Transport urbain par bus : le grand chantier de modernisation lancé, le point sur son avancement
Les modes de gestion actuels du transport urbain ayant démontré leurs limites, le ministère de l’Intérieur a conçu un nouveau programme visant à moderniser ce secteur, avec un budget total de 11 milliards de DH (MMDH). À terme, plus de 3.700 nouveaux bus seront acquis, au profit de 34 autorités délégataires.
Ce programme s’inscrit également dans le cadre des préparatifs du Royaume pour l’accueil d’événements sportifs majeurs, tels que le Coupe du Monde 2030, qui exigent un système de transport modernisé et performant.
Dans cet article, Médias24 vous propose un tour d’horizon des marchés déjà lancés, de ceux encore en cours, ainsi que des marchés attribués, couvrant quatre volets principaux de ce programme.
Etudes de faisabilité : quatre marchés déjà attribués
Pour la modernisation du secteur du transport par bus, quatre volets d’appels d’offres ont été lancés à ce jour par les autorités locales, dans différentes villes du Royaume.
Le premier volet est relatif à l’étude de faisabilité pour la gestion de ce service. Cette phase précède, dans certaines villes, les appels d’offres relatifs à l’assistance à la maîtrise d’ouvrage et à l’acquisition des bus, des systèmes d’exploitation et de la billettique. Il s’agit notamment de Taroudant, Taourirt, Guelmim et de Tétouan, où les marchés ont été attribués récemment à différentes sociétés, mais aussi d’Oujda, de Benslimane et de Tiznit.
Notons que cette étude vise à déterminer l’offre du service de transport public par autobus, sur la base de la demande réelle des usagers à court et moyen termes dans chaque province, préfecture ou ville, et à garantir un service efficient et de qualité en termes de sécurité, d’accessibilité, de fluidité, de confort, de régularité, de rapidité, de ponctualité et de respect de l’environnement.
L’étude devra aussi permettre d’évaluer le bien-fondé du futur mode de gestion du service de transport public par bus, d’identifier les fondements du programme d’investissement et des plans de financement à intégrer dans le futur contrat ainsi que la base des tarifs prévisionnels. Elle devra également permettre de définir l’offre « réseau physique » du service et la faisabilité du nouveau mode et contrat de gestion du transport par autobus.
Les missions des attributaires retenus ainsi que celles des futurs attributaires consistent principalement en la réalisation d’un diagnostic et la proposition de scénarios de restructuration du réseau, ainsi que l’étude approfondie du scénario retenu, selon le nouveau mode de gestion de transport public.
À Taroudant, le contrat de gestion déléguée prendra fin en février 2026
À Taroudant, ce marché d’étude de faisabilité a été attribué le 16 mars dernier à la société Bluecap Finance pour 360.000 DH. Le transport collectif par bus dans cette province est actuellement assuré dans le cadre d’un contrat de gestion déléguée d’une durée de 10 ans, dont la prorogation prendra fin en février 2026. Ce contrat a été conclu précédemment avec le conseil provincial de Taroudant, lequel a été remplacé par le Groupement des collectivités territoriales (GCT) « Oued Souss« .
Ce Groupement a été créé le 26 janvier 2024 par arrêté ministériel, après que le conseil provincial se soit déclaré incompétent en matière de transport intercommunal. Située en zone de montagne, cette province est caractérisée par l’éclatement de ses douars. Le service du transport collectif par autobus joue ainsi un rôle très important dans l’amélioration de l’accessibilité et de la mobilité au niveau de son territoire, lequel est à vocation rurale et où le déplacement des personnes et des biens a toujours été au cœur des préoccupations.
Afin de pouvoir répondre aux multiples demandes exprimées par la population pour l’extension du périmètre de ce service de transport, une étude technico-économique et financière, préalable au lancement de l’appel d’offre pour sa gestion, s’avère ainsi nécessaire, afin d’avoir une vision globale de la gestion future de ce secteur.
Le périmètre du contrat de gestion déléguée actuel à Taroudant est assuré par un exploitant privé depuis le 19 février 2014. Ci-dessous, le réseau actuel, desservi par 62 bus :

À Taourit, l’extension du tissu urbain complique la gestion de la mobilité
La commune de Taourirt, dont le marché d’étude de faisabilité a été attribué le 18 mars dernier à la société CIMT pour 224.640 DH, s’est, quant à elle, vue attribuer la compétence de gestion du transport en commun couvrant son périmètre, ainsi que ses environs.
La ville de Taourirt est la plus grande de la province éponyme. Avec plus de 120.000 habitants, cette agglomération de l’Oriental voit sa population doubler en période de retour des Marocains résidant à l’étranger (MRE) en été.
La gestion du service de transport urbain par autobus dans cette ville a été assurée par un contrat de gestion déléguée avec la société Rimal bus. Entré en vigueur le 29 mai 2014, ce contrat a pris fin le 30 juin 2019, suite à sa résiliation. Depuis cette date, le conseil communal de Taourirt a entamé des négociations directes avec la société Rokia bus pour gérer ce service, à la suite de deux appels d’offres infructueux.
Après sa signature par les parties concernées, ce nouveau contrat a été transmis au ministère de l’Intérieur pour visas, en vain. Il a été retourné sans visas deux fois de suite, avec des remarques portant sur les éléments du programme d’investissement et de la convention.
Avec l’accroissement urbain, le périmètre s’étend, induisant de grandes distances. La mobilité urbaine devient ainsi plus importante dans la ville, impliquant davantage de zones à desservir, et par ricochet, des difficultés supplémentaires dans la gestion de la mobilité.
Afin de remédier à l’inexistence d’un réseau de transport de masse et d’assurer ce service pour une population qui ne cesse de s’accroître en raison de l’extension du tissu urbain dans le sud et l’ouest de la ville, un nouveau mode de contrat de gestion déléguée public par autobus doit être élaboré.
Pour ce faire, la commune de Taourirt démarrera d’abord par l’étude technico-économique et financière pour la gestion du service de transport public par autobus dans son périmètre urbain et périurbain, avant d’entamer les procédures suivantes. Plusieurs quartiers sont concernés par cette étude, notamment Nahda, El Bassatine, Zitoun, Salam, El Houria, El Kassaba, El Ouhda, Riad, Nassim 1 et Nasr, Chouhada, Rahma, et Takkadoum….
À Guelmim et Tétouan, les marchés de réalisation de ladite étude de faisabilité ont été confiés, respectivement, à Delta 3 E et Continuum Engineering Consultants pour 448.500 DH, et à Auditas pour une enveloppe de 2 millions de DH (MDH).
Abritant le futur Grand stade Hassan II, Benslimane est appelée à améliorer son service de transport par bus
Dans la province de Benslimane, ce marché est toujours en cours. Le service du transport public dans cette localité est actuellement géré dans le cadre d’un contrat de gestion déléguée, conclu entre la province, l’autorité délégante, et la société délégataire Lux Transport Benslimane. Ce contrat, dont la durée est de dix ans, a expiré le 21 septembre 2022. Il a toutefois été prolongée pour assurer la continuité du service.
Pour des considérations d’engagements contractuels, un problème de connectivité existe entre la province de Benslimane (notamment ces centres urbains) et la ville de Mohammedia. En fait, la société délégataire assure exceptionnellement le transport de Benslimane jusqu’à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Mohammedia.
Comme à Taroudant, pour assurer la continuité de ce service, l’établissement de coopération intercommunale (ECI) Irtiqae a été créé entre sept communes relevant de Benslimane (les communes de Benslimane, Bouznika, El Mansouria, Cherrat, Ain Tizgha, Ziaida et Fedalate), la gestion de ce service de transport ne relevant pas des compétences des communes. Cet ECI a pour mission le transport en commun et l’élaboration du plan des déplacements pour les communes concernées.
Il est toutefois à souligner que pour plusieurs raisons, l’offre de transport collectif par autobus ne répond pas aux besoins dans cette province. Comme pour la commune de Taourirt, les périmètres urbains s’étendent à Benslimane, induisant de plus grandes distances. La mobilité urbaine s’effectue à grande échelle, impliquant ainsi des centres urbains et des villes proches dans un même espace de déplacements quotidiens, notamment entre Benslimane (ses centres urbains) et la ville de Mohammedia. Pour pallier cette problématique, une convention se rapportant à la connectivité de ces deux provinces est en cours de signature entre l’ECI Al Baida, gérant le transport au niveau de Casablanca, et l’ECI Irtiqae, afin d’assurer l’accès des bus de Benslimane jusqu’à la gare ferroviaire de Mohammedia.
Par ailleurs, vu que la province de Benslimane abrite le projet du grand stade Hassan II, le nombre potentiel de voyageurs sera très grand. Cet aspect doit ainsi être pris en considération dans le dimensionnement du système de gestion.

Ce même marché est également en cours à Oujda, où la gestion du service de transport urbain par bus est actuellement assurée par un contrat de gestion déléguée approuvé par le ministère de l’Intérieur le 4 juin 2016. Cette étude vise ainsi à préparer l’après 2026 dans la ville, où prendra fin ledit contrat.
Assistance à la maîtrise d’ouvrage : au moins 9 villes concernées
L’assistance à la maitrise d’ouvrage (AMO) est le second volet de ce programme de modernisation. Il s’agit également de l’un des plus importants. Il consiste à accompagner les autorités délégantes, au moins, durant les trois premières années du contrat de gestion signé avec les différents délégataires, afin de leur assurer un transfert de compétences et les accompagner dans le suivi dudit contrat.
Un cahier des charges relatif à cette AMO a été élaboré par le ministère de l’Intérieur afin d’accompagner et de suivre le nouveau modèle des contrats de gestion déléguée.
Les bureaux chargés de cette AMO devront être composés de différents experts dans plusieurs disciplines, à même d’assister les groupements des collectivités territoriales ainsi que les ECI pour contracter les futurs délégataires de gestion déléguée et équiper les villes en centres de maintenance.
Les marchés relatifs à ce volet ont été lancés dans plusieurs villes, notamment à :
– Marrakech, où les prestations sont estimées à 13,3 MDH ;
– Sidi Bennour (3 MDH) ;
– Tanger (10 MDH) ;
– Benslimane (3,5 MDH) ;
– Fès (7 MDH) ;
– Agadir (11,6 MDH) ;
– Dakhla (3,5 MDH) ;
– Tétouan (6,8 MDH) ;
– Guercif.
De manière générale, les titulaires de ces marchés d’AMO devraient se charger de :
– L’organisation et le suivi de la procédure retenue pour la mise en œuvre des investissements ;
– Le suivi du marché d’acquisition du matériel roulant ainsi que l’assistance pour la réception dudit matériel roulant ;
– L’assistance à la maîtrise d’ouvrage pour la passation des marchés, le suivi de la mise en œuvre jusqu’à réception des marchés relatifs aux systèmes d’exploitation et de billettique notamment… ;
– Le suivi de l’exécution des études techniques ainsi que la passation des différents marchés/contrats relatifs à son exécution ;
– Le suivi de l’exécution des travaux d’équipement des arrêts de bus par des abris et poteaux ainsi que la passation des marchés et contrats relatifs à leurs exécutions ;
– L’assistance, par différentes productions, du maître d’ouvrage durant le transfert des moyens d’exploitation ;
Dans certaines villes, comme Agadir, le titulaire sera également en charge de l’assistance pour le suivi du nouveau contrat d’exploitation du service des BHNS.
Plus de 3 MMDH déjà programmés pour l’acquisition de plus de 1.300 nouveaux bus
Le troisième volet de ce programme porte, pour sa part, sur l’acquisition des bus pour l’exploitation de la délégation du service public de transport urbain et périurbain.
À ce jour, seuls trois marchés portant sur quatre villes ont été lancés. Ils consistent en l’acquisition de 1.317 bus pour près de 3,3 milliards de DH (MMDH).
Rappelons que ce programme, qui concernera dans sa globalité 34 autorités délégantes, a pour objectif l’acquisition de 3.746 nouveaux bus. Il se focalisera cependant, dans une première phase, sur 24 autorités délégantes en 2025-2026, et l’acquisition de 2.144 bus. La moitié de cet objectif est donc déjà engagée.
Dans le détail, il s’agit de la ville de Tanger, où seront acquis, pour 1,124 MMDH, un total de 476 bus de motorisation Euro V, répartis comme suit :
– 28 bus de 8 m, plancher bas intégral (low floor) pour 30,24 MDH ;
– 51 bus de 10 m, plancher bas intégral (low floor) pour 79,560 MDH ;
– 120 bus de 12 m, plancher bas (low entry) pour 295,2 MDH ;
– 247 bus de 12 m, plancher bas intégral (low floor) pour 607,62 MDH ;
– 30 bus de 18 m, plancher bas intégral (low floor) pour 111,6 MDH.
À Agadir, 274 bus de motorisation Euro VI seront acquis pour 744,2 MDH. Ils sont répartis comme suit :
– 80 bus de 12 m, plancher bas (low entry) pour 196,8 MDH ;
– 98 bus de 12 m, plancher bas intégral (low floor) pour 241 MDH ;
– 65 bus de 15 m, plancher bas (low entry ) pour 191,1 MDH ;
– 31 bus de 18 m, plancher bas intégral (low floor) pour 115,3 MDH.
Enfin, le troisième marché concerne les villes de Marrakech et Fès. Un total de 567 bus seront acquis au profit de ces deux villes pour un montant de 1,42 MMDH. Il s’agit, dans le détail, de :
– 81 bus de 10 m, plancher bas intégral (low floor) pour 126,36 MDH ;
– 49 bus de 12 m, plancher bas (low entry) pour 120,54 MDH ;
– 278 bus de 12 m, plancher bas intégral (low floor) pour 683,88 MDH ;
– 124 bus de 15 m, plancher bas (low entry) pour 364,56 MDH ;
– 35 bus de 18 m, plancher bas intégral (low floor) pour 130,2 MDH.

Selon les cahiers des charges de ces trois marchés, voici les caractéristiques des nouveaux bus, qui devront être livrés 36 mois après l’attribution des marchés :
– Une durée de vie fixée à 18 ans, avec une opération de rafraîchissement des aménagements intérieurs à la mi-vie du véhicule ;
– Les châssis et les véhicules proposés doivent obligatoirement être de nouvelle fabrication, datée à minima de l’année 2024 ;
– Du côté du design, les fabricants de bus devront garantir une certaine transparence et ouverture visuelle ;
– Les matériaux utilisés doivent dissuader au maximum tout acte de vandalisme (graffitis, lacération, démontage ou casse) ;
– Les bus doivent être équipés d’un système de vidéoprotection ;
– Les véhicules doivent être adaptés aux personnes à mobilité réduite ;
– Un kilométrage annuel prévisionnel de 80.000 km.
Lire aussi : Marchés des bus d’Agadir, Marrakech et Tanger : un consortium maroco-chinois en pole position
Amélioration des systèmes de billettique et d’exploitation en prévision du Mondial 2030
L’acquisition et la mise en service des systèmes d’aide à l’exploitation, d’information voyageurs et de billetique, pour l’exploitation du réseau de transport urbain, est le dernier aspect de ce programme. Les marchés ont été lancés dans six villes au total, à savoir Tanger, Tétouan, Benslimane, Agadir, Marrakech et Fès.
Dans le cadre des préparatifs du Mondial 2030 notamment, le ministère de l’Intérieur souhaite aussi moderniser et renforcer son système de billettique notamment, afin d’assurer une gestion efficace, fluide et moderne des titres de transport pour les usagers du réseau de transport public.
L’objectif est d’implémenter une solution billettique sécurisée et évolutive, permettant une expérience de voyage optimisée pour les résidents et visiteurs.
Cette modernisation devra également prendre en considération l’interopérabilité avec les systèmes existants et futurs, et inclura la mise en place d’une interface standard d’échange pour les fonctions d’échange de listes colorées (noires, grises, etc.), les données clients, ainsi que les données de ventes et validations. L’objectif étant d’assurer une harmonisation de la billettique à l’échelle nationale et une meilleure expérience utilisateur.
Ce futur système permettra de faciliter l’accès et l’utilisation des transports en commun sur le réseau de bus. Il permettra à l’usager d’acheter un titre de transport selon les différents canaux de distribution et selon la gamme tarifaire en vigueur, de valider son titre de transport à bord et présenter son support en cas de contrôle, et de générer et valider un titre dématérialisé via application mobile.
Du côté des autorités locales, il leur permettra de disposer d’un outil offrant l’accès aux données de vente et de validation, la possibilité de modifier aisément la gamme tarifaire, et de piloter efficacement les contrats d’exploitation.
