Moncef Belkhayat : « Nous finirons l’année 2024 avec un milliard de dirhams levés en Equity »
À la veille d’une annonce importante, marquant un tournant pour le groupe H&S Invest Holding de la famille Belkhayat, Moncef Belkhyat revient pour Médias24 sur les principales réalisations de l’année, sa vision et sa stratégie de levée de fonds et de croissance.
Il annonce dans la foulée qu’en termes de levée de fonds, le groupe finira 2024 avec plus d’un milliard de dirhams en Private Equity.
Lors de cet échange téléphonique avec Moncef Belkhayat, qui se trouvait à Paris pour finaliser les détails d’un deal annoncé en début d’année, celui qui se décrit comme un « fundraiser » revient sur son parcours de business developper depuis 2007 et la différence de son business par rapport à d’autres confrères nationaux.
Une opération d’acquisition d’une compagnie de transport nationale, dotée d’une centaine de camions, est en cours
Médias24 : Nous avons eu vent que vous vous prépariez à une grande annonce ; pouvez-vous nous en dire davantage ?
Moncef Belkhayat : Malheureusement, c’est encore confidentiel pour le moment. Nous communiquerons officiellement dans les prochains jours.
– S’agit-il d’une nouvelle acquisition ou d’une levée de fonds ?
– C’est plutôt une nouvelle levée de fonds. Pour le moment, la seule acquisition qui sera annoncée prochainement, c’est celle d’une compagnie de transport nationale, dotée d’une centaine de camions, et qui se concrétisera bientôt.
Sinon, nous avons réalisé le closing de l’acquisition de Megaflex, signée il y a quelques mois.
– La levée de fonds que vous préparez concerne lequel de vos pôles ?
– C’est sur Dislog qui ouvre son capital à de nouveaux investisseurs nous permettant de financer notre développement.
– Pouvez-vous nous parler de votre stratégie d’acquisition, au-delà de la logistique ? Vous vous êtes intéressés à l’hygiène, la santé, l’asset-management, l’immobilier, la presse, etc.
– C’est très simple. Il y a une holding familiale de participation qui contrôle quatre pôles. C’est Dislog Group, Building Logistics, WB Africa et Kaya Immobilier. Chacun des pôles est géré par un président indépendant.

Dislog, c’est un développeur de marques. C’était à l’époque un distributeur, devenu un industriel, qui investit dans trois business : l’alimentaire, l’hygiène et la santé. Il s’agit de l’économie de la vie. C’est-à-dire qu’il y a 150 marques qu’on apporte au quotidien aux consommateurs.
Ensuite, il y a un deuxième pôle qu’est le pôle logistique, BLS. C’est un opérateur logistique end-to-end qui fait du transit, de l’entreposage et du transport.
– Donc vous disposez d’espaces d’entreposage ?
– Oui et cela crée de la synergie avec Dislog. Mais Dislog est un client parmi d’autres. D’ailleurs, on vient de signer avec d’autres opérateurs comme Lesieur, Transmed, et Imperial Tobacco.
– Parlez-nous de votre activité dans l’immobilier…
– On se lance à peine dans la promotion immobilière. Aujourd’hui on est sur 4 SPV, dont le total représente à peu près 25 hectares. Il y a 20 hectares en développement. Cela semble assez petit par rapport à l’ensemble parce que c’est naissant.
– Ce sont des terrains de la famille ?
– Non, ce sont des terrains qu’on a achetés à Marrakech et à Casablanca. Deux villes sur lesquelles il y a un développement.
L’inflation en Europe a ouvert une autoroute pour l’industrie marocaine
– Quelle valeur ajoutée est apportée au groupe par l’extension européenne que vous opérez ?
– D’abord, on ne tourne pas le dos au Maroc, puisque 85% de nos activités restent au Maroc. Aujourd’hui, on emploie 3.600 personnes dans le Royaume et seulement 150 en Europe.
En Europe, nous avons saisi l’opportunité d’acheter un distributeur européen, parce qu’on considère qu’on peut rendre service à beaucoup d’industries marocaines. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Europe, l’inflation des trois dernières années a fait grimper les prix de 40% à 50%, notamment sur les produits alimentaires. Elle a ouvert une autoroute pour l’industrie marocaine.
Donc, il leur faut un opérateur qui puisse agréger l’exportation industrielle marocaine et la placer en Europe, pour aider les entreprises marocaines à se développer en Europe.
– Mais quelle est la valeur ajoutée pour le groupe ?
– En fait, notre ambition est de devenir une multinationale mondiale. Nous avons démarré avec une opération à Singapour, où l’on est distributeur de Procter et Nestlé.
Nous avons actuellement des opérations dans neuf pays européens, et nous avons des visées pour aller et grandir en Amérique du Nord et en Afrique.
On veut être un champion national marocain, basé à Casablanca, qui opère dans les quatre continents et qui se développe partout dans le monde sur le secteur du FMCG (Fast Moving Consumer Goods) avec des marques marocaines.
Après vingt ans de travail et de croissance, je pense qu’il est temps aujourd’hui pour nous de grandir dans d’autres pays.
– Avez-vous réalisé les croissances espérées par rapport à vos objectifs de revenus ?
– Je vais vous donner des chiffres concrets. Nous avons fait 22% de croissance continue de notre chiffre d’affaires, year on year, sur les quinze dernières années.
Sur l’EBITDA, nous avons fait 27% de croissance, année après année, sur les quinze dernières année.
Donc notre groupe se porte très bien et avance vite parce qu’on a acheté, en dix-neuf ans d’expérience, 24 entreprises.
En 2024, nous avons levé un milliard de dirhams en Equity au sein de notre groupe
– Et par rapport au revenu, est-ce que vous avez réalisé votre objectif qui était d’atteindre 4,5 milliards de DH en 2024 ?
– Nous allons finir 2024 à 3,7 MMDH de chiffres d’affaires et à 450 MDH en EBITDA consolidé. L’objectif des 4,5 MMDH sera atteint en 2025.
– Donc, si on a bien compris, votre modèle, c’est de lever des fonds, mais en même temps, de faire du développement avec vos fonds propres. Est-ce bien cela ?
– Notre modèle, c’est d’ouvrir le capital à des fonds d’investissement. C’est ce qu’on a fait depuis 2007. En dix-sept ans, nous avons fait 12 opérations de Private Equity. Nous sommes le groupe privé marocain qui a fait le plus d’opérations de Private Equity. Puis on achète des entreprises dans trois métiers : l’alimentaire, la santé et l’hygiène.
– Et c’est quoi les ratios dette/Equity ?
– Généralement, c’est 40% fonds propres et 60% levées de dettes. La Private Equity nous permet de renforcer nos fonds propres, ce qui nous permet de lever plus de dette.
– Vous avez levé combien cette année ?
– En 2024, nous avons levé 1 MMDH en Equity au sein de notre groupe. Les annonces vont arriver à partir de la semaine prochaine. L’une après l’autre. Ce sont des investisseurs qui vont investir dans le capital, qui vont renforcer les fonds propres de nos sociétés par augmentation de capital pour pouvoir acheter des entreprises de premier ordre.
N’oubliez pas qu’on a acheté cette année CMB Plastique, Chef Sam, Megaflex, et on est en train de finaliser d’autres acquisitions. Tout cela coûte de l’argent, il faut bien le financer.
À partir de 2025, nous arrêtons le développement, et nous nous focaliserons sur la rentabilité. Notre périmètre ne bougera plus
– Diriez-vous que vous avez un modèle d’investissement particulier ?
– Oui. C’est ce que j’appelle le modèle « build and run ». Vous avez beaucoup d’opérateurs qui savent construire, développer. Beaucoup d’opérateurs savent gérer les opérations. Maintenant, gérer les opérations et en même temps construire et développer, c’est un peu plus compliqué.
– On a l’impression que cela suit aussi un peu la démarche de Mutandis, à qui vous avez d’ailleurs acheté une affaire…
– Mutandis est un confrère. Je pense qu’on peut être assimilé à Mutandis comme Mutandis peut être assimilé à nous, sauf qu’ils ont commencé avant avec beaucoup plus d’argent que nous. Nous avons commencé avec un capital de 1,5 MDH de la famille et on n’a pas levé les fonds d’épargne.
Le premier fonds d’investissement n’est rentré chez nous qu’en 2007, c’était Capital North Africa Venture Fund. Il avait mis à l’époque 30 MDH dans Dislog. Et il a tellement été bien remboursé, avec un bon TRI à deux chiffres [13%, ndlr] que Capital North Africa Venture 2 est entré à nouveau dans notre capital en 2014.
– Justement, vous aviez déclaré à Médias24 il y a quelques temps que vous alliez vous focaliser sur la rentabilité dans les prochaines années, alors qu’en ce moment, d’après ce que vous dites, vous avez encore de l’appétit plutôt pour le développement.
– Alors je vous réponds très clairement. À partir de 2025, nous arrêtons le développement, et nous nous focaliserons sur la rentabilité. Notre périmètre ne bougera plus.
Nous avons grandi, on arrête la croissance et le développement, on stabilise le périmètre, et on se concentre sur la rentabilité pour préparer nos échéances financières.
– Avez-vous beaucoup d’échéances financières ?
– Oui, il y a de la dette qu’on doit rembourser. Nous allons tester le marché sur de l’obligataire. Nous allons faire beaucoup de choses.
– Prévoyez-vous une levée obligataire en 2025 ?
– Non, je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’on est en train d’analyser nos options par rapport à cela.
– C’est une option par rapport à l’IPO aussi ?
– C’est une option parmi plusieurs. Comme cela peut être une étape, on verra. De toute façon, ce n’est pas encore fixé. Ce qui est fixé, par contre, c’est qu’on arrête le développement et on stabilise le périmètre.
– Vous qui vous définissez comme un « fundraiser », que comptez-vous faire alors ?
– (Rires) Je vais continuer à lever des fonds, mais cette fois-ci auprès de family offices, auprès d’institutionnels financiers, auprès de compagnies d’assurance. Donc je vais continuer mon métier. Mais à condition qu’on puisse toujours avoir les bons ratios financiers.
– Allez-vous réduire votre dette ?
– Exactement. Réduire la dette.
– La réduire relativement, pas en volume, on suppose ?
– Non. En volume, mais aussi de manière relative et absolue. Notre objectif est de ne jamais avoir de dettes supérieures à 3 fois notre EBITDA. Jamais !
– Et là vous en êtes à combien ?
– On y est. On est dans cet ordre.
– Mais avec ce qui vient, vous risquez d’exploser ce ratio…
– Pas du tout, parce que nous augmentons nos fonds propres grâce au milliard dont je vous ai parlé et qui sera en augmentation de capital.
Donc on grandit, mais dans le cadre d’équilibres financiers qui sont dans les normes de la profession.
– Par rapport à votre annonce de l’IPO, pensez-vous que vous allez la maintenir en 2025 comme déjà annoncé ?
– Non, je n’ai jamais donné de date. Je vais être très clair là-dessus. J’ai beaucoup de respect pour l’AMMC qui est l’Autorité marocaine des marchés. Et donc ce n’est pas à moi de déterminer la date de l’IPO, c’est à l’AMMC.
– Avez-vous déposé un dossier ?
– Non, nous n’avons pas encore déposé de dossier. Mais on le fera quand on jugera qu’il est temps de le faire. Et encore une fois, ce n’est pas à nous de dire à quelle date on va sortir, c’est à l’AMMC de nous dire si l’on est prêt ou pas encore.
Aujourd’hui, je considère que notre groupe est le champion de la création de valeur. Et par conséquent, j’interagis avec des investisseurs institutionnels, financiers et des family offices pour continuer à renforcer nos fonds propres, nos équilibres financiers et les opportunités de racheter des entreprises.