Affaire des tickets du Mondial : « El Hidaoui n’était ni éligible aux tickets gratuits ni chargé de les distribuer » (avocat)
En décortiquant le jugement rendu en première instance et en rappelant les déclarations de leurs clients devant la police judiciaire, les avocats de Mohamed El Hidaoui et de Adil El Omari plaident pour que ceux-ci soient relaxés.
“Non chargés de la distribution des tickets gratuits” ; “invalidité de l’enregistrement audio enregistré illégalement” ; “contradiction entre les deux chefs d’accusation (‘tentative’ : acte manqué et ‘vente’ : acte supposant une transaction consommée)” ; “déclarations des témoins” et “absence de bénéfices pécuniaires”… autant d’argument relevés par les avocats de la défense (Me Mohamed El Hallaki, Me Sabah Sellami, qui représentent Mohamed El Hidaoui, et Me Khalid Fakerni qui représente les deux accusés) durant l’audience du 27 novembre. Voici leurs arguments.
Quant à Me Said Agiach, il aura l’occasion de plaider lors de la prochaine – et supposée dernière – audience fixée au 4 décembre.
Me Mohamed El Hallaki déconstruit le jugement
16h45. Pour clôturer cette journée à la salle 9, l’audience de l’affaire des tickets du Mondial démarre enfin. Le président rappelle que, lors de la précédente audience, c’est Me Mohamed Benmalek qui avait plaidé en faveur de son client Mohamed El Hidaoui ; il donne donc la parole à Me Mohamed El Hallaki, qui représente également le président de l’Olympique Club de Safi.
L’avocat adopte la même stratégie que son confrère lors de la précédente audience. Il déconstruit, point par point, le jugement rendu en premier ressort. Mais avant d’entamer cette analyse, il demande pourquoi Mohamed El Hidaoui est le seul concerné par cette affaire.
“Le plus étonnant, c’est que plusieurs personnes ont été entendues, dont un membre de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Il y a des images de personnes en train de vendre des tickets à l’entrée du stade (à Doha, ndlr), d’autres l’ont eux-mêmes déclaré. Un certain Kadri a annoncé que Oussama Benabdallah lui avait vendu deux tickets, un autre a avoué avoir tenté de vendre un ticket, mais seul Mohamed El Hidaoui est accusé de tentative d’escroquerie. Pourtant, personne ne connaît, à ce jour, le sort des 3.400 tickets gratuits”.
Il s’arrête également sur l’enregistrement audio de l’appel retenu comme élément de preuve contre son client. Il rappelle qu’il est “interdit d’intercepter les appels” et estime que “cet enregistrement a été fait de mauvaise foi”. Ainsi, “il ne peut être considéré comme preuve”, affirme l’avocat.
Il revient également sur le refus de la demande de convocation des témoins par le tribunal de première instance, et ce “sans motif”. “C’est par la suite que nous avons compris pourquoi les témoins n’ont pas été convoqués : le procureur a considéré Fayza comme victime. Or, lors de son audition devant vous, elle déclare elle-même qu’elle ne se considère pas comme victime”.
Pour cet avocat, son client a été “utilisé pour calmer l’opinion publique”. Il demande donc à ce qu’il soit innocenté dans le cadre de ce procès en appel.
17h13. Lors de sa courte intervention, Me Sabah Sellami choisit de lire le mémoire qu’elle remet à la cour. Elle y mentionne le fait que son client, Mohamed El Hidaoui, “n’a reçu qu’un seul ticket gratuit, offert par (le joueur) Hamdallah qui ne fait pas partie des tickets destinés aux supporters marocains, payés par l’argent public”.
“L’escroquerie implique l’obtention d’un bénéfice pécuniaire, or Mohamed El Hidaoui a juste offert des tickets et n’a jamais réclamé de paiement ou de remboursement”, souligne l’avocate qui affirme également l’innocence de son client.
“El Hidaoui n’était ni éligible aux tickets gratuits ni chargé de les distribuer”
17h25. Me Khalid Fakerni démarre la dernière plaidoirie de cette audience, et la première en faveur de Adil El Omari. Il commence par critiquer le jugement de première instance qu’il considère “sans fondement juridique” et en “violation des articles 108 et 708 du Code de procédure pénale”.
L’article 708 dispose que “tout acte qualifié de délit au regard du droit marocain, commis en dehors du Royaume du Maroc par un Marocain, peut faire l’objet de poursuites et d’une condamnation au Maroc”.
“La réponse du TPI a été d’invoquer l’article 711. Or, celui-ci concerne des crimes précis. Ça n’a aucun rapport avec l’article 708”, fustige l’avocat.
Quant à l’article 108, relatif à l’interdiction d’intercepter des appels téléphoniques, Me Khalid précise que cette disposition a été soulevée dans le cadre des exceptions de forme, mais que le tribunal n’y a répondu qu’au fond.
Ensuite, l’avocat propose à la cour d’expliquer les faits. Il donne “la vraie version”, celle des accusés. Il revient sur le Mondial 2022, les vols à 5.000 DH vers Doha, la plateforme de la FIFA, les matchs, et particulièrement celui de la demi-finale opposant le Maroc à la France qui a suscité un “chaos”.
“Pour obtenir les tickets gratuits, il fallait prendre le bus, aller vers un stade où les tickets sont octroyés gratuitement dans le respect de certaines conditions : être marocain, et que la date d’arrivée à Doha soit du jour-même ou la veille. On conclut donc que Mohamed El Hidaoui ne répondait pas à ces critères, puisqu’il était à Doha depuis le début du Mondial. Par ailleurs, il ne fait pas partie de la FRMF et n’en est pas un représentant”, explique l’avocat qui vise à éliminer les hypothèses selon lesquelles son client a bénéficié des tickets gratuits prévus pour le public marocain.
L’avocat rappelle que le stade qui devait accueillir la demi-finale a une capacité d’accueil de 68.000 places et que, depuis janvier 2022, soit près d’un an avant le début de la compétition, les tickets des matchs étaient déjà en vente sur le site de la FIFA. Cette dernière a, selon Me Fakerni, annoncé avoir vendu cinq millions de tickets. Il est donc logique, pour l’avocat, que “ceux dont les vols vers Doha ont été annulés cherchent à revendre leurs tickets !”.
Ensuite, l’avocat s’arrête sur le virement que Mohamed El Hidaoui a effectué sur le compte du neveu de Adil El Omari. Lorsque le journaliste sportif a réglé les tickets à la place de Mohamed El Hidaoui qui ne disposait plus d’argent liquide, le président de l’OCS l’a remboursé en envoyant un virement vers le compte du neveu d’El Omari.
“Les gens demandent pourquoi El Omari n’a pas donné son RIB, mais celui de son neveu. Il est libre ! Il ne veut peut-être pas que son épouse sache qu’il a de l’argent, ou bien il ne connaît pas son RIB mais avait, sur WhatsApp, le RIB de son neveu”, suggère-t-il pour justifier le choix de client.
De plus, Me Fakerni souligne que le virement a été effectué le 13 décembre, donc la veille du match. “Si le virement avait été fait après, on aurait pu dire qu’il s’agit d’une mise en scène. Et si Mohamed El Hidaoui a montré le virement à Fayza, c’est pour lui faire comprendre qu’il n’y a pas de tickets gratuits disponibles, qu’il a pu lui trouver des tickets gratuits, à elle, même si, lui, a dû payer les siens”.
”Tentative d’escroquerie” vs “Vente” : “des accusations contradictoires”
Pour l’avocat, l’on ne reproche à son client qu’un seul fait. “Comment est-il donc possible qu’il y ait deux qualifications juridiques ?”, interroge-t-il, en faisant référence aux charges retenues contre lui et pour lesquelles il a été reconnu coupable en première instance : tentative d’escroquerie et vente de tickets à un prix autre que leur tarif.
“Ces deux qualifications sont contradictoires. Si on lui reproche la tentative d’escroquerie, c’est parce que, soit-disant, il n’a pas été payé sur le champ (par Fayza) en reportant le paiement à leur retour au Maroc. Dans ce cas, pourquoi l’accuse-t-on également de vente ? La vente suppose une transaction”, poursuit l’avocat.
“Notre VAR est le PV de la police judiciaire”
Me Fakerni, ancien membre du comité du Raja Club Athletic, relève un autre point dans son argumentaire en optant pour une comparaison sportive. “Dans le football, l’arbitre joue le rôle du juge. Lorsqu’il rate une action, il fait appel à la VAR. Et c’est ce que nous allons faire ici. Notre VAR est le procès-verbal de la police judiciaire, dans lequel on peut lire que la police judiciaire demande à Mohamed El Hidaoui s’il a été chargé de distribuer les tickets gratuits destinés aux supporters marocains lors de la Coupe du monde 2022. Il y répond par la négative”, affirme l’avocat qui brandit le PV en question.
Il invoque à nouveau la VAR au sujet de son autre client, Adil El Omari. “Il a déclaré qu’il recevait, chaque match, par la FRMF, deux tickets gratuits de catégorie 1. Sauf pour la demi-finale, il en a reçu un de catégorie 1 et un autre de catégorie 2 ; comme tous les journalistes. Il n’a pas été chargé de distribuer quoi que ce soit. C’est Mohamed Boudrika, membre de la fédération, qui a lui-même déclaré être chargé de ‘surveiller’ l’opération de distribution par les autorités qataries”.
17h57. Le représentant du parquet demande une pause de cinq minutes. Le président annonce la suspension de l’audience. La fille d’El Hidaoui et ses sœurs en profitent pour le saluer sous la surveillance de quatre policiers, tandis que Adil El Omari, en liberté, est autorisé à s’éloigner pour discuter avec les avocats de la défense.
18h17. L’audience reprend et Me Fakerni poursuit automatiquement sa plaidoirie. Il s’arrête sur le droit de revente des tickets accordé par la FIFA. L’avocat rappelle que le Maroc n’était pas favori au début de la Coupe du monde 2022. “Les Belges et les Croates étaient attendus en huitièmes de finale. Ce sont donc les Belges et les Croates qui ont acheté les tickets. Idem pour la demi-finale, ce sont les Portugais qui ont acheté les tickets, et non pas les Marocains. C’est en prenant en compte cet élément d’imprévisibilité des qualifications que la FIFA permettait la revente des tickets à travers un site web”.
L’avocat présente un document prouvant l’achat, par une citoyenne marocaine, de tickets pour lesquels elle a déboursé la somme de 80 riyal qataris en guise de “frais de revente”. Me Fakerni vise à démontrer que la revente des tickets avec un bénéfice n’est pas interdite.
Il revient ensuite sur un autre élément retenu contre Adil El Omari. Dans le jugement rendu en première instance, le tribunal a estimé que le journaliste sportif avait reçu des frais de déplacement par la FRMF et par son employeur ; “il ne devait donc pas faire des bénéfices financiers durant son voyage”. Or, “à son retour au Maroc, il a retrouvé plus de 60.000 DH sur le compte de son neveu”.
Là encore, Me Fakerni demande – symboliquement – la VAR. Il revient sur le PV de la police judiciaire et explique que son client s’est rendu à Doha avec 1.200 dollars et quelques riyal qataris. “Il a reçu 40.000 DH de la part de la FRMF, et non pas 20.000 DH. Il a obtenu, précisément, 20.000 DH au premier tour, et 20.000 DH après la qualification. De plus, les frais de logement et de transport étaient pris en charge, et c’est Mohamed El Hidaoui qui payait à chaque sortie (café, restaurant, etc.). Il n’a donc pas déboursé grand-chose. Surtout qu’il a reçu, de la part de ses amis, plusieurs sommes d’argent, dont 1.000 euros de la part de Mohamed El Hidaoui, d’autres lui ont remis 2.500 dollars, 3.000 dollars, etc. En tout, il avait plus de 180.000 DH en sa possession”.
Ainsi, pour cet avocat, Adil El Omari disposait de suffisamment de cash pour dépanner Mohamed El Hidaoui qui recherchait des tickets pour ses amis. Et l’argent qu’il a récupéré du compte de son neveu au Maroc ne constitue pas “un bénéfice”.
Pour clôturer sa plaidoirie, Me Fakerni présente deux factures, dont l’une est au nom de “Afriquia” et l’autre au nom de “Wafasalaf”. Ce sont des factures d’achats de tickets pour le Mondial 2022. Selon Me Khalid Fakerni, “la société Afriquia a acheté 193 tickets à 183.000 DH pour ses salariés qui ont pu les donner à des tiers. Idem pour Wafasalaf qui a payé plus de 711.000 DH”.
18h42. Le président s’entretient avec le seul avocat qui n’a pas encore plaidé, Me Saad Agiach ; puis annonce le report au lundi 4 décembre pour que l’avocat puisse plaider à son tour, et que les accusés prononcent leurs derniers mots”.
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