Mines. Voici comment le Maroc développe sa chaîne de valeur du cuivre
Le Maroc, en route vers l’installation d’un écosystème industriel intégré de batteries, bénéficie d’atouts majeurs pour développer une filière compétitive et durable. La disponibilité locale de métaux stratégiques constitue un facteur déterminant pour attirer les investissements et construire une expertise solide, faisant du Maroc un hub régional dans le domaine des batteries et, plus largement, des industries liées à la transition énergétique.
Parmi ces métaux stratégiques figure le cuivre, un matériau aux applications multiples, des infrastructures électriques aux énergies renouvelables. Son rôle est particulièrement apprécié dans l’industrie automobile : présent dans les voitures thermiques (23 kilogrammes pour chaque voiture), il devient encore plus indispensable dans les hybrides (40 kilogrammes), et plus encore dans les véhicules électriques (83 kilogrammes).
Dans les batteries lithium-ion, le cuivre est indispensable pour les collecteurs de courant, assurant une conduction électrique optimale lors des cycles de charge et de décharge.
Cependant, si son utilisation est polyvalente dans l’industrie, sa disponibilité connaît des tensions périodiques qui menacent les chaînes d’approvisionnement mondiales. En 2024, son prix a pu dépasser les 10.000 dollars la tonne, marquant une hausse significative par rapport à 2023. Cette flambée des cours résultait de la décision des fonderies chinoises de réduire leur production, confrontées à une pénurie de concentrés miniers. Aujourd’hui, avec un cours avoisinant 9.739 dollars la tonne, la tendance haussière se maintient, reflétant la criticité abrupte de ce métal stratégique.
À l’échelle africaine, la production est dominée par la République démocratique du Congo (2,5 millions de tonnes/an) et la Zambie (800.000 tonnes/an). Bien que le Maroc en produise moins, il occupe la troisième place continentale.
De ce qui précède, trois questions fondamentales méritent d’être posées : avec une troisième place africaine malgré des volumes modestes, comment le Maroc peut-il valoriser au mieux ses ressources en cuivre dans la chaîne de valeur mondiale ? Par quels leviers pourrait-il compenser son désavantage quantitatif pour créer une distinction compétitive régionale ? Existe-t-il des projets en cours susceptibles de transformer ces potentialités en avantages économiques tangibles ?
La production du cuivre au Maroc
La production de cuivre au Maroc est principalement assurée par le groupe Managem qui exploite actuellement plusieurs sites. L’année dernière, ces sites ont permis une production de 92.612 tonnes de concentré de cuivre, réalisée par quatre filiales du groupe Managem : la Compagnie minière de Guemassa (mines de Hajar, Koudiat Aicha et Draa Sfar), Somifer (site de Bleida, mine de Jbel Laassal), Akka Gold Mining (sites d’Ouansimi et Akka), et la Compagnie minière d’Oumejrane (mine d’Oumejrane, récemment cédée à Purple Hedge).
Le minerai de cuivre exploité par Managem se présente sous plusieurs formes, soit en minerai polymétallique, en veines de cuivre hydrométallique ou bien en corps minéralisés en sulfures et oxydes de cuivre.
Par rapport à l’année 2023, l’année 2024 a enregistré une baisse de 14 % de la production cuprifère. En 2023, la production de Managem avait atteint 107.080 tonnes de concentré de cuivre, réparties entre ses différentes filiales : Somifer a contribué à hauteur de 43.970 tonnes, représentant 41,1% de la production totale, suivie d’Akka Gold Mining avec 31.759 tonnes (29,7%), puis de la Compagnie minière d’Oumejrane avec 16.029 tonnes (15%) et enfin la Compagnie minière de Guemassa avec 15.322 tonnes (14,3%).
Situé au sud de Kelaâ des Sraghna, la mine de Jbiel est opérée par la compagnie minière canadienne Kharouba Copper Mining. Initié en 2011, ce projet permet une production additionnelle d’environ 3.600 tonnes par an de concentré de cuivre.
Mine de Tizert, la première mine intelligente au Maroc avec l’objectif de doubler la production nationale
Avec un investissement de 440 millions de dollars, la nouvelle mine de Tizert s’apprête à doubler la production nationale de cuivre au Maroc. La première extraction est attendue au deuxième semestre 2025 (en principe en juillet 2025), avec une montée en pleine capacité dès le début de l’année 2026.
Combinant une exploitation à ciel ouvert et souterraine, cette mine s’apprête non seulement à augmenter la production de cuivre au Maroc, mais également à doubler la production actuelle grâce à une mine de classe mondiale dont les réserves actuelles permettent une durée de vie initiale de 17 ans.
Les travaux à ciel ouvert sont déjà bien engagés : près d’1 million de tonnes de minerai ont d’ores et déjà été extraites en anticipation de la mise en service définitive de l’usine de traitement. Quant à la mine souterraine, son développement est quasiment achevé ; l’exploitation des gisements profonds devrait débuter dans les prochains mois, complétant ainsi le dispositif minier.
La mine de Tizert se positionne comme la première mine intelligente du Maroc, entièrement numérisée et automatisée. Elle intègre des équipements de pointe tels que le forage automatisé, la surveillance en temps réel de la qualité de l’air, ainsi que le suivi des collaborateurs et des machines. La gestion y est optimisée grâce à des systèmes interconnectés permettant une coordination instantanée, des simulateurs de formation et des protocoles d’urgence activables à distance. Enfin, l’ensemble de ces dispositifs est piloté de manière centralisée via un IROC (Tizert Digital Twin), offrant un contrôle en temps réel des opérations et une analyse prédictive des données pour une prise de décision éclairée.
En plus de son excellence technologique, le projet de la mine Tizert intègre une dimension environnementale novatrice. La mine a développé une infrastructure durable comprenant un pipeline de 142 kilomètres pour s’approvisionner en eaux non conventionnelles issues du traitement des eaux usées d’Agadir, réduisant ainsi sa pression sur les ressources hydriques naturelles. Parallèlement, le site est alimenté à 90% par une source d’énergie éolienne, ce qui permet de diminuer ses émissions de CO2 de 83%.
Cette synergie entre innovation technologique et responsabilité écologique positionne Tizert comme un nouveau modèle d’exploitation minière technologique et durable. Avec ses solutions pionnières en matière de gestion des ressources et d’énergie propre, Tizert s’inscrit parfaitement dans la stratégie nationale marocaine de développement durable tout en renforçant la compétitivité du secteur minier marocain.
ManaGreen, un projet de fonderie pour la production de la cathode de cuivre au Maroc
Lors de la présentation des résultats financiers 2024, Imad Toumi, PDG de Managem, a annoncé une importante réorganisation stratégique du groupe. Cette refonte s’articule autour de trois entités spécialisées : ManaGold pour les activités d’exploitation aurifère, ManaEnergy dédiée au développement du gaz naturel, et ManaGreen consacrée aux métaux stratégiques et critiques. Cette nouvelle structure permettra au groupe de renforcer son expertise sectorielle, d’optimiser ses performances opérationnelles et de se positionner comme un acteur clé dans ces domaines stratégiques, tout en répondant aux enjeux de la transition énergétique.
Portant l’ambition du Maroc de développer un écosystème compétitif dans l’industrie des batteries, ManaGreen incarne la nouvelle orientation stratégique du pays. Elle vise notamment à redynamiser la Stratégie Industrielle 2030 en sécurisant l’approvisionnement en métaux stratégiques essentiels à la transition énergétique, notamment ceux utilisés dans la fabrication de batteries.
Sur le plan minier, ManaGreen prévoit de développer plusieurs projets de métaux stratégiques, notamment le graphite naturel, le manganèse et les terres rares, afin de réduire au maximum la dépendance du Maroc aux importations. Au-delà de l’extraction minière, ManaGreen ambitionne de mettre en place des projets industriels axés sur la production de matériaux prêts à l’emploi pour les fabricants de batteries.
Si l’usine de fabrication des sulfates de cobalt devrait être opérationnelle au début du deuxième semestre de l’année 2025, un autre projet stratégique a été lancé par ManaGreen : la construction de la première fonderie de cuivre en Afrique du Nord.
Jusqu’à présent, le Maroc ne produisait que du concentré de cuivre, une matière brute nécessitant obligatoirement une transformation à l’étranger. Avec cette nouvelle fonderie, le pays pourra localement valoriser ses ressources, réduire ses importations et renforcer son autonomie industrielle.
Le projet de construction d’une fonderie de cuivre est actuellement en phase d’étude de faisabilité, avec un investissement estimé entre 10 et 15 milliards de dirhams. Cette unité industrielle aura pour objectif de transformer du concentré de cuivre en cathodes, répondant ainsi aux besoins croissants du marché industriel local et notamment à l’écosystème d’industrie de batteries en cours de développement.
Un des atouts majeurs de ce projet réside dans la collaboration avec le groupe OCP, qui produit déjà de l’acide sulfurique pour ses activités dans les engrais et qui est essentiel pour le processus de raffinage du cuivre. De son côté, l’OCP accélère son développement à travers son programme stratégique M’zinda Meskala (SP2M), visant à augmenter sa capacité de production de phosphates et dérivés d’ici 2030, avec des premiers résultats dès l’année prochaine, avec l’inauguration du phosphate hub de Mzinda.
Le cuivre au Maroc, un potentiel encore sous-exploité
L’analyse de la carte des gîtes miniers marocains révèle un potentiel cuprifère considérable, avec presque des milliers de sites recensés pour le seul cuivre. Cette abondance témoigne du caractère encore sous-exploré du territoire national, particulièrement pour cette ressource stratégique. La répartition de ces indices miniers est inégale à travers les douze régions du pays, avec une forte concentration dans deux principales régions : Souss-Massa et Draâ-Tafilalet.
L’ONHYM poursuit activement ses efforts de promotion de projets miniers. Dans le cadre d’un appel d’offres international, Africorp Mining a récemment remporté celui portant sur le projet minier de cuivre de Naour, situé dans la province de Beni Mellal. L’entreprise devrait investir près de 230 millions de dirhams pour le développement de ces ressources, dont le volume est estimé à 1,5 million de tonnes, avec une concentration moyenne de cuivre évaluée à 1,5%.
La dynamique des nouveaux projets de cuivre n’a pas encore atteint son apogée. Ainsi, une nouvelle mine, Tabaroucht, opérée par la Compagnie minière de Tiouissit (CMT), est dans sa phase finale de développement en vue d’une décision finale d’investissement. De même, la mine d’Oumejrane, reprise par Purple Hedge, devrait prochainement rouvrir et bénéficier d’un développement additionnel de ses ressources actuellement limitées. Une dizaine de compagnies d’exploration minière développent également plusieurs projets d’exploration à différents stades d’avancement, et plusieurs de ces projets présentent un important potentiel de développement.
Parallèlement à la promotion de projets miniers, les efforts de l’ONHYM s’étendent à l’exploration minière, une démarche essentielle pour minimiser les risques liés aux investissements dans ce secteur. Au cours de l’année précédente, les travaux de recherche minière ont concerné un total de 44 projets, répartis entre 22 projets développés en propre et 22 projets menés en partenariat. Une part significative de ces initiatives cible des ressources en cuivre, notamment les projets de Merija (récemment cédé à Africorp Mining), d’Oulad Yaacoub, Tizi N’Ouchene, Alma, Amane Tazougart et Tassent-Anefgou.