Ettolba : la liquidation du groupe étendue à la famille dirigeante
Le groupe Ettolba est en faillite quasi-totale, et elle n’épargne pas ses dirigeants. Plusieurs administrateurs de ce groupe familial viennent de subir un jugement de liquidation visant leurs patrimoines personnels. C’est la conséquence de « fautes de gestion » en lien avec Ettolba Lil Iamar, bras immobilier d’un ensemble d’entreprises autrefois très actif dans le centre du Maroc.
La sanction date du 5 décembre 2025. Elle vise cinq membres de la famille Ettolba, dont Youssef et Meryem Ettolba, respectivement président et directrice générale. La procédure marque un basculement : le contentieux ne se limite plus aux sociétés, il atteint désormais les personnes physiques.
Ce glissement a démarré un an plus tôt (octobre 2024), avec une première liquidation personnelle visant Abdellah Ettolba, figure centrale du groupe. Dans son cas, la justice avait assorti la sanction d’une déchéance commerciale de cinq ans, lui interdisant de diriger ou gérer toute société pendant la durée d’exécution du jugement.
Plusieurs branches du groupe en liquidation depuis plusieurs années
Ettolba Lil Iamar a été la première entité à entrer en traitement des difficultés, placée en redressement en 2018 avant que son plan ne soit résilié en 2023, ouvrant la voie à sa liquidation.
À partir de là, d’autres filiales ont progressivement basculé : Tolba Verre, puis Bati Alu, toutes deux aujourd’hui en liquidation avec des vérifications de créances en cours ; Ettolmy a connu le même sort après la résiliation de son plan de continuation en 2023.
La Polyvalence industrielle se trouve à son tour engagée dans un processus de liquidation, comme l’attestent les admissions successives de dettes bancaires et sociales rendues récemment.
En marge de ce noyau, une autre filiale — Univers Planchers — avait déjà été placée en redressement dès 2018 par le tribunal de Casablanca. Aucun document retrouvé à ce stade ne fait état d’un passage ultérieur en liquidation.
Dans le cas de Tolba Verre, le syndic a déjà été autorisé à procéder au transfert du site de production – foncier et équipements inclus. L’avis publié en avril 2024 fixe la valeur des actifs mis en vente à 3,64 MDH pour le droit au bail et 35,24 MDH pour le matériel et les installations industrielles.
L’avocate du groupe réclame 32 MDH d’honoraires
Les différentes procédures ouvertes contre les sociétés du groupe Ettolba donnent aujourd’hui un premier aperçu de leur endettement. Plusieurs décisions de vérification de créances ont déjà été rendues, mais elles ne constituent pour l’heure qu’un échantillon partiel du passif global. La CNSS a obtenu l’admission de dettes sociales – notamment 3,03 MDH contre Bati Alu et 1,10 MDH contre Tolba Verre.
Sur le volet bancaire, Bank of Africa a vu reconnaître 10,72 MDH sur La Polyvalence Industrielle, tandis que BMCI (près de 2,98 MDH sur Bati Alu et 1,19 MDH sur Polyvalence), Maroc Leasing (9,63 MDH) et CIH Bank (2,02 MDH) ont obtenu l’admission de créances significatives sur les filiales du groupe.
Un autre document révèle qu’en 2019, le CIH avait déjà lancé une mise en demeure valant saisie immobilière contre Lahcen Ettolba — garant de plusieurs sociétés dont Ettolmy — pour un encours de 29,5 MDH, sur un bien situé à Harhoura.
Outre les administrateurs récemment épinglés, Lahcen Ettolba semble lui aussi faire l’objet d’une liquidation personnelle. Un récent jugement autorise d’ailleurs le syndic à vendre ses biens immobiliers aux enchères. La vente avait été programmée pour le 1ᵉʳ juillet 2025.
Ces montants restent fragmentaires et sont disséminés entre les différentes sociétés. À ce stade, l’endettement global du groupe ne peut encore être établi.
Mais un dossier retient particulièrement l’attention. Me Hayat Zaini, ancienne avocate du groupe, revendique d’importants honoraires pour plusieurs années de représentation, notamment dans les dossiers de difficultés visant le groupe.
L’avocate a ainsi déclaré que deux créances ont été à titre privilégiées : 20,86 MDH contre Bati Alu et 11,38 MDH contre Tolba Verre, soit plus de 32 MDH au total.
Le juge-commissaire a choisi de surseoir à statuer, dans l’attente d’une décision du bâtonnier de Rabat, compétent en matière de fixation d’honoraires.

