Les trésors oubliés d’Aouli et Mibladen : quand la recherche de minéraux fait vivre une population oubliée

Le Maroc possède une longue histoire minière, qu’elle soit à ciel ouvert ou souterraine. La spécificité de son secteur minier fait que les grands projets miniers sont naturellement situés dans des régions éloignées.

Auparavant, plusieurs villes marocaines ont été fondées ou développées autour de l’activité minière. C’est le cas de Jerada, capitale du charbon, et de Youssoufia, dédiée aux phosphates et qui portait le nom de Louis Gentil, celui qui a découvert les gisements de phosphates de la région. À cela s’ajoutent les cités de Touissit, Aouli, Mibladen qui portèrent la production marocaine de minerai de plomb.

Le projet d’une mine est limité dans le temps malgré les richesses qu’il peut apporter, condamnant plusieurs villes minières à dépérir ou disparaître. Cette problématique est mondiale et est survenue à une époque où la réhabilitation des sites miniers était une option plutôt qu’une obligation, et bien qu’elle soit également actuellement limitée.

Au Maroc, la vie dans plusieurs cités minières s’est soudainement arrêtée, stoppant les opportunités socio-économiques autour d’une activité minière (commerce, emploi, stabilité sociale, taxes et impôts…). Cependant, l’ingéniosité marocaine a su s’adapter à ces réalités autour de ces cités mortes, démontrant une adaptation obligée émanant d’une volonté de vivre. Au début, il s’agissait d’une activité vivrière qui s’est développée progressivement en des commerces bien établis, mais est-ce que cette évolution profite à l’artisan qui s’aventure dans des galeries profondes et risquées ?

Pourquoi le Maroc est un pays minier très riche

Le Maroc est un pays minier diversifié, avec des sites comme ceux d’Imiter, de Bou Azzer ou d’Imini, qui approchent d’un siècle d’activité minière continue. Cette richesse minière spécifique se matérialise par des spécimens minéralogiques qui ont été découverts pour la première fois au Maroc et qui portent ainsi un nom lié au pays.

Le Maroc est ainsi la source de plusieurs minéraux topotypes, c’est-à-dire découverts et nommés d’après leur localité d’origine.

C’est le cas de l’imiterite, un minéral unique baptisé en référence à la célèbre mine d’argent d’Imiter. Composé de mercure et d’argent, ce spécimen fut découvert dans les années 1980 et officiellement approuvé par l’Association internationale de minéralogie (IMA) en 1983. Il se distingue par ses cristaux accolés, qui forment des figures en V ou des structures cycliques en étoile.

La bouazzerite tire son nom du gisement de cobalt de Bou Azzer. Approuvée par l’Association internationale de minéralogie (IMA) en 2005, elle est reconnaissable à sa couleur vert-pomme pâle, son éclat adamantin et sa présence fréquente aux côtés de minéraux cobaltifères, comme l’érythrite, ainsi que du quartz, de l’or natif et de divers minerais de cuivre.

Crédit : Georges Favreau

L’agardite est un minéral découvert pour la première fois dans la mine de cuivre de Bouskour. Son nom rend hommage à Jules Agard, premier chef du Service d’études des gîtes minéraux du Maroc. Il s’agit d’un minéral très rare, un complexe arséniate de cuivre et de terres rares, souvent de couleur bleu-vert à jaune-vert. Le spécimen découvert au Maroc est notamment associé à l’yttrium. Il se présente typiquement en très fins cristaux aiguilleux formant des gerbes ou des touffes cotonneuses.

La marokite doit son nom explicite au Maroc, où elle a été découverte en mars 1962 dans les mines de manganèse de Tachgagalt situées aux environs de Ouarzazate. C’est un minéral opaque, de couleur noire, qui présente des réflexions internes carmin-rouge et se cristallise sous une structure prismatique.

Spécimen minéralogique de Marokite.

La gaudefroyite est un minéral rare découvert en 1962 dans le gisement de Tachgagalt aux environs de Ouarzazate. Souvent associé à la marokite, ce borate de calcium et de manganèse est nommé en hommage à l’abbé Gaudefroy, qui a largement contribué aux études minéralogiques du Service géologique du Maroc pendant les années de protectorat. Ce minéral opaque, de couleur noirâtre, se caractérise par ses cristaux en aiguilles hexagonales au bel éclat métallique. Leurs contours sont typiquement hexagonaux et leurs faces présentent des ondulations, leur donnant un aspect tantôt brillant, tantôt terne.

Aouli, vestiges d’une mine oubliée, là où l’histoire a laissé place au silence

À l’époque du Protectorat, la région sud-orientale, située entre Bouarfa et Midelt, a été le sujet de l’exploitation de plusieurs mines, notamment de plomb à Zaïda, Mibladen et Aouli aux environs de Midelt, et de manganèse à Bouarfa.

Découverte en 1923, la mine de plomb et de zinc d’Aouli a mobilisé des investissements massifs en raison du cours élevé du plomb à cette époque, ce qui a notamment conduit à la création d’une des premières centrales électriques du Maroc en 1928, de chemins de fer, ainsi que des infrastructures minières de valorisation du minerai extrait.

Après l’indépendance du Maroc, ces mines entrent à plusieurs reprises dans des périodes difficiles en raison de la variabilité du cours du plomb. Elles ont cependant maintenu une activité jusqu’à la fermeture de Mibladen et Aouli en 1983. Jusqu’à sa fermeture, le site a livré près de 16,4 millions de tonnes de plomb (selon le Guide minier du Maroc).

Alors que l’économie de cette région était centrée sur l’activité minière, la fermeture de ces sites a été une condamnation à mort pour la population de cette région aride. Du jour au lendemain, ces mines, qui en plus de générer une grande part de la production minière nationale de l’époque, permettaient également une vie digne à la population qui travaillait avec des salaires décents, se sont soudainement arrêtées.

De plus, la fermeture de ces sites sans réhabilitation et sans gestion des déchets a causé une pollution due aux résidus miniers générés par cette activité.

Malgré ces entraves, la difficulté de mettre en place un développement socio-économique alternatif et le départ d’une grande partie de la population, une part a choisi de rester dans une période où les alternatives étaient bien moindres qu’aujourd’hui.

Un grand silence règne aujourd’hui sur ces sites, désormais des villages fantômes, qui furent jadis la source de la richesse du Maroc et le moteur socio-économique de la région de l’Oriental. Ce silence est brisé par l’activité d’une dizaine d’artisans qui cherchent incessamment leur gagne-pain à travers le minerai.

La vanadinite, source de vie pour les ménages après la fermeture de la mine  

À l’échelle mondiale, les spécimens les plus spectaculaires de vanadinite proviennent des régions de Mibladen et d’Aouli. Leur prix varie considérablement, allant de quelques centaines de dirhams, voire moins pour les faux, pour les échantillons ordinaires à plusieurs dizaines de milliers de dirhams, voire plus, pour les pièces exceptionnellement rares.

De couleur rouge sang et d’un éclat brillant, ce minéral a été historiquement découvert par les mineurs d’Aouli, où il apparaît lors de l’extraction des minerais de plomb.

La vanadinite est l’une des principales sources de vanadium, un métal essentiel utilisé dans la fabrication d’alliages industriels. Cependant, la demande principale et la valorisation pour ce minéral sont portées par les collectionneurs et les musées.

Spécimen minéralogique d’un agate

Dans les mines abandonnées d’Aouli, les artisans récupèrent d’autres spécimens minéralogiques comme les géodes de quartz, les agates, l’azurite, la cérusite, la malachite, la wulfénite, la romanéchite…

Bien que l’essor du commerce électronique ait aboli les distances avec les principaux marchés internationaux, son impact sur les bénéfices des artisans mineurs d’Aouli, Mibladen et Zaida demeure marginal.

 

Est-ce que cette activité est légale ?

La loi 33-13 relative aux mines a initié l’encadrement de ces activités artisanales de collectes et de fouilles à travers l’article 116 qui exige que l’extraction, la collecte et la commercialisation des spécimens minéralogiques nécessitent une autorisation de la part de l’administration chargée des mines.

S’il est vrai que cette activité est autorisée, ce texte doit être profondément amélioré et clarifié. En effet, la réalité du terrain révèle que ces artisans mineurs ne bénéficient pas des prix élevés dans les marchés internationaux. Ils privilégient souvent la vente locale pour un gagne-pain immédiat, laissant le marché informel acquérir leurs produits à des prix nettement inférieurs au marché pour ensuite réaliser des profits substantiels à l’exportation.

Bien que ce cadre ouvre la voie à d’importantes opportunités, l’action publique actuelle, bien que présente, ne parvient pas à stimuler le plein potentiel de développement de ces régions. Il est important que la société civile joue un rôle pour catalyser et maximiser ces opportunités. Pour cela, un nouveau texte est nécessaire, lequel devra encadrer rigoureusement cette activité artisanale avec, comme objectif principal, la création d’opportunités socio-économiques durables tout en parvenant à la protection du patrimoine, élément essentiel pour la promotion du tourisme durable.

Cet accompagnement doit commencer par la reconnaissance des activités de fouilles minérales et leur intégration dans les circuits formels de commercialisation des produits artisanaux. En effet, le Maroc dispose de nombreuses régions similaires, telles que Jerada, Taouz ou Erfoud, qui possèdent également une activité artisanale et un fort potentiel pour impulser un développement local générateur de revenus.

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La société britannique Critical Mineral Resources obtient 26 permis d’exploration au Maroc

La société britannique Critical Mineral Resources (CMR) a obtenu ces permis par le biais de l’acquisition de la société marocaine Hesperis Resources. Cette acquisition transforme le portefeuille de la société britannique en termes d’empreinte de terrain prospectif au Maroc et d’exposition à une gamme plus large de métaux et de minéraux critiques.

Les permis d’Hesperis sont situés à Rabat, Beni-Mellal, Agadir et Errachidia et couvrent environ 400 km². « Ces régions comptent un certain nombre de sites miniers historiques et actuels, avec des infrastructures routières et électriques bien établies », explique la société dans un communiqué.

« Reflétant la confiance d’Hesperis dans l’opportunité que représente le terrain autorisé et dans la capacité de CMR à le développer, ses actionnaires ont convenu d’une transaction en actions qui verra CMR émettre 3 millions d’actions aux propriétaires d’Hesperis à l’achèvement du projet, suivi de 1,5 million d’actions livrables au début des forages », poursuit-elle.

En signe de leur engagement dans le projet, les actionnaires d’Hesperis ont également accepté une période de blocage de dix mois.

« Critical Mineral Resources bénéficie d’une excellente dynamique et continue à mettre en œuvre sa stratégie de développement d’un portefeuille d’actifs passionnants ayant le potentiel d’apporter des minéraux essentiels à la révolution de l’énergie propre en production et en génération de liquidités. Nous sommes ravis d’accueillir les propriétaires d’Hesperis en tant qu’actionnaires de l’entreprise », a déclaré dans un communiqué Charlie Long, président-directeur général de CMR.

CMR est une société d’exploration et de développement axée sur le développement d’actifs produisant des produits essentiels aux énergies renouvelables, au stockage par batteries et à l’électrification afin de soutenir la révolution de l’énergie propre. Ces matières premières sont largement reconnues et considérées comme étant le premier maillon d’un super-cycle de l’offre et de la demande.

Le 6 décembre 2023, la société avait annoncé son acquisition de quatre permis d’exploration à Rabat et Beni-Mellal, couvrant une superficie d’environ 80 km².