IMC Morocco 2025 : l’appel de Marrakech pose les premiers jalons du cadre OTC africain

Sur le thème « Le Maroc, hub industriel et technologique ouvert pour une valeur ajoutée régionale et mondiale », la 2ᵉ édition du Congrès international des mines (IMC Morocco 2025) a débuté, ce lundi 24 novembre, en présence de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, ainsi que des délégations ministérielles de plusieurs pays africains, dont la Mauritanie et les îles Comores, le Kenya, le Liberia…

Produire un minerai critique tel que le lithium, le graphite ou les terres rares dans un pays africain, puis les valoriser dans un pays voisin disposant de capacités de transformation, représente une opportunité stratégique pour le développement du continent qui détient le tiers des réserves mondiales en métaux critiques.

Pendant trois jours, cet événement réunit les opérateurs du secteur minier du Maroc et de plusieurs pays africains. Il intervient à un moment clé où le Maroc repense son cadre minier, et dans un contexte régional où les pays africains cherchent à faire profiter leurs populations des richesses du continent.

En ouverture de ce congrès, Mohammed Cherrat, président de la Fédération de l’industrie minérale, a précisé que « le Maroc s’impose comme un passage privilégié pour la transformation des métaux stratégiques et critiques. Et cela grâce à son expertise croissante, à ses écosystèmes industriels émergents, mais aussi à de nombreux accords de libre-échange permettant un accès privilégié aux marchés internationaux ».

Il a souligné que « c’est en valorisant le capital humain que nous pourrons bâtir la mine 5.0, la « green mine« , et des écosystèmes miniers durables au service des générations futures ».

Leila Benali : le vrai travail commence maintenant

Lors de son allocution, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable a indiqué que, dans une économie mondiale qui évolue rapidement, la demande en minerais peut doubler en seulement quelques mois.

« Le rythme du changement technologique, la complexité des nouvelles chaînes de valeur et la nature mondiale de la transition énergétique exigent une intelligence collective, des standards alignés et une action coordonnée à l’échelle de tout un continent », a déclaré Leila Benali.

Au Maroc, la ministre a rappelé que son département de transition énergétique avait déjà mis en œuvre plusieurs opérations en faveur de l’émergence du secteur minier :

« L’expérience du Maroc n’est pas une finalité. C’est une trajectoire, qui nous a fait comprendre, avec clarté et humilité, qu’aucun pays ne peut avancer seul ou s’adapter seul aux transformations globales », a expliqué Leila Benali.

« C’est précisément pourquoi l’Afrique doit agir avec ambition, cohésion et une vision claire de ses propres intérêts. L’Afrique a besoin d’une approche qui protège ses ressources, valorise son potentiel humain et transforme sa richesse géologique en prospérité durable.

La déclaration de Marrakech : un premier acte africain fondateur pour catalyser la vitesse de l’émergence minière du continent

Discutée pour la première fois durant l’IMC 2024, cette 2ᵉ édition a servi d’occasion, via l’appel de Marrakech, pour concrétiser un cadre ESG africain. Elle permet ainsi de placer le Maroc en tant que maillon essentiel du premier corridor africain Origine-Transit-Certification (OTC) des métaux critiques.

« Cette déclaration n’est pas marocaine. Elle est africaine. Elle appartient à chaque nation africaine et marque l’entrée de l’Afrique dans une nouvelle ère – une ère où nous définissons nos propres règles et déterminons la valeur de nos propres ressources », a exposé la ministre de la Transition énergétique.

Entre la 1ʳᵉ et la 2ᵉ édition, plusieurs actions ont été menées en concertation avec des ministres africains des Mines pour concrétiser cette déclaration, suite à l’appel de Nairobi et à l’appel de Nouakchott.

En tant qu’acte fondateur, la Déclaration de Marrakech vise à établir un cadre ESG africain (environnement, social et gouvernance) conçu comme un modèle mondial de responsabilité minière, où les ressources contribuent à la stabilité, à la prospérité et à la souveraineté du continent.

Pour réussir, ce cadre doit renforcer la confiance entre gouvernements, investisseurs et citoyens, faciliter l’accès à un financement durable grâce à des normes adaptées aux réalités africaines, promouvoir la création de valeur locale et la transformation des minéraux en Afrique, et renforcer la coopération régionale.

Le cadre s’appuie sur de nouveaux principes issus de l’acronyme AFRICA : Responsabilité, Équité, Résilience, Inclusion, Coopération et Ajout de valeur, qui en constituent le fondement.

La Déclaration de Marrakech précise que la mise en œuvre du Cadre ESG africain sera facilitée par un secrétariat technique assuré par le ministère de la Transition énergétique marocaine. Toutes les règles de gouvernance, d’accès et de certification seront définies collectivement et exercées sous la pleine souveraineté des pays africains.

Par ailleurs, un comité ESG représentatif des pays membres sera institué. Il se réunira deux fois par an afin d’assurer la gouvernance et le suivi de la mise en œuvre, avec une plateforme numérique servant de registre officiel.

En marge de cette édition et afin d’accélérer la concrétisation des acquis, le ministère de la Transition énergétique et Africa Minerals Strategy Group (AMSG) ont signé un mémorandum d’entente pour accélérer la mise en œuvre de plusieurs initiatives continentales majeures coordonnées par le Maroc, notamment le cadre africain ESG et le corridor Origine-Transit-Certification.

L’arsenic, la face cachée mais stratégique de l’industrie minière marocaine

Le Maroc abrite une production importante de plus de cinq métaux critiques (phosphate, cobalt, manganèse, cuivre, zinc) et dispose du potentiel de développer d’autres ressources stratégiques comme le graphite et le lithium.

À ces ressources s’ajoute l’arsenic, souvent perçu comme une source de pollution plutôt qu’une richesse minière. Rivalisant avec la Chine, le Maroc est le troisième producteur mondial de ce métalloïde. Sa demande future est promise à la croissance, portée par ses applications diversifiées, notamment dans les industries de haute technologie.

Bien que son prix soit actuellement sous-évalué, il pourrait potentiellement augmenter, à l’image de l’antimoine, en raison de la guerre commerciale qui s’amplifie entre la Chine et les États-Unis, le secteur des semi-conducteurs étant un enjeu majeur de ce conflit.

Quelles sont les utilisations stratégiques de l’arsenic dans l’industrie ?

L’arsenic, au-delà de sa toxicité et de son usage historique dans les pesticides, est un élément stratégique dont les applications technologiques et industrielles sont variées. Il est particulièrement valorisé pour ses propriétés dans les domaines de pointe et les alliages.

L’arsenic de haute pureté est utilisé pour fabriquer des semi-conducteurs à base d’arséniure de gallium, des composants essentiels pour les industries militaire, spatiale et des télécommunications. L’émergence de la technologie 5G a particulièrement favorisé l’utilisation des puces en arséniure de gallium au détriment du silicium. En effet, ce matériau génère moins de bruit dans les hautes fréquences, offre une vitesse des électrons cinq fois plus élevée et permet d’atteindre des fréquences de fonctionnement bien supérieures.

L’arsenic est incorporé en faibles quantités dans divers métaux afin d’en améliorer significativement les caractéristiques physiques et chimiques. Dans l’industrie automobile, particulièrement pour les véhicules thermiques, il est intégré aux alliages de plomb utilisés dans la fabrication des batteries de stockage. Au-delà des batteries, l’arsenic est également employé pour accroître la dureté et la résistance à la corrosion d’autres alliages métalliques.

Sur le plan chimique, l’arsenic intervient, bien qu’en quantités désormais faibles et strictement réglementées, dans la composition de certains produits finis. Des composés arsénicaux sont historiquement et parfois encore utilisés dans la production de pigments et de colorants. Ces substances chimiques ne se limitent pas à conférer des couleurs spécifiques ; elles améliorent également la stabilité des produits. Ces applications concernent notamment des secteurs comme l’industrie textile et la production de papier.

Le potentiel marocain en arsenic

Le Maroc est le troisième producteur de ce minerai, se classant derrière le Pérou et la Chine, et ce, malgré l’absence d’une mine dédiée exclusivement à l’extraction de l’arsenic.

Le marché américain représente un débouché d’exportation important dont il dépend, notamment pour la fabrication des semi-conducteurs, un secteur où les États-Unis se placent en tête mondiale.

Au Maroc, le trioxyde d’arsenic est produit au niveau du complexe métallurgique de Guemassa, aux environs de Marrakech, en tant que sous-produit minier. De même, en Chine (premier producteur mondial), les stocks de résidus d’exploitation minière, en particulier ceux des mines d’or et de cuivre, sont traités pour extraire l’arsenic métallique qu’ils contiennent.

L’arsenic est un élément largement répandu qui est souvent associé aux minerais de cuivre, d’or, de plomb et à d’autres métaux non ferreux. La diversité minière marocaine offre plusieurs opportunités pour l’exploitation de ce métalloïde en tant que sous-produit, notamment à partir des gisements plombo-zincifères qui peuvent abriter l’arsénopyrite, par exemple.

Quand l’arsenic dans la production minière représente-t-il un danger ?

Au Maroc, il existe plusieurs anciens sites miniers qui ont été impactés par le drainage minier acide, notamment par la contamination à l’arsenic, qui constitue une source de pollution importante. Les exemples notoires sont la mine abandonnée d’Aouli dans la région de Midelt et celle de Kettara aux environs de Marrakech.

Ce risque de pollution n’est pas dû au simple fait qu’une roche puisse contaminer naturellement l’eau, ni ne peut être évité par l’interdiction de projets miniers. Il est, en grande partie, la conséquence de l’absence de l’obligation de réhabilitation minière au cours du siècle dernier.

Avec la prolifération de plusieurs projets miniers, il serait donc plus opportun de développer la valorisation des produits arsénifères qui pourraient être exploités dans divers secteurs industriels. Leurs prix devraient augmenter sur le marché mondial en raison d’un nombre limité de producteurs et de leurs utilisations vitales, notamment dans l’industrie technologique.

De là émerge un énorme potentiel, encore sous-exploité, dans le secteur minier, notamment celui de la valorisation des sous-produits. Cette opportunité se présente alors que l’attente est longue d’une prochaine réforme de la loi 33-13 sur les mines, qui promet plusieurs nouvelles dispositions majeures :

Ressources minières : une cartographie des métaux stratégiques et critiques au Maroc

Le développement des énergies renouvelables et des voitures électriques dépend des métaux critiques, dont les terres rares. Dans les années à venir, le prix de ces métaux devrait augmenter de manière exponentielle, ce qui représente un défi majeur pour la compétitivité de ces deux secteurs majeurs pour l’économie marocaine et exige du gouvernement de repenser l’industrie minière.

Certes, aucun pays ne peut disposer de l’ensemble des matériaux nécessaires à son économie. Cependant, posséder un maximum de ressources stratégiques et être géographiquement proche des sources d’approvisionnement, tout cela permet de réduire la dépendance vis-à-vis des importations et de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

Actuellement, la majorité des métaux importants pour l’industrie sont produits par un nombre restreint de pays, particulièrement la Chine, qui possède les plus grands gisements de Terres rares.

Conscient de son importance pour le développement industriel, le Maroc a mis en place plusieurs stratégies, dont le plan Mines 2021-2030, afin de mieux explorer les potentialités de son sous-sol. Cependant, hormis les phosphates, le pays n’arrive pas à développer d’une manière significative le secteur minier, qui reste en deçà de son potentiel.

Invitée du Conseil national de l’entreprise (CNE) de la CGEM, Leila Benali, ministre de la Transition Energétique et du Développement Durable, avait annoncé une nouvelle réforme du secteur minier marocain. Cette initiative devrait permettre une refonte totale du secteur minier hors phosphates par l’augmentation de l’investissement moyen annuel dans l’exploitation et la recherche minière, la promotion d’un secteur minier durable et la valorisation des métaux stratégiques.

Métaux stratégiques et métaux critiques, source de confusion

En mars 2024, le Conseil de l’Union européenne a adopté le règlement sur les matières premières critiques connues sous le nom de Critical Raw Materials Act (CRMA). Ce nouveau règlement fait partie du plan industriel du Pacte vert qui devrait permettre d’une part à l’Europe de migrer vers la neutralité carbone et d’autre part de se positionner comme Hub des technologies vertes. Ce plan intègre l’objectif « REPowerEU » dont l’ambition principale est d’abandonner les moteurs à combustion thermique à l’horizon 2035.

Ce règlement, qui s’inscrit dans un contexte mondial de tensions géopolitiques et de transition énergétique, vise à renforcer toutes les étapes de la chaîne de valeur des matières premières critiques européennes en améliorant la capacité de l’Union européenne à surveiller et à atténuer les risques de perturbations de l’approvisionnement. Portée par les engagements climatiques, la nouvelle loi a établi deux listes distinctes de matières premières : critiques et stratégiques. Souvent, sources de confusion, les métaux stratégiques et les métaux critiques sont deux termes distincts :

Ainsi, le nouveau règlement a arrêté une liste de 34 métaux critiques dont l’approvisionnement est jugé crucial pour l’économie européenne. Parmi ces métaux, 17 sont considérés comme stratégiques en raison de leur dépendance pour l’industrie de technologie verte. Outre la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement des métaux stratégiques et critiques, le CRMA opte pour bâtir une souveraineté minière à travers un plan 2030 où 10% de la consommation provient de l’extraction dans l’UE, au moins 40% proviennent de la valorisation, 25% issus du recyclage et 65% au maximum de la consommation de chaque matière critique en provenance d’un seul pays.

De même, les États-Unis possèdent leur liste de métaux critiques établie par l’Energy Act of 2020. Pour les besoins d’une énergie électrique propre, le Département de l’Énergie américain a choisi 18 métaux critiques pour sa transition énergétique : aluminium, cobalt, cuivre, dysprosium, fer doux, fluor, gallium, iridium, lithium, magnésium, graphite naturel, néodyme, nickel, platine, praséodyme, silicium, carbure de silicium et terbium.

A l’échelle globale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a établi une liste de 50 métaux critiques dont l’importance pour l’énergie et le risque de rupture d’approvisionnement sont élevés. Cette liste, qui n’est pas exhaustive, est révisée régulièrement en fonction de l’actualité et des changements dans le paysage énergétique.

Matrice de criticité des minéraux critiques à moyen terme de l’acte de l’énergie 2020 des Etats-Unis.

L’examen de la matrice de criticité des métaux montre que les Terres rares font partie des métaux les plus exposés aux risques de rupture. Les Terres rares sont au nombre de 17 métaux appartenant au même groupe chimique. Elles présentent des propriétés exceptionnelles qui les rendent essentielles pour de multiples utilisations (médecine, défense, énergie…).

Ces éléments sont souvent dispersés et rarement concentrés, et c’est la Chine et la Russie qui abritent respectivement la majorité des réserves découvertes. Pour sa part, le continent africain dispose de réserves raisonnables de Terres rares. Le Burundi est le premier pays africain à avoir démarré l’exploitation des terres rares.

D’autres pays aux réserves prometteuses, comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Malawi, la Namibie et Madagascar, ont quant à eux lancé à des stades différents leurs projets miniers de terres rares.

Le Maroc, ressources minières diversifiées

Dans cette course mondiale vers la sécurisation des ressources minières, notamment les minéraux critiques et stratégiques, comment se positionne le Maroc et de quoi dispose-t-il ?

Le sous-sol marocain regorge d’un ensemble de ressources minières, dont les plus importantes sont les phosphates. Il dispose actuellement des trois-quarts des réserves mondiales de phosphates. La pandémie et la crise russo-ukrainienne ont entraîné une flambée de la demande en phosphates, accentuant l’importance stratégique de cette ressource pour le Maroc. A ce stade, la sécurité alimentaire mondiale est impossible sans les phosphates marocains.

En plus des grandes réserves de phosphates, le Maroc dispose d’autres ressources minières dont le cobalt, l’argent et le cuivre. Au cours des dernières années, il s’est affirmé comme une destination de choix pour les acteurs de l’industrie des batteries électriques, avec la multiplication des annonces et l’installation effective du géant chinois BTR New Material Group spécialisé dans la fabrication de cathodes.

Cette dynamique est due à la croissance de la demande en voituress électriques, la position stratégique du Royaume à proximité de l’Europe, et aussi par les potentialités minières dont dispose le Maroc, par exemple le cobalt élément essentiel dans la fabrication des batteries électrique. Cette situation devrait être encore renforcée par les opportunités offertes par les nouvelles batteries électriques LFP (Lithium Fer Phosphates, LiFePO4) où le Maroc peut garantir un accès stable à d’énormes réserves de phosphates.

En réponse aux enjeux du changement climatique, la valeur ajoutée du secteur minier marocain a été renforcée par l’engagement de plusieurs acteurs envers la neutralité climatique. Le groupe Managem a été pionnier dans ce domaine en signant des contrats d’approvisionnement en cobalt avec les constructeurs automobiles Renault et BMW. Ces contrats garantissent un approvisionnement durable en cobalt, élément essentiel pour la fabrication des batteries électriques. D’autres entreprises, comme AYA, s’apprêtent à suivre le même chemin en se connectant au réseau électrique émanant des énergies renouvelables.

A ce jour, aucun règlement ni stratégie n’ont fixé les métaux stratégiques et critiques essentiels pour le développement industriel. Cependant, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a pris l’initiative de combler ce vide l’année dernière à travers une auto-saisine.

Cette étude a réuni les principaux acteurs du domaine minier et a permis de dégager, grâce à une démarche scientifique rigoureuse et adaptée au contexte marocain, une liste de 26 métaux stratégiques et critiques du Maroc. Notre pays dispose de 7 des 26 métaux critiques répertoriés, marqués dans le tableau ci-dessous en rouge.

Aluminium Lithium Terres rares Phosphates
Borates Magnésium Tungstène Cuivre
Chrome (Ferro-Chromium) Molybdène Barytes Nickel
Etain Niobium (Ferro-Niobium) Cobalt Potasse
Germanium Sélénium Fluorine Soufre
Graphite Silicium Manganèse Titane

L’avis du CESE a révélé que le développement du secteur minier marocain est freiné par l’absence d’une feuille de route capable d’encadrer les activités liées à ces métaux et de répondre aux enjeux futurs du secteur. Sans stratégie claire d’approvisionnement en ces métaux critiques, nous sommes contraints à l’importation, avec tous les risques que cela implique ; la volatilité des prix et les ruptures d’approvisionnement constituant des menaces majeures pour notre secteur industriel en pleine régénération.

Pour garantir aux entreprises marocaines une meilleure place dans les chaînes de valeur mondiales, le Conseil avait recommandé la nationalisation de la valorisation des minerais stratégiques et critiques et de créer une banque de projets industriels axés sur la transformation de ces ressources en produits finis à haute valeur ajoutée, en tirant parti des ressources nationales et ceux valorisés. Le Conseil a également préconisé la création d’une structure de coordination « Mines-Industrie », permettant de garantir une meilleure synergie, une exploitation optimale des ressources nationales et une veille stratégique sur les métaux critiques et stratégiques.

Le Maroc, acteur engagé dans la transition énergétique, possède de nombreuses ressources stratégiques pour les technologies vertes. Ci-dessous, une cartographie de nos principales exploitations, hors phosphates, mettant en lumière l’importance des ressources dont recèle notre sous-sol.

Le cobalt, 2e producteur africain

Le cobalt est un métal stratégique utilisé principalement dans les batteries de lithium et dans la fabrication d’aimants, éléments essentiels pour les éoliennes. Son importance stratégique réside dans le fait qu’il n’est produit que dans 17 pays, dont le Maroc.

L’exploitation nationale est assurée principalement par la mine de Bouazzer, qui a produit environ 798 tonnes de cuivre en 2023. Dans la région de Taouz, il existe de petits gisements de cobalt sous forme de stockwerks qui font l’objet d’une exploitation, mais dont les réserves sont limitées.

L’argent, 1er producteur africain

Le marché de l’argent est actuellement sujet à des fluctuations importantes et parfois soudaines, le rendant sensible aux spéculations et aux mouvements économiques globaux. Plusieurs éléments contribuent à cette volatilité, dont son utilisation importante dans le monde industriel et le fait que les banques centrales ne l’achètent pas, contrairement à l’or. Ainsi, ce métal précieux trouve ses applications principales dans la fabrication des conducteurs électroniques et des panneaux photovoltaïques.

Au Maroc, le principal gisement d’argent est celui d’Imiter qui a pu produire 111 tonnes d’argent au cours de l’année 2023. Le développement de la mine de Zgounder par l’opérateur canadien AYA a permis de produire environ 60 tonnes additionnelles d’argent.

Le cuivre, métal clé de la transition énergétique

Le cuivre est un métal indispensable à la plupart des industries, comme l’électronique, l’automobile, les télécommunications et les énergies renouvelables. Il est utilisé dans la fabrication de composants électroniques, de cellules photovoltaïques, de générateurs électriques d’éoliennes, de câbles électriques et bien d’autres produits. Outre sa conductivité électrique, le cuivre est apprécié pour sa résistance à la corrosion et sa capacité à former des alliages très efficaces. Les mines opérées par Managem ont permis d’accumuler une production d’environ 55.639 tonnes de concentré de cuivre en 2023.

Plus au Nord-Ouest, la firme britannique Royal Road explore le prospect d’Alouana. Les analyses préliminaires ont mis en évidence un potentiel cuprifère important associé à d’autres métaux précieux tels que l’argent et l’or.

Le Plomb et le Zinc, production nationale posée

Le plomb et le zinc, deux métaux fréquemment associés dans les gisements naturels, partagent également une utilisation commune : la fabrication de batteries. La production de ces minerais est assurée principalement par la mine de Draa Sfar et Koudiat Aicha, opérées par Managem, et les mines de Tighza et Jbel Aouam, opérées par la Compagnie minière de Touisit.

À un autre niveau, la Centrale d’achat et de développement de la région minière de Tafilalet et de Figuig (CADETAF) joue un rôle crucial dans la promotion des activités minières artisanales de la région de Tafilalet-Figuig. Durant l’exercice de 2019, la CADETAF a pu produire environ 20.000 tonnes de Zinc et 5.000 tonnes de Plomb. En 2021, la production a pu atteindre 23.000 tonnes de Zinc et 7.900 tonnes de Plomb.

Le manganèse, production stratégique

Le manganèse est un minerai stratégique essentiel pour la fabrication des batteries et des aimants utilisés dans les générateurs d’éoliennes. Au Maroc, la production est assurée par l’unique gisement d’Imini, situé à 45 km au nord-ouest d’Ouarzazate et opéré par la Société anonyme chérifienne d’études minières (SACEM) depuis 1929.

La prospection des terres rares, projets en cours de développement

Le Maroc dispose de plusieurs indices de terres rares, dont les ressources du gisement du Mont Tropic ont été confirmées. L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) poursuit son programme d’exploration et de promotion d’un ensemble de prospects miniers de terres rares onshore. Par exemple, les travaux préliminaires dans le massif de Tamazight (près de Midelt) ont permis de mettre en évidence des occurrences de quelques éléments de terres rares.

En l’absence d’investisseurs pouvant financer des travaux d’exploration plus poussés, il ne peut y avoir aucune exploitation à court terme de ces prospects de terres rares.