Passation de pouvoirs entre Mohamed Benalilou et Mohamed Bachir Rachdi

S’exprimant à cette occasion, M. Benalilou a salué les efforts déployés par l’Instance au cours des dernières années, soulignant qu’ils constituent une base solide pour amorcer une nouvelle phase axée sur le renforcement de son efficacité en matière de lutte contre la corruption, conformément aux hautes orientations royales, indique un communiqué de l’INPPLC.

Il a également affirmé que la lutte contre la corruption requiert une mobilisation continue et d’efforts considérables dans un cadre de complémentarité et de convergence entre différents acteurs, afin de renforcer la confiance et d’obtenir des résultats concrets ayant un impact positif sur la vie quotidienne des citoyens.

De son côté, M. Rachdi a mis en exergue les compétences et le parcours professionnel de M. Benalilou dans le domaine de la lutte contre la corruption, lui souhaitant plein succès dans ses nouvelles fonctions à la tête de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption.

Cette cérémonie a eu lieu en présence des membres du Conseil de l’Instance ainsi que de son secrétaire général.

Lutte anticorruption : Mohamed Benalilou condamné à des résultats rapides

Nommé par le Roi à la tête de l’INPPLC, Mohamed Benalilou devient la figure de proue de la lutte anticorruption au Maroc. Une consécration ou le début d’une mission des plus ardues ? L’ancien Médiateur du Royaume s’attaque, en tous cas, à un fléau que beaucoup jugent insoluble.

Son prédécesseur, Bachir Rachdi, a survécu six ans à son poste. Désigné en décembre 2018, ce dernier héritait alors d’une coquille vide, qu’il a ensuite transformée en une institution dotée du pouvoir d’enquête. Dans les faits, cette transformation ne s’est concrétisée qu’en 2022, avec l’installation des nouveaux membres. Le temps, pour l’ancien président, de poser les bases du nouveau fonctionnement de l’INPPLC. Mais, faute de temps, et pas seulement, le mandat Bachir Rachdi n’a pas été marqué par des réalisations notables sur le terrain, si ce n’est par de nombreuses études confirmant le diagnostic alarmant de la corruption.

Les bases de l’INPPLC étant posées, le constat étant établi et les recommandations formulées, Mohamed Benalilou aura pour tâche d’amorcer, enfin, la « nouvelle ère » tant promise de la lutte contre la corruption. « La volonté politique ne suffit plus, il faut des résultats », tonnait Bachir Rachdi à chaque sortie médiatique.

Son successeur doit obtenir des résultats. Et cela ne dépendra pas uniquement de lui. À problème systémique, la réponse doit l’être en conséquence. Cela dépendra des interactions avec l’ensemble des acteurs concernés. Un volet sur lequel le Maroc a failli sous l’ancien président qui le déplorait à chaque rapport annuel. Et si cela expliquait son départ ?

Mohamed Benalilou devra donc agir sur deux fronts : un front interne, en mettant en œuvre ses outils propres et en activant ses prérogatives d’investigation. Quitte à adopter une approche proactive, en multipliant les autosaisines et en communiquant systématiquement sur les résultats. L’opinion publique a besoin d’opérations « coup-de-poing », de réalisations claires, identifiables, ressenties et rapides.

Le deuxième front consistera à fédérer une sphère publique qui, malgré les discours, a souvent montré de l’atonie dans la mise en œuvre des recommandations de l’INPPLC.

Le chantier est colossal. Pour qualifier l’état de la lutte contre la corruption au Maroc, Bachir Rachdi disait souvent qu’elle était « insatisfaisante ». Une expression prudente qui lui permettait d’éviter d’employer le terme « décevante ».

Dans les classements internationaux, le pays n’a pas progressé depuis 25 ans. Il a même régressé. Sur 180 pays, le Royaume est passé du 73ᵉ au 97ᵉ rang dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

L’impact de cette dégradation n’est pas théorique. Aujourd’hui, la corruption représente entre 3,5 % et 6 % du produit intérieur brut. Un manque à gagner considérable pour le Maroc.

À l’approche d’événements mondiaux entraînant des dépenses considérables, assécher les foyers de la corruption n’est plus une question d’effort ou de volonté. Là encore, « résultat » est le mot d’ordre. C’est le défi de Mohamed Benalilou.

Réformes et continuité : les choix du Roi pour trois institutions clés

Le Roi Mohammed VI a nommé, ce lundi 24 mars, trois nouveaux dirigeants à la tête d’importantes institutions constitutionnelles.

Le Conseil économique, social et environnemental, l’Institut du Médiateur et l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) doivent connaître une « nouvelle dynamique dans leurs missions et renforcer leur interaction avec les différentes institutions nationales, dans le suivi des différentes réformes et grands chantiers que connait le Royaume ».

Des nominations qui ne pouvaient pas attendre

Nommé depuis plusieurs mois pour représenter le Maroc auprès de l’Union européenne, Ahmed Réda Chami devait quitter les fonctions qu’il remplissait toujours à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour se consacrer pleinement à ses nouvelles missions, surtout dans l’actuel contexte international.

Ahmed Réda Chami quitte donc le CESE, mais fallait-il le remplacer sur le champ ? Le Roi a choisi de le faire pour que les travaux de cette institution ne soient pas gelés.

Pour remplacer le président partant, le Roi a fait appel à Abdelkader Amara, plusieurs fois ministre ayant eu la charge de départements stratégiques comme le commerce et l’industrie, l’énergie et les mines ou encore l’équipement. L’ex-ministre et désormais président du CESE sera appelé à travailler indépendamment de ses convictions politiques. D’ailleurs, pourrait-on lui attribuer des accointances avec le PJD dont il a démissionné en 2023, préférant prendre ses distances avec une formation politique dans laquelle il ne se reconnaissait plus ?

Aujourd’hui, on attend du CESE de consacrer la démocratie participative et de prêter une attention particulière au domaine de la protection sociale, aux jeunes, au dialogue social et aux disparités territoriales.

Comme cadeau de bienvenue, Abdelkader Amara va prochainement présider un CESE totalement remanié avec le renouvellement de ses membres (certains des membres actuels ont été nommés en 2011) et une arrivée en force des femmes et des Marocains de la diaspora.

L’INPLCC : mettre l’accent sur la prévention et l’anticipation

Me Mohamed Benalilou succède à Mohamed Bachir Rachdi à la tête de l’INPLCC. Ce dernier a le mérite d’avoir mis l’instance sur les rails. Aujourd’hui, l’instance a besoin de sang neuf pour accompagner ses nouvelles et larges prérogatives.

La lutte contre la corruption nécessite un travail pédagogique de longue haleine, avec une préférence pour une approche proactive avant de recourir aux mécanismes juridiques.

Pour ce qui est de l’approche juridique, Me Benalilou est l’homme indiqué pour une coopération globale avec les différentes instances judiciaires et de manière directe, lui qui a passé de longues années au ministère de la Justice à la tête de divers services et directions.

Son expérience l’habilite aussi à conserver l’indépendance de cette instance. Et n’oublions pas que, de par son expérience à l’Institution du Médiateur, il a acquis de solides connaissances en ce qui concerne les relations entre les citoyens et l’administration. N’oublions pas aussi le rôle que ce haut commis de l’État a joué pour dénouer la crise des grèves des étudiants en médecine.

À l’Institution du Médiateur, c’est Hassan Tariq qui remplace Me Benalilou. Il est attendu du nouveau responsable de chercher à améliorer davantage les relations entre les citoyens et les administrations, et de sonder de nouveaux mécanismes et de nouveaux rôles en matière de médiation. L’académicien et ancien diplomate est aussi appelé à moderniser les mécanismes de travail de l’institution au service de la médiation dans sa large acceptation.

Ce sont donc trois profils divers, venus d’horizons variés, qui ont été choisis pour diriger les trois institutions. À eux de faire leurs preuves à présent.

Nommé à la tête de l’INPPLC, Mohamed Benalilou renoue avec la lutte contre la corruption

Médiateur du Royaume depuis le 13 décembre 2018, il a été remplacé à la tête de cette institution par Hassan Tariq, suite à sa nomination, ce lundi 25 mars, par le Roi Mohammed VI à la présidence de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption.

Né le 2 février 1975, Mohamed Benalilou a été membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Magistrat de carrière, il a exercé diverses responsabilités judiciaires et administratives, notamment en tant que conseiller à la Cour de cassation, directeur des ressources humaines et des études au sein du ministère de la Justice, ainsi que chef du cabinet du ministre de la Justice et des Libertés. Il a également occupé le poste de conseiller en politique pénale (2012-2014). Par ailleurs, il a contribué à plusieurs travaux consultatifs en matière de réforme judiciaire et de lutte contre la corruption.

Titulaire d’une licence en droit privé, il a enseigné le droit pénal et la procédure pénale dans plusieurs institutions académiques. Son engagement et son parcours lui ont valu la décoration du Wissam Al-Moukafaa Al-Watania (Ordre du Mérite national de Grand Officier).