FMI-Maroc : les coulisses d’une reconduction attendue de la ligne de crédit modulable

La ligne de crédit modulable (LCM) de 5 milliards de dollars, accordée au Maroc par le FMI en 2023, arrive à échéance en avril 2025. Cette ligne était considérée comme une mesure de précaution, et les autorités comptaient y mettre fin dès que la période de 24 mois serait écoulée, en fonction de l’évolution des risques.

Malgré l’amélioration de la situation des finances publiques, le Maroc veut la renouveler, comme précaution supplémentaire dans un contexte international fluctuant. Fouzi Lekjaa l’a confirmé lors de son passage à la CGEM. Les conditions sont très favorables à la reconduction de la LCM, avait-il déclaré.

Les équipes du FMI étaient au Maroc ces derniers jours dans le cadre des consultations au titre de l’article IV. Elles ont tenu plusieurs réunions avec les autorités financières et différentes parties marocaines, dont la dernière a eu lieu ce vendredi 7 février.

Selon nos informations, des membres de la mission du FMI ont déclaré à différents interlocuteurs que le Maroc n’en avait plus besoin. Du côté marocain, la reconduction est importante, car c’est un gage et un signal fort pour le pays. Et une reconduction utilisée uniquement comme précaution.

La LCM est une ligne qui aide les pays à se prémunir contre des chocs extérieurs en adoptant des cadres de politiques économiques très solides et en établissant un bilan de bons résultats économiques, grâce à un accès considérable et immédiat à des ressources du FMI, sans conditionnalité a posteriori.

Elle n’est accordée que lorsque le pays remplit les conditions requises, notamment « de très solides politiques économiques, cadres institutionnels et fondamentaux économiques, ainsi que de son engagement à maintenir ces politiques à l’avenir. »

Des conditions que le Royaume remplissait en 2023, ce qui lui a permis d’y accéder. Selon les premières indiscrétions, la ligne sera probablement reconduite, à condition bien sûr que le conseil d’administration du FMI valide cette option. Il est possible que le montant global qui était de 5 milliards de dollars soit symboliquement abaissé à un montant légèrement inférieur.

L’annonce se fera par un communiqué concernant l’achèvement de la mission. Puis par l’appréciation du conseil d’administration d’ici avril.

https://medias24.com/2023/03/07/ce-quil-faut-retenir-de-la-ligne-de-credit-modulable-a-laquelle-pretend-le-maroc/

Ligne de crédit modulable : focus sur les cases cochées par le Maroc pour en bénéficier

Concernant la position extérieure du Maroc, il ressort de l’évaluation du Fonds monétaire international (FMI) que celle-ci est conforme à ce qu’impliquaient les fondamentaux et les valeurs souhaitables.

« La dette extérieure reste relativement faible, en grande partie (85 %) à longue maturité, et devrait se stabiliser à environ 43% du PIB à l’avenir », estime l’équipe de l’institution internationale. Concernant la position du compte de capital, le FMI relève la domination des flux privés. « Les flux de capitaux privés constituent la plus grande part du compte de capital du Maroc, avec une moyenne d’environ 52% des flux totaux entre 2019 et 2022 », lit-on dans le document, préparé par les experts de l’institution de Bretton Woods, dans le sillage de la tenue du Conseil d’administration du 3 avril 2023, à l’issue de laquelle la LCM a été accordée.

L’autre donne qui a joué en faveur du Royaume a trait aux antécédents d’accès souverains aux marchés de capitaux internationaux à des conditions favorables. A ce titre, les experts du FMI rappellent que le secteur public marocain (gouvernement central et entreprises d’État) est sorti à l’international sur la période 2019-2023, pour un montant cumulé de 9 milliards de dollars. « Le 1er mars 2023, le Maroc a émis deux obligations libellées en dollars, à échéance de 5 et 10 ans, chacune pour 1,25 milliard de dollars, avec des spreads reflétant la forte demande des investisseurs internationaux », est-il indiqué.

Un coussin de réserve de devises confortable

L’autre bon point salué par le FMI est la position de réserve relativement confortable du Royaume. « Le Maroc a considérablement renforcé sa politique des réserves depuis la pandémie, accumulant environ 6,5 milliards de dollars de réserves additionnelles depuis fin 2019. En 2022, le niveau des réserves équivalait à environ 25% du PIB et à environ 5,5 mois d’importations », lit-on dans la source précitée.

Il ressort de l’appréciation des experts du FMI que le pays présente des finances publiques saines, y compris un niveau jugé soutenable de la dette publique. « Comme pour beaucoup d’autres pays du monde, la situation budgétaire du Maroc s’est détériorée après la récession pandémique, avec une dette publique projetée à environ 69% du PIB en 2022, contre environ 60% en 2019 », constatent les experts.

Selon le FMI, plusieurs facteurs atténuants clés ont aidé le Maroc à soutenir sa dette. Il s’agit, entre autres, de la part relativement faible de la dette libellée en devises étrangères (environ un quart) et de la pluralité des investisseurs institutionnels nationaux. L’épargne nationale, qui s’élève en moyenne à environ 27,5% du PIB au cours des cinq dernières années (contre 19,5% en moyenne pour les autres pays bénéficiant de la LCM), serait d’une grande utilité en la matière.

 Une bonne politique de stabilité des prix

Le fait de contenir les prix à un niveau faible et stable au cours des 15 dernières années, avec une inflation moyenne d’environ 1,5% et ne dépassant jamais 2% entre 1996 et 2021, a aussi joué en faveur du Royaume pour l’accès à la LCM.

« Suite à la hausse des prix mondiaux des matières premières, l’inflation annuelle moyenne au Maroc a augmenté en 2022 à environ 6,5%, mais reste inférieure aux moyennes régionales et des marchés émergents, et Bank Al-Maghrib s’est engagée à relever les taux si nécessaire pour empêcher que les anticipations d’inflation n’augmentent davantage et se désancrent », lit-on dans la documentation des analystes du FMI.

Ceux-ci prévoient, entre autres, que l’inflation moyenne tombera cette année à environ 4,5%. Le profil sain du système financier et l’absence de problèmes de solvabilité, susceptibles de menacer la stabilité systémique, font également partie des points forts du Maroc, relevés par le FMI.

« Les banques ont un capital supérieur aux exigences minimales et bénéficient d’un financement stable (principalement des dépôts à vue, à 105,5% de prêts en 2022). » L’efficacité de la supervision du secteur financier a également été relevée par les évaluateurs. « BAM a fait des progrès dans la mise en œuvre des exigences de Bâle III, notamment en adoptant de nouvelles réglementations et en renforçant ses outils de surveillance », est-il indiqué.

En définitive, selon le FMI, le pays a une longue expérience dans la mise en œuvre de politiques de grande envergure. Il dispose d’un cadre politique institutionnel très solide qui s’est amélioré ces dernières années et a contribué à la résilience économique face aux multiples chocs négatifs récents.      

Le FMI accorde un crédit modulable de 5 milliards de dollars au Maroc

« Le FMI a approuvé aujourd’hui [lundi 3 avril 2023, ndlr] un accord de deux ans en faveur du Maroc au titre de la ligne de crédit modulable (LCM), conçue pour la prévention des crises, d’un montant d’environ 5 milliards de dollars », annonce un communiqué du Fonds monétaire international (FMI).

Voici des extraits de ce communiqué :

« Le Maroc remplit les conditions requises pour bénéficier de cette LCM en raison de ses très solides politiques économiques, cadres institutionnels et fondamentaux économiques, ainsi que de son engagement à maintenir ces politiques à l’avenir. »

« L’accord renforcera les réserves extérieures du Maroc et fournira une assurance temporaire contre les risques extrêmes plausibles sur une base temporaire. Les autorités marocaines ont fait savoir qu’elles entendaient traiter cet accord comme un dispositif de précaution. »

Le montant équivaut à 3,7262 milliards de DTS (environ 5 milliards de dollars, soit 417 % de la quote-part du Maroc).

« Depuis 2012, le Maroc a bénéficié de quatre accords successifs au titre de la ligne de précaution et de liquidité (LPL), d’un montant d’environ 3 milliards de dollars chacun. La première LPL a été approuvée le 3 août 2012, et trois autres ont été approuvées le 28 juillet 2014, le 22 juillet 2016 et le 17 décembre 2018. La quatrième LPL a expiré le 7 avril 2020, lorsque les autorités ont acheté toutes les ressources disponibles dans le cadre de la LPL pour limiter l’impact social et économique de la pandémie de COVID-19 et permettre au Maroc de maintenir un niveau adéquat de réserves officielles pour atténuer les pressions sur la balance des paiements », rappelle le FMI.

« Si les accords de la LPL ont bien servi le pays dans le passé, les très solides fondamentaux cadres institutionnels, et antécédents économiques dans la mise en œuvre de politiques économiques très solides, ainsi que l’engagement continu à maintenir ces politiques à l’avenir, tous, justifient la transition vers un accord de la LCM. Un accord de la LCM aiderait le Maroc à relever le défi de la reconstruction de la marge de manœuvre de politique économique, tout en accélérant la mise en œuvre de son programme de réformes structurelles dans un environnement extérieur de plus en plus risqué. »

À l’issue des délibérations du conseil d’administration sur le Maroc, Antoinette Sayeh, directrice adjointe générale du FMI et présidente par intérim du conseil, a fait la déclaration suivante :

« Les politiques macroéconomiques et le cadre institutionnel très solides du Maroc ont permis à son économie de rester résiliente face aux multiples chocs négatifs qui se sont produits au cours des trois dernières années, notamment la pandémie, les deux sécheresses et les retombées de la guerre de la Russie en Ukraine. À l’avenir, les autorités marocaines restent déterminées à reconstituer des marges de manœuvre de politique économique, à apporter une réponse globale aux nouveaux chocs et à poursuivre la mise en œuvre de vastes réformes structurelles nécessaires pour rendre la croissance économique plus forte, plus résiliente et plus inclusive. »

« Malgré cette résilience, l’économie marocaine reste vulnérable à une détérioration de l’environnement économique et financier mondial, à une volatilité accrue des prix des matières premières et à des sécheresses récurrentes. Dans ce contexte, l’accord de la LCM renforcera les coussins extérieurs du Maroc et fournira au pays une assurance supplémentaire contre les risques extrêmes. »

« Les autorités ont l’intention de considérer le dispositif de la LCM comme une mesure de précaution et d’y mettre fin dès que la période de 24 mois sera écoulée, en fonction de l’évolution des risques. »

Le lundi 6 mars, un communiqué du Fonds monétaire international était déjà venu apporter des précisions au sujet des discussions entre le Maroc et le FMI pour une ligne de crédit modulable.

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, avait annoncé son intention de recommander lapprobation de l’accord.

https://medias24.com/2023/03/06/credit-modulable-le-maroc-demande-au-fmi-une-ligne-de-5-milliards-de-dollars/