Influence d’électeurs. Mohamed El Hidaoui condamné à huit mois de prison avec sursis

Le tribunal de première instance de Safi a condamné, ce lundi 29 avril, l’ancien député RNI, Mohamed El Hidaoui, à huit mois de prison avec sursis et à une amende de 30.000 DH, mais aussi à l’interdiction de voter pendant deux ans et de se présenter aux élections pour deux mandats consécutifs.

Il a été reconnu coupable d’ »obtenir et tenter directement d’obtenir le vote des électeurs par des dons en espèces afin d’influencer leur vote ».

Cette condamnation tombe un mois après sa libération de prison, où il a passé huit mois d’incarcération, suite à sa condamnation pour « tentative d’escroquerie« , dans l’affaire des tickets du Mondial.

Pour rappel, Mohamed El Hidaoui, président de l’Olympic Club de Safi et ancien député RNI, a été condamné à dix-huit mois de prison ferme en première instance. Peine réduite en appel à huit mois.

Il s’agit de l’affaire la plus médiatisée le concernant, mais ce n’est pas sa première condamnation. En réalité, Mohamed El Hidaoui a été déchu de son siège de parlementaire à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle (n°219/23) pour une condamnation à trois mois de prison avec sursis et 30.000 DH d’amende dans une affaire d’émission de chèque sans provision, datant de mars 2020.

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MAS, RAJA, RSB, WAC, OCS… : qui détient les clubs de foot au Maroc ?

Sur le papier, les clubs marocains de football sont des SA qui doivent être gérées en tant que telles, mais dans la pratique, il reste encore à faire. Gestion financière hasardeuse dans bien des cas, séparation entre l’actionnariat et la gestion opérationnelle du club quasi absente, cumul des fonctions, … La transformation des associations sportives en sociétés anonymes a un goût d’inachevé.

Sans mettre tout le monde dans le même panier, certains dirigeants sont accusés de mauvaise gestion par les supporters, laissant les clubs dans des situations financières difficiles.

D’autres font face à des poursuites judiciaires, voire à des condamnations. Certes, ces dossiers ne sont pas en lien direct avec leur responsabilités sportives, mais il n’en demeure pas moins que cela a des incidences sur la bonne gestion des clubs, car ils continuent indirectement à être impliqués ou même à les diriger à travers la société anonyme.

Que dit la loi ?

Les clubs ne sont plus dirigés par un président élu seulement. Derrière, une société, des actionnaires et des dirigeants contribuent à la prise de décision, mais aussi au financement.

À la suite de cette période de transformations, il a été communément admis que les clubs de foot doivent détenir 90% des parts de ces sociétés. Cette perception est erronée. La loi prévoit un minimum de 30%. Le reste peut être détenu par des tiers, autres que le club. Généralement, ce sont des dirigeants ou anciens dirigeants des clubs qui figurent parmi les associés. Certains détiennent parfois plus de 60% des parts, même après avoir été “chassés” de la présidence du club par le public.

S’ils font partie des actionnaires, c’est en raison de la forme de la société qui exige la présence de 5 actionnaires, au moins, pour la constituer. Ainsi, au moment de la création, les dirigeants acquièrent des parts de la société, aux côtés de l’association sportive.

L’analyse des statuts de six clubs marocains (RCA, RSB, MAS, WAC, OCS et SCCM) permet de conclure que la tendance générale est d’accorder à l’association la part du lion (plus de 90%). Les quatre autres actionnaires ne détiennent qu’une part, sauf deux exceptions sur ces 6 clubs : le cas du MAS (30% seulement pour l’association sportive) et celui du RSB (l’un des associés qui détient une part, représente deux personnes morales qui détiennent elles aussi des parts).

Il convient de noter que le cas de l’Association sportive des Forces armées royales (AS. FAR) est particulier. Le club a donc été exempté de la transformation exigée par la loi 30.09.

Peut-on continuer à décider de l’avenir d’un club après en avoir quitté la direction ? Qu’adviendra-t-il des sociétés sportives quand son dirigeant/associé est placé en détention ? Faut-il céder les parts acquises à travers la fonction de président du club, après l’avoir quitté ?

Avant de revenir sur ces questions dans un prochain article, nous dédions celui-ci à une question prioritaire : à qui appartiennent les clubs de foot ?

Dans son article 15, la loi 30.09 dispose que la société sportive prend la forme d’une société anonyme “dont le capital est composé obligatoirement d’actions nominatives, et dont le tiers au moins des actions et le tiers au moins des droits de vote doivent être détenus par l’association sportive”.

Les éléments présentés ci-dessous sont issus de documents officiels et légaux disponibles ou de sources sûres.

Qui détient quoi dans les clubs

Si certaines sociétés sportives ont opté pour l’octroi de la majorité des parts à l’association sportive, d’autres ont choisi d’accaparer la part du lion, en ne laissant au club que 30% à 34% des parts.

Le cas le plus édifiant, et qui fait l’objet de polémiques actuellement, est celui du Maghreb Association sportive de Fès (MAS). Le club connaît aujourd’hui une situation financière difficile et pointe du doigt le président du conseil d’administration de la société sportive Maghreb Association sportive de Fès football, qui n’est autre qu’Ismail Jamaï, ancien président de l’association sportive.

Selon les statuts de la société sportive consultés par Médias24, l’association ne détient que 30% des parts de la société dont le capital social est de 10.000.000 DH. Les premiers administrateurs désignés dans lesdits statuts sont Ismail Jamaï, Khalid Jamaï et Mohamed Ameur.  Ismail Jamaï est, lui, président du conseil d’administration.

Sous la pression du public, Ismail Jamaï a déposé sa démission de la direction du club, en septembre 2023. Or, détenant, à lui seul, 67% de ses actions de la société anonyme, Ismail Jamaï reste de facto dans les instances du MAS. Les 3% restants sont détenus par des personnes physiques.

Contrairement au MAS, l’association sportive de la Renaissance sportive de Berkane football (RSB) détient la majorité des parts de la société, dont le capital social est de 300.000 DH. Aux côtés de l’association (avec ses 2.995 parts), l’on compte cinq autres associés dont le président du club Abdelhakim Bouazza Benabdellah et Abdelmajid Madrane avec deux personnes morales que ce dernier représente : les sociétés Bouchimad et Mabouch Café.

Autre club dont quelques associés sont des personnes morales : le Sporting Club Chabab Mohammédia (SCCM). Selon les statuts de la société sportive, consultés par nos soins, l’association sportive détient 99,96% des parts de la société, dont le capital est d’un million de DH divisé en 10.000 actions.

Ainsi, aux côtés de l’association sportive représentée par son président Hicham Ait Manna, l’on compte une personne physique (Med Amine Berrada) et deux personnes morales (la société Soprima, représentée par Karim Belmaachi, et la société Aylis participation représentée par Aïda Berrada).

Par ailleurs, il convient de rappeler, comme révélé par Médias24 dans un précédent article, que le président directeur général actuel de la société sportive du SCCM n’exclut pas de se présenter à la présidence du WAC, où la situation est tout autre.

De la direction à la détention

Au Wydad, la vacance de la présidence à la suite du placement en détention préventive de Saïd Naciri qui a présidé le club pendant près d’une décennie pose problème. Dans l’urgence, le club a confié au premier vice-président Abdelmajid Bernaki l’intérim de la gestion des affaires courantes du club, en attendant la tenue des assemblées générales.

Saïd Naciri est d’ailleurs le seul dirigeant de la société sportive, selon les informations consultées par nos soins. Nos recherches dans les documents officiels et publics, ne nous ont pas permis d’identifier les associés de la société sportive du WAC, dont le capital social est de 10.000.000 DH.

Les statuts de l’entreprise, établis en mars 2018 et signés par Saïd Naciri en sa qualité de “fondateur”, indiquent, à travers l’article 7 relatif au “capital social/actionnaire” que “le tiers au moins des actions et le tiers au moins des droits de vote doivent toujours être détenus par l’association sportive ‘Wydad Athletic Club’, par abréviation WAC”, cela étant le minimum prévu par les statuts, conformément à ce que prévoit la loi. La part que détient l’association peut être plus importante.

Contrairement aux statuts des cinq autres clubs objet de cet article, seul le WAC ne précise pas la part exacte de chacun de ses associés, ni leur identité.

Une source sûre  du club contactée par Médias24 nous assure que l’association détient 99,99% des parts de la société sportive du WAC. Les autres actionnaires, dont Said Naciri, ont une part chacun. Et ce, uniquement pour satisfaire la condition de création d’une société anonyme, qui est la présence de 5 associés, au moins.

Les associés du WAC, selon notre source sont donc l’association sportive du club, Said Naciri, Abderrahim Fikri, Salaheddine Chafiki et Anouar Zine.

Mohamed El Hidaoui de l’OCS

Le cas d’un dirigeant en détention est particulier, mais il n’est pas isolé. C’est le cas également de Mohamed El Hidaoui de l’OCS et de Aziz El Badraoui, ex-président du Raja Club Athletic.

Pour le cas du Raja, la société sportive est dotée d’un capital social de 300.000 DH divisé en 3.000 parts d’une valeur de 100 DH chacune, dont Aziz El Badraoui détient une part. Idem pour les quatre autres associés : Mohammed Marouane, Karim Youssoufi, Mehdi Eloufir et Ahmed Sahnoune.

L’association sportive, elle, en détient 2.995, soit 99,83%.

Cela dit, il convient de souligner que les statuts établis en août 2022 prévoient que “dans tous les cas, 34% au moins des actions et 34% au moins des droits de vote doivent être détenus par l’association sportive dénommée Raja Club Athletic”.

Par ailleurs, après le départ de Aziz El Badraoui, c’est Mohamed Boudrika qui a été élu président du club en mai 2023. Il est possible que des changements soient opérés au niveau des statuts pour revoir la distribution des parts de la société sportive.

Quant à Mohamed El Hidaoui, condamné en décembre dernier par la cour d’appel de Casablanca à purger une peine de huit mois d’emprisonnement pour des faits d’escroquerie, celui-ci fait partie, depuis mars 2023, des actionnaires de la société sportive de l’OCS (avec une part).

Outre le président et l’association, la société sportive compte quatre autres associés, dont Rachid Najib et Marouane Rachid, qui faisaient partie des premiers administrateurs désignés par les statuts de la société lors de sa création par Ahmed Bougotaya, lui aussi toujours actionnaire.

Les statuts de l’entreprise prévoient que 99,86% des parts vont à l’association OCS FC.

Affaire des tickets du Mondial : voici les motifs des réductions de peines

En réduisant les peines de Adil El Omari et de Mohamed El Hidaoui, qui sont passées de dix mois de prison ferme à 10.000 dirhams d’amende pour le premier, et de dix-huit mois à huit mois de prison ferme pour le second, la Cour d’appel de Casablanca a motivé sa décision de réduction de peine par des éléments de fait et de droit. Les voici.

Lors de ce procès en appel, Adil El Omari a été condamné à verser une amende de 10.000 dirhams car il a été reconnu coupable de « vente de tickets sans autorisation ». Il a en revanche été innocenté pour :

– vente de tickets de matchs à prix élevé ;
– tentative d’escroquerie.

La Cour a estimé que le chef de poursuite relatif à la « complicité de tentative d’escroquerie » ne peut être retenu contre lui car « le complice ne peut être sanctionné que si l’infraction principale a été consommée« .

Par ailleurs, la Cour a estimé que les éléments du dossier, y compris « les déclarations de toutes les parties », ne montrent pas qu’il s’agit de « tickets dont les prix sont fixés par les instances qui sont en mesure de le faire ». Or, « l’élément relatif au prix fixe du ticket est nécessaire pour constituer l’infraction« .

S’il a été condamné pour vente de tickets sans autorisation, c’est en raison du virement réalisé par El Hidaoui au neveu de Adil El Omari. La Cour a retenu cet élément comme étant compromettant contre le journaliste sportif et a jugé que les tickets ont été vendus sans autorisation.

Quant à Mohamed El Hidaoui, la décision de la Cour a permis de réduire sa peine à huit mois de prison ferme. Le président de l’Olympique club de Safi a été jugé coupable de « tentative d’escroquerie ».

Pour la Cour, la « vente de tickets à prix élevé » et la « vente de tickets sans autorisation » sont deux accusations qui portent sur le même fait. Ainsi, en se basant sur l’article 118 du Code pénal, la Cour estime que « si un seul acte peut revêtir plusieurs qualifications, il faut retenir la plus sévère ». Dans ce cas d’espèce, il s’agit de « tentative d’escroquerie », car elle est punissable d’une peine privative de liberté, contrairement à la vente de tickets à prix élevé ou à la vente de tickets sans autorisation qui, elles, ne sont punissables que d’amendes.

Si la Cour a estimé que Mohamed El Hidaoui est coupable de tentative d’escroquerie, c’est sur la base des articles 546 et 114 du Code pénal. Le premier incrimine la tentative d’escroquerie et le second dispose que « toute tentative de crime qui a été manifestée par un commencement d’exécution ou par des actes non équivoques tendant directement à le commettre, si elle n’a été suspendue ou si elle n’a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur, est assimilée au crime consommé et réprimée comme tel ».

Pour l’instance collégiale, c’est la publication sur les réseaux des audios compromettants de Mohamed El Hidaoui qui l’ont empêché de consommer l’infraction. Autrement dit, « il a été empêché par un élément externe à sa volonté« .

De plus, en raison de sa situation sociale et en l’absence d’antécédents judiciaires, la Cour d’appel de Casablanca a accordé à Mohamed El Hidaoui des circonstances atténuantes, justifiant une sentence moindre.

Poursuivis et/ou condamnés : des élus face à la justice…

Mohamed Moubdii, Mohamed El Hidaoui ou encore Abdenbi Bioui figurent parmi les nombreux élus mêlés à des affaires judiciaires. Certains sont même impliqués dans plusieurs affaires, d’autres ont fait l’objet de plus d’une condamnation. Voici les chefs de poursuite à l’encontre de plusieurs élus et l’état d’avancement de leurs affaires respectives.

À noter que plusieurs élus cités dans cet article ont gelé leur participation au parti ou l’ont quitté à un moment ou un autre de la procédure judiciaire. Les derniers en date, par exemple, sont Naciri et Bioui du PAM qui ont gelé leur participation au parti, comme annoncé par ce dernier dans un communiqué.

Condamnés… plus d’une fois

Rachid El Fayek et Mohamed El Hidaoui, tous deux élus sous les couleurs du RNI, ont été condamnés à deux reprises chacun.

Le premier, président de la commune de Oulad Tayeb et député, a écopé d’une peine de six ans de prison dans une affaire de « mafia immobilière » en décembre 2022. Quelques mois plus tard, en juillet 2023, le verdict est tombé dans une autre affaire, dans laquelle il a été reconnu coupable du viol d’une personne dont les facultés mentales sont altérées et d’attentat à la pudeur avec violences. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme pour ces faits.

Pour l’heure, le siège de Rachid El Fayek en tant que député RNI est maintenu. En avril 2022, avant même sa première condamnation, le parti de la colombe avait procédé au gel de son statut au sein du parti.

Mohamed El Hidaoui, lui, a été déchu de son siège en décembre 2023, quelques jours après sa condamnation en appel à huit mois de prison ferme pour « tentative d’escroquerie » et « vente de tickets sans autorisation« . Et ce, dans la très médiatique affaire des tickets du Mondial.

L’ex-parlementaire, qui porte également la casquette de président du club l’Olympique de Safi, avait été condamné dans une autre affaire à trois mois de prison avec sursis et 30.000 DH d’amende. C’est cette affaire d’émission de chèque sans provision qui avait causé la déchéance de son siège.

Également impliqué dans plus d’une affaire, Babour Sghir, ancien député de l’Union Constitutionnelle, a perdu son siège après avoir présenté sa démission. La déchéance a été actée par une décision de la Cour constitutionnelle en décembre dernier.

L’ex-député a été condamné, en février 2022, à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 450.000 DH pour « escroquerie » et « émission de chèque sans provision ».

Il risque actuellement une peine plus lourde dans une affaire qui l’oppose à Bank of Africa. Celle-ci l’accuse d’escroquerie, de falsification de documents bancaires et leur utilisation, mais aussi de dissipation délibérée d’objets saisis. Babour Sghir est également poursuivi pour corruption et constitution d’une bande criminelle, aux côtés d’autres accusés.

La prochaine audience de ce procès est prévue pour le 19 janvier, durant laquelle Babour Sghir sera de nouveau entendu par la chambre criminelle de la cour d’appel.

Moins lourde, la condamnation de Saïd Zaidi, député du PPS, est d’un an de prison ferme pour des faits de corruption et de chantage. Le député a été déchu de son siège, suite à une récente décision de la Cour constitutionnelle datant du 3 janvier 2024.

Également déchu de son siège de parlementaire sur décision de la Cour constitutionnelle, Abdenabi El Aidoudi, député du Mouvement populaire, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et à verser une amende de 5.000 DH, pour « dilapidation de deniers publics ».

Poursuivis en détention

Innocents jusqu’à preuve du contraire, six élus font l’objet de poursuites de natures diverses. Cinq d’entre eux sont placés en détention préventive. Il s’agit de Saïd Naciri, président du conseil préfectoral de Casablanca (PAM), Abdenbi Bioui, président de la région de l’Oriental (PAM), Abdelkader Boussairi, parlementaire et vice-président de la commune de Fès (USFP), Abdeslam Bekkali, maire de Fès (RNI), Mohamed Moubdii, député et président du conseil communal de Fkih Bensalah (MP) et Abdelaziz El Ouadgui, député de l’UC.

Pour les deux élus du parti du tracteur, les faits sont récents. Ils sont tous les deux impliqués dans une affaire considérée comme étant la plus grosse affaire de trafic international de drogue dans la région sahélo-nord-africaine, au vu des quantités manipulées, de la durée, de l’ampleur des opérations et de l’identité de quelques personnalités impliquées. Saïd Naciri et Abdenbi Bioui en sont les principales vedettes.

L’affaire étant en cours d’instruction, les deux hommes sont considérés comme innocents jusqu’à preuve du contraire.

Lire aussi : Récit. Ce que l’on sait de l’affaire de trafic international de drogue où Bioui et Naciri sont mis en cause 

Idem pour Abdelkader Boussairi (USFP) et Abdeslam Bekkali (RNI), impliqués dans une autre affaire à des degrés différents. Il s’agit de l’affaire dite du « réseau du maire de Fès », bien que ce dernier ne soit poursuivi que pour un délit, contrairement aux autres accusés qui devront répondre de faits plus graves.

Abdelkader Boussairi, déchu de son siège de parlementaire, est poursuivi en état de détention préventive pour « constitution d’une bande criminelle », « dilapidation de deniers publics », « falsification de documents officiels », « corruption » et « abus de pouvoir ». Tandis que Abdeslam Bekkali est en état de liberté provisoire durant ce procès qui a démarré le 17 octobre 2023. Il est accusé de « non-dénonciation de crime ». La prochaine audience est fixée au 23 janvier.

Placé en détention préventive, le député (MP) et président du conseil communal de Fkih Bensalah, Mohamed Moubdii, est quant à lui poursuivi pour « détournement de deniers publics ». Il maintient son siège au sein du Parlement, tout comme Abdelaziz El Ouadgui (UC), accusé de « constitution d’une bande criminelle », « falsification de document officiel et son utilisation », « corruption » et « escroquerie ».

Selon les éléments recueillis par Médias24, ce dernier a fait appel de la décision de détention préventive, se considérant innocent et « n’étant pas le principal accusé dans cette affaire toujours en instruction ».

Focus. Élus puis déchus… Ces parlementaires qui perdent leur siège

En raison de l’annulation d’une élection, d’une condamnation criminelle ou d’une démission, des parlementaires perdent leur siège obtenu à la suite des élections du 8 septembre 2021. Une tendance particulière retient l’attention : le nombre de parlementaires qui font l’objet de poursuites voire de condamnations. Babour Sghir (UC), Mohamed El Hidaoui (RNI) et Abdenabi El Aidoudi (MP) ont été respectivement condamnés à cinq ans de prison ferme, huit mois d’emprisonnement et deux ans avec sursis.

D’autres font actuellement l’objet de poursuites. C’est le cas d’Abdenbi Bioui (PAM) et de Mohamed Moubdii (MP). Babour Sghir, lui, est impliqué dans une affaire autre que celle pour laquelle il a été condamné à cinq ans de prison ferme. Les deux affaires portent sur des faits d’escroquerie.

Du Parlement à la prison

L’ex-parlementaire, élu le 8 septembre dernier sous les couleurs de l’Union constitutionnelle, a présenté sa démission à la Chambre des représentants. La vacance de son siège a été annoncée par une décision de la Cour constitutionnelle datant du 12 décembre dernier, basée sur un courrier émanant de la Chambre des représentants daté de mars 2023. Une date qui coïncide avec le démarrage de son deuxième procès, cette fois à la chambre criminelle de la Cour d’appel devant laquelle il devra répondre, entre autres, de faits d’escroquerie et de corruption.

L’affaire concerne également Bank of Africa, en tant que partie civile, et se poursuit toujours dans la salle 8 de la Cour d’appel de Casablanca, mais aussi sur nos colonnes.

Plus récente, une décision de la Cour constitutionnelle indique que Mohamed El Hidaoui est déchu de son siège de député (RNI) en raison d’une ancienne condamnation pour émission de chèque sans provision.

Bien qu’il ait été condamné en appel ce mercredi 27 décembre à huit mois de prison ferme pour « tentative d’escroquerie » et « vente de tickets sans autorisation », Mohamed El Hidaoui avait déjà fait l’objet en 2019 d’une condamnation pour émission de chèque sans provision. Confirmée en appel, sa sanction était une peine de trois mois de prison avec sursis assortie d’une amende de 30.000 DH.

Après la décision d’irrecevabilité du pourvoi en cassation, un candidat aux élections de septembre 2021 a saisi la Cour constitutionnelle en octobre 2022 pour demander l’invalidation du siège de Mohamed El Hidaoui. Sa demande est intervenue deux mois avant qu’éclate le scandale des tickets du Mondial.

Une autre décision de la Cour constitutionnelle, datant du 5 décembre 2023, acte la destitution d’Abdenabi El Aidoudi de son siège de député, à la suite d’un courrier du procureur général du Roi près la Cour de cassation, qui n’est autre que le chef du parquet, El Hassan Daki.

Celui-ci y informe la Cour constitutionnelle qu’Abdenabi El Aidoudi a usé de tous les moyens de recours et que sa condamnation pour dilapidation de deniers publics est définitive. Il a écopé d’une peine de deux ans de prison avec sursis, assortie d’une amende de 5.000 DH.

Ahmed Chad (député MP), quant à lui, a été déchu de son siège de député après un courrier adressé à la Cour constitutionnelle par le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, en raison d’une « décision définitive visant à l’écarter de la présidence du conseil communal de Béni Mellal à cause d’agissements commis durant sa présidence qui sont en violation avec les lois, les règlements et les valeurs de gestion d’un service public ».

Hormis les sièges vacants à la suite de démissions, la Cour constitutionnelle a annulé pas moins de quinze élections de parlementaires, entre septembre 2021 et décembre 2023. Parmi eux, Saleh Oughal (PI) en février 2022, Badr Tahri (RNI) en avril 2022 et Abdelhak Chafik (MP) en juin 2022.

Affaire des tickets du Mondial : réduction de peine en appel pour El Hidaoui

La décision a été rendue le soir du mercredi 27 décembre. La Cour a modifié les sanctions rendues en premières instances contre les deux accusés.

Poursuivi pour « tentative d’escroquerie » et « vente de tickets à un tarif autre que leur prix », l’ancien parlementaire Mohamed El Hidaoui a bénéficié d’une réduction de peine en appel, fixée à 8 mois de prison ferme au lieu des 18 mois prononcés en première instance.

Adil El Omari a quant à lui été innocenté des accusations de « participation à une tentative d’escroquerie ». La Cour d’appel a annulé sa peine de prison rendue en première instance (10 mois avec sursis) et s’est contentée d’une amende de 10.000 DH.

Les faits remontent au mois de décembre 2022, au Qatar, lorsque des tickets gratuits obtenus par la Fédération royale marocaine de football pour accéder aux matchs de l’équipe nationale avaient été mis en vente par des voies parallèles. Dans le cas de Mohamed El Hidaoui, son nom avait été évoqué concernant deux tickets qui avaient fait l’objet d’un enregistrement audio qui avait fuité.

Mohamed El Hidaoui (RNI) déchu de son siège parlementaire

Mohamed El Hidaoui (RNI) est officiellement déchu de son siège de député au titre de la circonscription de Safi (Chambre des représentants). La décision a été rendue par la Cour constitutionnelle.

La décision des Sages date du 26 décembre. Elle est motivée par la condamnation pénale du parlementaire dans une affaire de chèque sans provision. L’intéressé a écopé d’une peine de trois mois avec sursis, couplée à une amende de 30.000 DH. Ce dossier avait été jugé en 2019, et le jugement confirmé en appel en 2020 puis en cassation en 2023.

L’homme politique fait l’objet d’une affaire distincte : celle des tickets du Mondial dans laquelle il est jugé pour « tentative d’escroquerie ». Dans cette affaire, M. El Hidaoui a été condamné en première instance et attend son verdict en appel.

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Affaire des tickets du Mondial : le prononcé du verdict en appel reporté

Alors que les avocats des deux accusés, Mohamed El Hidaoui et Adil El Omari, attendaient impatiemment le prononcé du verdict concernant leurs clients prévu ce lundi 18 décembre, le président de l’instance collégiale a annoncé le report au lundi 25 décembre.

La raison de ce report ? L’absence d’un membre de l’instance collégiale chargée de statuer sur cette affaire.

Pour rappel, celle-ci a été mise en délibéré lors de la dernière audience du 4 décembre.

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Dilapidation de deniers publics à l’Olympique Club de Safi ? Une enquête en cours

Alors que le président du club safiote, Mohamed El Hidaoui, attend le verdict en appel de l’affaire des tickets du Mondial dont il est l’un des principaux protagonistes, l’Olympique Club de Safi (OCS) est visé par une plainte de dilapidation de deniers publics, déposée par l’Association marocaine de défense des droits humains.

La plainte comme les faits déclencheurs datent d’août 2023, mais le dossier vient d’être transmis au parquet de Safi dont la police judiciaire a entendu les plaignants ce mercredi 13 décembre.

Sans entrer dans les détails de cette affaire qui fait encore l’objet d’une enquête, le président de la section safiote de l’association, Abderrahim Hanama, explique à Médias24 que c’est à la suite des publications parues dans la presse nationale, et surtout d’un enregistrement qui a circulé sur les réseaux sociaux que l’association a décidé de porter plainte contre des dirigeants de l’OCS.

Des audios et des questions

“Nous avons d’abord contacté le secrétaire général du club, dans le cadre du droit à l’information, mais celui-ci n’a pas donné suite à notre courrier dans lequel nous demandons des explications suite à la diffusion d’un enregistrement compromettant, qui contient de graves accusations à l’égard des dirigeants du club. En l’absence de réponse, nous avons adressé une plainte à la présidence du ministère public et une autre au procureur du Roi près la cour d’appel de Marrakech, à la section des crimes financiers, afin qu’une enquête soit menée par les autorités compétentes”, explique Abderrahim Hanama.

Et d’ajouter : “Nous avons identifié les personnes qui échangent dans cet enregistrement. Il s’agit d’un adhérent et d’un membre du comité de l’OCS. Mais nous ne connaissons pas toutes les parties concernées par leurs révélations. Le président du club est responsable de ce qui s’y passe, compte tenu de son rôle de président, mais seule l’enquête de la police judiciaire pourra déterminer l’implication de chacun”.

Les révélations dont parle Abderrahim Hanama sont celles évoquées dans des échanges vocaux entre les dénommés Saïd et Mohsine. Consulté par Médias24, l’enregistrement contient un audio de près de cinq minutes d’un homme qui s’adresse à un certain Mohsine, suivi d’un autre audio de près de deux minutes dans lequel un autre homme s’adresse à un certain Saïd.

Les deux hommes évoquent des “profits financiers dont bénéficient des intermédiaires au détriment du club”, des “factures falsifiées” et un “faux procès-verbal” envoyé à la Fédération royale marocaine de football. Plus précisément, sont dénoncés dans ces audios les éléments suivants :

Mais ce n’est pas tout. L’association, à l’initiative de la plainte, indique que la réhabilitation du stade du club a coûté 20.000 DH en réalité, mais a été facturée à 200.000 DH. Sachant que, selon la même source, le secrétaire général de l’association du club occupe également le poste de directeur général de la société de l’OCS, ce qui constitue, selon la même source, “un conflit d’intérêt”.

Concernant la réparation du véhicule de transport dédié aux joueurs, les deux hommes discutant dans les audios, et que l’association a identifiés comme étant un adhérent et un membre du comité du club de Safi, estiment ce prix très élevé par rapport à la précédente réparation qui n’a coûté “que 180.000 DH”.

“As-tu déjà entendu parler d’une réparation à 330.000 DH ? J’en ai eu mal à la tête en entendant le prix”, confie l’un d’eux à celui qui estime que le comité dirigeant doit “présenter une démission générale”. Pour lui, “même le président n’aura rien à dire à ce moment-là”.

Le président est, rappelons-le, en détention à la prison locale de Aïn Sebaâ, sachant que son procès en appel dans l’affaire des tickets du Mondial prendra fin ce lundi 18 décembre, avec le prononcé du verdict.

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Tickets du Mondial : la cour d’appel fixe la date du prononcé du verdict

Lors de l’audience du 4 décembre, la cour d’appel de Casablanca a fixé la date du prononcé de la décision. Il s’agit du lundi 18 décembre.

Mohamed El Hidaoui et Adil El Omari, les deux accusés dans cette affaire dont le jugement en premier ressort a été rendu en août dernier, seront alors fixés sur leurs sorts respectifs.

Affaire des tickets du Mondial : « El Hidaoui n’était ni éligible aux tickets gratuits ni chargé de les distribuer » (avocat)

En décortiquant le jugement rendu en première instance et en rappelant les déclarations de leurs clients devant la police judiciaire, les avocats de Mohamed El Hidaoui et de Adil El Omari plaident pour que ceux-ci soient relaxés.

“Non chargés de la distribution des tickets gratuits” ; “invalidité de l’enregistrement audio enregistré illégalement” ; “contradiction entre les deux chefs d’accusation (‘tentative’ : acte manqué et ‘vente’ : acte supposant une transaction consommée)” ; “déclarations des témoins” et “absence de bénéfices pécuniaires”… autant d’argument relevés par les avocats de la défense (Me Mohamed El Hallaki, Me Sabah Sellami, qui représentent Mohamed El Hidaoui, et Me Khalid Fakerni qui représente les deux accusés) durant l’audience du 27 novembre. Voici leurs arguments.

Quant à Me Said Agiach, il aura l’occasion de plaider lors de la prochaine – et supposée dernière – audience fixée au 4 décembre.

Me Mohamed El Hallaki déconstruit le jugement

16h45. Pour clôturer cette journée à la salle 9, l’audience de l’affaire des tickets du Mondial démarre enfin. Le président rappelle que, lors de la précédente audience, c’est Me Mohamed Benmalek qui avait plaidé en faveur de son client Mohamed El Hidaoui ; il donne donc la parole à Me Mohamed El Hallaki, qui représente également le président de l’Olympique Club de Safi.

L’avocat adopte la même stratégie que son confrère lors de la précédente audience. Il déconstruit, point par point, le jugement rendu en premier ressort. Mais avant d’entamer cette analyse, il demande pourquoi Mohamed El Hidaoui est le seul concerné par cette affaire.

“Le plus étonnant, c’est que plusieurs personnes ont été entendues, dont un membre de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Il y a des images de personnes en train de vendre des tickets à l’entrée du stade (à Doha, ndlr), d’autres l’ont eux-mêmes déclaré. Un certain Kadri a annoncé que Oussama Benabdallah lui avait vendu deux tickets, un autre a avoué avoir tenté de vendre un ticket, mais seul Mohamed El Hidaoui est accusé de tentative d’escroquerie. Pourtant, personne ne connaît, à ce jour, le sort des 3.400 tickets gratuits”.

Il s’arrête également sur l’enregistrement audio de l’appel retenu comme élément de preuve contre son client. Il rappelle qu’il est “interdit d’intercepter les appels” et estime que “cet enregistrement a été fait de mauvaise foi”. Ainsi, “il ne peut être considéré comme preuve”, affirme l’avocat.

Il revient également sur le refus de la demande de convocation des témoins par le tribunal de première instance, et ce “sans motif”. “C’est par la suite que nous avons compris pourquoi les témoins n’ont pas été convoqués : le procureur a considéré Fayza comme victime. Or, lors de son audition devant vous, elle déclare elle-même qu’elle ne se considère pas comme victime”.

Pour cet avocat, son client a été “utilisé pour calmer l’opinion publique”. Il demande donc à ce qu’il soit innocenté dans le cadre de ce procès en appel.

17h13. Lors de sa courte intervention, Me Sabah Sellami choisit de lire le mémoire qu’elle remet à la cour. Elle y mentionne le fait que son client, Mohamed El Hidaoui, “n’a reçu qu’un seul ticket gratuit, offert par (le joueur) Hamdallah qui ne fait pas partie des tickets destinés aux supporters marocains, payés par l’argent public”.

“L’escroquerie implique l’obtention d’un bénéfice pécuniaire, or Mohamed El Hidaoui a juste offert des tickets et n’a jamais réclamé de paiement ou de remboursement”, souligne l’avocate qui affirme également l’innocence de son client.

“El Hidaoui n’était ni éligible aux tickets gratuits ni chargé de les distribuer”

17h25. Me Khalid Fakerni démarre la dernière plaidoirie de cette audience, et la première en faveur de Adil El Omari. Il commence par critiquer le jugement de première instance qu’il considère “sans fondement juridique” et en “violation des articles 108 et 708 du Code de procédure pénale”.

L’article 708 dispose que “tout acte qualifié de délit au regard du droit marocain, commis en dehors du Royaume du Maroc par un Marocain, peut faire l’objet de poursuites et d’une condamnation au Maroc”.

“La réponse du TPI a été d’invoquer l’article 711. Or, celui-ci concerne des crimes précis. Ça n’a aucun rapport avec l’article 708”, fustige l’avocat.

Quant à l’article 108, relatif à l’interdiction d’intercepter des appels téléphoniques, Me Khalid précise que cette disposition a été soulevée dans le cadre des exceptions de forme, mais que le tribunal n’y a répondu qu’au fond.

Ensuite, l’avocat propose à la cour d’expliquer les faits. Il donne “la vraie version”, celle des accusés. Il revient sur le Mondial 2022, les vols à 5.000 DH vers Doha, la plateforme de la FIFA, les matchs, et particulièrement celui de la demi-finale opposant le Maroc à la France qui a suscité un “chaos”.

“Pour obtenir les tickets gratuits, il fallait prendre le bus, aller vers un stade où les tickets sont octroyés gratuitement dans le respect de certaines conditions : être marocain, et que la date d’arrivée à Doha soit du jour-même ou la veille. On conclut donc que Mohamed El Hidaoui ne répondait pas à ces critères, puisqu’il était à Doha depuis le début du Mondial. Par ailleurs, il ne fait pas partie de la FRMF et n’en est pas un représentant”, explique l’avocat qui vise à éliminer les hypothèses selon lesquelles son client a bénéficié des tickets gratuits prévus pour le public marocain.

L’avocat rappelle que le stade qui devait accueillir la demi-finale a une capacité d’accueil de 68.000 places et que, depuis janvier 2022, soit près d’un an avant le début de la compétition, les tickets des matchs étaient déjà en vente sur le site de la FIFA. Cette dernière a, selon Me Fakerni, annoncé avoir vendu cinq millions de tickets. Il est donc logique, pour l’avocat, que “ceux dont les vols vers Doha ont été annulés cherchent à revendre leurs tickets !”.

Ensuite, l’avocat s’arrête sur le virement que Mohamed El Hidaoui a effectué sur le compte du neveu de Adil El Omari. Lorsque le journaliste sportif a réglé les tickets à la place de Mohamed El Hidaoui qui ne disposait plus d’argent liquide, le président de l’OCS l’a remboursé en envoyant un virement vers le compte du neveu d’El Omari.

“Les gens demandent pourquoi El Omari n’a pas donné son RIB, mais celui de son neveu. Il est libre ! Il ne veut peut-être pas que son épouse sache qu’il a de l’argent, ou bien il ne connaît pas son RIB mais avait, sur WhatsApp, le RIB de son neveu”, suggère-t-il pour justifier le choix de client.

De plus, Me Fakerni souligne que le virement a été effectué le 13 décembre, donc la veille du match. “Si le virement avait été fait après, on aurait pu dire qu’il s’agit d’une mise en scène. Et si Mohamed El Hidaoui a montré le virement à Fayza, c’est pour lui faire comprendre qu’il n’y a pas de tickets gratuits disponibles, qu’il a pu lui trouver des tickets gratuits, à elle, même si, lui, a dû payer les siens”.

”Tentative d’escroquerie” vs “Vente” : “des accusations contradictoires”

Pour l’avocat, l’on ne reproche à son client qu’un seul fait. “Comment est-il donc possible qu’il y ait deux qualifications juridiques ?”, interroge-t-il, en faisant référence aux charges retenues contre lui et pour lesquelles il a été reconnu coupable en première instance : tentative d’escroquerie et vente de tickets à un prix autre que leur tarif.

“Ces deux qualifications sont contradictoires. Si on lui reproche la tentative d’escroquerie, c’est parce que, soit-disant, il n’a pas été payé sur le champ (par Fayza) en reportant le paiement à leur retour au Maroc. Dans ce cas, pourquoi l’accuse-t-on également de vente ? La vente suppose une transaction”, poursuit l’avocat.

“Notre VAR est le PV de la police judiciaire”

Me Fakerni, ancien membre du comité du Raja Club Athletic, relève un autre point dans son argumentaire en optant pour une comparaison sportive. “Dans le football, l’arbitre joue le rôle du juge. Lorsqu’il rate une action, il fait appel à la VAR. Et c’est ce que nous allons faire ici. Notre VAR est le procès-verbal de la police judiciaire, dans lequel on peut lire que la police judiciaire demande à Mohamed El Hidaoui s’il a été chargé de distribuer les tickets gratuits destinés aux supporters marocains lors de la Coupe du monde 2022. Il y répond par la négative”, affirme l’avocat qui brandit le PV en question.

Il invoque à nouveau la VAR au sujet de son autre client, Adil El Omari. “Il a déclaré qu’il recevait, chaque match, par la FRMF, deux tickets gratuits de catégorie 1. Sauf pour la demi-finale, il en a reçu un de catégorie 1 et un autre de catégorie 2 ; comme tous les journalistes. Il n’a pas été chargé de distribuer quoi que ce soit. C’est Mohamed Boudrika, membre de la fédération, qui a lui-même déclaré être chargé de ‘surveiller’ l’opération de distribution par les autorités qataries”.

17h57. Le représentant du parquet demande une pause de cinq minutes. Le président annonce la suspension de l’audience. La fille d’El Hidaoui et ses sœurs en profitent pour le saluer sous la surveillance de quatre policiers, tandis que Adil El Omari, en liberté, est autorisé à s’éloigner pour discuter avec les avocats de la défense.

18h17. L’audience reprend et Me Fakerni poursuit automatiquement sa plaidoirie. Il s’arrête sur le droit de revente des tickets accordé par la FIFA. L’avocat rappelle que le Maroc n’était pas favori au début de la Coupe du monde 2022. “Les Belges et les Croates étaient attendus en huitièmes de finale. Ce sont donc les Belges et les Croates qui ont acheté les tickets. Idem pour la demi-finale, ce sont les Portugais qui ont acheté les tickets, et non pas les Marocains. C’est en prenant en compte cet élément d’imprévisibilité des qualifications que la FIFA permettait la revente des tickets à travers un site web”.

L’avocat présente un document prouvant l’achat, par une citoyenne marocaine, de tickets pour lesquels elle a déboursé la somme de 80 riyal qataris en guise de “frais de revente”. Me Fakerni vise à démontrer que la revente des tickets avec un bénéfice n’est pas interdite.

Il revient ensuite sur un autre élément retenu contre Adil El Omari. Dans le jugement rendu en première instance, le tribunal a estimé que le journaliste sportif avait reçu des frais de déplacement par la FRMF et par son employeur ; “il ne devait donc pas faire des bénéfices financiers durant son voyage”. Or, “à son retour au Maroc, il a retrouvé plus de 60.000 DH sur le compte de son neveu”.

Là encore, Me Fakerni demande – symboliquement – la VAR. Il revient sur le PV de la police judiciaire et explique que son client s’est rendu à Doha avec 1.200 dollars et quelques riyal qataris. “Il a reçu 40.000 DH de la part de la FRMF, et non pas 20.000 DH. Il a obtenu, précisément, 20.000 DH au premier tour, et 20.000 DH après la qualification. De plus, les frais de logement et de transport étaient pris en charge, et c’est Mohamed El Hidaoui qui payait à chaque sortie (café, restaurant, etc.). Il n’a donc pas déboursé grand-chose. Surtout qu’il a reçu, de la part de ses amis, plusieurs sommes d’argent, dont 1.000 euros de la part de Mohamed El Hidaoui, d’autres lui ont remis 2.500 dollars, 3.000 dollars, etc. En tout, il avait plus de 180.000 DH en sa possession”.

Ainsi, pour cet avocat, Adil El Omari disposait de suffisamment de cash pour dépanner Mohamed El Hidaoui qui recherchait des tickets pour ses amis. Et l’argent qu’il a récupéré du compte de son neveu au Maroc ne constitue pas “un bénéfice”.

Pour clôturer sa plaidoirie, Me Fakerni présente deux factures, dont l’une est au nom de “Afriquia” et l’autre au nom de “Wafasalaf”. Ce sont des factures d’achats de tickets pour le Mondial 2022. Selon Me Khalid Fakerni, “la société Afriquia a acheté 193 tickets à 183.000 DH pour ses salariés qui ont pu les donner à des tiers. Idem pour Wafasalaf qui a payé plus de 711.000 DH”.

18h42. Le président s’entretient avec le seul avocat qui n’a pas encore plaidé, Me Saad Agiach ; puis annonce le report au lundi 4 décembre pour que l’avocat puisse plaider à son tour, et que les accusés prononcent leurs derniers mots”.

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Affaire des tickets du Mondial : « Le juge doit être convaincu certes, mais il doit surtout convaincre » (Avocat d’El Hidaoui)

C’est une audience de plus de deux heures qui s’est tenue ce lundi 20 novembre, durant laquelle Me Mohamed Benmalek, avocat de Mohamed El Hidaoui, a plaidé en faveur du président de l’Olympique de Safi, condamné en première instance à dix-huit mois de prison ferme pour tentative d’escroquerie et vente de tickets à un tarif autre que leur prix, lors du Mondial 2022.

Également condamné, mais toujours en liberté, le journaliste sportif Adil El Omari, verra ses avocats plaider en sa faveur lors de la prochaine audience, fixée au 27 novembre.

Retour sur tous les arguments de Me Benmalek et sur son analyse du jugement rendu en premier ressort contre son client.

“L’enregistrement audio ne contient rien”

18h09. L’affaire des tickets du Mondial est le dernier dossier de la journée qu’accueille  la salle 9 de la cour d’appel de Casablanca. Le président appelle à la barre les deux accusés, puis rappelle les noms des avocats qui les représentent pour s’assurer de leur présence à tous. Le procureur du Roi prend directement la parole.

Il se met debout pour son réquisitoire de moins de cinq minutes. Il rappelle les principaux éléments à charge, selon lui, et “confirme les poursuites”. Pour le représentant du parquet, les éléments à charge sont : “Les déclarations de Fayza et des autres témoins qui sont concordantes, notamment sur le prix de 8.000 DH par ticket” ; “l’enregistrement de l’appel téléphonique” ; “le fait que Adil El Omari ait donné le compte bancaire de son neveu au lieu du sien pour qu’El Hidaoui envoie une somme d’argent” ; “les enregistrements audio extraits des téléphones de la famille S. (Ghita S., Fayza S., Younès A., ndlr) prouvent que les tickets ont été achetés en contrepartie d’argent”.

18h15. Les accusés sont invités à s’asseoir sur le banc. L’audience sera longue. Me Benmalek ouvre le bal des plaidoiries. En fait, il sera le seul à plaider ce lundi 20 novembre.

L’avocat estime que “dans ce dossier, il y a quelque chose qui cloche”. Selon lui, “on lui (à El Hidaoui, ndlr) a imputé des paroles qu’il n’a pas dites. Dans le rapport (de la police judiciaire, ndlr), il est formulé que Mohamed El Hidaoui a montré le virement à Fayza ‘pour lui faire croire’ quelque chose. C’est une formule qui a été prise en compte dans les attendus du jugement en première instance”, déplore Me Benmalek qui continue de décortiquer le contenu du jugement du tribunal correctionnel de Ain Sebaâ.

La ligne de défense de ce dernier est de déconstruire les éléments contenus dans le rapport de la police judiciaire point par point et évènement par évènement.

“Ilyas (ami de Mohamed El Hidaoui, ndlr) a dit (à la police judiciaire, ndlr) qu’El Hidaoui l’a appelé et l’a informé avoir donné ses tickets à Fayza, mais cette information a été occultée dans le rapport. Ce qui est négatif pour El Hidaoui est mentionné, mais ce qui est en sa faveur est omis”, martèle Me Benamalek.

Par ailleurs, il estime que l’enregistrement audio qui a circulé sur les réseaux sociaux “ne contient rien”. Pour lui, une grande importance a été donnée à cet audio, “tandis, que l’on pouvait voir, sur des vidéos, des personnes chargées de distribuer les tickets gratuits, en train de les vendre”. De plus, il rappelle que son client “ne fait pas partie de la Fédération royale marocaine de football. Il est parti (à Doha, ndlr) par ses propres moyens et de sa propre initiative. Il ne faisait partie d’aucune délégation”.

L’avocat s’arrête ensuite sur le match autour duquel gravite toute cette affaire : la demi-finale opposant le Maroc à la France. “Pour ce match, El Hidaoui ne cherchait pas des tickets pour lui-même, mais pour ses amis. Lui avait reçu un ticket de la part de Hamadallah (international marocain et ex-joueur de l’Olympique club de Safi dont El Hidaoui est président, ndlr).

“Je vous prie de ne pas prendre en compte le rapport de police”

Me Benmalek rappelle que son client est “serviable” et qu’il a pris “quatre tickets pour ses amis et trois autres pour les amis de l’un d’eux, Mehdi”. Or, les vols de ces derniers ont été annulés. “Tout le monde cherchait un moyen de se débarrasser des tickets déjà achetés”, indique-t-il. Parmi eux, ce fameux Mehdi. “D’où l’audio”, explique l’avocat qui “prie” l’instance collégiale de “ne pas prendre en compte le rapport (de la police judiciaire, ndlr)”.

Ce dernier ne précise pas non plus, selon Me Benmalek, que dans l’échange audio, celui qui s’adresse à Mohamed El Hidaoui lui dit : ‘Dites au monsieur que son argent est prêt’. Pour l’avocat, “ceci prouve que ce n’est pas Mohamed El Hidaoui qui vend mais ‘un monsieur’ qui n’est autre que le fameux Mehdi.

Concernant le témoignage de Fayza, Me Benmalek répond au procureur en précisant que celle-ci “ne s’est pas rétractée”. Il s’arrête sur le réquisitoire du représentant du parquet : “Lorsque Mohamed El Hidaoui donne les prix des tickets, ce n’est pas pour les vendre, mais pour informer (Ghita et Younès, ndlr) du prix qu’il y a sur le marché noir”.

“Younès a dit, devant cette cour, ‘je savais d’avance que si El Hidaoui payait pour moi des tickets, il n’accepterait jamais que je le rembourse’. Younès a demandé à El Hidaoui de lui trouver des tickets, et non pas de les lui vendre”, souligne Me Benmalek.

L’avocat revient à nouveau sur le procès en premier ressort. “Nous avons présenté trois exceptions de forme. Le tribunal a répondu à sept ! On nous en a ajouté quatre gratuits. C’est pourquoi je parle, et je pèse mes mots, d’un dangereux précédent”, déplore l’avocat qui annonce fêter, en mars 2024, ses quarante ans dans les tribunaux. “Jamais je n’aurais imaginé, alors que nous vivons dans une période d’indépendance de la justice, voir un jugement pareil”, déplore-t-il.

« Le juge doit être convaincu certes, mais il doit surtout convaincre »

Il regrette également que « ce dossier ait pris en compte des faits inexistants ». « Où est passée la présomption d’innocence ? ”, interroge Me Benmalek qui sélectionne et analyse des passages dudit jugement.

“Je défie quiconque de trouver une déclaration de qui que ce soit, même du représentant de la FRMF, selon laquelle Mohamed El Hidaoui a pris des tickets gratuits”.

“Le plus étrange, c’est que l’on retient dans ce jugement que ‘cette fête footballistique (عرس كروي) a failli être gâchée’. Est-ce un jugement ou un commentaire sportif ? C’est de la folie !”, s’insurge Me Benmalek qui hausse le ton.

19h17. Après une heure de plaidoirie, l’avocat de Mohamed El Hidaoui continue d’utiliser toutes ses cartes et de poser sur la table la panoplie d’arguments dont il dispose pour défendre son client. Il s’arrête également sur l’absence d’éléments constitutifs de l’infraction d’escroquerie et même de la tentative d’escroquerie.

Pour lui, “le jugement manque de motifs”. “Le juge doit être convaincu certes, mais il doit surtout convaincre”, estime Me Benmalek qui réitère l’innocence de son client.

“Mohamed El Hidaoui avait des ambitions avant d’être placé en détention. Des ambitions pour sa société, mais aussi pour son rôle en tant que parlementaire. Désormais, il est placé aux côtés de criminels et se demande ce qu’il fait là”. Pour Me Benmalek, “cette condamnation injuste fait perdre, à tous, le sentiment de sécurité judiciaire”.

Il revient à nouveau sur les déclarations des témoins et interroge la cour : “De ce que vous avez entendu, où sont les éléments constitutifs de l’escroquerie ? Qui est induit en erreur ? Comment parler d’escroquerie sans dommage ?”.

20h06. Me Saad Agiach, qui s’apprêtait à plaider lors de cette audience, commence à ranger ses nombreux papiers étalés devant lui. Vu l’heure tardive, il comprend que son intervention sera reportée.

De son côté, Me Benmalek poursuit sa plaidoirie. Il s’adresse à l’instance collégiale : “J’ai confiance en vous. Vous allez remettre les choses à leur place. Tout a été discuté devant vous et devant le parquet qui parle toujours d’éléments inexistants”, poursuit-il en faisant référence à la vente de tickets dont a parlé le procureur du Roi dans son réquisitoire.

Nouvelle demande de libération provisoire

20h11. Le président échange avec ses conseillers avant d’annoncer le report de l’audience au 27 novembre pour que les avocats de Adil El Omari plaident en sa faveur. En attendant, la parole est de nouveau accordée à Me Benmalek afin qu’il puisse demander la libération provisoire de son client.

Pendant ce temps, un chahut émane du côté de l’assistance. Alors que tout le monde croyait l’audience levée après l’annonce du report, un agent de police a essayé de faire sortir Mohamed El Hidaoui du côté des détenus. Pour sa famille, l’agent s’est comporté violemment à son égard. “Il l’a poussé”, rapporte la sœur de Mohamed El Hidaoui au président qui la rassure et l’invite à se rasseoir.

Le calme reprend rapidement et l’avocat d’El Hidaoui demande à nouveau sa libération : “Je fais appel à votre humanisme et votre conscience. Mohamed El Hidaoui souffre. Il est privé de sa famille. Sa fille vient d’Espagne chaque semaine pour assister aux audiences. Il est prêt à déposer une caution pour venir comme un homme libre lors de la prochaine audience. J’espère que cette demande sera entendue”, conclut Me Benmalek.

20h25. Le président annonce que cette demande sera traitée le mercredi 22 novembre, avant de rappeler la date de la prochaine audience (le 27 novembre) et de lever l’audience.

Mohamed El Hidaoui est rapidement invité à quitter la salle du côté des accusés qui seront reconduits à la prison locale de Aïn Sebaâ. Sa famille, qui espérait le voir quelques minutes, est visiblement déçue.

Adil El Omari quitte la salle en homme libre. Ses avocats prendront la parole lors de la prochaine audience.

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