Cyber-escroquerie forcée au Myanmar : une forme de criminalité qui constitue une menace mondiale

Des dizaines de Marocains séquestrés au Myanmar. L’information semble invraisemblable. Cela dit, ces Marocains se sont bien retrouvés victimes de réseaux criminels spécialisés dans la traite d’êtres humains qui s’activent dans les zones frontalières du Myanmar.

Ils sont tombés entre les mains “d’une organisation criminelle qui profite des cyber-escroqueries et du trafic d’êtres humains, causant ainsi des souffrances à grande échelle. Ces réseaux criminels, engagés dans une campagne de terreur contre la population du Myanmar, touchent désormais les populations du monde entier”, déclare à Médias24 la porte-parole du mouvement activiste “Justice for Myanmar”, Yadanar Maung.

Également contactée par Médias24, l’équipe de “Cyber Scam Monitor” qui se focalise sur l’Asie du Sud-Est, indique avoir pris connaissance de la situation des Marocains détenus au Myanmar, sans avoir été contactée par eux directement.

Alertée par un proche d’une victime marocaine, Cyber Scam Monitor n’a pas pu obtenir la localisation exacte des ressortissants marocains séquestrés.

“Malheureusement, pour de nombreuses personnes, la seule façon de se sortir de l’arnaque est de payer la rançon. Certaines personnes peuvent se retirer si leur gouvernement exerce des pressions sur le gouvernement du Myanmar, mais cela reste un défi. La zone où sont détenus les Marocains est sous le contrôle de groupes armés alignés sur la junte militaire et, en réalité, largement administrée par ces groupes armés”, indique-t-on de même source.

La vitesse à laquelle s’étend cette forme de criminalité nécessite une coopération et une réponse internationale commune. C’est ce que démontrent les différents rapports d’organisations internationales. Ceux-ci rejoignent les constats de Justice for Myanmar qui se bat pour mettre en exergue les différentes formes de criminalité au Myanmar, notamment celles liées à la cyber-escroquerie forcée dont sont victimes des Marocains.

Si l’on entend à peine parler de ce phénomène, il n’est pourtant pas si nouveau. Il a été exacerbé par la pandémie et les situations précaires qui en ont découlé, facilitant la tâche aux criminels pour appâter des personnes dans le besoin.

En 2023, deux ans après les premières alertes, les organisations internationales ont commencé à s’activer davantage. Le haut-commissariat aux Droits de l’Homme (HCDH) a élaboré un rapport sur les “opérations d’arnaques et le trafic en ligne dans la criminalité forcée en Asie du Sud-Est”.

De son côté, Interpol a tiré la sonnette d’alarme et mené, la même année, une importante opération qui a révélé une expansion rapide de cette forme de criminalité.

Premières alertes en 2021

À travers son “document d’information”, le HCDH expose “les préoccupations en matière de droits humains soulevées depuis début 2021 suite à des opérations d’escroquerie en ligne (…)”.

“Les personnes victimes de trafic en ligne sont forcées à la criminalité et confrontées à des menaces (…). Elles sont soumises à la torture et à la cruauté, aux traitements inhumains et dégradants, aux détentions arbitraires, à la violence sexuelle, au travail forcé et autres formes d’exploitation du travail ainsi qu’une série d’autres violences et abus”.

Selon ce rapport, “les opérations d’escroquerie en ligne trouvent leur origine dans l’essor des casinos et les jeux en ligne dans la région de l’Asie du Sud-Est. Les jeux de hasard, en particulier les jeux en ligne, sont officiellement interdits à des degrés divers en Chine, au Cambodge, en Thaïlande et au Laos. Différents efforts ont été déployés depuis 2016 pour fermer de telles opérations dans la région, mais dans de nombreux cas, ces tentatives de lutte les ont simplement amenés à déménager et à s’adapter (…)”.

Le HCDH précise même qu’entre 2014 et 2019, le nombre de casinos en ligne au Cambodge a augmenté de 163 %, en passant de 57 en 2014 à 150 en 2019.

“Les escroqueries visant à arnaquer les gens ont également une longue histoire dans la région; des groupes criminels organisés s’activent dans les opérations d’escroquerie depuis plus d’une décennie, avec une forte augmentation observée depuis 2016”.

Au Myanmar, la criminalité s’est aggravée depuis le coup d’État en février 2021. Et la pandémie de Covid-19 y a également contribué. Selon le rapport du HCDH, la pandémie et les mesures de réponse associées ont eu un impact considérable sur les activités illicites dans la région.

Une pandémie fructueuse

“Les mesures de santé publique ont fermé les casinos dans de nombreux pays et en réponse, les exploitants de casinos ont déplacé leurs opérations vers des territoires moins réglementés et des marchés de plus en plus lucratifs sur l’espace en ligne”. Les groupes criminels se sont donc adaptés à la nouvelle situation, surtout que “l’escroquerie est une industrie rentable dans le monde entier”.

Selon les chiffres indiqués dans ledit rapport, “en 2021, les revenus provenant de l’escroquerie à l’échelle mondiale représentaient 7,8 milliards de dollars de cryptomonnaies volées”.

“En Asie du Sud-Est, des rapports suggèrent que les centres d’escroquerie génèrent des revenus s’élevant à des milliards de dollars américains”, indique le HCDH qui précise, par ailleurs, que “le nombre de victimes en ligne en Asie du Sud-Est est difficile à estimer en raison de sa nature clandestine”. Cela dit, “des sources crédibles indiquent qu’au moins 120.000 personnes à travers le Myanmar sont détenues dans des situations où elles sont contraintes d’effectuer des escroqueries en ligne”. Au Cambodge, il y a, “selon des estimations crédibles”, au moins 100.000 victimes de travail forcé.

“Certaines des victimes sont bien éduquées, parfois déjà en poste ou titulaires de diplômes d’études supérieures voire post-universitaires, maîtrisant l’informatique et multilingues”, précise le rapport qui relève un changement au niveau du profil des victimes ciblées.

Illustration de l’efficacité de la coopération

En 2023, une opération d’interpol nommée “Storm Makers II” a été menée du 16 au 20 octobre. Et ce, “après cinq mois de coordination d’enquêtes” à travers “plus de 270.000 inspections et contrôles de police”, effectuées dans “450 plaques tournantes de la traite d’êtres humains et du trafic de migrants”.

Les résultats de cette opération ont permis d’apporter un nouvel éclairage sur la “mondialisation des centres de cyber-escroqueries”.

Il convient de noter qu’en juin 2023, Interpol a publié une notice orange pour annoncer une alerte mondiale contre des escroqueries reposant sur la traite d’êtres humains ; précisément sur “le système qui consiste à enlever les victimes pour les forcer à travailler dans des centres d’escroquerie en ligne”. L’organisation a averti contre ce qui passait d’une “tendance criminelle régionale” à une “menace mondiale”.

Plus tard, en menant à bien l’opération Storm Makers II, Interpol a réussi à arrêter 281 personnes pour des infractions telles que la traite d’êtres humains, la falsification de passeports, la corruption, l’escroquerie aux télécommunications et l’exploitations sexuelle ; mais aussi de secourir 149 victimes de la traite d’êtres humains et d’ouvrir plus de 306 enquêtes dont beaucoup sont toujours en cours.

En Turquie seulement, 239 passeurs ont été arrêtés lors de l’opération Storm Makers II.

Selon Rosemary Nalubega, sous-directrice des Groupes vulnérables à Interpol, “le coût humain des centres de cyber-escroqueries ne cesse d’augmenter. Seule une action concentrée au niveau mondial peut réellement faire obstacle à la mondialisation de cette tendance criminelle. Si la plupart des cas demeurent concentrés en Asie du Sud-Est, l’opération Storm Makers II apporte à nouveau des preuves que ce mode opératoire s’étend, que des victimes proviennent d’autres continents et que de nouveaux centres de cyber-escroqueries voient le jour jusqu’en Amérique latine”.

LIRE AUSSI 

https://medias24.com/2024/05/29/apres-avoir-ete-sequestre-au-myanmar-un-rescape-marocain-raconte/

Marocains séquestrés au Myanmar : encore 18 ressortissants à libérer

« Après la libération d’une dizaine de personnes séquestrées, il en reste dix-huit. C’est le chiffre dont nous sommes sûrs », indique à Médias24 une source de l’ambassade du Maroc en Thaïlande concernant les ressortissants marocains séquestrés au Myanmar.

Les autorités marocaines « poursuivent leurs efforts et s’activent à tous les niveaux », ajoute notre source. Elle précise que ces efforts sont fournis auprès d’ »organisations internationales et d’associations, mais aussi des autorités et même de l’armée thaïlandaises ».

LIRE AUSSI 

https://medias24.com/2024/05/29/apres-avoir-ete-sequestre-au-myanmar-un-rescape-marocain-raconte/

Après avoir été séquestré au Myanmar, un rescapé marocain raconte

Le calvaire se passe au Myanmar, un pays en guerre qui partage ses frontières terrestres avec la Chine et la Thaïlande, entre autres. C’est cette dernière qui servira à la fois d’appât et de passage pour des ressortissants marocains, mais aussi d’autres étrangers rêvant d’une vie meilleure.

Ces personnes sont généralement “invitées” par des connaissances, voire des amis, qui leur proposent de faire “comme eux” et de s’installer en Thaïlande où une société leur versera un salaire important en contrepartie d’un travail légal.

Pour commencer, passage obligé par la Malaisie qui ne requiert pas de visa pour les Marocains. C’est là qu’ils obtiennent leur visa pour la Thaïlande. En tout cas, il en était ainsi au moment des faits. Car à partir du 1er juin 2024, les Marocains seront exemptés du visa pour la Thaïlande.

Ces Marocains se retrouvent finalement piégés, puisque la réalité ne correspond pas au rêve qu’on leur a vendu. Conduits contre leur gré au Myanmar, ils sont livrés à des groupes armés qui les séquestrent dans une sorte de forteresse bien gardée.

Ils sont alors forcés à commettre des arnaques. À défaut, ils sont torturés. C’est ce qu’a vécu ce Marocain de 22 ans qui, contacté par Médias24, décrit trois mois de séquestration vécus comme “90 ans de détention”.

Une offre de travail sur mesure

Tout commence en décembre 2023. Celui que nous appellerons “Hassan”, pour préserver son anonymat, réside à l’époque aux Émirats arabes unis. Il décide de se rendre en Thaïlande pour une nouvelle aventure professionnelle, après qu’un ami marocain rencontré aux Émirats lui a parlé de son expérience réussie dans cette contrée aux paysages époustouflants.

Cet “ami” indique travailler en Thaïlande pour une société chinoise opérant dans la cryptomonnaie. Il lui fait savoir que cette société recherche un graphic designer qui maîtrise l’anglais, en contrepartie d’un salaire alléchant.

Ça tombe bien, c’est son domaine d’activité. Et la langue ? Pas de problème ! Plus aucun obstacle pour entamer cette nouvelle aventure. Mais avant d’arriver en Thaïlande, il fait un arrêt en Malaisie. C’est au niveau de l’ambassade de Thaïlande qu’il dépose sa demande de visa. Aussitôt reçu, il décolle vers sa nouvelle vie.

Mais dès son arrivée, il remarque des comportements douteux. D’abord, il se fait escorter à l’aéroport. En fait, on ne le laisse pas se déplacer seul. Peut-être en raison du prestige de la société ? Après tout, c’est ce qui lui a été vendu par son “ami”. Donc rien d’alarmant jusque-là.

À sa sortie de l’aéroport, un chauffeur le récupère et roule en direction de la ville de Mae Sot. Ils s’y arrêtent et Hassan pense être enfin arrivé à destination. Erreur ! Il doit remonter en voiture, où il s’endort. Pensant se rendre au siège de son employeur, il réalise trop tard que la voiture a roulé vers le Myanmar, où il est livré à un groupe armé.

Pris au piège

“Je me retrouve dans une situation non enviable. Je n’avais pas le choix. J’étais seul face à une mafia. Il n’y avait rien à faire”, confie-t-il.

Selon Hassan, le groupe armé lui confisque son téléphone. Il leur en remet un et cache le second. Ensuite, il est forcé à traverser une rivière et est livré à un autre groupe armé. Celui-ci l’embarque dans une voiture, escortée par un autre véhicule dans lequel se trouvent plusieurs hommes armés. Selon lui, il s’agit de soldats.

“On arrive dans une sorte de petit village, protégé par un mur très haut. À l’intérieur, se trouvent des entreprises et des résidences”. C’est là qu’il est enfermé.

“Il était interdit d’en sortir. De toutes les façons, il était impossible d’y accéder. Tout était sécurisé par des soldats armés. Il n’y avait pas comment faire. Même si l’on arrivait à sortir, à l’extérieur c’était la guerre. L’on pouvait facilement se faire tirer dessus”, poursuit Hassan.

Arnaqueur forcé

Commence alors le “travail”. Un ordinateur lui est fourni avec un dossier présentant plusieurs personnalités fictives, en plus d’un script pour le guider au fil des jours. Le guider à jouer la comédie, faire semblant d’être une de ces personnalités fictives sur les réseaux sociaux, en montrant qu’il mène une vie de rêve dans le but d’attirer les futures victimes. Il s’agit des abonnés de ces comptes sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok.

“On se rend vite compte qu’il s’agit d’escroquerie. Le principe est d’échanger avec les followers de ces comptes fictifs pour les convaincre – de manière indirecte – d’investir leur argent via un site web ou une application. On les persuade que c’est grâce à ces plateformes que l’on a réussi à faire fortune. Or, en réalité, ces sites et applications appartiennent à la société qui nous fait travailler. Elle peut faire croire aux victimes qu’ils gagnent de l’argent, avant de les arnaquer et de prendre tout leur argent”. Selon Hassan, des sommes astronomiques sont soutirées via cette méthode.

“La victime pense échanger avec une personne réelle, alors qu’en réalité elle parle à une grande ‘société’ organisée”, explique Hassan qui dit être forcé à atteindre des objectifs financiers chaque deux jours, chaque semaine et chaque mois.

“Si l’on n’atteint pas ces objectifs, on se fait torturer. Finalement, on se rend compte que l’on se fait torturer et battre quotidiennement”. À moins d’adhérer à cette bande criminelle… Mais ce n’était pas le cas de Hassan qui indique avoir subi plusieurs sévices, notamment des coups et des électrocutions.

“J’ai vu deux Marocains prendre goût à tout cela. En fait, ça leur rapportait de l’argent”, explique notre interlocuteur.

Bien mal acquis

Il était possible de gagner de l’argent en piégeant d’autres personnes. Certains n’avaient pas de conscience et attiraient leurs proches pour les piéger à leur tour. Il était possible d’être libéré après en avoir ramené un certain nombre (5 ou 6). Ou bien, il était possible de recevoir de l’argent en contrepartie. Entre 10.000 et 30.000 DH.

“Un Marocain a ramené 25 personnes à lui seul. Il a, au minimum, gagné 250.000 DH en contrepartie. Cet argent facile en a attiré certains qui ont rejoint la bande criminelle qui les récompensait. Ceux qui n’y adhèrent pas finissent par souffrir”.

Hassan, lui, a refusé de faire subir à quelqu’un d’autre ce qu’il était en train de vivre. Il a tenté, durant ces trois mois, de communiquer en cachette avec les autorités marocaines, les associations locales, etc.

C’est ce qui animait le peu d’heures de répit dont il bénéficiait après 17 à 18 heures de travail forcé quotidien. De toutes les façons, les conditions n’étaient pas propices au repos. Ils étaient plusieurs à vivre dans une seule chambre, une vingtaine pour une douche qui manquait d’eau… Les conditions d’hygiène étaient désastreuses.

Les soins médicaux aussi. “En cas de maladie, ils laissaient mourir les gens qui ne rapportaient pas d’argent. Ceux qui étaient productifs pour eux étaient soignés par un médecin militaire”, raconte Hassan.

Libre mais détruit

Ses différentes tentatives de communication avec l’extérieur ont fini par porter leurs fruits. En fait, ses bourreaux ont découvert qu’un Marocain essayait de prévenir du monde. Ils l’ont torturé avant de lui demander de payer, via sa famille, une rançon de 6.000 dollars en contrepartie de sa libération.

Après trois mois de souffrance, Hassan est libéré et reconduit à Mae Sot. C’est là qu’une association thaïlandaise, qui œuvre en faveur des victimes de la guerre du Myanmar, lui vient en aide.

À son retour au Maroc, Hassan se sent “détruit psychologiquement”. Il a du mal à créer des liens avec les gens. “Je suis devenu solitaire et renfermé sur moi-même. La majorité du temps, je préfère être seul car j’ai peur de tout le monde, et j’ai l’impression que n’importe qui peut me vouloir du mal”.

Hassan a collaboré avec les autorités en étant séquestré, mais aussi à son retour sur le territoire national. Il nous indique avoir déposé plainte et apporté plus de précisions sur ce qui se passe là-bas.

Selon lui, 20 Marocains au moins se trouvaient exactement au même endroit que lui. Mais le complexe résidentiel compte 32 résidences. Il lui est donc impossible de quantifier exactement les ressortissants marocains sur place. “Rien qu’à Burma, il y avait 220.000 étrangers séquestrés, dont la majorité sont des Sri Lankais et Éthiopiens”.

Aujourd’hui, les familles des Marocains séquestrés au Myanmar continuent d’appeler les autorités à l’aide. Ces dernières ont annoncé l’ouverture d’une enquête le 15 mai dernier. Pour l’instant, aucune communication n’a suivi.

LIRE AUSSI 

https://medias24.com/2024/05/18/traite-detres-humains-et-escroquerie-une-menace-mondiale-qui-touche-aussi-les-marocains-exemple-du-myanmar/

Traite d’êtres humains et escroquerie : une menace mondiale qui touche aussi les Marocains, exemple du Myanmar

Au départ, il y a l’appât, pour ferrer les victimes et les attirer. Ici, il s’agit d’un salaire mensuel de 25.000 DH pour un poste de manager en marketing, ou de plus de 32.000 DH pour un poste d’analyste système… ces offres d’emploi sont censées être basées en Thaïlande. Des entretiens en ligne sont proposés ainsi qu’un accompagnement pour l’obtention du visa et même une allocation logement.

Ces avantages sont également proposés pour des postes qui demandent moins de qualifications. Par exemple, un salaire d’au moins 18.000 DH est offert pour devenir puériculteur. Une allocation logement est également garantie. Parfois, des indemnités alimentaires viennent s’y ajouter.

D’autres offres, visibles sur les réseaux sociaux, sont encore plus précises… et aussi plus suspectes. Par exemple, une enseigne recherche une “assistante de cuisine/hôtesse” et précise que les candidats doivent être exclusivement de sexe féminin, âgées entre 25 et 38 ans et originaires de certains pays en particulier.

Ces offres visiblement alléchantes font partie des méthodes mises en place par des réseaux criminels dans la région asiatique pour attirer leurs victimes.

Lorsque les “candidats” se rendent sur place pour entamer leur nouvelle vie professionnelle, ils se font enlever et séquestrer par des groupes armés. Récemment, des Marocains sont tombés dans leurs filets et se retrouvent aujourd’hui piégés au Myanmar. Une affaire pour laquelle les autorités marocaines ouvrent une enquête, comme annoncé dans un communiqué du parquet.

De tendance criminelle régionale à menace mondiale

À travers ce communiqué, les autorités marocaines lancent également un appel à la prudence et à la vigilance face aux tentatives de recrutement internet ainsi qu’à travers certains intermédiaires au Maroc et à l’étranger.

C’est par le biais de ces méthodes que ces réseaux criminels sévissent. Leur mode opératoire gagne rapidement du terrain, comme l’a souligné Interpol en juin 2023.

L’organisation lançait alors une alerte mondiale contre des escroqueries reposant sur la traite d’êtres humains ; précisément sur “le système qui consiste à enlever les victimes pour les forcer à travailler dans des centres d’escroquerie en ligne”. Elle avertit qu’il ne s’agit plus d’une “tendance criminelle régionale”, mais d’une “menace mondiale”. Interpol publie une notice orange sur ce phénomène. Autrement dit, “une alerte mondiale concernant une menace grave et imminente pour la sûreté publique”.

Selon Interpol, le mode opératoire consiste à “attirer des personnes dans des centres d’escroquerie en ligne en publiant de fausses offres d’emploi. Les victimes sont ensuite forcées à commettre des infractions financières au moyen d’internet, et ce à l’échelle industrielle. Des dizaines de milliers de personnes sont ainsi tombées aux mains de trafiquants en Asie du Sud-Est, et elles sont plus nombreuses encore à avoir été escroquées dans le monde entier”.

Selon l’Organisation internationale de la migration (OIM), 230 individus, représentant 19 nationalités ont été référés à l’OIM en Thaïlande, comme étant en relation avec la criminalité forcée. Et ce, entre 2022 et juin 2023.

L’OIM indique que “86% d’entre eux ont été identifiés comme victimes de trafic”. Et assure que “le nombre actuel est significativement plus élevé, au vu du manque d’information sur ces centres de fraude”.

Les deux organisations indiquent que les individus séquestrés sont forcés à commettre des crimes en ligne. Pour ce faire, ils “travaillent” dans des conditions atroces, sont sanctionnés s’ils n’atteignent pas les objectifs fixés par les réseaux criminels, et sont même torturés et menacés de “vente à des trafiquants d’organes”.

Une étude menée par Interpol indique que “cette tendance criminelle est probablement beaucoup plus profonde que les apparences ne le laissaient croire de prime abord. Les premiers centres d’escroquerie en ligne étaient concentrés au Cambodge, puis d’autres ont été identifiés au Laos et au Myanmar. Mais, aujourd’hui, des plateformes de trafic ont été repérées dans au moins quatre autres pays d’Asie, et des éléments de preuve montrent que ce mode opératoire est reproduit dans d’autres régions, notamment en Afrique de l’Ouest, où les infractions financières commises au moyen d’internet sont déjà très répandues”.

L’organisation internationale indique également que “les premiers signalements sont arrivés au cours de l’année 2021. Des groupes criminels publiaient sur les réseaux sociaux et sur des sites de recrutement de fausses offres d’emploi aux salaires alléchants, avant d’enlever les candidats et de les retenir en captivité dans des conditions inhumaines pour les forcer à prendre part à des activités criminelles, principalement des escroqueries en ligne”.

Ce type de criminalité est d’autant plus dangereux qu’il met en péril deux sortes de victimes. D’une part, celles piégées, séquestrées et torturées. Et, d’autre part, celles qui sont escroquées en ligne par la première catégorie de victimes.

Ces organisations internationales, qui mettent en garde contre ces pratiques menaçantes, précisent également qu’une évolution est constatée dans le type d’offres d’emploi publiées pour attirer les victimes potentielles.

Selon Interpol, les fausses offres d’emploi « dénotent d’opérations criminelles de plus en plus sophistiquées ». Auparavant, ces réseaux criminels attiraient leurs victimes à travers des offres ayant trait à “des tâches simples dans un centre d’appels, une charge de travail légère contre un salaire élevé, etc.”. Désormais, les annonces portent sur des emplois dans l’informatique, dans le e-commerce, le webmarketing, etc.

LIRE AUSSI  

https://medias24.com/2024/05/16/ouverture-dune-enquete-suite-a-la-sequestration-de-ressortissants-marocains-au-myanmar/

 

Ouverture d’une enquête après la séquestration de ressortissants marocains au Myanmar

Le procureur général du Roi a indiqué, le mercredi 15 mai dans un communiqué, que certaines victimes et familles de victimes ont été auditionnées, notamment celles ayant déposé des plaintes.

Les résultats de l’enquête préliminaire ont révélé qu’il s’agit de réseaux criminels spécialisés dans la traite d’êtres humains qui s’activent dans les zones frontalières du Myanmar. Ils appâtent leurs victimes par des contrats de travail, dans lesdites zones, avec des entreprises internationales de commerce électronique, en contrepartie de salaires attractifs, précise la même source.

Il s’est avéré toutefois que cette démarche n’était qu’un moyen de les attirer et de les exploiter pour les séquestrer et les obliger à travailler dans des conditions pénibles.

Selon les premières informations disponibles et les données relayées par certains réseaux sociaux, le Parquet général, en appelant à faire preuve de prudence et de vigilance face aux tentatives de recrutement, toujours en cours via internet ainsi qu’à travers certains intermédiaires au Maroc et à l’étranger, affirme suivre les investigations menées par les services compétents de la police judiciaire en vue de faire la lumière sur les tenants et aboutissants de ces faits, d’appréhender toutes les personnes soupçonnées d’être impliquées dans ces actes et d’envisager les suites judiciaires qui s’imposent à la lumière desdits faits.

L’ambassade du Maroc à Bangkok suit la situation de près

L’ambassade du Maroc à Bangkok suit très étroitement la situation des citoyens marocains victimes de trafic de personnes au Myanmar et multiplie les démarches pour leur venir en aide, a indiqué Abderrahim Rahhaly, ambassadeur du Maroc en Thaïlande.

Contacté par la MAP, Abderrahim Rahhaly a confirmé que plusieurs ressortissants marocains sont retenus par des organisations illégales installées dans des zones rebelles au Myanmar, proche de la frontière avec la Thaïlande.

Ces ressortissants marocains, a-t-il précisé, font partie de plusieurs milliers de personnes de toutes nationalités, notamment de pays africains, asiatiques et européens.

Après avoir été attirés vers des points de rencontre en Malaisie et en Thaïlande, ils ont été acheminés par les réseaux de trafics jusqu’à des zones contrôlées par des groupes armés rebelles au Myanmar, pour être employés dans des centres d’appel clandestins opérant dans la criminalité cybernétique, a-t-il expliqué.

« Les personnes recrutées sont en général chargées d’attirer des personnes de leur pays d’origine dans différentes arnaques, via de faux profils, parfois sous la forme de prétendus portails d’investissement, de faux sites de jeux de hasard et parfois des plateformes d’escroquerie et de chantage à la vie privée. »

A cet égard, l’ambassadeur a appelé à davantage de vigilance face à des tentatives de recrutement qui seraient toujours en cours, par l’intermédiaire de rabatteurs locaux et via internet.

Abderrahim Rahhaly a indiqué que l’ambassade du Maroc est en contact quotidien avec les autorités thaïes notamment, afin de suivre la situation et de recueillir toute information concernant les citoyens marocains concernés et leur venir en aide, tout en soulignant l’importance d’entourer ces démarches de toutes les précautions nécessaires afin de ne pas compromettre la sécurité de nos ressortissants ou les exposer à des représailles.

L’ambassade coordonne également avec les chancelleries des pays dont des ressortissants sont dans la même situation, ainsi qu’avec les organisations régionales et internationales opérant dans la zone, dont l’Organisation internationale de la migration (OIM), a-t-il ajouté.

Le travail sur le terrain s’inscrit dans la continuité et la complémentarité avec les mesures prises par les autorités à Rabat, notamment l’enquête ouverte par les services de police sur instruction du Parquet, a indiqué l’ambassadeur du Roi.

(Avec MAP)

Séquestration de Marocains au Myanmar : ce que l’on sait

Le ministère des Affaires étrangères et des Marocains résidant à l’étranger suit de très près la situation de ressortissants marocains bloqués au Myanmar par des bandes et réseaux criminels, apprend Médias24.

Les victimes ont été recrutées par des pseudo-entreprises basées à la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, opérant dans le domaine de l’escroquerie cybernétique, ou « scamming », explique notre source. « Elles ont été attirées par de fausses offres d’emploi dans le commerce électronique, avec des propositions professionnelles lucratives comprenant des billets d’avion et des frais d’hébergement ».

L’opération de recrutement s’effectue depuis le Maroc par l’intermédiaire de concitoyens servant de relais à d’autres Marocains recrutés au Myanmar. Les personnes recrutées sont en général chargées à leur tour d’ »attirer des personnes de leur pays d’origine dans différentes arnaques, via de faux profils, parfois sous la forme de prétendus portails d’investissement, de faux sites de jeux de hasard et parfois de menaces d’atteinte à la vie privée ».

Ces victimes se rendent en Thaïlande pour être ensuite transférées par vol vers Mae Sot, une ville limitrophe du Myanmar contrôlée par des milices ethniques rebelles et armées qui profitent de l’instabilité politico-sécuritaire dans la région. Actuellement, 14 Marocains sont bloqués dans cette zone.

La même source poursuit : « Un certain nombre de ressortissants marocains auraient accepté de travailler dans lesdites entreprises moyennant des rémunérations intéressantes et ne se considèrent pas comme des victimes d’un trafic d’êtres humains, tandis que d’autres ont pu quitter les centres en question moyennant une rançon ». Des cas de maltraitance ainsi que des menaces de mort ont été rapportés.

L’ambassade du Maroc à Bangkok suit de près ce dossier. Elle a entrepris des démarches auprès des autorités thaïlandaises et myanmaraises, qui se mobilisent pour la libération des Marocains séquestrés.

L’ambassade de Thaïlande à Rabat a été approchée par les familles des ressortissants marocains le 2 mai dernier pour obtenir des informations sur le sort de leurs proches détenus dans la zone précitée. Des familles ont également été reçues au ministère des Affaires étrangères à Rabat (direction des Affaires consulaires et sociales) pour s’informer de la situation des ressortissants marocains.

Le ministère des Affaires étrangères suit de très près cette question, à travers ses services à Rabat et les ambassadeurs dans les pays concernés, ainsi qu’avec les ambassades de ces derniers à Rabat, poursuit notre source.

L’ambassade de Thaïlande à Rabat exprimé dans un communiqué la prédisposition des autorités thaïlandaises à coopérer avec celles des pays dont les ressortissants sont kidnappés.

L’ambassade souligne dans sa communication que ce phénomène, « relativement récent », concerne plusieurs ressortissants africains, dont des Marocains, ajoutant qu’il est encore difficile d’identifier les nationalités ainsi que le lieu d’incarcération des victimes. « Cela fait l’objet de plusieurs enquêtes ouvertes par les autorités judiciaires », indique-t-elle.

Par ailleurs, la représentation diplomatique thaïlandaise a déclaré avoir pris des mesures exceptionnelles dans les procédures d’octroi des visas de sorte à prémunir davantage des touristes africains face au risque d’arnaque par les réseaux criminels.

Le Groupe africain à Bangkok, ainsi que des représentants des organisations internationales, dont l’Organisation internationale de la migration, tiendront une réunion de coordination afin de s’entretenir des moyens de libération des ressortissants africains victimes de réseaux de trafic humain au Myanmar.