Les solutions innovantes face au changement climatique au cœur du Forum Nexus WEFE de Tanger

Autour du thème « Coopération multi-niveaux pour un développement résilient : mettre en action le Nexus eau-énergie-sécurité alimentaire-écosystèmes (WEFE) », la seconde édition du Forum Nexus Eau-Énergie-Sécurité alimentaire, organisée par la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, s’est ouverte le mercredi 5 février 2025, en présence du ministre de l’Équipement et de l’eau et de la ministre de la Transition énergétique et du développement durable.

Après une première édition qui visait à explorer les perspectives territoriales du Nexus eau-énergie-sécurité alimentaire-écosystèmes, cette édition vise à mobiliser les parties prenantes internationales, nationales et locales pour accélérer la mise en œuvre de projets intégrés, catalyseurs d’une action climatique efficace, à l’échelle territoriale du Maroc, et plus particulièrement dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Pendant deux jours, plus de 400 participants, plus de 66 intervenants de 41 pays ont eu l’occasion de penser la durabilité et à la capacité de résilience face aux défis climatiques globaux.

Omar Moro, président du Conseil de la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a souligné, dans son discours d’ouverture du Forum qu’il existe une conviction profonde de tous les membres du conseil de la région quant à la nécessité d’une contribution effective et concrète à la réussite des grands chantiers lancés, notamment ceux qui visent à assurer la durabilité, la sécurité et le confort des citoyens et des générations futures, en ce qui concerne les éléments essentiels de la vie, à savoir l’eau, l’alimentation et l’énergie.

De son côté, le wali de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Younes Tazi, a indiqué que, malgré les efforts déployés et les projets programmés, les défis restent importants pour atteindre les objectifs du développement durable. Il est donc essentiel de préparer des projets et des chantiers axés principalement sur :

Nizar Baraka : la synergie eau-énergie-agriculture est l’adaptation optimale aux changements climatiques

Lors de son allocution, Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’eau, a précisé que le secteur de l’eau connait quatre transformations majeures :

(1) Le passage d’une politique de développement des ressources en eaux conventionnelles à une politique intégrée de développement des ressources en eau non conventionnelles ;

(2) Le passage du développement de l’offre en eau à la gestion de la demande en eau ;

(3) Le passage d’une gestion des ressources en eau à court terme à une gestion à long terme ;

(4) Le passage de la solidarité des zones rurales avec les villes pour l’approvisionnement en eau à la solidarité des villes avec les zones rurales pour une équité territoriale.

« La cohérence des politiques de l’eau, de l’énergie et de l’agriculture permettra sans aucun doute une adaptation optimale aux effets des changements climatiques que connaît notre pays, comme les autres pays du bassin méditerranéen, et évitera le gaspillage de l’eau, la surexploitation des eaux souterraines, tout en garantissant la sécurité alimentaire et en développant différentes sources d’énergie renouvelables pour répondre aux besoins énergétiques des projets de développement des ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles, et en limitant les impacts environnementaux », a exposé le ministre de l’Equipement et de l’eau.

Le ministre a également souligné qu’en réponse à ces transformations, le Maroc s’est doté d’infrastructures hydrauliques de grande envergure : 150 grands barrages, représentant une capacité totale de 20,7 milliards de mètres cubes, auxquels s’ajouteront 16 grands barrages actuellement en construction et 150 petits barrages destinés à soutenir et accompagner le développement local. Le pays dispose également de 17 ouvrages de transfert d’eau, interconnectant les bassins hydrographiques. Par ailleurs, 16 usines de dessalement d’eau de mer ont été mises en service, offrant une capacité totale de 277 millions de mètres cubes, et 197 stations d’épuration des eaux usées sont opérationnelles.

Malgré les réalisations accomplies, le ministre de l’Equipement et de l’eau a rappelé la volonté royale d’atteindre une capacité de 1,7 milliard de mètres cubes d’ici 2030. Sur les 1,7 milliard de mètres cubes qui seront produits, 500 millions seront alloués au secteur agricole, permettant ainsi d’irriguer 100.000 hectares d’ici 2030. Cet objectif nécessitera le développement de nouvelles capacités de production d’énergies renouvelable, essentiel pour garantir la réussite de ces projets. Il a également souligné l’importance des énergies renouvelables dans la réduction du coût de production du mètre cube, un enjeu clé pour l’avenir (4,5 DH/m3 actuellement).

Il a également mis en avant l’importance de connecter les bassins versants pour optimiser la gestion des ressources en eau. Grâce aux projets d’interconnexion, 1,2 milliard de mètres cubes d’eau pourront être transférés annuellement vers le barrage Al Massira, ce qui bénéficiera principalement à l’agriculture (Doukkala, Tadla) et à l’approvisionnement en eau potable.

Au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, la connexion entre le barrage d’Oued El Makhazine et le barrage de Khroufa, en avancement, permettra de transférer 100 millions de mètres cubes d’eau afin de garantir l’approvisionnement en eau de la ville de Tanger. Celle-ci disposera également d’une usine de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 150 millions de mètres cubes, qui sera construite en utilisant des énergies renouvelables, a indiqué le ministre.

Leila Benali : la région de TTAH est sur la bonne voie

Pour sa part, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a indiqué que l’analyse de la vulnérabilité de l’économie de notre pays a mis en lumière deux points stratégiques susceptibles d’affecter sa durabilité, sa compétitivité et sa résilience : la sécurité hydrique et la sécurité énergétique.

« Nous soutenons toutes les initiatives intégrées et globales au niveau territorial qui mettent en avant l’importance de l’adoption des énergies nouvelles et renouvelables pour la gestion de l’eau, dans le cadre de notre politique de transition énergétique. Mais au-delà de cela, nous encourageons particulièrement les projets structurants et innovants, qui renforcent l’efficacité des ressources et la cohérence des politiques publiques, tout en dépassant les approches traditionnelles limitées à un seul secteur », a précisé la ministre de la Transition énergétique.

Au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Leila Benali a reconfirmé que le défi actuel consiste à trouver les opportunités nécessaires pour répondre aux besoins de la région en ressources en eau, essentielles pour un développement économique et social inclusif. Mais ce défi ne doit pas faire oublier les opportunités extraordinaires offertes par les nouvelles technologies. Sur le plan des nouvelles technologies énergétiques, le meilleur exemple dans la région est le projet d’énergie solaire photovoltaïque flottante du barrage de Tanger Med, d’une capacité de 34 mégawatts, développé aujourd’hui par des entreprises marocaines privées, a mentionné Leila Benali.

Selon la ministre de la Transition énergétique, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima constitue un bon exemple en matière de transition énergétique. Elle dispose actuellement de plus de 440 mégawatts de capacité installée d’énergie éolienne et occupe une position stratégique dans le corridor énergétique, grâce aux interconnexions électriques et gazières avec l’Europe. De plus, la région présente un potentiel très favorable pour la réalisation de projets structurants dans les domaines des énergies nouvelles, de l’hydrogène vert, du stockage d’énergie et des énergies renouvelables. Cela nécessite toutefois de dépasser les méthodes traditionnelles de mobilisation du foncier et d’adopter de nouvelles approches pour valoriser son patrimoine naturel.

Mbarka Bouaida : la dynamique Nexus est ressentie au niveau territorial

En tant que présidente de l’Association des régions du Maroc, Mbarka Bouaida a souligné que, dans un contexte mondial et régional de plus en plus complexe, où les crises environnementales, économiques et sociales s’entremêlent, il n’est plus possible d’aborder ces questions sous un angle uniquement sectoriel.

« La réalisation de cette vision ne peut se faire sans un renforcement de la coopération multi-niveaux. Les collectivités territoriales, à tous les niveaux, en tant qu’espace le plus proche des citoyens, sont les premières à faire face aux impacts des changements climatiques et à l’épuisement des ressources, mais elles sont aussi les plus à même d’innover et de mettre en œuvre des projets qui traduisent les politiques en réalité tangible. Ces dernières années, nous avons assisté à une dynamique croissante au niveau des régions du Maroc pour consacrer cette approche dans la planification territoriale », a noté, Mbarka Bouaida, présidente de l’association des régions du Maroc et présidente du conseil de la Région de Guelmim-Oued Noun.

Sur le plan territorial, Mbarka Bouaida pense que le succès de ces initiatives nécessite des partenariats plus forts et une coordination plus approfondie entre les différents acteurs, qu’ils soient au niveau de l’État, des collectivités territoriales, du secteur privé, de la société civile ou des universités, afin que ces efforts ne soient pas dispersés et incapables d’atteindre l’impact souhaité.

La présidente de l’Association des régions du Maroc a souligné la nécessité d’un changement qui va au-delà d’une simple amélioration des méthodes de gestion. Elle a insisté sur l’importance d’une transformation fondamentale, passant d’une approche sectorielle à une logique de construction commune et de financement intégré. Cela implique de développer un cadre de gouvernance plus flexible et efficace, ainsi que d’ancrer une culture de dialogue et de consultation continue.

Une convention-cadre pour formaliser le Nexus dans la région de TTAH

La cérémonie inaugurale a été conclu par la signature d’une convention-cadre multi-niveaux pour formaliser les partenariats et les efforts de collaboration dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Cette collaboration intégrée vise à renforcer les partenariats et la coopération dans les domaines de l’eau, de l’énergie, de la sécurité alimentaire et des systèmes environnementaux à travers une gestion plus durable et résiliente, bénéficiant ainsi tant aux communautés locales qu’à l’environnement.

Cette convention-cadre a été signée par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Redouane Arrach, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Mbarka Bouaida, présidente de l’Association des régions du Maroc, Younes Tazi, wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Omar Moro, président du Conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Décarbonation : partenariat entre la CDG et le ministère de la Transition énergétique

La ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, et le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion, Khalid Safir, ont signé, le mardi 1er octobre, une convention-cadre de partenariat visant à accélérer la transition vers une économie verte et sobre en carbone.

Cette convention définit les modalités de collaboration entre la CDG et le ministère pour accompagner la mise en œuvre des initiatives clés et des projets stratégiques dans les domaines des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, des infrastructures écologiques et de l’innovation verte, indique un communiqué conjoint.

Selon la même source, les principaux axes de partenariat concernent :

Cinq nominations en Conseil de gouvernement

Il s’agit de :

– Benacer Boulaajoul : reconduit en tant que directeur de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA).

– Saâd Achebour : directeur des affaires administratives et des systèmes d’information, au département de la Transition énergétique, ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.

– Hafsa Lakhlifi : directrice de l’économie circulaire et de la lutte contre la pollution, au département du Développement durable.

– Mustapha Majdoubi : directeur des ressources et des systèmes d’information au département du Développement durable.

– Hafid Chakra : directeur de la coordination et du suivi de l’action des services déconcentrés au ministère de l’Industrie et du commerce.

Décompensation du gaz butane : réunion de coordination au ministère de la Transition énergétique

Cette réunion, à laquelle ont participé des représentants du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie et des finances, s’est tenue avec des représentants d’entreprises d’importation, d’embouteillage et de distribution de gaz butane, ainsi que des représentants de l’Association professionnelle des dépositaires grossistes du gaz de pétrole liquéfié (GPL) au Maroc.

Cette réunion a été « consacrée essentiellement à la coordination entre les différents acteurs afin d’assurer l’approvisionnement des citoyens en bouteilles de gaz butane, tout en veillant à respecter les prix fixés pour leur vente dans les différentes régions du pays, qui connaîtront une hausse de 2,5 dirhams du prix de la bouteille de gaz de 3 kg et de 10 dirhams de celle de 12 kg, indique un communiqué du ministère.

Dans ce contexte, le ministère affirme que ses services extérieurs « œuvrent avec les autorités locales et en coordination avec tous les professionnels, à assurer un suivi quotidien de la continuité de la mise à disposition de cette matière vitale au profit de l’ensemble des citoyens et dans les meilleures conditions ».

Cette réunion a été également l’occasion de débattre des contraintes auxquelles fait face la chaîne d’approvisionnement du gaz butane, qui représente environ 24% de la consommation nationale totale de produits pétroliers, sachant que la consommation de cette substance a atteint environ 2,8 millions de tonnes en 2023, relève le communiqué. Il a été convenu de poursuivre les efforts et la coopération entre les acteurs publics et privés pour assurer le développement des activités liées au gaz butane.

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Gaz. Renouvellement exceptionnel du permis de recherche Sebou Central pour SDX Energy

Acquis en 2016, le permis de recherche d’hydrocarbures Sebou Central a été le siège des principales découvertes de gaz naturel par la société SDX Energy, qui s’impose pour le moment comme l’unique producteur de gaz au Maroc.

À la suite d’une demande conjointe de SDX Energy et l’ONHYM, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable a récemment décidé d’une seconde autorisation complémentaire de recherche dans le permis de Sebou Central pour une période ne dépassant pas 18 mois. Conformément aux dispositions de l’article 24 du code des hydrocarbures, l’autorité gouvernementale peut en effet accorder une période exceptionnelle de recherche ne dépassant pas deux années lorsqu’une découverte d’hydrocarbures est faite au cours de la dernière année de validité du permis. Cette période exceptionnelle est attribuée pour mieux évaluer les découvertes mises en évidence.

Cette décision de renouvellement exceptionnelle est la seconde après une première décidée en 2021, d’une durée de deux années après l’expiration de la période de recherche principale prévue par le code des hydrocarbures. Elle requiert obligatoirement une diminution de la superficie du permis, qui a dû passer, dans le cadre de cette décision, de 126,2 km² à 105,2 km².

Délimitation du nouveau permis de Sebou Central.

D’une superficie initiale de 210,4 km², la superficie du permis de recherche Sebou Central a dû être réduite à la suite des découvertes gazières effectuées dans son périmètre. Des décisions antérieures ont accordé le droit d’exploitation des champs « Nord Gaddari » et « Sidi Al Harati Nord », entraînant le retrait de leurs superficies respectives du permis de recherche « Sebou Central ». Avec quatre permis d’exploration pétrolière et gazière à son actif dans le bassin du Gharb, SDX Energy tire aujourd’hui l’essentiel de sa production du permis Sebou Central, qui abrite une multitude de petits puits productifs.

Localisation des principaux puits à indice de gaz naturel dans le périmètre du permis de recherche Sebou Central (Crédit : SDX Energy).

Depuis son installation au Maroc, la société britannique s’est focalisée sur l’exploration des prospects de gaz à faible coût de développement. Grâce à cette stratégie, la compagnie affiche aujourd’hui une petite production d’environ 7 millions de pieds cubes standards par jour (soit environ 198.227 mètres cubes par jour). Ce gaz naturel, acheminé par pipelines, alimente divers clients industriels installés dans la zone industrielle de Kenitra, dont DIKA Morocco Africa, spécialisé dans la fabrication de jantes en aluminium.

Vendredi 19 avril, SDX Energy a annoncé la finalisation de la vente de son actif en Egypte West Gharib ; première étape pour quitter l’Egypte et se concentrer davantage sur ses projets au Maroc. Récemment, la société britannique a annoncé des nouvelles encourageantes suite aux résultats prometteurs des puits BMK-2 et KSR-12. Au-delà de la production de gaz naturel, la société envisage de s’orienter vers le développement de projets hybrides combinant des sources d’énergie renouvelable et le stockage d’énergie. Cette vision s’inscrit dans une stratégie de croissance ambitieuse visant à développer des projets de transition énergétique et à créer de la valeur pour ses actionnaires.

Hydrogène vert : interrogations sur les capacités, les financements et les conflits d’usage

L’hydrogène vert est un produit chimique et un vecteur énergétique extrait de l’électrolyse de l’eau à partir d’une électricité provenant de sources renouvelables (hydraulique, éolienne, solaire, etc.). Ce processus d’électrolyse permet de séparer la molécule d’eau (H2O) en atomes d’oxygène et d’hydrogène (H2). Ce dernier peut aussi subir (en combinaison avec du carbone ou de l’azote) d’autres transformations chimiques pour produire du méthane de synthèse, de l’ammoniac, voire des e-carburants de synthèse…

Les principaux intrants sont donc l’électricité d’origine renouvelable et l’eau. Par extension, ces deux intrants nécessitent des terrains à profusion idéalement placés dans les zones à fort potentiel renouvelable (avec un mix optimal entre éolien et solaire sur le même site) et une connexion maritime, notamment pour le dessalement de l’eau et le transport des produits finis.

Une transition au renouvelable à peine entamée

L’expérience marocaine en matière d’énergies renouvelables, bien que citée en exemple en Afrique, n’est pas sans limite. Ainsi, malgré un niveau d’investissement soutenu dans les énergies renouvelables (EnR), les taux d’intégration industriels restent très faibles.

Par ailleurs, les quantités d’énergie renouvelables produites restent en deçà des besoins électriques du pays. Le Maroc, malgré une capacité installée de près de 38%, reste largement dépendant de l’électricité d’origine fossile, comme explicité par le dernier rapport annuel de l’Agence nationale de régulation de l’électricité (ANRE).

Selon cet opus publié fin décembre 2023, sur les 41,41 tWh/an produits en 2022, 81,3% de l’électricité produite au Maroc provient d’énergies de sources fossiles, dont le charbon représente plus de 70%, contre 18,1% de sources renouvelables. L’essentiel de cette production renouvelable vient de l’éolien (12,9%), suivi du solaire (3,5%).

Cette faiblesse de la production en EnR par rapport à la capacité installée est tout à fait normale, car elle dépend des facteurs de charge (rendement des capacités installées), un paramètre inhérent aux EnR. C’est le coût de l’intermittence : la production est dépendante des 1.800 heures de plein ensoleillement par an et de la vitesse du vent (dépassant 5 m/s à 10 m/s pour les meilleurs emplacements) et de sa régularité, soit 3.500 heures pleinement venteuses par an.

En reprenant les chiffres de l’ANRE, on tombe sur un facteur de charge de 39% pour l’éolien et de 20% pour le solaire, soit de bons indicateurs même si ces mêmes facteurs de charge sont faibles en comparaison avec le charbon ou le gaz par exemple. Cela plombe mécaniquement les ratios globaux puisque le rendement de l’hydraulique, malgré une capacité installée de 11,8%, a une production qui tend vers zéro avec la multiplication des années de sécheresse et l’assèchement des barrages. Ceux-ci ont fonctionné en moyenne 10 jours sur 365 en 2022, contre quelques semaines, voire quelques mois, dans le cas des années pluvieuses et neigeuses.

Ainsi, si l’on isole l’hydraulique, la capacité installée en renouvelable productif est de 26% avec une part de production de 16,4%, ce qui est plutôt satisfaisant. Avec ce retraitement, on voit bien que les besoins du Maroc en production de renouvelables durables sont encore importants et nécessitent des investissements importants pour atteindre l’objectif de 52% du mix électrique (en termes de production) à l’horizon 2030.

Vers des besoins croissants en renouvelables

La dépendance au fossile (notamment du charbon à plus de 70%) fait que le pays a encore de grands besoins pour « verdir » son électricité. D’autant plus que, lors de la COP 28, le gouvernement s’est engagé dans son agenda 2050, au terme duquel il doit fermer sa dernière station à charbon, à remplacer au moins 35 tWh/an par du renouvelable productif pour ne pas tomber en panne électrique.

Les sites d’énergie renouvelable devraient dans ce sens servir d’abord à produire de l’électricité pour les besoins de la consommation locale. Car comme montré plus haut, toutes choses étant égales par ailleurs (taux de charge et répartition éolien/solaire), nous devons au minimum tripler la capacité installée en éolien et solaire, soit passer de 2,39 GW à 8 GW.

Ajoutez à cela la production d’eau issue du dessalement, pour laquelle le Maroc compte produire 1,5 milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an annuellement ; ce qui représentera, selon les divers experts marocains, l’équivalent de 10% de la consommation électrique actuelle, soit près de 5,5 tWh/an en comptant les pertes, ou encore l’équivalent d’une capacité installée d’au moins 2 GW supplémentaires.

OCP aussi cherche à verdir sa consommation électrique à l’horizon 2027 en atteignant 100% de renouvelable, soit 4 tWh contre 2,8 actuellement grâce à un plan d’action volontariste. Pour cela, le groupe vise la mise en place de plusieurs capacités, notamment en photovoltaïque et solaire, aussi bien pour ses besoins en production industrielle qu’en dessalement d’eau de mer. Selon la communication du groupe, celui-ci cherche à installer, à l’horizon 2027, une capacité renouvelable de 3,8 GW − 1,2 GW solaire et 2,6 GW éolien −, apportant l’équivalent d’une production de près de 11 tWh selon les facteurs de charge constatés au Maroc.

Il cherche aussi à produire un million de tonnes d’ammoniac vert en 2027 et à atteindre 3 millions en 2032. Le groupe consomme actuellement 2 millions de tonnes d’ammoniac gris entièrement importé. Il devrait être autonome au terme de son programme d’investissement. Ce chiffrage de 3 millions de tonnes d’ammoniac équivaut, selon les estimations d’un économiste et expert financier en énergie contacté par Médias24, à 25 tWh en consommation électrique, soit l’équivalent d’un peu plus de 56% de la consommation annuelle du Maroc actuellement.

Conflits d’usage

Selon les chiffres avancés par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son rapport de 2020 intitulé « Accélérer la transition énergétique pour installer le Maroc dans la croissance verte », le potentiel en énergies éolienne et solaire au Maroc est estimé à environ 500 tWh/an, répartis entre l’éolien onshore (350 tWh) avec un taux de charge moyen de 5.000 heures, et le solaire photovoltaïque PV (150 tWh).

Selon le rapport de l’institution constitutionnelle, le potentiel pour l’éolien se situe entre Tiznit et Bir Guendouz, sur une bande de 12 à 15 km de large et 1.500 km de long. Pour le solaire, « des hypothèses très conservatrices ont été fixées à 60 parcs de 1 GW produisant 2,5 tWh, sur une superficie estimée à 600 km² », peut-on lire dans une note de bas de page explicitant les estimations du CESE. Partant de là, les superficies des zones à potentiel renouvelable sont estimées entre 18.000 et 20.000 km².

Sachant que les sites n’offrent pas tous des rendements maximaux et équivalents, d’autres experts avancent une estimation de 355 tWh sur la base de l’hypothèse de superficies retenue par le CESE, mais en appliquant les facteurs de charge moyens actuellement expérimentés au Maroc, soit 3.500 heures pleines par an pour l’éolien et 1.800 heures pleines par an pour le solaire photovoltaïque. Quoi qu’il en soit, cette quantité, bien qu’importante, n’est pas infinie ; elle est au contraire définie et limitée. Surtout si l’on cherche des sites optimaux où se mélangent les meilleurs rendements de solaire et d’éolien pour maximiser les facteurs de charge, et donc le fonctionnement des électrolyseurs.

Il faut aussi que ces sites dédiés à la production d’hydrogène aient un accès à la mer, aussi bien pour dessaler l’eau que pour dégager la production. Actuellement, le ministère de la Transition énergétique a déjà shortlisté une dizaine de projets d’hydrogène, pour un total de 1,4 million d’hectares (14.000 km²), pour des projets destinés à l’hydrogène vert, notamment à l’export, soit quasiment 80% de la réserve foncière déterminée par le rapport du CESE. Pour autant, les détails des projets, notamment leurs destinations, les conditions de financement ou de commercialisation, les retombées économiques et d’emploi à court et long terme, les conditions de l’accompagnement public et des collectivités territoriales, etc., n’ont pas été définis, à part peut-être celui d’OCP, aussi inclus dans la shortlist.

En effet, selon le rapport du foncier public, huit projets portés par les sociétés Taqa Morocco SA, CIP (groupement Copenhagen Infrastructure Partner et AP Moller Capital), Dahamco SA, Power Sur, ORNX Boujdour et Laâyoune, Falcon et OCP se sont vu promettre des terrains « destinés à la production d’hydrogène et d’ammoniac vert sur une superficie globale et approximative de 1.406.567 hectares ». Il ne cite donc pas le projet Xlinks visant à alimenter 8% des besoins électriques en Grande-Bretagne à partir du Maroc, grâce à une ferme solaire et éolienne de 200 km². Si l’on ajoute ce projet-là, c’est presque la totalité de l’espace recensé par le CESE (offrant les meilleurs potentiels de rendement et de rentabilité) qui sera déjà allouée.

D’où proviendront les fonds ?

En plus de ce premier conflit d’usage entre production d’énergie verte destinée à l’électricité et au dessalement de l’eau pour les besoins propres du Maroc, ainsi que la production d’ammoniac pour l’OCP, versus la production d’hydrogène dédié à l’export, un autre conflit d’usage va rapidement apparaître : celui de l’accès au financement. En effet, les investissements dans les EnR et dans l’hydrogène coûtent extrêmement cher.

Les investissements nécessitent aussi des installations entièrement importées, et donc un très grand besoin en devises. Comme ordre de grandeur, l’appel d’offres lancé par l’ONEE de 850 MW en éolien a été valorisé à 1,24 milliard d’euros à déployer sur cinq sites. Avec ce qui s’annonce, ce sont des dizaines de fois ces montants qu’il faudra mobiliser.

Le rapport sur le foncier public donne un chiffre de 224 milliards de DH uniquement pour les huit projets dédiés à l’hydrogène vert shortlistés par le ministère de la Transition énergétique. À cela, il faudra ajouter les besoins de financement de projets complémentaires comme le hors site pour l’export (ports, pipelines, canalisations…), ainsi que les autres projets électriques ou de dessalement, etc., pour les besoins propres du Maroc. Et ce, sans parler du reste de l’économie avec un déficit budgétaire en hausse, le Plan national de l’eau, la Coupe du monde, les 550 milliards d’investissements productifs, etc. Des besoins de financements inouïs qui devront sûrement être financés sous forme d’IDE pour ne pas créer un effet d’éviction ou une concurrence sur le financement bancaire au niveau national, d’autant plus que les experts consultés nous affirment que le financement bancaire net au Maroc ne dépasse pas 50 milliards de DH annuellement.

L’obligation de financement des projets d’hydrogène à travers les fonds étrangers semble être la conviction de l’Egypte, qui vient de publier son « offre hydrogène« . Celle-ci stipule qu’au moins 70% des financements des projets d’hydrogène vert doivent impérativement provenir de l’étranger. L’offre impose aussi un taux d’intégration minimal de 20% et un taux d’emploi national de 70%. Des conditions pour permettre aux investisseurs de profiter d’un crédit impôt entre 30% et 55% sur les bénéfices générés par l’exportation d’hydrogène vert, et d’une exonération de TVA sur tous les intrants liés à la mise en place des investissements.

Le pays, qui a annoncé sa stratégie d’hydrogène vert en 2022, en marge de la COP 27 à Charm el-Cheikh, veut se positionner comme un hub énergétique entre l’Europe et l’Asie. Il compte profiter du point de passage stratégique du canal de Suez pour développer des capacités portuaires d’alimentation des navires qui y transitent en e-carburants (notamment le méthanol, un dérivé de l’hydrogène vert), du fait que le transport maritime sera le premier secteur à être décarboné dès 2030 à la faveur d’une règlementation internationale contraignante. Son offre sur l’investissement dans l’hydrogène, validée par le Parlement début janvier 2024, n’est toutefois pas cumulable avec les autres avantages accordés aux investisseurs étrangers.

Dans cette course à la décarbonation de l’économie occidentale grâce à l’hydrogène vert, la couleur est annoncée. L’offre Maroc, sans cesse reportée depuis plus d’un an, a tout intérêt à être bien calibrée pour maximiser les gains du pays et ne pas hypothéquer son développement en alimentant une « bulle hydrogène » qui ne cesse d’enfler à coups d’effets d’annonce aux nombreux facteurs inconnus.

https://medias24.com/2024/01/15/hydrogene-vert-le-maroc-se-lance-dans-une-course-effrenee-mais-attention-a-leffet-de-bulle/

 

La BERD soutient le Maroc dans l’effort d’accélération de la décarbonation du secteur de l’électricité

La coopération se concentrera sur l’accélération du déploiement des énergies renouvelables, le renforcement du réseau électrique, la mise en place de solutions d’efficacité énergétique dans divers secteurs et le développement d’un marché de l’électricité ouvert et bien fonctionnel, précise la BERD dans un communiqué.

Dans le cadre de ce mémorandum d’entente, la BERD et le ministère de Leila Benali soutiendront les efforts de décarbonation de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et renforceront sa résilience, notamment par la mise en œuvre de la loi 48-15 sur la régulation du marché de l’électricité, poursuit la même source. Le travail conjoint couvrira plusieurs intérêts stratégiques communs à long terme, notamment la mise en place d’une trajectoire neutre en carbone et une élimination progressive des actifs liés aux énergies fossiles au cours des prochaines décennies.

Cité dans le communiqué, Leila Benali a déclaré : « Nous sommes très heureux d’annoncer cette coopération avec notre partenaire de longue date, la BERD, à un moment crucial de notre relation avec nos partenaires européens, conformément au Partenariat Vert signé par le Maroc. Cela revêt une importance particulière compte tenu du programme d’investissement ambitieux mené par notre entreprise nationale d’utilité publique, l’ONEE, et de sa transformation d’entreprise. Ce mémorandum d’entente soutiendra un élément clé de notre stratégie : renforcer les réseaux et garantir un financement durable à long terme pour des systèmes énergétiques agiles et solides. »

Nandita Parshad a commenté : « Face à l’urgence climatique, le Maroc s’est positionné à l’avant-garde des efforts climatiques du continent et prend maintenant des mesures pour placer le pays sur une voie durable en utilisant des technologies d’adaptation et de mitigation climatique. Aujourd’hui, en signant ce mémorandum d’entente, nous renforçons une coopération déjà dynamique dans le domaine de la transition énergétique. Nous saluons l’engagement du ministère envers la décarbonation du secteur de l’électricité et l’objectif de neutralité carbone. »

Le Maroc est un membre fondateur de la BERD et est devenu un bénéficiaire des ressources de la Banque en 2012. « À ce jour, la BERD a investi 4,2 milliards d’euros dans le pays à travers 95 projets« , conclut-on.

Première réunion dédiée à « l’offre Maroc » d’hydrogène vert

Cette réunion s’est tenue en présence de Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de l’Investissement et un représentant de l’Agence marocaine de l’énergie durable (MASEN).

Cette réunion intervient en application des directives royales, au moment où le gouvernement parie, en 2024, sur la mise en œuvre de la vision concernant le projet « Morocco BID » dans le domaine de l’hydrogène vert, dans le but de valoriser les ressources dont regorge notre pays et de répondre aux besoins des investisseurs dans ce domaine prometteur, indique un communiqué du département du chef du gouvernement.

Dans le but d’élever le Maroc au rang des pays fortement qualifiés dans ce secteur d’avenir, et de répondre aux multiples projets entrepris par des investisseurs mondiaux, le Roi a donné en novembre 2022 ses instructions pour élaborer une « offre Maroc » pratique et motivante, qui inclut toute la chaîne de valeur de la filière hydrogène vert. Elle devrait également inclure, outre le cadre réglementaire et institutionnel, un plan pour les infrastructures nécessaires.

« Nous définissons rigoureusement les mécanismes d’accompagnement et de partage des risques avec le secteur privé, international et national et les secteurs optimaux dans lesquels le Maroc peut se positionner de manière compétitive, résiliente aux évolutions technologiques, tout en préservant les intérêts du Royaume », a tweeté Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, suite à cette réunion.

« Il pourrait y avoir des bulles spéculatives mondiales dans certaines parties de la chaîne de valeur, des pressions inflationnistes, des défis technologiques et économiques liés au transport et à l’utilisation de l’hydrogène qui restent à résoudre. C’est pourquoi le parcours de l’investisseur est plus simplifié et transparent et pourquoi une offre rigoureuse et crédible, avec des objectifs de coûts évolutifs, devrait positionner l’hydrogène parmi les plus compétitifs », a-t-elle ajouté.

Les bonnes pratiques pour réduire votre consommation d’électricité

Encouragée, l’efficacité énergétique est également récompensée au Maroc. Le ministère de la Transition énergétique et l’Office nationale de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) prévoient en effet un bonus pour les consommateurs finaux ayant réalisé des économies d’électricité durant les mois de novembre et décembre 2022.

Ces économies sont calculées par rapport à la même période de l’année 2021. Le bonus, dont bénéficieront en 2023 les consommateurs les plus économes, varie proportionnellement à l’économie réalisée.

L’optimisation de la consommation d’électricité est conditionnée par de bonnes pratiques. Le ministère de la Transition énergétique les présente dans une vidéo. Ces bonnes pratiques se déclinent comme suit :

– utiliser des ampoules basse consommation (LED) ;

– éteindre les lumières quand il fait encore jour ;

– débrancher les prises électriques des appareils inutilisés, en particulier les télévisions et les ordinateurs ;

– remplir les appareils ménagers (lave-linge et lave-vaisselle) ;

– dégivrer le congélateur, car 3 mm de glace augmentent la consommation électrique de 30% ;

– fermer les fenêtres et les portes lorsque le climatiseur est en marche. La température préférentielle est de 25° en été et de 20° en hiver.