Doray, la marque espagnole de miel, installe une usine au Maroc

Doray, dont 80% des ventes proviennent des marchés internationaux, a débuté son aventure au Maroc au début des années 1990. Aujourd’hui, le pays représente déjà 30% de son chiffre d’affaires, au même niveau que les États-Unis, selon le journal El Correo.

L’implantation d’une nouvelle unité de production au Maroc permettra non seulement de renforcer sa position sur ce marché clé, mais aussi d’accéder plus facilement à d’autres destinations comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, grâce à des accords bilatéraux plus favorables qu’en Europe, rapporte la même source.

Basée à Espartinas, en Andalousie, Doray continue également d’investir dans la promotion du miel andalou et espagnol à travers sa marque propre. Longtemps tournée vers la production pour des marques blanches, l’entreprise met désormais l’accent sur le développement de produits innovants adaptés aux tendances de consommation actuelles. Parmi ses nouvelles références, on retrouve des sauces et toppings à base de miel, associés à des ingrédients comme le piment, la truffe noire ou le wasabi.

Avec l’ouverture de son usine marocaine, Doray prévoit d’augmenter ses effectifs locaux pour atteindre un niveau similaire à celui de son site en Espagne, qui emploie actuellement plus de 30 personnes. Cette expansion confirme la place stratégique du Maroc dans le développement industriel et commercial de la marque à l’échelle mondiale.

SIAM. Les apiculteurs marocains pourront exporter leur miel vers l’UE

La récente inscription du Maroc, en février 2024, sur la liste des pays depuis lesquels le miel peut être importé dans l’Union européenne ouvre la voie aux apiculteurs marocains.

Cette nouveauté a été célébrée en marge du SIAM, sous la présidence du ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Mohammed Sadiki, et de l’ambassadrice de l’Union européenne au Maroc, Patricia Llombart Cussac.

Les producteurs du secteur apicole pourront désormais accéder au plus important marché mondial du miel. L’Union européenne qui est l’un des plus gros producteurs mondiaux de miel doit importer jusqu’à 40% de sa consommation, qui au total dépasse le milliard d’euros en valeur, soit plus de 10 MMDH.

« Le partenariat entre l’Union européenne et le Maroc est un partenariat gagnant-gagnant, et l’ouverture du marché du miel aux producteurs marocains le symbolise bien. Les apiculteurs marocains vont pouvoir bénéficier d’opportunités économiques considérables, et les consommateurs européens vont pouvoir découvrir des miels aux nouvelles saveurs grâce au savoir-faire et à la richesse naturelle du Maroc », a déclaré en substance Patricia Llombart Cussac.

Pour sa part, le ministre a affirmé que « cette décision favorable, qui s’inscrit dans les ambitions communes et engagements mutuels du partenariat UE-Maroc de prospérité partagée, représente une nouvelle opportunité économique importante qui s’ouvre pour le Maroc, qui est doté d’un potentiel apicole riche et unique en raison de sa diversité floristique, faunistique et paysagère importante ».

La filière apicole marocaine se distingue par sa pluralité régionale, ainsi que la variété de saveurs et de modes de production. Le Royaume compte plus de 36.000 apiculteurs, répartis dans plusieurs localités.

L’UE importe annuellement environ 200.000 tonnes de miel de quatre pays essentiellement : la Chine, l’Ukraine, l’Argentine et le Mexique.

L’accès du miel marocain au marché de l’UE intervient à un moment où le législateur européen a serré la vis sur l’origine du miel importé. Il exige désormais une mention détaillée du ou des pays d’origine, et pas seulement ‘produit dans l’UE’ ou ‘hors UE’, comme c’était le cas avant.

Cela permettra de valoriser le produit marocain et de le différencier des autres origines, d’autant qu’une enquête de la Commission européenne publiée en 2023 a montré que, sur 320 échantillons de miels importés, 46% étaient suspectés de déroger aux règles UE, via l’ajout de sirops de sucre.

Zoom sur la campagne agricole 2023-2024 dans la région de Béni Mellal-Khénifra

En contrebas des cimes du Moyen Atlas, les plaines agricoles des cinq provinces de la région de Béni Mellal-Khénifra sont indispensables au pays en matière de production végétale et animale. Représentant environ 10% de la superficie agricole utile au niveau national, les périmètres agricoles de Béni Mellal-Khénifra connaissent un début de campagne où l’emblavement des céréales bat son plein.

Alors que les dernières récoltes oléicoles et agrumicoles sont au mieux moroses, les agriculteurs placent de grands espoirs dans la campagne agricole 2023-2024. Cependant, avec une dotation agricole en baisse à partir des barrages (56 Mm3), le déficit pluviométrique ne plaide pas pour l’optimisme.

Contactée par Médias24, la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Béni Mellal-Khénifra fait état d’un cumul pluviométrique inférieur à celui de l’année dernière. Les précipitations pour la saison 2023-2024 ont atteint 27 mm à fin novembre, contre 46 mm lors de la dernière campagne agricole. Un cumul en baisse de 41% par rapport à l’année dernière, dont voici la répartition provinciale : 

– Béni Mellal : 48 mm ; 

– Azilal : 28 mm ; 

– Khénifra : 26 mm ; 

– Fqih Ben Saleh : 23 mm ; 

– Khouribga : 19 mm.

Le canal qui traverse la commune d’Afourer.

 721.000 ha de superficie cultivée

Ce déficit hydrique a évidemment des répercussions sur les superficies cultivées. La superficie agricole utile de 960.000 hectares (205.000 ha irrigués) n’a pas été exploitée à son maximum par le programme d’assolement automnal relatif à la campagne 2023-2024, puisque ce dernier prévoit une superficie cultivée de 721.000 ha, dominée par les céréales. Elle se répartit comme suit :

– céréales : 600.000 ha ; 

– betterave sucrière : 13.340 ha ; 

– légumineuses : 9.100 ha ; 

– culture fourragères : 86.000 ha ; 

– multiplication des semences certifiées : 6.500 ha ; 

– cultures maraîchères : 3.800 ha.

Un champ de céréales à Afourer.

En plus des céréales, l’arboriculture est l’une des filières phares de la région, à laquelle plusieurs milliers d’hectares sont consacrés. Les grenades et surtout les agrumes ont acquis une renommée internationale, comme en témoigne la mandarine Nadorcott. Voici le programme d’assolement arboricole détaillé : 

– olivier : 102.500 ha ; 

– agrumes : 18.900 ha ; 

– pommier : 5.000 ha (58.000 t de production moyenne) ; 

– grenadier : 2.800 ha ; 

– caroubier : 12.000 ha (10.000 t de production moyenne).

Un verger d’agrumes dans la province de Béni Mellal.

Par ailleurs, les capacités de production végétale de la région englobent également des cultures à haute valeur ajoutée, comme le safran (350 ha) et le sésame, à hauteur de 850 ha, soit 90% de la superficie nationale, pour un rendement moyen de 8,2 quintaux par hectare.   

Pour clore le chapitre des capacités productives de la campagne 2023-2024, il convient de faire le point sur la production animale dans la région. Béni Mellal-Khénifra compte 100.000 vaches laitières, dont 30.000 vaches de race pure. La production moyenne de lait est d’environ 280 millions de litres (12% de la production nationale). 

Concernant la production de viande rouge, elle est de 75.000 t en moyenne (12% de la production nationale). Le cheptel est quant à lui composé de 4,2 millions de têtes : 

– bovins : 365.700 têtes ;

– ovins : 2,9 millions de têtes ; 

– caprins : 970.000 têtes. 

Les résultats de la campagne 2022-2023

Avec un cumul pluviométrique de 242 mm lors de la campagne 2022-2023, les principaux résultats enregistrés en matière de production agricole dans la région Béni Mellal-Khénifra s’établissent comme suit :

– céréales : 6,1 Mq, soit une hausse de 1,7% par rapport à 2021-2022 ;

– cultures sucrières : 222.000 t, soit une baisse de 55,6% par rapport à la précédente campagne ; 

– agrumes : 196.000 t, soit une baisse de 57,7% par rapport à 2021-2022 ; 

– oléiculture : 136.000 t, soit une baisse de 37,1% par rapport à 2021-2022 ; 

– sésame : 850 ha (90% de la superficie nationale) pour une production de 700 t (95% de la production nationale) ; 

– grenadier : 2.780 ha pour une production de 39.000 t (50% de la production nationale) ; 

– niora : 701,5 ha cultivés à Afourer, Oulad Mbarek et Fqih Ben Saleh, pour une production de 18.160 t ;

– viande rouge : 80.000 t (-5,9% par rapport à 21-22) ; 

– viande blanche : 50.000 t (-9% par rapport à 21-22) ; 

– lait : 170 millions de litres (-27,7% par rapport à 21-22) ; 

– miel : 750 t. 

La transhumance des ruches, une pratique dévastatrice mais incontournable

Comme partout ailleurs dans le monde, la mort des abeilles au Maroc n’est pas uniquement le fait de phénomènes conjoncturels, à l’image du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles. Les mauvaises pratiques apicoles en sont également responsables. La transhumance des ruches en est le symbole. 

Quelques jours après la célébration de la Journée mondiale des abeilles, la région de l’Oriental honore la filière apicole, à l’occasion de la 5e édition du Salon régional de l’économie sociale et solidaire. Un timing judicieux, car en cette saison où les arbres ont fleuri et où la transhumance des ruches est lancée, les butineuses ont bien besoin que l’on parle d’elles. 

Les rapports scientifiques pointent une baisse drastique de leur population dans le monde comme au Maroc, où l’on a fini par constater l’effondrement des colonies d’abeilles. « 36,4% des apiculteurs sont concernés par ce phénomène et 30% des ruches sont touchées », a indiqué Abderrahman El Abrak, directeur de la protection du patrimoine animal et végétal à l’ONSSA. 

Un chiffre alarmant, d’autant que les insectes pollinisateurs sont nécessaires pour la reproduction de plus de 90% des plantes, selon l’ONU. Les terres mellifères qui étaient autrefois considérées comme un paradis pour les abeilles sont aujourd’hui devenues un enfer. 

Les raisons sont multiples. L’agriculture intensive qui, à travers le recours aux pesticides, fragilise les abeilles, mais aussi la banalisation de la transhumance. Une pratique qui épuise les butineuses et provoque leur mort prématurée. Elle participe également à l’hybridation des abeilles, menaçant ainsi les espèces sauvages. Explications.  

Ressources mellifères et pollinisation 

Le principe de la transhumance des ruches permet de fournir des ressources mellifères aux abeilles. Ainsi, les apiculteurs déplacent leurs ruches d’une région à une autre ou dans la même région, au fil des floraisons, et surtout selon la nature de miel souhaitée.  

« Au Maroc, les apiculteurs déplacent rarement leurs ruches plus d’une fois par an. Actuellement, les ruches sont justement en transhumance jusqu’au début de l’été », indique à Médias24, Mohamed Merzouk, secrétaire général de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP). 

Grâce à ce processus, les abeilles récoltent des quantités importantes de nectar et de pollen. En passant d’une fleur à l’autre et d’une région à l’autre, les butineuses concourent également à la pollinisation des plantes et des arbres, au bonheur des apiculteurs et des agriculteurs. 

Généralement, les apiculteurs procèdent à la transhumance de leurs ruchers une fois la nuit tombée. Les techniques de transhumance se déclinent comme suit : 

– la transhumance à ruche fermée, principalement opérée par de petits apiculteurs, sur un court trajet d’une heure en voiture ; 

– la transhumance avec muselière a l’avantage de fournir plus d’air et d’espace aux abeilles ; 

– la transhumance à ruches ouvertes. Réservée aux apiculteurs expérimentés, elle concerne un nombre de ruches important. Le transport se fait par camion remorque.

In fine, l’objectif demeure le même : augmenter la production. Une quête de rentabilité qui n’est pas sans risque. Elle contribue à la baisse des populations d’insectes butineurs, dont les producteurs de miel sont en conséquence responsables. 

Mort prématurée et transmission de virus

Depuis les années 1980, le nombre d’abeilles chute, menaçant la survie de l’écosystème forestier. Les taux importants de mortalité sont particulièrement dus à une transhumance considérée comme une aberration par les défenseurs des abeilles, mais comme une nécessité par les apiculteurs.

« Cette pratique cause la mort prématurée des abeilles surmenées tout en favorisant la transmission de virus d’une colonie à une autre », déplore Mohamed Merzouk, « mais il est difficile de déterminer avec exactitude à combien s’élève le taux de mortalité », nuance-t-il. 

Pour vous donner un ordre de grandeur, chaque année aux Etats-Unis, des dizaines de milliers d’abeilles effectuent une grande migration vers la Californie, afin de répondre aux besoins croissants du marché florissant de l’amande. Plus de 70% des ruches du pays y sont envoyées pour polliniser les fleurs. 

Dans ce pays où les pratiques apicoles sont nettement plus développées qu’au Maroc, cette transhumance est soupçonnée de contribuer à l’augmentation continue du taux de mortalité des colonies de 30% à 40%. Certes, la transhumance au Maroc n’est pas aussi importante, mais elle est beaucoup moins réglementée. Autant dire que le taux de mortalité est au moins équivalent, si ce n’est plus élevé.

Au-delà du voyage qui stresse et affaiblit leurs défenses immunitaires, les rendant fragiles aux pathogènes, la transhumance favorise un surnombre des ruchers présents dans les zones mellifères. Et plus vous concentrez des ruches en un seul endroit, plus la production par ruche diminue parce qu’il n’y aura pas davantage à butiner. 

Abeilles hybrides et érosion génétique 

La transhumance à un autre impact négatif sur les butineuses, à savoir : l’érosion génétique. « A cause de cette pratique, les races marocaines d’abeilles n’existent quasiment plus », déplore Mohamed Marzouk, assurant que « l’importation d’abeilles hybrides de l’étranger a conduit à l’érosion génétique des races marocaines, dont l’abeille méditerranéenne et celle jaune saharienne ». 

Présentées comme plus productives, les abeilles hybrides importées d’Europe sont invasives. Elles ont tendance à détruire en quelques années les souches d’abeilles endémiques du pays. La transhumance participe justement à la prolifération de cette abeille aux dépens des espèces endémiques du Royaume. 

« Il est difficile de contrôler ce genre de phénomène et les apiculteurs ne sont pas assez conscients de la problématique. D’ailleurs la majorité d’entre eux ignorent la race qu’il possède », regrette notre interlocuteur. En première ligne, les apiculteurs ont toujours la possibilité de privilégier les espèces d’abeilles endémiques. Moins productives mais plus utiles au maintien de la biodiversité.

Les opérateurs doivent également respecter la nature sédentaire des abeilles, tout en proposant des méthodes adaptées, comme les ruches troncs qui reproduisent l’habitat naturel des abeilles. Cette méthode offre une protection contre les prédateurs ou les intempéries. La forme et l’odeur de la ruche tronc réveillent les instincts naturels de l’abeille. Sauf que dans certaines zones, cette solution ne suffira pas. 

Si dans le Gharb, la bonne pluviométrie et l’abondance des ressources mellifères rendent la transhumance superflue, c’est moins le cas dans la région de l’Oriental, « où la sécheresse impose cette pratique aux apiculteurs, dont plusieurs ont dû déplacer leurs ruches des centaines de kilomètres plus loin ». 

Au vu des conditions climatiques défavorables qui sévissent au Maroc, la transhumance semble indispensable. De ce fait, la formation des apiculteurs aux bonnes pratiques de transhumance est capitale. C’est d’ailleurs l’un des axes du contrat-programme signé le jeudi 4 mai entre le gouvernement et la Fédération interprofessionnelle de la filière apicole (FIMAP), en marge du Salon international de l’agriculture (SIAM). 

Formation et repeuplement

Le coût global de la mise en œuvre des actions prévues dans le cadre de ce contrat-programme s’élève, sur la période 2021-2030, à près de 1,6 MMDH. Il comporte plusieurs améliorations dont l’objectif est d’augmenter la production du miel et d’améliorer la productivité des ruches : 

– la production de 16.000 tonnes de miel ;

– l’amélioration de la productivité des ruches pour atteindre 16 kg/ruche ;

– l’augmentation du nombre de ruches modernes à 1.000.000 de ruches.

Le contrat-programme prévoit en conséquence de sensibiliser les opérateurs de la filière à l’importance de la formation pour se doter d’une main-d’œuvre qualifiée. Des séances de formation pratique et de perfectionnement au profit des professionnels, techniciens et ouvriers, seront programmées, sous forme de modules de courte durée ayant pour objet la maîtrise des techniques de production.

D’ailleurs, les bonnes pratiques en termes de transhumance se déclinent comme suit : 

– Recherchez des zones offrant une abondance de fleurs et d’autres sources de nourriture pour les abeilles ;

– Évitez les zones où l’utilisation de pesticides est intensive, car cela peut être nocif pour les abeilles ;

–  Vérifiez que les ruches sont en bon état et solides. Assurez-vous que les cadres sont bien fixés pour éviter tout déplacement pendant le transport ;

– Vérifiez que les ruches ne sont pas infestées de parasites ou de maladies avant le déplacement ;

–  Lors du déplacement des ruches, veillez à les sécuriser correctement pour éviter les secousses excessives. Utilisez des sangles ou des filets pour maintenir les ruches en place ;

– Évitez les conditions météorologiques extrêmes qui pourraient stresser les abeilles ;

–  Une fois les ruches installées dans les sites de transhumance, effectuez des visites régulières pour surveiller l’état des colonies, les réserves de nourriture, l’état des cadres et l’activité des abeilles ; 

L’autre objectif du contrat-programme, et non des moindres, consiste à assurer le repeuplement et la réhabilitation de deux ruchers communautaires collectifs de l’abeille jaune saharienne, dans la région du Sud-Est et du Sud. Mais aussi l’installation d’une unité de fécondation et de repeuplement de cette race d’abeille. 

Comment le Maroc a métamorphosé ses coopératives agricoles

Le Plan Maroc vert a totalement métamorphosé l’écosystème des coopératives agricoles. La stratégie Génération Green entend poursuivre sur cette lancée. De nos jours, 70% des coopératives du pays sont de nature agricole. Le secteur compte plus de 20.000 coopératives contre 4.000 en 2008. Néanmoins, cette croissance est par moment freinée par des conditions climatiques défavorables et une gestion perfectible. 

Sur le papier, une coopérative agricole prend la forme d’une entreprise collective. Elle permet à ses membres de mutualiser les moyens de production, d’optimiser les coûts d’acquisition des intrants et de rendre possible des investissements qui seraient hors de portée individuellement. 

Ce type de structure ouvre les portes de nouveaux marchés et permet de créer des enseignes commerciales. Tout un programme pour lequel le Maroc a initié plusieurs mesures d’accompagnement sur le volet humain, mais aussi en termes de valorisation des produits du terroir, dont certains sont uniques. 

A commencer par la convention qui porte sur la mise en place et l’exécution d’un programme national visant à accélérer la création et le développement de coopératives agricoles nouvelle génération. Cette convention, signée lors du lancement du Plan Maroc vert, a été reconduite en 2021,  pour accompagner l’implémentation de la nouvelle stratégie agricole Génération Green (2020-2030). 

« Les efforts d’accompagnement et de structuration ont permis de créer des coopératives agricoles, favorisant ainsi l’intégration des agriculteurs dans les chaînes de valeur. Plusieurs centaines de ces coopératives étaient présentes lors de la 15e édition du Salon de l’agriculture (SIAM), qui s’est récemment tenu à Meknès », se félicite Mahjouba Chkail. 

Pour Médias24, la directrice du développement de la commercialisation des produits du terroir au sein de l’Agence pour le développement agricole (ADA) revient sur les mesures d’accompagnement et les perspectives de développement des coopératives agricoles. 

3.000 coopératives identifiées 

Les coopératives agricoles garantissent une plus grande intégration dans le marché national et international. Elles sont également un des créneaux privilégiés pour encourager le développement de l’entrepreneuriat des jeunes ruraux. Les efforts d’accompagnement et de structuration des acteurs ont permis de créer plus de 10.000 coopératives agricoles lors de la dernière décennie, dont une majorité dans les régions de Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima. 

Si plus de 20.000 coopératives existent au Maroc, seules 3.000 d’entre elles sont identifiées. « On ne peut accompagner la commercialisation des produits des coopératives que pour les coopératives ayant cette autorisation », avance Mahjouba Chkail. « À cet effet, il y a un travail rigoureux opéré au niveau du ministère de l’Agriculture, en matière de formation et d’accompagnement des coopératives », indique-t-elle. 

« C’est également le cas de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), notamment grâce à la certification sanitaire qui permet à ces structures de mettre leur produit en vente sur le marché, tout en garantissant une bonne qualité aux consommateurs, mais aussi aux sociétés qui souhaitent revendre ces produits. »  

Technique managériale, campagne publicitaire, packaging…

La pérennité du modèle économique d’une coopérative est parfois mise à mal par une gestion où l’amateurisme prime. C’est l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontées ces structures. En ce sens, l’ADA accompagne les coopératives à travers plusieurs programmes, « dont un sur la mise à niveau en matière de formation, de technique managériale, de gestion de l’unité et de la coopérative », assure Mahjouba Chkail. 

D’autres programmes sont également mis en place, notamment pour assurer la promotion des produits des coopératives par le biais de campagnes publicitaires et de packaging attrayants. « L’idée est d’exposer les produits du terroir marocain comme une marque collective garantie par l’Etat », souligne-t-elle.    

D’ailleurs, en termes de commercialisation, l’ADA a établi des conventions avec la grande distribution et certains marchés, au niveau national ou international, pour faciliter l’accès aux produits du terroir marocains. « On travaille également en amont pour que ces marchés ne soient pas déçus, que ce soit au niveau de la qualité ou de la disponibilité des produits de manière permanente », affirme Mahjouba Chkail, tout en assurant que c’est le cas des marchés solidaires, dont celui de Casablanca. 

« Ils abritent plus de 200 coopératives, toutes contrôlées en amont et en aval. L’ADA effectue des contrôles inopinés. Des agents se rendent incognito dans ces marchés, en tant que consommateurs, pour analyser le produit destiné au grand public », explique-t-elle. 

Le miel, l’huile d’olive et l’argan dans le top 3 

Grâce à cette structuration, plusieurs filières ont connu une belle croissance ces dernières années, « à l’image du miel et de la filière des céréales, notamment le couscous, et en particulier le couscous El Khoumasi et le couscous El Toulati », développe notre interlocutrice.  

Les filières de l’huile d’olive et de l’huile d’argan représentent une richesse nationale. Idem pour le safran. Ces dernières années, nous remarquons également une évolution positive de la filière des plantes aromatiques et médicinales (PAM) », ajoute Mahjouba Chkail. 

Cela dit, les produits du terroir et les coopératives qui les commercialisent subissent les effets néfastes des derniers épisodes de sécheresse. En conséquence, plusieurs filières marquent un recul en termes de production. Ce qui impacte inévitablement l’activité des coopératives. A l’instar du miel et de l’argan. 

« Nous avons en effet constaté que la sécheresse a touché l’arganeraie. Cela s’est traduit par une hausse du prix de la matière première », admet notre interlocutrice. Une situation problématique, dont les intermédiaires essayent de tirer profit en accaparant de grandes quantités pour les revendre à prix d’or. « Pour limiter ce fléau et augmenter la productivité de cette filière, l’ADA travaille sur l’agrégation de ces coopératives. »

Une agrégation qui va également concourir à la préservation des produits du terroir, dont certains sont estampillés bio. Une appellation extrêmement demandée. « Nous travaillons avec beaucoup de coopératives dont la production est bio par nature, comme l’argan. Actuellement, nous essayons de développer une filière bio d’huile d’olive », annonce Mahjouba Chkail. 

« Il y a aussi d’autres produits bio qui font leur apparition comme les dattes. Cette année, nous avons d’ailleurs signé une convention avec un groupe de grande distribution belge pour l’exportation des dattes bio. »

Une indépendance financière à favoriser

Toutefois, selon plusieurs professionnels, la certification bio est onéreuse, en particulier pour les coopératives naissantes. Son prix avoisine les 20.000 DH par an. « Cette certification est la seule dont le prix est aussi élevé. Par exemple, la certification ONSSA est gratuite », souligne notre interlocutrice. « Cela dit, si la certification bio est onéreuse, c’est parce qu’elle nécessite plusieurs étapes. Mais elle en vaut vraiment la peine, car elle permet aux coopératives d’accéder à des marchés où le bio est très prisé. »  

En outre, les coopératives ne peuvent être indéfiniment soutenues sur le plan financier. « L’idée est d’encourager l’autonomie financières de ces coopératives. Plusieurs d’entre elles réussissent à développer leur activité indépendamment du soutien du gouvernement. Elles favorisent l’intégration des femmes et des jeunes, tout en s’ouvrant à de nouveaux marchés. C’est un modèle que l’on souhaite généraliser », conclut Mahjouba Chkail.

Les apiculteurs alertent sur un manque de médicaments contre la varroase

Alors qu’ils doivent déjà supporter d’importantes pertes à cause de la sécheresse et de la crise sanitaire du coronavirus, les apiculteurs doivent faire face à la maladie de la varroase.

Largement répandue dans le monde, la varroase existe depuis plusieurs années au Maroc. Il s’agit d’une maladie parasitaire affectant les abeilles mellifères. Elle est causée par l’acarien Varroa jacobsoni, qui attaque l’abeille mellifère adulte et son couvain, et se propage notamment par contact direct entre abeilles.

Les abeilles étant génératrices de produits de consommation humaine, l’usage de traitements des ruches contre la varroase s’avère délicat. L’apiculteur se doit, donc, d’utiliser les bons produits et de respecter les doses, les modes d’application et toutes les indications du médicament utilisé, nous explique Said Belhaj, apiculteur dans la région d’Al Haouz et membre de l’Union nationale des apiculteurs.

Se plaignant d’un manque de médicaments dédiés, d’accompagnement, de formation et de contrôle, les apiculteurs recourent aux différents produits dont regorge le marché national, notamment ceux issus de la contrebande.

A cet effet, les professionnels de la filière alertent sur l’utilisation de traitements non homologués et représentant un réel danger pour la santé du consommateur. 

« Beaucoup d’apiculteurs restent perdus quant aux méthodes d’utilisation des différents produits sur le marché. Certains pesticides utilisés, par exemple, par les apiculteurs sont autorisés pour une utilisation contre des insectes nuisibles aux arbres et non pour ceux qui infectent les ruchers », avertit notre interlocuteur.

Manque de soutien?

Le marché national regorge de produits dont la source et les composants sont inconnus, soulignent différents professionnels du secteur, approchés par Médias24.

« Plusieurs apiculteurs ne reçoivent pas les traitements distribués par l’Onssa. Les stocks n’étant pas suffisants par rapport au nombre de ruches dans chaque région », déplorent nos différentes sources.

D’autres s’interrogent sur « la manière dont ces médicaments sont distribués, soulignant une répartition inéquitable voire favoritiste ». 

La campagne de traitement était annuelle entre les mois de février et de juin. Selon plusieurs sources concordantes, l’Onssa n’a pas distribué de traitement depuis 2 ans. « Certains de ces produits, dont la date de validité a expiré, sont revendus actuellement sur le marché », s’indignent nos sources.

La Fédération interprofessionnelle marocaine des apiculteurs rassure: « Les responsables sont conscients de l’urgence de la situation. Nous avons des promesses de lots pour cette saison », nous affirme une source de la Fédération qui compte 14.000 apiculteurs adhérents.

Toutefois, la préparation des ruches commence dès la mi-septembre, suivant un processus précis. « Si le traitement tarde à arriver, il ne sera plus utile », avertit un apiculteur.

L’Onssa joue la sensibilisation

Contactée par Médias24, une source de l’Office affirme que les autorités sanitaires ont réalisé plusieurs opérations de sensibilisation des apiculteurs et autorisé les produits vétérinaires nécessaires pour traiter efficacement la varroase, « dans le respect ces règles d’usage comme spécifié dans les notices d’utilisation de chaque produit ».

« La reconnaissance et le diagnostic préalable de la maladie par les services vétérinaires sont indispensables pour orienter et cibler le traitement approprié », ajoute notre source.

« De ce fait, les apiculteurs qui constatent des problèmes sanitaires au niveau de leurs ruches, sont tenus de se rapprocher des vétérinaires privés mandatés les plus proches de leurs élevages ou des services vétérinaires provinciaux de l’Onssa pour leur indiquer les mesures à prendre et les traitements à utiliser ».

Notre source est ferme: L’utilisation des produits pharmaceutiques non homologués au Maroc pour le traitement de cette maladie est interdite, conformément à la réglementation en vigueur. « En effet, de tels produits n’apportent pas les garanties requises en terme d’efficacité et d’innocuité », explique notre source.

Par ailleurs, et dans le cadre du programme de lutte contre les effets du retard des précipitations ayant caractérisé cette année, une campagne spéciale de traitement des abeilles contre la varroase est prévue par l’Onssa, au profit des apiculteurs, en étroite collaborations la Fédération interprofessionnelle qui représente la filière, ajoute notre source.

Mieux vaut prévenir

Malheureusement très prisés par les apiculteurs, les produits chimiques ont montré leurs limites. Le Varroa, étant dévastateur, mute d’une saison à une autre et devient résistant aux molécules utilisées, explique Mr. Belhaj.

Certains produits contiennent une molécule sévissante contre le Varroa, mais n’ont pas été prévus pour l’espèce concernée, poursuit-il.

D’autres sont même déconseillés car ils présentent des risques d’intoxication des abeilles, d’une part, et un risque pour la santé des consommateurs d’autre part.

Pour cet apiculteur avisé, la question ne se pose pas. Il privilégie le traitement à base d’acides organiques. « Il s’agit de composants naturels de l’organisme des abeilles ».

Le traitement organique garantit un résultat à long terme et à moindre coût. M. Belhaj distingue trois acides utilisés pour le traitement: acide formique, acide oxalique et Thymol, d’un coût allant de 12 DH à 70 DH.

Il faut miser sur la prévention dès la préparation des ruches, en ajoutant le traitement à la nourriture (souvent composée de sirop de sucre…), préconise notre interlocuteur qui insiste sur la maîtrise des doses.

« Il n’existe aucun traitement radical contre le Varroa. En l’absence d’un plan collectif de traitement, la prévention reste la meilleure arme », souligne notre source.

La filière n’a pas échappé à la Covid

Déplacer les ruches sur les champs de culture, surveiller les ruchers, remplacer les colonies… Les apiculteurs doivent conserver leur mobilité et continuer à s’occuper de leurs ruches.

Bien qu’ils aient pu entamer l’activité dès l’automne, soit avant la pandémie, certains ont dû subir les conséquences des restrictions imposées par l’état d’urgence sanitaire.

« L’allègement des restrictions n’a pas rattrapé les pertes de rendement du début. La saison du printemps étant cruciale dans l’année », explique Said Belhaj.

En l’absence de chiffres officiels, les professionnels s’accordent sur une production de miel « moyenne » pour la saison en cours.

Lourdement impactés par la sécheresse et le coronavirus, les apiculteurs devraient essuyer des pertes estimées à 30%, estiment nos différentes sources.

A cela, s’ajoutent les pertes subies en raison du Varroa, qui entraîne une mortalité importante dans les ruches et provoque ainsi une diminution des récoltes et des revenus.