes sexuels, si ce n’est la perforation de l’hymen au cas où la victime n’a jamais eu de relations sexuelles avant les faits», nous déclare Dr Saâd Agoumi, spécialiste en gynécologie à Casablanca. «Une piste qui ne permet pas de prouver quoi que ce soit, compte tenu du fait que Tina Milon a été victime d’un viol en Côte d’Ivoire lors de violents affrontements tribaux. Elle y a d’ailleurs perdu ses proches, et c’est la raison qui l’a poussée à quitter son pays», révèle Boubaker Khamlichi, responsable de l’immigration au sein de l’AMDH Tanger en charge du dossier.
 
En revanche, toujours en ce qui concerne les moyens de preuve, «même s’il est impossible de prouver qu’il y a eu viol, il est possible de trouver des traces de violences qui peuvent l’indiquer», estime le spécialiste en gynécologie. « Il n’en est rien !» rétorque Boubaker Khamlichi, avant de poursuivre: «dans sa plainte, la victime ne parle pas de violences physiques, mais d’abus sexuels. Lors des faits, la victime était psychologiquement détruite. Elle n’a pas eu la force de se débattre, ni de résister.»
 
Quoi qu’il en soit, l’enquête préliminaire suit son cours.
 
De leur côté, les avocats attendent les résultats de l’enquête pour décider de l’action à mener. Boubaker Khamlichi reste confiant, il nous a déclaré que le préfet de police de la région de Tanger lui a promis une enquête transparente.
 
Actuellement, et d’après des sources proches du dossier, l'hypothèse d'un viol par une ou plusieurs personnes n'est pas écartée.

Maroc Telecom : les actionnaires d’Etissalat d’accord pour financer l’acquisition

Réunis en assemblée générale extraordinaire, les actionnaires ont donné leur feu vert à l’opérateur émirati sur le montage financier prévu pour reprendre la participation du groupe français Vivendi dans Maroc Telecom.

Rappelons qu'Etisalat a déposé au mois de mai une offre d'achat proposant un prix plus élevé que son concurrent, le groupe du Qatar Ooredoo.

Emirates Telecommunications Corporation (Etisalat) est l'une des plus grosses compagnies du secteur au Moyen-Orient. Elle est présente en Arabie saoudite et en Egypte et a des participations en Afrique et en Asie.