Mines. Voici ce qu’il faut savoir sur le potentiel minéral du littoral marocain

Une panoplie de ressources minérales est présente dans le littoral dont le potentiel est encore sous-exploré du fait des limites juridiques imposées en raison de la fragilité de ces zones.

Si aujourd’hui plusieurs États, dont les États-Unis, travaillent pour initier des exploitations sous-marines, c’est qu’avec les nouvelles technologies, il est désormais possible de conjuguer exploitation minière et respect de l’environnement.

Côté marocain, on dispose du gisement sous-marin du Mont Tropic. Cependant, son exploitation est actuellement impossible pour deux raisons : l’absence d’un accord sur les frontières maritimes avec l’Espagne, et le fait que l’exploitation des gisements en fonds marins fait toujours l’objet d’un débat aux Nations unies.

Partant du principe qu’il est possible d’exploiter durablement des ressources, même en fonds marins, il serait particulièrement opportun d’autoriser une telle exploitation au niveau du littoral, d’autant plus que notre pays dispose de 3.500 km de côtes. Et ce, à condition de mettre en place un dispositif de contrôle strict.

Exploitation des sables du littoral, en attente d’un décret déterminant les procédures d’octroi d’autorisations

Selon l’article 24 de la loi 81-12 relative au littoral, l’exploitation du sable des plages, des cordons dunaires et de la partie maritime du littoral est strictement réglementée.

Toutefois, un projet de décret 2.22.312 prévoit que l’administration peut accorder des autorisations dans le cadre d’opérations de dragage jugées nécessaires (ports, défense contre la mer, communication des lagunes avec la mer…) ou pour des exploitations dans les cordons dunaires, à condition de ne pas compromettre le rôle de ces derniers dans l’écosystème littoral.

L’examen du schéma directeur de valorisation du domaine public maritime révèle la présence d’une dizaine de sites présentant un potentiel d’exploitation, conformément aux conditions fixées par la loi sur le littoral.

Sur la côte méditerranéenne, quelques sites potentiels se concentrent entre la baie d’Al Hoceima et la baie de Sebta. Sur la façade atlantique, les zones identifiées incluent le Nord (Tahaddart, environs de Larache, Moulay Bousselham et Kénitra), les alentours de Casablanca et d’El Jadida, ainsi que le secteur entre Safi et les embouchures de l’oued Tensift, cap Hadid et Massa.

les emplacements des gisements de sables pouvant être exploités durablement
Carte montrant la répartition des gisements de sable présentant un potentiel d’exploitabilité durable. (source : schéma directeur de valorisation du domaine public maritime).

Le fait que ces gisements présentent un potentiel exploitable ne signifie pas un feu vert pour leur exploitation, mais donne la possibilité de dresser une méthode bien définie d’une exploitation temporaire sans nuire au paysage du littoral.

L’objectif de cette démarche est de permettre une exploitation durable, sans aggraver l’érosion du littoral grâce à un équilibre entre apports naturels en sable et prélèvements, et de stimuler l’économie locale en générant des revenus et des emplois. Cette approche pourrait rendre les activités illégales moins rentables et donc les réduire considérablement. Ces activités consomment au moins 10 millions de mètres cubes annuellement selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement,.

Les salines, un potentiel à développer

Les principales salines en exploitation au Maroc se trouvent le long du littoral atlantique, entre Oualidia et Safi. En outre, la Direction du domaine public maritime a identifié plusieurs autres sites présentant un potentiel d’exploitation significatif.

Au nord du pays, des marais salants prometteurs sont identifiés à Smir, entre M’diq et Tétouan. De même, près de Larache, dans le bas du Loukkos, un site ayant fait l’objet d’une exploitation très ancienne pourrait être réactivé. Enfin, la zone littorale autour de Oualidia et de Safi, déjà dotée de plusieurs exploitations actives, recèle d’autres emplacements propices à la production de sel.

Carte de répartition des principales salines, ainsi que des zones présentant un potentiel d’exploitation. (source : schéma directeur de valorisation du domaine public maritime).

La méthode de production de sel solaire repose sur un processus naturel d’évaporation sous l’effet combiné du soleil et du vent. L’exploitant aménage des bassins en bordure du littoral nivelé et compacté. Une fois les bassins aménagés, l’eau de mer y est introduite. La première phase, la concentration, débute alors : sous l’action du soleil et du vent, l’eau s’évapore progressivement, laissant derrière elle des couches de sel au fond des tables salantes. Ce dépôt est exposé au soleil pendant deux à trois jours avant d’être décollé de la surface.

Un bassin de production saline.
La deuxième étape de production saline est l’ajout de l’eau de mer.
Récupération du sel après évaporation de l’eau et sa cristallisation.

Par la suite, l’eau résiduelle recouvrant le gâteau de sel formé sur le cristallisoir est évacuée. Le sel est alors ramassé et amoncelé en petits tas coniques, appelés javelles. Les jours suivants, ces javelles sont transportées vers les aires de stockage où elles sont regroupées en plus grands monticules, nommés camelles.

En plus du sel, ces salines peuvent également précipiter du lithium. Dans le contexte marocain, les essais de caractérisation n’ont pas (encore) livré des teneurs exploitables du lithium à partir des salines.

Le littoral, une source prometteuse de métaux critiques, à condition de respecter l’environnement

Si le sable et le sel constituent des ressources minérales renouvelables naturellement, la côte atlantique recèle également dans ses sables des traces de métaux critiques issus de l’érosion des roches.

Depuis plusieurs décennies, des études scientifiques ont confirmé la présence de métaux tels que la magnétite, le zircon et le titane le long du littoral, particulièrement au niveau des embouchures des fleuves (Oum Er-Rbia, Tensift, Souss, Drâa…) qui transportent des fragments de roches provenant de régions éloignées.

Au niveau des côtes marocaines, une recherche scientifique menée par Bouhaouli et Hilali (1976) a démontré que les métaux titanifères des côtes marocaines, à cette époque, ne présentaient pas de viabilité économique avec une teneur moyenne de 9,8% en dioxyde de titane (TiO2), alors que le seuil minimal d’exploitabilité était fixé à 10% de TiO2.

Près de l’embouchure de l’oued Oum Er-Rbia, une étude menée par M’hamdi et al. (2005) a évalué un potentiel titanifère révélé par la présence de 10.000 tonnes, se répartissant principalement entre 3.000 à 4.500 tonnes d’ilménite, un minerai formé d’oxyde de fer et de titane, et 2.000 à 3.000 tonnes de zircon. Cependant, les auteurs ont conclu à la non-exploitabilité économique de cette zone en raison des difficultés techniques liées au traitement du minerai.

Bien qu’évalué précédemment comme non rentable en raison des cours des métaux et de la complexité des procédés de valorisation chimique, ce potentiel a fait l’objet d’un regain d’intérêt en raison de l’explosion de la demande en métaux critiques.

Dans ce contexte, une société canadienne vient d’annoncer son entrée dans un projet d’exploration d’oxyde de titane sur la côte située entre Tarfaya et Tan-Tan. Les échantillons analysés à ce jour montrent une teneur moyenne de 42% d’oxyde de fer et 4,7% en oxyde de titane. À ce jour, le développement est au stade préliminaire, et ce sont les travaux d’évaluation future qui décideront de son exploitabilité.

Au nord du projet TitanBeach, une autre potentialité se manifeste au niveau de la Plage Blanche (Playa Blanca), l’une des plus longues côtes du Maroc, s’étendant sur 40 kilomètres entre Tan-Tan et Sidi Ifni, et qui présente un potentiel identifié en zircon.

Rappelons que le zircon, classé comme un minerai critique, est la matière première fondamentale pour l’élaboration du zirconium, de la zircone et de divers autres composés. Le zirconium est vital pour l’énergie nucléaire, notamment pour le conditionnement des pastilles d’uranium, et pour l’industrie chimique grâce à ses remarquables propriétés anticorrosives. Ses composés sont également utilisés dans la fabrication des céramiques, des abrasifs, des moteurs à réaction et des pièces pour l’aérospatiale.

Le canadien Steadright entame un projet d’exploration de titane au sud du Maroc (Cap Juby)

La société canadienne Steadright a annoncé son entrée dans le projet d’exploration d’oxyde de titane TitanBeach.

Dans un communiqué publié ce jeudi 5 juin 2025, la compagnie précise que l’acquisition porte sur 80% des parts, formalisée par un mémorandum d’entente avec l’entreprise marocaine NSM Capital, actuel développeur du projet.

D’une superficie de 160 km², cette licence se situe près du cap Juby, entre Tan-Tan et Tarfaya, une région connue pour ses sables côtiers riches en titane.

Les travaux d’échantillonnage historique ont révélé la présence, au sein de ce périmètre, de sables contenant 42% de fer et 4,7% de titane.

Avant la concrétisation de cette acquisition, Steadright a mandaté une étude minière indépendante conforme sur le projet TitanBeach, qui commencera au cours du mois de juin.

De nouveaux échantillons sont en cours de prélèvement, et un rapport technique sera initié en parallèle.

L’entreprise est spécialisée dans l’exploration de minerais stratégiques tels que le cobalt, le cuivre, les platinoïdes et le nickel au Québec.

Pour Steadright, ce projet représente une opportunité stratégique d’investissement dans un marché caractérisé par le déséquilibre entre l’offre et la demande, exacerbé par la domination par un nombre limité de producteurs mondiaux et par la hausse des prix à l’exportation depuis la Chine.

L’oxyde de titane (TiO2) issu de ce projet trouve des applications dans de nombreux secteurs industriels. Il est largement utilisé dans les peintures, l’industrie pharmaceutique, l’agroalimentaire, et même dans les applications technologiques comme les cellules photovoltaïques.

Rappelons qu’au niveau de cette zone, une étude scientifique a caractérisé une abondance de ferrotitane dans les sables, principalement sous forme d’ilménite, qui est matérialisée par la présence d’une teinte noire visible sur les parties supérieures des avant-plages. Cette étude scientifique a estimé que la région pourrait être le terrain d’une exploitation minière en raison d’un apport continu en sable estimé à près de 600.000 m³ par an.

Mines. Criticial Mineral Resources (CMR) lance le développement d’un gisement de cuivre au Maroc en joint-venture

L’entreprise britannique de développement minier Critical Mineral Resources a annoncé la conclusion d’un accord formel relatif à un gisement de cuivre situé dans le centre du Maroc. Cela intervient après avoir sécurisé un investissement de 36 millions de dirhams auprès d’un investisseur intéressé par un projet d’une mine de cuivre.

Par cet accord, Critical Mineral Resources a acquis une participation de 60 % de ce projet qui consiste en un gisement peu profond de cuivre et d’argent ne nécessitant pas de coûts de développement ni d’exploitations importants.

L’actuel propriétaire a précédemment réalisé des travaux de tranchée, de forage de reconnaissance et de modélisation des ressources sur une partie du projet, réduisant le risque d’investissement dans le projet.

D’autres développements initiés incluent des tests métallurgiques qui ont démontré des taux de récupération de 80 % pour le cuivre et 61 % pour l’argent. Il s’agit également de la possession d’une estimation clé en main pour une usine de flottation de cuivre d’une capacité de 750 tonnes par jour, de la soumission de l’étude d’impact environnemental et de l’étude de faisabilité, ainsi que de l’obtention des droits d’accès au terrain.

« Bien que nous ayons optionné, promu, exploré et été sincèrement enthousiasmés par deux ou trois autres projets cuivre-argent durant cette période, notre objectif principal a toujours été celui-ci, et de loin. Cet investissement, soutenu par l’avis d’un expert minier indépendant de l’investisseur principal, souligne la qualité du projet et son potentiel global », a declaré Charlie Long, directeur de CMR.

À la lumière des données du propriétaire actuel (détenant 40 % des parts de la nouvelle coentreprise) et de l’expertise indépendante mandatée par Gilini Holdings (le fonds intéressé par l’investissement dans un projet de mine de cuivre), ces éléments indiquent que ce projet pourrait avantageusement alimenter la coentreprise en liquidités, permettant ainsi d’initier des opérations de plus grande ampleur.

« D’un point de vue ajusté au risque, le projet offre une combinaison rare de point d’entrée précoce et d’un potentiel de croissance significatif. Avec la poursuite d’une exploration systématique et un investissement approprié dans la prochaine phase de travail, il existe une voie crédible vers l’établissement d’une ressource cuprifère de haute qualité dans une juridiction favorable et bien développée. Je crois que le projet est bien positionné pour avancer en toute confiance », a expliqué Theo Botoulas, Expert indépendant mandaté par Gilini Holdings.

À partir du troisième trimestre 2025, une campagne de forage sera lancée pour délimiter davantage les ressources. L’objectif d’exploration initial est de 150.000 à 200.000 tonnes de cuivre contenu, à une teneur équivalente en cuivre de 1,2 %. À cette fin, une foreuse diamant a été acquise et doit être expédiée du Canada la semaine prochaine.

« Les caractéristiques du gisement sont compatibles avec d’autres opérations minières de cuivre à faible coût et à longue durée de vie, et offrent des options en termes de production précoce, d’expansion des ressources et peut-être même de traitement aval. Il existe également un excellent potentiel pour alimenter la mine avec des énergies renouvelables, en particulier l’énergie solaire », a déclaré Russell Tucker, devenu membre du conseil d’administration après l’acquisition de 29,9 % des parts par Gilini Holdings.

Malgré la révocation de son permis minier en Guinée, Falcon Energy Materials maintient le cap sur son usine de Tanger

À la suite d’une récente décision de la République de Guinée, les permis de recherche et d’exploitation d’une centaine d’entreprises minières ont été révoqués par le ministère des Mines guinéen, concernant principalement des exploitations aurifères. L’arrêté ministériel portant cette décision du gouvernement guinéen a été lu et diffusé à la télévision nationale, le samedi 18 mai 2025, par le ministre de la Communication, Fana Soumah, qui a énuméré les permis des entreprises devant être retirés et retournés gratuitement à l’État.

Parmi les permis révoqués figure celui de la compagnie Falcon Energy Materials qui a exprimé, dans un communiqué, sa dénonciation à la suite du retrait du permis minier du projet de mine de graphite Lola, situé au sud de la Guinée, près des frontières avec le Liberia et la Côte d’Ivoire.

Selon des informations obtenues par Médias24, ce litige ne devrait pas influencer le développement du projet d’usine d’anodes à Tanger, qui avance à plein régime. L’entreprise dispose déjà d’autres sources d’approvisionnement en graphite. Cependant, la priorité actuelle de Falcon est de résoudre le litige qui va à l’encontre de la législation minière guinéenne et, plus particulièrement, de l’accord précédemment conclu avec le ministère des Mines. Actuellement, Falcon évalue ses options en Guinée.

D’après son communiqué, l’entreprise basée à Abu Dhabi compte mobiliser tous les recours juridiques possibles, en Guinée comme à l’international, afin de protéger ses droits et ses investissements.

En effet, depuis 2012, Falcon Energy Materials (anciennement SRG Mining) a développé les ressources du projet Lola, depuis la découverte des premiers indices jusqu’à la réalisation d’une étude de faisabilité évaluant la viabilité économique du gisement. Présentant des retombées économiques directes pour la Guinée, le projet de la mine de Lola permettra d’atteindre une capacité de production annuelle de 2,5 millions de tonnes sur une durée de vie initiale de 25 ans. Ce projet nécessitera un investissement total de 185 millions de dollars américains, avec un retour sur investissement attendu au bout de 3,9 années.

la mine de lola de Falcon Energy Materials dont la révocation du permis minier a été décidé par la Guinée
Le projet minier de Lola inclut la construction d’une usine de traitement par Falcon à proximité du site d’extraction, renforçant ainsi les retombées économiques locales de l’exploitation pour la Guinée.

Au Maroc, le projet est sur de bons rails. L’entreprise a conclu des partenariats stratégiques avec Hensen pour la construction d’une usine de production de graphite sphérique purifié et enrobé, et avec Shanshan pour la commercialisation du graphite produit à Tanger.

D’ici la fin du premier semestre, Falcon et Hensen doivent lancer la construction d’une usine pilote d’une capacité journalière d’environ 100 kg de graphite sphérique purifié et enrobé. Cette phase préliminaire précédera la construction de l’usine principale qui devrait être opérationnelle dès le début de l’année 2027.

Design de l'usine de Tanger de inspiré de l'usine de Hensen en Chine. Les six composantes sont : (1) Usine de sphéroïdisation(2) Usine de purification (3)Usine de revêtement Usine de finition Stockage d'acide Station de traitement des eaux
Design de l’usine de Tanger, inspiré de l’usine de Hensen en Chine. Les six composantes de l’usine sont : (1) l’usine de sphéroïdisation, (2) l’usine de purification, (3) l’usine de revêtement, (4) l’usine de finition, (5) le stockage d’acide, (6) la station de traitement des eaux.

À terme, le projet vise une production annuelle de 26.000 tonnes de graphite sphérique purifié et enrobé, 18.000 tonnes de particules fines recyclables de l’usine de Tanger, et 42.000 tonnes de flocons grossiers extraits de la mine guinéenne de Lola.

Rappelons que le projet Falcon est une initiative de la société canadienne SRG Mining et bénéficie du soutien stratégique et financier de La Mancha Resources, détenue à 19,9% par Naguib Sawiris. Les prévisions financières du projet de Tanger estiment sa rentabilité future à 1,1 milliard de dollars (avec un taux d’actualisation de 8%), ce qui démontre sa viabilité économique en plus de son importance pour le futur écosystème industriel de batteries, en cours de développement.

Comment le Maroc renforce son intégration industrielle de la mine aux batteries

D’ici 2030, le Maroc disposera d’une industrie de transformation à proximité des mines, en amont de la chaîne d’approvisionnement des batteries, renforçant ainsi l’intégration locale de cette filière. L’industrie des batteries connaîtra un essor majeur avec la mise en service prochaine, au Maroc, de la première gigafactory d’Afrique.

Une R&D active, le succès de l’industrie automobile, la position stratégique du royaume et un engagement politique fort sont autant d’éléments qui pourraient faire du pays un hub régional majeur dans les années à venir.

À cela s’ajoutent les risques liés aux métaux stratégiques, dont les prix pourraient augmenter ou dont l’approvisionnement pourrait être perturbé en raison de la concentration géographique des pays producteurs. En l’absence d’une chaîne d’approvisionnement locale et efficiente, une telle pénurie affecterait directement le développement de cette industrie, laquelle dépend non seulement de matières premières, mais également de matières premières de haute qualité pour garantir des produits performants.

Aujourd’hui, le Maroc dispose de plusieurs ressources minières, notamment des phosphates, du cobalt et du cuivre, ainsi que d’une production modeste avec des potentialités en cours de développement en nickel et manganèse. Citons également des projets de développement avancé des ressources de lithium et de graphite. À terme, le Maroc disposera localement de toutes les ressources nécessaires pour l’industrie des batteries.

Cependant, la seule présence de matières brutes n’est pas suffisante, car plusieurs métaux nécessitent un traitement industriel pour la fabrication des produits finis à des teneurs industrielles précises.

Par exemple, le Maroc, qui produit annuellement des quantités importantes de cuivre (environ 100.000 tonnes de concentré), ne peut pas faire profiter directement ses industriels de ses ressources, puisque la production des mines sous forme de concentré est inutilisable par les industriels et nécessite un raffinage à l’étranger. Ce dernier est également un élément décisif, puisqu’en 2024, la décision des fonderies chinoises de réduire leurs productions a amené les prix de cuivre au-dessus de 10.000 dollars/tonne.

Afin de rattraper ce retard, plusieurs projets d’unités industrielles sont en cours de développement, avec des projets qui seront opérationnels prochainement, portés principalement par les grands groupes miniers.

Le projet de loi 72.24 modifiant la loi 33.13 relative aux mines prévoit d’introduire une nouvelle autorisation de valorisation minière qui exempte d’avoir une licence minière pour être autorisé à construire de telles unités industrielles.

Projet d’une usine de fabrication de cathodes de cobalt (Managem)

Située dans le site industriel de Guemassa, une nouvelle usine de fabrication de cathodes de cobalt à destination des producteurs de voitures électriques est prévue pour entrer en production durant le troisième trimestre de 2025 et pour une homologation avant la fin de l’année en cours.

En partenariat avec Renault comme principal offtaker, cette usine s’approvisionnera à la mine de Bou Azzer pour une production annuelle de 3.500 tonnes de sulfate de cobalt de qualité batterie. L’homologation est la phase la plus décisive pour ce projet, car le sulfate de cobalt produit devra être extrêmement pur, une condition exigée par les fabricants de batteries et en particulier les fabricants de précurseurs, les matériaux intermédiaires de base utilisés pour fabriquer les composants actifs des batteries.

La production de la mine de Bou Azzer a chuté de 15 % en 2024, atteignant seulement 1.287 tonnes de cobalt, une conséquence directe de la forte dépréciation de ce métal sur les marchés mondiaux. Dans ce contexte, les projets de valorisation locale apparaissent comme une stratégie clé pour générer de la valeur indépendamment des fluctuations internationales.

Projet d’une première fonderie de cuivre en Afrique du Nord (Managem)

Avec la mine de Tizert qui devrait entrer en production cette année, l’ambition de Managem n’est pas seulement de doubler la production du cuivre au Maroc, mais également de traiter pour la première fois le concentré de cuivre pour produire de la cathode de cuivre et des fils de cuivre pour l’industrie électrique.

Avec un investissement compris entre 10 et 15 milliards de dirhams, une première fonderie sera construite par Managem pour augmenter la valeur ajoutée du cuivre produit par le groupe, notamment celui de Tizert. En plus de la cathode de cuivre, d’autres sous-produits sont également envisagés, notamment l’oxyde de fer destiné aux industries de la sidérurgie (teneur en fer > 60 %).

Les projets de Managem ne se limiteront pas au cuivre et au cobalt, puisque ce groupe minier compte également investir dans une usine de traitement de manganèse pour la production de sulfate de manganèse de qualité batterie. Le sulfate de manganèse de qualité batterie, à 32,21 % de Mn, est destiné au matériau actif de cathode précurseur (PCAM) de type NMC et aux carbonates et tétraoxydes pour les batteries LMFP. La construction de cette usine devrait débuter prévisionnellement durant le deuxième semestre de l’année en cours.

Projet d’une usine pour la fabrication du graphite sphérique purifié et enrobé à Tanger (Falcon Energy Materials)

La société Falcon Energy Materials est portée par la société canadienne SRG Mining et un investissement important de La Mancha Resources, présidée par Naguib Sawiris qui détient 19,9 % des parts.

Le projet de l’entreprise vise la construction d’une usine d’anodes à Tanger pour la fabrication de graphite purifié sphérique enrobé. Une usine pilote, opérationnelle dès le deuxième semestre, aura une capacité de production quotidienne d’environ 100 kilogrammes de graphite purifié sphérique enrobé.

L’usine principale devrait être opérationnelle à partir du premier trimestre de l’année 2027, avec une production commercialisable moyenne de 26.000 tonnes par an de graphite sphérique purifié et enrobé, et 18.000 tonnes par an de particules fines provenant de l’usine d’anodes (pour recyclage). Ce projet prévoit des revenus de 1,14 milliard de dollars, avec un retour sur investissement attendu après une seule année. Le graphite naturel sera approvisionné à partir d’une mine en Guinée détenue par Falcon et qui est en cours de construction, avec des ressources estimées d’environ 50 millions de tonnes de graphites à une teneur de 3.98%.

Au Maroc, le groupe Managem est en train de certifier les ressources de deux gisements potentiels de graphite. Les estimations situent ces ressources entre 30 et 50 millions de tonnes de graphite avec une teneur supérieure à 12 %. Cette certification précède une décision d’investissement dans une mine dont les produits seront également valorisés, dans le cadre d’un nouveau projet, pour produire du graphite concentré à 97 % et du graphite sphérique purifié non revêtu.

Projet OCP pour l’intégration de l’industrie de la batterie

De son côté, le groupe OCP ne devrait pas rester à l’écart de l’écosystème industriel des batteries. En premier, le projet Mera Batteries, porté par InnovX, ambitionne de contribuer à la production d’1 GWh de batteries LFP.

Composant clé des batteries lithium fer phosphate (LFP), il est logique que le Maroc valorise la disponibilité du phosphate de son sous-sol. La fabrication du matériau cathodique FePO₄ repose sur un procédé relativement simple : le mélange d’un sel de fer (comme le sulfate ferreux FeSO₄) avec une source de phosphate (tel que l’acide phosphorique H₃PO₄) en solution aqueuse.

En marge du développement du programme stratégique Mzinda Meskala, le groupe OCP projette la construction d’un complexe industriel Mzinda. Ce complexe sera intégré au Phosphate Hub Mzinda par des activités de valorisation en aval (downstream), permettant d’ajouter de la valeur aux dérivés de phosphate à mesure qu’ils progressent dans la chaîne d’approvisionnement, en se rapprochant davantage des clients finaux, les précurseurs.

À court terme, la disponibilité du lithium ne pose aucun problème majeur, malgré la récente volatilité des prix observée sur les marchés internationaux. Les réserves actuelles et les capacités de production permettent de répondre à la demande immédiate, bien que des tensions puissent survenir localement en fonction des dynamiques géopolitiques et des contraintes logistiques.

Cependant, à moyen et long termes, les projections sont beaucoup plus préoccupantes. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’Énergie (AIE), la demande mondiale devrait être multipliée par six d’ici 2030, voire par quarante d’ici 2040, en raison de l’essor de l’industrie des véhicules électriques.

Dans ce contexte, le Maroc a une opportunité stratégique à saisir. Plusieurs gisements et indices de lithium ont déjà été identifiés sur son territoire, notamment dans l’Anti-Atlas et à Bir El Mami. En exploitant ces potentialités, le Royaume pourrait bien positionner son industrie dans la production de batteries LFP, à court et à long termes.

Minerais stratégiques et critiques : comment la nouvelle loi va remodeler les investissements miniers

L’examen de la carte des gisements miniers du Maroc révèle des milliers de gîtes, dont une part significative concerne des minerais stratégiques (essentiels à la transition énergétique) et critiques (présentant des risques de perturbation d’approvisionnement). Récemment, l’arrivée de nouvelles entreprises minières a conduit à des découvertes importantes, renforçant ainsi la position du pays comme acteur clé dans les chaînes de valeur vertes.

Pour pérenniser et rendre compétitive l’industrie des batteries, le Maroc a fait le choix de bâtir son écosystème industriel en priorisant les approvisionnements locaux, plutôt que de dépendre de chaînes d’approvisionnement complexes, où les suspensions d’approvisionnement sont imprévisibles, rendant les prix volatiles.

Pour son industrie de batteries, le Maroc dispose de ressources très vastes en phosphates, d’une production importante en cobalt et en cuivre, d’une production posée en nickel, d’un projet de mine d’étain et de projets d’exploration avancée dans le manganèse, le graphite et le lithium.

L’investissement minier revêt donc une importance stratégique pour renforcer la compétitivité des projets industriels liés à la transition énergétique, dans lesquels le Maroc ambitionne de s’imposer comme un leader avec, notamment, le projet de la première gigafactory africaine au Maroc.

Pour accélérer cette dynamique, la réforme du Code minier est très attendue par les professionnels du secteur qui espèrent un nouveau cadre permettant d’offrir le maximum de transparence, de renforcer la gouvernance des exploitations minières et d’attirer davantage d’investissements sérieux, expérimentés et capables de créer de la valeur ajoutée. L’avant-projet de loi a été mis en consultation pour recueillir les remarques sur le site du secrétariat général du gouvernement.

Les incitations gouvernementales pour la recherche minière

La nouvelle réforme projetée se propose de maintenir les trois principaux types de titres miniers : l’autorisation d’exploration, le permis de recherche et la licence d’exploitation.

L’autorisation d’exploration serait accordée pour une durée de trois ans (contre deux auparavant). Elle serait renouvelable en fonction des résultats obtenus et du programme de travaux complémentaires, et ce, sans limitation du nombre de renouvellements.

Le permis de recherche serait octroyé pour une période de quatre ans (contre trois ans), renouvelable jusqu’à deux fois pour une durée de trois ans à chaque renouvellement, sous condition de présenter une étude de faisabilité attestant de la présence de ressources minières. De plus, la distance entre les périmètres de deux permis de recherche devra être nulle, de quatre (4) kilomètres, ou un multiple de cette distance.

Par ailleurs, dans un souci de protection de l’environnement, un plan de réhabilitation des sites serait exigé en cas de renonciation à la licence de recherche ou de son retrait par l’administration, sous peine d’une amende de 50.000 à 100.000 dirhams.

Afin d’inciter l’investissement minier, notamment dans la valorisation des métaux qui représentent un atout essentiel aux besoins industriels, cet avant-projet de réforme propose une quatrième autorisation. Celle-ci s’adresse aux investisseurs souhaitant entreprendre le traitement, la valorisation et la commercialisation des substances minérales et qui ne détiennent pas de permis de recherche ou de licence d’exploitation des substances minérales.

Les outils de bonne gouvernance

Parmi les principales nouveautés de cette réforme figure l’établissement d’une liste officielle des minerais stratégiques et critiques. Cette mesure répond à l’autosaisine menée précédemment par le CESE sur cette thématique, qui avait recommandé de combler le retard pour renforcer la souveraineté industrielle du pays.

Elle prévoit notamment la création d’un comité national, placé sous la supervision du ministère de la Transition énergétique et qui est chargé d’émettre périodiquement un avis permettant d’actualiser la liste des minerais stratégiques et critiques. En fonction de leur disponibilité et de leur criticité, les sociétés minières pourront être tenues de réserver tout ou partie de leur production stratégique ou critique pour satisfaire les besoins industriels nationaux.

Sur le plan social, l’avant-projet de loi sur les mines propose d’introduire des obligations pour les sociétés minières, visant une meilleure intégration au tissu socio-économique local et national. Parmi ces obligations figure en premier lieu l’accord de priorité à l’emploi de la main-d’œuvre locale, favorisant ainsi la création d’opportunités d’emploi au sein des communautés impactées par les activités minières. En second lieu, la loi impose d’assurer une formation continue aux niveaux technique et professionnel pour les employés, reconnaissant l’importance du développement des compétences pour une exploitation minière responsable et efficace. Troisièmement, elle encourage vivement à accorder la priorité à l’utilisation des matières premières fabriquées ou commercialisées localement ou disponibles au niveau national, contribuant ainsi à renforcer les chaînes de valeur locales et à stimuler l’économie nationale.

Enfin, l’activité minière est par essence une activité économique limitée dans le temps, tributaire des réserves disponibles. Pour anticiper les conséquences sociales liées à la fermeture des sites et garantir des opportunités d’emploi pérennes aux travailleurs du secteur, le projet de nouvelle loi minière marquerait une avancée importante par la création d’un statut professionnel dédié aux mineurs. Ce statut poursuit plusieurs enjeux : la formation d’une main-d’œuvre spécialisée pour le secteur, l’amélioration des perspectives d’emploi pour les mineurs et l’intégration des travailleurs de l’informel au sein des entreprises minières.

Le cadastre minier, pièce maîtresse de la réforme minière

Parallèlement à cette réforme, le ministère de la Transition énergétique prévoit de mettre en place, avant la fin de l’année en cours, un cadastre minier national. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet de réforme qui prévoit la création d’un registre foncier national minier ayant pour mission principale de gérer et d’organiser numériquement l’ensemble des licences et autorisations minières prévues par la loi.

L’interfaçage dans le cadre d’un système d’information géographique (SIG) permettra d’éviter les chevauchements entre les licences minières, et de mieux s’informer sur les données géoscientifiques rendues publiques par l’administration par rapport aux autres infrastructures minières telles que les puits, les routes minières, les installations de traitement…

Le nouveau système d’information minière devrait centraliser et dématérialiser le traitement de toutes les requêtes émanant des usagers, qu’ils soient particuliers ou professionnels. Concrètement, il prendrait en charge vingt procédures dématérialisées spécifiquement dédiées au secteur minier, dont l’octroi, le renouvellement, la cession ou l’amodiation, l’autorisation d’envoyer des échantillons pour analyses chimiques, l’exploitation des haldes et terrils, l’occupation temporaire…

Plusieurs fonctionnalités majeures sont intégrées à ce cadastre numérique dans le but de renforcer la transparence au sein du secteur minier. Il offrira notamment une visualisation claire et accessible des titres miniers, permettant à tous les acteurs d’identifier facilement les zones concernées. De plus, le système facilitera la vérification de la disponibilité des terrains pour de nouvelles prospections ou exploitations. Une fonction de vérification des titres par rapport aux régions limitrophes sera également disponible, contribuant à éviter les conflits potentiels et à assurer une meilleure coordination territoriale. Enfin, le cadastre permettra la réservation des zones selon les procédures établies.

En complément des fonctionnalités visant à accroître la transparence et à simplifier les démarches, le cadastre minier intègre une gestion complète du cycle de vie des dossiers, depuis la validation de la recevabilité de la demande jusqu’à la génération automatique de la décision, en plus d’un suivi précis de l’état d’avancement du traitement du dossier par l’usager et d’un envoi électronique automatique de la décision d’autorisation à l’usager dès sa signature.

Des mécanismes de relances automatiques seront également mis en place pour solliciter les compléments d’information nécessaires ou pour rappeler les échéances de validité des demandes, optimisant ainsi le processus administratif et la communication avec les opérateurs.

Au-delà de la transparence, ce nouvel outil apportera une simplification administrative significative en permettant l’élimination de la redondance des pièces justificatives lors du renouvellement des demandes, allégeant ainsi les démarches pour les opérateurs.

Fact checking. Le vrai du faux sur les récentes annonces de découvertes minières au Maroc

« Découverte de l’or aux environs du Tichka », « Trouvaille d’or bleu près d’Ouarzazate », « Une nouvelle mine d’or au Maroc », « Découverte du siècle dans le Royaume »… Les titres accrocheurs se multiplient sur les réseaux sociaux, cherchant plus à susciter des clics qu’à représenter fidèlement la réalité. La publication la plus partagée récemment est celle de la découverte d’un énorme gisement de chromite et de cobalt près de Siroua par une société canadienne. Des images et vidéos générées par l’IA ont été partagées, représentant notamment des stocks de minerais fictifs, ce qui a entraîné des confusions dans le public non averti.

Le projet Amasine, un projet prometteur mais à un stade de développement précoce

Les résultats d’exploration du projet Amasine, publiés précédemment par Médias24, font état « d’un potentiel important ». Le terme « mine » ne peut pas encore être évoqué à ce stade.

Comme nous le rapportions, il s’agit de résultats d’exploration par tranchées, indiquant une estimation préliminaire de 609 millions de tonnes de serpentinite, alors que l’entreprise entreprend un programme de forage de 4.000 mètres dont les résultats ne sont pas encore annoncés.

Sur cette base, une valeur préliminaire de 60 milliards de dollars a été avancée par la compagnie canadienne détentrice du projet.

Tous ces chiffres ne sont que des estimations et un potentiel non encore confirmé.

Il s’agit d’un potentiel très important pour un métal actuellement inexploité au Maroc, utile dans l’industrie sidérurgique et la fabrication de produits chimiques. Cependant, la découverte est dans un stade de développement préliminaire nécessitant des travaux d’exploration pour passer d’une estimation des ressources préliminaire à des réserves prouvées économiquement exploitables.

Ceci veut dire que le chiffre de 609 millions de tonnes présente un degré de confiance d’estimation plus faible, car il est déduit d’un calcul préliminaire qui suppose la continuité des couches géologiques et des teneurs, alors que la réalité de terrain est totalement différente.

En exploration minière, cette première estimation doit être accompagnée d’une campagne d’exploration plus poussée pour valider les hypothèses retenues et exclure les ressources non économiquement exploitables.

À l’instar de l’exploration pétrolière, l’exploration minière utilise également une terminologie technique qui peut induire en erreur le grand public.

Les ressources sont classées selon des degrés de confiance et d’avancement des travaux. On distingue :

  1. Les ressources présumées (ou inférées) constituent la catégorie la moins fiable, étant estimées à partir de données géologiques préliminaires selon des modèles théoriques de continuité ou de teneur, avec un faible degré de confiance.
  2. Les ressources indiquées offrent une certitude géologique modérée quant à la taille et la teneur du gisement, s’appuyant sur des données plus complètes que les précédentes.
  3. Les ressources mesurées représentent le niveau de connaissance le plus avancé, fondé sur des informations d’exploration détaillées et fiables. Cette catégorie, qui présente le degré de confiance le plus élevé, peut potentiellement être convertie en réserves prouvées après prise en compte des divers facteurs modificateurs d’ordre technique (méthodes d’extraction, traitement), économique (coûts opérationnels, prix de marché), environnemental (impacts et réglementations) ou d’infrastructure (accessibilité, logistique).
Les étapes clés du développement minier : des indices géologiques aux ressources, puis des réserves prouvées à la décision d’exploitation basée sur la rentabilité.

Pourquoi une telle annonce ?

Les explorations minières nécessitent des financements de l’ordre de millions de dollars pour mener des travaux de forages et d’autres analyses plus serrées.

Ces résultats ainsi communiqués permettent d’attirer des investisseurs. La majorité des entreprises doivent promouvoir leurs travaux pour obtenir les fonds nécessaires au développement de leurs gisements, de l’exploration préliminaire à la certification des réserves, puis jusqu’à la construction de la mine.

Pour rappel, il ne s’agit pas ici de remettre en cause les informations communiquées par l’entreprise Catalyst, mais plutôt de souligner que, malgré le potentiel intéressant évoqué, le projet en est encore à un stade de développement précoce.

Des travaux supplémentaires seront nécessaires pour délimiter avec plus de précision les réserves exploitables de ce gîte prometteur.

Cependant, l’avancement des travaux d’exploration suit une logique différente : plus les forages se multiplient, plus l’empreinte minière se précise, tandis que les ressources exploitables diminuent progressivement.

Cette diminution des ressources pourrait entraîner une réduction des revenus potentiels, initialement estimés à 60 milliards de dollars, car principalement les teneurs économiquement exploitables pourraient évoluer et la continuité des couches minéralisées n’est pas toujours garantie.

L’exemple de Aya Gold & Silver

Prenons l’exemple d’Aya Gold & Silver : la société a mené en 2024 une campagne de forage intensive totalisant près de 100.000 mètres dans son projet de Boumadine situé aux environs de Tinejdad.

Ces travaux ont permis d’estimer des ressources indiquées (deuxième niveau de confiance) à 5,2 millions de tonnes d’équivalent argent. Malgré ces résultats, l’entreprise prévoit de maintenir le même rythme de forage cette année afin d’évaluer les ressources économiquement exploitables, étape préalable à une décision finale d’investissement.

Les publications de désinformations ont touché également l’or, où des vidéos et des images de découvertes de gisements d’or circulent régulièrement, en raison de l’importance stratégique de l’or et de son rôle de réserve de valeur pour les banques centrales.

Malgré le fait que le Maroc dispose de plusieurs indices aurifères répartis sur l’ensemble du territoire, ces indices nécessitent des travaux d’exploration approfondis et des investissements conséquents pour atteindre une teneur économiquement exploitable, avec une grande probabilité de ne rien trouver.

Les indices aurifères de Tichka sont à confirmer

Concernant les indices aurifères de Tichka, point focal des désinformations dans les réseaux sociaux, les analyses menées par la société titulaire du permis de recherche indiquent des teneurs aurifères variant entre 0,88 g/t et 5,81 g/t.

Bien que ces teneurs suggèrent un potentiel important, il est prématuré de tirer des conclusions définitives. Une estimation précise des ressources minérales, renforcée par des forages serrés et d’autres techniques d’exploration, doit préalablement être réalisée avant d’envisager leur conversion en réserves exploitables. Ceci est d’autant plus vrai que l’exploration aurifère présente une complexité par rapport à d’autres minerais.

Pour rappel, la production aurifère marocaine provient actuellement d’une seule mine en activité, qui a produit seulement 104 kilogrammes d’or en 2023. Cette production contraste avec les déclarations parfois exagérées circulant sur les réseaux sociaux.

Ce que gagne le Maroc des investissements miniers

Le nombre d’entreprises minières exploitant le sous-sol marocain a augmenté récemment en raison des efforts engagés par les autorités marocaines dans la promotion de licences minières et dans leur veille à présenter un cadre d’investissement minier attrayant pour les entreprises minières.

Une question revient fréquemment : quel bénéfice concret le Maroc tire-t-il réellement de ces projets miniers, notamment lorsqu’ils impliquent des investisseurs étrangers  ?

En réalité, le Maroc ne dispose pas, à lui seul, des moyens financiers suffisants pour prospecter l’intégralité de son territoire. Cette limitation l’oblige à une double stratégie : attirer des investisseurs spécialisés pour évaluer son potentiel minier et s’appuyer sur les technologies et expertises étrangères.

Grâce à cette collaboration, le pays peut exploiter des ressources autrement inaccessibles, tout en créant des emplois qualifiés dans les régions minières, favorisant ainsi un développement rural durable.

Avant l’obtention de chaque permis de recherche ou de licence d’exploitation, l’État signe avec l’investisseur potentiel une convention qui précise les droits et obligations de l’investisseur, notamment en matière des travaux engagés, des investissements prévus, du respect de l’environnement et des normes de sécurité et de travail, des cautions…

En parallèle, l’exploitation minière présente plusieurs retombées socio-économiques sur la région d’exploitation. Premièrement, une taxe minière pour chaque tonne extraite est payée pour la commune et la région où se situe la mine, en plus de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés.

Deuxièmement, la mine ne fonctionne pas seule : elle peut recruter des opérateurs localement (selon la coutume minière), en adaptant ses besoins aux profils disponibles.

Elle se trouve alors face à un choix : se restreindre à recruter des profils aux tâches ne requérant aucune expertise technique, ou investir dans la formation des opérateurs embauchés. Troisièmement, l’activité minière dynamise le commerce dans les villages environnants, une autre pièce de revers qui est souvent marginalisée.

Cependant, l’empreinte laissée par chaque mine diffère d’une entreprise à une autre en fonction de sa capacité, mais également de son engagement pour le développement socio-économique local.

Ce que promet la nouvelle réforme du code minier marocain

Une nouvelle réforme du code minier est dans le circuit législatif. Elle vise à modifier les dispositions de la loi 33-13 et les moderniser en instaurant un cadre plus favorable au développement socio-économique tout en renforçant la transparence et la gouvernance du secteur.

Parmi les principaux changements, la réforme accorde une place centrale à la valorisation des ressources humaines locales en imposant le recours prioritaire à une main-d’œuvre locale, à condition qu’elle soit qualifiée, en plus d’un dispositif renforcé de formation professionnelle continue.

Cette réforme comprend une mesure qui vise à renforcer les dispositifs de souveraineté industrielle, permettant ainsi à l’administration de dédier une portion de la production minière stratégique aux exigences des filières nationales prioritaires. Ceci est particulièrement pertinent dans le secteur des technologies vertes, y compris la production de batteries électriques pour laquelle le Maroc est en train d’établir un écosystème intégré dédié à cette industrie avancée.

Parallèlement, la nouvelle réforme prévoit l’introduction d’une carte professionnelle minière, délivrée par le ministère et qui permettra de formaliser les droits et obligations des travailleurs du secteur tout en élevant les standards de professionnalisation.

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Métaux stratégiques : voici ce qu’il faut savoir sur les projets de mines en cours de développement au Maroc

À l’heure où la transition énergétique s’impose comme une priorité mondiale, le Maroc se positionne en pionnier sur le continent africain avec une ambition légitime de devenir un hub régional dans l’industrie des batteries électriques.

Aujourd’hui, un tissu industriel intégré se met en place avec notamment la mise en service prochaine de la première gigafactory africaine et plusieurs unités, en amont, dédiées à la production des composants essentiels des batteries, tels que les cathodes et les anodes.

Cependant, la durabilité de cette industrie naissante est intrinsèquement liée à l’accès à des métaux critiques à un prix compétitif et en quantité suffisante, dont l’approvisionnement ne doit pas être brutalement interrompu en raison d’une dépendance excessive à un seul pays.

Indispensables, le lithium, le nickel et le graphite sont importés

Si le Maroc dispose de ressources importantes en cobalt et en phosphates, il reste toujours tributaire de l’importation de plusieurs ressources indispensables pour la fabrication des batteries telles que le lithium, le nickel, le graphite

À ce jour, des centaines d’indices miniers devraient être déchiffrés pour découvrir l’exploitabilité de plusieurs métaux critiques, dont principalement le lithium, le cuivre, le cobalt, les terres rares… En 2024, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) a lancé 44 projets d’exploration de métaux critiques répartis dans les quatre coins du pays.

En parallèle, plusieurs projets de développement minier de métaux critiques ont progressé au-delà de leur phase d’exploration durant cette année et devraient connaître leur première production prochainement.

La mine de cuivre de Tizert (province de Taroudant)

L’utilisation du cuivre dans les batteries lithium-ion est privilégiée en raison de sa conductivité électrique et thermique élevée, ainsi que de ses nanostructures uniques qui optimisent les performances électrochimiques. Son rôle principal est celui de collecteur de courant, garantissant le flux ordonné des électrons durant les cycles de charge et de décharge, tout en demeurant un composant fixe au sein de la batterie pour assurer une énergie stable et performante.

Managem, le principal producteur de cuivre au Maroc avec une production actuelle de 100.000 tonnes de concentré, s’apprête à doubler sa capacité grâce au nouveau projet de Tizert.

Située entre Taroudant et Tata, la mine de cuivre de Tizert, un projet de mine de classe mondiale, est en phase finale de construction avec une première production prévue durant le deuxième semestre de l’année 2025. La majorité des travaux a dépassé les 90%, à l’exception notable de la construction de la digue (85%), du génie civil de l’usine (83%), de l’installation électrique (17%) et du montage (46%).

La mine de Tizert, dont les ressources sont estimées à 56,8 millions de tonnes avec une teneur de 1,03% en cuivre et 23 g/tonne d’argent, a une durée de vie prévue de 17 ans.

Lancé en 2022, ce projet a nécessité un investissement de 440 millions de dollars (plus de 3,85 milliards de DH). Il ambitionne de devenir la plus grande exploitation minière souterraine de la région, intégrant les principes de la mine intelligente grâce à la numérisation des processus, à l’intelligence artificielle, à l’automatisation basée sur les données des machines et des événements, au suivi en temps réel des véhicules et du personnel, ainsi qu’à une intégration avec des systèmes de planification tiers pour un suivi fluide et instantané de l’avancement des travaux.

Précédemment, le groupe Managem a cédé sa filiale, qui exploitait la mine d’Oumejrane dans la province de Zagora. Pour Managem, cette décision stratégique vise à se concentrer sur ses principaux actifs, considérant qu’il serait plus optimal de céder cette entité à une autre partie capable de développer le projet.

Bien que Purple Hedge soit une entreprise nouvellement créée et donc peu connue, le communiqué annonçant l’acquisition de la Compagnie minière d’Oumejrane révèle que sa direction possède une expérience significative dans des projets miniers africains.

Outre un potentiel minéral estimé à environ 82.000 tonnes de concentrés de cuivre, la cession de la Compagnie minière d’Oumejrane devrait permettre à la nouvelle entité, Purple Hedge, d’exploiter quatre licences d’exploration couvrant 200 km². Ces licences pourraient être utilisées pour développer les ressources déjà découvertes.

Plus au nord, dans la province d’Azilal, le projet minier de Tabaroucht, développé par la Compagnie minière de Touissit (CMT), a atteint à son tour sa phase finale de développement. Les études menées auparavant ont permis d’estimer des réserves à 2 millions de tonnes de minerai à une teneur de 1,4% de cuivre. Le projet entre désormais dans sa phase finale, avec une décision d’investissement proche qui déterminera sa faisabilité économique et opérationnelle.

Les complexes miniers de phosphates de Mzinda et de Meskala

Outre son utilisation connue dans les engrais, le phosphate est un composant clé des batteries lithium fer phosphate (LFP). Cette technologie, particulièrement prisée pour sa stabilité, sa sécurité et son excellent rapport qualité-prix, séduit les principaux constructeurs automobiles. Ces derniers l’intègrent déjà, ou prévoient de l’adopter à grande échelle, pour équiper leurs nouveaux modèles de véhicules électriques.

La fabrication du matériau cathodique FePO4 repose sur un procédé relativement simple : il suffit de mélanger un sel de fer (comme le sulfate ferreux FeSO₄) avec une source de phosphate (tel que l’acide phosphorique H₃PO₄) en solution aqueuse. Cette simplicité de production, combinée à sa disponibilité locale, ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de ce type de batterie au Maroc.

En complément de ses sites historiques majeurs situés à Benguerir et à Khouribga, le groupe OCP, dans le cadre de son programme stratégique (SP2M), prévoit d’étendre ses activités dans deux nouvelles zones : Mzinda-Safi et Meskala-Essaouira.

Le projet du corridor Mzinda-Safi ambitionne d’atteindre, d’ici 2028, une capacité de production annuelle de 12 millions de tonnes de roche, de 3 millions de tonnes d’acide phosphorique et de 8,4 millions de tonnes d’engrais.

Concernant le corridor Meskala-Essaouira, l’objectif est de parvenir, à l’horizon 2030, à une capacité annuelle de 20 millions de tonnes de roche, de 1 million de tonnes d’acide phosphorique et de 2 millions de tonnes d’engrais.

Pour s’inscrire dans l’ère de la mine 5.0, ces nouveaux projets miniers devront intégrer une combinaison d’innovations technologiques et d’approches responsables. Au cœur de cette transformation figurent les technologies digitales avancées comme l’automatisation intelligente des processus, l’Internet des objets (IoT) et l’intelligence artificielle, qui permettront d’optimiser les opérations minières.

Parallèlement, l’exploitation des ressources non conventionnelles et l’adoption massive d’énergies renouvelables (solaire et éolien) viendront compléter cette modernisation technologique. Ces avancées s’accompagneront d’une démarche durable rigoureuse, intégrant pleinement les principes du développement durable pour minimiser l’impact environnemental.

La mine d’étain d’Achemmach (province de Khemisset)

L’étain est un métal stratégique pour les batteries grâce à sa grande capacité théorique de stockage du lithium, surpassant ainsi le graphite. Allié à d’autres matériaux comme le silicium ou le carbone, il gagne en stabilité et résout les problèmes liés à son expansion lors des cycles de charge et de décharge, ouvrant la voie à des batteries plus performantes et durables.

Au-delà des batteries, l’étain, souvent sous forme d’alliage, est de plus en plus utilisé dans les composants électroniques, les panneaux photovoltaïques, les pièces d’automobiles…

Dans le monde, la majorité des réserves mondiales en étain sont détenues par la Chine à hauteur de 38%, alors qu’en Afrique, la République démocratique du Congo et le Rwanda possèdent les plus grandes réserves.

Le projet Achemmach, situé à environ 50 km au sud-ouest de Meknès, est sorti de sa léthargie grâce à l’acquisition en mai 2024 de Samine, ancienne filiale de Managem. Cette acquisition a permis d’étendre le corridor minier de 5 km entre Achemmach et Bou El Jaj, doublant ainsi le potentiel en étain de la région. Les ressources totales estimées s’élèvent désormais à 39,1 millions de tonnes à une teneur de 0,55 % Sn, contenant 213.000 tonnes d’étain.

Sur le plan géologique, les minéralisations d’étain d’Achemmach et de Djebel El Hammam présentent des similitudes, étant toutes deux hébergées dans des roches sédimentaires altérées par la tourmaline. Cependant, elles se distinguent par leur profondeur : si le gisement d’Achemmach est enfoui en profondeur, nécessitant une exploitation souterraine, celui de Djebel El Hammam affleure en surface, offrant des perspectives d’exploitation à ciel ouvert, plus économiques et prometteuses pour l’entreprise.

Ces nouveaux développements, couplés à de nouvelles nominations managériales et à des financements additionnels, marquent un tournant décisif pour ce projet, longtemps retardé par des difficultés financières. Cette fois, l’acquisition de Samine devrait significativement réduire les coûts, puisque l’usine de traitement de l’ancienne mine d’El Hammam pourrait être réutilisée pour le projet Achemmach.

Une décision d’investissement finale (FID) est attendue avant la mi-2025, ouvrant la voie au lancement de la construction. À terme, ce projet renforcera la souveraineté minière du Maroc en ajoutant l’étain à la liste des métaux produits dans le pays.

D’autres projets prometteurs pour l’industrie des batteries

A coté de ces projets de mines, plusieurs travaux d’exploration sont actuellement menés par l’ONHYM et des opérateurs privés qui, ces dernières années, ont accru leurs investissements dans le secteur minier.

Parmi les métaux critiques dont le Maroc manque, figure le graphite. Actuellement, l’ONHYM conduit des travaux de développement pour dérisquer un prospect de graphite situé au niveau de Jbilet, dans les environs de Marrakech.

Mais avant que cela ne puisse se concrétiser, le groupe Falcon Energy Materials prévoit la construction d’une usine de production d’anodes avancées à Tanger, avec une capacité cible de 25.000 tonnes par an. L’usine s’approvisionnera en graphite auprès d’une mine actuellement en cours de construction, exploitée par le même groupe en Guinée.

Ce projet est porté par la société canadienne SRG Mining, avec Benoit LaSalle (également directeur de AYA Gold & Silver) à la présidence du conseil d’administration de Falcon. Il bénéficie également du soutien financier de La Mancha Resources, détenue par l’homme d’affaires Naguib Sawiris.

Parallèlement au développement du graphite, l’exploration d’un autre composant majeur des batteries progresse. Piloté par Lithium Africa, une entreprise basée à Singapore, ce programme débutera par la prospection du lithium dans la région de Bir El Mami, avant d’étendre les prospections à trois autres sites identifiés notamment au niveau de l’Anti-Atlas.

À la fin, ce qui permettra d’accélérer davantage l’exploration des métaux critiques et de soutenir la souveraineté industrielle du Maroc, notamment celle liée à la transition énergétique, c’est la prochaine réforme du code minier. Cette réforme introduira plusieurs innovations, comme la création d’un cadastre minier pour plus de transparence et de gouvernance, la mise en place d’une Commission nationale des minéraux stratégiques et critiques sous tutelle ministérielle, ainsi que l’établissement d’une liste officielle de ces minéraux.

Mines et carrières. Voici ce qu’il faut savoir sur la prochaine réforme du secteur

Le ministère de la Transition énergétique a mis pour consultation publique l’avant-projet de loi 72.24 visant à modifier la loi 33.13 relative aux mines. Cette nouvelle loi arrive à un moment crucial avec pour objectif de redynamiser un secteur marqué par une dualité distincte : celle des grandes entreprises, qui doivent améliorer leur chaîne de valeur et stimuler l’industrie nationale, et celle des petites entreprises, qui peinent encore à trouver leur place et à s’organiser, tout en faisant face à de nombreux problèmes d’ordre financier et administratif.

Selon la note introductive, l’avant-projet de loi 72.24 vise à établir un cadre juridique susceptible de renforcer la bonne gouvernance des exploitations minières, à renforcer la transparence, à faciliter l’accès à l’information et aux opportunités d’investissement, à stimuler les procédures de recherche et les projets d’exploitation et de valorisation des substances minérales, des sites de ressources géothermiques et des cavités pour le stockage souterrain, tout en renforçant les conditions de santé et de sécurité des utilisateurs et en protégeant l’environnement.

Pour la première fois, une commission technique consultative sera créée pour les minéraux stratégiques et critiques. Également, le nouveau texte de loi prévoit des mesures spécifiques pour favoriser leur valorisation et stimuler la recherche, au bénéfice du tissu industriel et économique national.

Ce texte est soumis aux commentaires du public jusqu’au samedi 15 février 2025.

Les principaux axes de la nouvelle réforme minière

Les principales dispositions présentées dans la note de présentation de cet avant-projet de loi sont les suivantes :

En plus de ces nouvelles dispositions, il a été proposé dans cet avant-projet que le titulaire d’un titre minier doit, à sa charge, effectuer l’inscription de son titre auprès du conservateur foncier. Aussi, le nouveau texte permettra d’organiser le statut d’employé minier afin de promouvoir l’emploi local.

En ce qui concerne les minerais stratégiques et critiques, l’avant-projet de loi 72.24 a défini les deux minerais :

  1. Les minéraux stratégiques sont définis comme étant les minéraux nécessaires aux activités économiques, industrielles, énergétiques et sociales pour renforcer la souveraineté industrielle nationale et le développement durable.
  2. Les minéraux critiques sont définis comme étant les minéraux d’une importance cruciale pour la sécurité économique du pays, et dont la chaîne d’approvisionnement est susceptible de subir des perturbations ou des ruptures.

Une commission nationale, placée sous la tutelle de l’autorité gouvernementale chargée des mines, sera créée, dont les missions, la composition et le fonctionnement de la commission nationale des minéraux stratégiques et critiques seront définis par un texte réglementaire. L’administration établira, par voie réglementaire, la liste des minéraux stratégiques et critiques, après consultation ou proposition de ladite commission.

Par ce nouveau texte, l’administration aura le droit d’imposer aux entreprises minières de consacrer tout ou partie de leur production de minéraux stratégiques et critiques à la satisfaction des besoins de l’industrie nationale.

Pour la FNOM : la nouvelle loi doit être renforcée

La Fédération nationale des opérateurs miniers (FNOM), représentant national des petites et moyennes exploitations minières, a récemment publié un communiqué, à la suite d’une réunion tenue le vendredi 31 janvier avec le ministère concerné. Cette réunion avait pour objectif de présenter les remarques et observations des représentants professionnels des petites et moyennes exploitations minières concernant la nouvelle réforme de la loi relative aux mines, actuellement en cours d’examen au Secrétariat général du gouvernement.

Durant cette réunion, les deux parties ont souligné l’importance pour la nouvelle réforme de prendre en compte les droits, les intérêts et les contraintes spécifiques des petites et moyennes entreprises minières (PME), lors de la présentation de la version finale du projet de loi 72.14.

Plus particulièrement, le ministère de la Transition énergétique a annoncé qu’il était prêt à accompagner les petites et moyennes entreprises minières afin de faciliter l’accès à la location temporaire du foncier minier, en faisant intervenir le ministère de tutelle auprès des responsables de l’Agence nationale des eaux et forêts et de la lutte contre la désertification pour traiter des problèmes et trouver des solutions aux obstacles qui entravent l’investissement minier, et également le ministère de l’Intérieur en ce qui concerne le foncier situé dans les terres collectives (terres soulaliyate).

Pour sa part, la Fédération a demandé le réexamen et la reformulation de plusieurs articles du projet de loi afin de l’améliorer et d’éviter les ambiguïtés et les interprétations contradictoires qui pourraient nuire aux investisseurs miniers. Pour la FNOM, le nouveau texte doit encourager et stimuler les PME minières, tout en améliorant leur compétitivité, notamment en autorisant la commercialisation des matériaux minéraux extraits pendant la phase de recherche et d’exploration.

Les négociations avec le ministère ont porté sur un certain nombre de points, dont :

Rappelons qu’en 2023, le CESE s’était auto-saisi de la question des minerais stratégiques et critiques au Maroc. Il avait établi une liste exploratoire de 24 minerais stratégiques et/ou critiques, ainsi qu’une série de recommandations visant à stimuler le secteur minier national et à en faire un pilier de soutien pour l’économie. Parmi ces recommandations figurent :

Maroc-RDC-Zambie : une chaîne de valeur régionale pour la e-mobilité au menu d’un dialogue de haut niveau

Dans le cadre d’un projet initié en 2023 par le bureau de l’Afrique du Nord de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies, les décideurs publics et privés de la République démocratique du Congo (RDC), du Maroc et de la Zambie se sont réunis à Lusaka du 9 au 11 décembre 2024 pour élaborer une stratégie commune en vue de bâtir une chaîne de valeur régionale pour la mobilité électrique.

Celle-ci permettra de faire évoluer l’Afrique d’un simple exportateur de matières premières brutes à un leader mondial dans la production de batteries électriques, créant ainsi de nouvelles opportunités de développement pour le continent.

Photo de groupe des participants à l’atelier du projet « Développement de la chaîne de valeur régionale de la mobilité électrique (RDC-Maroc-Zambie), tenu à Lusaka.

Dans cette phase préliminaire du projet, l’atelier de Lusaka permettra de bâtir une feuille de route et un plan de mise en œuvre détaillés, ainsi que d’établir un cadre de partenariat pour faciliter le développement des chaînes de valeur dans les domaines de la production de batteries, l’assemblage des véhicules et le développement des infrastructures de recharge.

« En développant une chaîne de valeur régionale, nous créons de l’emploi, nous réduisons notre dépendance aux énergies fossiles et nous contribuons à la lutte contre le changement climatique. En unissant nos forces, nous pouvons devenir un leader mondial dans le domaine de la mobilité électrique », a déclaré Idriss Addahbi, chef de la Division veille et stratégie au ministère de l’Industrie et du commerce.

Pour la première fois, cet événement se conclura par l’organisation d’un dialogue politique de haut niveau pour accélérer le développement de ce projet régional et stratégique pour le continent.

La complémentarité des ressources minérales du Maroc (phosphates et cobalt), de la RDC (cobalt et cuivre) et de la Zambie (cuivre et récemment le lithium) en fait des acteurs incontournables de l’industrie minière africaine.

Ce potentiel minier unique positionne ces pays au cœur de la transition énergétique mondiale et offre des perspectives prometteuses pour le développement d’une industrie régionale de batteries électriques compétitives.

 

« Cet atelier n’a pas seulement pour objectif d’établir un dialogue, il constitue un appel à l’action. Ensemble, nous devons aligner nos visions, mettre en commun nos ressources et tirer parti des atouts uniques de la Zambie, du Maroc et de la RDC. En élaborant des politiques, des mesures et des initiatives concrètes, nous pouvons libérer le potentiel de l’Afrique dans la chaîne de valeur mondiale de l’e-mobilité, créer des emplois, favoriser l’innovation et contribuer au développement durable », a expliqué Adam Elhiraika, directeur du Bureau de la CEA en Afrique du Nord.

Chemin du corridor ferroviaire pour l’acheminement des minerais provenant de la zone à vocation minière (en couleur) vers le port de Lobito.

Pour rappel, les trois pays sont déjà parties prenantes de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), un cadre qui pourra servir de fondation solide pour cette initiative en réduisant les barrières douanières et en favorisant la coopération et les co-investissements entre les pays africains.

Grâce à un financement conjoint des États-Unis et de l’Union européenne, la RDC et la Zambie développent actuellement un projet de chemin de fer reliant les mines de leur région frontalière au port de Lobito en Angola.

À terme, ce nouveau corridor de transport devrait considérablement améliorer la compétitivité des exportations minières de ces deux pays en offrant un accès rapide, efficace et direct aux marchés internationaux.

Mines. Critical Mineral Resources signe un premier contrat d’achat ferme d’antimoine

Dans un communiqué publié ce mardi 10 décembre, la société Critical Mineral Resources (CMR) a annoncé la signature de son premier contrat d’achat ferme (offtake agreement), marquant ainsi le lancement de sa nouvelle activité de commercialisation, qui vient s’ajouter à son activité principale de développement minier.

D’une durée de six mois renouvelables, le contrat signé avec un opérateur minier local permettra à CMR d’acquérir l’intégralité du minerai brut d’antimoine extrait de cette source. Le minerai commercialisable se présente sous la forme d’un produit semi-massif de stibine (sulfure d’antimoine).

Minerai d’antimoine (souce : CMR).

Cet accord ne serait pas le dernier car l’entreprise prévoit de sécuriser plusieurs contrats de prise ferme avant la fin de cette année. Il s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie de l’entreprise visant à créer une division commerciale dédiée aux matières premières. Cette division permettra à l’entreprise de négocier les métaux et minéraux industriels au Maroc, assurant ainsi des flux de trésorerie à court terme pour soutenir ses projets d’exploration minière localement, tels qu’annoncés en mars 2024.

En principe, la stratégie repose sur l’approvisionnement auprès de petits producteurs artisanaux et, le cas échéant, sur la valorisation de produits de moindre qualité. Par la suite, l’entreprise prévoit d’exporter le minerai acquis vers les marchés européens, américains et d’autres destinations internationales.

Classé parmi les minéraux critiques par les États-Unis et l’Union européenne, l’antimoine est un élément clé dans la production de batteries, de semi-conducteurs et d’équipements de défense. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques et une demande en constante augmentation, due notamment à la transition énergétique, l’entreprise britannique table sur des marges bénéficiaires supérieures à la moyenne grâce à cet accord qui lui permettra de tirer parti d’un marché de l’antimoine instable.

En raison des restrictions d’exportation imposées par la Chine, principal producteur mondial, le prix de l’antimoine a plus que triplé en un an. À Rotterdam, le prix du lingot d’antimoine (99,65% Sb minimum) a atteint 38.000 dollars la tonne début décembre 2024, contre 11.500 dollars un an auparavant.

Rappelons qu’au cours de cette année, l’entreprise a lancé un projet d’exploration d’argent dans la région d’Igli, située dans la province de Tinghir. Cette zone, d’un point de vue géologique, se situe dans la continuité d’un corridor minéralisé reliant la mine d’Imiter, principal lieu de production d’argent au Maroc, et la mine de Tiouit, unique mine d’or en exploitation. Les analyses géochimiques préliminaires ont révélé des teneurs en argent exceptionnellement élevées, pouvant atteindre 912 g/t, ainsi que des teneurs significatives en cuivre, jusqu’à 3,3%. L’entreprise a également réussi une levée de fonds d’environ 1,27 million de dollars (1 million de livres sterling) par l’émission d’obligations convertibles.

Mines. Atlantic Tin annonce des découvertes d’étain dans le gisement d’El Hammam (Province de Khémisset)

Dans un communiqué publié, Atlantic Tin a annoncé les résultats d’une campagne de prospection d’étain menée sur sa nouvelle licence, acquise lors du rachat de Samine en mai 2024.

Cette nouvelle licence est contiguë à ses concessions précédentes, à savoir Achmmach, et à celle de Bou El Jaj, située au sud, en phase d’étude pour un futur développement.

Nouveau portfeuille minier d’Atlantic Tin

Les travaux d’exploration menés, incluant une cartographie géologique détaillée et une campagne d’échantillonnage de sol sur 1200 échantillons, ont permis d’identifier cinq zones de minéralisation de cassitérite (oxyde d’étain), affleurant sur une longueur de 1,1 kilomètre et une largeur moyenne de 20 mètres dans le corridor Samine.

La minéralisation d’étain identifiée à Djebel El Hammam et Achemmach partagent plusieurs similitudes, étant tous deux hébergés dans des roches sédimentaires altérées par la tourmaline.

Cependant, ils diffèrent par leur profondeur : si la minéralisation d’Achemmach est située en profondeur, celle de Djebel El Hammam, affleure en surface, ouvrant ainsi des perspectives d’exploitation à ciel ouvert, plus prometteuses pour l’entreprise.

La prochaine étape pour l’entreprise australienne consistera en un programme d’échantillonnage détaillé (éclats et rainures) de toutes les structures de tourmaline connues dans cette nouvelle zone. Une fois les résultats d’analyse obtenus, un premier programme de forage ciblera les zones les plus prometteuses de la licence de Samine.

Le 22 novembre dernier, Atlantic Tin a annoncé avoir levé 5 millions de dollars. Cette somme comprend un placement privé de 1 million de dollars et un financement par redevance de 4 millions de dollars auprès d’Apex Royalties Limited. Ces fonds serviront notamment à accélérer l’étude de faisabilité du projet d’Achemmach.

Acquise en mai 2024, la licence Samine, incluant l’ancienne mine de fluorine d’El Hammam, intègre désormais le projet d’étain d’Achmmach. Une étude de faisabilité est en cours pour adapter l’usine de traitement de SAMINE au traitement du minerai d’Achmmach, situé à environ 7 km. Les résultats de cette étude, attendus fin 2024, devraient permettre de lancer la construction de la mine souterraine d’Achemmach d’ici 18 mois, avec une production envisagée à partir de 2026.

Unité de traitement de l’ancienne mine d’El Hammam