Marché obligataire : la hausse des rendements reste technique, liée à la contraction de la liquidité

Les rendements obligataires marocains affichent une légère remontée. D’ailleurs, ce constat a commencé depuis la fin du mois de septembre, après plusieurs mois où la tendance était clairement orientée à la baisse.

Or, ce mouvement reste contenu, mais suffisamment présent pour retenir l’attention des investisseurs, d’autant qu’il intervient dans un environnement marqué par une inflation faible et un taux directeur stable.

Est-ce que cette hausse est toujours technique, liée à un ajustement des conditions du marché en fin d’année ? La tendance de fond demeure-t-elle baissière, et quels éléments expliquent ces mouvements ?

Des mouvements haussiers confirmés

Les dernières adjudications du Trésor confirment une remontée progressive des rendements. Lors de l’adjudication du 19 novembre 2025, une première tension haussière a été constatée, en particulier sur la maturité 2 ans, dont le rendement a augmenté d’environ +16 points de base. Par ailleurs, le marché secondaire a également enregistré de légères hausses sur plusieurs maturités, confirmant un début de mouvement ascendant sur la courbe des taux.

Quelques jours plus tard, la nouvelle adjudication du 25 novembre a prolongé cette tendance haussière. En effet :

Ainsi, entre les deux séances, le court terme (26 semaines) reste globalement stable, mais avec une légère inclinaison haussière. Le segment 1 an (52 semaines) enregistre la hausse la plus notable entre les deux dates. Le 2 ans, déjà en hausse le 19 novembre, poursuit son mouvement ascendant le 25 novembre, ce qui traduit une tension continue sur cette partie de la courbe.

Les causes fondamentales : contraction de la liquidité et accélération des besoins du Trésor

« Il s’agit tout d’abord d’un arbitrage clair de la part des investisseurs. Sur le marché actions, on a vécu une petite correction, qui s’est traduite par une hausse des rendements obligataires, chose qui est normale », explique un analyste de salle de marché.

« Alors oui, cette remontée des rendements obligataires observée depuis fin septembre trouve son origine dans un ensemble de facteurs essentiellement techniques, liés à l’exécution budgétaire et au fonctionnement du marché primaire ».

« Il y a une contraction progressive de la liquidité institutionnelle à partir d’octobre. Cette situation s’explique par un recours plus important du Trésor au financement intérieur en fin d’année. En effet, le taux de réalisation de certains instruments, notamment les financements innovants, ne s’élevait qu’à 11% à fin septembre, ce qui a nécessité un rattrapage plus marqué au dernier trimestre », explique AGR.

Ainsi, selon notre analyste de salle de marché, « la contraction de la liquidité se traduit davantage par une sélectivité accrue des investisseurs. En fin d’année, une partie de leurs ressources est mobilisée par d’autres opérations : IPO, émissions de dette privée ou arbitrages internes, ce qui réduit la marge disponible pour absorber pleinement l’offre du Trésor. Dans ce contexte, les institutionnels continuent de participer aux adjudications, mais à des niveaux de rendement plus élevés, ce qui explique la hausse observée malgré des volumes demandés significatifs ».

Parallèlement, le besoin de financement brut du Trésor s’est sensiblement accru. À fin octobre, le déficit budgétaire a atteint 60,3 MMDH, contre 47,4 MMDH un an auparavant, reflet d’une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes. Les dépenses globales ont augmenté de 56,3 MMDH (+16,6%), alors que les recettes ordinaires n’ont progressé que de 43,4 MMDH (+14,9%).

Les dépenses de biens et services ont particulièrement augmenté (+39,5 MMDH), tout comme les intérêts de la dette (+7,3 MMDH). Même si certaines composantes, comme la compensation, ont reculé (-5,4 MMDH), cela n’a pas suffi à compenser le rythme des autres charges. Cette évolution a mécaniquement renforcé les besoins de financement du Trésor, qui atteignent 73 MMDH à fin octobre.

« Le Trésor doit donc simultanément rembourser des volumes élevés et lever de nouveaux montants, ce qui accroît sa présence sur le marché primaire et exerce une pression supplémentaire sur la liquidité. Cet assèchement relatif de la liquidité a induit de légères tensions haussières sur les Taux. Néanmoins, nous croyons que ce mouvement demeure technique et limité dans le temps. La poursuite de la désinflation, les anticipations de normalisation du TD à MT et le retour des tombées du Trésor à des niveaux normatifs après le pic d’octobre devraient soutenir la tendance de fond baissière des taux », explique l’expert d’AGR.

« La tendance de fond du marché obligataire reste orientée à la baisse. Les hausses observées ces dernières semaines relèvent surtout d’ajustements techniques liés aux conditions de liquidité et au calendrier budgétaire de fin d’année. Elles ne remettent pas en cause la trajectoire globale des taux, qui demeure dominée par un environnement de désinflation et d’assouplissement monétaire », conclut notre analyste de salle de marché.

Marchés des capitaux : une migration partielle des flux des OPCVM vers les OPCI

Entre le 26 septembre et le 17 octobre 2025, les encours des OPCVM sont passés de 789,8 à 786,6 milliards de DH, soit une baisse d’un peu plus de 3 MMDH.

Un mouvement modeste, mais qui arrive après plusieurs mois de forte collecte et dans un moment où les marchés ont connu une phase de tension.

Les retraits ont surtout concerné les fonds actions, en baisse de près de 3,8 MMDH, et les monétaires, qui ont perdu environ 2 MMDH sur la période.

Les fonds obligataires moyen-long terme et diversifiés se sont eux aussi légèrement contractés.

Autrement dit, la gestion collective a marqué une légère pause : les gérants ont ajusté leurs positions, parfois pour sécuriser les gains accumulés depuis 2023, d’autres fois pour reconstituer des marges de manœuvre dans un environnement redevenu plus volatil. Pour rappel, en août, les encours avaient franchi le seuil des 800 MMDH de dirhams. Alors, qu’est-ce qui explique ces constats ?

Une réallocation partielle des flux vers les OPCI

« Le repli observé, même en bourse récemment, s’explique en partie par une réallocation des flux. On constate une migration partielle des capitaux investis dans les OPCVM vers les OPCI, qui gagnent en poids dans les portefeuilles institutionnels« , explique une source de marché.

« Ce mouvement reste contenu, mais il est installé progressivement. Les investisseurs institutionnels, notamment les compagnies d’assurances, les caisses de retraite et les sociétés de gestion, réajustent leurs portefeuilles. Les OPCI, dont les encours dépassent désormais les 100 MMDH, offrent des rendements locatifs réguliers et une meilleure visibilité à long terme dans le contexte actuel », ajoute notre interlocuteur.

« Cette réallocation correspond à des arbitrages naturels. Après une forte progression des marchés et une collecte soutenue, la gestion collective entre dans une phase d’équilibre. Les flux se déplacent, les positions se consolident et la liquidité se répartit entre différents supports. Cette transition a permis au marché de respirer et de retrouver une dynamique plus saine ».

« Ces arbitrages ont eu un effet positif. Ils ont permis aux gérants de sécuriser une partie des performances et de repositionner la liquidité vers d’autres supports. On observe d’ailleurs une reprise sur l’ensemble du marché, aussi bien dans la gestion collective que sur la Bourse« , précise la même source.

« Les données les plus récentes confirment ce redressement. Les encours OPCVM atteignent actuellement 876 MMDH, en hausse par rapport à la mi-octobre. La Bourse de Casablanca retrouve aussi une tendance haussière, soutenue par la position des investisseurs institutionnels« .

« Donc, cette réallocation illustre la capacité du marché à s’adapter. Les capitaux circulent entre les différentes classes d’actifs selon les cycles et les opportunités, tout en maintenant la dynamique globale d’investissement ».

« Les OPCI s’imposent désormais comme un relais naturel pour les investisseurs institutionnels. Ils offrent une exposition à l’immobilier d’entreprise à travers des actifs loués et générateurs de revenus réguliers, dans un cadre réglementé par l’AMMC. Ce modèle attire la liquidité en quête de stabilité et complète la gestion collective traditionnelle », explique notre interlocuteur.

Une reprise progressive et un nouvel équilibre de marché

« La baisse de liquidité constatée ces dernières semaines reste temporaire« , indique notre source de marché. Après la période d’ajustement de septembre et octobre, « les indicateurs repartent à la hausse, aussi bien pour les encours des OPCVM que pour les volumes échangés sur la Bourse de Casablanca. Les flux reviennent progressivement, soutenus par le repositionnement des institutionnels et par un environnement de taux plus stable ».

Ce rétablissement traduit une normalisation du marché après la consolidation. Les gérants de fonds reconstituent leurs expositions, tandis que la liquidité circule à nouveau entre actions, obligations et immobilier collectif. Les arbitrages opérés depuis la rentrée ont permis de rééquilibrer les portefeuilles, sans altérer la dynamique globale d’investissement.

« Les ajustements de septembre ont permis d’assainir le marché. Aujourd’hui, la liquidité revient progressivement, les flux se stabilisent et les investisseurs réengagent des positions de moyen terme », poursuit la même source.

« Cette stabilisation marque une nouvelle phase pour la gestion d’actifs au Maroc. Les OPCI s’imposent désormais comme un complément structurel aux OPCVM, et les investisseurs institutionnels répartissent leurs allocations de manière plus diversifiée. Le marché évolue ainsi vers un modèle plus équilibré, où la performance financière s’appuie davantage sur la complémentarité entre classes d’actifs que sur un seul canal de placement ».

Programmes de rachat d’actions : un outil encadré, peu activé et souvent marginal dans l’équation boursière

À la Bourse de Casablanca, la possibilité pour les sociétés cotées de racheter leurs propres actions existe bel et bien. La réglementation encadre de manière stricte ces opérations, en précisant leurs objectifs, leurs conditions d’exécution et leurs limites opérationnelles. Pourtant, en pratique, cet outil demeure marginal dans le comportement des émetteurs marocains.

Au cours de ce premier semestre 2025, seules deux sociétés ont activé des programmes de rachat : la Banque centrale populaire (BCP) et Maroc Telecom.

Trois programmes sont actuellement en cours, couvrant respectivement une fenêtre de 18 mois pour BCP et deux périodes successives pour Maroc Telecom.

Or, ces opérations, bien que légalement ouvertes, ne donnent lieu qu’à des volumes modérés sur le marché central. Ainsi, la BCP a procédé sur les mois d’avril et mai 2025 à des achats cumulés d’environ 530.000 titres, soit une fraction marginale de son capital social.

Maroc Telecom, de son côté, bénéficie d’une autorisation sur 1,5 million de titres par programme, sans qu’un volume significatif d’exécution ne soit encore constaté dans les derniers rapports mensuels.

Il faut comprendre que le cadre marocain n’a pas été conçu pour permettre aux sociétés d’utiliser ces rachats comme un levier de soutien actif du cours ou de gestion financière des fonds propres.

La circulaire 01-11, qui régit les modalités pratiques, limite expressément les interventions à un objectif unique de régularisation du marché. Le recours à cet outil vise exclusivement à lisser les excès de volatilité, à fluidifier la liquidité ponctuellement, sans chercher ni à accumuler des titres en vue de les annuler, ni à influencer structurellement le prix de l’action.

Avant toute intervention, l’émetteur doit obtenir un visa de l’AMMC sur une notice précisant les conditions du programme : durée maximale de 18 mois, fourchette de prix, volume maximal d’actions et société de bourse désignée pour exécuter les ordres.

Les transactions s’effectuent exclusivement sur le marché central, dans la limite de 25% des volumes quotidiens moyens, sauf dérogation. L’émetteur ne peut donner aucune instruction ; la société de bourse agit de manière totalement indépendante.

« Ce type de programme reste pertinent dans un marché comme le nôtre où la liquidité est parfois réduite. Il permet d’assurer un minimum d’échanges sur le titre, de limiter les mouvements de prix trop brutaux quand la volatilité s’emballe, et même, dans certains cas, de générer un gain comptable si des actions rachetées à bas prix sont revendues plus tard. Cela dit, le vrai intérêt reste avant tout d’apporter de la stabilité et de la fluidité aux transactions quotidiennes, sans chercher à influencer artificiellement le cours », explique un professionnel de la place.

Pourquoi les programmes de rachat restent si peu utilisés au Maroc 

« Si le dispositif existe depuis plusieurs années, il faut comprendre que sa faible utilisation tient d’abord à une question de culture de marché. Beaucoup d’émetteurs n’ont pas forcément intégré cet outil dans leur gestion courante. Certains ne connaissent même pas précisément le cadre réglementaire qui encadre ces rachats ».

Ainsi, malgré la disponibilité du mécanisme, seules quelques grandes capitalisations y recourent ponctuellement.

Mais au-delà de ce déficit de diffusion, le cadre légal lui-même constitue une forme de barrière. Depuis la circulaire 01-11, publiée en 2011, le dispositif est devenu beaucoup plus rigoureux. « Avant cette réforme, certains émetteurs utilisaient les rachats de manière opportuniste, parfois même pour influencer le cours. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Le régulateur a verrouillé le système pour éviter tout risque de manipulation de marché », explique l’analyste.

Dès lors, même pour les sociétés intéressées, la mise en œuvre opérationnelle reste contraignante. « On ne peut pas intervenir librement. L’intermédiaire boursier agit seul, avec des limites strictes sur les volumes et sur les niveaux de prix autorisés. Pour certains émetteurs, cela enlève tout simplement l’intérêt économique du dispositif », poursuit-il.

Néanmoins, le principe même de régularisation de marché pourrait trouver davantage de sens dans un environnement comme celui de la Bourse de Casablanca, où la liquidité est souvent limitée sur certains titres.

« C’est justement dans un marché étroit qu’un programme de rachat régulier et bien calibré peut jouer un rôle utile sur la liquidité. Mais il faut que les sociétés en fassent un véritable outil de pilotage et pas uniquement une formalité ponctuelle validée par l’AMMC », conclut notre interlocuteur.

L’exemple BCP : quand le rachat reste marginal face aux dynamiques de marché

Entre avril et mai 2025, la banque a acquis près de 530.000 titres dans le cadre de son programme en cours, tout en respectant les plafonds réglementaires fixés. Toutefois, l’impact de ces interventions sur le cours de l’action est resté modeste sur cette période, le titre évoluant autour de 265 DH.

Ce n’est qu’au début du mois de juin que le marché a connu un mouvement marqué, avec un passage rapide du titre au-dessus de 300 DH, porté cette fois par des volumes de marché bien supérieurs et d’autres catalyseurs externes. Ainsi, l’exemple montre que le programme de rachat, pris isolément, ne constitue pas un levier décisif sur le prix lorsque d’autres facteurs fondamentaux s’imposent dans la dynamique boursière.

Bourse : Voici pourquoi certaines petites ou moyennes capitalisations sont léthargiques

Certaines entreprises cotées en bourse ne sont que très peu voire pas du tout échangées. Il ne s’agit pas nécessairement de petites capitalisations ou d’entreprises en difficulté. Parfois, ce sont des capitalisations de taille moyenne d’entreprises qui génèrent des milliards de dirhams de revenus.

A titre d’exemple, l’année dernière, en bourse, certaines valeurs n’ont côté qu’une dizaine de fois dans l’année et certaines ont connu des volumes d’échanges de quelques dizaines ou centaines de milliers de dirhams. DLM, en grande difficulté, a coté sur 3 séances en 2023 avec un total de 7.344 dirhams échangés. Mais d’autres sociétés en situation stable comme Balima ont traité sur 22 séances pour un total d’environ 44.000 dirhams ou encore de plus grande capitalisation comme Oulmès avec une volumétrie d’à peine 2,6 MDH sur l’année entière. D’autres entreprises rejoignent ces rangs, comme Zellidja, Unimer, Promopharm, SRM, ou encore Stroc Industrie.

Mais pourquoi certaines valeurs sont-elles boudées par les investisseurs et n’enregistrent que peu ou pas d’échanges sur le marché ? Contacté sur le sujet, Bachir Tazi, directeur général de CFG Marchés, nous explique les facteurs expliquant le manque de dynamisme en bourse de certaines valeurs.

Les institutionnels font le marché et cherchent l’efficience

Il est à noter dans un premier temps qu’au Maroc, contrairement à certains autres pays, ce sont les investisseurs qualifiés (marocains ou étrangers, ndlr) qui font le marché (compagnie d’assurances, caisse de retraite, OPCVM… ndlr). « Si l’on prend une moyenne historique, les investisseurs qualifiés représentent entre 80% et 85% du volume traité sur la bourse de Casablanca, et donc sont les premiers acteurs sur les tendances long terme », précise Bachir Tazi.

Et ces derniers ont une force de frappe très importante sur la cote casablancaise. « L’industrie des OPCVM pèse globalement 550 MMDH dont 45 MMDH sur les OPCVM actions. Si on prend ces 45 MMDH et que l’on ajoute une proportion de la poche actions des OPCVM diversifiés, on atteint 65 à 70 MMDH. A cela, il faut encore ajouter ce qui est investissable chez les autres investisseurs qualifiés. D’après les derniers rapports, on peut estimer les AUM (Assets Under Management, actifs sous gestion) de cette catégorie d’investisseurs entre 600 et 700 MMDH. Si on applique une pondération de 20% ou 25% à investir potentiellement sur le marché action, on ressort avec 150 MMDH. Au total on a près de 220 MMDH, ce qui est plus de 1,25 fois le montant du flottant total de la Bourse de Casablanca », analyse notre interlocuteur.

Ces derniers, pour leurs placements et leurs stratégies d’investissement, sont à la recherche de marché efficient. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? « Un marché efficient est un marché qui est d’abord profond, liquide avec la possibilité d’agir rapidement et sans avoir à impacter la tendance court terme d’un actif. Pour cela, il faudrait qu’il y ait une diversité de sous-jacents et des intervenants selon leurs tailles, leurs stratégies d’investissement et horizon de placement », explique le DG de CFG Marchés.

Ces investisseurs sont également à la recherche de transparence financière et d’informations claires. « Un marché efficient se caractérise également par un accès équitable, fiable et de qualité à l’information publique. L’information publique par les émetteurs doit être accessible à tous les intervenants, quelles que soient leurs tailles ou leurs natures, est doit être diffusée de manière rapide et fiable », poursuit notre interlocuteur. En général, ces deux facteurs de liquidité et profondeur ainsi que de transparence contribuent à refléter au mieux la réalité économique des entreprises cotées.

L’illiquidité a plusieurs causes et entraîne un manque de dynamisme

Dans le marché boursier national, certaines valeurs, comme indiqué avant, ont de véritables problèmes de dynamisme. Cela vient notamment du fait de leur illiquidité.

Si l’on se focalise sur cette notion, on peut dire qu’elle est liée à deux problèmes. « Premièremen, on peut faire face à un souci de taille à savoir le fait que la valeur n’ait pas atteint une taille critique faisant qu’elle n’est pas visible pour les investisseurs et ne pèse pas une pondération décente dans le benchmark pour que cela suscite l’intérêt de l’implémenter », explique Bachir Tazi.

Cette problématique peut venir du fait que l’IPO est survenue trop tôt dans l’histoire de l’entreprise par exemple ou bien que la taille était convenable mais qu’avec le temps et les performances du cours sur le marché, cette taille s’est réduite et devenue donc peu attractive pour l’investisseur institutionnel. « Mais parfois, la valeur est juste illiquide car il n’y a pas assez de flottant. Le flottant peut être insuffisant dès l’IPO ou bien être réduit suite à des rachats de titres des investisseurs historiques par exemple », explique-t-il.

L’institutionnel marocain est structurellement acheteur dans la durée. Il est dans une logique de buy and hold du fait notamment qu’il n’existe pas de mécanisme permettant de vendre ou profiter des tendances baissières sur le long terme. Dans les faits, un institutionnel achète et attend des performances positives.

Une communication financière lacunaire

L’autre facteur qui créé un manque de dynamisme pour certaines valeurs, c’est la communication financière insuffisante et le manque de curiosité de certains investisseurs qualifiés.

« L’information est une responsabilité partagée entre tous les intervenants. Certains émetteurs ne considèrent probablement pas la communication financière comme une donnée stratégique qui va permettre à l’action de vivre de façon efficiente sur le marché secondaire. Ils ne pensent pas à professionnaliser la communication financière », explique Bachir Tazi.

Mais le manque de transparence ou de régularité dans la communication financière n’est pas toujours la faute de l’émetteur. Les parties prenantes dans la chaîne de l’information sont nombreuses. « Les intermédiaires en bourse et les conseillers financiers ont aussi leur part de responsabilité, en développant mieux les départements Recherche, en offrant un Corporate Access de qualité à leurs clients, et en accompagnant les émetteurs sur le marché secondaire post IPO », poursuit-il.

Au-delà, le manque de dynamisme d’un titre en bourse peut provenir d’un désintérêt de l’investisseur causé par un manque de curiosité. « Les investisseurs sont parfois également dans une forme de facilité et ne sortent pas des sentiers battus pour s’intéresser à des entreprises qu’ils connaissent peu pour en savoir plus sur le business model, et donc déceler des opportunités d’investissement, se renseigner sur des entreprises qu’ils connaissent peu pour en savoir plus sur le business model », conclut-il.

Liquidité d’urgence : « La garantie de l’État renforce la confiance des agents économiques » (Omar Bakkou)

Le Conseil de gouvernement a adopté, le jeudi 6 avril, le projet de décret n° 2.22.925 fixant les conditions d’octroi de la garantie de l’État pour couvrir les besoins urgents de liquidités des établissements de crédit.

Le nouveau projet s’inscrit dans le cadre de l’application des dispositions de l’article 67 de la loi n° 40-17 portant statut de Bank Al-Maghrib (BAM). L’article précité stipule en substance que, dans le cadre de l’exercice de sa mission de contribution au maintien de la stabilité financière, BAM peut fournir, à titre discrétionnaire, une liquidité d’urgence en faveur d’un établissement de crédit ayant des difficultés de liquidité et présentant des doutes quant à sa solvabilité, sous réserve de disposer de la garantie de l’Etat en couverture de ces opérations.

Interrogé sur le timing et l’opportunité de l’adoption du nouveau projet de décret, Omar Bakkou, économiste et spécialiste en politique de change, explique : « Il est clair que le timing fait penser à la faillite de grandes banques au niveau international et à l’intervention des Etats et des banques centrales. »

Et d’ajouter : « Au Maroc, nous n’avons pas de signes avant-coureurs d’une panique conduisant aux retraits massifs des dépôts, susceptibles de constituer une menace pour les liquidités des banques, et donc à des interventions particulières au-delà de celles prévues par la politique monétaire (financements hebdomadaires, achats de bons du Trésor). »

Une démarche anticipative salutaire

Notre interlocuteur indique que la prise de mesures exceptionnelles suppose une situation tout aussi exceptionnelle, notamment un choc violent ou une panique généralisée, inexistante au Maroc. Omar Bakkou, qui salue l’adoption du projet de décret, met la nouvelle décision du Conseil de gouvernement sur le compte d’une démarche anticipative et de précaution de la part de l’Etat et de la Banque centrale. C’est une mise à jour prévue par les statuts de la Banque centrale.

L’économiste défend la thèse selon laquelle l’Etat et les autorités monétaires doivent être proactifs et sortir d’une logique de gouvernance basée sur la réaction. « L’adoption du projet de décret permet d’opérationnaliser un dispositif qui existait déjà au niveau de l’article 67 de la loi n° 40-17 portant statut de Bank Al-Maghrib », analyse l’expert en politique de change.

D’après notre source, la nouvelle initiative gouvernementale est de nature à renforcer la confiance des agents économiques dans le système bancaire. Au sujet des conditions d’éligibilité « draconiennes » et d’obtention de la garantie de l’Etat, l’économiste considère qu’il était tout à fait nécessaire de mettre des garde-fous pour que le mécanisme ne soit pas utilisé à tout-va, et que BAM puisse continuer à intervenir dans le cadre des situations « normales » de manque de liquidités.

Parmi les conditions préalables devant être réunies avant l’octroi de la garantie, il y a lieu de citer le lien avec la stabilité financière. La banque demandeuse de la liquidité d’urgence doit avoir des problèmes de liquidité, tout en présentant des doutes sur le plan de la solvabilité. Enfin, celle-ci doit épuiser toutes les autres voies possibles de refinancement avant la demande de la garantie de l’Etat par BAM.

En définitive, Omar Bakkou est formel : « La garantie de l’Etat de la liquidité d’urgence fournie par BAM, une fois activée, constitue certes un passif, mais ne sera pas préjudiciable aux finances publiques. »

Banques : le déficit de liquidité à 80,9 MMDH en 2022 (BAM)

Cette aggravation est en lien essentiellement avec la progression de la circulation fiduciaire, explique la Banque Centrale dans ce rapport publié à l’issue du premier Conseil de BAM au titre de l’année 2023.

Au quatrième trimestre de 2022, le besoin en liquidité des banques s’est situé à 87,8 MMDH en moyenne hebdomadaire, contre 91,7 MMDH un trimestre auparavant, fait savoir la même source.

Dans ces conditions, la Banque a réduit le montant de ses injections à 102,5 MMDH, dont 50,5 MMDH sous forme d’avances à 7 jours, 26,8 MMDH à travers les opérations de pensions livrées, 25,1 MMDH au titre des opérations de prêts garantis accordés dans le cadre des programmes de soutien au financement de la très petite, petite et moyenne entreprises (TPME) et 40 millions de dirhams (MDH) sous forme de swap de change, précise BAM.

La duration moyenne résiduelle des interventions de la Banque est passée de 44,7 jours à 45,1 jours et le taux interbancaire est demeuré aligné sur le taux directeur à 2,06% en moyenne, un niveau intégrant la décision du Conseil de la Banque de relever en décembre le taux directeur de 50 points de base.

Au niveau du marché des bons du Trésor, les taux ont poursuivi leur augmentation au quatrième trimestre aussi bien sur le marché primaire que secondaire. Durant les mois de janvier et février, la tendance haussière des rendements s’est maintenue, sur les deux marchés, en particulier pour les maturités moyenne et longue.

Le coût de financement des banques a enregistré une légère progression par rapport au troisième trimestre.

Dans le même sens, sur le marché de la dette privée, les taux assortissant les émissions des certificats de dépôt se sont inscrits en hausse au quatrième trimestre.

Pour ce qui est des taux créditeurs, ils ont connu une augmentation trimestrielle de 17 points de base (pbs) à 2,24 % en moyenne pour les dépôts à 6 mois et de 18 pbs à 2,57% pour ceux à un an. Dans ces conditions, le coût de financement des banques a enregistré une légère progression par rapport au troisième trimestre.

Les dernières données disponibles relatives au mois de janvier indiquent des hausses mensuelles des taux créditeurs de 4 points de base à 2,28% pour les dépôts à 6 mois et de 20 points à 2,87% pour ceux à un an.

S’agissant des taux débiteurs, les résultats de l’enquête de Bank Al-Maghrib auprès des banques relatifs au quatrième trimestre de 2022 indiquent une augmentation trimestrielle de 26 points de base du taux moyen global à 4,5%. Par secteur institutionnel, les taux assortissant les prêts aux entreprises ont progressé de 26 points à 4,30%, reflétant des hausses de 26 points de base de ceux des facilités de trésorerie et de 24 points de ceux des prêts à l’équipement.

Les taux appliqués aux crédits aux particuliers, ont pour leur part augmenté de 39 points, avec une hausse de 13 points pour les crédits à l’habitat et une quasi-stabilité pour les prêts à la consommation.