Monuments historiques : les tickets d’accès désormais disponibles en ligne

La plateforme, disponible sur le lien https://e-services.minculture.gov.ma, se décline en quatre langues, à savoir l’arabe, l’amazighe, le français et l’anglais, indique le ministère.

Les touristes marocains et étrangers peuvent, dès le 3 avril 2025, acquérir à travers cette plateforme les tickets d’entrée aux monuments historiques relevant du ministère, note la même source, ajoutant que les visiteurs de cette plateforme y trouveront un aperçu historique et des photos sur chaque monument.

L’accès au site archéologique de Volubilis coûte 30 DH pour un adulte marocain résident.

La mosquée Bab Berdaine de Meknès désormais classée patrimoine national

La construction de la mosquée Bab Berdaine remonte au règne du Sultan Moulay Ismail, figure marquante de l’histoire marocaine. Commandée par Khnata bent Bakkar, l’une des épouses du sultan, la mosquée fut inaugurée en 1709. A l’époque de sa construction, elle jouait un rôle de premier plan dans le paysage urbain de Meknès, alors capitale du Royaume. Son minaret, le plus haut de la ville à l’époque, symbolisait la puissance et la grandeur du règne alaouite.

D’une superficie dépassant les 620 m², la mosquée a été construite selon le style architectural mérinide. Au fil des siècles, l’édifice a bénéficié de l’attention de plusieurs souverains, notamment les sultans Moulay Mohammed Ibn Abdallah et Moulay Youssef, qui ont entrepris des travaux de restauration.

En 2010, la mosquée a fait face à un défi majeur lorsque son minaret s’est effondré suite à des pluies diluviennes. Sur hautes instructions du Roi Mohammed VI, il a été reconstruit à l’identique, préservant ainsi l’intégrité historique et esthétique du monument.

Le nom « Bab Berdaine » fait référence à la porte massive édifiée par Moulay Ismail au XVIIe siècle, tirant son appellation des fabricants de bâts qui peuplaient autrefois la place adjacente.

Cette porte, avec ses tours crénelées et sa délicate décoration en céramique, domine majestueusement le nord de la médina, alliant puissance architecturale et finesse décorative.

Préservation du patrimoine religieux marocain

La classification de la mosquée Bab Berdaine s’inscrit dans une initiative plus large de préservation du patrimoine religieux marocain. A Meknès, les mosquées historiques Nejjarine, Lalla Awda et Rwa ont également été inscrites sur la liste du patrimoine national aux côtés de Bab Berdaine.

Cette démarche ne se limite pas à la ville impériale, puisque d’autres cités marocaines ont vu leurs édifices religieux emblématiques classés, notamment à Marrakech et à Fès.

Dans une déclaration à la presse, le directeur régional de la culture de Fès-Meknès, Fouad Mahdaoui, a souligné que le chantier de la protection juridique des monuments historiques et des sites archéologiques est une priorité majeure du ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication – département de la culture-, à travers la mise en œuvre de la loi 22-80 telle que modifiée et complétée.

Il a expliqué que cette opération se fait en étroite collaboration avec plusieurs départements gouvernementaux responsables des différents types du patrimoine culturel immobilier.

Dans le but de sauvegarder leur valeur historique, le ministère de la Culture vient d’inscrire onze anciennes mosquées sur la liste du patrimoine national et ces lieux de culte sont tous situés dans les villes impériales du Royaume.

Cette opération est considérée comme une première étape pour inclure un grand nombre de mosquées historiques, qui sont au nombre de 976 selon le dernier inventaire du ministère des Habous et des affaires islamiques, a-t-il expliqué.

Ces mosquées, choisies notamment pour leur valeur historique, culturelle et patrimoniale, sont considérées comme des références d’histoire de l’art islamique, des connaissances et des savoir-faire des artisans du Royaume, a-t-il précisé.

(Avec MAP)

Bensaid : « Un certain chaos règne sur les réseaux sociaux au Maroc »

Lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, le ministre a rappelé que les citoyennes et citoyens ainsi que les députés ont le droit de recourir à la justice, puisque le Code pénal sanctionne tous les actes liés à la publication de contenus obscènes, incitant à la violence sexuelle et autres comportements inacceptables.

Mehdi Bensaid a insisté sur le fait que « parallèlement aux actions légales, le ministère travaille sur plusieurs initiatives visant à promouvoir des contenus positifs sur Internet », en soulignant que « la sensibilisation par les différents secteurs et la société civile permettra aux citoyens de choisir des contenus positifs ».

Il a précisé que son ministère a mis en place plusieurs initiatives, dont le programme « Alach Lmeghrib », constitué de vidéos mettant en valeur la richesse du patrimoine culturel marocain, et le programme « Niya », une plateforme numérique consacrée aux réalisations sportives nationales. En outre, de nombreux contenus sont publiés quotidiennement pour promouvoir la culture, le patrimoine et l’identité marocains.

Mehdi Bensaid a conclu en soulignant que cette question relève de la responsabilité sociétale, et que le ministère collabore avec la société civile et soutient ses initiatives pour lutter contre les contenus nuisibles sur les réseaux sociaux.

Contre les manœuvres d’appropriation algériennes du caftan marocain, Bensaïd écrit à Audrey Azoulay

Le ministre Mehdi Bensaïd a adressé le 18 avril dernier une lettre à Audrey Azoulay, dans laquelle il attire l’attention de la directrice générale de l’Unesco sur « certaines manœuvres d’appropriation semant la confusion quant à l’authenticité et l’origine de certains biens du patrimoine culturel immatériel marocain », apprend-on de source sûre.

Le Royaume du Maroc, poursuit la lettre, « ne pourra ainsi admettre toute instrumentalisation de la Convention de 2003 visant l’ancrage historique du savoir-faire marocain et, partant, remettant en cause la notoriété et la crédibilité de notre prestigieuse Organisation ».

Et d’ajouter : « Il est en ainsi malheureusement le cas avec l’inclusion de l’image et de séquences vidéo du caftan ‘Ntaâ’ marocain, présentées dans le dossier algérien ‘Costume féminin de cérémonies dans le Grand Est de l’Algérie : savoirs et savoir-faire associés à la confection et à la parure de la gandoura et de la melehfa proposé pour inscription au titre du cycle 2024’. »

Dans un esprit de compromis, le Royaume du Maroc propose « le retrait simple de cette image et de ces séquences vidéos au regard de l’histoire et des multiples réclamations insistantes mais légitimes de l’opinion publique marocaine, dont celles des communautés marocaines dépositaires d’un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération dans les différents corps de métier liés au caftan ; incarnant par excellence les valeurs de paix et de tolérance de l’identité marocaine ».

« Cette démarche se trouve d’autant plus justifiée par l’incohérence flagrante constatée dans le dossier algérien se référant au style d’habillement « gandoura » et la « melehfa » ne reflétant aucunement l’histoire et la quintessence du caftan, dont l’image de sa variante marocaine « Ntaâ » y a été présentée comme élément constitutif », fait observer le ministre de la Culture dans sa correspondance envoyée à l’Unesco.

Au regard de la sensibilité suscitée par cette question, le Royaume du Maroc appelle « à la préservation de l’esprit et de la neutralité de notre Convention qui ne devrait pas faire l’objet d’instrumentalisation à des fins politiques, tel que le reflète la volonté manifeste de la part de la partie algérienne de maintenir une photo ne correspondant absolument pas à l’élément introduit pour inscription ».

Au vu des dangers liés aux tentatives d’appropriation des éléments du patrimoine culturel immatériel marocain, le Royaume du Maroc appelle « à la vigilance nécessaire dans le traitement des candidatures d’inscription, de manière qu’elles reflètent fidèlement et respectueusement l’histoire, les spécificités et la richesse du patrimoine culturel de chaque pays », conclut la lettre.

Plus de 316.000 personnes ont visité le SIEL 2024

Cette édition du SIEL a été marquée par la participation de 743 exposants issus de 48 pays, dont 290 exposants ayant participé directement à cet événement et 453 indirectement, précise un communiqué du ministère de la Culture.

Lors de ce Salon international, les exposants ont présenté une offre documentaire variée, comprenant près de 100.000 titres couvrant différents domaines de la connaissance et divers genres créatifs.

Quant à la programmation culturelle, le nombre d’activités a atteint plus de 1.480, dont 320 organisées directement par le ministère ou en partenariat avec des centres de recherche et des institutions gouvernementales participantes.

Le nombre total de participants aux activités culturelles a dépassé les 3.703, dont 885 participants dans le cadre du programme du ministère.

Pour la catégorie des enfants, le SIEL-2024 a proposé une offre éducative et récréative sous le thème « Le bonheur en couleurs », visant à enrichir les connaissances et à développer les compétences à travers un programme comprenant plus de 10.000 ateliers.

Cette édition a consacré un nouvel espace aux créations des célèbres dessinateurs des maisons d’édition Marvel et DC Comics. Plus de 51 activités y ont été organisées, bénéficiant directement à plus de 15.000 personnes tout au long du SIEL-2024 (9-19 mai).

La couverture médiatique de cette édition, organisée en partenariat avec la wilaya de la région de Rabat-Salé-Kénitra, le Conseil de la région de Rabat-Salé-Kénitra et la commune de Rabat, a été assurée dans le cadre de partenariats avec 68 médias audio-visuels et écrits, classiques et numériques, du Maroc et de l’étranger.

Falsification de tableaux marocains : des maisons de vente étrangères complices

Au ministère de la Culture, la lutte contre les faussaires d’arts plastiques s’étendra hors du territoire national. Le département de Mehdi Bensaid prépare la liste des galeries et maisons de vente étrangères concernées par la vente de fausses œuvres d’artistes marocains, apprend Médias24 de source autorisée.

Cette liste est en cours de finalisation. Les entités concernées, pour la plupart basées en Europe, seront notifiées d’un courrier officiel du ministère pour ce qui s’apparentera à une première mise en demeure, en attendant des mesures plus radicales.

Des artistes professionnels de la contrefaçon

Parmi les maisons identifiées, certaines ont pris pour « habitude » de commercialiser délibérément de fausses œuvres, opérant comme les maillons étrangers de « réseaux organisés ».

Le circuit illégal démarre ici, au Maroc, avec des tableaux réalisés par des artistes locaux « professionnels de la contrefaçon ». Les œuvres contrefaites sont ensuite exportées à l’étranger et sont parfois réintroduites sur le marché national en contournant les règles douanières, où elles sont présentées comme originales.

Au ministère de la Culture, on mise également sur renforcement de la coopération internationale pour l’échange d’informations sur les réseaux de faussaires. Cette offensive s’accompagnera d’un chantier de révision des lois internes. Pour l’heure, les textes abordant ces comportements sont soit peu précis, soit peu dissuasifs. Le département de Bensaid a donc lancé des consultations pour agir sur le levier législatif.

En attendant, des tournées sont en cours pour sensibiliser différents intervenants sur un phénomène qui revêt une dimension sécuritaire. D’où les réunions avec les représentants de la Justice, de la sûreté, la gendarmerie ou encore des douanes.

Sur le plan judiciaire, la présidence du ministère public avait promis une circulaire qui, selon nos sources, n’a pas encore été diffusée. Idem pour le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. En plus des circulaires, ces deux institutions planchent également sur un guide qui sera mis à la disposition des magistrats, et ce, pour le traitement des affaires de faux tableaux.

Selon nos informations, le sujet des arts plastiques a déjà été abordé par le pouvoir judiciaire, mais sous le prisme du « vol », plutôt que de la contrefaçon. En 2022, Mohammed Abdennabaoui, président délégué du CSPJ, avait diffusé une note interne où il interpellait les présidents des juridictions sur le contenu de la « convention d’unidroit sur les biens culturels volés ou illicitement exportés ».

Cette convention a été ratifiée en 2022 par le Maroc. Elle pose les bases des règles en matière de restitutions et de biens culturels volés. Sont visés, entre autres, les biens « revêtant une importance pour l’art », dont les « tableaux, peintures et dessins faits entièrement à la main sur tout support et en toutes matières (à l’exclusion des dessins industriels et des articles manufacturés à la main) », les « assemblages et montages artistiques originaux », ou encore les « productions originales de l’art statuaire et de la sculpture, en toutes matières ».

50 nouvelles salles de cinéma mises en service à travers le Royaume

Le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mehdi Bensaïd, a présidé, mercredi 7 mars à Tamesna, la cérémonie d’ouverture de 50 salles de cinéma, première tranche d’un projet de mise en service de 150 salles dans les douze régions du Royaume.

Visant tout particulièrement les petites et moyennes villes, ce projet vise à créer « un nouvel écosystème pour les producteurs et réalisateurs marocains » pour qu’ils puissent aller à la rencontre des citoyens dans des villes comme Ouarzazate, Debdou, Rissani ou Tamesna, qui disposeront désormais de leurs propres salles de cinéma, a déclaré le ministre, à cette occasion.

Le projet d’ouverture de 150 salles de cinéma à l’échelle nationale est un « nouveau service culturel » destiné à combler le manque enregistré en matière d’offre cinématographique, a rappelé le ministre. Il a salué « le rôle clé joué par les associations culturelles, notamment les ciné-clubs, dans la réussite de ce projet » et souligné « l’importance de renforcer la coopération entre le ministère et les autres parties prenantes pour réconcilier les citoyens avec le grand écran ».

Pour ce faire, des tarifs réduits ont été mis en place en faveur des jeunes grâce à des partenariats avec plusieurs salles de cinéma dans les grandes villes du Maroc, a-t-il fait savoir.

Cette cérémonie d’inauguration a vu la projection d’un film documentaire mettant en avant les points de vue de différentes parties prenantes quant à l’importance de ce projet pour les citoyens, les acteurs, les réalisateurs, les producteurs et les institutionnels.

Dans un entretien accordé à Médias24, le ministre avait espéré pouvoir doubler, lors de la première année, le nombre d’entrées générées actuellement par les 25 complexes privés existants, à savoir passer de 2 à 4 millions de spectateurs.

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45 MDH pour l’organisation de la 29e édition du Salon international de l’édition et du livre

En tant qu’événement culturel d’envergure internationale, « l’organisation du Salon International de l’Édition et du Livre requiert d’importants efforts, tant au niveau de l’aménagement que de la programmation, de la logistique et de la communication. De plus, le salon offre au grand public la possibilité de découvrir de près les dernières œuvres d’écrivains et de créateurs », indique l’appel d’offres lancé par le ministère.

Au cours des dix dernières années, le salon a maintenu un taux de participation moyen de plus de 300 exposants directs, avec la participation d’environ 50 pays. Le fonds documentaire exposé comprend en moyenne plus de 100.000 titres par an, et le nombre de visiteurs atteint près de 500.000, selon la même source.

Le prestataire sera chargé de l’organisation complète de l’événement et doit fournir son expertise, l’assistance technique nécessaire ainsi que l’accompagnement pour assurer le bon déroulement de l’événement.

Le prestataire aura diverses missions, dont la planification et la coordination, la conception et la préparation de l’évènement (les plans d’aménagements intérieurs…), la mise en place des installations techniques et logistiques, la maintenance et l’hygiène.

Un budget de 45 MDH est alloué à l’organisation de cet évènement. La mission s’étale sur une durée de 60 jours.

Les faussaires du marché de l’art : artistes, maisons de ventes et collectionneurs témoignent

S’ils jugent tardif le timing de l’initiative conjointe de la Fondation nationale des musées (FNM) et du ministère de la Culture, nos interlocuteurs − Fouad Bellamine, le doyen des grands peintres marocains, Hicham Daoudi, le créateur de la plus importante maison de ventes au Maroc, la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA), et Fawzi Chaabi, le grand collectionneur et homme d’affaires (Ynna Holding) − saluent la volonté des acteurs publics de mettre en place un arsenal juridique contre les faussaires et un comité d’experts pour authentifier les œuvres.

« Faute de loi et de plainte, aucun faussaire n’est incarcéré au Maroc »

« La profession réclame depuis des décennies une telle initiative. Elle s’impose ; il faut que les faussaires soient traduits en justice. Cela n’a jamais été fait au Maroc », martèle Fouad Bellamine. Il en va selon lui de l’image du Royaume, qui ne peut pas d’un côté souhaiter participer à des manifestations internationales et voir ses œuvres convoitées par de prestigieux musées étrangers, et de l’autre rester passif face à ce phénomène.

Le Maroc ne dispose en effet d’aucun texte de loi relatif au phénomène des faussaires en art. Les seules personnes incarcérées pour plagiat sont celles qui s’adonnent à la création de fausse monnaie.

Fouad Bellamine

Selon Fouad Bellamine, ce vide juridique doit être comblé par un texte de loi qui permette aux victimes − bien souvent silencieuses − de déposer plainte. Des procédures judiciaires qui doivent être enclenchées par les ayants droit des artistes décédés, comme ceux du grand peintre Jalil Gharbaoui et du défunt Farid Belkahia, ou par d’autres artistes imités.

 « Une formation d’expert, cela n’existe nulle part dans le monde »

Concernant la faisabilité d’un cycle de formation d’experts que souhaiterait mettre en place la FNM et le ministère, Fouad Bellamine affirme qu’il n’existe aucune école dans le monde capable de dispenser l’expertise nécessaire pour authentifier une œuvre soupçonnée d’être une copie. Selon lui, la seule possibilité serait de former des experts avec des outils scientifiques en mesure de déceler la datation d’un tableau ou de reconnaître les matériaux employés pour le créer.

« En Europe, les seules expertises visuelles fiables sont le fait de très rares spécialistes, souvent très âgés, qui ont manipulé des tableaux toute leur vie et assisté à des centaines d’expositions », précise Fouad Bellamine. Il faut avoir côtoyé les artistes en question pour distinguer par exemple un Picasso cubique d’un Braque cubique, ou un Derain fauve d’un Vlaminck fauve.

Rien de tel au Maroc, puisque seules quelques maisons de ventes ou certains peintres expérimentés comme Fouad Bellamine et feu Miloud Labied peuvent être qualifiés d’experts pour certifier l’origine d’œuvres d’artistes qu’ils ont côtoyés.

« Des brocanteurs qui écoulent des faux sans aucun contrôle public »

Malgré l’absence de formation et d’experts fiables, Fouad Bellamine estime qu’il est possible de décourager les faussaires en mettant en place un système de traçabilité des œuvres avec des enquêtes de police dans certains milieux qui inondent de faux le marché informel.

« Comment est-il possible qu’en quelques années, des commerçants du marché de Derb Ghallef à Casablanca soient devenus des marchands d’art proposant, au vu et au su de tous, des faux tableaux de tous nos grands peintres ? », s’insurge Fouad Bellamine. Il évoque notamment des brocanteurs qui exposent publiquement des tableaux signés Jilali Gharbaoui, Mohamed Kacimi ou Miloud Labied et les proposent à la vente pour quelques milliers de dirhams.

Révolté par cette mafia qui agit en toute impunité, Fouad Bellamine souligne que ses membres, qui se sont spécialisés dans tous les courants artistiques marocains, copient surtout le travail de Gharbaoui, qui reste à ce jour l’artiste le plus plagié au Maroc.

« Des étudiants en art, des peintres ratés et des envieux »

Il y a bien de tout parmi les faussaires, mais certains étudiants d’écoles marocaines des Beaux-Arts se sont spécialisés dans de fausses œuvres, à l’instar de celles de l’artiste décédé Mohamed Drissi.

« S’il existe aussi des peintres ratés qui se livrent à l’activité de faussaire pour gagner leur vie, d’autres ont pu être motivés par la vengeance, à l’image d’une personne de la même génération que Jilali Gharbaoui, dont le travail n’a pas été reconnu et qui a décidé de produire de faux tableaux parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi son contemporain était aussi célèbre », dénonce Fouad Bellamine, indiquant avoir été lui-même plagié.

Il est aussi arrivé que certains héritiers d’artistes, qui ont vendu toutes les œuvres de leurs parents, soient impliqués dans des trafics en faisant exécuter par des tiers des faux qu’ils certifient eux-mêmes avant de les revendre.

« En tant qu’expert, je reçois trois à quatre faux par semaine »

En dehors de son travail de peintre reconnu à l’international, Fouad Bellamine confie qu’il authentifie souvent, à titre bénévole, des œuvres marocaines pour des maisons de ventes parisiennes, qui achètent parfois des œuvres exécutées au Maroc mais sorties illégalement à l’étranger. « Lors d’une vente publique de la maison Drouot, dont je suis l’expert attitré pour les œuvres de Jilali Gharbaoui, j’ai fait sortir onze faux tableaux de cet artiste avec le concours de la police », nous dit-il. Il raconte également le cas de l’une des trois grandes maisons de ventes marocaines qui avait voulu vendre des tableaux de Gharbaoui à Marrakech et qu’il avait dû appeler pour leur annoncer qu’il s’agissait de faux.

A la question de savoir s’il existe des faux dans certaines grandes collections privées ou publiques, Fouad Bellamine confirme avoir constaté que plusieurs grandes institutions nationales (banques, promoteurs, assurances, fondations…) ont acquis des copies à une époque où elles pensaient avoir fait une bonne affaire.

Interrogé sur sa façon d’expertiser une œuvre suspectée d’être un faux, le peintre répond qu’il commence toujours par examiner le support. « Si un vendeur ou un acquéreur me demande d’examiner un tableau de Gharbaoui réalisé sur du papier Duplex et daté de 1963, je sais tout de suite que c’est un faux, pour la simple raison que ce type de papier, qui n’existait pas encore à l’époque, n’a fait son apparition dans les papeteries marocaines qu’à la fin des années 1960 », explique-t-il, rappelant que Gharbaoui a beaucoup peint à la fin de sa vie sur ce support papier cartonné avec un côté lisse blanc et l’envers gris.

« Une iconographie du faux très présente sur internet »

Quelles sont les motivations des faussaires ? « L’extraordinaire envolée des prix d’un certain nombre de grands artistes marocains. Mais comme le public et les professionnels marocains sont de plus en plus informés et méfiants, les tableaux copiés sont de plus en plus exportés pour être vendus à l’étranger », explique de son côté Hicham Daoudi, créateur de la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA), la plus importante maison de ventes au Maroc. Les maisons de ventes marocaines, comme la sienne, connaissent désormais la traçabilité de chaque tableau grâce à un recensement effectué auprès des artistes vivants et des familles de ceux décédés.

Il existe également un nombre extraordinaire de faux médiocres de tableaux marocains mis aux enchères sur plusieurs plateformes numériques à des prix dérisoires par rapport à leur valeur réelle.

Hicham Daoudi

« Des plateformes sans scrupules »

Il y a ainsi, semble-t-il, plusieurs maisons de ventes spécialisées aux Pays-Bas, en Belgique, en Espagne, en France et en Grande-Bretagne qui tentent d’écouler sur internet un nombre incroyable de faux tableaux. Le font-elles en connaissance de cause ? « Elles ne veulent pas se casser la tête et se contentent de mener une rapide recherche sur internet sur la cote de l’artiste marocain qu’on leur a proposé, le plus souvent à un prix très bas, avant d’essayer de l’écouler avec une petite marge », répond Hicham Daoudi.

Ces tableaux peuvent ne pas se vendre, ou alors à des prix dérisoires estimés à quelques centaines d’euros, très loin de la véritable cote de leur pseudo auteur.

S’il est désormais plus facile de lutter contre les faussaires avec des outils scientifiques, le plus difficile reste de gommer la trace des milliers de faux qui pullulent sur internet, soutient encore Hicham Daoudi.

 « Les plus copiés sont les artistes décédés »

Quels sont les artistes décédés en tête de liste des faussaires ? Hicham Daoudi cite Jilali Gharbaoui, Mohamed Kacimi, Abbès Saladi, Hassan Glaoui, mais également de fausses œuvres en peau ou en cuivre de Farid Belkahia.

Parmi ceux qui sont toujours en activité, plusieurs peintres ont été plagiés à l’image d’Abdel Bassit Bendahmane, Abdelkebir Rabii, Saad Kettani ou Mohamed Tebal, ce dernier ayant souvent publié des communiqués pour dénoncer de faux tableaux vendus en son nom.

Pour les reconnaître, Hicham Daoudi estime nécessaire d’avoir une très bonne connaissance de l’histoire de l’art moderne. Un master ou un doctorat sur un artiste spécifique ou un groupe d’artistes n’est certainement pas de trop. Car personne ne devient expert du jour au lendemain, souligne-t-il. Il faut avoir travaillé avec l’artiste de son vivant ou, à défaut, être proche de sa famille en collectant de surcroît des informations fiables avec un travail de recherche d’archives.

Quid des maisons de ventes marocaines ?

Les trois grandes maisons de ventes marocaines − la CMOOA, Mazad et Artcurial −, régulièrement sollicitées, disposent d’une expertise suffisante pour s’assurer de la traçabilité des œuvres d’art avec des catalogues documentés qui sont le fruit de véritables enquêtes.

« Ces catalogues permettent de nous prémunir contre les œuvres volées ou plagiées avec des informations très utiles, comme les noms des anciens propriétaires du tableau, la date d’acquisition… De plus, depuis le début des années 2000, les maisons ayant pignon sur rue sont obligées de protéger leur réputation, car en cas d’erreur, elles doivent restituer l’argent d’une éventuelle vente », explique Hicham Daoudi. Ce phénomène, croissant au Maroc, est une étape normale qui s’est déroulée par le passé dans tous les pays du monde où le marché de l’art est devenu mature.

 « Tout a changé depuis vingt ans par rapport à la période du Far West des années 1980 et 1990 »

Malgré de nombreuses sollicitations, ce marchand d’art affirme que sa maison n’a jamais programmé dans ses catalogues ou ventes aux enchères un quelconque cas d’œuvre plagiée.

Concernant les particuliers ou institutions qui ont pu être abusées, Hicham Daoudi avance que les éventuels faux ont dû être achetés dans les années 1980 ou 1990, à une époque qu’il qualifie de « Far West » ; celle où « c’était encore possible ».

Il faut en effet rappeler que certains tribunaux chargés de délivrer des habilitations d’exercer à des experts ont pu être légers par le passé, en octroyant des agréments à des gens qui ne le méritaient pas.

Hicham Daoudi souligne par ailleurs la nécessité de renforcer le mode de désignation des experts au Maroc après avoir étudié les modèles à l’étranger dans le cadre d’un benchmark international.

« Aucun faussaire de haut niveau n’exerce au Maroc »

Seule consolation néanmoins : les faussaires marocains travaillent avec des outils pauvres qui permettent de les démasquer plus facilement que ceux qui sévissent en Europe, d’après Hicham Daoudi. Ce sont de petits artistes qui font des copies pour survivre, sans véritable formation artistique ni maîtrise des matériaux et des techniques utilisées par les grands faussaires.

« Leur travail a une dimension très artisanale ; ils produisent des faux vulgaires et truffés d’erreurs. Ils sont loin d’avoir le niveau de ceux que l’on peut voir dans des films hollywoodiens », se réjouit le fondateur de la CMOOA. Et d’insister : « Ce sont de petits amateurs qui n’ont rien à voir avec les vrais professionnels du faux. »

Redoutant que certains faussaires européens − qui, eux, sont rodés aux techniques et matériaux de contrefaçon − commencent à s’intéresser à des œuvres d’artistes comme Belkahia, Chaïbia ou Cherkaoui, notre interlocuteur pense que la législation en cours d’élaboration permettra de s’armer et de préparer le terrain si des faussaires de haut niveau devaient investir le Maroc.

L’occasion de rappeler qu’il existe dans le Royaume une trentaine d’artistes de renom ayant atteint une valeur dépassant 100.000 euros, qui pourraient bien attirer des faussaires hautement plus expérimentés.

Quels outils pour se prémunir ?

Afin de remédier au manque d’ouvrages et de documentation nécessaires pour un expert, notre interlocuteur affirme avoir mis en place des catalogues permettant de référencer les œuvres des artistes susceptibles d’être plagiées.

« Sachant que peu de grands artistes ont fait l’objet d’un tel travail, nous avons, à titre d’exemple, créé un catalogue raisonné en trois tomes de l’artiste Kacimi qui recense 90% de son œuvre », indique Hicham Daoudi.

Un outil qui permettra à tous ceux qui pourraient en avoir besoin de situer l’œuvre de cet artiste année par année pour savoir si elle ressemble à ce qui est présenté par un éventuel vendeur. Il est possible également d’affiner l’expertise avec une cinquantaine d’informations à déchiffrer, contenues dans les collections de grandes institutions comme celles d’Attijariwafa bank, de la Société générale ou de Bank Al-Maghrib.

Ces collections recèlent en effet de nombreuses œuvres où l’on peut retrouver la graphologie de la signature de l’artiste, le type de pigment utilisé, le support (papier, toile…), la période pour faire de la datation au carbone 14, déterminer la récence d’un tableau, le genre de châssis, comparer des œuvres dans des magazines et des archives…

 « La CMOOA propose de partager son expertise »

Sur l’existence d’une instance publique capable de certifier un tableau, notre interlocuteur répond par la négative : il n’en existe pas. En général, les experts à l’étranger ont souvent mené des recherches sur un peintre donné, dont la famille a confiance en leurs compétences, ou qui après avoir bien connu l’artiste deviennent experts de son travail.

Face à la rareté de ce profil au Maroc, Hicham Daoudi propose de mettre l’expertise de sa maison de ventes au service de la Fondation nationale des musées et du ministère de la Culture. La CMOOA dispose de la plus grande documentation iconographique en art marocain et d’une méthodologie d’expertise qui pourront être partagées avec les institutions publiques et les autorités judiciaires pour lutter contre les faussaires, souligne-t-il encore.

 « Une multiplication des faux qui fait dégringoler les prix »

« A titre personnel, je n’ai jamais fait les frais de ce phénomène, mais il est temps de mettre un terme aux activités des plagiaires qui font des victimes. Sachant que 99% de ma collection est composée de grands peintres marocains et de jeunes artistes, je fais en sorte de me prémunir contre ce phénomène qui s’est beaucoup développé depuis une vingtaine d’années », déclare l’homme d’affaires Fawzi Chaâbi, qui affirme posséder la plus grande collection du Maroc d’œuvres de feu Fatima Hassan.

Approché par une personne qui lui a proposé un tableau de Jilali Gharbaoui et un autre de Miloud Labied, le collectionneur s’est d’abord informé sur internet pour comparer leur période, leur style et le prix réclamé avant d’exiger un certificat d’authenticité, qui a fait fuir le vendeur.

Fawzi Chaâbi

Et d’ajouter qu’il est devenu vital de mettre en place « des experts de la trempe d’un Fouad Bellamine », à qui il a souvent fait appel, pour s’assurer de l’authenticité de tableaux du défunt Jilali Gharbaoui qui l’intéressaient.

« Heureux propriétaire d’une grande collection de tableaux de Fatima Hassan acquis à la CMOOA, je constate que la multiplication actuelle des faux fait beaucoup de mal au marché de l’art », dénonce Fawzi Chaâbi, évoquant une véritable dégringolade des prix à cause du plagiat des œuvres de cette artiste.

 « Éliminer les experts à la main légère »

La difficulté actuelle consiste, selon lui, à mettre en place des experts qui soient chacun spécialisé dans une certaine catégorie d’artistes et dans une époque donnée. « En général, le style de travail des artistes évolue au fil des ans, passant par exemple du pastel au collage. L’expert en question ne devra s’occuper que d’un ou deux artistes pour être crédible », suggère Fawzi Chaâbi. Il appelle à rompre avec certaines pratiques du passé en révélant avoir connu au moins un expert qui délivrait des certificats d’authenticité pas tout à fait fiables…

En attendant un cadre juridique et réglementaire, l’intérêt du Maroc devrait lui dicter d’éliminer du marché de l’art, qui brasse des sommes d’argent considérables, les experts qui n’ont pas la compétence ou la crédibilité requises pour accomplir cette tâche.

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La liste a été publiée dans le Bulletin officiel du 25 janvier 2024. « Il n’est pas permis d’apporter des modifications de quelque nature que ce soit aux bâtiments historiques, à moins que les propriétaires ou les détenteurs des droits concernés par le secteur de la culture en soient informés avant la date fixée pour le début des travaux, avec un préavis d’au moins six mois », précise-t-on.

https://medias24.com/2024/01/22/56-batiments-casablancais-classes-monuments-historiques-liste/

Aghmat. Capitale médiévale, perle architecturale et cité touristique en devenir

La ville de Marrakech symbolise tout ce que le Maroc peut offrir de somptueux sur le plan touristique. Sa notoriété internationale n’est que l’écho de son rayonnement culturel, paysager, historique, patrimonial, culinaire, etc. À lui seul, son éternel ciel bleu attire tous ceux qui fuient la grisaille du Vieux Continent.

Et alors qu’elle propose une myriade de lieux chargés d’histoire : Koutoubia, palais El Badiî, jardins de l’Agdal et de la Ménara, Jamaâ El Fna, jardin Majorelle, La Mamounia, etc., la ville ocre est loin d’avoir dévoilé toutes ses splendeurs patrimoniales et architecturales.

 

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Un trésor architectural

La cité médiévale d’Aghmat fait partie de ces trésors de l’Histoire dont seule Marrakech a le secret. Si aujourd’hui le site est encore fermé  au grand public, puisque des travaux de fouilles et de restauration y sont toujours menés depuis 2005, des expositions ayant pour thématique Aghmat sont régulièrement organisées. Le musée de Bank Al-Maghrib à Rabat avait ainsi organisé du 5 mars au 31 décembre 2020 l’exposition temporaire : « Aghmat, passé rayonnant d’une cité marocaine ». Pour ceux qui ont raté cette formidable occasion de s’immerger dans l’histoire fascinante de ce site, le palais El Badiî à Marrakech a inauguré, en début d’année, son exposition permanente dédiée à cette cité, où des chefs-d’œuvre de l’histoire médiévale du Royaume sont présentées. À ne pas manquer.

L’exposition permanente « Aghmat, histoire rayonnante d’une cité marocaine » au palais El Badiî à Marrakech. CP. Mission archéologique d’Aghmat.

 

« Pour attirer les visiteurs à Aghmat, il ne faut pas grand-chose. Il faut tout simplement rendre le site visitable. C’est-à-dire, proposer un service culturel. Et offrir aussi un véritable accueil, avec bien évidemment un circuit de visite balisé, une documentation et un accès sur internet à toute la documentation archéologique du site, etc. On mène actuellement des études sur le site pour pouvoir le restaurer et l’ouvrir au public. Le projet est pratiquement finalisé. Grâce à l’engagement du ministère de la Culture, il sera entrepris d’ici peu », annonce Abdallah Fili, professeur à l’université Chouaïb Doukkali à El Jadida et directeur de la Mission archéologique d’Aghmat.

À g. Le Pr Abdallah Fili présentant l’exposition consacrée à Aghmat au palais El Badiî à Mehdi Bensaid, ministre de la Culture (à d.). CP. Mission archéologique d’Aghmat.

Aghmat est à côté d’un bassin touristique extraordinaire: Marrakech !

Vue sur une partie du site d’Aghmat. CP. Mission archéologique d’Aghmat.

 

Succès garanti

Pour notre interlocuteur, le succès à venir de la cité médiévale est assuré. Le premier argument est de taille. »Aghmat est à côté d’un bassin touristique extraordinaire : Marrakech ! Et les gens sont friands d’un site ou d’une capitale médiévale comme Aghmat, qui se situe à seulement 30 km [au sud-est, ndlr] de la ville ocre. L’équivalent d’une demi-heure de route. Si on arrive à attirer ne serait-ce que 10% de cette manne touristique, on serait déjà très content. Je suis absolument certain qu’une fois le site ouvert, Aghmat, sera une destination touristique extraordinaire. Et il faut continuer bien évidemment la recherche, parce que c’est cela qui intéresse à la fois la communauté locale, mais aussi les visiteurs venus d’ailleurs. Il est à noter que ce site n’a subi aucun dégât suite au séisme d’El Haouz. Les restaurations, elles aussi, ont tenu, ce qui en dit long sur la qualité du travail sur place.

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Une capitale comme Aghmat, il n’y en a pas dans tous les coins du Maroc

Une capitale éphémère

Pourquoi cet intérêt porté au site d’Aghmat ? Tout simplement, parce que cette cité conserve l’aura des anciennes capitales du Royaume. Et « une capitale, il n’y en a pas dans tous les coins du Maroc. Aghmat a été une capitale importante durant le Xe siècle, et surtout sous les Almoravides. Cette cité a également été importante dans la fondation de Marrakech. Il y a donc ce rôle politique de la ville qui a compté dans l’histoire médiévale de notre pays », nous explique le Pr Abdallah Fili.

À cela s’ajoute le fait que cette ancienne capitale a joué un rôle essentiel dans l’histoire internationale du Maroc, notamment comme foyer du commerce transsaharien avec l’Afrique et la Méditerranée. Et ce n’est pas tout : « De par ce rôle économique central, Aghmat était également un atelier de frappe monétaire très important, notamment à l’époque des Idrissides. Elle est le deuxième plus important atelier de frappe monétaire du Maroc médiéval, après celui de Sijilmassa sous les Almoravides », précise le spécialiste.

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« Suivez l’argent »

Ce rôle déterminant d’atelier de frappe monétaire donne d’ailleurs de précieux indices sur l’histoire fascinante d’Aghmat et de son évolution. C’est ce qui permet d’affirmer qu’elle « est née vraisemblablement au début de l’époque islamique. Nous avons la certitude maintenant que la ville a été occupée par les Idrissides de par le fait que nous avons trouvé de la monnaie idrisside qu’ils ont frappée à Aghmat depuis Idriss II jusqu’aux princes qui lui ont succédé ».

Mais c’est seulement sous l’émirat des Maghrawa à la fin du Xe siècle, et jusqu’au milieu du XIe siècle, qu’Aghmat connaîtra sa véritable apogée. Cette belle époque s’est poursuivie à partir du milieu du XIe siècle jusqu’à 1070, avec la création de Marrakech, période pendant laquelle cette cité a joué le rôle de capitale. Elle a été « capitale d’abord d’un émirat local des Maghrawa, et puis après capitale de l’Empire almoravide jusqu’à la fondation de Marrakech. Et c’est cette période, donc, qui a été politiquement importante dans l’histoire d’Aghmat ».

C’est le deuxième plus important atelier de frappe monétaire du Maroc médiéval, après celui de Sijilmassa            

Naissance et évanescence des lieux

Il faut savoir que même si Aghmat a cessé d’être une capitale, son rôle de foyer économique a persisté bien au-delà, notamment sous les Almohades, et jusqu’à la fin des Mérinides. « Jusqu’à la fin du XIVe siècle, Aghmat était une ville. Après, elle a été abandonnée pour de multiples raisons : la sécurité, les famines et le départ des élites gouvernantes et économiques pour s’installer sous d’autres cieux. Aghmat a alors disparu. Elle a perdu son activité économique, et donc sa raison d’être en quelque sorte. Mais elle a gardé sa dimension religieuse », précise le Pr Abdellah Fili.

Car, oui, Aghmat a cette particularité d’être protéiforme, se drapant d’étoffes différentes selon les époques. Elle s’est muée à travers les siècles pour devenir un centre religieux très important, celui du Malikisme. Aghmat a ainsi été « le foyer d’une lutte contre les Barghwata, menée avec beaucoup d’âpreté. Cette dimension religieuse persiste encore. L’une des plus anciennes zaouïas marocaines est née à Aghmat. Il s’agit de la zaouïa aghmatia, ou la zaouïa al hazmiriya qui a été créée par Cheikh Al Hazmiriya. C’est pourquoi Aghmat a continué à recevoir des visites pieuses, notamment des princes mérinides, saâdiens (Abou Al Mansour Addahbi), du roi alaouite Sidi Mohamed Ben Abdellah, etc. » Mais à partir de la fin du XIVe siècle, l’habitat s’est complètement éparpillé dans les environs du site actuel, sous la forme de douars.

Au premier plan, la zone d’accueil structurée autour du bassin central octogonal. À l’arrière-plan, la première des trois salles de bain et son entrée restaurée. Source : Mission archéologique d’Aghmat.

Le hammam est absolument extraordinaire de par ses dimensions et ses aspects architectoniques

Renaissance d’une cité

Avant que le projet actuel de la mission archéologique d’Aghmat ne vienne signer la renaissance de cette ancienne capitale, très peu d’études archéologiques y avaient été menées. « Le site a été découvert au début du siècle, en 1901 précisément, par un explorateur français, mais durant toute cette histoire jusqu’à aujourd’hui, il y a eu un seul projet, une seule année de fouille archéologique sous forme de sondage, en 1997, par une mission maroco-française, dans le cadre du programme ‘Naissance de la ville islamique au Maroc’, dirigé par Patrice Cressier (CNRS) et Larbi Erbati (Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine) », rappelle le Pr Abdellah Fili, aujourd’hui à la tête de ce projet. « On s’est dit qu’à partir du moment où l’on a effectivement cette opportunité de visiter le site et de voir qu’il y a des vestiges encore debout –notamment le hammam, qui est absolument extraordinaire de par ses dimensions et ses aspects architectoniques –, c’est le moment de mener un projet ». Et c’est ainsi qu’Aghmat a refait surface après des siècles d’oubli.

Source : Mission archéologique d’Aghmat.

 

Le cœur monumental de la cité : la mosquée, le hammam et le palais

Les fouilles lancées en 2005 se sont concentrées sur le cœur monumental de la cité où sont regroupés certains des grands édifices de cette ancienne capitale. Il s’agit notamment de la grande mosquée, du hammam et du palais. Le hammam d’Aghmat représente à ce jour, avec Volubilis, le seul exemple de bain d’époque médiévale, presque entièrement fouillé au Maroc. À ce titre, il souligne à lui seul l’importance de la ville d’Aghmat.

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En outre, « c’est un site déserté. Pour comprendre la ville islamique médiévale, on ne peut pas fouiller à Marrakech, Fès, Rabat, Salé, etc. Nous avons la chance d’avoir une ville désertée, récupérée par l’agriculture. Ce qui nous permet de mener des fouilles extensives à l’origine de toutes les découvertes faites à ce jour », explique le Pr Abdallah Fili.

Localisation du site et des murailles médiévales. Document Ch. Capel. Source : Mission archéologique d’Aghmat.

Pour préserver le patrimoine archéologique d’Aghmat, les restaurations sont programmées, immédiatement après la fouille              

La mémoire restaurée

La particularité de ce travail de valorisation du patrimoine historique et architectural réside précisément dans le fait que le Pr Abdellah Fili et ses équipes ont fait le pari de mener des fouilles et des restaurations en même temps. « On essaie de préserver le patrimoine archéologique d’Aghmat, en veillant à ce que les restaurations soient programmées, immédiatement après la fouille, de façon à ce que ces vestiges qui sont si importants ne tombent pas en ruine. Grâce à nos partenaires et nos sponsors, nous avons pu restaurer une grande partie du hammam ».

Le projet de la Mission archéologique d’Aghmat est un partenariat entre le ministère de la Culture, l’université d’El Jadida et l’université Vanderbilt aux Etats-Unis. Depuis son lancement, le projet a été financé intégralement par des privés à travers des donations, avant la création de la fondation Aghmat. C’est cette dernière qui se charge depuis de collecter des dons, pour financer la fouille archéologique, mais aussi la restauration des vestiges. « Le ministère de la Culture nous a rejoint par la suite pour mettre en place un vrai projet de restauration de l’ensemble du site« , souligne notre interlocuteur. 

Et de poursuivre : « On a commencé avec très peu de moyens, mais on a pu réaliser des choses extraordinaires. La preuve en est qu’au palais El Badiî, il y a une exposition ouverte au public, que nous avons montée sur le projet archéologique d’Aghmat ». Une consécration pour la Mission archéologique qui mène ce travail depuis vingt ans, mais surtout l’occasion de sortir la cité d’Aghmat, longtemps « enfouie », au grand jour. 

CP. Mission archéologique d’Aghmat.

 

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En France, Rachida Dati nommée à la tête du ministère de la Culture

Emmanuel Macron réunit le vendredi 12 janvier, pour le Conseil des ministres son nouveau gouvernement, une équipe droitisée avec l’arrivée de Catherine Vautrin et Rachida Dati, et flanquée d’une obligation « d’action » et de « résultats » par le Premier ministre Gabriel Attal.

Rachida Dati est une « femme d’engagement, d’énergie, qui toute sa vie s’est battue pour obtenir ce qu’elle voulait », l’a défendue le Premier ministre Gabriel Attal jeudi soir sur la chaîne privée TF1, rappelant à propos de son inculpation le principe de la « présomption d’innocence ».

Avant même une annonce officielle, cette femme menue de 58 ans, ancienne eurodéputée, élue d’un arrondissement huppé de la capitale française dont elle a brigué en vain la mairie aux dernières municipales, avait elle-même annoncé sa nomination à des élus parisiens de son parti de droite Les Républicains (LR).

« Je souhaite bon courage aux acteurs du monde de la culture, compte tenu des épreuves qu’ils vont traverser », a immédiatement réagi la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, sa rivale affichée avec laquelle elle entretient une relation houleuse.

La nouvelle ministre de la Culture n’a en effet pas peur des formules choc. En politique, « elle a un caractère combatif, elle est déterminée », relève un ancien collaborateur, pour résumer cette avocate, fille d’un maçon marocain et d’une mère au foyer algérienne, propulsée sur le devant de la scène en 2007 par Nicolas Sarkozy.

Si l’ancien président a rendu hommage à son « énergie inépuisable », le caractère bien trempé de l’ancienne Garde des Sceaux ne lui a pas attiré que des amitié ; « elle a ses humeurs », résume diplomatiquement un élu.

Transfuge de la droite dans le pouvoir centriste du président Emmanuel Macron, elle en rejoint d’autres comme Bruno Le Maire (Economie) ou Gérald Darmanin (Intérieur).

Elle est inculpée depuis juillet 2021 pour « corruption » et « trafic d’influence passif par personne investie d’un mandat électif public » dans l’enquête sur des contrats noués par une filiale de Renault-Nissan, quand le controversé Carlos Ghosn en était le PDG. Elle nie toute irrégularité.

Son nom est aussi cité dans une enquête sur les accusations d’enlèvement, séquestration et torture d’un lobbyiste franco-algérien, qui visent notamment le patron du club de foot parisien PSG Nasser Al-Khelaïfi.

Issue d’une famille de douze enfants et élevée dans une cité populaire de Chalon-sur-Saône (centre-est), elle n’a jamais caché ses ambitions. Ses proches brossent le portrait d’une jeune femme payant ses études grâce au travail (vendeuse en grande surface, aide soignante…) et frappant avec culot aux portes les plus prestigieuses pour décrocher stages ou emplois.

Couvée par Nicolas Sarkozy dont elle fut la conseillère et la porte-parole de campagne, elle sort de l’ombre par la grande porte en mai 2007 en accédant, à 41 ans, au poste de ministre de la Justice (jusqu’en 2009).

Son caractère et ses méthodes lui valent l’hostilité du monde judiciaire, jusqu’à l’exaspération de collaborateurs qui finissent par démissionner.

Poussée contre son gré au printemps 2009 dans la campagne européenne, elle est élue députée à Strasbourg, mais ne cache pas son ennui. « Je suis obligée de rester là, de faire la maligne », soupire-t-elle, une phrase captée par un micro dans l’hémicycle strasbourgeois.

Elue en 2008 maire du VIIe arrondissement de Paris, elle était restée un peu en retrait des projecteurs jusqu’à se lancer dans la course à la mairie de Paris, perdue en 2020 face à Anne Hidalgo.

(Avec AFP)