Justice. Ahmed Chedda, ancien député et ex-président de la commune de Béni Mellal, incarcéré à Oukacha

Depuis mardi en début de soirée, une autre célèbre figure politique s’est ajoutée à la longue liste des anciens responsables et autres hommes d’affaires incarcérés.

Ahmed Chedda, ancien maire de Béni Mellal, ancien membre de la Chambre des conseillers et ex-député de cette ville, a été incarcéré sur décision de la justice, apprend Médias24 de sources judiciaires à Casablanca et de sources locales à Béni Mellal.

La même décision de poursuite en état d’arrestation concerne deux anciens adjoints de l’ex-maire, en plus du propriétaire d’une société qui avait en charge la gestion de la décharge publique de Béni Mellal.

Selon nos sources, cette nouvelle affaire concerne un total de 16 personnes, dont 12 poursuivies en liberté provisoire. Dans ce dernier groupe, on retrouve l’actuel maire Ahmed Badra, et deux de ses adjoints laissés en liberté après paiement d’une caution. Les profils professionnels sont variés, avec une forte présence d’hommes d’affaires, d’architectes et d’ingénieurs.

Il est reproché à ce groupe d’individus, Ahmed Chedda étant le principal accusé, d’avoir trempé dans des affaires de dissipation de deniers publics et de dysfonctionnements liés à des marchés publics relatifs à la gestion des affaires de la commune.

L’une des nouveautés de cette affaire est le fait que l’un des individus poursuivis se trouve déjà dans le même établissement pénitentiaire, où il est incarcéré dans le cadre du dossier de Mohamed Moubdiî, l’ex-ministre et ancien président de la commune de Fkih Bensaleh.

La descente aux enfers

Pour avoir une idée de l’ascendant dont jouissait Ahmed Chedda sur la scène politique locale et nationale, il faut savoir qu’il a siégé à la Chambre des conseillers où il avait occupé le très convoité poste de président de la commission de l’Intérieur et des collectivités territoriales. En 2021, il décide de changer de chambre et se présente aux élections législatives toujours sous la bannière du Mouvement populaire (MP). L’autre scrutin communal, organisé à la même date, lui permet de ravir et de conserver la présidence du conseil communal de Béni Mellal.

Les ennuis vont commencer pour lui quand Mohammed Benabdelkader (prédécesseur de Abdellatif Ouahbi) avait saisi la justice administrative, début 2020, pour le destituer de son mandat de président de commune en relation avec les dysfonctionnements de la gestion locale qui lui avaient valu un procès, mais sans le conduire en prison.

Le tribunal administratif de Casablanca rend un verdict dans ce sens et la sentence est confirmée par la cour d’appel administrative de Rabat. Mais Ahmed Chedda décide d’aller jusqu’au bout des recours possibles, sauf que, en décembre 2022, la Cour de cassation le déboute.

Son limogeage de la présidence de la commune ayant été acté, il perd de ce fait le droit de siéger à la Chambre des représentants. Cette fois, c’est la Cour constitutionnelle qui le débarque de son siège de député en février 2023, et ce, à la demande de Abdellatif Ouahbi.

Le scrutin législatif partiel organisé pour son remplacement bénéficie au PAM, soutenu par les deux autres composantes de la majorité qui n’avaient pas présenté de candidats.

Il y a plus d’une année, la justice a décidé de reprendre le dossier des dysfonctionnements dans la gestion de la commune de Béni Mellal, et une enquête a été confiée dans ce sens à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).

« Il était temps. L’ancien président faisait l’objet d’une avalanche de plaintes, au moins depuis 2020, de la part des ONG locales et régionales de défense des deniers publics », commente une source associative à Béni Mellal.

Affaire Moubdii : une première audience expéditive

Il s’agissait de la première audience de ce dossier où l’ancien ministre est poursuivi en état d’arrestation pour des faits en lien avec la passation de marchés douteux à Fkih Bensalah, commune qu’il dirigeait jusqu’à son interpellation en avril 2023 par la police judiciaire.

Parmi les accusés, certains ne se sont pas présentés ce jeudi à l’audience. D’où le renvoi de l’affaire au 25 juillet.

Ce report a été décidé par le juge Ali Torchi au terme d’une session qui n’a duré qu’une dizaine de minutes, le temps de vérifier l’identité des accusés, dont l’ancien ministre, placé dans un box vitré surteinté.

L’ajournement de l’affaire s’explique également par l’absence de l’Association marocaine de protection des biens publics (AMPBP), partie civile dans ce procès.

L’audience a été levée sans que la défense n’ait sollicité la liberté provisoire au profit des détenus, exercice pourtant classique dans ce genre de procès.

Crimes financiers : Mohamed Moubdii jugé à partir du 27 juin

Cette première audience a été fixée à l’issue d’une instruction judiciaire bouclée il y a quelques jours.

Poursuivi en état d’arrestation, l’intéressé sera entendu pour de « graves violations » liées à sa gestion de projets à Lafkih Bensalah, commune qu’il a présidée de 1997 jusqu’à son arrestation en avril 2023. On évoque notamment des marchés publics concédés dans des circonstances douteuses et sans respect des lois en vigueur.

Ces griefs avaient d’abord été relevés par l’Inspection générale de l’administration territoriale (IGAT) relevant du ministère de l’Intérieur. Ils ont servi de base aux investigations lancées en 2020 par la Brigade nationale de la police judiciaire. Cette enquête à grande échelle a mené à l’interpellation de 14 individus, dont Mohamed Moubdii.

L’affaire a été dévolue à la section de la criminalité financière, formation présidée par le juge Ali Torchi. Ce juge est actuellement chargé du dossier de trafic international de drogue impliquant Abdenbi Bioui et Saïd Naciri, deux autres hommes politiques de premier plan. Ces deux grandes affaires seront d’ailleurs traitées lors de la même audience.

Poursuivis et/ou condamnés : des élus face à la justice…

Mohamed Moubdii, Mohamed El Hidaoui ou encore Abdenbi Bioui figurent parmi les nombreux élus mêlés à des affaires judiciaires. Certains sont même impliqués dans plusieurs affaires, d’autres ont fait l’objet de plus d’une condamnation. Voici les chefs de poursuite à l’encontre de plusieurs élus et l’état d’avancement de leurs affaires respectives.

À noter que plusieurs élus cités dans cet article ont gelé leur participation au parti ou l’ont quitté à un moment ou un autre de la procédure judiciaire. Les derniers en date, par exemple, sont Naciri et Bioui du PAM qui ont gelé leur participation au parti, comme annoncé par ce dernier dans un communiqué.

Condamnés… plus d’une fois

Rachid El Fayek et Mohamed El Hidaoui, tous deux élus sous les couleurs du RNI, ont été condamnés à deux reprises chacun.

Le premier, président de la commune de Oulad Tayeb et député, a écopé d’une peine de six ans de prison dans une affaire de « mafia immobilière » en décembre 2022. Quelques mois plus tard, en juillet 2023, le verdict est tombé dans une autre affaire, dans laquelle il a été reconnu coupable du viol d’une personne dont les facultés mentales sont altérées et d’attentat à la pudeur avec violences. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme pour ces faits.

Pour l’heure, le siège de Rachid El Fayek en tant que député RNI est maintenu. En avril 2022, avant même sa première condamnation, le parti de la colombe avait procédé au gel de son statut au sein du parti.

Mohamed El Hidaoui, lui, a été déchu de son siège en décembre 2023, quelques jours après sa condamnation en appel à huit mois de prison ferme pour « tentative d’escroquerie » et « vente de tickets sans autorisation« . Et ce, dans la très médiatique affaire des tickets du Mondial.

L’ex-parlementaire, qui porte également la casquette de président du club l’Olympique de Safi, avait été condamné dans une autre affaire à trois mois de prison avec sursis et 30.000 DH d’amende. C’est cette affaire d’émission de chèque sans provision qui avait causé la déchéance de son siège.

Également impliqué dans plus d’une affaire, Babour Sghir, ancien député de l’Union Constitutionnelle, a perdu son siège après avoir présenté sa démission. La déchéance a été actée par une décision de la Cour constitutionnelle en décembre dernier.

L’ex-député a été condamné, en février 2022, à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 450.000 DH pour « escroquerie » et « émission de chèque sans provision ».

Il risque actuellement une peine plus lourde dans une affaire qui l’oppose à Bank of Africa. Celle-ci l’accuse d’escroquerie, de falsification de documents bancaires et leur utilisation, mais aussi de dissipation délibérée d’objets saisis. Babour Sghir est également poursuivi pour corruption et constitution d’une bande criminelle, aux côtés d’autres accusés.

La prochaine audience de ce procès est prévue pour le 19 janvier, durant laquelle Babour Sghir sera de nouveau entendu par la chambre criminelle de la cour d’appel.

Moins lourde, la condamnation de Saïd Zaidi, député du PPS, est d’un an de prison ferme pour des faits de corruption et de chantage. Le député a été déchu de son siège, suite à une récente décision de la Cour constitutionnelle datant du 3 janvier 2024.

Également déchu de son siège de parlementaire sur décision de la Cour constitutionnelle, Abdenabi El Aidoudi, député du Mouvement populaire, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et à verser une amende de 5.000 DH, pour « dilapidation de deniers publics ».

Poursuivis en détention

Innocents jusqu’à preuve du contraire, six élus font l’objet de poursuites de natures diverses. Cinq d’entre eux sont placés en détention préventive. Il s’agit de Saïd Naciri, président du conseil préfectoral de Casablanca (PAM), Abdenbi Bioui, président de la région de l’Oriental (PAM), Abdelkader Boussairi, parlementaire et vice-président de la commune de Fès (USFP), Abdeslam Bekkali, maire de Fès (RNI), Mohamed Moubdii, député et président du conseil communal de Fkih Bensalah (MP) et Abdelaziz El Ouadgui, député de l’UC.

Pour les deux élus du parti du tracteur, les faits sont récents. Ils sont tous les deux impliqués dans une affaire considérée comme étant la plus grosse affaire de trafic international de drogue dans la région sahélo-nord-africaine, au vu des quantités manipulées, de la durée, de l’ampleur des opérations et de l’identité de quelques personnalités impliquées. Saïd Naciri et Abdenbi Bioui en sont les principales vedettes.

L’affaire étant en cours d’instruction, les deux hommes sont considérés comme innocents jusqu’à preuve du contraire.

Lire aussi : Récit. Ce que l’on sait de l’affaire de trafic international de drogue où Bioui et Naciri sont mis en cause 

Idem pour Abdelkader Boussairi (USFP) et Abdeslam Bekkali (RNI), impliqués dans une autre affaire à des degrés différents. Il s’agit de l’affaire dite du « réseau du maire de Fès », bien que ce dernier ne soit poursuivi que pour un délit, contrairement aux autres accusés qui devront répondre de faits plus graves.

Abdelkader Boussairi, déchu de son siège de parlementaire, est poursuivi en état de détention préventive pour « constitution d’une bande criminelle », « dilapidation de deniers publics », « falsification de documents officiels », « corruption » et « abus de pouvoir ». Tandis que Abdeslam Bekkali est en état de liberté provisoire durant ce procès qui a démarré le 17 octobre 2023. Il est accusé de « non-dénonciation de crime ». La prochaine audience est fixée au 23 janvier.

Placé en détention préventive, le député (MP) et président du conseil communal de Fkih Bensalah, Mohamed Moubdii, est quant à lui poursuivi pour « détournement de deniers publics ». Il maintient son siège au sein du Parlement, tout comme Abdelaziz El Ouadgui (UC), accusé de « constitution d’une bande criminelle », « falsification de document officiel et son utilisation », « corruption » et « escroquerie ».

Selon les éléments recueillis par Médias24, ce dernier a fait appel de la décision de détention préventive, se considérant innocent et « n’étant pas le principal accusé dans cette affaire toujours en instruction ».

MP : Laenser ne rempile pas, Hassad pas intéressé, Ouzzine et Moubdii favoris

Après des décennies de leadership sous la férule de Mohand Laenser, le Mouvement populaire (MP) s’apprête à organiser son 14e congrès qui sera celui de l’alternance attendue depuis… 1986 !

« A l’issue du prochain congrès, je redeviendrai un simple militant de base » (M. Laenser)

D’un ton sans équivoque, le secrétaire général sortant, âgé de 80 ans, exclut de se représenter à la tête de son parti en arguant que ses trois mandats précédents (sans compter les périodes sans congrès) étaient largement suffisants, mais qu’il resterait un militant haraki aux côtés des nouvelles générations.

Appelé à départager les candidats officieux à sa succession, Mohand Laenser se défend d’avoir un dauphin ou une préférence. Il ajoute qu’il faudra attendre que les mieux placés comme Mohamed Ouzzine et Mohamed Moubdii se déclarent officiellement pour que la commission préparatoire puisse valider le dépôt des dossiers de l’ensemble des candidats au secrétariat général du MP.

« Une rumeur totalement infondée qui perdure » (M. Hassad)

Sondé sur ses intentions, l’ancien ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad, déjà pressenti lors du 13e congrès de 2018 pour succéder à Mohand Laenser, dément « la rumeur infondée de son éventuelle candidature au leadership » du parti, dont il a rejoint les rangs en 2017.

Notre interlocuteur déclare sans ambiguïté qu’il faudrait le rayer définitivement de la liste. Il ajoute non sans humour que « chacun a sa vocation » et que la sienne ne consiste pas à devenir le prochain secrétaire général du Mouvement populaire.

« Je confirme ma candidature à la succession du secrétaire général sortant » (M. Ouzzine)

Plus volontariste, le membre du bureau politique Mohamed Ouzzine, qui avait exprimé le désir de succéder à Laenser lors du dernier congrès avant de se retirer pour lui céder le fauteuil de secrétaire général, nous a invité à patienter, car « si l’ambition est bien présente, la décision n’est pas encore actée officiellement ».

Devant notre insistance, Ouzzine a confirmé son intention de se présenter.

S’affirmant démocrate, l’ex-ministre plaide pour un maximum de candidats harakis qui porteront un projet d’avenir, même si en réalité les favoris ne sont que deux, lui et l’actuel chef du groupe parlementaire.

« Je plaide pour une candidature unique » (M. Moubdii)

Interrogé enfin, Mohamed Moubdii nous a confirmé sa volonté de recueillir les suffrages des 3.000 congressistes qui se réuniront au plus tard fin septembre pour désigner leur prochain secrétaire général.

Tout en indiquant que sa seule priorité actuelle est de mettre en place les structures nécessaires à une bonne organisation du congrès (organigramme, commissions, logistique, assise politique, communication…), le parlementaire confie à titre personnel être favorable à une candidature unique, ou bien à un face-à-face avec le candidat Ouzzine.