Plus de 403.000 personnes ont visité le SIEL 2025, une hausse de 26%

Ce nombre de visiteurs représente une augmentation de 26% par rapport à l’édition précédente, a précisé la même source, ajoutant que cet évènement a réuni 756 exposants, issus de 51 pays et présentant près de 100.000 titres.

Placée sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, cette édition, qui a mis à l’honneur l’émirat de Sharjah (Émirats arabes unis), a été organisée par le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication en partenariat notamment avec la région de Rabat-Salé-Kénitra et la wilaya de la même région.

Vitrine de la dynamique que connait la scène culturelle marocaine, le SIEL 2025 a renforcé le rayonnement de la ville de Rabat en tant que destination culturelle, tant au niveau national qu’international.

Le SIEL de Rachid Boufous

En marge de sa participation à la 17e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), Rachid Boufous a partagé avec Médias24 ses réflexions sur l’événement et sur la situation du domaine littéraire au Maroc.

Écrivain et architecte urbaniste, Rachid Boufous est reconnu pour ses ouvrages qui explorent l’histoire et le patrimoine culturel du Maroc. Parmi ses publications notables figurent Chroniques du Détroit, une immersion dans le Tanger international du début du XXe siècle, et la série en deux tomes Petites et grandes histoires du Maroc, qui retrace des récits d’hommes, de femmes et de lieux ayant contribué à forger la civilisation marocaine. ​

Un rendez-vous vital pour la culture marocaine

Pour Rachid Boufous, le Salon international de l’édition et du livre reste « un rendez-vous essentiel pour les écrivains », car il leur offre « une précieuse opportunité de rencontrer lectrices et lecteurs ». Il confie à Médias24 y participer « toujours avec plaisir », considérant cet événement comme « un moment fort de la vie littéraire marocaine ».

L’édition 2025 du SIEL s’est ouverte à des pays arabes comme l’Égypte, le Bahreïn et les Émirats arabes unis. Une initiative qu’il qualifie d’ »excellente », car elle permet « au public marocain de découvrir la richesse des productions littéraires venues d’Orient ». L’écrivain encourage vivement à « poursuivre ce type d’échanges culturels ».

Rachid Boufous note avec satisfaction « une affluence croissante, composée aussi bien de jeunes que de moins jeunes ». Ce dynamisme témoigne selon lui de l’intérêt renouvelé du public pour le livre.

Sur le plan organisationnel, il salue les progrès réalisés. « D’année en année, le SIEL gagne en maturité et en professionnalisme », mais pointe toutefois un bémol : « le stationnement« , qu’il juge « anarchique dans une zone urbaine dense. Il plaide pour la création à Rabat d »‘un véritable espace d’exposition permanent, capable d’accueillir des événements artistiques, culturels, commerciaux ou industriels avec des infrastructures adéquates, notamment des parkings suffisants ». Cela permettrait d’éviter, selon lui, « l’organisation ponctuelle de salons coûteux et difficilement accessibles ».

Une industrie du livre fragilisée

Au-delà du salon, l’auteur brosse un tableau critique du secteur de l’édition au Maroc. « Le Royaume ne publie qu’environ 3.000 ouvrages par an, toutes disciplines confondues », rappelle-t-il, un chiffre qu’il estime « très faible ». Il dénonce « l’absence d’une politique ambitieuse de promotion du livre » et s’inquiète d’un marché dominé par « un distributeur quasi monopolistique qui est aussi éditeur, Sochepress » ; ce qu’il considère comme « une anomalie préoccupante ».

Rachid Boufous déplore dans ce sens « l’absence d’un organisme indépendant de régulation et de contrôle de l’édition et des ventes », ce qui conduit à « une opacité qui nuit gravement aux droits des auteurs ». Selon lui, « beaucoup d’écrivains ne sont pas ou très peu rémunérés pour leurs œuvres, malgré les ventes, alors que les subventions du ministère de la Culture sont versées quasi exclusivement aux éditeurs ». Il lance un appel au ministre Mehdi Bensaïd afin « qu’il corrige ces dysfonctionnements avec sérieux », rappelant que « sans les auteurs, il n’y a pas d’édition ».

Une politique culturelle à développer

Concernant les animations du SIEL, Rachid Boufous se réjouit de la richesse des tables rondes et des débats, mais estime qu’ »il serait pertinent de prolonger ces discussions sur les plateaux de télévision, avec des émissions littéraires régulières et multilingues, aujourd’hui largement absentes du paysage audiovisuel marocain ».

Pour lui, « l’amour de la lecture commence à l’école ». Et de souligner : « Un Japonais lit en moyenne 40 livres par an, alors que dans le monde arabe, la moyenne est inférieure à 0,3. Il n’y a pas de miracle : un peuple qui ne lit pas ne crée pas ».

Faire rayonner le salon dans les régions

Enfin, Rachid Boufous appelle à une décentralisation du SIEL. « Le salon gagnerait à devenir itinérant. Le faire tourner dans les douze régions du Royaume permettrait aux auteurs d’aller à la rencontre des lectrices et lecteurs à travers tout le pays ».

Il conclut sur un message fort : « Le SIEL est un espace d’expression libre, où écrivains, penseurs et artistes peuvent échanger publiquement et sans contrainte. Cette liberté est précieuse. Il est essentiel de la préserver et de la faire prospérer ».

Festival du livre de Paris : les détails de la programmation dédiée au Maroc, invité d’honneur

Le Maroc, qui aura un pavillon de 330 m², installé sous la coupole du Grand Palais au cœur de la Ville Lumière, sera représenté par une pléiade d’auteurs et de maisons d’édition qui reflètent la richesse et le dynamisme de la littérature marocaine.

Conçu comme « une invitation au voyage et à la découverte, à l’image du Maroc, carrefour culturel entre tradition et modernité », le pavillon marocain s’inspirera de la mer, symbole du riche patrimoine maritime du pays et de son engagement vers un avenir durable et innovant.

Ses visiteurs auront ainsi l’occasion de rencontrer des écrivains marocains de renom, d’assister à des tables rondes sur les ponts entre la littérature, l’histoire et la société, ainsi que des discussions sur la francophonie et la transmission des traditions orales dans l’écriture contemporaine.

Pour les organisateurs du festival, le paysage éditorial marocain est en pleine effervescence, porté par des maisons d’édition dynamiques qui jouent un rôle essentiel dans la valorisation de la littérature marocaine en publiant des œuvres en arabe, en amazigh, en français et en anglais, tout en contribuant à faire rayonner les voix marocaines à l’international.

Une quarantaine de maisons d’édition seront ainsi représentées au pavillon du Maroc, conçu comme un espace immersif célébrant la richesse et la diversité de ses écrivains.

Des auteurs emblématiques et des nouvelles voix y seront mis en avant, reflétant une identité multiple et une histoire riche, où se croisent différentes influences culturelles et linguistiques. Des hommages seront également rendus à des auteurs qui ont marqué de leur empreinte la littérature et la pensée marocaine, notamment Edmond Amran El Maleh ou Driss Chraibi.

Le pavillon marocain se décline en cinq espaces thématiques, chacun offrant une expérience unique : « l’Espace de l’Histoire maritime« , qui offre une plongée fascinante dans le passé maritime du Maroc, mettant en lumière son héritage atlantique et méditerranéen à travers des documents, des cartes anciennes et des récits de navigateurs.

« L’Espace Hiwar« , qui sera dédié aux rencontres et à l’échange entre éditeurs, auteurs et le public, l’espace « Dédicaces« , « l’Espace Jeunesse » qui est un univers coloré et interactif pensé pour les jeunes lecteurs, avec des contes, des ateliers ludiques et des rencontres avec des auteurs jeunesse, afin de transmettre le goût de la lecture et du récit ; puis un espace « Éditeurs et Librairie » qui se veut un lieu de découverte et d’échange reflétant la diversité et la vitalité de la littérature marocaine, où les visiteurs pourront parcourir une sélection d’ouvrages, rencontrer des éditeurs et acquérir des livres.

Le prix Nobel de littérature 2024 attribué à l’autrice sud-coréenne Han Kang

Le comité Nobel récompense une œuvre qui « affronte les traumatismes de l’histoire et expose la fragilité de la vie humaine », a indiqué l’Académie suédoise.

SIEL. Le phénomène Osamah Almuslim, de quoi est-il le nom ?

Une cohue a été déclenchée le samedi 11 mai, deuxième jour du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), grand-messe du livre au Maroc, lors de la séance de dédicaces des romans d’Osamah Almuslim. L’écrivain saoudien, auteur de plus de 30 romans célèbres pour leur style fantasy, semble enthousiasmer la jeunesse marocaine, venue de tout le Maroc pour le rencontrer.

Des adolescents massés pendant des heures avec des livres à la main et des files d’attente interminables pour accueillir l’auteur au SIEL. Soucieuses d’éviter tout risque de bousculade, les autorités ont dû interrompre la séance de dédicaces. Du jamais vu !

Cet écrivain saoudien à succès, surtout connu auprès des jeunes, écrit de la fiction fantastique en arabe. Celui que l’on peut qualifier, toute proportion gardée, de « Rowling arabe », en référence à la romancière britannique auteure de la saga Harry Potter, s’appuie par ailleurs sur les réseaux sociaux pour communiquer et élargir sa communauté. Une sorte d’influenceur-écrivain.

Le phénomène Osamah Almuslim nous amènera-t-il à réexaminer la conviction selon laquelle nos jeunes ne se sont pas réconciliés avec le livre ? Est-ce que nos jeunes ne lisent pas, faute de trouver une lecture qui les intéresse ? Pour Najib Refaïf, journaliste culturel, chroniqueur et auteur, les œuvres déjà existantes ne répondent pas toujours au goût du jeune lectorat.

« Peut-être que ce sont les écrivains qui écrivent des choses qui ne se lisent pas » 

« C’est la question qui se pose effectivement. Pourquoi les jeunes s’intéressent-ils à cet auteur et à ses écrits ? Et on dit que les jeunes ne lisent pas… Peut-être que ce sont finalement les écrivains qui écrivent des choses qui ne se lisent pas« , s’interroge Najib Refaïf.

« On dit que les jeunes sont les grands absents du lectorat marocain. Le phénomène Osamah Almuslim nous montre pourtant tout le contraire. Les jeunes marocains lisent, mais ils privilégient une certaine littérature qui mêle suspens et fantaisie. Au SIEL, nous avons remarqué une forte présence de jeunes filles lors de la séance de dédicaces d’Osamah Almuslim, probablement parce qu’il y a beaucoup de personnages féminins dans ses écrits », souligne le journaliste chroniqueur, grand habitué du SIEL, dont il a été l’un des précurseurs.

Une élite intellectuelle déconnectée de sa jeunesse ?

Sur un ton plus ferme, l’éditeur Hicham Houdaïfa critique la réaction et le regard méprisant porté sur les lecteurs charmés par Osamah Almuslim.

« Ce qui m’a beaucoup déçu, c’est la réaction élitiste des gens qui ont porté un regard vraiment hautain sur cette jeunesse qui s’est déplacée pour cet auteur… Une élite totalement déconnectée de sa jeunesse. J’ai trouvé cela vraiment très triste de la part d’une élite soi-disant intellectuelle qui devrait incarner un modèle pour les jeunes », déplore le co-fondateur de la maison d’édition En Toutes Lettres.

« Certes, Osamah Almuslim écrit de la fantaisie, mais ce n’est pas comme si l’on avait tous commencé à lire Dostoïevski à un âge précoce. Nous nous sommes souvent initiés à la lecture grâce à ‘la petite littérature’, sans parler bien sûr de notre responsabilité de mettre à la disposition de nos jeunes une diversité de lectures. Et d’ailleurs, aucun de nous n’a la légitimité de parler de grandes ou de petites littératures », poursuit-il.

« La diversité de la lecture doit être à la portée de tous »

Hicham Houdaïfa d’ajouter : « Les gens ont le droit de lire ce qu’ils veulent et de trouver leur plaisir dans ce qu’ils aiment réellement. Ce jugement de valeur, de classification, je le trouve encore une fois très hautain et malvenu. La culture est censée susciter de l’empathie ; elle est censée nous amener à fournir plus d’outils à nos jeunes et non à les juger au premier coup et à la première lecture ».

« Donc effectivement, des structures comme les bibliothèques publiques qui n’existent pas dans ce pays, ou quand elles existent sont fermées, ou quand elles sont ouvertes ne possèdent pas de livres, ou lorsqu’il y a quelques livres, la personne censée s’en occuper n’est pas là… Ces structures me semblent pourtant essentielles pour présenter la lecture dans sa diversité, y compris les livres de cet écrivain saoudien ; pour la mettre à disposition des jeunes afin qu’ils puissent s’ouvrir à d’autres auteurs plus tard, comme Balzac ou les grands auteurs arabes ou marocains. Or nous disposons effectivement, et en arabe et en français, d’une diversité littéraire et d’une diversité de lecture qui doit être à la portée de tout le monde« , conclut Hicham Houdaïfa.

Un succès, deux volets

Qu’en est-il désormais du côté de l’écrivain ? En Occident, son succès est influencé par deux volets : le volet littéraire, à travers les différents prix prestigieux, et le volet commercial, par le biais des ventes. Chacun de ces volets a sa place et est reconnu pour son succès.

Néanmoins, dans le monde arabe, on prête moins d’attention à cette notion de succès commercial qui, pourtant, a toute son importance si l’on considère la success story d’Osamah Almuslim. « Son point fort, c’est la communication sur les réseaux sociaux. Il adopte les techniques des grands éditeurs qui font du buzz autour de leur littérature et écrivent des best seller. Un best seller, c’est ça ! Et il y a des conditions pour en écrire. D’abord, il faut écrire des choses captives, addictives, ce que nous appelons les page turner. Tu as envie de tourner la page pour savoir ce qui se passe par la suite. L’autre aspect tout aussi important, c’est la vente. Ecrire, c’est vendre. Si on écrit et que l’on ne vend pas, on n’aura pas de lecteurs », reprend Najib Refaïf.

« Ce sont ces deux aspects-là qu’il faut allier pour produire des écrits à lire : le savoir-faire (techniques d’écriture) et le faire-savoir (communication autour de ce savoir-faire) », insiste l’auteur.

Une bonne littérature ? Tout est question de subjectivité…

« La fantaisie est un genre qui fonctionne partout. En témoignent les séries littéraires fantastiques comme Harry Potter ou Game of Thrones dont des millions d’exemplaires ont été vendus à travers le monde. Elles ont même été adaptées au cinéma ».

« La littérature commerciale, c’est comme le cinéma commercial ! La littérature commerciale, c’est ce que nous appelons aussi la littérature populaire. C’est ce type d’œuvres qui se vend le plus. Un best-seller est-il forcément un bon livre ? Il faudrait d’abord définir ce qu’est un bon livre. Se définit-il par sa conformité à des critères purement littéraires, ou par l’ampleur des ventes qu’il a réalisées ? C’est ça la question à mon sens« , précise-t-il.

« Prenons l’exemple du Comte de Monte-Cristo, considéré à l’époque comme de la littérature populaire. C’est un best seller jusqu’à ce jour ; on en a tiré des films. C’est cependant moins bien écrit si l’on considère encore une fois des critères purement littéraires, notamment les procédés d’écriture (niveau de langue, figures de style, ton employé…) par rapport aux œuvres de Stendal et Flaubert », poursuit Najib Refaïf.

« Il y a également l’exemple de Mustafa Lutfi al-Manfaluti dans le monde arabe, qui écrivait des choses souvent traduites du français mais avec un style simple, facile à lire et à comprendre, à partir de 14 ans, 15 ans. S’il est moins bien écrit par rapport à Najib Mahfoud en Egypte ou à Mohamed Zafzaf chez nous, et à d’autres grands écrivains contemporains du monde arabe, on ne peut pas dire pour autant qu’il est mauvais. Est-ce que parce qu’il y a beaucoup de gens qui lisent un livre que ce dernier est automatiquement moins bon d’un point de vue littéraire ? C’est verser dans l’élitisme qui lie la beauté à la rareté. Difficile donc de dire ce qu’est une bonne littérature qui, à mon avis, reste subjective« , conclut Najib Refaïf.

Qui est Osamah Almuslim ?

Né en 1977, Osamah Almuslim n’a émergé que tardivement en tant qu’écrivain et romancier majeur, en écrivant des romans de fantasy et de fantasy historique, avec pour éléments forts le suspense et une narration cinématographique avec des dialogues solides. Il a poursuivi ses études à l’Université du roi Fayçal où il s’est spécialisé en littérature anglaise, ce qui lui a permis de traduire certaines de ses œuvres en anglais par la suite.

Osamah Almuslim présente les événements de manière fragmentée et emploie des noms uniques et étranges. La plupart de ses romans se distinguent par des fins inattendues. Certains ont été sélectionnés pour être adaptés en films. D’autres ont été traduits en anglais, notamment Khawf (Fear) et Jardins d’Arabestan (Gardens of Arabestan).

Il a publié 32 romans dont les plus célèbres sont Khawf 1, Khawf 2 et Khawf 3 − en cours d’adaptation en une série télévisée saoudienne inspirée du roman −, la saga Jardins d’Arabestan en six parties, Lajj : L’épopée des sept mers en cinq parties et la série de nouvelles Le tumulte de Khaseef en trois parties.