Métaux de transition énergétique : la flambée des cours, une aubaine stratégique pour le Maroc
La tendance haussière de l’argent se confirme, mais elle ne concerne pas uniquement ce métal. D’autres métaux stratégiques devraient suivre la même trajectoire, portés par des risques croissants de pénuries d’approvisionnement et des crispations géopolitiques observées depuis janvier, qui pourraient encore gagner en ampleur dans les mois à venir.
Malgré sa position de premier producteur limitée à quelques métaux spécifiques, le Maroc bénéficie d’une diversité minière qui lui permet de tirer parti de la conjoncture favorable des marchés des métaux. Outre ses productions de cuivre, cobalt, zinc et manganèse, il développe activement de nouvelles ressources stratégiques telles que le lithium, l’étain, l’antimoine, le nickel et le graphite…
Face à la montée du protectionnisme et aux restrictions d’exportation, les cours des métaux ont connu une forte hausse. Cette tendance devrait perdurer en 2026, surtout pour le cuivre, considéré comme le nerf de l’économie, et le cobalt, essentiel aux batteries lithium-ion. De même, l’étain poursuit sa hausse, porté par les besoins en soudures électroniques pour les réseaux 5G et l’émergence rapide des data centers.
Le cuivre a dépassé le seuil de 13.000 dollars la tonne
À la Bourse des métaux de Londres (LME), le cuivre a franchi la barre des 13.000 dollars la tonne ce mardi 6 janvier 2026, confirmant une tendance haussière amorcée en novembre dernier au-delà du seuil des 11.000 dollars. Bien que le cours ait connu un léger repli ce 9 janvier pour se stabiliser autour de 13.000 dollars, le niveau demeure historiquement élevé et plusieurs indicateurs laissent présager de nouvelles envolées au cours de l’année.

Selon les estimations de Bloomberg, le marché du cuivre devrait basculer en 2026 vers un déficit structurel où l’offre sera, pour la première fois, très serrée pour répondre à la demande mondiale. Ce resserrement marque une rupture avec l’année 2025 durant laquelle l’offre restait légèrement excédentaire malgré des fermetures temporaires de grandes mines ayant contenu la production. Outre les besoins liés à la transition énergétique, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et des centres de données crée un nouveau segment de consommation massive qui ne fait que commencer.
Au Maroc, l’année 2025 a constitué un tournant avec l’entrée en service de la mine de Tizert. Avec une projection de 110.000 tonnes, ce site permet au groupe Managem de doubler sa production nationale de cuivre. L’ambition du groupe va plus loin avec le projet de construction d’une fonderie destinée à valoriser cette production locale par la fabrication, pour la première fois dans le Royaume, de cathodes de cuivre.
La production du cuivre au Maroc est assurée par d’autres acteurs auxquels apparait la mine de Jbiel aux environs de Kelaa de Seraghna par l’entreprise Kharouba Copper Mining (KCM) qui produit environ 1.000 tonnes de concentré, alors que la mine d’Oumejrane, cédée par Managem, est actuellement objet d’un redéveloppement en vue de son redémarrage proche.
S’ajoute à cela, le projet d’une mine en cours de développement par la Compagnie minière de Touissit (CMT) sur le gisement de Tabaroucht, dans la province d’Azilal. Celui-ci devrait à son tour ouvrir une nouvelle voie de production de cuivre pour le pays.
Cobalt : une flambée des cours exacerbée par les tensions sur l’offre mondiale
Le cours du cobalt a enregistré une progression spectaculaire, passant d’environ 24.300 dollars la tonne début 2025 à près de 55.800 dollars, soit une hausse annuelle d’environ 130 %. Cette flambée s’explique principalement par les restrictions à l’exportation imposées par la République Démocratique du Congo (RDC). Bien que ce pays ait récemment levé certaines interdictions, les volumes autorisés restent très limités, laissant présager une offre mondiale contrainte tout au long de cette année.

Dans ce contexte, le groupe Managem s’apprête à lancer en 2026 sa nouvelle usine de production de sulfate de cobalt à Guemassa. Ce projet industriel permettra de mieux valoriser le minerai issu de Bou Azzer, l’unique mine de cobalt active au Maroc, en visant une capacité annuelle de 3.500 tonnes de sulfate de qualité batterie.
Cependant, contrairement à d’autres métaux stratégiques, les projets d’exploration dédiés au cobalt demeurent rares. L’exploration se concentre essentiellement sur les travaux menés par l’ONHYM, qui s’efforce de développer certains périmètres prometteurs afin de « dérisquer » l’investissement futur dans cette filière.
L’étain s’approche du seuil de 50.000 dollars la tonne
Le cours de l’étain a connu une progression significative, passant d’environ 30.000 dollars la tonne en janvier 2025 à près de 44.500 dollars, grâce à une hausse soutenue amorcée dès novembre 2025, soit une augmentation annuelle de 48 %.

Ce métal se caractérise par une forte volatilité due à un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, une tension qui propulse actuellement sa valeur vers le seuil symbolique des 50.000 dollars la tonne.
Contrairement au cuivre ou au cobalt, le Maroc ne produit pas encore d’étain bien qu’il dispose, près de Khémisset, du gisement d’Achmmach. Ce site est considéré comme l’un des cinq plus grands projets d’étain non développés au monde avec des ressources estimées à 39,1 millions de tonnes à une teneur de 0,5 %, soit un potentiel de 213.000 tonnes de métal pur.
L’ancien opérateur a toutefois cédé cet actif à Xingye, une entreprise chinoise spécialisée dans les métaux non ferreux. Le repreneur devra engager un redéveloppement complet nécessitant du temps et des investissements pour la construction d’une mine souterraine, tandis que l’acquisition parallèle de la mine d’El Hammam pourrait offrir des perspectives d’exploitation à ciel ouvert.
Outre une offre mondiale restreinte, la consommation d’étain est appelée à croître avec le déploiement rapide de la 5G et le rôle stratégique que ce métal pourrait jouer dans les futures générations de batteries. Au-delà du projet Achmmach, le sous-sol marocain recèle d’autres indices prometteurs qui se trouvent encore à un stade précoce de développement.
Comment la flambée des cours des métaux stimule l’investissement dans l’exploration
À l’échelle mondiale, cette dynamique de marché est stratégique pour les juniors miniers qui retrouvent ainsi des marges de manœuvre financières. Cette conjoncture profite directement au Maroc grâce à sa diversité minière, car elle stimule l’investissement dans l’exploration d’un territoire riche en indices encore sous-explorés.
Les investisseurs s’intéressent particulièrement aux anciennes exploitations fermées ou aux sites d’activité artisanale qui constituent des cibles de départ idéales. Si l’exploration était plus incertaine il y a quelques décennies, les chances de découvrir des gisements sont aujourd’hui décuplées par l’apport des nouvelles technologies à condition de disponibilité d’investissement financier qui, dans le secteur minier, est plus ou moins risqué.
L’utilisation de la géophysique pour détecter les anomalies en profondeur ainsi que le recours à l’intelligence artificielle pour le ciblage permettent d’optimiser les recherches et de réduire considérablement les délais d’analyse.
Pour accompagner cet essor, le ministère de la Transition énergétique devrait lancer le cadastre minier numérique avant mars 2026. Cet outil aura pour double fonction de dématérialiser les processus d’obtention des permis d’exploration auprès de l’administration et d’aider à prospecter plus efficacement les zones les plus opportunes pour la découverte de nouveaux métaux.








