Législatives 2026. Coupe du monde, pouvoir d’achat, jeunesse… Les clés du scrutin (David Gœury)

À près d’une année des législatives de 2026, la classe politique s’interroge : sur quoi les électeurs marocains vont-ils vraiment voter ? À première vue, les grands enjeux du prochain mandat semblent déjà dessinés : pilotage du projet Coupe du monde 2030, climat, compétitivité industrielle… Mais la réalité du terrain électoral est bien plus fragmentée, entre inflation persistante, désengagement massif des jeunes urbains et défiance à l’égard des partis.

Après la première partie de l’entretien avec le géographe et chercheur à La Sorbonne, David Gœury, qui portait sur le découpage électoral à la lumière des résultats du recensement, voici la suite de cet entretien consacrée aux clés du scrutin.

David Gœury

Médias24 : À votre avis, quels vont être les principaux thèmes ou les principaux points sur lesquels les élections législatives 2026 vont se jouer ? C’est une question que beaucoup se posent.

David Gœury : En amont, la question de la participation électorale et de la mobilisation des électeurs se pose.

Comment se mobilisent les électeurs marocains ?

Sur le plan thématique, l’agenda Coupe du monde 2030 s’impose à tous les partis du gouvernement. L’organisation d’un tel événement planétaire est toujours, pour les États qui l’organisent, un moment de très forte mobilisation sur les questions d’infrastructures, de partenariats, d’image…

Ainsi, le gouvernement qui sera élu en 2026 aura comme agenda prioritaire l’organisation du Mondial de football. Et ce ne sera pas uniquement une affaire sportive, mais intersectorielle.

Entre agenda global et urgences locales

Ensuite, il y a les défis stratégiques. C’est-à-dire qu’il y a en arrière-plan des questions qui ne sont pas liées à un mandat, telles que le réchauffement climatique qui a des effets accélérés sur le territoire marocain, notamment sur les régions Souss-Massa et Marrakech-Safi qui basculent d’une situation semi-aride à aride, ainsi que les profondes transformations de l’industrie qui lient énergie, compétitivité et emploi, comme l’automobile et l’aéronautique. Ces secteurs nécessitent des investissements et une vision sur la longue durée.

Ce sont des choses qui ne sont pas forcément au cœur des questionnements des électeurs et des électrices, mais qui vont de facto mobiliser le gouvernement, avec de gros investissements et des négociations concernant les financements ou les investisseurs.

Ce sont donc des questions qui s’inscrivent dans des temporalités très longues.

Inflation et pouvoir d’achat : un déclassement qui s’invite dans l’isoloir

– Et quel est le lien avec l’élection ?

– Les électeurs et les électrices votent surtout à l’aune de leur situation personnelle : l’emploi et le pouvoir d’achat. En 2021, les thèmes étaient la question de l’emploi, l’éducation et la formation, ainsi que la santé. Ces trois questions cruciales étaient centrales pour les électeurs urbains depuis 2011.

L’emploi et l’éducation sont extrêmement liés. Les ménages et surtout les jeunes Marocains et Marocaines ont bien conscience que l’intégration de filières de formation – comme la diplomation de qualité, la formation professionnelle de qualité – amène à de bons emplois. Ainsi, toute la question est la réussite scolaire et l’accès à ces bons emplois. On le voit d’ailleurs pour les lauréats des écoles d’ingénieurs, de la formation professionnelle de techniciens liés à des structures industrielles de proximité, que ce soit l’automobile, l’aviation ou autre…

Les bons emplois restent concentrés sur les axes autoroutiers A1 et A5, grosso modo, de Safi à Tanger, en passant par Rabat et Casablanca

En revanche, celles et ceux qui échouent, qui n’arrivent pas ou ne se maintiennent pas dans le système scolaire savent qu’ils sont de plus en plus menacés par le chômage et les mauvais emplois.

On constate donc un fossé qui ne fait que s’accentuer entre celles et ceux qui intègrent les postes enviables, que les jeunes appellent la « Team Morocco », et ceux qui n’arrivent pas et qui se retrouvent de côté et disent qu’ils sont dans la « Team Maghreb », c’est-à-dire celle qui est tenue à l’écart de la croissance économique.

Là, cette pression sur la formation et la possibilité d’accéder à des bons emplois, elle n’a fait qu’augmenter depuis 2021. Cette divergence de trajectoires est croissante et prend une dimension territoriale. Il y a beaucoup de villes moyennes, de communes rurales, de quartiers excentrés qui se trouvent complètement à l’écart de cette dynamique d’emploi.

Prenons par exemple l’Oriental, exception faite du sud des deux communes de Bouarg et Selouane qui sont tirées par le projet Nador West Med. Il n’y a pas de création d’emplois de qualité. L’Oriental est lourdement frappé par la déprise de l’activité et le marasme économique. Cette situation concerne même des villes comme Meknès et Fès, où l’activité qui est générée n’est pas suffisante face à la demande d’emplois des jeunes. Les bons emplois restent concentrés sur les axes autoroutiers A1 et A5, grosso modo, de Safi à Tanger, en passant par Rabat et Casablanca. Malgré l’autoroute A2, la dynamique économique s’arrête pour l’instant à Tiflet, obligeant le gouvernement à s’engager fortement au profit de Fès et de Meknès.

La question de l’emploi de qualité et de la formation de qualité reste donc centrale… Mais cette question est désormais devancée par celle de l’inflation et du pouvoir d’achat.

L’inflation a touché les catégories les plus dépendantes des prix du marché. Comme il y a un contexte de réchauffement climatique et d’effondrement de la petite agriculture familiale dans de nombreuses localités, désormais même les ménages qui avaient jusque-là une certaine autonomie ont été affectés par l’inflation, comme les ménages urbains d’ailleurs.

La classe moyenne urbaine est très affectée par l’inflation, et la frange la plus modeste s’est appauvrie, ayant le sentiment d’un déclassement très fort par rapport aux ménages qui ont profité des nouvelles aides sociales. Cette classe moyenne a renoncé à consommer des produits alimentaires qui étaient entrés dans son quotidien comme la viande rouge, le poisson, mais également le poulet.

Cette inflation va véritablement discréditer la parole politique, comme il est possible de l’observer dans de nombreux pays, par exemple lors des dernières élections aux États-Unis. Est-ce que les aspects moraux, tels que la lutte contre la corruption, le conflit d’intérêts, vont surgir ou pas ?

C’est un sujet toujours présent et fortement relayé sur les réseaux sociaux, depuis le boycott de 2018. Les partis politiques de l’opposition posent la question de la responsabilité vis-à-vis de la situation économique générale, comme on l’a vu dans les débats sur le marché du poisson, des viandes rouges, etc. C’est un sujet particulièrement sensible et potentiellement inflammable, car à même de catalyser les frustrations profondes des ménages marocains. C’est aussi un point de tension entre les partis de la coalition.

– Pourriez-vous nous donner l’essentiel de ce que serait une typologie de l’électorat au Maroc ? Il y a historiquement un électorat urbain et un électorat rural ; quelle est la différence entre les deux ?

– La différence, c’est la notion du problème de l’ancrage.

Beaucoup de ruraux veulent conserver un lien privilégié avec leur commune d’origine, ce qui expliquait le fait que beaucoup de gens qui habitaient les grandes villes comme Casablanca ne votaient pas dans la circonscription de résidence principale, mais votaient dans leur village d’origine.

Lors des dernières élections de 2021, on a observé des taux d’inscription dans les villages qui étaient particulièrement forts, dépassant les 90%, et une mobilisation électorale extrêmement importante le jour du vote. Cet électorat vit en ville, mais reste profondément attaché à sa commune rurale d’origine pour s’assurer de disposer d’un contact direct avec le conseil communal. Ce hiatus est de plus en plus important entre un électorat urbain qui reste très attaché au village, alors que ce même village se vide de sa population résidente année après année.

– Et l’urbain alors, quelles sont ses caractéristiques ? L’urbain qui n’a pas d’attache rurale…

– Il y a dans les villes un électorat militant, historique, socialisé politiquement autour d’idéologies politiques pour forger des identités partisanes : celles de gauche, à vocation socialiste, comme le PPS ou l’USFP, ou à référentiel islamique avec le PJD, ou à vocation économique de droite libérale. La généalogie des partis réalisée par Tafra a démontré un vrai clivage droite-gauche.

On avait ces forces-là, mais après, on a observé un épuisement de ce militantisme.

L’épuisement du militantisme de gauche a commencé dans les années 2000 du fait de la participation aux coalitions gouvernementales sans arriver à imposer son agenda politique, mais aussi d’une absence de renouvellement générationnel.

Il n’a pas connu de nouveau souffle malgré des tentatives après 2011. Les élections de 2021 n’ont pas permis de voir apparaître une réelle dynamique, ce qui a laissé un électorat orphelin, qui ne se reconnaît pas dans des partis dont l’appareil est aujourd’hui extrêmement contrôlé et qui ne se retrouve pas dans les projets politiques proposés. Le déclin est lié à la fois au désengagement de militants historiques de gauche et à l’absence d’engagement des jeunes qui ont des sensibilités de gauche.

En deuxième lieu, citons l’engagement très fort mené par la mouvance islamiste qui, en 2011-2016, était la seule qui arrivait à mobiliser sur un programme, avec un réseau de militants très dense. Mais, ces militants ont été extrêmement déçus par la séquence 2016-2021, leur désengagement a été extrêmement fort en 2021, de nombreux militants historiques se sont abstenus de voter. Cette catégorie militante est la plus à même d’apparaître aux élections législatives de 2026, et notamment dans un vote de contestation de ce qui s’est passé sur le mandat de 2021-2026. Elle se remobilise régulièrement dans la rue, notamment sur la question de Gaza, et reste très active sur les réseaux sociaux.

L’électeur urbain majoritaire, c’est l’abstentionniste

– En 2021, il y a eu concomitance des scrutins locaux et législatif, et le PJD s’est effondré…

– En 2021, ce qui était rédhibitoire, c’étaient l’incompétence et l’incurie des présidents de commune PJD qui avaient dirigé les villes durant six années. Les militants du PJD ont voulu sanctionner la direction du parti et une génération qui cumulait mandats locaux et nationaux sans savoir comment saisir cette opportunité.

En 2026, il y aura seulement les législatives. On verra si les figures connues reviendront pour briguer des sièges de députés, ou si le PJD va miser sur une nouvelle génération. La surprise sera d’autant plus forte qu’en 2021, le recul du PJD s’était fait étape par étape, élection après élection. D’abord, les élections professionnelles, les syndicales, puis ensuite la mobilisation pour les élections communales.

Le troisième profil militant s’inscrit, lui, dans une logique libérale, entrepreneuriale, qui concerne les personnes qui sont les gagnantes actuelles des transformations économiques marocaines. Celles et ceux qui ont des salaires élevés, qui ont des opportunités économiques, et qui sont les plus proches des partis de la majorité actuelle. Cependant, démographiquement, ils sont moins nombreux que les autres catégories et, surtout, divisés entre plusieurs forces politiques (RNI, PAM et Istiqlal) ; et ce sont eux qui vont devoir choisir s’ils sont prêts à défendre le bilan des cinq dernières années. Or ce n’est pas un profil qui fait campagne et s’engage sur le terrain.

Enfin, en quatrième lieu, l’électeur urbain majoritaire, c’est l’abstentionniste : l’électeur désabusé. Cette catégorie représente l’écrasante majorité des urbains, plus des deux tiers de l’électorat potentiel dans certaines circonscriptions. Ils peuvent dépasser les 80% des électeurs urbains. Il apparaît très peu probable qu’ils se mobilisent en 2026 si l’offre électorale reste la même. Le taux de participation risque d’être très faible.

Jeunes, femmes, urbains : les angles morts de la politique marocaine

– Donc, vieillissement de l’électorat et des militants historiques, jeunes complètement désabusés, faible engagement politique, forte abstention dans les villes…

– Tout le monde dit qu’il faut faire campagne auprès des jeunes. Mais, dans les faits, ils sont exclus des politiques publiques. Ils subissent un taux de chômage très élevé, ce qui traduit vraiment l’insatisfaction, et les structures politiques de mobilisation ne sont pas vraiment à leur écoute. Ils accèdent très peu aux instances de décision, et il n’y a eu aucune politique d’envergure à leur bénéfice. Par conséquent, ils sont très critiques des structures partisanes.

Dans les villes, on observe un intérêt politique au moment des études supérieures, qui vont correspondre avec la socialisation politique. Cet intérêt va se traduire souvent par de fortes déceptions et, de fait, un éloignement du politique jusqu’à un âge qui va être un retour d’engagement qui se fait dans la quarantaine ou la cinquantaine.

L’entrée des électeurs urbains dans le vote se fait autour de 40 ans. C’est autour de cet âge que l’on observe un pic d’inscription.

– Est-ce qu’il y a un comportement spécifique des femmes au niveau du vote ?

– Ce sujet est complexe. Nous manquons de données quantitatives solides permettant de comparer l’électorat féminin et l’électorat masculin.

Des travaux ont été menés en 2021 uniquement sur les jeunes. L’une des tendances actuelles qui s’observent au Maroc comme dans de nombreuses parties du monde est que les jeunes femmes apparaissent plus progressistes que les jeunes hommes. Les jeunes femmes sont plus optimistes du fait d’un accès plus important aux études secondaires et supérieures, même si elles souffrent ensuite d’un taux de chômage extrêmement élevé. Mais, là encore, les femmes restent fortement marginalisées politiquement.

Représentation, sièges, majorité : l’impact discret mais décisif du RGPH sur les élections 2026

La représentativité parlementaire est un pilier central de la vie démocratique. Elle repose sur un équilibre toujours délicat entre la réalité démographique d’un territoire et la volonté d’assurer une équité de représentation entre régions.

Or, les résultats du recensement 2024 (RGPH)  révèlent des écarts croissants entre certaines circonscriptions. En toile de fond : des enjeux politiques de taille. Le Maroc devra-t-il redessiner sa carte électorale pour mieux refléter les évolutions de sa population ? Et si oui, selon quelles règles, avec quelles conséquences politiques ? Décryptage avec David Goeury.

David  Goeury

Représenter le peuple : entre logique démographique et équilibre territorial

– Médias24: De quelle manière les résultats du recensement général de la population et de l’habitat RGPH 2024 influencent-ils les prochaines élections législatives prévues en 2026 ?

David Goeury : L’une des questions essentielles en politique, c’est la représentativité des élus au Parlement.

Comment construit-on la représentativité ? Pour cela, deux logiques sont associées.

D’une part, la logique démographique, c’est-à-dire le nombre d’habitants par circonscription ou par siège. Pour la Chambre des représentants, on essaie d’avoir un nombre de sièges plus ou moins proportionnel à la masse démographique de la population concernée.

D’un autre côté, il y a la logique d’équité territoriale. La chambre doit refléter l’ensemble du territoire marocain, même les régions les moins densément peuplées.

Lorsqu’on passe en revue toutes les provinces, on constate qu’il y a un seuil minimum de représentativité qui est de deux sièges par province et ce, quelle que soit sa démographie.

À titre d’exemple, le recensement montre que les populations de provinces comme Tata, Tiznit ou Zagora sont en légère baisse. Elles devraient néanmoins rester au seuil minimum dans le prochain découpage, deux députés par province. C’est d’ailleurs déjà le cas de Assa Zag ou Tarfaya, de toutes petites provinces, qui ont tout de même deux députés chacune.

Le grand écart : quand certaines circonscriptions explosent, d’autres déclinent

En revanche, ce qui est très intéressant, c’est l’évolution dans les provinces ou les préfectures qui étaient très fortement peuplées et qui perdent de la population. Comparons par exemple Anfa et Nouaceur. Historiquement, Casablanca-Anfa a quatre députés qui sont envoyés à la Chambre des représentants. Mais en dix ans, cette circonscription qui regroupe les 3 communes d’Anfa, de Sidi Beyout et du Maârif est passée de 453.000 habitants à 332.000. Elle a perdu 121.000 habitants, presque le quart.

En revanche, la circonscription électorale de Nouaceur qui correspond à la province de Nouaceur, n’a que trois sièges. Or, elle est passée sur la même période, de 325.000 habitants à 665.000. Sa population a plus que doublé. Va-t-on lui garder le même nombre de sièges ?

En 2014, le rapport de représentativité entre Anfa et Nouaceur était comparable, un député pour 130.000 pour Anfa et un député pour 108.000 à Nouaceur.

Un découpage inchangé serait-il encore juste ?

En 2026, si le nombre de sièges ne change pas, il y aura un ratio d’un député pour 81.000 habitants à Anfa et un pour 221.000, à Nouaceur.

Si l’on garde les anciens nombres de sièges, est-ce qu’on ne va pas créer une injustice territoriale dans la représentation au sein de l’agglomération de Casablanca ?

Le nombre de sièges dans une circonscription n’est jamais une question banale

En dépouillant en détail les résultats du recensement et en les croisant avec le découpage des dernières législatives, on observe plusieurs situations similaires entre les circonscriptions de Rabat et celle de Skhirate-Témara mais aussi à Tanger qui n’a qu’une seule circonscription (Tanger-Asilah, ndlr) avec une liste de 6 sièges et dont la croissance démographique pourrait amener à la subdivision en plusieurs circonscriptions, car elle est passée de 1 million d’habitants à 1,4 million soit une progression de 40%…

Or, les zones où il y a le plus d’enjeux d’accès aux services de qualité, à la restructuration, aux prestations publiques, ce sont justement ces provinces de la périphérie des grandes agglomérations, comme la province de Nouaceur.

Moins de sièges, plus de tension : ce que change le nombre de députés

On peut donc se demander s’il y aura un redécoupage, un rééquilibrage du nombre de sièges, ou bien une augmentation du nombre de députés.

En d’autres termes, va-t-on ajuster en retirant un siège à Anfa pour le rajouter à Nouaceur ? Il faut savoir que le nombre de sièges dans une circonscription n’est jamais une question banale. Plus on réduit le nombre de sièges, et plus la compétition entre les partis devient féroce. En revanche, plus on a de députés dans une circonscription et plus l’importance du “plus fort reste“ se réduit.

-Plus on a de sièges par circonscription, plus on donne une prime aux petits partis. Moins vous avez de sièges, et plus vous avantagez les grands partis…

– Exactement. Parce que les petits partis n’ont pas le pouvoir de mobilisation, de déploiement sur tout le territoire.

Beaucoup de questions restent donc en suspens. Et si jamais il est décidé de prendre en compte les résultats du recensement, cela impactera l’organisation des législatives. Quels que soient les choix, ils auront des conséquences politiques. Il ne faut pas oublier qu’en 2007, la primature obtenue par l’Istiqlal s’était jouée à 6 sièges sachant que le PJD avait obtenu 9.000 voix de plus mais davantage concentrées dans les villes. En 2021, le RNI malgré une campagne très forte n’a obtenu que 15 sièges de plus que le PAM, 102 contre 87. Or durant la mandature précédente, le PAM avait exactement 102 députés.

– Il y a une quinzaine d’années, il y avait huit grands partis au Maroc, en tous les cas 8 partis qui jouaient ou aspiraient à jouer un rôle. Aujourd’hui, trois d’entre eux ont creusé l’écart avec les autres.

– Dans le cadre de la campagne de 2021, il y a eu une extrême mobilisation du RNI qui a commencé très en amont, dès 2017, avec une organisation extrêmement importante et surtout extrêmement dense avec une couverture maximale des circonscriptions électorales locales.

Face à la vague du RNI, il y a eu des attitudes différentes. L’Istiqlal et le PAM, qui avaient peur d’être les premières victimes du RNI, notamment le PAM, se sont beaucoup mobilisés pour faire face à la très forte campagne de ce parti.

En même temps, il faut rappeler qu’en 2021, les élections se sont préparées en amont, par les élections d’abord syndicales, puis professionnelles, puis la mobilisation locale pour les élections communales et régionales, et enfin pour les législatives. Les élections syndicales et professionnelles ont permis aux partis de se préparer.

Enfin, pour les élections communales, régionales et législatives qui ont eu lieu le même jour, c’est la mobilisation locale pour les élections communales qui explique la forte mobilisation électorale, mais aussi le résultat des élections législatives.

Les partis qui n’avaient pas une architecture solide et des relais locaux dans un maximum de communes ont été balayés. C’est le changement du calcul du coefficient électoral qui a permis à des partis qui n’avaient pas une forte capacité de mobilisation, d’obtenir suffisamment de sièges pour constituer des groupes, aidés par les listes féminines régionales.

Qui parlera au nom du gouvernement ? Et qui portera la critique ?

Ils ont aussi réussi à se positionner en quatrième ou cinquième position dans des circonscriptions qui sont en liste assez importante. Même s’ils n’avaient pas la même puissance pour mobiliser des électeurs et des électrices, ils ont obtenu quelques élus. Maintenant, dans le contexte de la coalition tripartite du gouvernement, ils se sont retrouvés complètement minoritaires au parlement et dans la difficulté de se faire entendre.

Est-ce que cette configuration va se maintenir dans le cadre de 2026 ? Est-ce que ces partis vont essayer de se mobiliser sur la critique du bilan du gouvernement ? Ou est-ce qu’on va avoir justement des élus qui ne veulent pas associer leur destin au bilan du gouvernement et puis se présenter dans le cadre de ces partis d’opposition? À ce stade, ce sont des questions sans réponse. Qui va défendre le bilan du gouvernement ? Le RNI ou les trois partis coalisés ? Et qui va attaquer ce bilan ? Seulement les partis d’opposition ou aussi des députés de la Majorité ?

Abstention urbaine, classe moyenne et recomposition électorale

– Du fait même de l’existence de la coalition actuelle, il y a un déséquilibre des forces qui va jouer dans cette campagne électorale aussi. C’est inévitable. Peut-être même que le tiercé ou le trio gagnant va rester inchangé.

– Si le trio reste le même, la hiérarchie pourrait changer. C’est trop tôt pour le dire. Puis surtout, il va y avoir plein d’enjeux qui vont se jouer. Par exemple, pour chacun des trois partis, qui va assurer le leadership de la campagne ?

Puis aussi, quel va être le comportement des électeurs urbains du PJD, qui se sont fortement abstenus en 2021 dans un rapport très critique de la gestion par le PJD, pas seulement du gouvernement mais aussi des villes? On voit bien qu’il y a des tentatives pour les mobiliser de nouveau, notamment dans les nombreuses manifestations pour la paix à Gaza.

Et la classe moyenne urbaine, comment va-t-elle se comporter ? Cette classe qui a subi d’un côté l’inflation sans accéder aux nouvelles aides sociales accordées aux plus pauvres. Elle a obtenu récemment le réaménagement de l’impôt sur le revenu, mais pas d’aides directes.

Si le trio reste le même, la hiérarchie pourrait changer. C’est trop tôt pour le dire. Puis surtout, il va y avoir plein d’enjeux qui vont se jouer.

Et cette classe moyenne, elle s’est fortement abstenue aux élections de 2021. Il y avait un recul de la participation dans les grandes métropoles. On voyait bien que l’électorat du PJD ne s’est pas converti pour aller voter vers un parti de la coalition gagnante. Mais, en fait, s’est abstenu.

Est-ce qu’ils vont être à même de se remobiliser pour les élections de 2026 ? Cela peut tout changer, parce que s’ils se remobilisent, c’est un électorat extrêmement nombreux.

Si l’électorat des classes moyennes urbaines se remobilise en faveur du PJD, il n’est pas certain qu’on ait le même tiercé gagnant.

– Qu’est-ce qui s’est passé pour le PJD, avec plus de détails, en 2021?

– En fait, c’était une critique extrêmement profonde de la gestion communale par le PJD, c’est-à-dire que ce qui s’est produit, c’est que les militants et les sympathisants ont été extrêmement déçus de la gestion locale des grandes villes par le PJD. Il y avait des responsables du PJD qui cumulaient à la fois la présidence de commune et la position de députés à la chambre de représentants, et ils ne se sont pas appuyés sur la génération des jeunes militants qui avaient des profils plus technocratiques à même de se saisir des défis de la gestion communale.

Et donc il y a eu une critique très profonde, avec le sentiment qu’ils n’avaient pas réussi à mener leur agenda au niveau national, mais surtout qu’ils étaient complètement incapables d’agir au niveau local où ils étaient majoritaires dans de très nombreuses villes. Ces élus PJD étaient issus de la première génération de militants et connaissait un vieillissement. Ils n’avaient pas mesuré l’ampleur de la charge de travail du fait de la nouvelle législation de 2015 sur les collectivités territoriales qui induit un engagement très fort du président de commune au quotidien. Ils ont été rapidement submergés par le cumul des mandats n’arrivant pas à suivre les projets communaux.

Les militants et les sympathisants ont été extrêmement déçus de la gestion locale des grandes villes par le PJD.

Les militants ont été très critique. Ils ont exigé le non-renouvellement des investitures des très nombreux présidents sortants des grandes villes. En revanche, les militants ont salué l’engagement des femmes élues et très impliquées dans les conseils communaux et les conseils régionaux en actives en en les nommant têtes de liste pour les circonscriptions législatives régionales. Ce sont elles qui assurent depuis 4 années la présence du PJD à l’chambre des représentants.

– Le PJD n’est pas le seul à se positionner sur la classe moyenne. L’Istiqlal est très actif dans ce domaine…

– Oui, dans son discours, bien sûr. Tous les partis visent la classe moyenne urbaine mais dans les faits, elle est la grande oubliée des 4 dernières années. Le RNI s’est positionné sur une stratégie qui privilégie la classe entrepreneuriale urbaine et le monde rural. Après, pour chaque parti, est-ce que les militants arriveront à convaincre la classe moyenne ? En ville, c’est particulièrement incertain tant le désenchantement politique est important. Est-ce que ce désenchantement se transformera en vote protestataire ? Et est-ce que le PJD sera à même d’en tirer parti ? Ou est-ce que la classe moyenne urbaine préférera soutenir l’un des deux autres partis de la coalition en sanctionnant prioritairement le RNI ?

La deuxième partie de l’entretien avec David Goeury sera publiée lundi 19 mai 2025.

Nizar Baraka appelle la jeunesse marocaine à s’impliquer dans la vie politique

Cette rencontre a eu lieu au siège central du parti à Rabat en clôture du festival « Les jeunes pour le leadership politique » qui a démarré le 3 mai en collaboration avec le Conseil danois des jeunes (DUF).

Cette rencontre a connu la participation de jeunes issus de plusieurs régions du Maroc venus échanger avec Nizar Baraka autour de leurs préoccupations, de leurs attentes, de leurs propositions et de leur vision en ce qui concerne la gestion des affaires publiques.

En réponse aux interventions des jeunes participants, Nizar Baraka a axé son propos sur les grandes dynamiques de développement que vit le Royaume, une nouvelle ère qu’il a qualifiée de « développement grande vitesse ».

Dans ce cadre, le secrétaire général du PI a insisté sur le rôle que doivent remplir les jeunes pour accompagner cette dynamique de manière à ce qu’elle bénéficie à tous les Marocains en termes de réduction des disparités sociales et territoriales.

Nizar Baraka a profité de cette rencontre pour rappeler une série d’initiatives lancées par son parti pour une meilleure implication des jeunes dans la vie publique, dont le programme « 2025, année du bénévolat » et la « Charte des jeunes« . Ces deux initiatives ont été dévoilées par le parti de l’Istiqlal lors des célébrations du 81ᵉ anniversaire de la présentation du Manifeste de l’indépendance.

Nizar Baraka a rappelé aux jeunes participants l’importance de leur implication dans la vie politique en prenant part aux échéances électorales et en s’investissant dans le bénévolat et la vie associative en tant qu’expression de la citoyenneté active et responsable au service du projet de société du Royaume qui aspire à renforcer sa position de hub de développement régional.

À Dakhla, le RNI ouvre le bal des meetings et affiche sa confiance

C’est par la ville de Dakhla que le RNI a choisi de commencer ses meetings de précampagne. Samedi 3 mai, le temps est parfait. Dans les vastes chapiteaux dressés, 2.000 personnes selon les organisateurs, sont mobilisées dans tous les sens du terme. Drapeaux marocains, couleur bleue dominante dans le public, présence massive de femmes comme toujours dans les provinces du sud. L’opération est bien menée. Elle est peut-être voulue comme une première démonstration de force.

Jusqu’à fin octobre, seuls les partis d’opposition bougeaient vraiment. Les composantes de la majorité gouvernementale ont attendu sagement les échéances de mi-mandat (changement ou confirmation de différents élus présidant des instances nationales) et le remaniement.

Ensuite, tous les regards se sont rivés vers les législatives de 2026. Le compte à rebours a commencé.

Quelques déclarations par-ci par-là, quelques petits meetings, la mobilisation des organisations parallèles, des jeunes, des femmes, des ingénieurs…. Quelques visites de terrain. Quelques discours annonçant le positionnement à venir pour les législatives.
Le comportement des composantes de la Majorité est intéressant à suivre. Comment se singulariser sans critiquer les alliés. Comment bousculer l’ordre du tiercé gagnant de septembre 2021 sans créer de désordre dans les rangs. Équation difficile surtout pour le PAM et l’Istiqlal. Généralement, un attelage à trois donne toujours l’avantage au parti de tête.

Bref, dans ces moments où tout le monde s’observe, on est en même temps alliés, concurrents et adversaires. Une relation multicouches, à plusieurs registres.

Après les petites déclarations et les réunions de moindre dimension, on attendait les vrais meetings politiques. Le RNI a donc dégainé le premier, ce samedi 3 mai 2025. Il a choisi Dakhla, devant un auditoire dense, qui n’était pas composé uniquement de militants de base. Il y avait aussi des sympathisants et probablement des curieux et autres, attirés par la proximité avec le parti qui conduit le gouvernement et l’influence qu’on lui prête.

Occuper l’espace

Le parti revendique aujourd’hui 130.000 membres et lance une campagne d’adhésions. Il ne suffit pas d’avoir des sympathisants, venus pour des raisons diverses et variées, il faut les faire voter. Depuis 2021, on sait encore plus qu’avant, à quel point le bilan local est important pour l’avenir d’un parti et pour le vote lors des législatives. Cette année, le vote législatif précédera d’une année le vote local. En 2021, ils avaient coïncidé.

Environ 2.000 personnes, selon les organisateurs, étaient présentes au meeting du RNI, répartis entre deux vastes chapiteaux.

« Nous irons beaucoup plus que les 130.000 adhésions actuelles », promet un membre du bureau politique contacté par Médias24. « Et déjà 130.000, cela prouve que le RNI est un parti structuré, avec un engagement important de ses militants », constate-t-il. Il nous assure que les données personnelles des adhérents sont recueillies et gérées en conformité avec la loi sur les données personnelles.

Des bilans locaux mis en avant

Il ne faut donc pas s’étonner que le parti mette en avant, lors de cette première escale à Dakhla, les réalisations locales. Dakhla est la capitale d’une région peuplée de 220.000 habitants, en majorité concentrés dans cette langue de terre et aux abords de sa lagune qu’on appelle ici, « l’oued ».

Selon notre source du bureau politique, le gouvernement a donné davantage de moyens aux collectivités territoriales: en 2024, en accordant une prime exceptionnelle à toutes les collectivités pour renforcer leurs moyens; et en 2025 à travers une mesure de la loi de finances qui a augmenté de deux points la part de TVA redistribuée aux collectivités.

Le RNI préside la commune de Dakhla ainsi que son conseil provincial. Le conseil régional, lui, est revenu à l’Istiqlal.

Erragheb Hormatollah, jeune président de la commune, venu des jeunesses du RNI, fournit à Médias24, un rapide bilan: cela va des terrains de proximité (9), aux centres de santé (5), à la refonte du schéma directeur d’urbanisme, tous les réseaux locaux (voirie, eau potable, assainissement, réutilisation des eaux usées), le renforcement d’éclairage public, les marchés de proximité (1 réalisé et 4 en cours), le nouveau marché de gros de fruits et légumes (95% d’achèvement), les terrains de proximité (9 réalisés), le réaménagement de la piscine communale…

Enfin, la commune vient de lancer l’appel d’offres pour le nettoiement, la collecte et le traitement des déchets; ainsi que pour les transports urbains, dans le cadre du contrat-programme avec le ministère de l’Intérieur. Une gare routière est également attendue dans cette ville où la première faculté de médecine a ouvert à la rentrée 2024.

Ce meeting est le premier d’une tournée qui conduira ce parti dans les 11 autres régions, en remontant du sud vers le nord, et qui s’achèvera en décembre. Akhannouch, dans un discours relativement court, livre ses messages et notamment celui-ci  : après la voie de la confiance, c’est la voie des réalisations. En d’autres termes, un bilan qu’il revendique. Mais un bilan contrarié par la crise géopolitique et les sécheresses consécutives. Pour ce qui concerne l’emploi, le parti n’a pas tenu sa promesse électorale. Il a entretemps pris un nouvel engagement à l’horizon 2030. Idem, en matière de croissance, les taux réalisés restent en-deça des objectifs et des besoins.

Akhannouch répond brièvement et indirectement à certaines critiques. Par exemple, et à raison, sur le coût réel des subventions à l’importation de bétail. Il ajoutera qu’aucun autre gouvernement n’a jamais affiché un tel bilan dans les réformes et l’instauration de l’Etat social.

Depuis 2016, le RNI est devenu progressivement une grosse machine électorale dotée de moyens conséquents. Avec l’Istiqlal, qui a un appareil qui couvre tout le territoire, ce sont les deux partis les mieux organisés. Le troisième allié, le PAM, redémarre après avoir instauré une direction collégiale. Il reste encore entre 14 et 17 mois pour les élections législatives (en juin ou septembre). Il est trop tôt pour mesurer réellement un rapport de forces. Mais le RNI affichait ce samedi 3 mai une grande confiance.