Maroc-Russie : un comité de travail pour approfondir la coopération

Le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a eu un entretien, jeudi 16 octobre à Moscou, avec son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Cette rencontre s’inscrit dans le sillage du Partenariat stratégique approfondi, conclu entre le Roi Mohammed VI et le Président Vladimir Poutine en mars 2016.

Les deux ministres ont salué « l’impulsion donnée par les deux chefs d’État, dont la vision continue de nourrir et d’orienter ce partenariat en plein essor ». Ils se sont félicités de la qualité de leurs échanges et de la dynamique de dialogue et de coopération qui caractérise les relations maroco-russes.

Ils ont réaffirmé leur volonté commune d’élever ces relations à un niveau supérieur, à la mesure des attentes et du potentiel existant entre les deux pays.

Identifier de nouveaux axes de coopération

L’entretien a ainsi permis d’examiner en profondeur les moyens de développer davantage les liens bilatéraux, en exploitant pleinement leur potentiel et en capitalisant sur l’amitié historique et la coopération fructueuse qu’ils ont consolidées.

Concrètement, les deux ministres ont procédé à la signature d’un mémorandum d’entente portant création d’un comité de travail russo-marocain entre leurs départements des Affaires étrangères. Cette instance aura pour mission de dresser le bilan du partenariat et de formuler des propositions en vue d’identifier de nouveaux axes de coopération à forte valeur ajoutée, afin d’approfondir les relations bilatérales et de les projeter résolument vers l’avenir.

Les deux ministres ont convenu, en outre, de maintenir un dialogue politique régulier et d’assurer un suivi conjoint des accords conclus, en vue d’insuffler un nouvel élan à la coopération et au partenariat stratégique entre le Maroc et la Russie.

Par ailleurs, les deux ministres ont abordé les questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment en Afrique du Nord, dans la région du Sahel et au Moyen-Orient.

Ces entretiens s’inscrivent dans le cadre du dialogue continu et des contacts réguliers entre les deux ministres, aussi bien au Maroc et en Russie, qu’en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Durant son séjour à Moscou, Nasser Bourita copréside également, avec le vice-Premier ministre russe, Dmitri Patrouchev, les travaux de la 8e session de la Commission mixte de coopération entre les deux pays.

Maroc-Russie : nouvelle rencontre entre l’ambassadeur Lotfi Bouchaara et Mikhaïl Bogdanov

Au cours de cet entretien, les deux parties ont abordé « les questions d’actualité liées au développement progressif des relations traditionnellement amicales entre la Russie et le Maroc », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Il a également été question du maintien d’un dialogue politique régulier sur la situation dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, « sur la base des principes fondamentaux du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU », a poursuivi le ministère russe.

Sahara. Lavrov semble s’éloigner des positions tranchées de l’Algérie

Le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé lors du point presse que la Russie joue un rôle actif dans l’accompagnement du Maroc pour résoudre certains défis, notamment celui du Sahara.

« Moscou et Rabat ont de bonnes perspectives de coopération », a-t-il déclaré, ajoutant que « le Maroc est un pays ami ».

« Nous avons de bons projets. Nous aidons les Marocains à résoudre les problèmes qui relèvent de la compétence du ministère des Affaires étrangères, en premier lieu le problème du Sahara« , a précisé Sergueï Lavrov.

Abordant la dimension historique de ce dossier, le chef de la diplomatie russe a rappelé que cette question figure à l’agenda international depuis plusieurs décennies. « Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé il y a environ quarante ans qu’il était nécessaire de résoudre le problème de l’appartenance au Sahara par l’autodétermination du peuple sahraoui », a-t-il souligné.

Cependant, il a noté qu’après tout ce temps, « rien n’a bougé. »

Sergueï Lavrov a également évoqué la décision prise par les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara. « L’administration américaine, sous l’égide de Donald Trump, a simplement décrété que le Sahara fait partie du Maroc », a-t-il rappelé.

Pour Lavrov, une telle approche unilatérale ne peut qu’aggraver les tensions à long terme. « Résoudre de telles questions de manière unilatérale ne fait que semer une tempête qui, après un certain temps, va sûrement éclater à nouveau », a-t-il averti.

Il a insisté sur la nécessité de trouver des consensus. « Nous devons trouver des accords mutuellement acceptables », a-t-il déclaré en paraphrasant les résolutions onusiennes, ajoutant : « Nous savons à quel point cela est important pour le Maroc. Nous essayerons de l’aider de toutes les manières possibles, mais le problème ne peut être résolu que sur la base d’un accord mutuel et non en imposant quelque chose à l’un des côtés ».

Les actes avant les paroles

Dans sa déclaration, Sergueï Lavrov semble toujours adhérer à la thèse algérienne du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».

Cependant, au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, la position de la Russie verse plutôt du côté du plan d’autonomie marocain. Lors des discussions précédant le vote de la résolution onusienne sur le Sahara, en octobre dernier, l’Algérie, en tant que membre du Conseil pour la période 2024-2025, a tenté d’introduire deux amendements supposés renforcer la défense des droits de l’Homme. Ces propositions ont été rejetées, avec une abstention de la Russie.

De plus, le plan d’autonomie proposé par le Maroc s’inscrit pleinement dans le cadre du principe onusien de l’autodétermination des peuples. En réalité, ce plan constitue même l’une des expressions concrètes de l’exercice de ce droit, offrant une solution pragmatique et consensuelle à ce différend artificiel.

Aujourd’hui, le débat au sein de la communauté internationale est arrivé à un stade avancé, car il est clair qu’il ne portera plus sur la légitimité du plan d’autonomie, mais plutôt sur la forme d’application que prendra ce plan dans les provinces du sud du Royaume.

En d’autres termes, Lavrov n’a pas évoqué le référendum comme le fait l’Algérie. Le plan marocain d’autonomie s’impose désormais dans les débats et prises de position internationales.

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Céréales : signature à Casablanca d’un nouveau protocole d’accord entre les importateurs marocains et les exportateurs russes

Selon les sources de Médias24, cette rencontre a eu lieu dans un palace de Casablanca en présence de l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie auprès du Royaume du Maroc, Vladimir Baibakov.

Des rencontres B2B ont eu lieu en marge de cette réunion impliquant plus de 30 importateurs marocains et les représentants de grandes entreprises russes regroupées au sein de l’Union des exportateurs de céréales, une organisation qui fédère 37 producteurs et exportateurs.

Il a aussi été question d’aspects pratiques liés à la poursuite du travail en commun initié depuis plusieurs années.

À l’issue de cette rencontre, affirment nos sources, le président du conseil d’administration de l’Union des exportateurs de céréales, Eduard Zernin, et le président de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), Omar Yacoubi, ont signé un protocole d’accord posant une base solide pour la poursuite et le renforcement des importations des céréales russes par le Maroc.

Nous reviendrons plus tard sur les détails de ce protocole d’accord.

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Nasser Bourita s’entretient à Sotchi avec son homologue russe Serguei Lavrov

Cette rencontre, qui a eu lieu en marge de la 1ère Conférence ministérielle du Forum de Partenariat Russie-Afrique, a été l’occasion de discuter des questions bilatérales et d’échanger les vues sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.

Les relations riches et anciennes entre le Maroc et la Russie sont portées par le partenariat stratégique approfondi lancé par le Roi Mohammed VI et le président russe Vladimir Poutine, à l’occasion de la visite royale historique à Moscou en 2016.

La relation entre le Maroc et la Russie est marquée notamment par un dialogue régulier à haut niveau. Outre la rencontre de Sotchi, M. Bourita et son homologue russe se sont entretenus, le 27 septembre dernier, en marge de la 79e session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, à New York. Ils ont également eu des entretiens, le 21 décembre 2023, en marge des travaux du 6e Forum de coopération Russie-Monde Arabe, tenu à Marrakech.

(Avec MAP)

Accord de pêche Maroc-Russie : la décision de prorogation est antérieure au verdict de la CJUE

Sur le dossier de la pêche, le Maroc n’est pas dans une logique de réaction dans ses relations avec ses partenaires. L’accord signé avec la Russie, devant expirer fin octobre 2024, a été prorogé bien avant le verdict de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui invalidait les accords agricole et de pêche entre le Royaume et l’UE, apprend Médias24 de sources sûres.

« Les deux pays n’allaient pas attendre l’approche de la date fatidique de fin octobre pour examiner la question », indiquent nos sources qui affirment qu’un échange de visites a eu lieu, de manière intensive, lors des dernières semaines du mois de septembre. Et les deux pays réfléchissent déjà à l’après 2024.

« Un autre accord d’au moins 4 ans est pratiquement acquis, mais notre souhait est de déboucher sur une plus longue période », affirme une source russe sûre.

L’accord actuel, donc en vigueur jusqu’à fin décembre, a été signé par les deux pays en date du 14 septembre 2020.

Il prévoit le versement d’une contribution annuelle au Maroc de l’ordre de 7 millions de dollars et est entouré de plusieurs conditions imposées à la flotte russe autorisée à pêcher dans la zone économique atlantique, y compris au large du Sahara.

Le quota annuel ne doit pas dépasser les 140.000 tonnes et est constitué essentiellement de sardines et sardinelles (23%), de maquereaux, chinchards et anchois (75%) et de prises diverses (2%).

Chaque bateau de pêche russe est en plus obligé de payer une licence et de verser une redevance équivalente à 17,5% de la valeur marchande de ses prises de poisson, en plus de l’obligation d’employer au moins 16 pêcheurs marocains par embarcation.

Préparatifs en cours pour le Forum arabo-russe prévu le 20 décembre à Marrakech

S’exprimant lors d’une réunion de coordination dudit forum, les Représentants permanents ont exprimé le souhait que la réunion de Marrakech soit une opportunité pour promouvoir la coopération arabo-russe à des horizons plus larges.

La réunion a examiné les préparatifs en cours, en vue de la tenue de la 6e édition du Forum arabo-russe, ainsi que le projet du communiqué final et le plan d’action qui devraient être adoptés lors de cette session.

Le Forum arabo-russe vise essentiellement à renforcer les liens de partenariat entre les pays arabes et la Russie, a indiqué à cette occasion le secrétaire général adjoint de la Ligue arabe, chargé des affaires politiques internationales, Khaled Minzlawi, rappelant que le Forum a été lancé en 2013 en vertu du mémorandum de coopération signé en 2009 entre le ministre russe des Affaires étrangères et le Secrétaire général de la Ligue arabe.

(Avec MAP)

La Corée du Sud discute d’accords de partenariat économique avec sept pays, dont le Maroc

La Corée du Sud est en phase de pourparlers pour signer un Accord de partenariat économique (APE) bilatéral avec 7 pays :  le Maroc, le Kenya, la Tanzanie, la Thaïlande, le Pakistan, la Serbie et la République dominicaine, rapporte l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

L’APE est conçu pour tisser des liens commerciaux bénéfiques avec des pays partenaires, allant au-delà d’une simple libéralisation des marchés, poursuit la même source.

« Ces sept pays, dotés d’un fort potentiel de croissance, offrent d’importantes opportunités de collaboration gagnant-gagnant avec la Corée du Sud », a souligné dans ce sens, Roh Keon-ki, vice-ministre des Négociations commerciales à Séoul.

« Ces nations peuvent constituer des pivots stratégiques permettant à la Corée du Sud d’étendre son réseau commercial à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté.

Le marché marocain suscite également l’intérêt de la Russie. En effet, le président Vladimir Poutine a déclaré le 2 août dernier que la Russie préparait des accords commerciaux avec plusieurs pays africains dont le Maroc, l’Égypte, l’Algérie et la Tunisie.

« Nous préparons des accords sur une zone de libre-échange avec le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et l’Algérie. C’est toute l’Afrique du Nord. Il y a beaucoup plus de points de développement sur le continent et il y a des pays très intéressants », avait indiqué le chef d’État russe lors d’une rencontre avec des membres du gouvernement.

Vladimir Poutine a souligné la nécessité d’exploiter les liens politiques étroits avec l’Afrique pour renforcer les relations commerciales. Évoquant le récent sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, il a insisté : « Le sentiment d’amitié est réciproque entre nous et l’Afrique. Nous devons convertir cette confiance politique en collaborations économiques fructueuses. »

Le Sommet Russie-Afrique au centre d’un entretien russo-marocain

« Lors de cette rencontre, les deux parties ont discuté de questions d’actualité concernant le développement progressif des relations traditionnelles d’amitié russo-marocaines, y compris le maintien d’un dialogue politique actif sur des questions régionales d’intérêt mutuel », précise un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères.

Les discussions ont également porté sur le prochain Sommet Russie-Afrique, qui doit se tenir du 27 au 29 juillet à Saint-Pétersbourg, indique-t-on de même source.

Les importations marocaines de gasoil russe n’ont pas dépassé les 9% du volume global (Baitas)

Lors d’un point de presse à l’issue du Conseil de gouvernement, ce jeudi 2 mars 2023, Mustapha Baitas, ministre délégué auprès du chef du gouvernement, chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, a indiqué que les importations marocaines de gasoil en provenance de Russie, lors des trois dernières années, ont certes connu des fluctuations, mais n’ont pas dépassé 9% du volume global de gasoil importé.

En 2020, ces exportations atteignaient 9%, alors qu’en 2021, elles étaient de 5%, avant de s’établir à 9% en 2022. Cette intervention fait suite à la thèse développée par le Wall Street Journal, selon laquelle, en janvier 2023, les importations marocaines de diesel russe ont atteint 2 millions de barils contre 600.000 barils pour l’ensemble de l’année 2021. 

Par ailleurs, Mustapha Baitas a indiqué que si le gouvernement a maintenu l’importation de charbon russe, c’est parce qu’elle « contribue à maîtriser la facture de production d’électricité nationale ». En outre, le porte-parole du gouvernement a confirmé que le prix moyen du gasoil au Maroc était soumis à la loi de l’offre et de la demande dans un marché libre, entraînant une certaine convergence des prix.

 

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Le Maroc et la diversification décomplexée des partenaires stratégiques

C’est une véritable prouesse diplomatique et stratégique que réalise le Maroc ces dernières années. Au moment où le monde se divise en deux camps, comme du temps de la guerre froide, entre un camp occidental mené par les États-Unis et un deuxième camp mené par la Chine et la Russie de Vladimir Poutine, le Royaume apparaît comme l’un des rares pays africains à pouvoir dealer avec les deux. Sans s’aligner complètement sur leurs thèses, sans favoriser un camp contre l’autre, gardant un équilibre raisonné, avec comme seuls ligne et objectif : la défense de ses intérêts stratégiques.

Ami traditionnel de l’Europe occidentale, la France et l’Espagne notamment, qui sont ses deux partenaires historiques en termes d’échanges commerciaux, humains, culturels et d’IDE, ainsi que dans la réalisation de grands projets, Rabat a su, en seulement quelques années, se redéployer sur la carte mondiale comme un pays ouvert à toutes les sensibilités, du moment que les intérêts convergent.

Aujourd’hui, au fil de l’actualité et des annonces qui se multiplient, on voit le Maroc passer des États-Unis, avec qui il vient de renouveler son partenariat stratégique sur de grands projets de défense, de coopération militaire ; à Israël, une relation jusqu’alors taboue mais qui aboutit, depuis la signature des accords d’Abraham en décembre 2020, sur des partenariats stratégiques en matière de défense, d’industrie d’armement, de coopération technologique, industrielle, touristique, agricole, culturelle… Le tout en dealant (en même temps) avec l’ensemble des pays arabes (ou presque), et avec la Chine, puissance avec laquelle un grand partenariat industriel a été scellé via le projet Tanger Tech, cette méga-zone industrielle nouvelle génération en cours d’achèvement, où les industriels de l’Empire du milieu installeront une base arrière dans l’espace méditerranéen pour cibler aussi bien le marché européen que le marché africain.

La Russie ne perçoit pas le Maroc comme un adversaire

Et ce n’est pas tout : en pleine guerre ukrainienne, où la Russie est présentée par l’Occident comme LE pays « toxique » avec lequel il faut couper les ponts (au risque de subir les foudres des Américains et des Européens), le Maroc continue de commercer avec Moscou, lui fournissant, comme d’habitude, fruits et légumes, secteur où les deux pays échangent depuis de longues années. Et fait qui a surpris plus d’un : l’annonce, mercredi dernier, par des médias russes, dont l’agence TASS, de la conclusion entre Rabat et Moscou d’un accord de coopération nucléaire à des fins civiles qui doit déboucher, entre autres, sur la construction d’une centrale nucléaire dans la région d’Agadir.

Une information qui est tombée au moment même où le Maroc votait aux Nations unies contre l’annexion par la Russie de quatre territoires ukrainiens ! Comprenez : le Maroc, par principe opposé à tout projet d’annexion dans le monde, maintient sa ligne diplomatique, malgré ce (grand geste) du Kremlin pour la réalisation des ambitions marocaines dans le nucléaire civil.

Une nouvelle à prendre avec des pincettes toutefois ; le Maroc ayant été surpris, selon le journal espagnol El Confidencial, par cette annonce russe, qui n’est autre, rapporte-t-il, que la ratification d’un accord signé en 2017 entre Rabat et Moscou. La publication, qui cite des sources diplomatiques, avance la thèse d’une énième manœuvre diplomatique russe. « La réactivation de ce mémorandum est une tentative du Kremlin d’essayer de montrer que, malgré la guerre, il est capable de continuer à développer sa coopération, même avec des pays comme le Maroc, considérés comme plus proches de l’Occident », peut-on lire dans El Confidencial, qui estime toutefois que le scénario d’une coopération russe avec le Maroc dans le domaine nucléaire serait impossible à concrétiser dans les circonstances actuelles.

Ceci est la lecture d’un journal espagnol. Cette version se tient, si l’on en suit la logique, mais la symbolique de l’approbation par la Russie de cet accord négocié en 2017 avec les Marocains reste forte : le Royaume, malgré son tropisme occidental, n’est pas vu par la Russie comme un adversaire, un « aligné ». Et au Maroc, les élites se délectent de cela. Comme le signale El Confidencial, les autorités ne prendront certainement pas leurs distances avec cette annonce de Moscou (aucune réaction officielle n’a été faite à ce jour), la Russie jouant un rôle crucial au sein du Conseil de sécurité dans la résolution de l’affaire du Sahara, surtout à l’approche du vote, à la fin de ce mois d’octobre, d’une nouvelle résolution pour le renouvellement pour une année de la mission de la Minurso. L’année dernière, l’ambassadeur de Russie à l’ONU s’était abstenu… Que fera-t-il cette année ? Difficile de le savoir, mais son vote sera très attendu et donnera de nouvelles clés de lecture sur l’équilibre géopolitique créé par le Maroc dans ce contexte de division mondiale et de retour des alignements étatiques…

Grands projets : quand le Maroc fait jouer la concurrence

Autre signal très scruté par les Marocains : les projets de lignes à grande vitesse, dont la première ligne (Casablanca-Tanger) avait été accordée sans appel d’offres à la France. Ici, il n’y a pas lieu de spéculer comme nous le dit un haut responsable patronal, contacté par Médias24.

« Ce projet concentre tous les regards. Il montrera une fois pour toutes la nouvelle direction prise par le Maroc dans ses relations internationales, surtout dans leur volet économique. Je ne pense pas qu’il y ait une volonté d’écarter la France, qui a un grand savoir-faire dans le domaine, mais le Maroc va faire jouer la concurrence. Les entreprises françaises peuvent de toute évidence gagner l’appel d’offres. Mais elles auront une rude concurrence. Que le meilleur gagne… », décrypte notre source, selon laquelle Rabat est clairement sorti du schéma de « chasse gardée de la France » dans les grands projets d’infrastructures, d’équipements et autres…

Pour notre source, ce raisonnement s’applique déjà dans de grands projets, comme le dessalement d’eau de mer ou les énergies renouvelables, où le pays va lancer des investissements massifs sur les prochaines années. « Avant, à chaque fois que le Maroc avait un grand projet à réaliser, on regardait systématiquement ce qui se faisait en France, on prenait contact avec des entreprises françaises car il y avait une certaine facilité dans le contact, du fait de l’histoire qui lie les deux pays. Mais depuis quelques années, il y a un changement de mindset, y compris dans l’administration. Nos responsables ne voient plus systématiquement du côté de la France, mais tentent de chercher de nouveaux partenaires, de s’ouvrir à de nouvelles technologies, à une nouvelle manière de faire. Mais sans extorsion dans le marché, car c’est le jeu de la concurrence qui décide à la fin. »

« Un procédé irréprochable », commente notre source, en comparaison avec les politiques menées par plusieurs pays africains, qui nouent de nouvelles alliances au détriment d’autres, plus anciennes. Sans y mettre la forme.

Un nouveau dogme posé par le Roi à Riyad en avril 2016

Et il faut dire que cette diversification décomplexée et rationnelle que mène actuellement le Maroc, qui n’est pas sans rappeler l’époque des non-alignés, ne tombe pas de nulle part. Il s’agit d’un dogme diplomatique nouveau, formulé par le Roi à plusieurs reprises dans ses discours, mais dont le fondement a été posé à Riyad le 20 avril 2016, à l’occasion du sommet Maroc-Pays du Golfe.

Après une visite en Inde en octobre 2015, où le Roi avait participé pour la première fois au sommet Inde-Afrique qui s’est tenu à New Delhi, puis une tournée réalisée début 2016 en Europe de l’Est – République tchèque, Hongrie, mais surtout Russie, où Rabat et Moscou avaient scellé un partenariat stratégique dans plusieurs domaines -, le Roi avait exprimé devant les princes et rois du Golfe un discours qualifié de « révolutionnaire » et qui, six ans plus tard, n’a pas pris une ride…

Ces morceaux choisis du discours royal sont à ce titre édifiants et montrent comment toutes les dynamiques géopolitiques actuelles étaient à l’œuvre depuis plusieurs années déjà :

« Nous respectons la souveraineté des Etats et respectons leurs choix et leurs orientations pour établir et développer leurs relations avec les partenaires qu’ils veulent. Nous ne sommes pas ici pour demander, les uns aux autres, des comptes sur nos choix politiques et économiques. »

« Il y a cependant de nouvelles alliances qui risquent de conduire à des divisions et à une redistribution des cartes dans la région. Ce sont, en réalité, des tentatives visant à susciter la discorde et à créer un nouveau désordre n’épargnant aucun pays, avec des retombées dangereuses sur la région, voire sur l’état du monde. »

« Pour sa part, tout en restant attaché à la préservation de ses relations stratégiques, le Maroc n’en cherche pas moins, ces derniers mois, à diversifier ses partenariats, tant au niveau géopolitique qu’au plan économique. »

« Et c’est dans ce cadre que s’inscrit notre visite réussie en Russie, le mois dernier, visite marquée par le développement de nos relations hissées au niveau de partenariat stratégique approfondi et par la signature d’accords structurants dans de nombreux domaines vitaux. »

« Nous nous acheminons également vers le lancement de partenariats stratégiques avec l’Inde et la République populaire de Chine, où nous nous rendrons en visite officielle bientôt, si Dieu le veut. »

« Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix, et n’est la chasse gardée d’aucun pays. Il restera fidèle à ses engagements à l’égard de ses partenaires, qui ne devraient y voir aucune atteinte à leurs intérêts. »

« C’est dire que la tenue de ce Sommet n’est dirigée contre personne en particulier, surtout parmi nos alliés. C’est une initiative naturelle et logique de la part d’Etats qui défendent leurs intérêts, comme le font tous les Etats… »

Ces mots prononcés par le souverain devant ses homologues des pays du Golfe sonnaient à l’époque comme une sorte de grand virage dans les relations diplomatiques du Maroc, confirmé quelques jours plus tard par la visite du souverain, le 10 mai 2016, en Chine, où il a scellé un partenariat stratégique global avec le président Xi Jinping. Mais surtout par le grand retour au sein de l’Union africaine en 2017, où le Maroc se positionne depuis comme un acteur de référence, aussi bien dans le développement Sud-Sud que dans les relations triangulaires entre l’Afrique et le reste du monde.

Une doctrine nouvelle qui n’est pas restée au stade théorique, le monde et les Marocains ayant constaté ses retombées réelles lors de la pandémie de Covid-19, durant laquelle cette diversification des partenaires avait permis au Royaume de gérer au mieux la crise, les pénuries, s’affichant comme l’un des grands gagnants de la guerre des vaccins qui faisait rage à l’époque. Une mise en application qui se poursuit malgré les bouleversements géopolitiques dans le monde, sans complexes, en toute rationalité et sans grand bruit…

Certains amis traditionnels, comme l’Espagne et l’Allemagne, ont eu du mal à l’accepter au départ, mais ont fini par comprendre cette nouvelle « personnalité » que se construit le Maroc, décidant de l’accompagner, de faire avec… D’autres restent toujours dans l’expectative ou essaient de contrecarrer la dynamique. Mais le pragmatisme, devenu le mot d’ordre de la diplomatie du pays, finira certainement par l’emporter. Car finalement, ce ne sont que les intérêts qui priment dans les relations internationales. S’ils sont convergents, c’est encore mieux.

Le nouvel ambassadeur russe a présenté à Bourita les copies figurées de ses lettres de créance

Lors de cette rencontre, Vladimir Baybakov a présenté à Nasser Bourita les copies figurées de ses lettres de créance en sa qualité d’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie auprès du Roi Mohammed VI.