Financement, capacité logistique, ambitions : Moncef Belkhayat revient sur le rachat de La Voie Express par BLS

« La finalisation de l’acquisition de La Voie Express nous ouvre la voie à la création du premier opérateur logistique intégré au Maroc », explique Moncef Belkhayat, « couvrant ainsi l’ensemble de la chaîne logistique, du fret international au dernier kilomètre ». L’objectif de BLS est de bâtir « un champion national de la logistique, d’envergure régionale ».

Une acquisition stratégique pour bâtir un champion national de la logistique

Le groupe BLS a finalisé, à la mi-octobre, le rachat de La Voie Express, de la foncière Espacim et de La Voie Express Messagerie, après avoir obtenu le feu vert du Conseil de la concurrence.

Cette opération stratégique marque un tournant dans le paysage logistique marocain, souligne Moncef Belkhayat, président de H&S Invest Holding, maison mère de BLS. En intégrant l’un des principaux acteurs nationaux du transport et de la messagerie, le groupe concrétise son ambition, qui est de devenir le premier opérateur logistique intégré au Maroc, capable d’offrir une solution end-to-end, du fret international à la livraison du dernier kilomètre.

« La chaîne commence aujourd’hui avec le freight forwarding, avant de passer par le transit, le transport, l’entreposage, puis la messagerie. Nous sommes désormais le seul opérateur national à intervenir sur l’ensemble de cette chaîne de valeur », explique-t-il.

« C’est une très belle opération qui permet au Maroc de se doter d’un champion national de la logistique, avec des capacités de stockage de 330.000 positions palettes et une flotte de 650 camions », poursuit-il, estimant que cette fusion positionne le groupe comme un leader national incontesté, face à des acteurs internationaux tels qu’Emirates ou GEODIS.

Avec cette acquisition, BLS renforce significativement ses capacités d’entreposage. Le groupe est désormais présent dans 22 villes, gère près d’un million de mètres carrés de plateformes logistiques. « Grâce à cette opération, nous disposons désormais de 30 sites, couvrant toutes les régions du Royaume, du nord au sud et d’est en ouest », précise Moncef Belkhayat.

L’entreposage devient le cœur de métier du groupe BLS

L’entreposage devient ainsi le cœur de métier du groupe, d’après notre interlocuteur. « L’entreposage qu’on offre est aujourd’hui positionné en 3PL [logistique tierce partie, ndlr] », nous précise-t-il, « avec des services logistiques complets pour nos clients. Certains optent pour une location simple, leur permettant d’être hébergés directement dans nos plateformes logistiques ».

Après l’inauguration de la plateforme de Tit Mellil (55.000 m²), en décembre 2024, BLS s’apprête à réceptionner celle de Lkhyayta, d’une capacité de 50.000 positions palettes, en plus des 65.000 positions de La Voie Express.

« L’entreposage devient donc notre cœur de métier, et nous ambitionnons de poursuivre notre croissance dans ce domaine ».

Et Moncef Belkhayat de rappeler : « Lorsqu’on a commencé dans la logistique il y a une dizaine d’années, nous étions sur des plateformes moyennes de 5.000 m². Nous sommes, à présent, passés à des plateformes moyennes de 30.000 m². Nos prochaines plateformes nouvelle génération atteindront 100.000 m² chacune ».

L’acquisition s’élève à 360 MDH, financée à 70% par Saham Bank et 30% en fonds propres

Par ailleurs, « nous disposons aussi d’entrepôts relatifs à la messagerie, puisqu’avec l’acquisition de La Voie Express nous sommes entrés dans le secteur de la messagerie et du last mile« .

« Nous sommes donc présents partout, nous livrons et couvrons toutes les villes deux fois par jour à travers un système logistique de distribution de marchandises et de colis de manière continue, avec un service 7 jours sur 7 sur l’ensemble de ces villes ».

Notons que la valeur de l’acquisition de La Voie Express s’élève à 360 millions de dirhams, nous confie notre interlocuteur, « financée à 70% par Saham Bank et 30% en fonds propres ».

« L’accord inclut quatre sites logistiques représentant 65.000 positions palettes, dont la plateforme de Lkhyayta qui s’étend sur plusieurs hectares ».

Vers une introduction en bourse en 2030

Outre l’entreposage, « les métiers qui sont en développement et qui ont un fort potentiel de croissance sont le transport et le transit« , poursuit le président de BLS.

« Dans le transport, nous avons très rapidement atteint une flotte de 650 camions, et notre objectif est d’atteindre les 1.000 camions. Pour le transit, nous comptons renforcer les capacités de notre société et de notre activité de freight forwarding, afin de consolider notre présence régionale avant une future introduction en bourse ».

« C’est un peu le schéma et la vision du groupe pour les cinq prochaines années. Mais pour ce faire, nous allons d’abord prendre le temps de consolider toutes ces acquisitions et les récentes opérations de BLS, afin de les absorber et de les digérer ».

À partir de 2027, nous allons commencer notre développement régional sur le continent

Cela signifie qu’en 2026, « il n’y aura pas de croissance supplémentaire externe, en tous les cas, pas sur la partie logistique et entreposage ».

« Quand on grandit aussi vite, on a besoin de temps pour absorber la partie back office, la partie informatique, la partie finances, et surtout la partie culture et ressources humaines pour pouvoir créer un ensemble cohérent et une équipe qui gagne avec ce qu’on appelle du teamwork, qui nous permettra de créer un opérateur logistique national, d’envergure régionale ».

« Nous commencerons notre développement régional en Afrique dès 2027. À partir de cette étape, nous pourrons exporter notre savoir-faire dans des pays africains et, par ricochet, devenir un acteur régional ».

« Nous prévoyons ensuite une IPO pour 2030″, nous confie Moncef Belkhayat, « ce qui fera de nous le premier opérateur logistique à être coté à la Bourse de Casablanca ». Une introduction qui permettra, en effet, au groupe de pérenniser sa croissance et d’ouvrir son capital à des partenaires institutionnels afin d’accompagner son expansion régionale.

Une part de marché de 25% sur le marché structuré

La configuration de BLS lui confère à présent un positionnement stratégique dans un marché encore fragmenté. Selon son président, le groupe détient 25% du marché structuré, et environ 12% du marché global, incluant les segments non structurés.

L’ambition n’est pas d’augmenter davantage cette part de marché, mais d’accompagner la stratégie nationale de l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL).

« L’objectif du groupe est de continuer à grandir et à se développer main dans la main avec l’ADML, afin de développer des plateformes de 50.000 à 100.000 m² et de massifier », nous explique notre interlocuteur.

« Il ne faut pas oublier que ce business est un business de taille, comme disent les Américains, un business de scale. Pour pouvoir massifier, il faut aller sur des plateformes encore plus grandes, géantes, comprises entre 50.000 et 100.000 m² par plateforme ».

La participation de 40% à ID Logistics, qui accompagne le groupe Carrefour et donc Label’Vie, n’est pas stratégique pour BLS

Notons par ailleurs que l’acquisition de La Voie Express porte également sur une participation de 40% dans ID Logistics Maroc, jugée non stratégique par Moncef Belkhayat.

« ID Logistics est un opérateur français, international, qui accompagne le groupe Carrefour partout dans le monde, et donc Label’Vie », nous précise-t-il.

« Dans le cadre de cette acquisition, nous nous retrouvons associés à ID Logistics, et donc en plein cœur des opérations de Carrefour et de Label’Vie. Nous allons nous réunir avec le management de ce groupe pour voir ce que nous allons faire de cette participation ».

« En tant que groupe national, il est important pour nous de nous consolider financièrement. Par conséquent, une participation de 40% demeure pour nous non stratégique », conclut notre interlocuteur.

Groupe Tanger Med : un chiffre d’affaires de 11,23 MMDH en 2024

« Sur le plan portuaire et logistique, le groupe gère le complexe portuaire Tanger Med, premier port en Méditerranée et en Afrique, et 17e mondial dans le dernier classement des ports à conteneurs selon Alphaliner. Le port a franchi un cap historique en 2024 avec 10,24 millions de conteneurs EVP (équivalent vingt pieds) traités. Il confirme également son rôle comme plateforme de référence pour les importations et exportations nationales », indique le groupe dans un communiqué.

À travers Marsa Maroc, le groupe exploite 25 terminaux spécialisés dans le traitement des conteneurs et des vracs, précise la même source, ajoutant que l’année 2024 a enregistré une performance record pour Marsa Maroc, avec 63,3 millions de tonnes manutentionnées, en hausse de 11% par rapport à 2023.

Au total, le volume global manutentionné par le groupe, incluant les performances de TMPA (gestionnaire du complexe portuaire Tanger Med) et de Marsa Maroc, a atteint 187 millions de tonnes de marchandises et 11,44 millions de conteneurs EVP.

Sur le plan industriel, le groupe est également aménageur et développeur de plus de 3.000 hectares de zones d’activités économiques, accueillant plus de 1.400 entreprises qui opèrent dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, du textile, de l’agroalimentaire et de la logistique.

L’ensemble de ces secteurs a généré un volume d’affaires global de 174 milliards de dirhams en 2024, créant ainsi plus de 130.000 emplois.

OCP et Maersk s’allient pour des solutions logistiques innovantes et durables

OCP Group, à travers son pôle d’activités stratégiques Specialty Products & Solutions (SPS), et Maersk, leader mondial de la logistique intégrée, ont signé un mémorandum d’entente (MoU) afin de renforcer leur collaboration de longue date et de faire progresser ensemble des solutions logistiques innovantes, résilientes et durables, peut-on lire dans un communiqué.

L’accord couvre le transport maritime et terrestre, les services logistiques, la gestion digitalisée de la chaîne d’approvisionnement, des programmes éducatifs ainsi que des initiatives ambitieuses en matière de durabilité.

« Cet accord novateur vise à bâtir une chaîne d’approvisionnement de classe mondiale, résiliente et robuste, capable de faire face aux incertitudes d’un monde en constante évolution. Il s’aligne avec les ambitions stratégiques des opérations mondiales d’OCP, en particulier en soutenant la croissance des solutions de produits spécialisés sur les marchés internationaux », a déclaré Anass Hassainate, directeur de la Supply Chain & Logistique de l’unité SPS du groupe OCP, cité dans le communiqué.

4 axes stratégiques de collaboration

Cette collaboration couvre quatre axes :

Services maritimes et logistiques : renforcement des capacités de transport maritime, expansion vers de nouvelles destinations et mise en place de réseaux flexibles de stockage et de distribution à l’échelle mondiale, avec une base au Maroc.

Innovation dans la chaîne d’approvisionnement : digitalisation des opérations et adoption des meilleures pratiques, en particulier pour accompagner le développement international des activités de produits spécialisés.

Éducation & Recherche : lancement d’initiatives académiques et de formation conjointes avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) pour faire progresser les connaissances en logistique, supply chain et durabilité.

Durabilité : pilier central du MoU, la durabilité sera traitée à travers des efforts conjoints pour décarboner les opérations logistiques, évaluer des solutions de carburants alternatifs et mettre en œuvre des pratiques énergétiquement efficaces. Les deux entreprises réaffirment leur engagement commun à atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.

« Nous sommes très heureux de constater que nos partenaires du groupe OCP partagent notre engagement en faveur de l’innovation et de la résilience des chaînes d’approvisionnement face aux défis futurs. À travers nos initiatives communes dans les domaines de la recherche et de l’éducation, nous voulons aussi contribuer au développement des compétences logistiques des futures générations de professionnels au Maroc –l’un de nos marchés clés en Méditerranée », a déclaré Emilio De La Cruz, directeur général de la région Sud-Ouest Europe et Maghreb chez A.P. Moller –Maersk.

BLS de Moncef Belkhayat lance un programme d’investissement de 2,1 MMDH

Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 4 février, Moncef Belkhayat, PDG de BLS a transmis une lettre d’intention au directeur général de l’Agence marocaine du développement et de la logistique, Ghassan El Mechrafi, dans laquelle il confirme l’intention de Buildings & Logistic Services de déployer le programme d’investissements ambitieux sur les exercices 2025 et 2026. Ce programme comprend :

• l’acquisition de la plateforme Lkhyayta Hub et son extension pour atteindre +50.000 m²
• ⁠l’acquisition d’une plateforme de 60.000 m² à Casablanca
• l’⁠acquisition et la construction d’une plateforme de 15.000 m² sur une assiette foncière de 200.000 m² à Mohammedia
• ⁠l’acquisition de 2 plateformes logistiques à Tanger d’une superficie totale de 30.000 m²
• la ⁠construction de nouvelles plateformes logistiques à Kenitra, Meknès, Tétouan et Marrakech d’une superficie totale de 30.000 m²
• la construction d’un minimum de 100.000 m² dans le cadre du programme stratégique de massification multi-flux de l’AMDL.

Ce programme d’investissement s’ajoute aux 300 millions de DH de la plateforme de Casa Hub située dans la province de Médiouna à Sidi Hajjaj, d’une superficie de 51.500 m² inaugurée en décembre 2024.

« Aujourd’hui, le fait de pouvoir couvrir le Maroc au niveau logistique et relier Tanger à Guerguerate est une fierté nationale pour nous », a déclaré le PDG de BLS, Moncef Belkhayat, lors de la conférence de presse.

Un constat partagé par le ministre du Transport et de la logistique Abdessamad Kayouh qui a souligné que sa présence « témoigne de [sa] fierté face à cette dynamique positive que connait le secteur de la logistique ». Il considère que ce secteur est « stratégique » pour le Royaume « dans l’accélération industrielle et la compétitivité. »

« Nous sommes un opérateur logistique end to end. Nous faisons du freight forwarding. L’enjeu est la taille, le plus nous grandissons, nous fusionnons, le mieux c’est. La taille permet d’écraser les coûts, et ces derniers permettent de battre l’inflation », a expliqué Moncef Belkhayat.

Doubler les capacités logistiques

Le programme d’investissement prévu pour les deux prochaines années permettra à BLS de consolider son positionnement de leader de la logistique intégrée au Maroc, de créer 1.000 emplois supplémentaires dans les métiers de la supply chain, de doubler ses capacités logistiques en passant à un million de m² d’actifs contre 500.000 m² aujourd’hui et 500.000 positions palettes contre 250.000 positions palettes actuelles sous gestion.

Il permettra également au groupe d’être présent sur 34 sites dans 19 villes marocaines, à savoir : Agadir, Ain Atiq, Ait Melloul, Bouskoura, Casablanca, Fès, Guerguerat, Kenitra, Khouribga, Lkhyayta, Marrakech, Meknès, Mohammedia, Nador, Oujda, Salé-Bouknadel, Tanger, Tétouan et Tit Mellil.

« Des partenariats solides et axés sur l’impact sont essentiels pour stimuler une croissance durable », a déclaré Cheick-Oumar Sylla, directeur régional d’IFC pour l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique. « En soutenant le développement et les opérations d’entreprises leaders en logistique comme BLS, IFC contribue à renforcer la compétitivité du secteur, à positionner le Maroc comme un hub régional du commerce et de la logistique et à créer de nouveaux emplois », a-t-il souligné.

 

96 MMDH d’investissements pour développer l’infrastructure ferroviaire à l’horizon 2030

Ces investissements pour développer l’infrastructure ferroviaire comprennent :

– 53 milliards de DH pour la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse (LGV) entre Kénitra et Marrakech, et le développement du transport régional par rail sur le réseau existant ;

– 29 MMDH pour l’acquisition de 18 trains à grande vitesse et 150 trains multiservices ;

– 14 MMDH pour la construction ou la réhabilitation d’une quarantaine de gares et le maintien de l’efficacité du réseau national.

C’est ce qu’a précisé Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la logistique, dans un exposé, le mardi 21 janvier, devant la Commission des infrastructures, de l’énergie, des mines, de l’environnement et du développement durable à la Chambre des représentants.

Le réseau ferroviaire national en chiffres

Le réseau ferroviaire national s’étend actuellement sur une longueur totale de 2.295 km. Il comprend 1.473 km de lignes électrifiées, 1.337 km de voies uniques, 672 km de voies doubles et 100 km de voies triples. Le réseau est également équipé de 331 aiguillages.

Concernant les équipements de transport, 681 voitures sont utilisées pour les voyageurs et 30 locomotives électriques sont en service. Pour le transport des marchandises, le parc ferroviaire compte 4.972 wagons, dont 1.315 dédiés au transport des phosphates, ainsi que 301 locomotives de traction.

« Ces chiffres placent le Maroc en première place en Afrique en matière de qualité des infrastructures ferroviaires », a souligné le ministre.

Les résultats enregistrés pour le transport ferroviaire en 2024, comparés à la même période en 2023, ont montré une augmentation de l’engouement des citoyens marocains pour ce mode de transport. Le nombre de voyageurs a atteint 55 millions à la fin de l’année 2024, enregistrant une hausse de 4% par rapport à 2023 (52,4 millions de voyageurs).

Le plan ferroviaire à l’horizon 2040

Le plan ferroviaire à l’horizon 2040, tel que présenté par le ministre, vise à dessiner l’avenir du transport par rail à moyen et long termes. Le plan repose sur deux concepts fondamentaux : anticiper les besoins futurs en transport et créer des centres d’échange et de correspondance.

Dans cette optique, des projets sont prévus pour préserver la solidité du réseau ferroviaire actuel et en améliorer l’efficacité. En parallèle, des lignes de liaison ferroviaire avec les nouveaux ports sont planifiées, en adéquation avec la stratégie nationale, afin d’accompagner et de soutenir le développement portuaire, industriel et logistique.

Le plan inclut également des projets d’expansion du réseau via des lignes classiques, avec une vitesse maximale de 160 km/h en direction des villes du Royaume non encore connectées au réseau ferroviaire, tout en prenant en compte l’efficacité économique du système et son rôle dans l’aménagement territorial.

Des lignes à très grande vitesse sont également prévues. Elles permettront de relier les principaux centres d’échange avec des vitesses comprises entre 220 et 320 km/h, afin de renforcer la connectivité et d’optimiser la mobilité à l’échelle nationale.

Au total, 400 MMDH seront investis. Les résultats escomptés incluent la connexion de 43 villes au réseau ferroviaire, contre 23 actuellement. En ce qui concerne les ports, 12 d’entre eux seront reliés au réseau, contre 6 actuellement. Par ailleurs, le réseau couvrira 87% de la population, contre 51% aujourd’hui.

En outre, 15 aéroports internationaux seront connectés au réseau ferroviaire, contre un seul actuellement.

En termes d’emploi, les projets devraient permettre la création de 300.000 nouveaux postes.

Le port de Nador West Med

À l’instar de Tanger Med, la mise en place d’une liaison ferroviaire avec le port de Nador West Med représente « un pilier fondamental pour garantir la réussite de la vision stratégique à l’horizon 2040 », souligne le responsable gouvernemental dans son exposé. Les objectifs du projet incluent la connexion du nouveau port au réseau ferroviaire existant, le raccordement à la ville d’El Aroui, la satisfaction des besoins liés au transport de marchandises, ainsi que la promotion du transport durable.

Sur le plan technique, le projet prévoit la construction d’une ligne non électrifiée d’une longueur totale de 52 km. Cette ligne permettra une vitesse d’exploitation de 120 km/h pour les passagers et de 100 km/h pour le fret. Parmi les infrastructures prévues, une gare de fret ainsi qu’une gare pour les passagers à El Aroui seront établies pour répondre aux besoins de logistique et de transport.

En termes d’avancement, les études détaillées du projet ont été finalisées et le processus d’expropriation des terrains nécessaires a commencé. À ce jour, le taux de progression global du projet est estimé à 17%. Le budget alloué s’élève à 4,3 MMDH, confirmant l’importance stratégique et économique de cette liaison ferroviaire.

Programme d’acquisition de nouveaux trains

Selon le ministre, le programme d’acquisition de nouveaux trains représente « une opportunité pour développer un système industriel ferroviaire au niveau national, tout en renforçant l’autonomie du pays dans le secteur des transports ferroviaires ». Il vise également à « ouvrir des perspectives d’exportation vers les marchés africains et européens ».

Le projet prévoit trois principaux volets. Le premier concerne l’activité industrielle avec la création et l’exploitation d’une unité de fabrication locale dédiée à la construction des trains ainsi qu’au développement d’un écosystème intégré pour les fournisseurs et les sous-traitants.

Le deuxième volet porte sur les activités de maintenance avec la mise en place d’un projet commun entre les entreprises industrielles et des bureaux de maintenance pour assurer la pérennité des équipements ferroviaires.

Enfin, le troisième volet se concentre sur l’activité d’exportation qui permettra de transformer cette unité industrielle en un centre capable d’approvisionner les marchés africains et européens.

Le projet inclut l’acquisition de 50 trains dédiés à l’amélioration des services de transport de proximité, 100 trains adaptés aux besoins de la grande vitesse et des services interurbains, ainsi que 18 trains à très grande vitesse pour des projets spécifiques. Le budget global alloué à ce programme s’élève à 29 MMDH, sur une durée de 10 ans.

Parmi les résultats escomptés, on note un taux d’intégration locale supérieur à 60%, la création de plus de 10.000 emplois directs et indirects ainsi qu’un renforcement des capacités industrielles nationales dans le domaine ferroviaire.

Building Logistics Services ouvre son nouveau centre « BLS Casa Hub » à Tit Mellil

S’exprimant à cette occasion, Abdessamad Kayouh a souligné l’importance des initiatives et des investissements privés alloués au secteur de la logistique au Maroc, au titre du partenariat établi dans le cadre de la stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique.

Il a également réaffirmé la disposition de son département à soutenir toutes les initiatives contribuant à la création d’emplois et concourant au développement d’infrastructures logistiques de massification des flux de marchandises au niveau des différentes régions du Royaume.

Le ministre a, en outre, mis l’accent sur la dynamique enclenchée par l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL) pour accélérer le déploiement du programme stratégique des zones logistiques, tout en annonçant l’inauguration imminente et le lancement de la commercialisation de la zone logistique au sud d’Agadir, dans la commune de Lqliaa. Et d’ajouter que des travaux d’aménagement de plusieurs nouveaux projets seront lancés en 2025, notamment à Casablanca Sud, Kénitra et Fès, ainsi qu’en 2026 à Casablanca Nord, Agadir Nord et dans les provinces du sud du Royaume, sur une superficie globale de plus de 600 hectares.

Ces projets, répondant aux besoins logistiques exprimés par les différents opérateurs privés, permettront de disposer d’un foncier aménagé, idéalement situé en périphérie des villes, pour une meilleure structuration des flux de la distribution nationale, en vue de faire face aux défis liés à la mobilité et d’accompagner les évolutions dans les modes de consommation, a-t-il expliqué.

Ainsi, la réussite de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique est une responsabilité partagée et un engagement mutuel entre l’État et le secteur privé, a-t-il affirmé, appelant l’ensemble des parties prenantes à mobiliser les efforts nécessaires et à renforcer les synergies pour accélérer la réalisation des différents chantiers pour un développement optimal de ce secteur.

De son côté, le PDG de BLS, Moncef Belkhayat, a souligné que ce projet, représentant un investissement de 300 MDH et soutenu par une politique d’incitations gouvernementales, ne se limite pas aux infrastructures, précisant qu’il englobe également le transport, les systèmes informatiques et le développement des ressources humaines.

Ce projet a permis la création de 150 emplois directs et 300 emplois indirects, contribuant ainsi à la dynamisation du secteur logistique, a-t-il déclaré, notant que cette initiative « illustre notre volonté de renforcer les capacités nationales tout en accompagnant les orientations stratégiques du ministère ».

 

Abdellatif Maâzouz, Moncef Belkhayat et Abdessamad Kayouh.

« Ce projet s’inscrit dans notre engagement quotidien à garantir l’approvisionnement de tous les Marocains, qu’ils résident dans les zones urbaines ou rurales. Grâce à une politique gouvernementale intégrée et cohérente, les produits de première nécessité sont disponibles dans tous les points de vente à travers le pays, conformément aux objectifs stratégiques du secteur logistique ».

Moncef Belkhayat a, par la même occasion, réitéré l’engagement de BLS à développer des projets similaires dans d’autres régions stratégiques du Royaume, telles qu’Agadir, Fès, Tanger, ainsi que dans le Sud, notamment à Dakhla et Guerguerat, tout en exprimant l’ambition de la société d’accompagner les politiques publiques pour positionner le Maroc parmi les leaders mondiaux de la logistique et du transport à l’horizon 2030.

(Avec MAP)

BLS inaugure sa nouvelle plateforme logistique le 25 décembre à Tit Mellil

La nouvelle plateforme BLS Casa Hub, dont la construction a été lancée en janvier dernier, s’étend sur un terrain de 51.500 m², dont 39.000 m² de superficie construite. Dotée de 55 quais, elle disposera d’une capacité de stockage initiale de 69.000 palettes. Ce projet a mobilisé un budget de 190 millions de DH.

Située à Tit Mellil, cette plateforme permettra à Buildings & Logistic Services de gérer jusqu’à 250.000 positions palettes. La capacité de stockage sera doublée dans un an, avait déclaré Moncef Belkhayat, président de H&S Invest Holding.

« Avec cette nouvelle plateforme et ces deux acquisitions, BLS pourra offrir à ses clients une prestation sur mesure et end-to-end, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur logistique : du freight forwarding, transit, transport et logistique 3PL (gestion des flux et des stocks), jusqu’à l’entreposage (stockage pharmaceutique, stockage à température contrôlée, stockage à température ambiante et stockage high value) et la personnalisation de produit », avait-il souligné.

 

Disway : un recul de 9% du chiffre d’affaires à fin juin 2024

Le ralentissement de la demande, tant au Maroc qu’à l’international, pèse sur les performances du groupe Disway au cours du premier semestre 2024. Le chiffre d’affaires consolidé ressort à 842 MDH, contre 924 MDH à fin juin 2023, soit une baisse de 9%. Cette contraction s’explique principalement par une baisse des commandes des secteurs public et privé dans un contexte économique mondial tendu.

Le résultat d’exploitation s’établit à 47 MDH, en recul de 19% par rapport aux 58 MDH enregistrés au premier semestre 2023. Cette baisse s’explique par la diminution des volumes d’activité, conjuguée à une hausse des coûts des achats revendus et des charges externes. Le groupe a toutefois réussi à contenir les impacts grâce à des ajustements de prix partiels.

Le résultat net part du groupe (RNPG) atteint 35 MDH, contre 39 MDH à la même période en 2023, enregistrant une baisse de 10%. Malgré cette baisse, Disway conserve une structure financière solide avec un ratio de fonds propres à hauteur de 85% du financement global.

Perspectives pour le second semestre

Malgré un premier semestre impacté par un contexte économique difficile, le groupe Disway demeure optimiste quant à la possibilité de combler une partie du retard au cours du second semestre 2024. Le report de certains projets et commandes pourrait contribuer à atténuer la baisse d’activité enregistrée au début de l’année.

Par ailleurs, Disway poursuit sa stratégie de diversification, notamment avec le renforcement de ses activités logistiques via sa filiale Disway Logistic Services (DLS) et l’inauguration de sa nouvelle plateforme à Skhirat en juillet 2024.

Tangier Logistics Days : entre géopolitique et climat, un nouvel ordre logistique émerge

À Tanger Med, le cœur battant du commerce maritime marocain, les discussions ont rapidement pris une tournure géopolitique. Face aux guerres commerciales entre les grandes puissances, aux conflits armés et aux tensions autour des ressources naturelles, le constat est unanime : les chaînes logistiques, autrefois synonymes de fluidité, sont aujourd’hui secouées par des vagues de turbulences.

Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine et figure incontournable des matières premières, n’a pas mâché ses mots. « Le rêve des Trente Glorieuses de la mondialisation heureuse est derrière nous », a-t-il lancé lors de sa keynote. La guerre en Ukraine, la montée du protectionnisme et les nouvelles stratégies de friendshoring — où les entreprises cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en se rapprochant d’alliés — redéfinissent les routes commerciales et les priorités. « Il est temps de repenser nos dépendances et de préparer un monde où l’Afrique pourrait bien devenir un acteur clé », a ajouté Chalmin, soulignant l’émergence de nouveaux hubs économiques en Inde et en Asie du Sud-Est.

La logistique sous le prisme de la durabilité

Mais le séisme géopolitique n’est qu’un des volets des Tangier Logistics Days. Les supply chains, déjà sous pression, doivent aujourd’hui composer avec un autre enjeu de taille : la transition écologique. Face à l’urgence climatique, la logistique ne peut plus se permettre d’avancer en circuit fermé. « Nous devons passer du mode de production linéaire au modèle circulaire », a martelé Julianne Furman, directrice d’Exco Automotive Solutions Europe.

La logistique inversée, qui favorise la réutilisation et le recyclage, est désormais au cœur des stratégies des entreprises qui cherchent à minimiser leur impact environnemental. Plus qu’une tendance, c’est un tournant stratégique pour les supply chains globales. De plus en plus, la performance logistique se mesurera non seulement en termes de coûts, mais aussi de durabilité et de transparence.

Frédéric Vallet, président de DB Schenker France & Maghreb, a enfoncé le clou : « L’époque où l’on pouvait ignorer l’empreinte carbone est révolue. Les supply chains doivent désormais se plier aux exigences environnementales sous peine de perdre en compétitivité et en crédibilité. »

La révolution technologique : IA, 5G et cybersécurité à la rescousse ?

Si l’avenir des supply chains semble incertain, une chose est claire : l’innovation technologique en sera l’un des principaux moteurs.

« L’intelligence artificielle, l’automatisation et la 5G représentent autant de leviers pour transformer radicalement notre manière de gérer les flux », a déclaré Yann de Feraudy, président de France Supply Chain, lors du panel sur les technologies émergentes. « Mais attention au mythe du solutionnisme technologique. La technologie seule ne suffit pas. Elle doit s’inscrire dans une stratégie globale, pilotée par une organisation agile et visionnaire. », a-t-il ajouté.

Le message est clair : l’innovation ne doit pas être perçue comme une solution miracle, mais plutôt comme un outil pour renforcer la résilience des supply chains. Cependant, les défis sont nombreux, notamment en matière de cybersécurité. « La digitalisation accrue des chaînes logistiques nous expose à des risques nouveaux, notamment les cyberattaques. Seules des entreprises bien préparées, capables d’anticiper ces menaces, tireront leur épingle du jeu. », a prévenu Sébastien Liorzou, vice-président de la transformation digitale pour la Supply Chain, Renault group.

La stratégie d’expansion de Kitea racontée par son directeur général, Othmane Benkirane

En trente ans d’existence, le groupe Kitea est parvenu à maintenir sa position de leader dans l’industrie du meuble en kit et de la vente de meubles. À l’arrivée du géant suédois Ikea sur le marché marocain, il y a une décennie, peu avaient misé sur la survie du groupe. Or, Kitea a fortement prospéré ces dernières années avec une stratégie de développement très ambitieuse et de multiples ouvertures à travers le pays.

En novembre 2023, le groupe a inauguré son Kitea Géant de 4e génération à Zenata. Une immense enseigne de 10.000 mètres carrés dont l’investissement requis, hors stock, a été de 300 MDH. Deux fois plus grand que le célèbre Kitea Géant de Bouskoura, le groupe a concentré ses efforts sur le merchandising et l’expérience client. C’est dans ce nouveau lieu que Médias24 a rencontré Othmane Benkirane, directeur général du groupe Kitea.

Kitea Géant de Zenata ouvert en novembre 2023. Source : Kitea Group

Ce magasin au sein du centre commercial Viva Park, développé par la foncière du groupe dénommée ‘K Foncière’, regroupe plusieurs enseignes de magasin dont Kitea Géant. Cette activité foncière fait partie des diverses activités que le groupe maîtrise. Ce dernier compte d’ailleurs accélérer sa diversification et se lancer dans plusieurs autres secteurs. À l’horizon 2026, Kitea vise de doubler son chiffre d’affaires.

Pour Médias24, Othmane Benkirane expose la stratégie de développement du groupe mise en place depuis plusieurs années et les grandes ambitions de croissance de ce champion national, tant sur le marché local qu’international. Ouvertures prévues dans le pays, poursuite du déploiement à l’international, acquisition, diversification, le directeur général nous éclaire sur les grands chantiers du groupe. Entretien.

Médias24 : Nous nous trouvons dans le Kitea Géant de Zenata ouvert en novembre 2023. Comme se déroule l’activité depuis l’ouverture ?

Othmane Benkirane : L’inauguration du Kitea Géant de Zenata a marqué une étape significative dans le développement du groupe. C’était important pour nous de présenter à notre clientèle casablancaise notre 4e génération de magasins avec toutes les avancées que ce nouveau concept apporte.
Depuis l’ouverture, nous sommes satisfaits de l’activité. Ce qui nous touche particulièrement, ce sont les retours très positifs de nos clients dans nos magasins de 4e génération, que ce soit celui de Zenata, d’Accra au Ghana ou d’Agadir. Cela conforte notre stratégie, notamment dans l’amélioration de l’expérience client et la diversification de nos produits, mieux exposés. Cela apporte de la valeur ajoutée tout au long du parcours client.
Nous avons également mis en place une série d’initiatives pour attirer et fidéliser une clientèle nouvelle à travers des campagnes marketing plus axées prix. Le fait de se placer à Zenata a été une longue réflexion avec des partenaires concernant l’implantation des futurs magasins sur les prochaines années. C’est une stratégique qui permet de renforcer notre présence sur Casablanca avec la volonté d’avoir 3 magasins sur chaque sortie de ville, avec le Kitea Géant de Bouskoura, celui de Zenata et prochainement celui de Dar Bouazza.

– La stratégie de développement du groupe à l’échelle nationale a pris plusieurs formes. Dans les années à venir, se fera-t-elle via des grands magasins comme Kitea Géant, ou bien pensez-vous aller vers les centres-villes, ou encore un mix des deux ?

– Notre stratégie de développement au Maroc inclut un mix des deux. Nous aurons les Kitea Géant qui joueront un rôle crucial en tant que pôles régionaux, offrant une large gamme de produits et de services.

Parallèlement, nous aurons toujours l’ambition d’ouvrir des magasins de proximité que sont les Kitea City qui sont principalement localisés dans les centres villes. Nous en avons deux à Casablanca et Rabat et nous prévoyons d’en ouvrir 5 autres (Tanger, Marrakech, Fès, Rabat et Casablanca) dans les prochains mois. Ce seront des magasins qui viendront accompagner le développement des Kitea Géant.

– Quelles sont les récentes inaugurations qui ont eu lieu ? Dans quelles localités du Maroc vous êtes-vous implantés et où allez-vous poursuivre cette expansion ?

– Le groupe Kitea ne représente pas uniquement la marque Kitea. Nous avons d’autres marques nées sur les cinq dernières années. Kitea Kitchen est spécialisé dans les l’aménagement de cuisine équipée sur mesure. Nous avons fait entrer dans notre giron, sous forme de franchise exclusive, la marque premium Roche Bobois, avec laquelle nous avons ouvert un magasin à Marrakech et un Flagship Store à Casablanca qui sera amené à ouvrir ce mois de juillet. Nos partenaires français en charge du développement de la marque dans le monde sont ravis du développement avec le groupe Kitea, et tout cela a fait que nous avons voulu investir sur ce grand magasin casablancais. Nous souhaitons également ouvrir un magasin sur Tanger et un autre sur Rabat dans les deux prochaines années.
Dans le pôle retail de Kitea, il y a la marque américaine Ashley HomeStore, numéro un mondial en termes de vente de meubles. Nous avons ouvert un premier magasin dans le Marjane Mall Californie et un deuxième à Accra. Nous ambitionnons d’en ouvrir une dizaine sur le territoire marocain dans les trois ou quatre prochaines années.
Kitea Géant à Accra au Ghana. Source : Kitea Group
La marque Casa Shop est également dans notre portefeuille, avec une quinzaine de magasins au format Shop-in-Shop, à savoir dans les Kitea Géant. C’est une marque belge qui est leader dans le petit accessoire déco qui complète parfaitement l’univers Accessoire de Kitea.
Nous inaugurerons d’ici la mi-juillet le premier Kitea Géant de Kénitra. Nous avons également pour ambition d’en ouvrir un deuxième à Marrakech, couvrant une superficie de 10.000 m². Par ailleurs, nous prévoyons l’ouverture d’un deuxième Kitea Géant à Rabat Salé, tandis qu’un autre est en cours de développement à Tétouan. Nous sommes également très fiers d’annoncer l’ouverture prochaine d’un Kitea Géant de 6.000 m² à Laâyoune, prévue dans les six prochains mois.

– En trente ans, le groupe a su se hisser comme l’un des piliers de son industrie. Comment avez-vous déroulé votre stratégie d’un point de vue opérationnel et financier, notamment dans la période post-Covid ? 

– Nous avons réalisé après le Covid que le retail était bouleversé. Les clients ont compris l’importance de bien meubler leur domicile après avoir été confinés pendant plusieurs mois. Ainsi, 2021 a été une excellente année pour nous. La particularité de notre groupe est que la croissance a perduré en 2022, alors que les autres marques ont été en difficulté. Nous avons redéfini notre business model durant le Covid et nous avons restructuré l’ensemble de notre back office. Nous pouvons aujourd’hui nous internationaliser sans difficulté.
Nous avons triplé les revenus de Roche Bobois en Afrique en moins de quatre ans
En termes de financement, nous avons ouvert notre capital en 2018 et sommes accompagnés par le fonds « Tana Africa Capital » qui est une venture entre le groupe Oppenheimer en Afrique du Sud et le fonds souverain singapourien Temasek. Ils ont pour objectif, comme nous, de faire que le groupe ne soit pas leader seulement au Maroc mais aussi en Afrique.
Il y a un projet de développement continental que nous avons entamé avec le Ghana. En Afrique de l’ouest, nous avons inauguré l’an dernier un Kitea Géant de 12.000 m2. En Afrique de l’Est, nous avons acquis la marque leader de la décoration au Kenya, Furniture Palace. Cela a été fait en 2022.
Nous poursuivons aujourd’hui cette expansion verticale en créant de nouvelles entreprises et marques, et nous accompagnons des entreprises à l’échelle internationale pour se développer en Afrique, comme Roche Bobois par exemple, pour laquelle nous avons triplé les revenus en moins de quatre ans.
Le groupe Kitea, c’est aussi du développement foncier avec l’acquisition de terrains, le développement de grands magasins et de centre commerciaux qui accompagnent le développement de toutes nos marques.

Nous réfléchissons à ouvrir le capital ou à faire une IPO dans les prochaines années

– Cette entrée au capital de Tana s’est faite il y a maintenant six ans. Est-ce qu’un exit est prévu dans quelques temps ?

– Nous en discutons naturellement. Avec les développements que l’on a mis en place, ils sont très satisfaits et ont compris la réussite actuelle et future du groupe. Nous réfléchissons à comment ouvrir le capital ou faire une IPO dans les prochaines années. Ce sont des questions qui se posent, mais il n’y a pas de réponse définitive.

– Concernant le cœur de votre activité, comment et où s’effectue le sourcing des matériaux ?

– Nous importons, mais nous concevons également avec une équipe de R&D. Nous travaillons aujourd’hui avec plus de 180 fournisseurs répartis dans le monde entier (Chine, Malaisie, Vietnam, Espagne, Portugal, Pologne…).  Nous avons des acheteurs qui parcourent le globe pour dénicher les meilleures tendances et innovations produites au meilleur prix.
Nous avons également du sourcing local. Nous accompagnons des usines de jeunes entrepreneurs à travers un écosystème, et nous les faisons monter en compétence. Nous souhaitons que le sourcing local représente 40% de notre chiffre d’affaires, et de pouvoir les accompagner pour exporter leurs produits

Nous envisageons également de nous implanter en Europe

– Avez-vous des ambitions de développement dans d’autres pays africains dans les années à venir et, le cas échéant, sous quelle forme ?

– Nous sommes également présents dans deux autres pays d’Afrique en plus de ceux précités. Il s’agit de la Guinée équatoriale et de la RDC, sous forme de franchise.

Nous avons pour ambition de développer à l’instar de ce que nous avons fait au Ghana, un modèle similaire au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Nous travaillons sur le projet depuis deux ans pour le développement de magasins en propre. C’est ce qui nous permet de conserver un contrôle total sur la qualité de nos services et de nos produits. Cependant, nous restons ouverts à des partenariats stratégiques sous forme de franchises dans certaines régions où cette approche pourrait être plus bénéfique.

Nous envisageons également de nous implanter en Europe, notamment en Espagne et au Portugal, où une réelle opportunité se présente aujourd’hui. De nombreux témoignages de MRE expriment leur souhait de voir notre présence dans ces pays. De plus, la majorité de nos fournisseurs européens nous assurent que nous possédons toutes les capacités et le savoir-faire nécessaires pour nous établir sur ce territoire.

Nous avons une vision 2026. Elle consiste à doubler notre volume d’activité au Maroc et à nous lancer dans trois nouveaux pays

– Ikea, marque mondialement connue, est arrivée au Maroc il y a une dizaine d’années. Peu de gens auraient misé sur la survie de Kitea. Pourtant votre groupe se développe fortement. Comment avez-vous fait face à l’arrivée de cette concurrence, et quels ont été les choix faits pour continuer à se développer ?

– Nous croyons en nos objectifs et en notre business model. À l’arrivée de nos confrères suédois, beaucoup de gens en dehors de Kitea ont considéré cela comme un défi.
Nous avons misé sur notre connaissance approfondie du marché local et la capacité que nous avons à offrir des produits adaptés à notre clientèle. Nous avons renforcé notre service client et des services de plus en plus personnalisés. 30% de nos gammes sont renouvelées chaque année, peu importe l’unité de besoin et la catégorie de produit. Cela nous a permis de rester compétitifs et de faire de la croissance. De fait, les Marocains continuent de choisir Kitea.
Si nous sommes amenés à faire une IPO, même si rien n’est arrêté, ce sera naturellement un des relais de croissance pour continuer de se développer à l’international
Nous avons montré de quoi nous étions capables et nous avons surtout démontré qu’une marque marocaine était capable de pouvoir continuer de se déployer et surtout de s’internationaliser.
Nous avons une vision 2026. Elle consiste à doubler notre volume d’activité au Maroc et à nous lancer dans trois nouveaux pays. Le doublement de l’activité par rapport à 2023 devrait avoir lieu du fait de l’effet de périmètre des nouveaux magasins ouverts. Comme annoncé précédemment, il s’agit du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Kenya pour Kitea. Pour Furniture Palace, il y a l’Éthiopie qui nous intéresse.
Cela sera notamment financé par nos partenaires bancaires qui continuent de nous accompagner et qui nous font confiance. Si nous sommes amenés à faire une IPO, même si rien n’est arrêté, ce sera naturellement un des relais de croissance pour continuer de se développer à l’international.

L’objectif est de faire du groupe non pas un groupe uniquement connu pour sa marque locomotive Kitea, mais pour une multitude de marques et d’activités diversifiées– Kitea détient une expertise incontestable dans tout ce qui touche à la décoration et à l’ameublement. Est-ce que dans le futur, le groupe songe à une diversification de ses activités ?

– Aujourd’hui, nous avons réalisé que nous étions capables de faire beaucoup plus de choses. Nous avons le pôle d’activité retail, logistique et foncier. Au niveau du retail, nous avons toujours touché à l’univers mobilier et décoration, mais nous souhaitons nous attaquer à d’autres secteurs, et nous sommes en mesure d’accompagner des marques de renommée mondiale sur le sol marocain.
Aujourd’hui, nous en avons 9 chez Kitea groupe, et nous souhaitons continuer à acquérir ou à franchiser de nouvelles marques
Nous allons annoncer une acquisition prochaine que je ne peux pas détailler pour le moment, mais qui est totalement en dehors du secteur qui est le nôtre. Nous souhaitons nous diversifier au maximum, notamment au niveau du retail, mais nous imaginons également d’autres pôles d’activités futures.
L’objectif est de faire du groupe Kitea, non pas un groupe uniquement connu pour sa marque locomotive Kitea mais pour une multitude de marques et d’activités diversifiées, à l’instar de ce que fait Al Futtaim au Moyen-Orient. Ils ont commencé dans la distribution alimentaire et gèrent désormais 200 marques. Aujourd’hui nous en avons 9 chez Kitea groupe, et nous souhaitons continuer à acquérir ou à franchiser de nouvelles marques qui nous font confiance pour les développer au Maroc et en Afrique.

Mohammed Abdeljalil : « Le plan de l’ONCF prévoit de connecter 80% à 90% du territoire national à terme »

Réalisations à mi-mandat en termes de transport et de logistique, accélération des grands chantiers de mobilité liée à la désignation du Maroc comme coorganisateur du Mondial 2030, état d’avancement de la LGV entre Marrakech et Agadir, extension du réseau ferroviaire et coût des travaux pour connecter 90% du pays à l’horizon 2040, doublement de la capacité d’accueil aérienne d’ici 2030, avancées du plan de développement de Royal Air Maroc, premiers retours de l’opération Marhaba 2024, soutien public à la création d’une compagnie maritime privée, projets de zones logistiques et priorités stratégiques avant 2026… le ministre du Transport et de la logistique, Mohammed Abdeljalil, a répondu à toutes les questions d’actualité relatives à son département.

Médias24 : Depuis votre nomination, en octobre 2021, quelles ont été vos principales réalisations dans le transport et la logistique ?

Mohammed Abdeljalil : Je ne vais pas parler de mes réalisations, mais de celles du gouvernement dans le domaine du transport et de la logistique.

Avant cela, il faut rappeler que quand ce gouvernement est arrivé, il y avait une grave crise du Covid. La première réalisation a consisté à initier une dynamique de reprise qui s’est manifestée de plusieurs manières.

Ainsi, au niveau du transport aérien, le gouvernement a réussi à initier une reprise très forte, qui a permis de participer à la relance du secteur touristique qui est un grand secteur employeur au Maroc.

La deuxième manifestation de la reprise post-Covid, tout aussi importante que la première, a été le succès indéniable de l’opération Marhaba 2023 après trois ans de gel. Nous avons en effet pu accueillir par mer et par air plus de 6 millions de Marocains qui sont rentrés en été, dont 3,2 millions par la voie maritime.

Une autre réalisation plus spécifique au département que je dirige a été le renforcement de la confiance dans la relation entre les professionnels du transport de marchandises, qui sont le maillon le plus important de la logistique. Et cela a été rendu possible grâce à deux choses. La première est que nous avons rapidement, dès le début du mandat, ouvert le dialogue professionnel avec une nouvelle approche participative d’échanges permanents. Le deuxième levier utilisé qui était en réaction à la crise des hydrocarbures liée aux problèmes géopolitiques a été la mise en place de l’aide carburant pour tous les transports de marchandises ainsi que les transports publics de voyageurs.

Notre réactivité a eu pour effet de ne jamais arrêter le service public de voyageurs pour nos concitoyens ni l’approvisionnement des marchés, ce qui a permis de réduire l’inflation, parce qu’une rupture d’approvisionnement est toujours productrice d’inflation.

Enfin, nous avons travaillé sur l’accélération de la digitalisation des services rendus par le ministère et par les établissements sous sa tutelle, notamment les services rendus aux professionnels du transport.

– Un exemple concret ?

– Cela peut être le renouvellement de la carte verte ou certaines autorisations pour les professionnels.

Côté citoyens, la délivrance du permis de conduire a été facilitée grâce au partenariat avec Al Barid Bank, qui leur a permis de récupérer leur permis plus facilement.

– La procédure est-elle entièrement dématérialisée ?

– Pas encore, mais on est entré dans un processus irréversible de digitalisation. Le ministère a lancé un grand chantier avec l’objectif d’atteindre un degré de digitalisation important d’ici la fin du mandat.

Pour revenir à votre première question, je considère que ce sont trois réalisations très importantes.

– L’annonce, en septembre 2023, de la coorganisation de la Coupe du monde de football par le Maroc a-t-elle bouleversé l’échéancier de votre département ?

– En effet, les deux départements rattachés à ce ministère qui ont été touchés par cette annonce sont les chemins de fer et les aéroports.

Il est évident que cette décision, liée à une échéance claire et précise, constitue en effet un projet fantastique pour le développement d’un certain nombre d’infrastructures dans notre pays.

Pour vous donner des exemples concrets, je me dois de citer l’accélération de l’extension de la LGV jusqu’à Marrakech, des transports par RER dans les régions voisines de Casablanca et de Rabat…

Elle aura aussi pour conséquence d’agrandir les aéroports de Marrakech, de Tanger, d’Agadir et de créer un nouveau terminal et une nouvelle piste au hub de l’aéroport Mohammed V qui s’inscrit dans le contrat-programme de Royal Air Maroc d’atteindre une flotte de 200 appareils en 2037.

Donc oui, cette nouvelle échéance aura un effet d’entraînement et d’accélération.

– Certains parlent de momentum du Maroc et d’une fenêtre exceptionnelle pour développer le Maroc en six ans…

– Je préfère plutôt parler d’une phase d’accélération des projets nécessaires de développement et de réforme.

– Lors d’une récente interview avec Médias24, vous déclariez vouloir faire du système ferroviaire l’épine dorsale de la mobilité du Maroc.

– En effet, je suis persuadé que le développement du Maroc ne pourra pas se faire sans la mise en place d’une mobilité durable pour tous les citoyens.

Pour cela, le transport collectif, qui est une priorité, passera par le train qui est l’épine dorsale de cette mobilité durable et inclusive.

– Hormis l’extension de la LGV jusqu’à Marrakech prévue avant 2030, où en est celle d’Agadir ?

– Sachant que l’ambition d’aller jusqu’à Agadir fait partie des orientations de Sa Majesté, les études de détail pour définir le parcours ont déjà été lancées.

– Des études techniques ?

– Oui, car dans le ferroviaire, la première priorité consiste à définir le couloir qu’empruntera la LGV. Ce n’est qu’une fois que le couloir est clairement identifié par les études préalables qu’il peut être retenu.

– Le couloir où la LGV va passer ?

– Le travail pour définir l’itinéraire qui a commencé est très lourd et fastidieux, et ce n’est qu’à son terme que l’on pourra aborder les considérations de dimensionnement technique. Le groupement de bureaux d’études chinois qui a remporté l’appel d’offres est en train de réaliser les études pour le compte de l’ONCF.

Que ce soit pour Agadir ou Marrakech, tous ces grands projets d’infrastructure nécessitent de mobiliser les financements nécessaires.

– À quelle échéance sera inaugurée la gare LGV d’Agadir ?

– Si celle de Marrakech est prévue avant 2030, l’échéance d’Agadir n’est pas encore fixée, mais nous devrions avoir plus de visibilité dans les années à venir.

– C’est-à-dire ?

– Il faut environ sept ans entre maintenant et la réalisation. Si nous arrivons à mobiliser le financement nécessaire, cela nous ramène à 2031 mais, pour l’instant, la partie du financement n’a pas encore été traitée.

– Est-ce que d’autres LGV pour Oujda ou Dakhla sont dans le pipe ?

– L’ONCF a mené une réflexion approfondie sur l’idéal du réseau ferroviaire, intitulé Horizon 2040, qui est fondé sur deux grands axes de grande vitesse : un axe atlantique et un axe est-ouest.

Il est aussi fondé sur la logique d’un réseau qui couvre presque l’ensemble du territoire pour porter le taux de connectivité des populations à 80% ou 90%, dans une logique de hub permettant d’augmenter la couverture de ce service.

Donc, oui, le plan qui a été étudié et réfléchi existe.

– Quel est le coût prévisionnel de ce plan d’extension de la couverture nationale ?

Nous avions une estimation en 2014 de ce que ça valait qui, actualisé aujourd’hui, reviendrait à près de 400 milliards de dirhams d’investissement qui couvrent tous les travaux (ouvrages d’art, tunnels…).

Bien entendu, l’infrastructure ferroviaire n’est pas une infrastructure rentable globalement, mais ces services peuvent être rentabilisés si l’infrastructure est financée en partie sur le Budget général.

– 400 milliards de dirhams pour généraliser le réseau ferroviaire au niveau territorial ?

– À peu près pour réaliser le plan 2040 mais, après, vous pouvez encore étendre le réseau.

– Avec un tel investissement, on aura un Maroc ultra connecté au niveau ferroviaire…

– Absolument.

– Ce genre de projet se rentabilise en combien d’années ?

– Quand on parle ferroviaire où il y a toujours des travaux de renouvellement et de maintenance, on est sur des projets qui nécessitent 50 ans avant d’être amortis.

– Qu’est-ce qui est prévu pour augmenter la capacité d’accueil du Maroc, sachant que le trafic des passagers ne cesse d’exploser et que les aéroports de Marrakech et Casablanca sont saturés ?

– Notre plan est de doubler notre capacité d’accueil en passant de 40 millions de passagers par an à 80 millions.

– D’ici 2030 ?

– Oui, avec 4 aéroports qui participeront fortement à cette augmentation, à savoir Marrakech, Agadir et Tanger, et surtout Casablanca qui passerait à 40 millions à lui seul.

– Y aura-t-il encore une actualisation par la suite ?

– Le doublement est la priorité de notre gouvernement, mais ceux qui viendront après pourront continuer à faire croître nos aéroports en fonction des besoins de développement.

– Un an après sa signature avec le gouvernement, où en est le plan de développement de Royal Air Maroc ?

– Sachant que ce contrat-programme se déploie sur le long terme, à savoir 2037, la montée en puissance, comme pour tout projet de ce type, est lente au début, et plus rapide après les trois premières années.

– La vitesse de croisière n’a donc pas encore été atteinte ?

– Non, car ce contrat va transformer la RAM en une compagnie de transport qui va devenir un connecteur mondial, capable de connecter l’Europe avec l’Afrique, mais aussi l’Europe avec le Brésil, l’Europe avec l’Amérique du Nord, sur sa façade est et, enfin, de connecter l’Europe avec le Moyen-Orient.

À terme, la RAM deviendra un grand connecteur, avec un aéroport de classe mondiale en termes de hub à Casablanca,

– Dédié à la compagnie nationale ?

– Oui, car il sera complètement adapté aux besoins de développement de la RAM.

– Les ouvertures croissantes de lignes low cost comme à Rabat ne vont-elles pas menacer son avenir ?

– Un connecteur mondial ne craint pas les low cost parce qu’il n’est pas sur le même marché. Quand vous vendez Madrid-Sao Paulo qui passe par Casablanca, il n’y a rien à craindre d’une low cost.

– Qu’est-ce qui lui manque pour atteindre la 1re place africaine comme Ethiopian Airlines ?

– La RAM occupe déjà une place de choix dans le classement africain des meilleures compagnies aériennes, mais il faut rappeler que 50% des revenus d’Ethiopian Airlines viennent de l’activité cargo.

Notre compagnie nationale ne fait pas beaucoup de cargo donc, en d’autres termes, si la RAM atteint un peu plus de la moitié d’Ethiopian, elle est déjà la première sur le segment des passagers.

– Pourquoi la RAM n’a-t-elle qu’un seul avion-cargo sur une flotte de plus de 50 unités ?

– En propriété oui mais, quand elle a besoin, il lui arrive d’utiliser des avions-cargos en leasing. Cela dit, ce segment du cargo est moins intéressant que la position du cargo en Ethiopie.

– Pourquoi ?

– Parce que le segment maritime est plus intéressant pour le Maroc, qui a une infrastructure portuaire de classe mondiale, et parce que l’Ethiopie est bien plus proche de la Chine pour irriguer l’Afrique.

– Le fret maritime et ferroviaire sont-ils plus concurrentiels que le fret aérien ?

– Ils sont plus compétitifs car ils ne répondent pas aux mêmes besoins. Si vous avez des microprocesseurs qui doivent arriver rapidement sur une chaîne de montage, vous allez les envoyer en avion. Idem pour les périssables comme du poisson vivant, vous allez l’envoyer en avion.

– Quid de l’opération Marhaba 2024, va-t-on dépasser les chiffres des années précédentes ?

– La réussite de cette opération ne se mesure pas en termes d’augmentation des volumes, mais en qualité de service. Elle se résume en disponibilité de capacité et en confort du passage de nos compatriotes résidant en Europe, qui viennent passer leurs vacances au Maroc ou alors pour visiter leur famille.

Notre principale préoccupation est de participer, dans le cadre de cette opération qui est unique en son genre dans le monde, en nous conformant aux orientations de Sa Majesté, pour réussir l’opération et essayer d’atteindre la satisfaction maximale de nos compatriotes résidant à l’étranger.

On est toujours critiqués sur des sujets comme les tarifs… mais, quoi qu’il en soit, nous sommes mobilisés pour sa réussite et, pour le moment, l’opération se passe dans de bonnes conditions.

– On devrait atteindre le chiffre de 6 millions de Marocains…

– D’après les premiers retours chiffrés, on fait mieux que l’année dernière, mais c’est lié au calendrier de Aïd al-Adha, car les gens sont rentrés un petit peu plus tôt pour pouvoir célébrer en famille.

– Pourquoi l’État ne crée-t-il pas une compagnie maritime publique qui puisse servir au transport de passagers et au fret de marchandises ?

– Si la décision n’est pas encore prise, nous n’avons jamais dit qu’on ne voulait pas créer une compagnie publique. Maintenant, à titre personnel, je pense que le secteur privé fera beaucoup mieux que le secteur public.

– Je ne veux pas juger les expériences passées parce qu’il faut les contextualiser, mais je crois vraiment que AML va devenir une très bonne compagnie.

Aujourd’hui, nous nous attelons à soutenir les acteurs privés pour qu’ils prennent leur véritable place, et pour rééquilibrer la part du Maroc avec celle de l’Europe sur cette traversée stratégique à deux titres.

Elle est stratégique parce qu’elle transporte chaque année nos marchandises à raison de plus de 400.000 traversées dans les deux sens en termes de remorques de camions et d’ensembles rouliers à clef.

De plus, elle répond à l’intégration de plus en plus forte entre les chaînes logistiques et les supply chain des grandes compagnies mondiales entre l’Europe et le Maroc. Avec l’industrie automobile et l’écosystème qu’il a réussi à créer en quelques années, le Maroc est devenu un acteur incontournable dans la chaîne mondiale de cette industrie.

C’est la raison pour laquelle les compagnies marocaines doivent prendre la moitié de ce marché.

– De quelle manière allez-vous soutenir le secteur privé maritime ?

– Il y a beaucoup de manières de le soutenir, mais la première consistera à lui donner de la visibilité au niveau législatif et réglementaire avec un cahier des charges précis.

– Défiscalisations, subventions publiques ?

– Sachant que le transport maritime est un secteur mondialisé, si vous voulez que des Marocains investissent et que leurs bateaux soient résidents au Maroc, il faut leur appliquer les mêmes règles qui leur sont appliquées ailleurs.

– En les autorisant à avoir des bâtiments immatriculés ailleurs battant pavillon étranger ?

– Oui à Malte, au Panama, au Liberia… pour être dans les mêmes conditions de compétition que les autres. Donc, oui, il y a des volets fiscaux, d’assurance, de gestion d’échanges, etc.

On doit par conséquent travailler avec les opérateurs privés et avec les autres départements pour créer les conditions pour que le secteur privé puisse se battre à armes égales avec ses concurrents et prendre la place qui lui revient.

– À quel horizon peut-on imaginer un tel scénario ?

– On peut avoir de bons résultats dans un horizon relativement court qui s’étend sur 3 à 5 ans.

– Passons à votre deuxième casquette, combien de zones logistiques existent au Maroc ?

– Les zones existantes structurées de nouvelle génération sont surtout à Tanger et Kénitra.

Et dans les autres régions du Maroc, le travail de l’Agence marocaine de développement de la logistique consiste justement à accélérer la réalisation des zones logistiques de nouvelle génération.

Il y en a une en cours de construction à Aït Melloul, qui devrait recevoir ses premiers investissements ou, a minima, signer ses premiers contrats d’ici le mois de décembre.

Et puis, nous en avons trois autres très importantes, sur lesquelles nous travaillons avec d’autres départements ministériels pour les faire sortir de terre. C’est celle de Zénata, de Aït Soualem et une autre à Kénitra, qui ne va pas être en concurrence avec l’existante beaucoup plus industrielle, alors que la nouvelle sera plus centrée sur la distribution interne.

– Qu’apportent-elles concrètement à l’économie du Maroc ?

– Les zones logistiques apportent quelque chose de très simple. Elles concentrent les flux et réduisent le nombre de déplacements, ce qui permet de procéder à des économies conséquentes d’argent.

– Quelles sont vos priorités pour le reste de votre mandat ?

– D’abord réussir les grands investissements que nous avons évoqués en apportant tout le soutien nécessaire aux différents projets programmés comme le TGV, le RER, les aéroports…

Il y a aussi la structuration d’une flotte nationale dans le détroit, qui pourra s’élargir à d’autres types de transport maritime.

Et il y a plus globalement la production d’une charte pour une mobilité inclusive et durable qui permettra à tous les Marocains d’avoir accès à un transport public de bonne qualité.

Cette charte pourrait prendre la forme d’une loi-cadre qui orienterait les décisions des prochains gouvernements pour répondre à ce besoin fondamental exprimé par nos concitoyens pendant la préparation du Nouveau Modèle de développement, à savoir la santé, l’éducation, le transport et les espaces de loisirs culturels et sportifs.

Au niveau de mon département, je fais tout ce que je peux pour faire avancer le sujet du transport.

Cette réflexion sur une charte de la mobilité future, qui permettra de garantir des déplacements de qualité à tous nos concitoyens dans des conditions durables qui ne viendraient pas créer des problèmes aux générations futures, est un travail qui mérite d’être réalisé et qui mérite toute notre attention.

– D’ici 2030, le Maroc aura-t-il vraiment changé en termes d’infrastructures et de mobilité ?

– Mais le Maroc a déjà beaucoup changé et n’arrête pas de le faire, grâce à la résilience qu’il a montrée sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Pour conclure, je dirai que le gouvernement actuel fait de son mieux pour que le changement puisse répondre aux aspirations de l’ensemble de nos concitoyens.

Le lancement de la commercialisation de la zone logistique d’Ait Melloul prévu courant 2024 (ministre)

Positionnée sur la voie express N1 au sud d’Aït Melloul, cette zone ambitionne d’offrir un foncier logistique à des prix compétitifs pour accueillir les investisseurs désireux d’y développer un immobilier logistique répondant à leurs besoins propres ou aux besoins des opérateurs économiques de la Région, a expliqué le ministre

« Le projet pilote de la zone logistique d’Aït Melloul au sud d’Agadir est en cours d’achèvement et sa commercialisation devrait être lancée avant la fin de l’année », a dit Mohamed Abdeljalil, qui s’est exprimé mardi 7 mai à l’ouverture de la 11e édition du Salon international du transport et de la logistique pour l’Afrique et la Méditerranée (Logismed).

(Avec MAP)