Métaux de transition énergétique : la flambée des cours, une aubaine stratégique pour le Maroc

La tendance haussière de l’argent se confirme, mais elle ne concerne pas uniquement ce métal. D’autres métaux stratégiques devraient suivre la même trajectoire, portés par des risques croissants de pénuries d’approvisionnement et des crispations géopolitiques observées depuis janvier, qui pourraient encore gagner en ampleur dans les mois à venir.

Malgré sa position de premier producteur limitée à quelques métaux spécifiques, le Maroc bénéficie d’une diversité minière qui lui permet de tirer parti de la conjoncture favorable des marchés des métaux. Outre ses productions de cuivre, cobalt, zinc et manganèse, il développe activement de nouvelles ressources stratégiques telles que le lithium, l’étain, l’antimoine, le nickel et le graphite…

Face à la montée du protectionnisme et aux restrictions d’exportation, les cours des métaux ont connu une forte hausse. Cette tendance devrait perdurer en 2026, surtout pour le cuivre, considéré comme le nerf de l’économie, et le cobalt, essentiel aux batteries lithium-ion. De même, l’étain poursuit sa hausse, porté par les besoins en soudures électroniques pour les réseaux 5G et l’émergence rapide des data centers.

Le cuivre a dépassé le seuil de 13.000 dollars la tonne

À la Bourse des métaux de Londres (LME), le cuivre a franchi la barre des 13.000 dollars la tonne ce mardi 6 janvier 2026, confirmant une tendance haussière amorcée en novembre dernier au-delà du seuil des 11.000 dollars. Bien que le cours ait connu un léger repli ce 9 janvier pour se stabiliser autour de 13.000 dollars, le niveau demeure historiquement élevé et plusieurs indicateurs laissent présager de nouvelles envolées au cours de l’année.

Évolution des cours du cuivre dans le marché des métaux de Londres.

Selon les estimations de Bloomberg, le marché du cuivre devrait basculer en 2026 vers un déficit structurel où l’offre sera, pour la première fois, très serrée pour répondre à la demande mondiale. Ce resserrement marque une rupture avec l’année 2025 durant laquelle l’offre restait légèrement excédentaire malgré des fermetures temporaires de grandes mines ayant contenu la production. Outre les besoins liés à la transition énergétique, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et des centres de données crée un nouveau segment de consommation massive qui ne fait que commencer.

Au Maroc, l’année 2025 a constitué un tournant avec l’entrée en service de la mine de Tizert. Avec une projection de 110.000 tonnes, ce site permet au groupe Managem de doubler sa production nationale de cuivre. L’ambition du groupe va plus loin avec le projet de construction d’une fonderie destinée à valoriser cette production locale par la fabrication, pour la première fois dans le Royaume, de cathodes de cuivre.

La production du cuivre au Maroc est assurée par d’autres acteurs auxquels apparait la mine de Jbiel aux environs de Kelaa de Seraghna par l’entreprise Kharouba Copper Mining (KCM) qui produit environ 1.000 tonnes de concentré, alors que la mine d’Oumejrane, cédée par Managem, est actuellement objet d’un redéveloppement en vue de son redémarrage proche.

S’ajoute à cela, le projet d’une mine en cours de développement par la Compagnie minière de Touissit (CMT) sur le gisement de Tabaroucht, dans la province d’Azilal. Celui-ci devrait à son tour ouvrir une nouvelle voie de production de cuivre pour le pays.

Cobalt : une flambée des cours exacerbée par les tensions sur l’offre mondiale

Le cours du cobalt a enregistré une progression spectaculaire, passant d’environ 24.300 dollars la tonne début 2025 à près de 55.800 dollars, soit une hausse annuelle d’environ 130 %. Cette flambée s’explique principalement par les restrictions à l’exportation imposées par la République Démocratique du Congo (RDC). Bien que ce pays ait récemment levé certaines interdictions, les volumes autorisés restent très limités, laissant présager une offre mondiale contrainte tout au long de cette année.

Évolution du cobalt dans le marché des métaux de Londres.

Dans ce contexte, le groupe Managem s’apprête à lancer en 2026 sa nouvelle usine de production de sulfate de cobalt à Guemassa. Ce projet industriel permettra de mieux valoriser le minerai issu de Bou Azzer, l’unique mine de cobalt active au Maroc, en visant une capacité annuelle de 3.500 tonnes de sulfate de qualité batterie.

Cependant, contrairement à d’autres métaux stratégiques, les projets d’exploration dédiés au cobalt demeurent rares. L’exploration se concentre essentiellement sur les travaux menés par l’ONHYM, qui s’efforce de développer certains périmètres prometteurs afin de « dérisquer » l’investissement futur dans cette filière.

L’étain s’approche du seuil de 50.000 dollars la tonne

Le cours de l’étain a connu une progression significative, passant d’environ 30.000 dollars la tonne en janvier 2025 à près de 44.500 dollars, grâce à une hausse soutenue amorcée dès novembre 2025, soit une augmentation annuelle de 48 %.

L’évolution annuelle du cours de l’étain dans le marché de Londres LME.

Ce métal se caractérise par une forte volatilité due à un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, une tension qui propulse actuellement sa valeur vers le seuil symbolique des 50.000 dollars la tonne.

Contrairement au cuivre ou au cobalt, le Maroc ne produit pas encore d’étain bien qu’il dispose, près de Khémisset, du gisement d’Achmmach. Ce site est considéré comme l’un des cinq plus grands projets d’étain non développés au monde avec des ressources estimées à 39,1 millions de tonnes à une teneur de 0,5 %, soit un potentiel de 213.000 tonnes de métal pur.

L’ancien opérateur a toutefois cédé cet actif à Xingye, une entreprise chinoise spécialisée dans les métaux non ferreux. Le repreneur devra engager un redéveloppement complet nécessitant du temps et des investissements pour la construction d’une mine souterraine, tandis que l’acquisition parallèle de la mine d’El Hammam pourrait offrir des perspectives d’exploitation à ciel ouvert.

Outre une offre mondiale restreinte, la consommation d’étain est appelée à croître avec le déploiement rapide de la 5G et le rôle stratégique que ce métal pourrait jouer dans les futures générations de batteries. Au-delà du projet Achmmach, le sous-sol marocain recèle d’autres indices prometteurs qui se trouvent encore à un stade précoce de développement.

Comment la flambée des cours des métaux stimule l’investissement dans l’exploration

À l’échelle mondiale, cette dynamique de marché est stratégique pour les juniors miniers qui retrouvent ainsi des marges de manœuvre financières. Cette conjoncture profite directement au Maroc grâce à sa diversité minière, car elle stimule l’investissement dans l’exploration d’un territoire riche en indices encore sous-explorés.

Les investisseurs s’intéressent particulièrement aux anciennes exploitations fermées ou aux sites d’activité artisanale qui constituent des cibles de départ idéales.  Si l’exploration était plus incertaine il y a quelques décennies, les chances de découvrir des gisements sont aujourd’hui décuplées par l’apport des nouvelles technologies à condition de disponibilité d’investissement financier qui, dans le secteur minier, est plus ou moins risqué.

L’utilisation de la géophysique pour détecter les anomalies en profondeur ainsi que le recours à l’intelligence artificielle pour le ciblage permettent d’optimiser les recherches et de réduire considérablement les délais d’analyse.

Pour accompagner cet essor, le ministère de la Transition énergétique devrait lancer le cadastre minier numérique avant mars 2026. Cet outil aura pour double fonction de dématérialiser les processus d’obtention des permis d’exploration auprès de l’administration et d’aider à prospecter plus efficacement les zones les plus opportunes pour la découverte de nouveaux métaux.

Projet cuivre-or Alouana : début imminent des forages par Royal Road Arabia dans la province de Taourirt

Initialement prévue en juin 2024, la compagnie Royal Road a annoncé l’obtention des permis nécessaires pour le début de la campagne de forage du projet minier qu’elle compte développer à Alouana, une région qui a connu des extractions minières historiques à petite échelle et où plusieurs sites de travaux dans des galeries sont encore présents dans la région.

À la suite de l’obtention des autorisations nécessaires, l’entreprise débutera prochainement sa campagne de forage qui cumulera au moins 2.000 mètres et qui devrait commencer une fois construits les accès et les aires de forage.

Photos montrant la minéralisation cuprifère dans la région d’Alouana. À droite : minéralisation en cuivre horizontale (source : Royal Road). À gauche : minéralisation disséminée dans une exploitation souterraine abandonnée.

Bien que la compagnie soit confiante que la minéralisation cuprifère pourrait s’étendre au-delà des filons connus, des travaux de forage supplémentaires seront nécessaires pour confirmer cette hypothèse ainsi que les potentialités apparues à la suite des travaux d’exploration préliminaire. Cette campagne de forage vise principalement à déterminer l’épaisseur de l’empreinte minéralisée et son extension latérale, notamment vers le sud-ouest, afin de se faire une première idée sur la viabilité économique du projet. Ils devront prospecter un système d’auréoles thermiques de cuivre et d’or formées au-dessus et à côté d’une intrusion de granite.

Lors de la phase d’exploration préliminaire, Royal Road a mené des travaux de reconnaissance géologique, géophysique et géochimique. Ces études ont mis en évidence plusieurs potentialités, notamment des échantillons avec des teneurs en cuivre atteignant 4,4% et en or 5,9 g/t, ainsi que des traces de bismuth, d’argent et de tungstène. À la lumière de ces résultats, quatre zones stratégiques ont été identifiées au sein de la zone centrale d’Alouana. Ces zones seront les cibles de la prochaine campagne de forage. Il s’agit de :

 

Carte montrant les résultats des teneurs en cuivre dans le permis d’Alouana, ainsi que les cibles de la prochaine campagne de forage exploratoire (source : Royal Road)

« Les objectifs sont clairs, et les forages ont été soigneusement planifiés afin de tester pleinement le potentiel du système minéralisé d’Alouana. Nous sommes impatients de lancer ce programme », a déclaré Tim Coughlin, président-directeur général de Royal Road.

La compagnie minière opère principalement dans quatre pays : Argentine, Colombie, Arabie saoudite et Maroc.

Au cours du mois dernier, la compagnie d’exploration minière a signé une lettre d’intention pour l’exploration et le développement de la mine de cuivre de Lalla Aziza située aux environs d’Imintanoute. Celle-ci constituera, une fois validée la décision d’investissement, le second projet minier après celui d’Alouana initié en 2023.

Aya Gold & Silver : première coulée d’argent réussie pour une production en hausse d’ici fin 2024

La compagnie minière Aya a annoncé la réussite de la coulée des premiers lingots d’argent à partir de sa nouvelle usine de traitement. Cette étape annonce la finalisation du projet d’expansion de la mine de Zgounder. Les opérations de mise en service sont en cours et respectent le calendrier prévu.

Première coulée de l’argent par cyanuration à Zgounder (crédit : Aya Gold & Silver)

D’une capacité de traitement de 2.000 tonnes de minerais par jour, la nouvelle usine devrait recevoir la roche minérale dès le troisième trimestre 2024 et commencer la production commerciale à partir du quatrième trimestre de l’année en cours. La cyanuration, méthode industrielle de référence pour l’extraction de l’or et de l’argent, utilise des solutions de cyanure pour dissoudre sélectivement l’or et l’argent présents dans les minerais, permettant ainsi leur récupération sous forme de composés solubles.

Actuellement, les opérations de mise en service de l’usine testent le traitement par voie humide. Les phases initiales, comprenant notamment les essais sur la rotation du broyeur à boulets et une partie du circuit d’eau, ont été menées à bien. En parallèle, les équipements tels que les réservoirs, les réacteurs et les épaississeurs ont subi avec succès des essais hydrostatiques, témoignant de l’avancement global des travaux.

En tant que deuxième producteur national d’argent, derrière Managem, AYA a établi un record de production en 2023 avec 1.97 million d’onces d’argent. Cette tendance positive devrait se poursuivre grâce à l’extension de la mine de Zgounder et à la mise en valeur des prospects miniers en cours de développement, notamment le projet Boumadine situé à proximité de Tinejdad.

Ressources minières : l’Afrique en voie de devenir un acteur majeur de la transition énergétique (2/2)

La course vers les métaux africains s’intensifie, car ils représentent pour l’Europe et les États-Unis la meilleure alternative au monopole minier de la Chine. L’abondance des ressources minières, le faible coût d’exploitation, le taux d’exploration relativement bas du continent, la proximité de l’Europe et l’urgence de la transition énergétique sont autant de paramètres qui attirent de plus en plus d’investissements miniers extérieurs.

Dans une première partie, nous avons mis en lumière la richesse et la diversité des minerais stratégiques présents dans le sous-sol africain. Ces ressources, cruciales pour la transition énergétique, font du continent un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement. Cependant, cette richesse ne se traduit pas dans la réalité sociale et économique de nombreux pays africains, qui continuent de lutter contre la pauvreté, l’insécurité, le chômage et les pandémies. Cette course effrénée vers les métaux stratégiques place le continent face à un dilemme : il doit saisir cette opportunité pour relancer son développement tout en préservant la durabilité de ses ressources.

En l’absence d’une vision commune, cohérente et stratégique, la situation actuelle risque, si elle n’est pas bien gérée, d’aggraver les problèmes sociaux et environnementaux plutôt que de faire profiter les populations de ces richesses, en particulier dans les pays qui dépendent principalement de ces ressources.

Les retardateurs du secteur minier africain

Plusieurs pays africains accusent un retard considérable en matière de développement économique. La population ne profite guère de ces ressources naturelles, et ce pour plusieurs raisons, dont certaines relèvent d’un héritage historique dont le continent peine à se libérer.

En premier, l’exportation de matières premières brutes reste la pratique dominante, en raison du manque d’infrastructures de valorisation et de transformation. Cette situation prive les pays africains de la valeur ajoutée générée par la transformation et leur donne un désavantage économique par rapport aux pays qui importent ces matières premières et les transforment en produits finis.

L’industrie extractive africaine se caractérise par une dualité entre l’exploitation artisanale et industrielle. Cette dichotomie alimente le trafic illégal de minerais, prive les États de ressources fiscales importantes et expose les mineurs à des conditions de travail précaires et inhumaines.

Exploitation artisanale d’une mine d’Or (Crédit: Reuters)

S’ajoutent à cela les contrats d’exploitation, mal négociés ou issus de l’héritage colonial, souvent désavantageux pour les États, qui ne permettent pas un contrôle adéquat sur les ressources naturelles et qui ne reflètent pas la juste valeur des minerais exploités, ce qui prive les États de recettes fiscales importantes. L’absence de compétences de négociation de nombreux pays face à ces entreprises minières fait de ces contrats miniers un obstacle majeur au développement économique plutôt qu’une opportunité, et transfère le contrôle de ces minerais des États vers les compagnies minières. En ce moment, plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo, première réserve mondiale de cobalt, ont annoncé ou sont en cours de renégociation de contrats d’exploitation de leurs principales mines.

Un continent au cœur des enjeux géopolitiques

Durant les dernières années, les tensions politiques n’ont cessé d’augmenter dans plusieurs pays africains, ce qui a conduit à de grandes ruptures d’approvisionnement en métaux stratégiques et a entraîné la montée rapide de leurs prix. Ces tensions politiques ont principalement conduit à la diminution de la sécurité et ont favorisé l’entrée de groupes de mercenaires étrangers sous l’appellation de forces de sécurité privées qui avait pour objectif initial la sécurisation des mines importantes, en particulier l’or.

Outre les problèmes politiques, la menace terroriste s’intensifie avec la présence grandissante de Da’ech en Afrique. Récemment, une crise humanitaire de grande ampleur est en train de se développer suite à de nouvelles vagues d’attaques terroristes dans la province de Cabo Delgado, provoquant la fuite d’environ 80.000 personnes.

Crise de Cabo Delgado: plus de 500 familles ont été contraintes de quitter leur foyer dans la communauté de Mumane, située à proximité de Montepuez, une région connue pour son exploitation du rubis (source: Médecins Sans Frontières).

Située au nord du Mozambique, la région de Cabo Delgado abrite d’importantes ressources minières, dont l’exploitation de graphite et des pierres précieuses, ainsi que des champs gaziers offshore. L’insécurité croissante dans la région représente une menace sérieuse pour l’activité de plusieurs sites miniers importants pour le pays. Cette situation pourrait entraîner un manque à gagner important pour les compagnies minières et l’État. Outre la baisse des recettes fiscales provenant de l’activité minière, l’État est dans l’obligation de consacrer des ressources supplémentaires au renforcement de ses capacités militaires, au lieu d’investissements au service des défis sociaux et économique du pays.

Les projets phares de valorisation minière

La route de métaux : le corridor de Lobito

Le Corridor de Lobito est un projet d’infrastructures visant à relier les mines de la région minière frontalière entre la République Démocratique du Congo et la Zambie, au port de Lobito en Angola, sur la côte atlantique. A travers ce projet, un chemin de fer existant d’une longueur de 1.300 km devrait se connecter aux différentes infrastructures minières du Copperbelt. À l’achèvement du projet, le délai de transport des métaux du Copperbelt sera réduit à 20 jours, contre 40 à 35 jours par la route. Ce nouveau corridor offre un itinéraire alternatif, rapide et plus efficace pour l’exportation des minerais vers les marchés internationaux.

Chemin du corridor ferroviaire pour l’acheminement des minerai provenant de la zone à vocation minières (en couleur orange) vers le port de Lobito.

Avec un soutien technique et financier des États-Unis et de l’Union Européenne, ce projet d’infrastructure permettra de renforcer la chaîne de valeur d’approvisionnement en métaux critiques et stratégiques dont disposent la République démocratique du Congo et la Zambie. Exploité par Lobito Atlantic Railway, les concentrés de cuivre extraits des mines congolaises et zambiennes seront acheminés par le corridor de Lobito vers la Zambie pour leur valorisation avant d’être transportés vers le port de Lobito en Angola pour l’exportation.

L’initiative atlantique Maroc-Pays du Sahel

Lancée par le Roi Mohammed VI à l’occasion du discours de la 48e marche verte, l’Initiative Atlantique a pour objectif de faciliter l’accès des pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad) aux marchés internationaux via la façade atlantique marocaine. Ce projet stratégique vise à mieux commercialiser et valoriser leurs produits, en particulier leurs ressources minières. A travers cette initiative, les pays du Sahel pourront ainsi renforcer leur contrôle sur leurs richesses et bâtir un avenir prospère pour leurs populations.

Le projet du port de Dakhla Atlantique, en cours de construction, constituera le maillon principal de cette initiative. Ce nouveau projet est ambitionné pour être d’envergure internationale, à l’instar du succès réalisé dans le port de Tanger Med et qui permettra aussi de renforcer son lien avec ses partenaires africains.

Actuellement, l’initiative fait l’objet de concertations entre le Maroc et les pays du Sahel concernés. Ces derniers ont exprimé leur accord de principe et manifesté un vif intérêt pour ce projet qui vise à bâtir des partenariats stratégiques.

Le projet de construction d’usine de fertilisants en Nigéria

Conscient de l’importance de la dimension africaine, le Maroc développe de bons exemples de partenariats avec plusieurs pays africains. Dans le domaine minier, cette politique se concrétise par l’importance accordée à l’Afrique par OCP.

Initié par la création d’OCP Africa, le géant de la production de phosphates et dérivés s’est engagé dans la durabilité du continent à travers des projets fondés sur la reconnaissance des besoins des pays africains partenaires, en tenant compte des caractéristiques des sols de chaque pays. Parmi les projets phares du groupe qui permettront une meilleure coopération entre les pays africains figure la construction d’une usine d’engrais azotés à l’Est du Nigéria. Cette usine permettra de produire 1 million de tonnes d’engrais azotés. Grâce à cette synergie entre les ressources phosphatées marocaines et les ressources gazières nigériennes, le Nigéria pourra ainsi produire ses propres engrais phosphatés.

Vers un secteur minier africain prospère et responsable ?

« Face à la communauté des destins qui caractérisent ses peuples et aux enjeux du futur, l’Afrique doit choisir soit de s’intégrer pour progresser et prospérer ensemble dans une perspective de co-développement, soit de demeurer un simple agrégat pour stagner et dépérir immanquablement »

Félix Tshisekedi, Président de la République démocratique du Congo.

A travers sa vision minière, l’Union africaine ambitionne d’encadrer les pays africains pour une meilleure gestion des ressources naturelles permettant la prospérité économique des pays membres. Pour y arriver, six orientations stratégiques ont été définies, dont le renforcement de la durabilité, la gouvernance et l’établissement de plateforme d’infrastructure africaine compétitive permettant de mieux se positionner dans le marché des capitaux au niveau international.

En quête de sa ratification par au moins 15 pays membres, le Centre africain de développement, en tant qu’agence spécialisée de l’Union africaine, permettra de mieux concrétiser cette vision et les objectifs de développement de l’Agenda 2063. Il apportera également une assistance technique aux pays africains afin de promouvoir la durabilité de leurs ressources.

À présent, plusieurs pays africains ont compris l’importance des enjeux de durabilité et travaillent à mieux utiliser leurs ressources pour le développement économique du pays. La numérisation du secteur permettra d’accroître la transparence, de garantir les droits de l’État et d’instaurer la confiance des investisseurs étrangers, notamment par la mise en place d’un cadastre minier.

Il s’agit d’une plateforme géospatiale qui permet de remettre en ordre le secteur de présenter d’une part, en toute transparence, les informations sur les zones minières en activité, fermé ou ouvert pour l’exploitation et d’autre part une plateforme dématérialisé pour les demandes des différents autorisations requis, contrôle des autorisations octroyées ainsi que les décisions du pouvoir exécutif émanant du secteur… Ce type de cadastre a déjà été adopté par plusieurs pays à vocation minière, dont la Guinée, la Tanzanie et l’Afrique du Sud. Au Maroc, le cadastre minier devrait être mis en œuvre dans le cadre de la prochaine réforme de la loi sur les mines.

Ressources minières : l’Afrique en voie de devenir un acteur majeur de la transition énergétique (1/2)

Forte de ses immenses réserves en terres rares, la Chine s’impose comme un leader mondial dans de nombreuses industries technologiques, y compris celles liées aux énergies vertes. Les Etats-Unis et l’Union Européenne cherchent à se libérer de cette dépendance surtout après plusieurs tensions géopolitiques qui ont surgi ces dernières années.

A la lumière d’une récente enquête, l’Institut des États-Unis pour la paix (The United States Institute of Peace, USIP) estime que le continent africain pourrait jouer un rôle important dans la sécurisation de la chaine d’approvisionnement des métaux critiques. Pour contrer tactiquement l’influence de la Chine, l’institut a recommandé de nouer de nouveaux partenariats collaboratifs et mutuellement avantageux avec les nations africaines dans ce domaine.

Dans un article précédent sur les ressources minières du Maroc, nous avons souligné que notre pays est dépendant de l’importation de plusieurs métaux stratégiques, essentiels au développement de son secteur industriel, ce qui expose notre pays aux risques de volatilité des prix et de ruptures d’approvisionnement.

Face à cette course mondiale à l’approvisionnement, doit-on s’orienter davantage vers nos partenaires africains dans le cadre de nouveaux partenariats gagnant-gagnant pour soutenir la compétitivité du secteur industriel national ?

Le potentiel africain en métaux stratégiques

L’Afrique possède un patrimoine naturel d’une richesse et d’une diversité remarquables, englobant des produits agricoles, halieutiques, d’hydrocarbures et de minerais. En matière minérale, le continent détient environ 30 % des réserves mondiales, ce qui en fait un fournisseur majeur de ces ressources. Aujourd’hui, l’Afrique domine la production de plusieurs métaux et accapare la grande part des réserves de plusieurs métaux précieux et stratégiques essentiels à la transition énergétique. Parmi ces ressources, on trouve : 75 % des phosphates, 56 % de Cobalt, 54% de manganèse, 36 % de chrome, 30 % d’aluminium, 40 % de l’or, 90% de platinoïdes…

Sur le plan économique, l’industrie extractive occupe une place prépondérante dans les exportations de la plupart des pays africains. Environ 75 % des pays africains dépendent fortement de ces ressources. Au cours des dernières années, l’économie africaine a connu des taux de croissance importants, principalement tirés par l’exportation des ressources naturelles et des matières premières, stimulés par la demande croissante des pays industrialisés.

Ainsi, certains pays africains, tels que le Maroc, l’Afrique du Sud, le Madagascar, la Tanzanie et la République Démocratique du Congo (RDC), se distinguent sur la scène internationale par leurs réserves en plusieurs minerais stratégiques.

La République démocratique du Congo (RDC), par exemple, figure parmi les pays africains les plus riches en ressources minières. Dotée de vastes gisements de minerais comme l’or, le cobalt, le cuivre, le gaz et le pétrole, la RDC a exporté plus de 25 milliards de dollars de minerais, principalement vers la Chine (60%). Avec plus de 50 % des réserves mondiales de cobalt, la RDC se positionne comme acteur indispensable dans la chaîne de valeur des batteries lithium-ion, éléments essentiels à la fabrication des véhicules électriques.

La mine de cuivre et de cobalt à ciel ouvert de Mutanda, située en République démocratique du Congo.

Parmi les 54 pays que compte le continent africain, chacun se distingue par une remarquable diversité minérale, donnant naissance à une variété de minerais qui lui est propre. Par rapport aux autres continents, l’Afrique demeure le moins exploré en termes de ressources minières et recèle un potentiel immense porté par les nouvelles découvertes qui ne cessent d’augmenter.

Pour son développement, l’Afrique possède un double atout : une population majoritairement jeune et des ressources naturelles abondantes. Cependant, les pays africains doivent unir leurs efforts et leur expertise, accroître la transparence dans la gestion des ressources minières et renforcer leurs capacités de valorisation afin de mieux profiter de ce potentiel.

Dans ce qui suit, nous survolons les principaux producteurs africains de minerais stratégiques essentiels pour la transition énergétique.

La bauxite (Aluminium)

Détenant 1/3 des réserves mondiales de bauxite, minerai naturel d’aluminium, la Guinée en tire sa principale source de devises, se positionnant ainsi en tant que premier producteur mondial. Vulnérable aux ruptures d’approvisionnement, ce minerai figure sur les listes des métaux stratégiques jugés essentiels pour la transition énergétique de l’Union européenne et des États-Unis.

L’aluminium s’impose comme un matériau de choix dans de nombreux secteurs industriels, et plus particulièrement dans les industries de transition énergétique. Dans l’industrie éolienne, il est utilisé pour la fabrication des nacelles et des pales d’éoliennes. Dans le domaine du photovoltaïque, il entre dans la composition des onduleurs des systèmes photovoltaïques. Son utilisation est également largement répandue dans l’industrie automobile, où il contribue à réduire le poids des véhicules et ainsi à améliorer leur consommation de carburant.

A côté de la Guinée, d’importantes réserves de ce minerai sont également présentes dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, tels que le Mali, le Ghana, le Cameroun et la Sierra Leone.

 

Le graphite (naturel)

Élément essentiel à la fabrication des batteries lithium-ion, le graphite est principalement utilisé comme anode dans ces batteries. Primordial pour la transition énergétique, ce minerai est classé à haut risque de rupture d’approvisionnement et figure sur la plupart des listes de minerais critiques.

Les réserves cumulées de graphite en Afrique sont équivalentes voire supérieures à celles de la Chine, qui détient actuellement la plus grande part des réserves mondiales avec environ 78 millions de tonnes. Premier producteur africain de graphite, Madagascar possède non seulement les plus grandes réserves mondiales avec 26 millions de tonnes, mais exploite également un minerai de haute qualité très demandé sur le marché international.

 

Le lithium

Réputée pour ses mégaressources de Cobalt, la République démocratique du Congo possède également les plus importantes réserves de lithium d’Afrique. D’une criticité moyenne, ce minerai est largement utilisé dans la fabrication des batteries et constitue un élément clé de la chaîne de valeur des matières premières pour le stockage d’énergie.

De nos jours, les batteries lithium-ion sont appréciées pour leur capacité à stocker l’énergie de manière efficiente et à la restituer, ce qui s’avère indispensable pour les applications des énergies renouvelables, particulièrement lorsque les conditions météorologiques ne permettent pas la production d’énergie solaire ou éolienne.

 

Le manganèse

L’Afrique assure plus de la moitié de la production mondiale de manganèse, en grande partie grâce aux contributions de l’Afrique du Sud et du Gabon. Ce minerai essentiel entre dans la composition des batteries lithium-ion type NMC (Nickel-Manganèse-Cobalt), appréciées pour leur légèreté, leur résistance et leur capacité de charge rapide. Son utilisation s’étend également à la production d’aimants pour les éoliennes et à la fabrication des cellules des panneaux photovoltaïques.

 

Le cobalt

Également, la majorité des réserves mondiales de cobalt se trouvent sur le continent africain, avec une production dominée par la République démocratique du Congo. Ce minerai crucial entre dans la fabrication des cathodes des batteries lithium-ion, et sa demande est en constante augmentation, notamment en raison de l’adoption croissante des véhicules électriques et de la diminution progressive des moteurs à combustion.
En plus de la République démocratique du Congo, plusieurs pays africains contribuent de manière significative à la production de ce minerai critique, notamment le Madagascar, la Zambie et l’Afrique du Sud. Le Maroc, quant à lui, assure une production convenable provenant de sa seule mine en activité, celle de Bouazzer.

 

Le nickel

Elément important dans la fabrication des batteries, la production de nickel en Afrique est dominée par quelques pays, dont Madagascar qui en assure la plus grande part. Ce minerai essentiel est utilisé dans le processus d’électrolyse pour la production d’hydrogène vert et entre également dans la composition des aimants permanents des éoliennes. La demande en nickel devrait croître en raison de l’essor des marchés des énergies renouvelables et des véhicules électriques, ainsi que de la tendance croissante à substituer le cobalt au nickel dans les solutions de stockage d’énergie.
Bien qu’extrait comme sous-produit d’autres activités minières, la production nationale de nickel demeure relativement limitée face à la demande croissante de ce minerai crucial pour l’industrie.

Le cuivre

La production du cuivre est dominée par la République démocratique du Congo (RDC), qui extrait environ 1,7 million de tonnes de ce métal chaque année. En plus de la RDC, plusieurs pays africains disposent de réserves importantes de cuivre, dont le Maroc, qui se classe au troisième rang des producteurs africains de cuivre avec une production conséquente.
Face à une forte demande mondiale, le cuivre représente environ 70 % de la consommation des minéraux critiques nécessaires à la transition énergétique. Largement utilisé pour ses excellentes propriétés conductrices, le cuivre trouve des applications diverses dans l’industrie : la fabrication de divers composants électroniques, câbles électriques, aimants, systèmes de freinage d’éoliennes, onduleurs photovoltaïques et bien d’autres encore.

 

Les terres rares 

À ce jour, les réserves découvertes de terres rares en Afrique sont estimées à environ 15 % des réserves mondiales. Plus de 100 sites potentiels contenant des ressources en terres rares ont été identifiés sur le continent. Cependant, seulement une dizaine de ces sites ont fait l’objet d’un développement en tant que projets miniers, principalement concentrés dans la région du sud-est de l’Afrique.

Le premier gisement à avoir démarré ses activités est celui du Burundi en 2017. En plus du Burundi, Madagascar a également pu lancer un gisement de terres rares et a produit 2 900 tonnes d’oxydes de terres rares durant l’année 2023. Actuellement, la Tanzanie possède les plus grandes réserves de terres rares découvertes sur le continent, estimées à 890 000 tonnes d’oxydes de terres rares. Deux projets miniers majeurs sont en cours de développement dans ce pays, dont le projet Makuutu.

Situé dans des formations argileuses, le gisement de Makuutu recèle un potentiel important en terres rares lourdes et métaux critiques, hautement prisés pour les applications de haute technologie. Comparés aux autres types de gisements de terres rares, ceux de type argile ionique se distinguent par une forte concentration de ces éléments, ce qui facilite leur extraction et diminue les coûts d’exploitation.

 

 

 

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Ressources minières : une cartographie des métaux stratégiques et critiques au Maroc

Le développement des énergies renouvelables et des voitures électriques dépend des métaux critiques, dont les terres rares. Dans les années à venir, le prix de ces métaux devrait augmenter de manière exponentielle, ce qui représente un défi majeur pour la compétitivité de ces deux secteurs majeurs pour l’économie marocaine et exige du gouvernement de repenser l’industrie minière.

Certes, aucun pays ne peut disposer de l’ensemble des matériaux nécessaires à son économie. Cependant, posséder un maximum de ressources stratégiques et être géographiquement proche des sources d’approvisionnement, tout cela permet de réduire la dépendance vis-à-vis des importations et de renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

Actuellement, la majorité des métaux importants pour l’industrie sont produits par un nombre restreint de pays, particulièrement la Chine, qui possède les plus grands gisements de Terres rares.

Conscient de son importance pour le développement industriel, le Maroc a mis en place plusieurs stratégies, dont le plan Mines 2021-2030, afin de mieux explorer les potentialités de son sous-sol. Cependant, hormis les phosphates, le pays n’arrive pas à développer d’une manière significative le secteur minier, qui reste en deçà de son potentiel.

Invitée du Conseil national de l’entreprise (CNE) de la CGEM, Leila Benali, ministre de la Transition Energétique et du Développement Durable, avait annoncé une nouvelle réforme du secteur minier marocain. Cette initiative devrait permettre une refonte totale du secteur minier hors phosphates par l’augmentation de l’investissement moyen annuel dans l’exploitation et la recherche minière, la promotion d’un secteur minier durable et la valorisation des métaux stratégiques.

Métaux stratégiques et métaux critiques, source de confusion

En mars 2024, le Conseil de l’Union européenne a adopté le règlement sur les matières premières critiques connues sous le nom de Critical Raw Materials Act (CRMA). Ce nouveau règlement fait partie du plan industriel du Pacte vert qui devrait permettre d’une part à l’Europe de migrer vers la neutralité carbone et d’autre part de se positionner comme Hub des technologies vertes. Ce plan intègre l’objectif « REPowerEU » dont l’ambition principale est d’abandonner les moteurs à combustion thermique à l’horizon 2035.

Ce règlement, qui s’inscrit dans un contexte mondial de tensions géopolitiques et de transition énergétique, vise à renforcer toutes les étapes de la chaîne de valeur des matières premières critiques européennes en améliorant la capacité de l’Union européenne à surveiller et à atténuer les risques de perturbations de l’approvisionnement. Portée par les engagements climatiques, la nouvelle loi a établi deux listes distinctes de matières premières : critiques et stratégiques. Souvent, sources de confusion, les métaux stratégiques et les métaux critiques sont deux termes distincts :

Ainsi, le nouveau règlement a arrêté une liste de 34 métaux critiques dont l’approvisionnement est jugé crucial pour l’économie européenne. Parmi ces métaux, 17 sont considérés comme stratégiques en raison de leur dépendance pour l’industrie de technologie verte. Outre la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement des métaux stratégiques et critiques, le CRMA opte pour bâtir une souveraineté minière à travers un plan 2030 où 10% de la consommation provient de l’extraction dans l’UE, au moins 40% proviennent de la valorisation, 25% issus du recyclage et 65% au maximum de la consommation de chaque matière critique en provenance d’un seul pays.

De même, les États-Unis possèdent leur liste de métaux critiques établie par l’Energy Act of 2020. Pour les besoins d’une énergie électrique propre, le Département de l’Énergie américain a choisi 18 métaux critiques pour sa transition énergétique : aluminium, cobalt, cuivre, dysprosium, fer doux, fluor, gallium, iridium, lithium, magnésium, graphite naturel, néodyme, nickel, platine, praséodyme, silicium, carbure de silicium et terbium.

A l’échelle globale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a établi une liste de 50 métaux critiques dont l’importance pour l’énergie et le risque de rupture d’approvisionnement sont élevés. Cette liste, qui n’est pas exhaustive, est révisée régulièrement en fonction de l’actualité et des changements dans le paysage énergétique.

Matrice de criticité des minéraux critiques à moyen terme de l’acte de l’énergie 2020 des Etats-Unis.

L’examen de la matrice de criticité des métaux montre que les Terres rares font partie des métaux les plus exposés aux risques de rupture. Les Terres rares sont au nombre de 17 métaux appartenant au même groupe chimique. Elles présentent des propriétés exceptionnelles qui les rendent essentielles pour de multiples utilisations (médecine, défense, énergie…).

Ces éléments sont souvent dispersés et rarement concentrés, et c’est la Chine et la Russie qui abritent respectivement la majorité des réserves découvertes. Pour sa part, le continent africain dispose de réserves raisonnables de Terres rares. Le Burundi est le premier pays africain à avoir démarré l’exploitation des terres rares.

D’autres pays aux réserves prometteuses, comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Malawi, la Namibie et Madagascar, ont quant à eux lancé à des stades différents leurs projets miniers de terres rares.

Le Maroc, ressources minières diversifiées

Dans cette course mondiale vers la sécurisation des ressources minières, notamment les minéraux critiques et stratégiques, comment se positionne le Maroc et de quoi dispose-t-il ?

Le sous-sol marocain regorge d’un ensemble de ressources minières, dont les plus importantes sont les phosphates. Il dispose actuellement des trois-quarts des réserves mondiales de phosphates. La pandémie et la crise russo-ukrainienne ont entraîné une flambée de la demande en phosphates, accentuant l’importance stratégique de cette ressource pour le Maroc. A ce stade, la sécurité alimentaire mondiale est impossible sans les phosphates marocains.

En plus des grandes réserves de phosphates, le Maroc dispose d’autres ressources minières dont le cobalt, l’argent et le cuivre. Au cours des dernières années, il s’est affirmé comme une destination de choix pour les acteurs de l’industrie des batteries électriques, avec la multiplication des annonces et l’installation effective du géant chinois BTR New Material Group spécialisé dans la fabrication de cathodes.

Cette dynamique est due à la croissance de la demande en voituress électriques, la position stratégique du Royaume à proximité de l’Europe, et aussi par les potentialités minières dont dispose le Maroc, par exemple le cobalt élément essentiel dans la fabrication des batteries électrique. Cette situation devrait être encore renforcée par les opportunités offertes par les nouvelles batteries électriques LFP (Lithium Fer Phosphates, LiFePO4) où le Maroc peut garantir un accès stable à d’énormes réserves de phosphates.

En réponse aux enjeux du changement climatique, la valeur ajoutée du secteur minier marocain a été renforcée par l’engagement de plusieurs acteurs envers la neutralité climatique. Le groupe Managem a été pionnier dans ce domaine en signant des contrats d’approvisionnement en cobalt avec les constructeurs automobiles Renault et BMW. Ces contrats garantissent un approvisionnement durable en cobalt, élément essentiel pour la fabrication des batteries électriques. D’autres entreprises, comme AYA, s’apprêtent à suivre le même chemin en se connectant au réseau électrique émanant des énergies renouvelables.

A ce jour, aucun règlement ni stratégie n’ont fixé les métaux stratégiques et critiques essentiels pour le développement industriel. Cependant, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a pris l’initiative de combler ce vide l’année dernière à travers une auto-saisine.

Cette étude a réuni les principaux acteurs du domaine minier et a permis de dégager, grâce à une démarche scientifique rigoureuse et adaptée au contexte marocain, une liste de 26 métaux stratégiques et critiques du Maroc. Notre pays dispose de 7 des 26 métaux critiques répertoriés, marqués dans le tableau ci-dessous en rouge.

Aluminium Lithium Terres rares Phosphates
Borates Magnésium Tungstène Cuivre
Chrome (Ferro-Chromium) Molybdène Barytes Nickel
Etain Niobium (Ferro-Niobium) Cobalt Potasse
Germanium Sélénium Fluorine Soufre
Graphite Silicium Manganèse Titane

L’avis du CESE a révélé que le développement du secteur minier marocain est freiné par l’absence d’une feuille de route capable d’encadrer les activités liées à ces métaux et de répondre aux enjeux futurs du secteur. Sans stratégie claire d’approvisionnement en ces métaux critiques, nous sommes contraints à l’importation, avec tous les risques que cela implique ; la volatilité des prix et les ruptures d’approvisionnement constituant des menaces majeures pour notre secteur industriel en pleine régénération.

Pour garantir aux entreprises marocaines une meilleure place dans les chaînes de valeur mondiales, le Conseil avait recommandé la nationalisation de la valorisation des minerais stratégiques et critiques et de créer une banque de projets industriels axés sur la transformation de ces ressources en produits finis à haute valeur ajoutée, en tirant parti des ressources nationales et ceux valorisés. Le Conseil a également préconisé la création d’une structure de coordination « Mines-Industrie », permettant de garantir une meilleure synergie, une exploitation optimale des ressources nationales et une veille stratégique sur les métaux critiques et stratégiques.

Le Maroc, acteur engagé dans la transition énergétique, possède de nombreuses ressources stratégiques pour les technologies vertes. Ci-dessous, une cartographie de nos principales exploitations, hors phosphates, mettant en lumière l’importance des ressources dont recèle notre sous-sol.

Le cobalt, 2e producteur africain

Le cobalt est un métal stratégique utilisé principalement dans les batteries de lithium et dans la fabrication d’aimants, éléments essentiels pour les éoliennes. Son importance stratégique réside dans le fait qu’il n’est produit que dans 17 pays, dont le Maroc.

L’exploitation nationale est assurée principalement par la mine de Bouazzer, qui a produit environ 798 tonnes de cuivre en 2023. Dans la région de Taouz, il existe de petits gisements de cobalt sous forme de stockwerks qui font l’objet d’une exploitation, mais dont les réserves sont limitées.

L’argent, 1er producteur africain

Le marché de l’argent est actuellement sujet à des fluctuations importantes et parfois soudaines, le rendant sensible aux spéculations et aux mouvements économiques globaux. Plusieurs éléments contribuent à cette volatilité, dont son utilisation importante dans le monde industriel et le fait que les banques centrales ne l’achètent pas, contrairement à l’or. Ainsi, ce métal précieux trouve ses applications principales dans la fabrication des conducteurs électroniques et des panneaux photovoltaïques.

Au Maroc, le principal gisement d’argent est celui d’Imiter qui a pu produire 111 tonnes d’argent au cours de l’année 2023. Le développement de la mine de Zgounder par l’opérateur canadien AYA a permis de produire environ 60 tonnes additionnelles d’argent.

Le cuivre, métal clé de la transition énergétique

Le cuivre est un métal indispensable à la plupart des industries, comme l’électronique, l’automobile, les télécommunications et les énergies renouvelables. Il est utilisé dans la fabrication de composants électroniques, de cellules photovoltaïques, de générateurs électriques d’éoliennes, de câbles électriques et bien d’autres produits. Outre sa conductivité électrique, le cuivre est apprécié pour sa résistance à la corrosion et sa capacité à former des alliages très efficaces. Les mines opérées par Managem ont permis d’accumuler une production d’environ 55.639 tonnes de concentré de cuivre en 2023.

Plus au Nord-Ouest, la firme britannique Royal Road explore le prospect d’Alouana. Les analyses préliminaires ont mis en évidence un potentiel cuprifère important associé à d’autres métaux précieux tels que l’argent et l’or.

Le Plomb et le Zinc, production nationale posée

Le plomb et le zinc, deux métaux fréquemment associés dans les gisements naturels, partagent également une utilisation commune : la fabrication de batteries. La production de ces minerais est assurée principalement par la mine de Draa Sfar et Koudiat Aicha, opérées par Managem, et les mines de Tighza et Jbel Aouam, opérées par la Compagnie minière de Touisit.

À un autre niveau, la Centrale d’achat et de développement de la région minière de Tafilalet et de Figuig (CADETAF) joue un rôle crucial dans la promotion des activités minières artisanales de la région de Tafilalet-Figuig. Durant l’exercice de 2019, la CADETAF a pu produire environ 20.000 tonnes de Zinc et 5.000 tonnes de Plomb. En 2021, la production a pu atteindre 23.000 tonnes de Zinc et 7.900 tonnes de Plomb.

Le manganèse, production stratégique

Le manganèse est un minerai stratégique essentiel pour la fabrication des batteries et des aimants utilisés dans les générateurs d’éoliennes. Au Maroc, la production est assurée par l’unique gisement d’Imini, situé à 45 km au nord-ouest d’Ouarzazate et opéré par la Société anonyme chérifienne d’études minières (SACEM) depuis 1929.

La prospection des terres rares, projets en cours de développement

Le Maroc dispose de plusieurs indices de terres rares, dont les ressources du gisement du Mont Tropic ont été confirmées. L’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) poursuit son programme d’exploration et de promotion d’un ensemble de prospects miniers de terres rares onshore. Par exemple, les travaux préliminaires dans le massif de Tamazight (près de Midelt) ont permis de mettre en évidence des occurrences de quelques éléments de terres rares.

En l’absence d’investisseurs pouvant financer des travaux d’exploration plus poussés, il ne peut y avoir aucune exploitation à court terme de ces prospects de terres rares.