La Chambre des représentants adopte le projet de loi sur les OPCVM

Le texte a été adopté à une large majorité, avec 45 voix favorables et une seule abstention. Cette réforme est une étape importante dans l’évolution du droit financier marocain.

Elle vise à mettre à jour les règles qui régissent les fonds d’investissement collectifs afin de mieux protéger les épargnants, de renforcer la transparence du marché et d’adapter la régulation aux pratiques internationales.

Stimuler l’épargne et renforcer l’attractivité du marché

L’objectif est double : faciliter la mobilisation de l’épargne nationale vers le financement de l’économie réelle, d’une part, et consolider l’image du Maroc comme plateforme régionale de capitaux, d’autre part. En modernisant le cadre juridique, le législateur cherche à attirer de nouveaux investisseurs institutionnels, notamment étrangers, en leur offrant un environnement plus clair, plus flexible et plus sécurisé.

La loi renforce également les outils de supervision de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). Celle-ci disposera désormais de pouvoirs étendus pour contrôler les sociétés de gestion, les banques dépositaires ainsi que toutes les entités impliquées dans la commercialisation des parts d’OPCVM. Ce volet vise à renforcer la confiance des investisseurs et à limiter les risques liés à la gestion d’actifs.

Plusieurs innovations introduites

Le texte introduit plusieurs nouveautés structurantes pour l’industrie de la gestion collective :

https://medias24.com/2025/05/13/reforme-des-opcvm-comprendre-les-principales-nouveautes-du-projet-de-loi-03-25/

Tarik Senhaji : « La confiance est la monnaie de nos marchés »

L’Afrique offre les plus hauts retours sur investissement au monde, mais continue de capter à peine 4% des flux d’IDE à l’échelle mondiale. Malgré une population jeune et un potentiel économique reconnu, les capitaux peinent à atteindre les capitales africaines. Le rapport 2025 de la Fondation Mo Ibrahim pointe trois principaux obstacles : un déficit de confiance, une perception excessive du risque et des capacités d’absorption inégales selon les pays.

Dans le même temps, la part de l’Afrique dans l’aide publique au développement a reculé de 11 points, alors que les besoins d’adaptation climatique dépassent aujourd’hui 1.600 milliards de dollars. Le rapport appelle à un changement de paradigme, basé sur une mobilisation accrue du capital privé et une meilleure mise en valeur des fondamentaux économiques du continent.

Les leviers pour mobiliser l’épargne africaine au service du développement du continent

Les marchés de capitaux devraient être le fondement du financement du développement. Lors des discussions du week-end, Tarik Senhaji, directeur général de la Bourse de Casablanca, a souligné qu’un constat clair s’est dégagé de ce forum : « Nous n’avons pas besoin de plus d’aide. Nous devons nous prendre en charge nous-mêmes. Les Africains doivent écrire leurs propres chèques. Et pour cela, nous devons avoir des marchés de capitaux souverains ».

« Le secteur financier est un grand vecteur de gouvernance. Il ne sert pas seulement à financer. Il apporte une bien meilleure responsabilité, une bien meilleure transparence dans l’économie ».

Au Maroc, les banques ont connu une transformation majeure au cours des trente dernières années. Inspirées par la vision royale, elles sont aujourd’hui présentes dans 34 pays et ont soutenu le développement des infrastructures, des PME et l’inclusion financière. Mais pour accélérer davantage, les marchés boursiers sont nécessaires.

« Nos marchés ne servent pas uniquement à financer les entreprises. Ils donnent un prix à l’avenir. Ils valorisent et encouragent la bonne gouvernance et une vision managériale claire ». Une bourse bien organisée est « le seul outil financier qui vous donne aujourd’hui la valeur de votre entreprise demain ».

Ce qui freine encore les entreprises, c’est souvent la confiance. « La confiance est la monnaie de nos marchés. Si vous ne prenez pas le temps de faire naître cette confiance, cela reste lent. Mais une fois qu’elle s’accumule, elle rapporte d’énormes bénéfices pour tous : investisseurs, entreprises et pays ».

En 2021, la Bourse de Casablanca a lancé une vaste consultation locale. « Nous n’avons pas entendu que de bonnes choses. En réalité, nous avons surtout entendu des choses négatives ». Un haut responsable lui a dit : « Votre Bourse est une grande locomotive, mais elle n’a pas de rails ». Le produit était bon techniquement, mais les acteurs ne s’y reconnaissaient pas. Le vrai changement était culturel, pas technique.

« Nous avons changé notre manière d’aborder et de dialoguer avec nos parties prenantes. Nous avons changé notre manière de communiquer avec le monde. Et nous avons aussi beaucoup plus engagé le grand public ».

Les résultats ont été au rendez-vous. « Au cours des deux dernières années, nous avons obtenu les meilleurs résultats des quinze dernières années. L’activité des investisseurs individuels a été multipliée par quatre. Les investisseurs locaux représentent désormais 90% du marché. Et le trading en ligne pèse 75% de notre activité ».

La Bourse a aussi renforcé ses liens avec le capital-investissement. « Si un investisseur a déjà mis un ticket chez vous, il est cinq fois plus probable qu’il en mette un second, plutôt que d’en chercher un nouveau ».

Les IPO restent encore peu nombreuses, mais les signaux sont encourageants. « L’année dernière a été un record en termes de financement, grâce aux nombreuses augmentations de capital. Et nous pensons que le changement arrive. Les IPO viendront« .

« Mais est-ce qu’il n’y a pas aussi un enjeu culturel à traiter ? Beaucoup d’entreprises africaines sont encore des entreprises familiales, qui doivent évoluer dans leur mode de gouvernance. Elles doivent intégrer des administrateurs indépendants, mieux former leurs équipes et libérer leur plein potentiel », souligne Abdelmalek Alaoui, fondateur et PDG de Guepard Group.

« On voit des entreprises qui stagnent à une taille de 40 ou 50 millions de dollars, alors qu’elles pourraient atteindre un chiffre d’affaires de 500 ou 600 millions. Quelles sont, selon vous, les grandes transformations à opérer dans le capitalisme africain pour passer de ces PME familiales à des entreprises bien gérées, tournées vers l’avenir ? », interroge-t-il.

« Je vais répondre à votre question avec une déclaration provocatrice. On a vu toute la journée ce slogan : “L’Afrique que nous voulons”. Mais ne devrait-on pas y ajouter une deuxième ligne : “Les Africains que nous voulons être” ? Parce que c’est bien plus important quand on fait des affaires », insiste Tarik Senhaji.

« Mais plus important encore, je pense que nous ne consacrons pas assez de temps, de ressources ni d’attention à la conception de systèmes de gestion des ressources humaines pour les pays africains », explique Tarik Senhaji.

« On passe trop de temps à courir après le capital. Si on consacrait autant d’énergie à faire en sorte que les projets atteignent un bon niveau, où les investisseurs financiers peuvent vraiment les examiner, cela aurait beaucoup plus d’impact ».

« Je veux saluer l’initiative récente du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, parce que ce n’est pas seulement un fonds souverain. C’est une nouvelle génération. Un fonds souverain de développement. Un fonds souverain pour développer des projets. C’est une initiative enthousiasmante à suivre », conclut-il.

Un risque africain souvent jugé à l’identique, mais un coût domestique encore trop élevé

Marie Diron, directrice générale en charge du risque souverain chez Moody’s Ratings, a répondu à une question aussi directe qu’essentielle : qu’est-ce qui manque encore dans le tableau macroéconomique de l’Afrique ? Le continent est-il mal prisé par les investisseurs, ou présente-t-il un risque réel ?

Elle rappelle que les notations qu’elle supervise constituent avant tout une opinion sur la capacité d’un État à rembourser sa dette, et qu’elles sont utilisées par les investisseurs parmi d’autres sources d’analyse.

Face aux critiques sur la perception du risque en Afrique, elle explique que son équipe a récemment étudié les données disponibles. Sur les 140 pays notés par Moody’s, 50 défauts souverains ont été enregistrés sur les quarante dernières années, dont une dizaine en Afrique, ce qui montre selon elle que les notations reflètent correctement l’ordre de risque.

« Une note B implique une probabilité de défaut six fois inférieure à celle d’une note CAA, et environ six fois supérieure à celle d’une note BA », précise-t-elle.

« Un souverain noté B2 en Afrique présente une probabilité de défaut identique à celle d’un souverain noté B2 ailleurs dans le monde ».

Concernant le coût du capital, Marie Diron affirme que les écarts de taux (spreads) sur la dette externe ne sont pas systématiquement plus élevés pour les pays africains.

« Le Maroc, noté BA1, emprunte à des conditions meilleures que la Roumanie ou le Brésil, pourtant notés pareil. La Côte d’Ivoire, notée BA2, a des spreads comparables à ceux de la Géorgie ».

En revanche, le coût de la dette domestique reste très élevé. « Il atteint environ 12% en Afrique, contre 8% en Amérique latine et 5% en Asie. C’est un enjeu majeur, notamment pour financer des projets d’infrastructure à long terme ».

« Il est important de s’attaquer aux facteurs structurels qui pèsent sur les taux domestiques, en lien avec les constats du rapport de la Fondation Mo Ibrahim », conclut-elle.

Structurer à grande échelle et mobiliser les investisseurs africains

Alain Ebobissé, directeur général d’Africa50, estime que l’Afrique dispose aujourd’hui de références solides sur lesquelles s’appuyer pour attirer des investisseurs institutionnels à grande échelle. « Ce que nous démontrons chez Africa50, c’est qu’on peut investir rapidement dans des infrastructures privées et en PPP en Afrique, générer des rendements et avoir de l’impact ».

« Nous avons réussi à mobiliser des capitaux capables d’écrire des chèques de 20 à 50 millions de dollars. Mais, pour attirer ceux qui ne parlent qu’à partir de 500 millions, il faut structurer différemment ».

Depuis sa création il y a huit ans avec l’appui de la BAD et de 33 pays africains, Africa50 a investi dans 28 projets répartis sur 29 pays. « Le portefeuille est de qualité, mais maintenant, c’est une question d’échelle. Et l’échelle demande de la prévisibilité. Il faut montrer ce qu’on a fait, pas seulement ce qu’on aspire à faire ».

Il évoque plusieurs secteurs porteurs comme le gaz et les réseaux de transmission, où des plateformes d’actifs peuvent être créées. Il insiste aussi sur le rôle essentiel des investisseurs africains eux-mêmes : « Nous avons réuni 20 investisseurs institutionnels africains pour soutenir notre Infrastructure Acceleration Fund. C’est inédit ».

Et de conclure : « Vous ne pouvez pas aller sur les marchés internationaux sans avoir d’abord des investisseurs africains avec vous. Pour changer la perception, les Africains doivent investir en Afrique ».

AMMC : les priorités d’actions 2025 pour un marché des capitaux plus dynamique et inclusif

L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a dévoilé ses priorités d’actions pour l’année 2025. Inscrites dans la continuité de son plan stratégique 2024-2028, ces orientations s’articulent autour de quatre axes majeurs : la mobilisation de l’épargne et le développement de la finance durable, l’intensification des actions d’éducation financière, le renforcement de la supervision du marché et l’amélioration de la performance organisationnelle et RSE de l’AMMC.

En parallèle, elle dresse le bilan des réalisations de l’année 2024, marquée par des avancées structurantes, notamment le lancement du marché à terme, le renforcement des dispositifs de contrôle et la consolidation des initiatives en faveur d’une finance durable.

Une feuille de route ambitieuse pour 2025

>> Dynamiser l’épargne et accélérer l’essor de la finance durable

L’AMMC place la mobilisation de l’épargne au cœur de son action en 2025. L’Autorité ambitionne d’accélérer la transformation du marché financier en rendant plus attractifs les instruments d’investissement et en favorisant le développement de la finance verte.

Dans ce cadre, plusieurs initiatives seront mises en œuvre :

>> Éducation financière et soutien aux acteurs du marché

L’AMMC entend accentuer ses efforts pour démocratiser l’accès aux marchés financiers et accompagner les évolutions technologiques.

>> Supervision du marché : digitalisation et lutte contre les délits boursiers

Pour garantir un marché transparent et résilient, l’AMMC prévoit un renforcement des mécanismes de supervision en 2025.

Ces mesures visent à instaurer un climat de confiance renforcé, essentiel pour attirer de nouveaux investisseurs.

>> Performance organisationnelle et ancrage RSE

L’AMMC prévoit également d’améliorer sa propre performance organisationnelle, notamment par l’adoption des nouvelles technologies et le développement d’une politique RSE plus affirmée.

Retour sur 2024 : des avancées stratégiques pour le marché des capitaux

L’année écoulée a été marquée par plusieurs réalisations structurantes :

West Capital Partners obtient son enregistrement auprès de l’AMMC

La société West Capital Partners SARL a obtenu son enregistrement auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) le 20 janvier 2025, sous le numéro DE-CIF-01-25.

Cet enregistrement autorise la société à exercer des activités de conseil en investissement financier de catégorie n°2, conformément à l’article 2 de la circulaire n°01/20 de l’AMMC. Cela inclut :

Ce statut conforte la mission de West Capital Partners SARL dans l’accompagnement des acteurs économiques sur le marché financier marocain.

L’AMMC : une nouvelle réorganisation interne pour dynamiser le marché des capitaux

Dans un communiqué, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) a annoncé, le 25 décembre 2024, une nouvelle organisation interne. Cette réorganisation, issue d’un diagnostic approfondi et d’un benchmark avec des institutions de référence, vise à mieux accompagner le développement du marché des capitaux marocain et à répondre efficacement aux défis stratégiques actuels.

La nouvelle organisation de l’AMMC repose sur deux pôles principaux, une direction et des entités transversales.

Un pôle métier a été créé pour regrouper des fonctions clés : la gestion d’actifs et la protection de l’épargne, les émetteurs et les marchés. Ce pôle met l’accent sur la régulation et le contrôle des différentes activités financières.

Le pôle support et développement, de son côté, inclut la gestion des ressources, les relations juridiques avec les épargnants, et la transformation digitale. Ce dernier aspect témoigne de la volonté de l’AMMC d’intégrer pleinement la digitalisation dans ses processus, en mettant en avant la gestion des données et l’organisation.

Enfin, une direction contrôle, surveillance et enquêtes vient renforcer la vigilance sur les pratiques de marché, tandis que trois entités stratégiques rattachées directement à la présidence – stratégie, relations internationales et normalisation, communication, audit et risques internes – assurent une vision transversale des priorités de l’Autorité.

Depuis 2016, l’AMMC s’est engagée dans une démarche constante de modernisation. Ce nouvel organigramme s’inscrit dans la continuité des efforts pour offrir une meilleure lisibilité de ses actions et consolider sa mission de protection de l’épargne investie en instruments financiers. L’objectif est également d’accompagner les nouvelles dynamiques de marché, renforçant ainsi l’attractivité du Maroc comme hub régional pour les investisseurs.

L’essentiel du rapport annuel 2023 de l’AMMC

La présidente de l’AMMC, Nezha Hayat, a présenté le jeudi 12 décembre le rapport annuel 2023 au chef de gouvernement. Ce document revient sur une année marquée par une dynamique positive des marchés financiers, malgré un contexte global incertain. Il met également en lumière les efforts de régulation et de supervision déployés par l’AMMC pour accompagner les transformations du marché des capitaux.

Le rapport met en exergue des performances solides, portées par une hausse de l’activité transactionnelle et des initiatives stratégiques. Il revient également sur les avancées réalisées en matière de digitalisation, de finance durable et de diversification des instruments de financement.

En 2023, le marché marocain a traité un volume total de près de 800.000 transactions, établissant un record historique. À la Bourse de Casablanca, 316.799 transactions (marchés central et de blocs) ont été enregistrées, représentant une moyenne quotidienne de 1.272 opérations. Ce dynamisme s’explique par une activité accrue sur les marchés centraux et de blocs, ainsi que par une augmentation des volumes d’échanges.

Le volume transactionnel global a atteint 65 milliards de DH, en progression de 12,77% par rapport à l’année précédente. Les actions ont constitué l’essentiel des échanges, tandis que les apports de titres ont bondi de manière spectaculaire, passant de 64 MDH à 10,3 milliards de DH.

Cette forte activité reflète la résilience et l’attractivité croissante du marché des capitaux marocain, malgré un environnement économique global complexe.

Sur le plan financier, l’AMMC a enregistré des produits d’exploitation de 164,8 MDH, en légère baisse par rapport aux 173,6 millions de 2022. Cette diminution s’explique par une baisse des commissions liées aux OPCVM (-8 MDH) et aux opérations financières (-3,7 MDH). En revanche, les commissions des OPCI ont progressé de manière significative, avec une hausse de 208% (+3,6 MDH).

Les charges d’exploitation ont atteint 160,2 MDH, contre 158,4 millions en 2022. Cette augmentation est due à une hausse des charges de personnel (+12%) et des dotations aux amortissements (+18%). L’excédent net s’élève à 4,2 MDH, consolidant les capitaux propres à 239,3 MDH.

Les produits de gestion collective continuent de jouer un rôle central dans le marché des capitaux. Les actifs nets des OPCVM ont atteint 559,8 MMDH, représentant 46,5% du PIB marocain. Les OPCI ont également consolidé leur position avec un actif net de 85,5 MMDH, tandis que les fonds de titrisation affichent des encours sous gestion de 17,8 MMDH.

L’AMMC a aussi accordé une attention particulière au crowdfunding, avec l’octroi des premiers agréments à des plateformes de financement collaboratif. Cette initiative vise à répondre aux besoins de financement des PME et des porteurs de projets, tout en diversifiant les sources de financement.

Avancées et défis

L’année 2023 a été marquée par des avancées significatives sur plusieurs fronts. L’AMMC a mis l’accent sur la digitalisation, notamment avec le déploiement d’outils innovants pour les inspections et la supervision des marchés. Ces initiatives visent à simplifier les interactions avec les acteurs du marché tout en renforçant la transparence.

La finance durable a également figuré parmi les priorités. L’AMMC a accompagné les premières émissions de Gender Bonds et d’obligations vertes, tout en travaillant sur une taxonomie verte alignée sur les standards internationaux. Par ailleurs, la supervision des marchés a été renforcée avec 26 missions d’inspection, soit une augmentation de 60% par rapport à 2022.

Malgré ces avancées, des défis structurels persistent. Les financements en fonds propres restent faibles, avec seulement 656 MDH levés en 2023, alors que les titres de créance continuent de dominer avec plus de 99% des montants levés. L’attractivité du marché pour les PME et l’élargissement de la base des investisseurs institutionnels sont autant de leviers nécessaires pour renforcer la profondeur du marché.

Par ailleurs, l’éducation financière reste une priorité pour l’AMMC afin de sensibiliser les épargnants et encourager leur participation active au financement de l’économie nationale.

En 2024, l’AMMC a poursuivi ses projets structurants, tels que le lancement effectif du marché à terme et la promotion de la finance durable. Ces initiatives visent à renforcer la confiance des investisseurs et à positionner le Maroc comme une place financière de référence en Afrique.

Marché des capitaux : lancement effectif imminent du marché à terme

« En termes de création de nouveaux marchés, nous ciblons le lancement effectif du marché à terme prochainement avec la finalisation des dimensions techniques et réglementaires, ainsi que le déploiement d’une série d’actions de sensibilisation et d’accompagnement de l’écosystème », a indiqué la présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), Nezha Hayat, dans une interview à la MAP.

Et d’expliquer que cela devrait offrir de nouvelles opportunités de diversification et de couverture des risques pour les investisseurs, et contribuer à l’amélioration de la liquidité du marché, composante essentielle de son attractivité.

Nezha Hayat a également affirmé l’engagement de l’AMMC à poursuivre l’implémentation des réformes entamées sur les autres segments du marché, notamment celui de la gestion collective de l’épargne, à travers l’accompagnement de l’opérationnalisation de la refonte de la loi sur les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM).

Cette dernière permettra la cotation des OPCVM à travers les Exchange Traded Funds (ETF) ainsi que l’introduction des fonds à règles de fonctionnement allégées afin de répondre aux besoins spécifiques des différentes catégories d’investisseurs, qu’il s’agisse de grand public ou d’investisseurs dits « professionnels », a-t-elle détaillé.

Concernant le dispositif de cotation des OPCI (Organisme de placement collectif immobilier), Nezha Hayat a fait savoir qu’il sera également activé dans l’objectif d’élargir la base d’investisseurs et offrir ainsi une plus grande accessibilité et liquidité pour ce segment de marché.

Dans cet objectif, a-t-elle poursuivi, l’AMMC continuera à accompagner les différents intervenants du marché pour étoffer l’offre de produits financiers et stimuler la demande des investisseurs en encourageant le recours aux conseillers en investissement financier ainsi qu’à des canaux de distribution efficients, notamment digitaux.

Ces nouveaux marchés et instruments exigent la mise en place d’un dispositif de supervision adapté à leur complexité et leurs composantes technologiques, a relevé la présidente de l’AMMC. Ce dispositif s’appuiera aussi bien sur une approche orientée risques que sur l’utilisation d’outils digitaux.

La mise en œuvre de ces actions devrait améliorer la contribution du marché des capitaux au financement de l’économie, en mettant à profit son potentiel important de mobilisation de l’épargne et d’orientation de celle-ci vers le financement de l’investissement productif, a-t-elle conclu.

Lancement de la deuxième édition du Prix AMMC de la Recherche

Le Prix AMMC de la recherche vise à récompenser les chercheurs qui, à travers leurs parcours académique et professionnel, contribuent à faire avancer la recherche dans le domaine du marché des capitaux, indique un communiqué de l’AMMC.

Cette compétition est destinée à soutenir les travaux de recherche et à récompenser le caractère innovant et distinctif de ces travaux, notamment dans les domaines en lien avec :

Sont ainsi éligibles au prix AMMC de la recherche, « les étudiant(e)s doctorant(e)s ou les titulaires d’un doctorat âgé(e)s de moins de 40 ans, de nationalité marocaine et affilié(e)s à un établissement d’enseignement supérieur au Maroc ou à l’étranger, ou de nationalité étrangère et affilié(e)s à un établissement d’enseignement supérieur au Maroc ».

« Les modalités détaillées de participation sont disponibles sur le site de l’Autorité« , conclut le communiqué.

Interview. Nezha Hayat revient sur les grands chantiers de l’AMMC pour 2023

Le 14 mars, l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) organisait une conférence pour présenter le nouveau dispositif régissant les conseillers en investissement financier (CIF), à la suite de la publication au Bulletin officiel de la circulaire 01/20 de l’AMMC. L’occasion de revenir avec sa présidente, Nezha Hayat, sur les contours de ce nouveau dispositif, mais aussi les grands chantiers de l’AMMC cette année, comme le nouveau cadre régissant les OPCVM et l’opérationnalisation des fonds de dette. Interview.

 

– Médias24 : Avant le nouveau dispositif régissant l’exercice des conseillers en investissement financier, l’activité était-elle légale ? Qui opérait sur ce secteur d’activité ?

– Nezha Hayat : Le nouveau dispositif régissant l’exercice des conseillers en investissement financier s’inscrit dans le cadre du déploiement de notre plan stratégique triennal 2021-2023, et plus particulièrement nos actions prioritaires 2023, dont le 3e axe consiste justement à accompagner la mise en œuvre des nouveaux marchés et des nouveaux acteurs.

Ce dispositif vient encadrer, pour la première fois, une activité qui était déjà exercée par des professionnels qui accompagnaient les acteurs du marché pour répondre à leurs besoins en termes d’investissement ou de financement sur le marché des capitaux.

En effet, plusieurs opérateurs se sont positionnés sur les diverses activités de conseil financier, qu’ils exerçaient à titre principal ou accessoire à côté d’autres activités, sans faire l’objet d’un encadrement particulier. Les principaux acteurs de ce métier peuvent être classés en catégories distinctes.

D’un côté, les banques d’affaires qui sont adossées à des groupes bancaires ou à des groupes spécialisés dans les activités de marché. Elles se caractérisent par une taille et des moyens relativement significatifs et peuvent avoir des effets de synergie avec les autres entités de leur groupe d’appartenance.

De l’autre côté, les structures indépendantes, qui s’appuient principalement sur l’expérience de leurs fondateurs, et qui fournissent des prestations de conseil et d’accompagnement à un cercle plus restreint de clients, avec lesquels ils entretiennent généralement une relation de confiance et de proximité.

En outre, certaines banques proposent également ces prestations à travers des entités organisationnelles dédiées.

Ces différents acteurs se positionnent sur des activités différentes, couvrant aussi bien le conseil aux entreprises en matière d’ingénierie financière, de transactions capitalistiques et de levée de fonds, que le conseil aux investisseurs pour optimiser leurs portefeuilles financiers.

Ainsi, nous avons une multitude d’acteurs qui exercent une ou plusieurs activités de conseil financier, et qui varient en termes de clientèle ciblée, de services fournis et de moyens mis en place à cet effet.

 

–  Qu’apporte donc ce nouveau cadre légal ? 

– Le nouveau dispositif apporte un encadrement de l’exercice de l’activité de conseil en investissement financier, qui est désormais érigée en profession réglementée, dont l’exercice à titre principal et habituel est réservé uniquement aux personnes morales enregistrées auprès de l’AMMC.

Cela représente une opportunité intéressante pour les acteurs de ce métier qui répondent à certaines conditions de moyens humains, matériels et organisationnels, et qui adoptent les règles déontologiques et de bonnes pratiques professionnelles introduites par le nouveau dispositif.

Ces nouvelles exigences, dont les principes fondamentaux sont déjà appliqués par une grande partie des acteurs de ce métier, visent à structurer le métier de conseiller en investissement financier pour mieux répondre aux attentes des acteurs économiques et participer à la dynamique de développement du marché des capitaux.

Les moyens exigés pour l’enregistrement auprès de l’AMMC seront appréciés selon un principe de proportionnalité, en tenant compte de la taille du conseiller en investissement financier, ainsi que la nature, la complexité et le volume des activités qu’il exerce ou envisage d’exercer.

Aussi, ce dispositif constituera un gage de crédibilité des acteurs enregistrés auprès de l’AMMC et permettra d’améliorer la confiance entre les opérateurs du marché et de renforcer la primauté de l’intérêt du client.

Par ailleurs, ce corps professionnel et réglementé est appelé à contribuer au développement du marché. En effet, d’une part, les CIF enregistrés auprès de l’AMMC conseilleront leurs clients sur les solutions de marché qui répondent de manière optimale à leurs besoins, améliorant ainsi l’attractivité du marché des capitaux. D’autre part, ils devront se regrouper en association professionnelle (l’APCIF) qui leur permettra de participer activement et de manière structurée aux divers chantiers de développement du marché et de la profession.

En ce qui concerne les standards internationaux, nous nous référons en premier lieu aux principes de l’Organisation internationale des commissions de valeurs.

– Il se dit que conformément aux dispositions de la loi n°43-12 relative à l’AMMC et celles du règlement général de l’Autorité, la circulaire a été élaborée en se basant sur les référentiels et standards internationaux en matière d’encadrement des conseillers en investissement financier. Quels sont-ils ?

– En effet, l’alignement de notre arsenal juridique avec les meilleures pratiques internationales est essentiel pour le développement de notre marché et pour son attractivité, notamment pour les investisseurs internationaux. Par ailleurs, nous veillons également à mettre en place des dispositifs adaptés à notre contexte et aux réalités de notre marché. Ainsi, l’AMMC s’assure de mettre en place des règles équilibrées qui répondent à ces deux objectifs.

En ce qui concerne les standards internationaux, nous nous référons en premier lieu aux principes de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), qui fournissent des orientations générales sur les composantes d’une régulation efficace des marchés de capitaux, dont la supervision des différents corps professionnels intervenant dans les activités de marché.

Nous regardons ensuite comment ces principes ont été déclinés au niveau de différentes juridictions pour dégager les aspects fondamentaux et communs des dispositifs mis en place, ainsi que les adaptations opérées sur ces marchés. A ce titre, notre benchmark couvre des marchés qui sont assez avancés sur l’aspect qu’on cherche à réglementer et qui, dans la mesure du possible, présentent assez de similitudes avec notre marché sur les plans du corpus légal et réglementaire, des objectifs de développement et des liens entre les opérateurs économiques.

Dans le cas d’espèce, nous nous sommes inspirés du cadre européen et de sa déclinaison au niveau des juridictions nationales de certains pays membres, ainsi que des dispositifs mis en place au niveau de certains marchés anglo-saxons reconnus pour leur efficience. Toutefois, il ne s’agit pas d’importer un cadre tout fait et de l’implémenter sur notre marché. Nous avons veillé à prendre en compte la réalité de notre marché et de nos opérateurs nationaux, notamment en impliquant ces derniers dans la conception du nouveau cadre applicable aux CIF.

En effet, le projet de circulaire relative à cette activité a été ouvert à deux consultations publiques, et plusieurs séances de discussion ont été organisées avec les différentes parties prenantes. Ainsi, le dispositif a été affiné à la lumière de la perspective pratique et des contributions des différents acteurs concernés, ce qui nous a permis d’aboutir à un cadre équilibré, qui s’intègre de manière cohérente avec les différentes réformes engagées pour moderniser et développer notre marché des capitaux.

Je tiens également à souligner que, dans plusieurs juridictions, l’encadrement de cette activité s’est accompagné d’une augmentation considérable du nombre de CIF, et que ceux-ci ont permis de contribuer significativement à élargir et faciliter l’accès aux solutions de financement et d’investissement du marché des capitaux.

 

– Récemment, le projet de loi relatif aux OPCC a été approuvé par le Conseil de gouvernement. Il vise notamment à améliorer l’accompagnement des PME par le capital-investissement. Un objectif chiffré de financement annuel a-t-il été établi pour améliorer l’accompagnement et le financement des PME ?

– Notre plan stratégique 2021-2023 inscrit la facilitation du recours au financement par le marché des capitaux comme premier levier de notre vision stratégique d’un marché des capitaux au service du financement de la relance économique.

Ce levier partait d’un constat de faible recours au marché des capitaux des entreprises, et particulièrement des petites et moyennes entreprises (PME) qui forment l’essentiel du tissu économique marocain.

Nous avons ainsi placé le financement des PME par le marché au cœur de nos priorités pour les années 2022 et 2023, en ciblant plusieurs axes d’intervention. Le premier axe porte sur le développement d’une offre diversifiée de produits de financement par le marché, un second axe vise l’amélioration de l’attractivité du marché par la mise en place d’un cadre réglementaire flexible en ligne avec les meilleurs standards internationaux.

C’est ainsi que nous avons accompagné le ministère de l’Economie et des finances dans l’amendement du cadre légal relatif au capital-investissement, qui représente une réelle alternative de financement pour les PME qui peuvent ainsi renforcer leurs fonds propres en préservant, voire améliorant leurs capacités d’endettement. Afin que ce véhicule joue pleinement son rôle dans le financement de la relance économique et dans l’accompagnement du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, la nouvelle loi a introduit un régime spécifique pour les OPCC réservés à des investisseurs avertis, dits investisseurs professionnels. Le nouveau régime permettra ainsi aux OPCC d’attirer une cible plus importante d’investisseurs, mais également d’adapter plus aisément leur fonctionnement aux besoins desdits investisseurs et des entreprises à financer.

La nouvelle loi, telle que présentée et approuvée par le Conseil de gouvernement, offre aujourd’hui une meilleure lisibilité et permettra une meilleure réponse aux besoins d’accompagnement et de financement des PME.

Nous œuvrons à la mise en place d’un cadre réglementaire moderne et flexible, permettant l’émergence d’instruments adaptés à la réalité de notre marché.

– Les banques jouent également ce rôle de financement. Comment allez-vous faire converger les efforts pour assurer que ce moyen de financement dit ‘classique’ ne nuise pas à vos ambitions d’accompagnement du secteur ? 

– La priorité pour nous aujourd’hui est que les entreprises trouvent les financements nécessaires à leur activité.

Notre approche vise donc à soutenir le développement et le recours aux modes de financement offerts par le marché des capitaux tels que la dette privée, les introductions en bourse ou les instruments dits alternatifs, tels les OPCC, les OPCI ou les fonds de titrisation.

Pour cela, nous œuvrons à la mise en place d’un cadre réglementaire moderne et flexible, permettant l’émergence d’instruments adaptés à la réalité de notre marché, et qui trouveront leur place dans les portefeuilles de financement des entreprises et dans les stratégies de placement des investisseurs. Ainsi, le recours au capital-investissement (via les OPCC) permet aux entreprises de renforcer leurs fonds propres, d’améliorer leur capacité d’endettement et, partant, de pouvoir envisager plus sereinement des projets de développement et de croissance. Les fonds de capital-investissement apportent également aux entreprises un appui en termes de gestion et de gouvernance. Pour les investisseurs à long terme, les fonds de capital-investissement offrent des alternatives aux produits de placement traditionnels et des sources de performance additionnelle.

Au-delà de nos missions de régulation et de supervision, nous accordons également une grande importance aux actions d’accompagnement et de promotion des instruments nouvellement introduits sur le marché des capitaux, qu’il s’agit de faire connaître et dont il faut expliquer le fonctionnement pour y faire adhérer les entreprises et nous assurer de leur bonne compréhension par tous. Et c’est là un axe où les CIF seront appelés à jouer un rôle clé, aussi bien auprès des entreprises que des investisseurs. 

 

– Une nouvelle catégorie d’OPCC a également été créée avec des règles de fonctionnement assouplies. Qu’est-ce qui change concrètement afin de susciter davantage l’engouement des épargnants ?

– L’amendement de la loi relative aux OPCC, tel qu’adopté par le Conseil de gouvernement en date du 8 mars, entre dans le cadre des actions visant à consolider le rôle du capital-investissement dans le financement de l’économie et l’accompagnement du développement des entreprises, ainsi qu’à soutenir l’opérationnalisation du Fonds Mohammed VI dont le cadre légal a prévu la mise en place de fonds sectoriels et thématiques pouvant prendre la forme d’OPCC.

L’objectif de l’amendement était ainsi d’améliorer le cadre existant, en y apportant plus de flexibilité, à l’instar des juridictions où le capital-investissement connaît un essor significatif et parvient à attirer les investisseurs internationaux. Le projet de loi a introduit une nouvelle catégorie d’OPCC à règles de fonctionnement allégées (OPCC-RFA) réservée à une nouvelle catégorie d’investisseurs, à savoir les investisseurs professionnels.

Les OPCC-RFA bénéficieront d’un processus d’autorisation assoupli et disposeront de marges de manœuvre suffisantes pour s’adapter aux besoins des investisseurs, notamment étrangers qui sont habitués à ce type d’instruments, et des entreprises investies. En outre, en élargissant la notion d’investisseur qualifié, consacrée par les textes législatifs en vigueur, à celui d’investisseur professionnel, ce nouveau cadre permettra de mobiliser davantage l’épargne privée en vue de l’orienter vers le financement de l’économie et l’amélioration de la compétitivité des entreprises marocaines.

 

– Concernant le nouveau cadre régissant les OPCVM, qui permettra de s’adresser à un nombre plus important d’investisseurs, quelles sont les caractéristiques des nouveaux produits qui paraîtront, et en quoi ces derniers seront-ils plus attractifs ? 

– Bien qu’elle ait permis un développement remarquable de l’activité de gestion d’OPCVM au Maroc, avec un encours sous gestion à fin 2022 de 500 milliards de dirhams, la législation régissant les OPCVM est ancienne – elle date de 1993 – et présente des freins certains à l’innovation.

Ainsi, le ministère des Finances, accompagné dans ce projet par l’AMMC, a entamé l’amendement de cette législation, amendement dont le stade avancé de réalisation permet d’espérer l’adoption d’un nouveau corpus législatif et réglementaire applicable aux OPCVM dès cette année.

Ce projet d’amendement fait la part belle à l’innovation puisqu’il permettra, notamment, la création d’OPCVM cotés en bourse ou « ETF », d’OPCVM de finance participative, d’OPCVM « RFA » (règles de fonctionnement allégées) réservés aux investisseurs avertis et d’OPCVM en devises. De plus, la nouvelle loi élargira l’univers d’investissement accessible aux OPCVM, en autorisant ces derniers à s’exposer au marché immobilier via l’investissement en OPCI et aux instruments du marché à terme, permettant ainsi une plus grande variété et sophistication des stratégies d’investissements, des plus simples aux plus complexes.

Nous sommes convaincus que ces nouveautés, de par la diversité tant des solutions de placements qu’elles permettent que des canaux d’investissements qu’elles autorisent, sont de nature à répondre aux objectifs et contraintes de placements d’un plus grand nombre d’investisseurs et à inciter de nombreux épargnants, pour l’heure peu présents sur le marché des capitaux, les ménages et investisseurs individuels notamment, à investir en OPCVM.

 

– Parmi les grands chantiers à mener en 2023, l’AMMC compte rendre opérationnels les fonds de dette. Quels types de fonds pourront financer les entreprises ? Comment ce mécanisme sera-t-il mis en place ? 

– Comme je l’ai rappelé plus tôt, notre plan stratégique 2021-2023 est guidé par la vision d’un marché des capitaux au service du financement de l’économie et, pour cela, nous avons prévu plusieurs axes d’intervention dont je citerai : l’axe réglementaire visant à asseoir un cadre moderne et flexible, à même d’accompagner les besoins et les évolutions du marché ; et l’axe innovation qui porte sur l’opérationnalisation d’instruments financiers innovants, permettant de doter le marché d’une offre complète d’outils de financement et d’investissement, sans parler des instruments de gestion et de couverture des risques.

Parmi les innovations inscrites dans nos priorités de l’année 2023 figurent les « fonds de dette », dont le cadre réglementaire a été complété en 2022, à la suite de la publication au Bulletin officiel de l’arrêté de la ministre de l’Economie et des finances encadrant les opérations d’octroi de financement par les fonds de titrisation.

Ces fonds s’inscrivent dans la continuité des autres instruments de financement par le marché, tels les obligations et les titres de créance négociables. Ainsi, une entreprise qui souhaite diversifier ses sources de financement peut désormais obtenir un prêt auprès d’un fonds de titrisation sous certaines conditions. Parmi ces conditions figure l’utilisation du prêt pour l’acquisition d’actifs éligibles, au sens de la loi 33-06 relative à la titrisation, ou la réalisation d’un investissement, et ce, dans un objectif de sécurisation du fonds. Un besoin de trésorerie ou de fonds de roulement ne peut pas être financé par un fonds de titrisation.

Le cadre réglementaire prévoit également des obligations additionnelles de moyens pour les établissements gestionnaires pour l’identification, la mesure et le suivi des risques portés par le « fonds de dette » et pour le recouvrement des financements accordés, tout en laissant la voie ouverte à une possible externalisation de ces fonctions.

Comme annoncé lors de la présentation de nos priorités pour l’année 2023, nous accompagnerons le marché dans l’opérationnalisation des « fonds de dette » en clarifiant davantage le mode opératoire de ces nouveaux instruments par le biais de procédures et recommandations.

Par ailleurs, je souhaiterais ajouter que, en sus des « fonds de dette » introduits par la loi sur la titrisation, le projet de loi modifiant et complétant la loi relative aux OPCC ouvre également la voie à la création de « fonds de dette » prenant la forme d’OPCC à règles de fonctionnement allégées. En effet, afin de permettre à ces derniers d’intervenir sous la forme la plus adaptée aux besoins des entreprises ou projets financés, l’amendement leur a donné la possibilité d’octroyer des prêts. Ceci permettra de mettre à la disposition des opérateurs économiques un nouvel outil qui viendra compléter la gamme de solutions de financement alternatif offertes par le marché des capitaux.

 

– En début d’année, une forte hausse des taux sur le marché obligataire a été observée, créant la panique chez les gestionnaires de portefeuille. L’écosystème était néanmoins conscient des limites de fixation des taux. Ce modèle a été amélioré. Quels sont les paramètres qui ont changé dans la manière de fixer les taux, et pourquoi la correction a-t-elle été faite aussi rapidement, et non par palier ?

– Les pressions inflationnistes observées au cours de l’année 2022 ont entraîné des tensions sur les marchés obligataires mondiaux, auxquelles le marché marocain n’a pas échappé. Ainsi, des hausses de taux ont été observées tout au long de l’année 2022, mais ont principalement concerné les titres à court terme. La correction sur les maturités moyennes à longues, moins liquides sur le marché, ne s’est produite qu’en début d’année, impactant négativement les valorisations des portefeuilles obligataires.

Les gestionnaires de portefeuille ont dû gérer cet épisode et accompagner leur clientèle dans l’adoption des stratégies les plus adaptées à leurs profils d’investisseurs. Il faut rappeler que la hausse des taux, en augmentant les rendements des placements en titres de créances, devrait rendre les OPCVM obligataires plus attractifs à l’avenir.

Aujourd’hui, la hausse des taux a été intégrée par le marché, et l’actif net des OPCVM connaît une reprise depuis le début de l’année, avec un accroissement de près de 10 milliards de dirhams.

Concernant la courbe des taux de référence des bons du Trésor, l’AMMC œuvre, en accord et en partenariat avec les autres membres d’un comité ad hoc ayant pour mission le suivi de cette courbe, à une amélioration continue de ses règles de construction afin d’en améliorer la fiabilité et la représentativité, et permettre ainsi une juste valorisation de leurs portefeuilles obligataires par les investisseurs. Tout ajustement de ces règles ne saurait être apporté de manière graduelle puisqu’une courbe de taux se doit, en tant qu’indicateur des conditions de marché, de refléter à tout moment de manière fidèle lesdites conditions.

Fruit des travaux menés de manière concertée et collégiale par les membres dudit comité, un nouveau modèle de construction de cette courbe de référence plus robuste et plus efficace a été élaboré. Cette nouvelle méthodologie, qui se base sur des données plus fiables, a été rendue publique par les membres du comité précité le 20 mars, et est entrée en application dès le lendemain.