Focus sur les deux méga-projets de la Fondation nationale des musées (photos)

Gérant 22 musées répartis dans plusieurs villes avec des collections couvrant l’histoire, la culture, l’art et l’architecture, la Fondation nationale des musées du Maroc (FNMM) a lancé deux méga-chantiers pour édifier un Musée national de l’archéologie et des sciences de la terre, et un autre dédié à la culture du continent africain.

Sollicité par Médias24, Mehdi Qotbi, qui préside la FNMM, nous expose l’utilité de ces projets avant de revenir sur leur coût et sur l’agenda jusqu’à leur inauguration.

Pourquoi un Musée national de l’archéologie et des sciences de la terre au Maroc ?

Unique en son genre, le projet de création d’un Musée national de l’archéologie et des sciences de la terre combinera dans un même espace deux disciplines majeures, à savoir les sciences de la terre et l’archéologie, qui permettront de retracer l’évolution géologique et humaine du pays.

« Grâce à sa stratigraphie couvrant toutes les périodes géologiques, du précambrien au quaternaire, le Maroc constitue un terrain unique pour comprendre l’évolution de la Terre, car il permet d’explorer des phénomènes majeurs comme les formations des continents et les extinctions massives », déclare le président en insistant sur le fait que ce projet pionnier en Afrique découle d’une volonté royale (photos Médias24).

200 millions de dirhams pour édifier un espace muséal de 25.000 mètres carrés

Situé sur le terrain de l’ancienne ambassade américaine qui surplombe la vallée du Bouregreg, ce musée de 25.000 mètres carrés devrait coûter, selon une source au sein de Rabat-Aménagement requérant l’anonymat, au moins 200 millions de DH, financés par plusieurs départements ministériels.

Mehdi Qotbi souligne que cet espace muséal, le plus grand du continent africain et l’un des plus importants au monde, sera un atout essentiel pour préserver le patrimoine archéologique du Maroc et pour proposer une vision cohérente de l’histoire de l’humanité qui s’est construite dans le Royaume.

Il permettra en effet de relier l’histoire naturelle du territoire aux grandes étapes de son développement humain, tout en soulignant le rôle fondamental du Maroc comme carrefour de civilisations et acteur clé dans l’évolution culturelle et scientifique à travers les âges.

Une plateforme patrimoniale qui sera inaugurée début 2028

Ayant pour vocation de réécrire et d’enrichir l’histoire du Maroc, de la préhistoire aux dynasties islamiques grâce aux récentes découvertes archéologiques, le musée mettra en avant les fossiles humains vieux de 300.000 ans découverts à Jebel Irhoud, qui interrogent sur les origines de l’Homo sapiens.

En outre, dans la grotte de Taforalt, des indices de soins médicaux avancés ont révélé une compréhension préhistorique inédite de la santé, notamment la première chirurgie du crâne. Les recherches sur les villages néolithiques ont, elles, mis en évidence les débuts de la sédentarisation et l’apparition de structures sociales organisées.

Sans compter les sites de Chellah et Lixus remontant à l’antiquité qui ont dévoilé des infrastructures portuaires et commerciales attestant du rôle stratégique du Maroc dans les échanges romains. Par ailleurs, les fouilles à Igiliz, berceau des Almohades, ont révélé aux archéologues une organisation combinant vie spirituelle et gouvernance, marquant le début d’une dynastie influente.

Plateforme pour conserver les fossiles, les vestiges archéologiques et les matériaux géologiques, il contribuera à lutter contre le trafic illicite d’artefacts et aura pour ambition de devenir un modèle de gestion muséale qui devrait être inauguré au début de l’année 2028.

La cité africaine sera édifiée sur un espace historique du Maroc

Sur instruction royales, la Fondation nationale des musées a lancé, durant l’année 2024, les travaux d’une Cité de la culture africaine-Musée du continent, qui devraient coûter plus d’une centaine de millions de dirhams.

Il sera édifié au centre-ville, sur l’emplacement de l’ancien bâtiment de l’état-major de la Marine Royale et précédemment ancien siège d’OCP construit entre 1924 et 1960. Cet espace de 13.202 m2, qui abrite des constructions administratives datant du protectorat, fait partie de la zone inscrite au Patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 2012.

Souhaitant perpétuer sa dimension historique et patrimoniale, la Fondation a choisi d’en faire un complexe culturel qui sera conçu en harmonie et en complémentarité du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain qui lui fait face. À l’intersection du quartier Hassan et du quartier administratif, il est au centre d’un réseau de transport varié comprenant tramway, bus et train.

 

« La porte de l’Afrique nécessitait de construire un musée dédié au continent »

« Sachant que le Maroc a toujours soutenu les identités africaines  et que notre fondation a acquis une expertise qu’elle partage avec les institutions culturelles continentales, cette plateforme de dialogue interculturel s’imposait pour célébrer le génie créatif de l’Afrique et sa contribution inestimable à l’histoire de l’art mondial ». Mehdi Qotbi ajoute que le bâtiment en cours de restauration veillera à conserver les éléments architecturaux d’une grande valeur patrimoniale.

Et de préciser que ce complexe muséal sera composé d’un espace d’accueil, de galeries d’expositions, d’un centre de conservation et de restauration, d’une résidence d’artistes, d’une galerie souterraine reliant la Cité et le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, d’un café-restaurant et, enfin, de plusieurs espaces administratifs, techniques…

L’ouverture de cette Cité de la culture africaine-Musée du continent prévue à la fin 2026 marquera, selon lui, une étape importante dans le rayonnement du Maroc et son affirmation comme l’un des acteurs majeurs du paysage culturel africain.

 

Lutte contre les faussaires : Les propositions des acteurs publics et privés

« L’objectif de cette deuxième réunion pour lutter contre les faux est d’instituer avec nos partenaires professionnels un dialogue pour essayer de trouver des solutions efficaces aux différentes problématiques posées par le phénomène du faux », a déclaré le ministre de la Culture Mehdi Bensaïd avant de présenter ses propositions et celles de la Fondation nationale des musées.

La lutte contre les faussaires passera par un nouvel outil législatif

Et d’ajouter que la problématique de lutte contre les faussaires concerne des tableaux d’artistes connus mais aussi des œuvres du patrimoine national; une problématique qu’il faut dépasser  rapidement pour permettre tout simplement d’avoir un marché marocain qui répond aux attentes des artistes.

Après avoir fini les consultations en cours, on sera fixés pour savoir quelle voie législative le ministère doit choisir à savoir une nouvelle loi, des amendements à apporter aux lois existantes ou un décret.

« Si c’est une loi qui doit passer par le Parlement, le processus prendra du temps mais si on opte pour un décret, cela sera plus rapide », souligne Bensaïd en ajoutant que l’objet de cette réunion est d’échanger entre acteurs publics et privés pour trouver des outils législatifs et juridiques permettant de mettre un terme à ce phénomène.

 « Le droit de suite permettra aux artistes de continuer à vivre de leur ancienne production »

Afin d’aider les artistes à continuer à vivre de leur œuvre vendue une première fois et qui peut prendre de la valeur dans les cessions suivantes, le ministre s’est félicité de la création récente d’un droit intitulé droit de suite qui a été mis en place par le Bureau National des droits d’auteur (BNDA).

Ainsi, à chaque fois qu’un tableau sera revendu par les propriétaires suivants chez un galeriste ou une maison de ventes, l’artiste recevra un montant de la vente qui sera compris entre 5 et 8 %.

Cette procédure qui sera progressivement instaurée par le BNDA leur permettra de percevoir un pourcentage lors des ventes successives de leur œuvre et de profiter de l’augmentation de leur côte à chaque vente comme cela se fait dans plusieurs pays européens.

 « Le plan d’action provisoire du ministère »

Avant de recueillir les propositions des galeristes et des maisons de vente, le conseiller culturel du ministre a énuméré une série de solutions à l’étude pour mettre un terme à ce phénomène:

-Créer une cellule de détection des contrefaçons artistiques à la Fondation nationale des musées avec le contrôle d’agents assermentés,

-Instaurer une procédure particulière d’attestation de l’authenticité d’une œuvre artistique qui précise la méthode de travail de l’expert, les éléments qui doivent être vérifiés, les comparaisons qui doivent être faites, l’historique de l’œuvre …,

-Former les étudiants des instituts des Beaux-Arts dans le domaine de la contrefaçon et de l’expertise artistique,

-Développer la formation en histoire de l’art et l’intégrer dans les universités marocaines,

-Soutenir la réalisation des catalogues raisonnés des artistes marocains,

-Etablir les bases d’une coopération entre les institutions officielles, le ministère de la Culture, la Fondation nationale des musées, les organismes professionnels des artistes, des galeristes et des salles de vente et enfin organiser des rencontres périodiques entre les différents acteurs,

-Renforcer la coopération internationale entre les institutions compétentes afin d’échanger les informations sur les réseaux de faussaire,

-Créer une plateforme numérique à travers laquelle les œuvres d’art originales seront documentées et permettre aux artistes d’enregistrer de leur vivant leurs œuvres d’art et de renseigner toutes les données pour permettre d’échanger des informations sur les œuvres douteuses,

-Alerter les maisons de vente à l’étranger qui vendent des fausses œuvres d’artistes marocains,

-Mettre en œuvre des dispositions dans la loi sur les droits d’auteur notamment le droit de suite en coopération avec l’Office marocain du droit d’auteur et des droits voisins.

 « L’exportation des œuvres marocaines sera autorisée mais imposable »

Au terme d’une réunion avec le ministre du Budget, le président de la Fondation nationale des musées a annoncé que l’exportation des œuvres d’artistes marocains serait désormais autorisée.

Pour faire briller l’image du Maroc, la procédure d’exportation sera simplifiée par un engagement des galeristes à produire une liste des oeuvres à exporter qui sera suivie par le paiement des impôts dus.

« Notre seule inquiétude concerne l’exportation d’œuvres d’art qui appartiennent au patrimoine national et qui doivent rester au Maroc mais tout le reste est exportable », a précisé Mehdi Qotbi qui suggère la mise en place d’une commission réunissant institutions (ministère du budget, douanes …) et professionnels pour arriver à un consensus sur la nécessaire protection du patrimoine national.

« La profession doit créer une association pour parler d’une seule voix »

Au terme de la réunion où tous les acteurs publics et privés ont fait part de leurs propositions, Médias24 a contacté Hicham Daoudi, fondateur de la maison de vente CMOOA qui a jugé nécessaire voire vital de créer une association qui représente les intérêts de tous les acteurs artistiques.

Rappelant que cette idée qui devait s’imposer depuis longtemps sera accélérée par la réunion de ce jour, Hicham Daoudi précise que l’association en question devra regrouper artistes, maisons de vente, galeries et enfin les musées privés pour être en mesure de défendre leurs intérêts d’une seule voix.

« Le barème aberrant des droits de suite doit être revu»

Concernant les droits d’auteur qui ont été évoqués par le ministre, le fondateur de la CMOOA regrette que les opérateurs privés n’aient pas été associés au débat avec le BNDA car « la profession considère que les pourcentages à reverser aux artistes sont aberrants dans certaines tranches ».

« Si nous sommes tous d’accord pour mettre en œuvre un droit de suite qui permettra aux artistes de recevoir une partie du montant de leur œuvre lors des ventes suivantes, les pourcentages proposés représentent le double de ce qui existe en Europe », dénonce Daoudi en ajoutant que cette pratique qui part d’un bon sentiment n’est pas pratiquée dans les pays anglo-saxons.

Rappelant que le droit de suite consiste à partir de la deuxième vente à verser une part comprise entre 4 et 8 % à l’auteur de l’œuvre en question, notre interlocuteur estime préférable de réfléchir à un prix forfaitaire dans le cadre d’un atelier de réflexion pour étudier tous les cas de figure.

« La création d’un centre de référence est une priorité »

Pour revenir aux outils de lutte contre les faussaires, Hicham Daoudi affirme que vraie priorité est de mettre en œuvre un organisme alimenté par les professionnels avec des archives, des catalogues et une bibliothèque d’images pour comparer et mettre en œuvre des expertises graphologique.

« Cette rencontre entre toutes les institutions publiques et privées est déjà un énorme pas mais pour mettre fin au phénomène des fausaires, il faudra d’autres étapes avec des ateliers de travail débouchant sur des décisions collégiales qui engagent les autorités et les professionnels », conclut le fondateur de la CMOOA pour qui cette deuxième réunion ouvre la voie à un plan d’action efficace.

La construction du plus grand complexe muséal d’Afrique a commencé (Qotbi)

« Après avoir enfin obtenu le feu vert de l’UNESCO pour démarrer le chantier de ce complexe muséal qui sera le premier du genre en Afrique, le wali, qui s’est beaucoup engagé dans sa réalisation, m’a annoncé, il y a une quinzaine de jours, avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires et que la construction pouvait commencer », nous déclare Mehdi Qotbi, ajoutant que les camions et pelleteuses sont en piste depuis deux semaines.

Si le Maroc est déjà une incontournable porte d’entrée pour tous les investisseurs de la planète désireux de développer des échanges économiques et commerciaux avec l’Afrique, ce projet initié par le Souverain permettra au Royaume, ajoute notre interlocuteur, de devenir le premier poumon culturel du continent.

Jet Contractors et Karim Chaqor aux manettes

L’entreprise en charge du chantier a été désignée en juillet 2023. Il s’agit de Jet Contractors. Le volet architectural du projet est mené par Karim Chakor.

Le complexe culturel sera adjacent au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI). Il sera composé de plusieurs édifices culturels dont le Musée de Rabat, le Musée du continent africain, regroupant l’art africain dans toute sa diversité, et le Centre de formation et de conservation du patrimoine muséographique dédié aux métiers de la conservation et de la restauration.

Il comprendra également les bureaux de la Fondation nationale des musées ainsi que des ateliers, réserves, archives, locaux techniques, etc.

Par ailleurs, le complexe communiquera par un passage souterrain avec le MMVI, grâce à la mise en place d’une galerie sous l’avenue Moulay El Hassan.

Plan de masse du complexe muséal Rabat – Karim Chakor

Voici les entreprises opérant sur le chantier :

  • La maîtrise d’œuvre : l’architecte Karim CHAKOR et le Bureau d’études techniques TPF PYRAMIDE INGENIERIE.
  • La muséographie : AVESTA GROUP.
  • BET SSI : SEPSI.
  • Le contrôle technique : SOCOTEC MAROC SA.

Ci-après, les images de l’existant, avant transformation.

https://medias24.com/2022/04/27/les-batiments-de-la-fnm-bientot-amenages-en-un-complexe-museal/

Mehdi Qotbi : voici l’impact des faussaires sur le marché de l’art

« La démarche commune du ministère de la Culture et de la Fondation des musées a pour objectif de sauvegarder notre patrimoine artistique et de mettre un terme à la circulation croissante de fausses œuvres », nous déclare Mehdi Qotbi, en ajoutant que cette action ambitionne de rétablir la sécurité des ventes et la réputation des artistes, mise à mal par les agissements illégaux des plagiaires.

Les artistes les plus plagiés

Et d’ajouter que les faussaires arrivent à réaliser des copies d’œuvres picturales d’artistes qu’il est, selon lui, facile de dupliquer, en particulier l’art abstrait.

Devant l’intérêt grandissant de particuliers et d’institutionnels souhaitant étoffer leur collection, est apparu un phénomène de contrefaçon qui cible des artistes marocains vivants, mais aussi et surtout disparus comme Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Chaïbia Talal … ou des étrangers ayant séjourné au Maroc, avant ou pendant le protectorat à l’image de Jacques Majorelle, Henri Pontoy, Jean Gaston Mantel, Eddy Le Grand, José Cruz Herrera

Selon notre interlocuteur, il existe trois catégories d’œuvres de contrefaçon. La première est facilement reconnaissable avec une simple vérification de catalogues d’expositions (photos publiées…).

La deuxième catégorie concerne des œuvres difficile à repérer sans inspection poussée de la part d’experts. Et la dernière catégorie a trait aux œuvres qui requièrent, en plus du regard d’experts, le support de moyens scientifiques (analyse des matières tinctoriales, du tissu, du cadre, du support…).

L’impact des contrefaçons

De plus en plus répandue au Maroc et à l’étranger, la circulation d’œuvres contrefaites avec de fausses signatures menace, selon lui, la réputation des artistes marocains et crée des dommages pécuniers importants aux collectionneurs qui finissent par se détourner du marché marocain de l’art.

Sans compter le fait que les exportations croissantes par des moyens illégaux, sans obtention d’une licence du secteur culturel, privent les artistes ou leurs ayants droit de revenus conséquents et le Trésor public d’une source de devises non négligeable.

Pour contrer ce phénomène, une offensive commune a don été lancée par les institutions marocaines. Une première réunion sur le sujet a été organisée ce lundi 5 février, au siège de la présidence du ministère public, à l’initiative du ministère de la Culture et de la Fondation nationale des musées. Cette rencontre a connu la participation d’éminents responsables judiciaires, dont Hassan Daki, chef du parquet.

Les raisons du timing de la contre-offensive

Sur le timing de cette rencontre, le président de la Fondation nationale des musées explique que le marché de l’art marocain qui est devenu mature et de plus en plus côté à l’étranger, attire beaucoup de convoitises.

« Sachant que les œuvres picturales des artistes marocains atteignent désormais des prix mirobolants à l’international, il faut couper l’herbe sous le pied des faussaires afin que nos peintres ne puissent plus être plagiés aussi bien au Maroc qu’à l’étranger », estime Mehdi Qotbi pour qui cette notoriété grandissante et les abus constatés ont été le point de départ de la contre-offensive du ministère de tutelle et de la fondation.

« Une maison de vente forcée de retirer un faux tableau de Gharbaoui »

Face à l’absence ou à la rareté des poursuites et des sanctions judiciaires, Mehdi Qotbi affirme que les acteurs publics ont décidé de mettre un terme à la multiplication des affaires de plagiat, donnant l’impression que les faussaires sévissent en toute impunité.

« Ainsi, nous avons été confrontés récemment à une affaire de plagiat caractérisé où une maison de ventes aux enchères connue a été obligée de retirer un faux Jilali Gharbaoui de son catalogue après l’intervention directe du ministère de la Culture », rappelle le président de la Fondation qui estime qu’il existe certainement d’autres histoires de contrefaçons qui n’ont pas été médiatisées.

À la question de savoir si le Maroc dispose d’experts capables de reconnaître des faux, Mehdi Qotbi affirme qu’une plateforme de techniciens sera bientôt créée pour authentifier la signature et le papier utilisé afin de permettre aux acquéreurs de s’assurer de l’origine des œuvres mises en vente.

 Une structure de lutte contre les contrefaçons sera bientôt opérationnelle

« En dehors d’un arsenal juridique actualisé qui sera mis en place, nous allons créer un comité d’experts qui aura pour vocation de mettre un terme à ce phénomène de contrefaçons artistiques », promet le président en rappelant à ceux qui douteraient de sa faisabilité que, par le passé, certains pensaient qu’il était impossible d’organiser de grandes expositions au Maroc alors qu’aujourd’hui les musées marocains accueillent les plus grands maîtres.

Cette structure va instaurer un système de certification de l’originalité à l’aide de vérifications et de comparaisons à partir d’un catalogue officiel qui recensera tous les artistes menacés. Elle pourra, dans certains cas, faire appel aux familles des artistes défunts pour contribuer à authentifier les œuvres suspectées de plagiat.

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Complexe muséal de Rabat : le début des travaux suspendu à plusieurs autorisations imminentes

« Nous sommes toujours suspendus à l’accord de l’Unesco, qui doit être communiqué à la Direction du patrimoine avant de pouvoir démarrer le chantier du complexe muséal », nous déclare Mehdi Qotbi.

Avant d’être en mesure de se prononcer, l’Unesco doit en effet étudier la nature des changements architecturaux souhaités, par la fondation des musées, qui lui ont été soumis dans le cadre d’un dossier déposé depuis plusieurs mois.

Lesquels travaux concerneront l’ancien bâtiment du siège de la Marine royale à Rabat, qui devra être connecté par un tunnel au Musée d’art contemporain Mohammed VI afin de créer un ensemble muséal, nous explique-t-il.

Le président de la fondation nationale des musées attend également l’autorisation « imminente » de la mairie de la capitale pour que les bétonnières puissent emprunter les rues adjacentes qui sont normalement interdites à la circulation pour ce genre de camions.

Malgré le manque de visibilité, notre interlocuteur estime cependant que le début des travaux, qui doivent durer deux ans, ne serait « plus qu’une question de semaines au plus tard ».

 

Le Maroc vit une révolution culturelle (Mehdi Qotbi)

Malgré le tremblement de terre en septembre dernier qui a endommagé plusieurs musées à Marrakech, le président de la fondation a déclaré que 2023 avait été exceptionnelle avec un nombre croissant de visiteurs marocains et de nombreuses ouvertures de lieux muséaux à travers le territoire du Maroc.

« Une fréquentation en hausse de 80% en 2023 »

« L’année écoulée a été marquée par une fréquentation muséale en hausse de 80% et plus particulièrement par des Marocains qui sont de plus en plus nombreux à visiter ces lieux de culture », se félicite Mehdi Qotbi en ajoutant que 5 nouveaux musées ont ouvert en 2023.

Et d’ajouter que cette dynamique n’a pas vraiment souffert du séisme qui a endommagé le musée des confluences Dar Bacha, les tombeaux Saâdiens, le palais Badi et le palais Bahia à Marrakech.

Selon notre interlocuteur, la convention signée récemment entre la Fondation et le ministère de l’enseignement supérieur qui offre une gratuité pour les étudiants souhaitant visiter un musée sera bénéfique pour booster leur fréquentation en 2024 qui se présente ainsi sous les meilleurs auspices.

« Le Maroc est en train de vivre une révolution culturelle »

Citant l’élan culturel donné par le souverain, Mehdi Qotbi révèle que certains grands musées comme celui des confluences à Marrakech ou Mohammed VI à Rabat reçoivent de plus en plus de dons d’œuvres d’art qui permettent d’enrichir leur collection et in fine leur programmation.

« Nous sommes en train de vivre une véritable révolution culturelle avec par exemple des œuvres d’art qui ont remplacé les bijoux ou l’argenterie dans les demandes de cadeaux pour les listes de mariage« , estime le président pour qui cette transformation des mœurs a permis de booster le marché de l’art.

« Les locations ponctuelles de musées permettent de compléter les recettes de la billetterie »

Pour satisfaire cet appétit culturel des Marocains permettant de renforcer les recettes de la billetterie qui restent cependant insuffisantes pour assurer les frais de fonctionnement des musées, Qotbi nous révèle que la fondation s’est inspirée de l’expérience commerciale du Métropolitain Muséum of Art de New York qui loue ponctuellement son espace à des entreprises privées pour organiser des événements culturels.

Et de citer le groupe Louis Vuitton (LVMH) qui s’est récemment acquitté de la somme de 600.000 dirhams pour organiser deux soirées au musée d’art contemporain de Rabat et d’autres exemples comme la banque française Société Générale ou la fondation Cartier qui a fait découvrir sa collection de bijoux à un panel de journalistes venus du monde entier dans le cadre d’événements privés.

Sans compter les recettes de plus en plus importantes des lieux de restauration comme le Bacha Coffee du musée éponyme de Marrakech devenu, selon lui, mondialement connu avec des files d’attente qui dépassent souvent trois heures.

« Une diversification des ressources pour devenir autonome à terme »

« Ce recours croissant aux entreprises privées marocaines ou étrangères qui utilisent la culture pour renforcer leur image représente l’avenir car il permet de générer des recettes complémentaires importantes pour équilibrer le budget des musées qui dépend souvent de la seule billetterie », avance le président en évoquant un début d’autonomie financière pour certains grands musées.

La diversification des sources de revenus deviendra par conséquent la priorité de la fondation nationale qui vise à terme une autonomie financière pour chaque lieu muséal du Maroc à l’image de la fondation privée Majorelle de Marrakech qui, bien que non lucrative, arrive même à dégager des bénéfices au musée Yves Saint Laurent.

Mehdi Qotbi : le chantier du plus grand complexe muséal d’Afrique démarre dans un mois

En vertu d’une convention conclue en 2022 avec plusieurs partenaires publics, le président de la Fondation nationale des musées du Maroc (FNMM) nous confirme que les bâtiments relevant de cette dernière seront bientôt aménagés en un complexe muséal consacré à la culture, qui sera le plus important du continent africain.

« Nous attendons l’accord imminent de l’UNESCO »

Avant le début prochain des travaux, Mehdi Qotbi révèle avoir déjà obtenu le permis de construire de la mairie. Selon lui, il ne manque que l’accord de l’UNESCO, qui a été sollicitée par le wali de la capitale dans le cadre d’un dossier attestant que la façade des bâtiments historiques de la Marine royale ne sera pas touchée.

« Nous voulons retirer un mur d’enceinte de l’ancien siège de la Marine royale pour faciliter sa communication et son accès au musée Mohammed VI dart moderne et contemporain (MMVI) ; or, Rabat étant classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, nous avons dû solliciter l’organisation internationale pour valider les travaux de réaménagement des anciens bâtiments militaires qui se transformeront en un énorme complexe muséal« , explique Mehdi Qotbi, en insistant sur le fait que la façade architecturale de la Marine royale sera sauvegardée en l’état actuel.

Ces bâtiments centenaires proches du centre-ville abriteront un pôle culturel qui comprendra un musée du continent regroupant tout l’art africain, le musée de la capitale, un centre de formation panafricain dédié aux métiers de la conservation et de la restauration, un centre de recherche avec des laborantins, des boutiques, un espace restauration, une résidence artistique et enfin une réserve nationale d’œuvres d’art, explique Mehdi Qotbi.

Les locaux du futur ensemble muséal comprendront également les bureaux actuels de la Fondation nationale des musées du Maroc qui devront, selon Mehdi Qotbi, être déménagés à la fin des travaux.

« Le futur pôle culturel sera fonctionnel dans deux ans »

Mehdi Qotbi qui souhaite créer une synergie entre le futur complexe muséal et le MMVI adjacent nous confirme que l’aménagement d’une liaison physique directe souterraine entre les deux édifices, qui sera construite sous l’avenue Moulay El Hassan, est toujours d’actualité.

« Ce pôle communiquera en effet par un passage souterrain avec le MMVI qui, de son côté, sera entièrement voué à l’art moderne et contemporain avec une salle permanente dédiée à la peinture marocaine et à son histoire », nous apprend notre interlocuteur, en précisant que le chantier de réaménagement sera lancé dans moins d’un mois et devrait s’achever avant fin 2025.

Et de conclure que les travaux du plus grand complexe muséal du continent africain qui ont été confiés à la société Jet Contractors et à l’architecte Karim Chakor nécessiteront une durée de vingt mois et une enveloppe budgétaire estimée à une centaine de millions de dirhams.

L’accès aux musées relevant de la FNM désormais gratuit pour les étudiants

Signée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, Abdellatif Miraoui, et le directeur de la Fondation nationale des musées (FNM), Mehdi Qotbi, cette convention s’inscrit dans le sillage des choix transformateurs opérés dans le cadre du PACTE ESRI-2030, qui place la capacitation et l’apprentissage tout au long de la vie au cœur de ses objectifs prioritaires.

Dans une déclaration à la MAP à cette occasion, Abdellatif Miraoui a indiqué que cette initiative, qui vise à établir des ponts entre l’écosystème universitaire et les musées, constitue un acte de démocratisation, favorisant une accessibilité élargie à l’art et à la culture, en ouvrant les portes des musées nationaux sans frais aux étudiants, au corps professoral et au personnel administratif du ministère de l’Enseignement supérieur.

Pour sa part, le président de la FNM, Mehdi Qotbi, a affirmé que la Fondation accorde une attention particulière à l’épanouissement culturel des jeunes, en les encourageant à s’approprier leur patrimoine et à s’ouvrir sur l’histoire des autres cultures.

À travers ce partenariat, les étudiants auront l’occasion de découvrir et de comprendre leur héritage de manière immersive et éducative, sachant que les musées constituent un instrument d’ouverture, de connaissance et de savoir, a-t-il indiqué.

Cette initiative entre en vigueur à partir de ce jeudi 14 décembre, nous précise le ministère. L’accès aux musées est accordé sur simple présentation des titres de circulation, tels que la carte d’étudiant, la carte professionnelle et le permis ou l’attestation de travail du ministère pour le corps enseignant et administratif.

Cette nouvelle convention s’ajoute à celle signée en mars 2022, qui offrait aux élèves et au corps enseignant l’accès gratuit, les mercredis et vendredis, à tous les musées du Royaume.

Au musée Mohammed VI, 7 écoles publiques se frottent au monde artistique

Et si l’on améliorait l’accès des élèves de l’école publique marocaine aux équipements culturels du Royaume ? Telle était l’ambition d’Ida Alaoui lorsqu’elle a lancé, pour la première fois, son projet de médiation culturelle destiné aux établissements scolaires de l’enseignement public primaire et secondaire au Maroc.

Deux programmes d’action culturelle ont déjà vu le jour à Marrakech : un en 2016 pour la Biennale de Marrakech, et un autre pour la Fondation Jardin Majorelle lequel s’est étalé de 2018 à 2020.

A cette occasion, pas moins de 66 établissements scolaires publics de la ville ocre ont pu bénéficier, pour la première fois, d’un accès gratuit et ces programmes ont remporté un franc succès, avec la participation de plus de 15.000 élèves et de 950 enseignants.

Crise sanitaire oblige, les rendez-vous culturels dédiés aux cycles primaire et secondaire de l’enseignement public marocain reprendront trois ans plus tard (2023), cette fois-ci à Rabat. Avec le même objectif : réduire les inégalités d’accès au champ culturel auxquelles sont confrontés les élèves de l’école publique marocaine.

Sept établissements scolaires publics issus de quartiers défavorisés

Un programme d’action culturelle se déroule du 9 février au 25 mai 2023 en partenariat avec l’Agence universitaire de la francophonie, l’Institut français du Maroc, l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (AREF) de Rabat-Salé-Kénitra, la Fondation nationale des musées et Veolia Redal, au profit de sept établissements scolaires publics situés dans les quartiers défavorisés de la capitale : Sakina Bent El Houcine (Yacoub El Mansour), Dakhla (Yacoub El Mansour), Bouhlal (Yacoub El Mansour), Ibn Zaidoun (Youssoufia), Imam El Boukhari (Agdal), Yacoub El Mansour, Massira El Khadra (Akkari).

Dans la lignée des deux initiatives lancées antérieurement à Marrakech, ce programme éducatif vise à rendre accessibles aux élèves de ces établissements les collections patrimoniales et les ressources du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain.

« L’école publique marocaine est au cœur de notre proposition car nous avons remarqué que l’accès aux équipements culturels était insuffisant, voire même inexistant. C’est donc pour cette raison que ce programme dédié aux établissements scolaires a été mis en place pour contribuer à réduire drastiquement les inégalités d’accès aux centres culturels », explique à Médias 24 l’initiatrice du projet, Ida Alaoui.

Formée à l’Ecole du Louvre à Paris, notre interlocutrice a créé en 2004 un cabinet conseil en ingénierie culturelle «Option art», le premier du genre au Maroc, ce qui l’a amenée à travailler avec l’UNESCO, le PNUD, OCP, la Fondation des arts vivants, l’Agence du Nord et bien d’autres institutions ayant en commun la volonté de développer un projet culturel.

Sollicité à son tour, Mehdi Qotbi, qui préside la Fondation nationale des musées nous a ainsi déclaré que les espaces muséaux du Maroc étaient ouverts aux jeunes marocains qui en sont la cible prioritaire. « J’ai été heureux de constater le travail accompli par Ida Alaoui qui les a pris par la main en vue de leur faire découvrir la beauté dont regorge la culture », s’est-il félicité au micro de Médias24.

Plus de 1.000 élèves accueillis au Musée Mohammed VI 

Au cours des onze journées de médiation culturelle offertes du 9 février au 11 mai 2023, 72 visites scolaires ont pu être réalisées. Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain a accueilli 1.194 élèves – primaire et secondaire confondus -, en sus de 63 enseignants.

Le fonds culturel présenté aux élèves inclut le bâtiment et les manifestations culturelles, l’exposition Art contemporain du Bénin, celle de l’artiste malien Malick Sidibé, ainsi que la collection de l’Institut du monde arabe, « Modernités arabes ».

La muséologue estime qu’il aurait été possible d’atteindre des chiffres encore plus élevés si plus de journées avaient pu être organisées. Idem pour les sites culturels concernés par l’intervention.

 

« Si nous avions eu beaucoup plus de moyens, nous aurions pu intervenir également sur d’autres lieux tels que le Musée national de la photographie, le Musée national de la parure ou encore celui de l’Histoire et des civilisations », souligne-t-elle.

L’initiatrice du projet ambitionne d’élargir cette initiative à tout le Maroc et, surtout, de la pérenniser. « Notre objectif est de favoriser l’accès de tous à la culture et de renforcer le lien social. Nous voudrions que ces projets soient pérennes. Sachant que ceux lancés à Marrakech avaient été mis à l’arrêt en raison de la pandémie de Covid-19, il faut  espérer que le nouveau projet lancé à Rabat pourra continuer», ajoute notre interlocutrice qui vise à élargir ce type d’interventions à toutes les régions du Maroc. »

Dix médiateurs culturels formés

Au-delà de profiter aux élèves, ces programmes permettront de professionnaliser la médiation culturelle. « Ce programme vise le développement de compétences spécialisées en médiation culturelle. L’objectif premier est de professionnaliser les compétences et de développer l’employabilité par l’offre d’une formation qualifiante, permettant une reconnaissance pour cette profession en émergence au Maroc », indique notre interlocutrice.

Un constat également appuyé par la directrice de l’Agence universitaire de la francophonie, Danielle Paillier. « Ce projet permet de contribuer à la professionnalisation des étudiants des sciences de l’éducation puisque Ida Alaoui a réalisé une formation à la médiation culturelle. Il fait écho aux priorités stratégiques de l’AUF en lien avec la jeunesse, l’employabilité, l’entrepreneuriat. C’est donc une réponse à un besoin vis-à-vis des étudiants et des jeunes ».

Pour cela, 15 étudiants en master à la Faculté des sciences de l’éducation (FSE) ont été formés sur une période de trois mois, afin d’assurer la médiation culturelle au Musée Mohamed VI, précise Ida Alaoui. Dix étudiants ont été retenus à l’issue de la formation.

« Les étudiants ont été formés en matière d’accueil, puisque c’est eux qui sont en charge des visites conférences. Ils ont également été initiés aux itinéraires et aux discours. La formation a également porté sur l’accompagnement qui concerne le fait d’aller chercher les élèves dans le bus, les amener au musée et les ramener à l’école. C’est intéressant parce que ça permet de créer du lien social avant même le démarrage de la visite », note Ida Alaoui.

La faiblesse de la médiation culturelle en milieu scolaire au Maroc

La mobilisation de dix médiateurs dans le cadre de ce programme d’action culturelle ne dissimule pas la faiblesse de la médiation culturelle en milieu scolaire au Maroc, notamment dans les écoles publiques.

« Les élèves qui viennent visiter les espaces culturels au Maroc ne reviennent pas, en l’absence de médiateurs culturels pour faire le lien entre l’œuvre et les élèves. Il faut donc créer des armées de médiateurs culturels, compétents et spécialisés », estime Ida Alaoui qui constate que peu de médiations culturelles sont réalisées au Maroc.

Et notre interlocutrice d’ajouter : « Il n’y a plus de formation. On proposait un cursus de ce type à l’Université Mohammed V, mais il a été supprimé. Je sais que certaines institutions souhaitent mettre en place de telles formations, ce qui est extraordinaire parce que nous en avons besoin. Il est important de professionnaliser ces compétences afin de développer l’employabilité. C’est une formation en émergence au Maroc. »

Zhor Fassi Fihri : pourquoi un biopic consacré à Mehdi Qotbi

Médias24 : Pourquoi un film sur la vie de Mehdi Qotbi ?

Zhor Fassi-Fihri : En réalité, c’est un film qui s’inspire plutôt du parcours de ce personnage qui a eu une vie pleine d’espoir et qui, à mon sens, pourrait inspirer un très large public au Maroc et ailleurs.

Dans le contexte actuel de crise, c’est en effet une histoire très actuelle qui montre que l’audace et la persévérance permettent d’ouvrir des portes et de réussir dans n’importe quel métier au monde, comme il a pu le faire après avoir découvert la peinture par hasard à l’âge de 16 ans.

Ce film est donc inspiré de toute sa vie, de sa naissance à l’époque actuelle, et ne se limite pas à retracer uniquement le personnage public d’aujourd’hui.

En réalité, ce qui m’a surtout intéressé, c’est son parcours avec toutes les difficultés et les étapes qu’il a dû traverser avant d’en arriver là où il en est aujourd’hui.

Comme par exemple le fait de ne pas être né dans la bonne famille et d’avoir trouvé, malgré toutes les embûches traversées, les bons outils qui lui ont permis de survivre puis de s’accomplir professionnellement.

Vous avez lu son autobiographie Palettes d’une vie avant de démarrer l’écriture de votre scénario ?

– En fait, je ne l’ai lue qu’après avoir terminé l’écriture du scénario de L’homme des signes.

C’est plutôt inhabituel…

– Ne souhaitant pas être influencée par son contenu, j’ai préféré mener des entretiens avec lui pendant plus d’une année.

De plus, étant l’une des scénaristes du film, j’avais besoin de trouver ma propre histoire et d’avoir une vision personnelle plutôt que d’être influencée par un livre.

Vous connaissiez donc son parcours avant de commencer à écrire…

– Absolument et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai tenu à traiter en tant que scénariste son parcours, qui est une véritable histoire d’écran avec plusieurs rebondissements d’ordre cinématographique, mais aussi des décors qui passent des années 1960 jusqu’à nos jours.

Le film n’élude aucune partie de sa vie, de sa naissance à son arrivée dans un presbytère à Toulouse au milieu de franciscains, puis sa montée à Paris avec un véritable destin cinématographique.

Sa vie comporte en effet de nombreux messages, notamment un exemple de paix et d’intégration mais aussi de retour aux sources, avec une quête d’identité de soi et d’abondance qui finit par aboutir grâce à la chance et surtout à la persévérance dont il a su faire preuve.

C’est donc ce parcours original que l’on va essayer de transmettre à un maximum de spectateurs qui ont besoin d’un message d’espoir, pour finalement se dire que tout est possible dans la vie.

– Sur quelle partie de sa vie le film insiste-t-il ? Sur l’artiste ou sur le lobbyiste à la tête de la Fondation nationale des musées qui fait venir des collections du monde entier ?

– Sachant que la partie consacrée à la fondation qu’il préside aujourd’hui viendra à la fin du traitement cinématographique, comme un aboutissement, j’ai surtout insisté sur le parcours de sa vie, plus particulièrement sur les relations franco-marocaines qu’il a su tisser dans l’intervalle.

Si l’on verra à l’écran toutes les rencontres qui l’ont marqué, comme la période où il a enseigné l’art à Paris puis son retour au Maroc, où il a commencé à fréquenter les hautes sphères, le film essaie surtout de montrer comment il a réussi au préalable à s’ouvrir toutes les portes fermées.

Le film démarre à sa naissance dans le quartier populaire de Takkadoum à Rabat…

– Tout à fait, avec une scène poignante de ses parents qui l’ont eu hors mariage.

– C’était un enfant battu ?

– On verra en effet qu’il a été non désiré et maltraité, mais aussi accusé de porter malheur à sa famille.

C’est une partie très émouvante du film où l’on découvre ses problèmes de dyslexie et d’apprentissage à l’école, où il avait du mal à comprendre ce qu’on lui enseignait.

Un enfant de la rue qui a malgré tout réussi à surmonter toutes ses difficultés avant de se réaliser par la suite.

Vous avez traité toute sa vie et toutes les rencontres qui l’ont façonné, comme celle du grand peintre Jilali Gharbaoui qui a contribué à faire de lui l’homme qu’il est aujourd’hui…

– Cette rencontre a en effet été déterminante dans sa vie, car c’est elle qui l’a conduit à la peinture, mais il y en a d’autres aussi, avec d’autres personnages clés qui seront à l’écran.

Pour être le plus réaliste possible, le film commence en langue arabe avant d’évoluer en français, à l’image de son parcours professionnel et privé qui l’a mené du Maroc à la France.

– Pourquoi cette évolution linguistique ?

– Elle montre l’évolution d’un même personnage au fil des années dans deux cultures différentes, dont celle de la France, où il a su s’intégrer rapidement alors qu’il y est arrivé avec un langage rudimentaire.

C’est aussi un film d’éducation sur l’amour qui évoque ses relations avec les femmes alors qu’il n’avait jamais reçu d’affection et encore moins d’amour durant son enfance.

Tout cela passe par des histoires anecdotiques où l’humour a également une place privilégiée, afin de donner de la profondeur et de l’émotion à certaines scènes spécifiques.

– Le film sera sous-titré pour être distribué à l’étranger ?

– La version originale passera de l’arabe au français mais le film sera sous-titré dans tous les pays étrangers où il sera distribué, en anglais ou en français du début à la fin.

– Combien de temps devrait-il durer ?

– Pour le moment, 1 heure 45, ce qui est à peu près la moyenne pour un long métrage, mais il faudra attendre la version finale pour se prononcer parce que le scénario évoluera jusqu’à la fin.

– Vous allez recevoir 4 millions de dirhams au titre d’avance sur recettes. C’est le deuxième montant le plus important  attribué par le CCM…

– Cela s’explique par le fait que le budget final sera élevé, car c’est un film d’époque qui va nécessiter de construire beaucoup de décors artificiels.

Il ne sera pas possible de tourner dans le quartier actuel de Takkadoum qui a beaucoup évolué par rapport à celui de son enfance.

Les décors vont donc coûter très cher, ainsi que les têtes d’affiche qui seront à l’écran.

– Peut-on avoir une idée du coût final du film ?

– Je ne peux pas vous dévoiler cette information pour le moment. Le chiffre officiel sera publié en temps voulu.

– C’est une production franco-marocaine ?

– Elle est plus marocaine que française, nous essayons de faire en sorte de l’internationaliser, comme pour mon premier film qui avait été vendu aux États-Unis.

Sachant qu’il sera tourné à Paris et Toulouse, nous sommes par conséquent obligés de trouver des financements en France, car il est évident que 4 millions de dirhams seront loin de suffire à boucler le tournage.

Pour avoir une idée, combien a coûté votre précédent film ?

– Environ un million de dollars, soit 10 millions de dirhams, mais je me dois de préciser que nous avions eu beaucoup de décors gratuits ainsi que différentes aides en nature de la part de l’ONMT, des régions et des hôtels pour loger gratuitement les équipes techniques et les acteurs.

L’homme des signes s’adresse d’abord au public marocain ou étranger ?

– Si nous privilégions le public marocain, il est évident que le film ne sera pas rentabilisé dans les seules salles de cinéma du Maroc

Mais l’avantage est que sa thématique universelle permettra de s’adresser à toute la diaspora européenne, canadienne et américaine.

– À quand le début des castings ?

– Après avoir bouclé le scénario, nous attendions avec impatience le verdict de la commission qui attribue les avances sur recettes avant de lancer les castings, qui sont imminents au Maroc et en France.

– Qu’est-ce qui a convaincu les membres de la commission du CCM selon vous ?

– D’après mes retours, la thématique et le scénario ont beaucoup plu au Maroc et en France car la success story qui y est traitée est porteuse de beaucoup d’émotions et mérite d’être portée à l’écran.

– Les télévisions étrangères sont déjà intéressées pour coproduire le film ?

– Il est trop tôt pour parler des pistes de coproduction, mais nous avons déjà l’accord d’une grande banque française.

– Aujourd’hui, qu’est-ce qui permet de financer un film, les télévisions ou les plateformes comme Netflix et Amazon ?

– Dans les prochaines années, les cinéastes marocains vont arriver au niveau des productions turques et égyptiennes, mais entretemps, nous nous inspirons beaucoup du modèle français qui jongle entre les cinémas et les plateformes, sans compter les opérateurs comme Canal, France Télévisions et Orange qui donnent des fonds pour produire des films.

– Les castings seront lancés à l’international ?

– La beauté de ce film est qu’il y a beaucoup de personnages marocains mais aussi étrangers.

– Les personnages historiques qu’il a croisés dans sa vie ?

– Justement, nous sommes en train de travailler pour obtenir l’accord de grands acteurs bankables en France qui vont jouer des seconds rôles dans la partie qui se déroulera à Toulouse et à Paris.

Sans compter la partie marocaine, où les castings seront marocains.

– Là encore avec des têtes d’affiche nationales ?

– Nous avons en effet une tête d’affiche marocaine qui travaille beaucoup à l’international et qui vient de me donner son accord il y a deux jours, mais je ne peux pas encore dévoiler son identité.

– Le rôle de Mehdi Qotbi est-il attribué ?

– J’hésite encore entre trois acteurs.

– Tous marocains ?

– Évidemment.

– En dehors des figurants, combien y aura-t-il de grands rôles ?

– Enormément, comme par exemple ses parents, son ex-femme, son professeur aux beaux-arts, un prêtre franciscain et plusieurs autres qui auront tous de grands rôles dans le film.

– Plusieurs présidents français aussi ?

– A la fin du film, on retrouvera en effet plusieurs présidents de la République qu’il a côtoyés, mais sans trop insister car le but est plus de comprendre son parcours que de le montrer.

– Le film sera tourné entre la France et le Maroc ?

– Logiquement à 50%-50% mais comme le tournage est très coûteux en France, une bonne partie sera tournée dans des décors intérieurs au Maroc,  notamment dans les immeubles de l’époque du protectorat que nous pourrons utiliser.

Mais pour ce qui est des scènes extérieures françaises, nous serons obligés de les tourner à Paris et à Toulouse.

– Quand est prévu le début du tournage ?

– Au mois d’octobre prochain pour une durée d’environ deux mois.

– A quel horizon aura lieu la sortie en salles au Maroc ?

– Il est trop tôt pour se prononcer car nous voulons d’abord le présenter à plusieurs festivals internationaux comme celui de Cannes.

Ce n’est qu’à partir de ce moment que nous verrons quand et comment il pourra être distribué.

Ce qui est certain en revanche, c’est que l’avant-première aura lieu au Maroc.

– Logiquement, il devrait donc être dans les salles avant 2025 ?

– Nous ferons tout pour qu’il soit disponible avant fin 2024 mais je ne peux pas vous donner de date précise.

– Mehdi Qotbi a beaucoup d’amis mais aussi certains détracteurs, vous n’allez éluder aucune partie de sa vie ?

– Il y aura en effet les hauts et les bas, mais cela ne veut pas dire que l’on pourra tout traiter.

– Est-ce qu’il a un droit de regard sur le contenu du film ?

– Depuis le premier jour, j’ai une liberté totale.

Il ne s’est mêlé de rien et a même refusé de lire le scénario.

Son absence d’ego a renforcé mon envie de faire ce film, d’autant qu’il m’a laissé appeler tout son entourage sans me demander ce qu’il avait pu me dire de sa personne.

– Combien d’années de recherches a nécessité l’écriture de votre scénario ?

– Environ trois ans, avec beaucoup de va-et-vient, mais en réalité, la principale difficulté a été de convaincre et de trouver un équilibre entre les très nombreux intervenants.

– Pourquoi ce film du vivant de Mehdi (à qui nous souhaitons longue vie) alors que la plupart des biopics de personnages célèbres se font post-mortem ?

– Encore une fois, c’est une fiction inspirée de la vie de Mehdi Qotbi, un film romancé sur son parcours qui a pour vocation de donner de l’espoir aux jeunes en leur délivrant un message positif.

D’ailleurs, la plupart des films à Hollywood sont souvent inspirés d’histoires vraies de personnes vivantes.

Pour vous donner un exemple, Intouchables a été un grand film inspiré d’une histoire vraie sur une personne vivante qui a attiré plus de 9,5 millions de téléspectateurs au cinéma.

– Ne craignez-vous pas d’être critiquée pour ce choix peu commun ?

– Peu importe ce que l’on décide de créer, on sera de toutes les manières toujours critiqué. C’est la beauté de cet art…

Si je suis heureuse de pouvoir réaliser ce parcours extraordinaire, je voudrais juste être à la hauteur de mon ambition pour que l’on soit fier de ce film…

– Quelle sera la suite des événements ?

– Le véritable challenge actuel est de réussir un casting qui soit à la hauteur de son personnage, à l’image de ce qui a pu être réalisé par le passé dans un film comme Forrest Gump.

Jack Lang : « La décision de prêter des chefs-d’œuvre de l’IMA au Maroc tombait sous le sens »

Médias24 : Pourquoi l’Institut du monde arabe a-t-il choisi le Maroc pour ce prêt exceptionnel qui constitue une première depuis sa création ?

Jack Lang : Tout simplement parce que le Maroc est un pays d’exception qui a une vie culturelle et artistique intense, et parce que les pouvoirs publics marocains engagent en permanence des actions en faveur de l’art et de la culture, notamment avec le récent discours du chef du gouvernement devant le Parlement, qui a accordé une place importante à la culture et à l’art dans la société marocaine.

Mais aussi parce que Mehdi Qotbi est un formidable patron de la politique des musées du Maroc, à travers la fondation qu’il préside, et que Sa Majesté a créée.

L’IMA a donc la garantie que les œuvres que nous allons prêter au Maroc seront merveilleusement présentées et susciteront auprès du public marocain, qui a déjà été initié et éduqué sur l’art contemporain et moderne, un accueil favorable et enthousiasme.

– Votre choix tombait sous le sens ?

– Oui, mais il a fallu une double volonté du président de la Fondation nationale des musées, très engagé et actif, à qui l’on peut difficilement résister, et bien évidemment la volonté de l’Institut du monde arabe.

– Combien de chefs-d’œuvre d’artistes arabes vont être prêtés au Maroc pour l’exposition itinérante qui aura lieu entre Tanger, Rabat et Marrakech ?

– Le chiffre exact n’a pas encore été fixé car les discussions sont toujours en cours entre la direction de la Fondation nationale des musées et la directrice des expositions de l’IMA.

En réalité, leur nombre importe peu ; il sera plutôt question de qualité, avec des œuvres présentées exceptionnelles et réellement représentatives de l’art contemporain et moderne, afin que l’exposition soit réussie.

– Elles seront issues de l’ensemble du monde arabe ?

– C’est ce qui a été souhaité par nos amis de la Fondation nationale des musées.

– Avec des artistes marocains ?

– Cela va de soi, d’autant que les artistes marocains sont les plus brillants aujourd’hui.

S’il ne sera pas simple d’effectuer un choix, nous faisons confiance aux équipes scientifiques et artistiques pour décider, d’un commun accord entre la fondation et l’institut, du choix des œuvres qui leur paraîtront être les plus représentatives.

– Les artistes exposés sont vivants ou du siècle dernier…

– Absolument, ce seront des artistes vivants, modernes ou contemporains, de la période récente.

– L’IMA possède-t-il la plus importante collection d’œuvres d’artistes arabes au monde ?

– En fait, il y a eu une époque où très peu de personnes s’intéressaient à l’art arabe contemporain. Or, l’IMA a non seulement mené une politique systématique d’acquisition, mais il a également pu bénéficier de plusieurs donations qui représentent environ 1.800 chefs-d’œuvre.

Par conséquent, il possède une collection rare et exceptionnelle qui fait aujourd’hui de lui le plus important musée d’art contemporain du monde arabe en Occident.

– Depuis votre nomination à l’IMA, vous avez mis l’accent sur une politique d’acquisition d’œuvres d’artistes arabes. Pensez-vous avoir réussi à faire partager votre tropisme pour le monde arabe ?

– En réalité, avant mon arrivée, des responsables ont accompli du très bon travail. Cela dit, l’institut a connu comme partout des hauts et des bas.

Au moment où le président François Hollande a proposé, après avoir obtenu l’accord des pays arabes, de me désigner à la tête de l’institut, la situation de cette institution n’était pas brillante. Elle connaissait des difficultés financières et un manque d’ambition et d’imagination.

– Et un manque d’intérêt pour le monde arabe, qui n’était pas vraiment à la mode ?

– C’était en effet une institution qui dormait, mais il y a quand même eu des périodes antérieures plus heureuses et plus brillantes. Il serait donc faux de prétendre que rien n’a été fait avant mon arrivée.

J’en veux pour preuve le fait que cette collection d’art arabe contemporain qui va être prêtée au Maroc provient, en partie, d’acquisitions réalisées antérieurement à mon arrivée à la tête de l’institut.

Il faut cependant préciser que les donations exceptionnelles qui nous ont été accordées s’expliquent peut-être en raison de la confiance et de la passion que l’IMA inspire aujourd’hui.

– Combien d’œuvres possède l’Institut du monde arabe ?

– Je ne connais pas le chiffre exact, mais la fourchette se situe entre 7.000 et 8.000 œuvres. Encore une fois, il y a le nombre et la qualité, car les collections de l’IMA sont d’une qualité véritablement exceptionnelle.

– Des tableaux ou des sculptures ?

– Principalement des peintures.

– L’IMA, qui est financé par le monde arabe, n’a jamais prêté de collection à un de ses contributeurs ?

– A ma connaissance, cela n’a jamais été le cas mais, a contrario, la coopération avec le Maroc n’est pas une première, notamment avec la Fondation nationale des musées qui a organisé plusieurs événements avec l’IMA.

– Que pensez-vous de l’action muséale du président de la Fondation des musées du Maroc ?

– Mehdi Qotbi est un personnage d’exception, à la vitalité débordante, qui a une passion pour son pays, l’art et la culture vraiment hors du commun.

En effet, ce qu’il a entrepris depuis quelques années à la FNM est très impressionnant.

Selon moi, la décision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI de créer cette fondation, puis de le désigner à la tête de cette fondation, a été un choix couronné de succès.

– Pour certains, un personnage de roman ou de théâtre ?

– (Rires). Il est vrai que comme tous les personnages de ce type, Mehdi ne se confond pas avec le mur.

Haut en couleur, vivant, pugnace, curieux de tout, il nourrit des rapports humains très chaleureux avec tout le monde, aussi bien au Maroc que dans les autres pays comme la France dont il est un ami très proche.

Je dois reconnaître que nous sommes toujours aussi impressionnés par son ardeur et son engagement.

– En septembre dernier, l’IMA a signé trois accords avec la FNM, dont un portait sur la création d’une bibliothèque d’art au sein du Musée d’art contemporain Mohammed VI. Est-ce que c’est l’IMA qui va la financer ?

– Absolument. Pour constituer cette bibliothèque, nous allons donner de nombreux ouvrages dont nous sommes en train de déterminer la liste qui sera impressionnante.

– Des ouvrages de quoi ?

– Évidemment liés à l’art et à la culture du monde arabe, mais aussi à la littérature arabe.

C’est un cas unique car nous n’avons jamais établi une telle coopération avec un autre pays, et encore moins alloué une aussi importante dotation en livres, revues et documents, qui sera exceptionnelle.

– Où en est l’organisation prévue par l’IMA et la FNMM d’une biennale arabe de la photographie ?

– Étant toujours en phase de discussion, je préfère ne pas dire de bêtises et en reparler plus tard.

– Votre proximité amicale avec Mehdi Qotbi ne risque pas de faire des jaloux dans le monde arabe ?

– Des envieux peut-être, mais des jaloux certainement pas. Beaucoup d’admirateurs dans le monde arabe reconnaissent que le Maroc est un pays unique en son genre, par son histoire et son système de culture, mais aussi par le grand Roi à la tête de ce magnifique pays.

Tout le monde comprend donc que, chaque fois que c’est le cas, le Maroc puisse être cité en exemple, mais cela n’enlève rien à la qualité des liens que la France ou moi-même avons tissé avec d’autres pays arabes.

Il y a des sympathies plus ou moins grandes liées aux personnes et aux situations, mais à titre personnel je suis, au-delà des dirigeants, en harmonie avec tous les citoyens, artistes, créateurs et intellectuels arabes ou pas, avec le sentiment que nous appartenons tous à une seule et même patrie.

– Pourtant, certains cercles en Algérie avancent que l’IMA est sous la coupe du Maroc ?

– Sachant que nous sommes libres, indépendants et amicaux avec les uns et les autres, c’est un procès politique qui n’a pas lieu d’être et n’a aucun fondement, d’autant que nous avons des liens très directs avec nombre d’intellectuels et d’artistes algériens.

D’ailleurs, pour 2022, qui représente l’année de la célébration du 60e anniversaire de la signature des accords d’Évian et donc de l’indépendance de l’Algérie, nous avons imaginé toute une série d’actions culturelles pour montrer la créativité algérienne à différentes époques.

Ainsi, il y a quelques jours, nous avons inauguré une exposition unique en son genre, « Regards croisés 1961-2019 », qui a associé le grand photographe Raymond Depardon et l’immense écrivain Kamal Daoud.

Cet événement considérable a d’ailleurs été suivi d’une série de manifestations avec la projection de films, l’organisation de concerts musicaux et la lecture d’auteurs, sous l’impulsion de l’Institut du monde arabe.

S’il est vrai que nous l’avons organisé indépendamment des autorités algériennes, cette initiative de l’IMA était en lien direct avec certaines institutions culturelles algériennes, ainsi qu’avec des artistes et créateurs de ce pays, dont notamment les éditions Barzakh qui font un travail formidable à Alger.

– Une question à l’ancien ministre de la Culture de François Mitterrand, qui a réussi à doubler son budget ministériel à une époque où elle était plutôt négligée. Le Maroc doit-il suivre l’exemple français pour se développer ?

– Il est vrai qu’année après année, nous avions réussi à doubler le budget de la culture jusqu’à atteindre 1% du Budget général de l’État, mais je ne peux pas m’immiscer dans les choix du gouvernement marocain.

Cela dit, si j’en crois les déclarations récentes du chef du gouvernement devant le Parlement, je pense que les autorités marocaines vont certainement parvenir à ce cap tôt ou tard.

Selon moi, ce scénario est d’autant plus crédible que Sa Majesté le Roi est un passionné d’art et un amoureux de la culture. Il est à l’origine de très nombreux projets culturels au Maroc.

En ce moment même, l’IMA présente une exposition qui rencontre un grand succès sur l’histoire plurimillénaire des juifs dans les pays arabes.

Là encore, le Maroc occupe une place exceptionnelle grâce aux différents souverains qui ont accordé une protection exceptionnelle à ses populations judaïques, lesquelles ont toujours fait partie de son histoire et de sa culture.

Le Roi Mohammed VI a pris beaucoup d’initiatives remarquables qu’aucun autre pays n’a osé entreprendre, comme la création d’un musée juif à Fès et l’inclusion de l’histoire du judaïsme marocain dans les manuels scolaires.

A ce propos, les Marocains qui viendront visiter à Paris l’exposition intitulée « Juifs d’Orient » seront certainement surpris par l’ampleur et la place exceptionnelle occupée par le judaïsme marocain.

– L’initiative de l’IMA va-t-elle ouvrir la voie à des prêts pour d’autres pays arabes ?

– Je ne sais pas encore, mais il est certain que ce projet avec le Maroc, qui est une première, doit nous permettre de réfléchir pour essayer de dupliquer cette expérience dans d’autres pays du monde arabe.

La hausse de la fréquentation des musées se poursuit

La fréquentation muséale au Maroc ne faiblit pas malgré le contexte sanitaire tendu. S’il est pour l’heure difficile d’avancer des chiffres précis concernant le nombre de visiteurs dans les musées marocains, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées (FNM), estime à 60% en moyenne le taux d’affluence au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) à Rabat,  »véritable porte-drapeau des musées au Maroc », dit-il à Médias24.  »Ce taux a même atteint 70% vendredi dernier. Je peux vous assurer que la fréquentation a augmenté », se réjouit-il.

Fin septembre, soit deux mois après la réouverture des musées, le 27 juillet, Mehdi Qotbi avait fait état auprès de Médias24 d’un taux de visites globales d’environ 50%.

 »Les visiteurs reviennent également à Marrakech, dans les musées Dar El Bacha et Dar si Saïd. C’est une très grande satisfaction pour le travail accompli par les équipes de tous les musées. Ce sont elles qui font un travail exceptionnel sur place », souligne-t-il.

 »La nouveauté attire le public »

Cet  »intérêt », cet  »engouement, même » du public pour les musées s’explique par  »la nouveauté » et  »les changements » opérés dans ces différentes structures. Le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain héberge actuellement trois expositions  »qui rendent hommage au patrimoine moderne et contemporain du Maroc », précise Mehdi Qotbi : celle consacrée au peintre Jilali Gharbaoui, du 23 septembre au 8 février ; une seconde dédiée au peintre Fouad Bellamine, initiée le 19 novembre ; une troisième intitulée  »Les peintres marocains dans les collections nationales, de Ben Ali R’bati à nos jours », qui court depuis le 12 août et se poursuit jusqu’au 15 décembre. Au musée de l’Histoire et des Civilisations de Rabat se tient également, depuis le 7 septembre, une exposition sur l’histoire de la peinture du Maroc.

Cette rentrée culturelle a-t-elle contribué à faire revenir les visiteurs ?  »Elle a incontestablement suscité la curiosité du public. Pendant le confinement et même après, avant la réouverture des musées cet été, une équipe de la fondation a continué à travailler et a profité des nouvelles technologies pour pouvoir bâtir la programmation que nous avons aujourd’hui. Nous avons notamment organisé des expositions virtuelles et avons senti un intérêt du public marocain, mais aussi étranger. Dès la réouverture des musées, le public marocain s’est manifesté parce que nous avons varié la programmation. »

A Marrakech, le musée Dar El Bacha accueille depuis le 2 octobre et jusqu’au 10 janvier 2021, l’exposition « Foum Zguid – Du sel au Fil », qui présente des tissages réalisés par des femmes berbères de la région de Foum Zguid. « Les broderies ont été réalisées avec beaucoup d’élégance et de modernité. Le langage de ces femmes est un langage à part. Vous avez l’impression d’avoir affaire à des œuvres extrêmement contemporaines. C’est aussi la nouveauté qui attire le public ; les gens sont attirés par des thématiques qui changent et se renouvellent. C’est comme lorsque vous lisez un livre : la typographie ne change pas mais l’histoire, elle, change. Quand vous faites des expositions bien construites et qui parlent aux gens, qui les touchent, la fréquentation est au rendez-vous.« 

Tanger, Fès et Asfi ne sont pas en reste

Rabat et Marrakech n’ont pas le monopole de la culture muséale. A Asfi, les visites au Musée national de la céramique ne faiblissent pas non plus.  »J’échange régulièrement avec le directeur du musée national de la céramique d’Asfi, qui m’assure qu’il y a tout de même beaucoup de visiteurs qui viennent voir des œuvres qui leur parlent et sont réalisées par des maîtres céramistes », indique encore Mehdi Qotbi. Du 13 octobre au 11 janvier 2021, le Musée national de la céramique accueille d’ailleurs le Centenaire du maître céramiste Boujemâa Lamali (1919-2019) et de la première école de céramique au Maroc et en Afrique (1920-2020).

A Tanger, le musée de la Kasbah des cultures méditerranéennes  »fonctionne, avec beaucoup moins de monde qu’avant, certes, mais il fonctionne ». Le président de la FNM précise qu’un musée sera prochainement inauguré dans la ville du Détroit. Il abritera des peintures d’artistes orientalistes, notamment Jacques Majorel et Henri Pontoy.  »Ces peintres ont été les premiers à venir se nourrir de nos couleurs et de nos lumières. Nous aurons un très beau musée pour mettre en avant l’influence de ces artistes européens qui sont venus au Maroc et ont amené avec eux la manière de transcrire la lumière marocaine », salue Mehdi Qotbi. A leurs côtés se tiendront des œuvres d’artistes marocains, comme Chaïbia Talal et Ben Ali Ribati.

Enfin, à Fès, les travaux du musée de l’Art de l’Islam  »avancent très bien ». Son ouverture est prévue pour octobre 2021.  »Nous avons également donné, mercredi, le coup d’envoi du démarrage des travaux du musée du judaïsme », précise le président de la FNM.  »Je crois sincèrement que le public marocain est curieux de découvrir quelque chose qui appartient à chacun d’entre nous, d’autant plus en cette période où les gens ont véritablement besoin de sortir de chez eux. »