Tentative de scission au sein du MP : le bureau politique dément, Médias24 maintient

« Contrairement aux rumeurs et aux fausses informations faisant état d’une scission au sein du parti, le Mouvement populaire confirme la solidité de ses rangs, direction et base, et exprime sa fierté face à l’harmonie et à l’implication de ses diverses structures et de ces groupes au Parlement », lit-on dans un communiqué diffusé le lundi 26 mai par la direction du MP à l’issue de sa réunion hebdomadaire et où il était question d’une tentative de scission.

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, un dossier a été déposé auprès du ministère de l’Intérieur pour la création d’une nouvelle formation dénommée « Le Mouvement démocratique populaire » (MDP).

Selon les informations recueillies par nos soins, l’un des anciens leaders du MP, Mohamed Fadili, figure parmi les personnes derrière la création d’un nouveau parti, encore à l’état de projet.

Le MP explique qu’aucun de ses dirigeants ni membre de ses groupes parlementaires n’a rallié ce projet de nouveau parti « qui n’a aucun lien avec le Mouvement populaire ».

Le parti de Mohamed Ouzzine, tout en se disant pour « le droit constitutionnel légitime de créer des partis, des associations et des syndicats, mais sans violation de la loi organique relative aux partis politiques », met en garde contre « l’exploitation du nom et de l’héritage du MP dans des tentatives désespérées de fraude et de parasitage ».

Médias24 maintient ses informations.

Scènes de tension au Parlement : Mohamed Ouzzine traite des députés d’ »énergumènes »

La séance hebdomadaire du lundi 5 mai, consacrée aux questions orales à la Chambre des représentants, a connu pendant sa première demi-heure des scènes de brutalité verbale. Celles-ci ont été provoquées par une déclaration de son président, Mohamed Ouzzine, qui s’est adressé à un parlementaire du parti de l’Istiqlal en lançant : « Regardez-moi ces énergumènes ! » [littéralement « Voyez un peu ces spécimens »] en réaction à un comportement qu’il a jugé irrespectueux émanant de El Ayachi El Ferfar, membre du groupe istiqlalien de l’Unité et de l’égalitarisme.

La joute verbale a éclaté après que Mohamed Ouzzine a refusé de laisser Allal Amraoui, président du groupe istiqlalien, achever la lecture d’une motion d’ordre, au motif qu’il dérogeait au règlement intérieur et avait commencé à répondre à l’opposition, avant que le secrétaire général du Mouvement populaire ne se retrouve lui-même confronté à son collègue El Ayachi El Ferfar.

Ce dernier ainsi que les membres de son groupe n’ont pas accepté les propos du président de la séance, générant une atmosphère tendue au sein de l’hémicycle, ponctuée d’invectives et d’accusations entre les partis de la majorité et les composantes de l’opposition.

Allal Amraoui a lancé en s’adressant à Ouzzine : « Avec la manière dont vous dirigez la séance, vous semez la discorde (fitna) au sein de cette chambre » ;ce à quoi Ouzzine a répliqué : « Devrais-je vous laisser enfreindre le règlement intérieur pour qu’il n’y ait pas de discorde ? Et vous ne changerez rien avec vos cris et votre tentative d’intimidation ».

Pour remédier à la situation, El Ayachi El Ferfar a fait observer que son comportement est « survenu après avoir constaté que le président du groupe istiqlalien n’avait pas eu son droit à la parole ». Si un acte de sa part « a été considéré comme irrespectueux envers cette Chambre », il « le retire ».

La séance n’a repris qu’après que Mohamed Ouzzine a lui aussi accepté de retirer ses propos [« Regardez-moi ces énergumènes ! »] et a déclaré : « Monsieur le représentant, si vous considérez que mes propos vous ont offensé, je les retire et je présente mes excuses ».

Le groupe istiqlalien demande l’ouverture d’une enquête

Les excuses d’Ouzzine ne semblent pas avoir suffi à apaiser le groupe istiqlalien de l’Unité et de l’égalitarisme. Dans une requête adressée au président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, le groupe parlementaire istiqlalien a appelé à l’ouverture d’une enquête urgente sur les déclarations du président de la séance.

Le groupe a estimé que Mohamed Ouzzine a utilisé des « propos injurieux à l’encontre du député El Ayachi El Ferfar, indignes de la présidence de cette institution constitutionnelle et de ses usages, qui ont atteint le niveau de l’insulte publique, abusant de manière inacceptable de la tribune présidentielle et de la retransmission en direct des débats de la séance constitutionnelle ».

Ces propos « contenaient des insinuations provocatrices et inacceptables de la part du président de séance, suggérant que le membre du groupe aurait fait des gestes immoraux, ce que le député El Ayachi El Ferfar dément catégoriquement ».

Le groupe istiqlalien a demandé au président de la Chambre des représentants d' »ouvrir une enquête urgente sur l’incident, en visionnant les enregistrements vidéo de la séance, et de déférer cette affaire à la commission d’éthique ».

Cette demande vise à « préserver l’intégrité de notre institution constitutionnelle et sa stature auprès de l’ensemble des citoyennes et citoyens, pour parer à toute mauvaise interprétation et pour sauvegarder l’honneur du député El Ayachi El Ferfar », conclut-on.

Ouzzine veut rassembler l’opposition pour constituer une alternative gouvernementale en 2026

A l’instar du secrétaire général du PPS, Nabil Benabdallah qui s’est récemment montré très critique sur le bilan gouvernemental, Mohamed Ouzzine plaide pour la « nécessité d’un changement de majorité au prochain scrutin législatif de 2026 ». « Optimiste » sur les chances du 2ème parti d’opposition de le remporter et de diriger le futur nouveau gouvernement, le leader haraki met en avant le positionnement de son parti avant de souligner les préoccupations majeures de la population.

Tout en reprochant à la coalition actuelle son « absence de vision stratégique, sa mauvaise gestion de l’inflation (prix de la viande…) et son manque d’initiatives pour promouvoir l’emploi », le leader du Mouvement populaire estime que son parti a tous les atouts pour être, le moment venu, une force d’opposition constructive qui proposera des alternatives pour répondre aux défis actuels du Maroc.

     – Médias24 : un an après notre précédent entretien, qu’est-ce qui a évolué au MP ?

– Mohamed Ouzzine : au regard de la dynamique qui anime notre parti via sa présence continue sur la scène, que ce soit à travers les médias ou au niveau organisationnel à travers la création de plusieurs alliances professionnelles, en plus de la performance notable qui n’a pas fléchi au niveau législatif de par notre position au sein de l’opposition institutionnelle, croyez-moi, je sens à peine le temps passer.

– A l’approche des élections législatives de 2026, où se situe votre parti au sein de l’opposition ?

– À l’aise dans notre position au sein de l’opposition, nous sommes tout autant satisfaits de notre rôle qui consiste à contrôler l’action gouvernementale que de notre force de proposition à travers le nombre et la qualité des propositions de lois que nous avons initiées.

Je crois que cette présence a accordé à notre parti davantage de rayonnement dans les différentes sphères, grâce au sérieux dont il a fait preuve et à l’adoption d’un discours franc établi sur le langage des chiffres et le diagnostic objectif de la situation.

En réponse à votre question directe, je laisserai seuls juges vos lecteurs et les observateurs.

– Qu’est-ce qui vous distingue des 3 autres partis de l’opposition, à savoir le PPS, l’USFP et le PJD ?

– Je n’ai pas tendance à comparer les partis, par respect mutuel et par appréciation des choix et des positions de chaque parti. Quant aux partis que vous avez mentionnés et qui se positionnent dans l’opposition, je crois que notre présence dans ce camp a été imposée par les résultats des élections du 8 septembre 2021.

Nous nous sommes donc retrouvés face à une réalité qui exige la coordination au sein du Parlement autour de certaines questions, tout en respectant, bien entendu, la liberté de chaque parti d’exprimer ses propres positions sur d’autres questions, en raison de la différence des référentiels.

En termes d’union de l’opposition, l’option valable ne va pasau-delà de la coordination

– Pourquoi malgré plusieurs tentatives d’union, vous n’arrivez toujours pas à constituer un bloc homogène en face de celui de la majorité ?

– J’ai une réserve par rapport au terme « union », car l’expérience a démontré l’échec de toutes les tentatives d’union ou de fusion entre les partis politiques à l’image des expériences peu convaincantes du « Bloc Démocratique », de « L’Entente Nationale » et du « G8 ».

Par conséquent, l’option qui reste valable ne va pas au-delà du niveau de la coordination.

Quant à ce que vous avez décrit comme étant le pôle de la majorité, la réalité confirme l’absence d’harmonie entre ses composantes, comme en témoignent les échanges récents de « tirs amis » entre ses composantes et les déclarations contradictoires sur plusieurs questions et décisions.

– Avez-vous prévu un rapprochement voire des consignes de vote avec les autres partis de l’opposition ?

– Votre question nous incite à rappeler que le mode de scrutin ne permet pas de nouer des alliances préalables entre les partis partageant des orientations et des principes rapprochés.

De ce fait, j’exclus la possibilité d’un accord au sujet de l’opération de vote. En revanche, nous aspirons à la tenue d’élections saines exemptes du recours au pouvoir de l’argent, à l’autorité et à la rente pour acheter les voix.

La balle est par conséquent désormais dans le camp de la masse électorale, aussi bien de ceux qui avaient cru aux promesses chimériques que de ceux qui avaient boycotté le vote, facilitant ainsi la tâche des entremetteurs des élections.

Le programme électoral du MP s’intitulera l’alternative harakie

– Est-ce que votre programme électoral est déjà prêt ?

– Bien évidemment, nous disposons d’un programme qui est en cours d’actualisation sous la dénomination « L’alternative harakie ».

Actuellement, nous sommes d’ailleurs en train de l’enrichir en faisant appel à de larges consultations avec les citoyennes et les citoyens, en plus des contributions attendues de nos alliances professionnelles en fonction de leur spécialisation.

– Sur votre ligne politique, le Mouvement Populaire est souvent perçu comme un parti rural et communautaire, que répondez-vous à ceux qui disent qu’il n’a pas su se moderniser ?

– Bien qu’ayant toujours été contre les classifications arbitraires des partis et que notre formation soit issue des zones rurales et montagneuses, il n’en demeure pas moins que le Mouvement populaire est un parti national qui a toujours su imposer sa présence dans les villes et les grands centres urbains.

Notre parti en a d’ailleurs dirigé un grand nombre avant que l’hégémonisme et l’injection d’argent déferlent sur le champ électoral, exploitant l’indigence et l’ignorance de certains cercles populaires dans les ceintures de pauvreté.

Entre sa fondation et sa relance, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Ainsi, le parti a fait évoluer ses idées, fondées à l’origine sur les valeurs de liberté et d’ouverture qui sont des valeurs modernistes dans le langage de l’ère actuelle.

On peut donc dire que nous avons toujours été à l’avant-garde de la modernité par rapport à des questions sociétales telles que la question des femmes.

Les valeurs de Tamaghrabit

– Justement, quelles seront les valeurs que vous comptez défendre lors de la campagne électorale ?

– Au risque de me répéter, ce sont les valeurs de Tamaghrabit qui nous résument, à savoir celles relatives au patriotisme, à la citoyenneté, à la dignité pour tous et avec l’équité territoriale comme porte d’entrée vers la justice sociale, ainsi que la réhabilitation de l’identité marocaine à partir de tous ses affluents linguistiques et culturels confondus.

Bien entendu, cela ne pourra se faire que dans le cadre de la sincérité, de la franchise et dans le respect de l’intelligence des Marocains.

– Quel est le profil type des électeurs que vous voulez séduire en 2026 ?

– Nous ne sommes pas un parti élitiste ou catégoriel, mais plutôt nationaliste dans tous le sens du terme, représentant toutes les strates de la société issues de toutes nos provinces et régions.

Bien évidemment, vous conviendrez que la promotion du monde rural est une priorité, parce que la réalité démontre que ce territoire a subi beaucoup d’injustices en matière de développement.

Notre message s’adresse donc à tous les Marocains, sans distinction catégorielle ou spatiale.

– Considérez-vous que le MP qui a 29 sièges est le leader de l’opposition sachant que l’USFP a 35 députés, le PPS 21 élus nationaux et le PJD 13 sièges ?

– Votre question n’est pas innocente, tout comme vos précédentes qui cherchent à me pousser à faire une comparaison inappropriée avec les autres partis, qu’ils soient dans l’opposition ou la majorité.

N’étant pas adeptes du concept de leadership désormais dépassé, nous avons besoin actuellement des projets sociétaux pionniers qui transcendent les classifications des individus et des organisations.

– Ayant longtemps participé à des gouvernements aux côtés du RNI et de l’Istiqlal, ne pensez-vous pas que certains électeurs déçus par le gouvernement actuel risquent de vous rejeter ?

– Nulle personne ne peut être tenue responsable des méfaits d’une autre. En effet, l’histoire rendra justice à chaque parti en fonction de ses positions, qui peuvent être correctes ou le résultat d’une mauvaise appréciation dans la gestion.

Nous devons comprendre que la nature de la structure politique marocaine et du système électoral impose le recours à des alliances pour obtenir une majorité et former un gouvernement sur la base du plus petit dénominateur commun.

Partant de ce constat, je crois que l’électeur marocain dispose de suffisamment d’intelligence et surtout de la capacité de distinguer et de ne pas confondre les choses.

– À ce propos, qu’est-ce qui vous différencie aujourd’hui de vos anciens alliés du RNI et du PI ?

– Ce qui nous distingue et fait la différence par rapport aux deux partis que vous avez cités, c’est que nous sommes simplement dans les rangs de l’opposition et qu’ils sont dans ceux de la majorité.

Mais surtout le fait que nous adoptons un discours réaliste, dicté par le souci de préserver les intérêts de la nation et des citoyens.

Contrairement à eux, nous n’avons pas cédé aux sautes d’humeur, ni opté pour la fuite vers l’avant.

L’idéologie a été déchue depuis la chute du mur de Berlin

– Des exemples précis de vos différences ?

– Commencez à les énumérer à partir de l’année 2021 et vous en trouverez plus d’un exemple.

– En termes idéologiques, de quels partis le MP est-il le plus proche ?

– L’idéologie a été déchue depuis la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’ex-Union soviétique, sachant que les régimes qui avaient adopté des slogans nationalistes ont également disparu.

En conséquence, la chose qui peut nous réunir avec tel ou tel autre parti est notre appartenance au Maroc et notre partage d’idées et de programmes visant à développer et à préserver le Maroc.

     – Droite ou gauche, progressiste ou conservateur, où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

– En référence à ma réponse à votre précédente question, nous sommes un parti qui n’est attiré ni par la droite ni par la gauche. Nous sommes le parti du Maroc et vous êtes libres de nous classer.

Nous sommes conservateurs quand il s’agit de nos sacralités spirituelles, de notre authenticité et de notre attachement à notre système politique, et progressistes quand il s’agit d’embrasser la modernité, les valeurs de liberté et d’ouverture sur la pensée humaine qui n’est pas en contradiction avec notre identité nationale.

Nous sommes un parti qui n’est attiré ni par la droite ni par la gauche.

Nous sommes aussi parfois extrémistes quand il s’agit de défendre la patrie et ses symboles.

– Peut-on imaginer que le MP s’allie avec des partis de l’actuelle majorité pour gouverner en 2026 ?

– Encore une fois, c’est une question prématurée, car comme vous le savez, notre mode de scrutin national ne permet pas de nouer des alliances préalables.

En fin de compte, ce qui compte vraiment est de convenir d’un programme qui soit adapté à notre orientation et à nos choix, car en réalité, nous sommes un parti avec des positions constantes et pas de positionnements éphémères.

– Pourquoi malgré sa longue histoire, le MP ne parvient-il pas à dépasser un plafond électoral ?

– Cela est certainement malheureusement lié à la réalité du multipartisme qui a battu tous les records sans compter le recours croissant au pouvoir de l’argent à l’origine d’une razzia électorale dans certaines zones qui étaient auparavant considérées comme étant des fiefs du Mouvement populaire.

Cependant, et en dépit de tous ces changements, notre parti a préservé sa position et son influence.

Eternels optimistes, nous pensons toutefois que le temps sera à même de réhabiliter la justice, après que même ceux qui ont été dupés par le recours à l’argent et aux promesses veloutées sont désormais certains que la pensée harakie représente l’authenticité et l’avenir.

 – Sur combien de députés table le Mouvement populaire en 2026 ?

– Il ne s’agit pas d’un jeu de pari ou de divination mais nous pensons que notre action continue, notre crédibilité et la sincérité de notre discours finiront par porter leurs fruits et nous rendront justice.

– 18 mois avant les élections, comment jugez-vous le bilan du gouvernement actuel ?

– Diplomate et indulgent, je dirais que le bilan gouvernemental est catastrophique.

Pour illustrer le fond de ma pensée et mieux me comprendre, je vous recommande simplement de descendre dans la rue pour y sonder le pouls des citoyens et d’être fixé sur leurs attentes déçues.

La bataille des viandes rouges

– Que pensez-vous de l’affaire de la viande subventionnée exploitée par l’opposition sachant qu’en réalité, l’Etat n’a octroyé que 437 millions de subventions et pas 13 milliards de DH; et que son objectif était de de faire baisser le prix de la viande pour les consommateurs finaux ?

– Il s’agit d’un incident grave qui n’a pas été exploité, comme vous le dites, par l’opposition.

Elle a plutôt fait face à la manipulation des ressources des Marocains et a simplement dénoncé l’utilisation de l’argent facile pour gonfler les comptes des proches même si les composantes de la majorité ont annoncé des chiffres différents concernant les allocations de soutien accordées. Au final, le résultat que nous connaissons tous est que les Marocains n’accompliront pas cette année le sacrifice de l’Aïd Al-Adha.

C’est une sage décision royale mais dans le même temps, il est indéniable que le gouvernement n’a pris aucune mesure concrète pour réduire les prix des viandes rouges et permettre aux Marocains de bénéficier d’une alimentation équilibrée.

– À la place du gouvernement, est-ce que vous auriez maintenu les droits de douane de 200% et les 20% de TVA qui ont occasionné ce qu’on a appelé un manque à gagner de près de 13 milliards de DH qui est tout à fait virtuel ?

– La réduction du taux de TVA en soi n’est pas une mauvaise mesure, surtout dans des situations extrêmes. C’est pleinement justifié par la reconstruction du cheptel et donc la réduction des prix.

Mais cette mesure seule ne peut devenir que contreproductive quand elle n’est pas suivie par des mesures de contrôle pour éviter que certains opérateurs bénéficient de l’exonération tout en organisant la pénurie par des actions de spéculation.

Selon moi, c’est là où le gouvernement a failli.

Qu’auriez-vous fait à sa place pour faire baisser le prix des produits alimentaires ?

– L’action d’un gouvernement ne consiste pas à se substituer au marché dans la fixation des prix car cette politique inefficace et coûteuse a montré s’il en était besoin que ce gouvernement est incompétent.

En effet, quand il y a des facteurs structurels (sécheresse, augmentation des intrants, etc.), aucune politique gouvernementale ne sera en mesure d’enrayer la dynamique du marché, à part continuer à épuiser les caisses de l’État.

Dans pareilles circonstances, la responsabilité du gouvernement est de s’assurer qu’il n’y ait pas d’entente entre les producteurs ou alors d’entrave à la concurrence qui augmentera artificiellement les prix, comme cela s’est produit aujourd’hui.

Pour répondre à votre interrogation, le Mouvement populaire aurait entrepris des actions à long terme de préservation du cheptel national par de l’optimisation des pâturages, la recherche et développement et une meilleure traçabilité des troupeaux pour en optimiser la gestion.

À court terme, nous aurions exercé un contrôle strict sur les producteurs pour éviter toute éventuelle entente contre-nature ou spéculation.

Si nous aurions accordé quelques avantages fiscaux dans un cadre global, il est indéniable que, sur ce dossier, le gouvernement a fait montre d’un manque de compétence consternant.

En fait, il ne s’agit pas d’inflation au Maroc, mais de tachanakt qui a fait la part belle à une incroyable prolifération d’intermédiaires à l’origine d’une hausse prohibitive pour les consommateurs finaux.

 – Votre avis sur l’apport du PAM qui participe pour la première fois à un gouvernement ?

– En tant que parti d’opposition, ce n’est pas notre rôle d’évaluer individuellement la performance de chacun des partis de la majorité gouvernementale mais pour être clair, nous sommes face à une alliance politique dont toutes les composantes doivent assumer la responsabilité de l’échec.

     – Pensez-vous être en mesure de constituer une alternance au gouvernement actuel ?

– Si les partis de l’opposition ne peuvent pas constituer une alternative et proposer une alternative au gouvernement, alors je m’interroge à mon tour sur la légitimité de leur existence.

Ceux qui manquent d’alternatives devraient chercher autre chose en dehors des murs de l’action politique.

– Considérez-vous que la campagne électorale a d’ores et déjà commencé ?

– Étant un tant parti qui respecte les règles de la démocratie, nous pensons que la date des élections n’a pas encore été fixée pour que nous puissions envisager le lancement d’une campagne électorale.

Cependant, selon notre conception de l’action politique, nous considérons que la campagne est une simple occasion conjoncturelle, et que nos actions de rayonnement sont des actions durables et une mission qui doit être accomplie 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

– Sachant que vous avez toujours été un parti d’appoint, est-ce que vous pensez que votre base électorale fidèle s’est vraiment élargie pour prétendre jouer les premiers rôles ?

– Une fois de plus, votre question vous fait tomber dans le piège des classifications arbitraires et inexactes, car nous n’avons jamais été, ne sommes pas et ne serons jamais un parti qui meuble le vide.

Malgré la perte de positions à cause du nomadisme politique, notre parti a toujours constitué une valeur incontournable dans toute équation politique, car le Mouvement populaire est en effet le plus ancien parti d’opposition de toute l’histoire du Maroc indépendant.

Nous avons toujours été influents et le resterons peu importe le changement des positions, car notre force et le secret de notre continuité résident dans nos positions.

– Pensez-vous que la majorité actuelle va rester unie à l’approche des scrutins ?

– Je n’ai pas la capacité de prédire ou de deviner l’avenir, mais tout ce que je peux dire est que l’harmonie a fait défaut à cette majorité dès le départ, car elle a été fondée sur la force arithmétique en l’absence de toute vision sociétale claire.

Cette majorité a été fondée sur la force arithmétique en l’absence de toute vision sociétale claire.

– Qu’attendez-vous en matière de découpage, de loi électorale, de quotients, de nombre de sièges par circonscription ?

-Nous avons des propositions concernant les lois électorales, le mode de scrutin et le découpage territorial, que nous présenterons lorsqu’un débat réel et responsable sera engagé.

Il semble que le gouvernement tergiverse à lancer ce chantier, peut-être pour exploiter le facteur de la surprise afin de préserver sa position par tous les moyens et à n’importe quel prix, même si cela se fait au détriment de la démocratie et de l’avenir du pays.

– Une petite analyse des élections de 2021 qui vous ont permis d’obtenir 29 députés ?

– Ces élections ont leurs avantages et leurs inconvénients, car l’ambiance dans laquelle elles se sont déroulées n’était pas ordinaire avec la poursuite des effets et des répercussions de la pandémie COVID-19.

Elles ont enregistré un recours excessif à l’argent sans compter et été l’objet de promesses chimériques et de l’exploitation de la vulnérabilité de larges catégories de la société qui ont vécu des moments très difficiles durant la pandémie.

Si nous avons obtenu le nombre de sièges que vous avez mentionné, il est plus qu’évident que nous aurions pu en obtenir largement davantage si nous n’avions pas souffert d’un manque de ressources et du vol d’un certain nombre de nos élus par certains partis qui composent la majorité actuelle.

– Quels seront d’après vous les thèmes essentiels de la campagne électorale ?

– Le temps de la campagne électorale n’est pas encore intervenu, mais je pense que les électeurs attendent une alternative pour les affranchir des dernières années de vaches maigres.

Quoi qu’il se passe, on agira en fonction de ce qu’il adviendra.

Mode de scrutin et possibilités d’alliances

– Bien qu’il soit encore tôt pour se prononcer, avez-vous une idée des combinaisons possibles de partis avec qui vous pourrez construire une majorité ?

– Comme je l’ai affirmé précédemment, le mode de scrutin national adopté par notre pays ne permet pas de nouer de véritables alliances préalables.

S’il existe des possibilités de coordination avec certains de nos alliés dans le Bloc populaire, nous examinons toujours comment activer cette coordination avec des mesures pratiques et concrètes.

– Y-a-t-il un ou plusieurs partis avec qui vous excluez de vous associer pour 2026 ?

-Une fois de plus, je vous renvoie vers ma précédente réponse.

– Quelles sont les lignes rouges en termes d’association politique ?

– Au Mouvement populaire, nous n’avons pas défini de lignes rouges ou jaunes.

Nous travaillons sur des programmes, adhérons à une éthique fondée sur la sincérité et la franchise et exerçons la politique selon l’art du possible.

– Sachant que la participation antérieure du MP à plusieurs gouvernements a été plus symbolique que véritablement influente, pourquoi le cas échéant cela pourrait-il changer ?

– Non, notre participation aux précédents gouvernements n’a jamais été symbolique et encore moins informelle.

Ayant géré des départements ministériels importants, nous sommes très fiers de notre bilan et ne sommes donc par conséquent pas du genre à désavouer notre passé.

– Pouvez-vous citer des mesures phares (économique ou sociale) adoptées grâce au Mouvement populaire dans les gouvernements auxquels vous avez participé dont vous êtes le plus fier ?

– Fondé à l’aube de l’indépendance puis interdit en 1957 avant d’obtenir une reconnaissance officielle en 1959, notre parti est derrière la promulgation du décret des libertés publiques, qui a mis fin au système du parti unique, et a donc été consacré dans la première Constitution du Royaume en 1962.

Il convient de rappeler que le Mouvement populaire a exercé l’opposition contre la domination partisane et contre les ennemis des institutions depuis sa création. Il a également participé au gouvernement à certaines étapes cruciales de l’histoire du Maroc indépendant, où il a laissé une marque indélébile et des réalisations qui sont une source de fierté pour le parti et la nation.

Entre-autres, il y a lieu de citer la présidence du premier Parlement élu dans l’histoire du Maroc indépendant, en la personne du Dr El-Khatib, la direction du ministère de la Défense nationale à deux reprises, en la personne du leader Mahjoubi Aherdane, et du ministère de l’Intérieur à trois reprises, en la personne de Lahcen El-Youssi, El-Habib El-Bekkay et Mohand Laenser, l’élaboration d’une stratégie de réforme agraire à partir du milieu des années 1960, des contributions importantes dans le domaine de la profondeur africaine, notamment à travers le ministère des Affaires africaines, le développement et la modernisation du secteur des postes et des communications, l’instauration d’une politique nouvelle dans le domaine de la jeunesse et des sports et enfin l’adoption de réformes structurelles et stratégiques dans le système d’éducation et de formation.

Pour résumer, le Mouvement populaire est fier de son histoire et de son horizon futur, car il est resté et demeure une forteresse solide pour la consolidation du Maroc des institutions et des libertés, avec une pensée politique ancrée dans la profondeur du Maroc authentique.

– Sur la démocratie interne du MP, certains membres vous reprochent un leadership autoritaire, que répondez-vous aux accusations d’étouffement du débat interne ?

– Honnêtement, je suis très curieux de savoir qui sont les membres du parti qui colportent de telles allégations et assertions car la démocratie interne au sein du parti du Mouvement populaire va très bien.

De plus, étant ouvert à tous, je suis très loin de croire au leadership individuel, car j’ai foi en la capacité collective de formuler des projets sociétaux et en la capacité de les défendre.

Si certains colportent de telles allégations, c’est parce qu’ils sont incapables d’accompagner la nouvelle dynamique, fondée sur l’action collective et l’innovation. Ils ne se rendent pas compte qu’on ne peut pas nager deux fois dans la même rivière, car l’eau de la rivière se renouvelle.

– Estimez-vous possible de quadrupler en 2026 votre score de 2021 et si oui comment ?

– Je ne suis ni devin et encore moins adepte de paris pour répondre à cette question, mais nous travaillons avec sérieux et déployons tous nos efforts pour améliorer nos performances politiques.

– Vos années dans l’opposition ont été profitables pour rebondir électoralement en 2026 ?

– N’étant pas novices en matière d’exercice de l’opposition et étant issus de sa matrice, je considère que nous nous sommes distingués dans notre rôle au sein de l’opposition, car nous avons représenté la voix du peuple et avons été la meilleure expression de ses préoccupations et aspirations.

– Si vous deviez revenir au gouvernement, à quel portefeuille seriez-vous crédible aujourd’hui ?

– Les positionnements et les postes éphémères sont la dernière chose à laquelle nous pensons.

Notre première préoccupation est surtout de réhabiliter l’action politique et la gestion des affaires publiques en faisant prévaloir la sincérité et la compétence.

Aujourd’hui, je continue donc à lever la raclette pour lutter contre la corruption et les corrompus.

– Pensez-vous sérieusement être capable de diriger le prochain gouvernement de 2026 ?

– Effectivement, en tant que parti, nous disposons de toutes les qualités pour diriger un gouvernement formé autour d’un projet de société réel, réaliste et réalisable.

Le Mouvement Populaire n’est pas stérile, mais la décision revient aux Marocains, c’est eux qui auront le dernier mot.

– Ne pensez-vous pas que votre image personnelle a été entachée par votre départ précipité en 2015 du ministère de la Jeunesse et des sports ?

– Pour moi, l’histoire de la raclette n’est pas une source de complexe, loin s’en faut.

J’ai en effet payé le prix de ma volonté de promouvoir le secteur du sport et j’en suis fier, surtout après que les événements ont prouvé que l’utilisation de la raclette, qui dépend des compétences de la FIFA, a eu lieu dans plusieurs stades situés dans des pays développés.

Aujourd’hui, je continue donc à lever la raclette pour lutter contre la corruption et les corrompus.

– Etes-vous en mesure de repositionner le MP dans le trio de tête des partis marocains ?

– Tout est possible, si Dieu le veut, pourvu qu’il y ait de la volonté et qu’on assure les conditions d’une concurrence loyale entre les partis, loin du pouvoir de l’argent.

– Par quels moyens concrets ?

– Par notre projet politique, notre bilan historique, nos compétences et notre confiance en les Marocains.

     – En cas d’éventuelle victoire du MP, quelles seraient vos priorités socio-économiques ?

– Des priorités qui concernent la réalisation de l’équité territoriale comme porte d’entrée vers la réalisation de l’équité sociale, ainsi que la garantie d’une vie décente pour tous les Marocains et l’instauration d’un Maroc fort et solidaire qui évolue à une seule vitesse et non à plusieurs vitesses.

– Dernière question, combien de mandats comptez-vous accomplir à la tête du MP ?

– Je vous renvoie vers le statut du parti qui prévoit au maximum deux mandats et je prie Dieu que je réussisse dans l’accomplissement de cette mission.

Sachant que ce sont les militants et militantes harakis qui fixent le cap et accordent leur confiance, je ne peux au final qu’être fier de leur confiance ainsi que de leur soutien et accompagnement.

Vidéo institutionnelle sur 2M : le PPS et le MP saisissent la HACA

Deux formations politiques de l’opposition, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et le Mouvement populaire (MP), ont déposé une plainte auprès de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), accusant le gouvernement d’utiliser les ressources publiques à des fins de « propagande politique ».

Une vidéo jugée « publicitaire » et « orientée »

La vidéo en question, d’une durée d’environ deux minutes et vingt secondes, met en avant les réalisations du gouvernement sous le titre : « Des réalisations majeures ont été accomplies pour atteindre le Maroc que nous voulons en 2030, et notre ambition est encore plus grande ». Elle débute par une référence à la performance de l’équipe nationale marocaine lors du Mondial 2022 et se conclut sur l’emblème du Royaume, tout en faisant la promotion de plusieurs programmes gouvernementaux tels que la réforme de l’éducation, le soutien au logement, le programme « Forsa », le soutien social direct et l’assurance maladie obligatoire.

 

Le PPS pointe une violation des principes de neutralité politique

Dans une lettre adressée à la présidente de la HACA, Latifa Akharbach, le secrétaire général du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah, dénonce « une violation flagrante des principes de neutralité politique » et une « tentative de manipulation de l’opinion publique » en utilisant « des éléments du patrimoine national à des fins électorales ».

Le PPS accuse la chaîne 2M d’avoir diffusé « un contenu propagandiste déguisé en communication institutionnelle » et de ne pas respecter l’obligation de pluralisme et d’équilibre dans l’information audiovisuelle publique. Selon le parti, ce contenu s’apparente à « une publicité électorale anticipée », ce qui constituerait une infraction aux règles en vigueur.

Le PPS appelle ainsi la HACA à ouvrir une enquête sur le financement, la production et la diffusion de cette vidéo, et à vérifier si elle respecte les dispositions de la loi 77.03 sur la communication audiovisuelle, notamment celles interdisant « la publicité déguisée » et « la propagande politique sur les chaînes publiques ».

Le MP dénonce une « instrumentalisation du Mondial 2030 »

De son côté, le Mouvement populaire (MP) s’insurge contre « l’utilisation opportuniste » de l’organisation par le Maroc du Mondial 2030 à des fins politiques. Dans sa plainte, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du MP et député d’Ifrane, qualifie cette vidéo de « publicité électorale dissimulée », qui vise à associer les programmes gouvernementaux au succès de l’organisation de la Coupe du Monde 2030.

Le MP critique particulièrement l’inclusion de « messages électoraux hors contexte » et l’exploitation « inacceptable » d’un événement d’envergure nationale et internationale à des fins de « promotion partisane ». Selon M. Ouzzine, « le Mondial 2030 est un accomplissement du Roi, du peuple marocain et non d’un gouvernement particulier », ce qui rend son instrumentalisation « injustifiable ».

Le MP demande ainsi à la HACA de suspendre immédiatement la diffusion de la vidéo institutionnelle et de prendre « les sanctions nécessaires » à l’encontre de la chaîne 2M pour « non-respect de son cahier des charges ».

Cette double plainte met en lumière les tensions croissantes à l’approche des échéances électorales. La HACA, l’organe régulateur du paysage audiovisuel, décidera si la vidéo incriminée constitue effectivement une violation des règles d’équilibre et de neutralité imposées aux médias publics.

Les partis MP, PML et PDN forment une nouvelle coalition politique

Le Mouvement populaire (MP), le Parti marocain libre (PML) et le Parti démocratique national (PDN) ont officialisé, jeudi 9 janvier à Rabat, la création d’un « Bloc populaire« .

Lors d’une conférence de presse, les secrétaires généraux des trois partis, Mohamed Ouzzine (MP), Isaac Charia (PML) et Khalid Bekkali (PDN), ont présenté les grandes lignes de leur action commune au sein de cette nouvelle coalition qui se veut comme une alternative « pour tous les Marocains ».

Ils ont présenté, par la même occasion, le projet d’une plateforme politique et affirmé que cette coalition reste ouverte à toutes les formations politiques désireuses d’en rejoindre les rangs.

La « dictature numérique »

Le projet de la plateforme du « Bloc populaire » commence par une sorte de diagnostic de la situation politique actuelle du Maroc. Une situation, selon les trois partis, marquée par « l’incapacité des acteurs politiques, syndicaux et institutionnels à accompagner le nouveau Maroc et ses dynamiques et changements économiques et sociaux ».

« La nature humaine ayant horreur du vide, il est devenu nécessaire de prendre l’initiative pour élaborer des solutions, redonner à l’action politique sa noblesse et à la médiation institutionnelle son effet positif dans un contexte politique et syndical marqué par l’éclatement et la lutte des positionnements aux dépens des principes », lit-on dans le projet de la plateforme du nouveau bloc.

Ce bloc pointe du doigt ce qu’il appelle « la hantise des nombres et des positions » mis en avant aux dépens de la production de politiques, du débat d’idées et de la concurrence politique sur la base de projets idéologiques.

La paix sociale et la justice économique

Dans le texte du projet de sa plateforme politique, le nouveau bloc décline les fondements de son action future. Il s’agit tout d’abord d’une union autour des constantes et des sacralités de la Nation, du renforcement de la paix sociale et de la justice économique, de l’équité territoriale et du développement équilibré, de la réforme des élites politiques et de la moralisation de la vie publique, de la défense de la famille et du renforcement de ses rôles sociaux, du renforcement du rôle de la femme… Le nouveau front dit prêter une attention particulière à certaines catégories de la société, dont les personnes en situation de handicap et les retraités.

En général, le nouveau bloc appelle à améliorer les politiques publiques à même de répondre aux aspirations des citoyens et sur les approches participatives susceptibles de consolider le consensus national autour des grandes causes et d’accélérer la cadence des réformes stratégiques.

Des commissions thématiques et des caravanes d’encadrement

Pour ce qui est de son plan d’action, le nouveau bloc prévoit la mise en place de commissions thématiques aux niveaux national, régional et sectoriels. Il invitera aussi à de larges débats à travers des rencontres nationales autour de questions économiques et sociales impliquant tous les acteurs, dont les Marocains du monde. Les trois partis comptent également s’investir de manière efficace dans la diplomatie parallèle pour défendre les causes du Royaume.

Au niveau législatif, les trois partis promettent d’apporter leur soutien aux initiatives législatives au sein du Parlement et des instances élues. Ils prévoient aussi le lancement de caravanes à travers le pays pour aller à la rencontre des citoyens et écouter leurs doléances.

 

Pourquoi le dépôt de la motion de censure envisagée par l’USFP n’a pas abouti (N.Benabdallah-M.Ouzzine)

Proposé en janvier par le Premier secrétaire de l’USFP pour pousser « le Chef du gouvernement à s’expliquer sur sa politique », le processus de dépôt d’une motion de censure par les quatre partis de l’opposition (USFP, PPS, MP et PJD) n’aura pas fait long feu et ne sera pas arrivé à son terme après des divergences apparues entre les leaders.

« La médiation du PPS n’a pas abouti »

Sollicité par Médias24 pour faire le point sur cette initiative, le secrétaire général du parti du livre, Nabil Benabdallah a confié avoir vainement essayé de rapprocher les points de vue des leaders de l’opposition (USFP-MP) lors d’une médiation du PPS tenue dans la soirée du dimanche 7 avril.

« Nous avons essayé de rapprocher nos points de vue pour maintenir une symbiose mais les annonces faites prématurément (par l’USFP) sans l’accord des 3 autres protagonistes et les divergences liées à la formation des futures instances de la Chambre des députés n’ont pas facilité la tâche », explique Benabdallah en ajoutant que le dépôt de la motion de censure a finalement été reporté sine die.

Le PJD s’est désolidarisé à cause de divergences avec la personne de Driss Lachgar

Sur le rejet de cette initiative exprimé samedi 6 avril par le PJD, le SG du PPS a déclaré que la coalition USFP-PPS-MP pouvait se passer du soutien de ce parti car son poids au parlement lui aurait permis de rassembler aisément le quorum nécessaire du cinquième des voix des 395 députés pour présenter la motion de censure.

« Au départ, nous espérions qu’il ferait partie de notre mouvement mais nous n’avons pas réussi à le rallier à cause d’un certain nombre de divergences liées aux personnes », révèle Nabil Benabdallah en rappelant que la direction du PJD avait déjà interdit à son groupe parlementaire de soutenir l’initiative du parti de la rose lors d’une réunion des 4 présidents de groupe tenue à la fin de mars.

En d’autres termes, le SG du parti de la lampe, Abdelilah Benkirane a refusé de rejoindre l’initiative de l’USFP à cause de son Premier secrétaire qu’il avait accusé d’être une des raisons pour laquelle, il n’avait pas pu composer un gouvernement après les élections législatives de 2016.

« Maintenir la pression sur le gouvernement en provoquant un électrochoc »

Et d’ajouter que malgré la tentative avortée de déposer une motion de censure dans le cadre d’une coalition USFP-PPS-MP, le plus important, selon Nabil Benabdallah, est que l’opposition puisse continuer à élever son niveau d’action face à « l’échec patent de l’expérience gouvernementale ».

« En réalité, l’essentiel est que nous puissions continuer à nous coordonner dans l’opposition avec tous ceux qui le voudront, y compris le PJD, pour pallier l’échec gouvernemental », souligne le secrétaire général du parti du livre qui ne veut pas relâcher la pression sur le gouvernement.

Sur l’efficacité de cette motion de censure qui n’avait aucune chance d’être adoptée sans une majorité absolue au Parlement, notre interlocuteur a expliqué que la coalition de l’opposition était consciente qu’elle ne pourrait jamais passer mais que ce qui importait vraiment dans cet acte politique était de « provoquer un électrochoc en montrant que ce gouvernement ne tenait pas la route ».

A la dernière question portant sur l’état actuel de l’opposition et sur ses perspectives, Nabil Benabdallah a affirmé que son parti multipliera ses efforts pour que la parole de l’opposition puisse porter à l’intérieur de l’enceinte parlementaire mais surtout dans la société marocaine.

« L’annonce prématurée de l’USFP a fait fuir le PJD »

Contacté à son tour pour expliquer les raisons de l’échec de cette initiative que le Mouvement populaire avait rejointe, son secrétaire général Mohamed Ouzzine a confirmé que l’annonce prématurée de l’USFP, le 27 janvier dernier, de déposer une motion de censure sans aviser ses partenaires de l’opposition n’avait pas été du goût de la direction du PJD qui n’a pas souhaité qu’on lui force la main.

« En réalité, nous avons tous contesté cette démarche car c’est une décision politique forte qui nécessite d’être soumise à l’avis de toutes nos instances respectives avant d’y adhérer », estime Ouzzine en précisant que son parti a fini par se rallier à l’initiative de l’USFP car malgré le rejet du PJD, le quorum constitutionnel nécessaire était atteignable même en l’absence du parti de la lampe.

« Les raisons qui ont poussé le MP à reporter l’initiative de l’USFP »

Sur les raisons du report du dépôt commun de la motion de censure, le leader du MP explique que son parti a jugé nécessaire de patienter à cause de la concomitance de la déclaration à mi-mandat du chef de gouvernement qui aura lieu le 17 avril, et la réélection des instances au niveau du parlement.

« De plus, il y a eu un nouveau facteur de désaccord avec l’USFP quand nous avons appris que ce parti briguait la présidence de la commission de la justice et législation qui est présidée par le MP », dénonce Ouzzine en affirmant que « son ami Driss Lachgar » n’a pas démenti son intention de chambouler l’attribution des présidences de commission au sein des groupes de l’opposition.

Et de conclure que cet obstacle moral dans une coordination fraîchement consentie l’avait poussé à contacter le Premier secrétaire du parti de la rose pour convenir de laisser mûrir son initiative …

Précisons que toutes nos tentatives de joindre un membre de l’USFP ou du PJD n’ont pas abouti.

Mohamed Ouzzine : « Nous avons hâte de jouer un rôle de leadership, car le MP a rompu avec l’ère des seconds rôles »

Conservateur, libéral, islamiste, populiste…, les qualificatifs accolés par les politologues à Mohamed Ouzzine ne manquent pas et sont d’ailleurs très souvent contradictoires. Après avoir sondé le secrétaire général du PPS sur son désir de rassembler la gauche pour les prochaines législatives, notre rédaction donne la parole à ce membre de l’opposition qui se fait notamment remarquer pour ses sorties à l’étranger qui défendent la cause nationale ainsi que ses interventions passionnées au Parlement.

Médias24 : C’est quoi l’identité et l’idéologie du Mouvement populaire aujourd’hui ?

Mohamed Ouzzine: Tout d’abord, je voudrais souligner que la question de l’identité et de l’idéologie ne se pose plus aujourd’hui comme elle l’était par le passé, et ce constat n’est pas seulement valable au Maroc mais aussi dans le monde entier.

Après la chute du mur de Berlin, la polarisation qui caractérisait le monde après la Seconde Guerre mondiale s’est effondrée, ce qui a incité certains à parler de la fin de l’idéologie.

Est-ce vrai ?

A mon avis, et c’est ce que j’estime être le plus vraisemblable, l’échec de certains modèles qui ont adopté le communisme ne signifie pas que le communisme est mort.

Il en est de même de certains modèles ayant adopté des orientations libérales qui n’ont pas nécessairement réussi.

En raison de la prise de conscience croissante des peuples, la politique a été contrainte de faire preuve de pragmatisme afin de pouvoir répondre aux aspirations des peuples et au déterminisme du développement.

Cette introduction était nécessaire avant de répondre à votre question concernant l’identité et l’idéologie du Mouvement Populaire qui nous renvoie au contexte et au référentiel de la fondation du parti.

Notre parti a été fondé dans le contexte des premières années de l’indépendance du Maroc, lorsque la tendance dominante dans les pays nouvellement indépendants était celle qui s’inspirait de la pensée socialiste et communiste ou de celle du panarabisme, ce qui a d’ailleurs souvent abouti à la consécration de régimes totalitaires et militaires qui ont évincé la liberté et la démocratie.

Ayant pris conscience très tôt du danger du système du parti unique, les pères fondateurs de notre parti étaient par conséquent déterminés à jeter les bases de la liberté et du pluralisme dans le cadre d’une monarchie tirant sa légitimité religieuse de son lignage noble et de la légitimité historique de sa direction a été en mesure, grâce a la révolution du Roi et du peuple, d’arracher l’indépendance et de se libérer du joug du protectorat.

Ainsi, le référentiel idéologique adopté par les fondateurs du Mouvement Populaire a été et restera un référentiel issu du sol marocain et des valeurs spirituelles et culturelles héritées tout au long de plusieurs siècles.

Ce référentiel n’est ni orientaliste ni occidentaliste, mais plutôt marocain qu’on appelle Tamaghrabite.

Quelles sont les valeurs et la ligne politique que vous défendez ?

-C’est le même référentiel évoqué précédemment qui définit nos valeurs et notre orientation politique.

A savoir jeter les bases d’un Maroc fort, cohésif et solidaire, un Maroc ouvert au développement et à la modernité, capitalisant sur les acquis de l’humanité en matière de science, de technologie, de communication et de complémentarité et attaché aux affluents de son identité islamique-amazighe-arabe-africaine-méditerranéenne-hébreu, authentique et ancrée dans l’histoire, comme fondements authentiques et composantes essentielles de la personnalité nationale.

Contrairement à ce que certains tentent de promouvoir, être un notable n’a rien de péjoratif

-Partant de ce que vous venez de dire, qui sont les électeurs du Mouvement populaire ?

– Ce sont des Marocains de toutes les couches, zones et spectres, car le MP qui n’a pas été fondé sur la base de critères ethnique, régional ou lié à la classe sociale, est le parti de tous les Marocains.

Compte-tenu du contexte de sa fondation, le parti a pu,  dans le passé, être considéré comme un parti du monde rural et de la catégorie des notables.

Cela dit, contrairement à ce que certains tentent de promouvoir, être un notable n’a rien de péjoratif, car les notables ont toujours joui d’un statut symbolique au sein de leurs tribus et leur parole était très écoutée, quand il s’agissait de résoudre des conflits ou des différends entre les membres de la tribu.

En réalité, l’accélération des transformations que la société marocaine a enregistrées, ainsi que le transfert des problèmes du village vers la ville en raison de l’exode rural, sont autant de facteurs qui ont contribué au changement des masses électorales.

C’est ainsi que le parti du Mouvement Populaire a commencé à remporter de nouvelles voix dans les villes et les métropoles, qui étaient autrefois l’apanage de partis d’élites.

C’était avant la naissance de nouveaux partis qui puisaient dans les mêmes bastions du Mouvement Populaire et tirer profit de leur fraîcheur pour rivaliser avec lui localement.

A titre d’exemple, je rappelle les expériences de notre parti qui a géré de grandes villes comme Rabat et Salé lors de la première expérience de l’unité de la ville.

La tendance est fortement basée sur le renouvellement et le rajeunissement des élites, comme le montre la composition actuelle du bureau politique de notre parti.

Y-a-t-il des jeunes qui votent pour le MP et avez-vous l’ambition de rajeunir ses rangs ?

-Comme je l’ai affirmé précédemment, la pensée harakie est répandue parmi toutes les catégories et générations, en particulier chez les jeunes.

Ces derniers ont en effet trouvé dans le parti un espace ouvert qui leur permet de développer leur personnalité, de s’émanciper politiquement et d’accéder à des responsabilités en un temps court à condition de disposer des compétences requises.

Personnellement, même si j’ai dépassé le stade de la jeunesse, je conserve encore l’énergie et la volonté des jeunes et je tiens toujours à les côtoyer de près.

C’est pourquoi la tendance est fortement basée sur le renouvellement et le rajeunissement des élites, comme le montre la composition actuelle du bureau politique de notre parti.

Je travaille avec une équipe proche dont la plupart des membres sont des jeunes; s’ils ne le sont pas au regard de leur âge, ils le sont au vu de leurs pensée vivace, enthousiasme, vitalité et convictions.

Nous considérons que la reconnaissance de nos idées est une victoire et une justice rendue à la pensée harakie

-Avec un paysage politique balkanisé qui compte près de 30 partis, y-a-t-il encore de la place pour un « petit » parti comme le MP ?

-Premièrement, j’émets de fortes réserves et je m’oppose au fait de qualifier le premier parti fondé au Maroc au lendemain de l’Indépendance de « petit parti ».

Ce type de classification est irrecevable si nous prenons en considération la nature du paysage politique national, voire les lois électorales et les méthodes utilisées lors des élections qui ont gravement porté atteinte au principe de la compétition loyale et ont eu pour conséquence de décimer toute concurrence sur les programmes et les idées.

Nos idées ont toujours eu un grand impact et ont d’ailleurs été adoptées aujourd’hui par ceux qui les combattaient hier.

J’en veux pour preuve le fait qu’elles sont désormais constitutionnalisées.

Ainsi, il me suffit de rappeler aujourd’hui que le Mouvement Populaire a été à l’origine de la promulgation du dahir sur les libertés publiques, dont jouit tout le monde aujourd’hui.

Un dahir qui plaidait en faveur de la régionalisation et qui avait été taxé à l’époque d’être ethnique et régional alors qu’aujourd’hui cette notion est devenue une option constitutionnelle.

Nous avons défendu le monde rural, et aujourd’hui le monde rural jouit de droits constitutionnels grâce à la régionalisation avancée.

Quand nous défendons notre identité, à savoir la langue amazighe, nous étions traités d’ethnicistes et de racistes.

Alors qu’aujourd’hui, tout le monde a adopté cette composante identitaire authentique, qui jouit désormais de droits constitutionnels.

Nous avons appelé à une relecture de l’histoire du Maroc à travers l’institution du Nouvel An Amazigh comme fête nationale et jour férié officiel.

Certains se moquaient de nous, jusqu’à ce que la Décision Royale intervienne et mette fin à toutes les surenchères qui ignorent l’histoire du Maroc sur cette question.

Nous considérons que la reconnaissance de nos idées est donc une victoire et une justice rendue à la pensée harakie.

Notre problème est que nos idées sont importantes, mais que la manière avec laquelle nous les avons promues était peut-être caractérisée par certaines carences qui s’expliquent par la faiblesse de nos médias.

J’estime qu’il serait objectif de ne pas se limiter, dans la classification des partis, au critère de la majorité numérique, mais de s’appuyer aussi sur les projets sociétaux, les alternatives et les idées produits par les partis

Surtout si l’on tient compte de l’atmosphère dans laquelle se sont déroulées les élections du 08 septembre 2021.

Vous avez également évoqué le phénomène de balkanisation des partis qui mérite une analyse sereine pour en relever les causes et s’interroger à qui en incombe la responsabilité.

Est-ce les lois régissant les partis ou les partis politiques eux-mêmes, dont certains ont connu des scissions successives qui ont donné naissance à des partis dont la plupart ne sont pas présents sur la scène politique et dont la création n’était motivée que par une lutte sur le leadership.

A ce propos, nous ne nions pas que le parti du Mouvement Populaire a également connu des scissions, mais le fait de faire prévaloir la sagesse et d’œuvrer pour parvenir à une véritable polarisation ont été à l’origine de la décision courageuse de fusionner en 2006 les trois partis à savoir le Mouvement Populaire, le Mouvement National Populaire et l’Union Démocratique.

Si cette décision a valu aux composantes de la famille harakie de perdre certaines positions électorales, nous estimons que c’était le prix à payer pour débarrasser la scène politique de la balkanisation.

Le problème ne réside pas dans la langue ou dans son alphabet, mais plutôt dans l’existence ou non d’une véritable volonté politique du gouvernement de mettre en œuvre le caractère officiel de la langue amazighe dans tous les aspects de la vie publique.

Sachant que vous privilégiez l’amazighité, peut-on en déduire que le MP est un parti ethnique ?

-Nous avons été pionniers quand il s’agissait de défendre la langue et la culture amazighes, non pas au motif que nous sommes un parti régional, un qualificatif que certains tentent de nous coller, mais plutôt parce que nous étions conscients que la force du Maroc réside dans la consécration de son identité plurielle, riche de ses multiples affluents.

Nous avons beaucoup souffert de ce choix, avant que l’histoire ne nous rende justice et que tout le monde adopte la cause de la langue amazighe, même ceux qui jusqu’à récemment y étaient hostiles.

Aujourd’hui, tout le monde est conscient que notre traitement de la question amazighe n’a jamais été fondé sur des considérations raciales et ethniques, car les Marocains forment un seul peuple uni autour des constantes nationales et spirituelles et des valeurs de « Tamaghrabite ».

Est-ce que la culture berbère est en opposition avec le panarabisme défendu par des partis à référentiel islamiste ?

-C’est une autre tentative d’altérer la réalité car les Amazighs n’ont jamais été hostiles à la langue arabe.

Pour eux, c’est la langue du Saint Coran qui est la voix de la religion à laquelle ils croient tous.

D’ailleurs, l’histoire et la réalité confirment ce fait à travers les écoles de mémorisation du Coran répandues dans la région du Souss et les œuvres de feu Mohamed Al Mokhtar Soussi qui sont la preuve éclatante que les premiers à avoir préservé et préservent encore la langue arabe sont les Amazighs.

C’est pourquoi, au sein du Mouvement Populaire, nous défendons la langue amazighe et l’activation de la mise en œuvre de son caractère officiel conformément à la constitution.

Dans le même temps, nous défendons la langue arabe officielle, qui a aussi été marginalisée ou absente dans un grand nombre d’administrations marocaines au profit de la langue française.

En d’autres termes, nous défendons l’identité marocaine qui est un trait de caractère du Mouvement Populaire que nous œuvrerons à mettre davantage en valeur.

Pensez-vous possible de généraliser l’usage de cette langue aux 37 millions de marocains ?

-Votre question prend la forme d’un défi, mais c’est un pari qui peut être relevé, car la langue amazighe n’est pas une langue surannée.

En effet, elle est répandue dans de nombreuses régions et un grand nombre de Marocains sont amazighophones.

C’est aussi la langue de prédilection des poètes et des artistes pour créer, ainsi que la langue de production de films cinématographiques et télévisuels et de programmes dans tous les domaines.

Le problème ne réside pas dans la langue ou dans son alphabet, mais plutôt dans l’existence ou non d’une véritable volonté politique du gouvernement de mettre en œuvre le caractère officiel de la langue amazighe dans tous les aspects de la vie publique.

Je suis certain que s’il existe une volonté politique et des ressources financières, humaines et pédagogiques mobilisées, l’amazigh se répandra non seulement parmi les 37 millions de Marocains, mais attirera aussi de nombreuses personnes qui veulent l’apprendre dans d’autres pays.

-En quoi le MP de Mohamed Ouzzine est différent de celui de Ssi Laenser ?

-Les êtres humains ne peuvent pas être reproduits ou clonés et sachant que l’on dit que « le style c’est l’homme », chaque période a donc son contexte, ses particularités et ses nécessités qui dépassent l’individu.

Ainsi, la lecture de la transition à la tête du parti entre la période de Ssi Mohand Laenser et celle de Mohammed Ouzzine, ne doit pas se baser sur la comparaison, car il s’agit de renouvellement dans le cadre de la continuité.

Par conséquent, le parti de Ouzzine n’est pas parti de rien, mais a accumulé un capital sur plus de 60 ans, marqué par l’empreinte de Monsieur Laenser, tout comme celle du regretté Mahjoubi Aherdane.

Je ne vais pas me juger et je laisse cela à vous et aux autres, mais en ce qui concerne Ssi Laenser, je peux dire que c’est un homme d’État connu par ses positions modérées et équilibrées!

Il restera donc pour moi et pour tous les militants du MP une référence incontestable.

Dans le passé les Marocains étaient « gouvernophiles » alors qu’aujourd’hui ils sont devenus « gouvernophobes » en raison de ce qu’ils pensent être une « inaptocracie » manifeste.

Sachant que votre parti n’a jamais été en position de mener une coalition gouvernementale, vers quelle formation politique importante (RNI, PI ou PAM) vous sentez-vous le plus proche ?

-Je rappelle une fois de plus que le système électoral, voire la nature du paysage politique au Maroc, ne permettent pas à un parti défini d’obtenir une majorité absolue qui lui permettrait de former un gouvernement à lui seul comme il le souhaite.

De même, l’amplification du phénomène de l’abstentionnisme aux élections, l’utilisation de l’argent et les promesses farfelues pour gagner les voix de catégories souffrant de pauvreté et de vulnérabilité sont autant de facteurs qui travestissent la réalité de la carte politique.

Au Mouvement Populaire, nous n’en avons pas les moyens et nous ne voulons nullement recourir à ce genre de méthode pour remporter des votes.

Notre parti n’a jamais été aux commandes d’une expérience de la gestion gouvernementale, mais nous avons souvent participé à des alliances sur la base d’un accord sur un seuil minimum commun avec nos alliés, sachant que le système électoral ne permet pas la conclusion d’alliances préalables.

Ainsi, nous constatons qu’on tente souvent de s’assurer une majorité numérique dans laquelle se retrouvent les libéraux, les socialistes, les communistes et les islamistes.

C’est pourquoi et sur cette base que nous sommes proches de tout le monde, car nous sommes un parti modéré.

-Que pensez-vous du gouvernement actuel ?

Je ne vais pas me lancer dans la psychologie de l’exécutif, je ne suis pas habilité à le faire.

Mais une chose est sure, dans le passé les marocains étaient « gouvernophiles » alors qu’aujourd’hui ils sont devenus « gouvernophobes » en raison de ce qu’ils pensent être une « inaptocracie » manifeste.

Si nous n’avons pas le moindre doute sur leurs bonnes intentions, on doute par contre de leurs compétences pour honorer leurs engagements .

Et pour cause, c’est un gouvernement qui se veut celui des compétences mais qui cache bien ses compétences

De plus on ne peut pas dire qu’ils soient volubiles en termes de communication.

Nous sommes face à un gouvernement qui multiplie atermoiements, procrastination, tergiversation et n’arrive pas à donner le la face à la spirale inflationniste qui entraîne des dégâts collatéraux à l’image des hausses des prix qui ont un impact brutal sur le pouvoir d’achat des Marocains

Abandonnés à leur sort, les Marocains n’ont plus d’emprise sur leur destin face à cette démission gouvernementale.

Certes des mesures sont parfois prises mais le plus souvent sont anecdotiques et sans impact réel sur la vie des citoyens.

D’ailleurs pourquoi me posez-vous cette question alors que vous avez déjà la réponse puisque la discussion quotidienne des foyers marocains porte surtout sur la hausse des prix et l’absence de réponse gouvernementale.

J’ai hâte de voir, par exemple, le chef d’un parti de la majorité venir défendre le programme gouvernemental face au chef d’un parti de l’opposition.

A part vous opposer aux partis de la majorité, quelles seraient vos priorités si vous étiez au pouvoir ?

-A supposer que nous parvenions à la gestion des affaires publiques en tant que parti en tête ayant la capacité de peser sur une coalition, j’estime que la priorité des priorités pour nous serait de réhabiliter l’action politique et de hisser le niveau de confiance dans la politique.

A travers l’adoption d’un discours clair et d’un programme précis et réaliste, loin du langage des promesses vaines.

Contrairement à certains hommes politiques de premier plan qui disent une chose et font son contraire avec des promesses jamais tenues, nous serons francs avec les Marocains.

Nous présenterons des programmes réalisables basés sur des études socio-économiques réalistes avec des sources de financement claires et des délais de réalisation précis.

Nous n’afficherons pas des chiffres au cours des campagnes électorales, mais nous mènerons plutôt des réformes fondamentales de nature à augmenter les chiffres et à leur donner une véritable valeur.

Nous espérons que l’efficacité de cette approche sera perçue par les citoyens pour ne plus être attirés et trompés par des chiffres faux et lénifiants, et afin de ne pas reproduire la même expérience que celle que nous vivons aujourd’hui.

C’est pour nous l’unique voie politique vers le succès d’autant plus que nous veillerons également à tirer profit des véritables compétences nationales pour faire face aux différents défis et enjeux.

Comptez-vous rejoindre l’association en cours du PPS et de l’USFP qui veulent proposer une alternance au gouvernement actuel aux prochaines élections ?

-Je me dois de rappeler que nous avons organisé une rencontre de coordination avec les frères du PPS avant leur rencontre avec la direction de l’USFP.

Après cette rencontre, il s’est avéré que cette coordination, chancelante au début, commence à faire son chemin.

Mais des échanges intenses ont aussi lieu avec d’autres partis de l’opposition y compris le PJS, qui partagent notre mécontentement de la situation politique actuelle.

-Justement, seriez-vous prêts à gouverner à nouveau avec le PJD ?

-Nous avons déjà participé à deux gouvernements qui étaient dirigés par ce parti et nous étions d’accord sur des questions et en désaccord sur d’autres.

Je ne vois par conséquent aucune objection à rééditer l’expérience si les conditions sont réunies et si nous sommes d’accord sur un seuil minimum commun.

Nous avons hâte de jouer des rôles de leadership car le Mouvement Populaire, a rompu avec l’ère des petits rôles. Pour nous, c’est une question d’être ou de ne pas être.

Vous considérez-vous comme un parti d’appoint ou pensez-vous pouvoir réunir suffisamment d’élus aux prochaines élections pour diriger un gouvernement ?

-Nous ne réduisons pas l’ambition de notre parti à la direction du gouvernement car notre priorité est plutôt de restaurer la confiance dans l’action politique et d’assumer notre rôle de parti national honnête et sérieux dans l’encadrement des citoyens, dans la sensibilisation et le renforcement de l’esprit de citoyenneté chez eux.

Aujourd’hui, nous sommes face à un grand défi.

Notre discours est entendu, nos positions sont sincères et audacieuses et notre parti est ouvert aux potentialités et compétences nationales.

Notre réussite demeurera cependant tributaire de notre capacité à assurer une forte organisation et à mobiliser la catégorie silencieuse et insatisfaite des conditions d’aujourd’hui conformément à ce que leur offrira notre projet sociétal et notre vision du Maroc de demain.

Nous sommes pleinement convaincus que nous réussirons à gagner ce pari.

Comment voyez-vous le MP pour les prochaines élections législatives et dans 10 ans ?

-Nous avons hâte de jouer des rôles de leadership car le Mouvement Populaire, a rompu avec l’ère des petits rôles.

Pour nous, c’est une question d’être ou de ne pas être.

Aujourd’hui, nous travaillons donc en silence.

Nous restructurons, renouvelons, recrutons et mobilisons avec une nouvelle organisation des femmes, une nouvelle jeunesse, une nouvelle instance d’avocats, une nouvelle alliance d’ingénieurs, un nouveau forum des cadres et nous lancerons bientôt une instance de médecins et de pharmaciens ainsi que de professionnels.

Pour cela, nous entamerons bientôt un programme de sorties régionales pour faire en sorte qu’une nouvelle dynamique puisse caractériser un nouveau Mouvement Populaire.

Sans vouloir se livrer à des spéculations chiffrées sur nos intentions, notre ambition est grande, croyez-moi…

Quel est votre projet de société pour le Maroc ?

-Nous sommes en train d’élaborer un projet sociétal que nous présenterons à la fin de cette année pour savoir de quelle société nous voulons à l’horizon 2050.

Nous ne voulons pas seulement investir dans l’élaboration d’une plateforme politique pour les besoins des élections qui sont un horizon et un plafond limité.

Aujourd’hui, nous voulons que les partis rivalisent non pas par leurs programmes électoraux, mais par leurs projets sociétaux, qui devraient être au centre de débats entre les chefs des partis, dont plusieurs fuient le débat public.

A ce propos, je reçois de nombreuses invitations à des émissions télévisées en tant que chef de parti.

Mais les interlocuteurs proposés sont toujours des parlementaires ou des membres des équipes dirigeantes des partis.

Si cela n’enlève rien à leur valeur ou à leur compétence, les Marocains ont le droit de suivre des débats entre des chefs de partis.

J’ai hâte de voir, par exemple, le chef d’un parti de la majorité venir défendre le programme gouvernemental face au chef d’un parti de l’opposition.

Mais malheureusement, ils préfèrent se cacher et c’est selon moi ce qui explique la faiblesse de nos acteurs politiques qui accèdent à la responsabilité sans l’assumer pour autant.

A ce propos, que pensez-vous de la réforme de la Moudawana ?

-La réforme et l’amendement du code de la famille est une chose ordinaire et inévitable, car dictée par la loi de l’évolution.

Deux décennies après la publication de ce code en 2004, et comme indiqué dans le discours du Trône de 2022, il est devenu nécessaire d’évaluer l’expérience de 20 ans de sa mise en œuvre.

Afin d’en identifier les dysfonctionnements et les lacunes et œuvrer ainsi, selon une approche participative, à l’élaboration d’un nouveau code de la famille qui prenne en compte, d’une part, les dispositions de la Constitution mais aussi les évolutions survenues dans la structure familiale, tout en se conformant aux engagements internationaux du Maroc.

Avez-vous des propositions concrètes pour faire avancer ce dossier ?

-Nous avons soumis à la commission chargée de superviser la réforme et l’amendement du code de la famille un mémorandum détaillé qui comprend des propositions d’amendement conformes à nos convictions de parti ouvert.

Il appelle à l’harmonie entre le sacré et la modernité à travers la consécration d’une jurisprudence qui ne contredise pas les textes coraniques formels tout en mettant à profit la religion au service des femmes et des hommes ainsi que l’intérêt suprême de l’enfant qui doit être pris en compte.

Je suis certain que grâce à l’esprit de consensus et à la vision sage et perspicace de Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine qui est le Commandeur des Croyants, le Maroc réussira ce chantier social visant à consacrer la cohésion familiale comme base de la cohésion et de la stabilité sociétales.

Quelle est votre position sur l’instauration d’une loi sur l’enrichissement personnel ?

-Le retrait par le gouvernement du projet de loi sur l’enrichissement légitime a provoqué une grande polémique en raison des mauvaises interprétations et des surenchères.

Selon moi, il suffit de clarifier le sens et les objectifs de ce projet de loi afin de mettre en oeuvre, le cas échéant, une loi incriminant l’enrichissement illicite.

Sachant que vous préconisez la transparence et la reddition des comptes, avez-vous fait votre déclaration de patrimoine ?

-Pour vous répondre, je vous renvoie à la réponse du philosophe grec Socrate après qu’il ait été condamné à mort en buvant du poison et la tentative de certains de ses disciples de l’aider à fuir.

Il leur a dit « Les lois doivent être respectées même si elles sont injustes ».

Bien sûr que je pratique la politique dans le respect des lois en vigueur, et que j’ai fait ce que j’avais à faire en matière de déclaration de mon patrimoine afin de respecter la loi en vigueur.

-Quelles sont vos sources de revenus en dehors de votre siège de député ?

-Je n’ai pas d’autre revenu que les indemnités relatives à ma fonction représentative.

En effet, je ne suis pas un homme d’affaires et je ne possède pas des sociétés, des fermes ou des carrières.

Pour être franc avec vous et au risque de vous choquer, je pense que quiconque intègre le monde politique ou assume des responsabilités sans être un homme d’affaires, un investisseur ou un héritier et devint subitement propriétaire de biens (villas, appartements…) en montrant des signes ostentatoires de richesse doit automatiquement faire l’objet de suspicion et soulever plusieurs interrogations voire une enquête.

Pour en revenir à ma personne, vous pouvez passer en revue mon expérience : Sachant que j’ai occupé plusieurs fonctions gouvernementales et représentatives et que ma femme est directrice centrale, aujourd’hui notre seul bien, malgré nos postes de responsabilité, est un appartement dont nous remboursons toujours la dette en payant des mensualités.

Je sais que ça va vous choquer, mais si vous êtes propre, c’est tout ce que vous pouvez accomplir.

– Très suivies, vos interventions à l’étranger autour de la cause nationale vous valent le qualificatif de populiste sympathique, mais qui est vraiment Mohamed Ouzzine ?

-Mohamed Ouzzine est le fils du peuple qui a grandi, a étudié et été élevé au sein du peuple.

Il a fait ses études à l’école publique et acquis le cachet de Tamaghrabite au gré de ses chicaneries dans les quartiers populaires ainsi que la fermeté dans ses positions de la montagne dont il est natif.

Mohamed Ouzzine croit en la nécessité pour les jeunes d’exercer la politique afin que celle-ci ne soit pas exercée contre eux.

Mohamed Ouzzine est venu des marges vers le centre pour servir et faire entendre la voix de ceux qui sont dans les marges.

Quant à mes sorties médiatiques pour défendre la patrie et ses constantes, croyez-moi c’est la passion qui me fait parler .

C’est le langage du cœur qui me guide et me donne le courage de la franchise et la force de l’honnêteté.

Si c’est du populisme, alors je suis populiste et j’en suis fier!

Le Mouvement populaire entame sa mue et prépare son premier conseil national depuis l’élection d’Ouzzine

Après avoir renouvelé sa direction et porté Mohamed Ouzzine à sa tête, en tant que secrétaire général, le Mouvement populaire est en train de compléter ses structures. Le 4 février 2023, son conseil national tiendra sa première réunion après les élections de novembre dernier.

Dans les prochaines semaines, nous commencerons à mieux cerner la tournure que Mohamed Ouzzine veut impulser au sein du parti. Mais déjà, aussi bien dans ses interventions en tant que député que dans ses allocutions en tant que nouveau secrétaire général, Ouzzine donne un aperçu de ses intentions.

En résumé, il veut être plus dynamique, occuper davantage d’espace. En deux mots : exister, compter. Plus qu’avant en tous les cas. Il revendique, assume et surfe sur les facettes traditionnelles du parti, amazighité et ruralité d’abord. A cela, il ajoute une communication plus dynamique, plus offensive. Parfois, il intègre une dose de populisme et adopte une voix de stentor, comme s’il fallait parler fort pour se faire entendre. La tentation populiste est peut-être le gros changement qu’annonce l’ère Ouzzine.

Un parti conservateur et libéral à la fois

Conservateur sur le plan sociétal, libéral sur le plan économique, ce parti est inclassable selon les grilles traditionnelles. Il est porteur d’une génétique prestigieuse avec Abdelkrim Khatib et Mahjoubi Aherdane parmi ses anciens dirigeants. Il porte aussi le Maroc des racines amazighes et s’en fait le porte-flambeau.

Hormis cela, le MP a toujours été un parti d’appoint, présent dans de nombreux gouvernements. Son dernier score aux législatives de 2021 (28 sièges) est l’un des plus bas depuis 1997.

Depuis son élection à la tête du parti, Mohamed Ouzzine s’est lancé dans une opposition agressive. Lors de ses sorties, que ce soit au Parlement ou dans les médias, il n’hésite pas à utiliser un langage provocant, pas toujours justifié, qui risque de le mener sur le terrain glissant du populisme.

Le passage de flambeau avec Mohand Laenser s’est déroulé sans anicroche, dans un parti qui a déjà connu des scissions par le passé et qui reste fragilisé par des dissensions internes.

Mais Ouzzine, qui a besoin d’affirmer son leadership et de légitimer sa nouvelle fonction, n’hésite pas à s’attaquer au gouvernement sur tous les sujets qui se présentent.

De l’officialisation de l’amazighe au prix du carburant, en passant par le statut des enseignants ou encore la polémique sur le concours des avocats, l’ancien ministre de la Jeunesse et des sports ne manque pas une occasion de critiquer l’action ou l’inaction de l’exécutif. Il surfe généralement sur des sujets pertinents, chauds, d’actualité. Mais c’est au niveau de la forme et à travers certains de ses arguments que pointe la tentation populiste.

Un discours religieux, souvent inapproprié

Dans son discours au congrès du MP (vidéo ci-dessous), à l’occasion de son élection, Ouzzine avait annoncé que la culture amazighe et le monde rural resteraient le fer de lance du parti. C’est ce qu’il appelle la lutte contre la marginalisation ; une marginalisation culturelle pour l’amazighe et territoriale pour le monde rural. Des thématiques traditionnelles pour ce parti de centre droit.

A cela, il ajoute une dose de conservatisme, avec un discours religieux, souvent maladroit. Lors de cette allocution par exemple, en parlant de ses adversaires politiques, il n’hésite pas à mentionner des versets qui évoquent l’enfer.

Il annonce également regretter la crise de valeurs chez les jeunes, disant préférer un modernisme authentique à un modernisme exogène. Et de mentionner la culture marocaine et le concept de « Tamghrabit ». Du déjà vu.

A l’image d’autres hommes politiques, il n’hésite pas à surfer sur le nationalisme, si populaire de nos jours sur les réseaux sociaux. Pour cela, il rappelle régulièrement la présence des empires marocains en Andalousie, affirmant que cet héritage doit être considéré comme marocain et non pas andalou.

Surfant sur un certain opportunisme, Mohamed Ouzzine essaye de combler le vide laissé par le PJD sur la question identitaire, mais lui comme son parti en ont-ils vraiment la légitimité ? Le Mouvement populaire, aussi identitaire et conservateur soit-il sur le papier, s’appuie sur les notables, à l’instar d’autre partis marocains. L’idéologie ne sert souvent qu’à meubler les discours.

Les réformes du gouvernement en ligne de mire

Le Mouvement populaire d’Ouzzine réclame plus que jamais la fériérisation du jour de l’An amazigh. En cela, il trouve un moyen d’attaquer le chef du gouvernement qui a également fait de la question amazighe l’une de ses priorités.

Le nouveau secrétaire général du MP et actuel vice-président de la Chambre des représentants critique le budget de 200 millions de dirhams alloué à l’officialisation de la langue amazighe, affirmant que ce montant n’a pas eu d’effet sur le terrain. Selon lui, ce budget n’a servi qu’à financer des évènements comme celui de Khémisset, lors du lancement de projets liés à l’officialisation de l’amazighe dans l’administration.

Il remet en cause également l’accord passé entre les syndicats et le gouvernement sur le statut de l’enseignant, considérant que les enseignants des académies resteraient, d’après lui, désavantagés par rapport aux autres.

Ouzzine s’est montré particulièrement virulent également contre Ouahbi et le gouvernement sur l’affaire du concours des avocats. Autre dossier : la baisse des prix des carburants, qu’il continue de réclamer à la suite de la baisse du cours du pétrole brut.

Avec ces attaques répétitives et cette opposition farouche, Ouzzine est sans doute plus audible, mais il doit maintenant devenir crédible. Parviendra-t-il à se défaire de l’image ancrée dans la population, celle d’un responsable politique qui a failli à sa mission à la tête du département de la Jeunesse et des sports ?

 

La densité territoriale du MP aux législatives 2021

Pour mieux comprendre et visualiser les résultats des élections législatives et communales du 8 septembre 2021, Médias24 a élaboré des cartes détaillées pour chacun des principaux partis, circonscription par circonscription.

Ces cartes se fondent sur les résultats officiels en nombre de voix, rendus publics par le ministère de l’Intérieur. On peut ainsi noter la densité de la représentativité de chaque parti dans chacune des circonscriptions. Plus la couleur est sombre dans la circonscription, mieux le parti est représenté en termes de voix.

Cette cartographie permet de se faire une idée de la popularité géographique, ou du moins de la réussite de chaque parti, selon le territoire. Aussi peut-on observer si des partis sont davantage présents dans certaines régions, ou s’ils sont différemment représentés dans le monde rural par rapport aux zones urbaines.

Lorsque vous survolez les cartes, les principaux indicateurs s’affichent.
Lorsque vous cliquez sur la province, vous obtenez une comparaison détaillée avec 2016.

MP : Laenser ne rempile pas, Hassad pas intéressé, Ouzzine et Moubdii favoris

Après des décennies de leadership sous la férule de Mohand Laenser, le Mouvement populaire (MP) s’apprête à organiser son 14e congrès qui sera celui de l’alternance attendue depuis… 1986 !

« A l’issue du prochain congrès, je redeviendrai un simple militant de base » (M. Laenser)

D’un ton sans équivoque, le secrétaire général sortant, âgé de 80 ans, exclut de se représenter à la tête de son parti en arguant que ses trois mandats précédents (sans compter les périodes sans congrès) étaient largement suffisants, mais qu’il resterait un militant haraki aux côtés des nouvelles générations.

Appelé à départager les candidats officieux à sa succession, Mohand Laenser se défend d’avoir un dauphin ou une préférence. Il ajoute qu’il faudra attendre que les mieux placés comme Mohamed Ouzzine et Mohamed Moubdii se déclarent officiellement pour que la commission préparatoire puisse valider le dépôt des dossiers de l’ensemble des candidats au secrétariat général du MP.

« Une rumeur totalement infondée qui perdure » (M. Hassad)

Sondé sur ses intentions, l’ancien ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad, déjà pressenti lors du 13e congrès de 2018 pour succéder à Mohand Laenser, dément « la rumeur infondée de son éventuelle candidature au leadership » du parti, dont il a rejoint les rangs en 2017.

Notre interlocuteur déclare sans ambiguïté qu’il faudrait le rayer définitivement de la liste. Il ajoute non sans humour que « chacun a sa vocation » et que la sienne ne consiste pas à devenir le prochain secrétaire général du Mouvement populaire.

« Je confirme ma candidature à la succession du secrétaire général sortant » (M. Ouzzine)

Plus volontariste, le membre du bureau politique Mohamed Ouzzine, qui avait exprimé le désir de succéder à Laenser lors du dernier congrès avant de se retirer pour lui céder le fauteuil de secrétaire général, nous a invité à patienter, car « si l’ambition est bien présente, la décision n’est pas encore actée officiellement ».

Devant notre insistance, Ouzzine a confirmé son intention de se présenter.

S’affirmant démocrate, l’ex-ministre plaide pour un maximum de candidats harakis qui porteront un projet d’avenir, même si en réalité les favoris ne sont que deux, lui et l’actuel chef du groupe parlementaire.

« Je plaide pour une candidature unique » (M. Moubdii)

Interrogé enfin, Mohamed Moubdii nous a confirmé sa volonté de recueillir les suffrages des 3.000 congressistes qui se réuniront au plus tard fin septembre pour désigner leur prochain secrétaire général.

Tout en indiquant que sa seule priorité actuelle est de mettre en place les structures nécessaires à une bonne organisation du congrès (organigramme, commissions, logistique, assise politique, communication…), le parlementaire confie à titre personnel être favorable à une candidature unique, ou bien à un face-à-face avec le candidat Ouzzine.