Cinéma et improvisation : Casablanca accueille les 12 finalistes du projet « Madrastna »

Du 26 au 28 mai 2025, Casablanca abritera les finales nationales du projet Madrastna, un programme parascolaire artistique et inclusif initié par le ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports et la Fondation Ali Zaoua. Après plus d’un mois de compétitions régionales, les 12 équipes finalistes, issues de 300 collèges publics à travers le Royaume, s’affronteront dans les disciplines du cinéma et de l’improvisation théâtrale.

Les courts-métrages Madrastna en lumière

Les festivités débuteront le 26 mai avec la projection publique des courts-métrages réalisés dans le cadre du module « Cinéma en classe », un des quatre modules de formation artistique proposés par Madrastna depuis septembre.

Ces œuvres seront présentées au cinéma Pathé, en présence d’un jury présidé par le cinéaste Nabil Ayouch, accompagné de l’actrice et réalisatrice Samia Akariou, du réalisateur Ismail Farroukhi et des critiques Saïd Mezouari et Majid Sadati. Une cérémonie de remise des prix viendra clôturer la séance.

Ce module cinéma vise à initier les élèves à la lecture d’images, à la narration et à l’analyse critique à travers des projections et la réalisation de courts-métrages originaux. Il constitue l’un des piliers pédagogiques du projet, indique un communiqué.

Place à l’improvisation

Les 27 et 28 mai, les jeunes talents se retrouveront au Complexe Culturel Moulay Rachid pour les finales d’improvisation théâtrale. Ce deuxième grand module du projet encourage l’expression orale et corporelle, la spontanéité et l’esprit d’équipe à travers des joutes inspirées du modèle de la Ligue nationale d’improvisation théâtrale Nojoum. Les collégiens performeront devant un jury composé de professionnels de la scène.

L’ambiance se veut festive, créative et portée par une démarche structurée. En effet, les élèves sont accompagnés tout au long de l’année dans le cadre d’activités encadrées dans leurs établissements.

Un projet structuré, une sélection exigeante

Le chemin jusqu’aux finales a été jalonné de plusieurs étapes : des compétitions provinciales, puis régionales, organisées entre le 19 avril et le 13 mai 2025. Ces phases ont mobilisé des milliers d’élèves à travers le pays.

Les commissions de sélection, composées de représentants des Académies régionales d’éducation et de formation, de professionnels du secteur artistique et de membres de la Fondation Ali Zaoua, ont assuré une évaluation rigoureuse et équitable.

Outre le cinéma et l’improvisation, deux autres modules de formation ont été dispensés depuis la rentrée : l’un axé sur les arts visuels et l’autre sur l’écriture créative, complétant ainsi l’offre pédagogique de Madrastna.

Pour Sophia Akhmisse, directrice exécutive de la Fondation Ali Zaoua, « le projet Madrastna montre que l’école peut aussi être un espace d’épanouissement personnel et de découverte artistique. À travers le cinéma et l’improvisation, nous permettons aux jeunes de s’exprimer, de débattre, de rêver et de construire leur place dans la société. Ce n’est pas seulement un projet culturel, c’est un acte citoyen ».

Madrastna se distingue par son approche inclusive et pédagogique. Il s’agit, selon les organisateurs, d’amener l’art à l’école publique, de renforcer la confiance en soi, l’esprit critique, l’imagination et le sens civique des jeunes.

Cannes : « Everybody Loves Touda » primé aux Critics Awards for Arab Films

Le film « Everybody Loves Touda » de Nabil Ayouch a ainsi remporté le prix du meilleur scénario et celui de la meilleure actrice (Nisrin Erradi).

« Everybody Loves Touda » sort désormais dans les salles à travers le monde. Après la France, la Belgique et la Suisse, le film vient de commencer son exploitation en Suède et en Roumanie. Il sera dans les salles en Allemagne le 29 mai, et sortira bientôt en Italie, en Norvège et au Danemark, selon un communiqué de la maison de production « Ali n' ».

Le long métrage ayant remporté plusieurs prix avait intégré la sélection officielle du Festival de Cannes l’an dernier et avait été sélectionné pour représenter le Maroc aux Oscars 2025 dans la catégorie « Meilleur film étranger ».

Partenariat entre Alsa Maroc et la Fondation Ali Zaoua

Ce partenariat, dont la cérémonie de signature a été présidée par Alberto Perez, directeur général d’Alsa Maroc, et Nabil Ayouch, président de la Fondation Ali Zaoua, vise essentiellement à élargir l’accès à l’éducation artistique et à la culture aux bénéficiaires des centres culturels de la Fondation dans quatre villes du Royaume, notamment Marrakech, Agadir, Tanger ou encore Casablanca, indique un communiqué conjoint.

Le directeur général de Alsa Maroc, Alberto Perez, a indiqué que « cet accord vient renforcer et généraliser, une collaboration déjà fructueuse, amorcée il y a plus de deux ans, et qui a permis de rendre plus accessibles plusieurs activités culturelles, sportives et artistiques de la Fondation », relève le communiqué.

En effet, les deux parties ont déjà organisé ensemble, dans la ville de Marrakech, près de 40 activités autour de différents thèmes dont le théâtre, le cinéma, le sport et la culture. Plus de 1.400 enfants ont bénéficié de ces actions, dont 30% sont issus des familles des collaborateurs et collaboratrices d’Alsa Maroc.

Par ce partenariat, Alsa Maroc s’engage à accompagner les activités et initiatives de la Fondation Ali Zaoua et à contribuer à leur succès. Ainsi, l’entreprise met à la disposition de la Fondation ses bus dans 4 villes marocaines pour faciliter le déplacement des bénéficiaires aux différentes activités organisées, notamment les visites de Musée, la présence à des spectacles et à des séances de visionnages de films cinématographiques.

Les enfants des collaborateurs et collaboratrices d’Alsa auront également l’occasion de prendre part aux activités de la Fondation et de cultiver une éducation culturelle et artistique au même titre que les bénéficiaires de la Fondation.

Alsa Maroc offre également à la Fondation, la possibilité d’exploiter un parc de plus de 1.000 bus, à Casablanca, Marrakech, Tanger et Agadir, pour publicité à l’intérieur des bus afin de promouvoir ses activités et projets. Aussi, elle offre une grande visibilité qui permettra de sensibiliser le grand public aux projets éducatifs et culturels de la Fondation et encouragera les dons et le soutien communautaire.

Le nouveau film de Nabil Ayouch en sélection officielle de Cannes

Cette sélection est une nouvelle étape pour Nabil Ayouch, après avoir intégré la compétition officielle en 2021 pour Haut et Fort, la Quinzaine des Réalisateurs pour Much Loved en 2015 et la section Un Certain Regard pour Les Chevaux de Dieu en 2012.

Le rôle principal de Everybody Loves Touda est porté par Nisrin Erradi. Elle y incarne Touda, une femme qui ne rêve que d’une chose : devenir une Cheikha. Se produisant tous les soirs dans les bars de sa petite ville de province sous le regard des hommes, Touda nourrit l’espoir d’un avenir meilleur pour elle et son fils. Maltraitée et humiliée, elle décide de tout quitter pour les lumières de Casablanca, peut-on lire dans un communiqué.

Produit par Ali’n Productions (Maroc), en coproduction avec Les Films du Nouveau Monde (France), Velvet Films (Belgique), SnowGlobe (Danemark), Viking Film (Pays-Bas) et Staer (Norvège), Everybody Loves Touda est vendu à l’étranger par MK2 International. Le film sortira prochainement au cinéma au Maroc, conclut le communiqué.

Nabil Ayouch : le CCM toujours au centre des revendications des professionnels du cinéma

À l’occasion de la récente publication de son rapport sur la politique publique du cinéma au Maroc, l’Association des Rencontres Méditerranéennes du cinéma et des droits de l’Homme (ARMCDH) a exposé ses conclusions à l’auditoire composé de professionnels du cinéma et d’autres participants. L’occasion d’interroger Nabil Ayouch sur sa vision de la réforme en cours du Centre cinématographique marocain (CCM) et sur l’absence, qui s’éternise, d’un directeur général de cette institution.

« Le CCM ne peut pas se projeter avec des intérimaires »

« Le cinéma marocain connaît depuis quelques années son heure de gloire avec plusieurs premières, comme les 4 films sélectionnés au festival de Cannes en 2023, la réalisatrice Maryam Touzani qui a fait partie de son jury de la compétition officielle pour remettre la palme d’or, le dernier festival de Marrakech qui a décerné l’étoile d’or à un film marocain… La dynamique actuelle est très positive. Mais le fait d’avoir des directeurs par intérim qui se succèdent à la tête du CCM depuis presque 2 ans et demi est un vrai problème pour la profession », explique le réalisateur-producteur pour qui il n’est pas possible de se projeter ou de déployer une vraie relation entre les professionnels et l’institution dans de telles conditions.

Et d’ajouter que la profession réclame un capitaine à la barre, car les trois intérimaires détachés d’autres ministères ont des activités à gérer en dehors du CCM qui leur prennent beaucoup de temps et ils ne peuvent par conséquent se consacrer pleinement à leur tâche.

Rappelons, en effet, que le premier venait d’une administration extérieure, le deuxième était le secrétaire général du CCM et le dernier occupe toujours le même poste au ministère de la Communication.

L’absence d’un dirigeant à plein temps depuis plus de deux ans n’a pas permis, selon notre interlocuteur, de mettre en œuvre une feuille de route et un déploiement basé sur une vision.

« D’autant plus, que depuis 9 mois maintenant, le CCM n’a plus non plus de Secrétaire Général ! Ce qui n’est tout simplement jamais arrivé dans l’histoire du cinéma marocain… Cela ouvre la porte à toute une série de dérives telles qu’on a pu le voir lors du dernier festival national de Tanger ou à celui de Laayoune l’an dernier et le scandale qui est arrivé autour d’un film documentaire. Ce sont des choses qui coûtent cher au cinéma marocain, sur le plan national et international… », poursuit Nabil Ayouch.

De nombreux points ont été débattus durant la réunion, mais Nabil Ayouch a insisté sur la revendication centrale et urgente des professionnels concernant la nomination d’un nouveau directeur général pour le CCM qui est une institution importante pour gérer et accompagner l’évolution du cinéma marocain et de désigner un nouveau secrétaire général.

Pour lui, cela relève tout simplement du bon sens et de l’intérêt général visé par tous.

Tout en précisant n’avoir aucun problème avec l’intérimaire actuel ni avec ses prédécesseurs, qui sont, selon lui, tous des gens respectables, le cinéaste déclare que le cinéma marocain mérite d’avoir une personne à plein temps pour éviter les malentendus, dérives et blocages administratifs qui ont pu avoir lieu récemment.

« Nous dénonçons… »

Nabil Ayouch ajoute : « Parmi ces dérives, il faut clarifier le rôle de cette administration vis-à-vis des cinéastes. Le CCM, est-il un outil de coercition qui vise à mettre des bâtons dans les roues des cinéastes ou à les accompagner ?

« Nous avons été, par exemple, scandalisés par un article publié cette semaine, émanant d’une source interne du CCM (qui ne cite pas son nom) qui a déroulé toute une série de mensonges sur la rencontre organisée vendredi et traité les cinéastes et les producteurs de lobbies de la rente. C’est une honte pour une personne issue d’un organisme officiel que de parler des artistes d’une telle manière.

« Ce type de langage et d’attitude appartient, selon moi, à un Maroc qui n’existe plus. Aujourd’hui, notre pays avance, progresse dans de nombreux domaines. Sa constitution encourage la liberté de création et protège la liberté de penser. Nos revendications ne font que s’appuyer sur cette constitution et sur les recommandations du nouveau modèle de développement.

« De la même manière, le travail de cette association – qui a fait l’objet de propos injurieux du CCM – s’est basé, pour décrire les dysfonctionnements du CCM, sur des rapports de la Cour des comptes et de l’Inspection Générale des finances ».

Elle n’a rien inventé et surtout ne désigne pas de coupable. Elle met le doigt, de façon très argumentée et professionnelle, sur toute une série de points potentiels d’amélioration du secteur.

L’autre grande revendication

Excluant toute querelle de personnes, Ayouch ajoute que la seule priorité des professionnels est d’accompagner le cinéma national pour qu’il prenne son envol et renforce le soft-power pour faire briller le pays à l’international avec des films qui remportent des prix et remplissent des salles à travers le monde pour poursuivre l’âge d’or naissant du cinéma marocain commencé il y a 4 ou 5 ans.

Pour cela, l’autre grande revendication des professionnels qui étaient présents vendredi a été de réclamer de nouveaux textes pour régir la profession. De nombreuses discussions ont eu lieu entre les chambres professionnelles et le ministre Mehdi Bensaïd entre septembre 2022 et février 2023, déclare Nabil Ayouch en ajoutant que la profession n’a plus aucune nouvelle de ces textes depuis un an.

« Nous n’avons toujours pas reçu la version définitive et nous ne savons même pas où elle en est dans le circuit législatif… Or, ces nouveaux textes sont cruciaux si l’on veut faire avancer le secteur, car les anciens datent de plusieurs décennies et, à son arrivée, le ministre a tout de suite, et fort justement, exprimé son souhait de les changer.

« L’ancien directeur du CCM, Sarim Fassi Fihri, avait travaillé pendant trois ans sur de nouveaux textes que la nouvelle administration a voulu complètement refaire, et c’est son droit. Mais le résultat est que les professionnels attendent de nouveaux textes régissant le secteur depuis maintenant plus de cinq années. Ça commence à faire très long ».

« Pour accompagner son développement, le CCM doit s’inspirer des chaînes publiques ou de l’ONMT. Nous estimons en effet qu’il existe au Maroc de nombreux profils capables de faire évoluer le CCM dans le cadre d’une stratégie marketing nationale/internationale », déclare le réalisateur en ajoutant que ce manager devra avoir une culture cinématographique et une vision pour ce secteur sans être ou avoir été nécessairement un professionnel du cinéma.

Le profil idéal …

Sur le meilleur profil à recruter, Ayouch avance que si le candidat ne devra pas nécessairement être un technocrate, il pourra être issu du secteur privé à l’image de Adel El Fakir qui dirige l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) et accomplit, selon lui, des merveilles pour développer le tourisme.

Il ajoute que le Maroc dispose aujourd’hui de grands dirigeants d’entreprises publiques, capables d’impulser une vraie dynamique, y compris dans le secteur audio-visuel.

« Ainsi, en 20 ans, Fayçal Laraichi a complètement révolutionné les chaînes de la SNRT en les faisant passer du statut de chaînes poussiéreuses à des chaînes de télé modernes et ambitieuses, capables de conquérir une audience très importante et de relever des défis techniques immenses. Ces gens brillants, tels aussi Salim Cheikh, devraient servir de modèles pour nommer le nouveau directeur ou directrice du CCM ».

Un idéal proche de celui du ministre de tutelle qui déclarait à Médias24 que le nouveau DG ne devra pas être un ancien réalisateur ou producteur pour éviter « les éventuels mélanges des genres ».

Là-dessus, Nabil Ayouch insiste : « La désignation de la directrice ou du directeur du CCM devra se faire par voie réglementaire, en ouvrant un concours accessible à tous les profils requis, en respectant les dispositions légales ».

Hormis la désignation d’un dirigeant attendue avec impatience, Ayouch affirme que la profession souhaite plus de souplesse et d’échanges dans les rapports avec l’administration, ainsi que de fluidité dans les process.

Mais aussi davantage de liberté d’expression, avec notamment la suppression de la censure univoque et souvent appliquée sans aucune explication et son remplacement par l’instauration de catégories d’âge pour que certains films puissent être visionnés par un public adulte qui le désire.

Il conclut en précisant que « toutes nos revendications vont dans le sens d’une volonté de construire ensemble, main dans la main avec l’administration de tutelle, un cadre légal à l’image d’un Maroc moderne où les artistes seront pleinement respectés. Nous sommes totalement unis dans cette volonté et restons optimistes mais aussi vigilants ».

Nabil Ayouch : Le cinéma marocain est en train de vivre un momentum exceptionnel

Médias24 : Que pensez-vous de la moisson inédite de prix marocains au festival International du Film de Marrakech ?

Nabil Ayouch : C’est une excellente nouvelle car c’est une grande première. On ne peut par conséquent que se réjouir de l’Etoile d’or et du prix du jury qui ont été décernés à des films marocains.

 -Un rapport avec la création des ateliers de l’Atlas en 2018 qui, selon certains, auraient permis de professionnaliser le festival de Marrakech ?

-Je ne pense pas que ces ateliers ont professionnalisé le festival parce que à la base, il était déjà professionnel mais il est indéniable que c’est l’une des grandes réussites de ce festival.

Depuis 5 ans, leur travail a commencé à porter ses fruits et il y a eu beaucoup de films marocains et de la région issus de ces ateliers qui ont été remarqués avant de se retrouver dans la programmation des plus grands festivals internationaux.

Cela veut dire que le travail remarquable qui a été initié aux ateliers de l’Atlas par toutes les équipes commence à donner des résultats probants en termes de qualité et de récompenses.

-Est-ce que l’on peut dire que le cinéma marocain ne s’est jamais aussi bien porté ?

-C’est effectivement une année exceptionnelle pour le cinéma marocain avec des choses qui n’étaient jamais arrivées auparavant.

J’en veux pour preuve les 4 films marocains qui ont été sélectionnés cette année au festival de Cannes dont deux dans la catégorie Un certain regard, un à la Quinzaine des cinéastes et un court métrage.

De plus, pour la première fois dans l’histoire de ce festival, un réalisateur ou une réalisatrice marocaine, en l’occurrence Maryam Touzani a été retenue pour faire partie du jury officiel du Festival de Cannes et remettre la palme d’or lors de l’édition 2023. C’est totalement inédit et donc un grand honneur pour le Maroc.

Sans compter le fait que d’autres films de la jeune génération qui sont arrivés dans le circuit laissent penser que nous sommes en train de vivre un momentum très favorable pour le cinéma marocain.

-Un confrère avisé affirme que si cette dynamique continue, il y aura bientôt plus de sorties annuelles de films marocains que de salles de cinéma au Maroc ?

-(Rires), je ne sais pas si cela sera le cas car nous produisons environ une vingtaine de long-métrages chaque année, et c’est déjà très bien pour un pays comme le Maroc, mais il est sûr que notre pays manque encore cruellement de salles.

 -Malgré les ouvertures croissantes ?

-Par rapport à la dynamique actuelle du cinéma marocain et à la population, on est encore loin du nombre nécessaire mais il est vrai que depuis six ans, la tendance est repartie à la hausse avec plusieurs exemples comme l’ouverture de salles à El Jadida, Tanger ou encore l’arrivée de Pathé à Casablanca. Et d’autres projets sont en cours.

Cela faisait bien longtemps que l’on n’avait pas vu ça et il faut féliciter tous les exploitants qui font preuve de courage en investissant dans ce domaine.

-Est-ce que le nombre actuel de salles est suffisant pour rentabiliser un film marocain ?

-Absolument pas, car contrairement aux productions étrangères qui arrivent à trouver leur compte à l’international, nous sommes encore très loin du seuil de rentabilité pour un film sur le territoire national.

Pour cela, il faudrait 300 voire 400 salles a minima.

 -10 fois plus de salles qu’actuellement ?

-Il faudrait en effet décupler le nombre de salles sur le territoire marocain pour satisfaire les besoins de la population et rentabiliser une production avec des recettes qui soient à la hauteur des ambitions pour un film marocain.

L’autre priorité serait d’élargir l’accès aux salles de cinéma, en mettant en place différentes catégories de salles qui proposent des tarifs abordables pour la majorité de la population marocaine qui ne peut pas se permettre d’acheter un billet à 50 ou 60 dirhams.

 -Quid de l’initiative du ministre de la Culture qui veut démocratiser l’accès au cinéma avec l’ouverture en 2024 de 150 salles accessibles à un tarif de 20 ou 30 dirhams ?

 -Je ne peux que m’en réjouir car, si ce projet arrive à voir le jour et qu’on arrive à avoir un vaste parc de salles dans lequel le cinéma marocain a une place privilégiée avec ses tickets d’entrée abordable, c’est forcément une bonne nouvelle pour notre secteur.

 -Comment le film de votre épouse Maryam Touzani, « Le bleu du caftan » est-il arrivé à réaliser 500.000 entrées à savoir un chiffre historique pour une production marocaine ?

 -Tout simplement grâce aux entrées cumulées dans le monde entier. C’est le plus gros succès en salles d’un film marocain dans le monde.

-Et dans les salles marocaines ?

-A peine 6.000 entrées car le ratio entre le potentiel d’un film et le nombre de salles sur le territoire national est encore beaucoup trop faible. Mais heureusement qu’il a brillé partout dans le monde et a pu réaliser des scores inédits à l’international pour un film marocain.

C’est une magnifique manière d’exister pour le cinéma marocain dans le monde parce que nous avons besoin d’exporter nos productions mais c’est aussi l’occasion de rappeler que nous avons besoin d’augmenter le nombre de salles au Maroc pour que tous les genres cinématographiques cohabitent, y compris un cinéma d’auteur exigeant.

 -Sachant qu’un film marocain ne peut être rentabilisé sans des sorties en salle à l’étranger, est-ce que cette obligation n’influe pas sur son contenu qui doit plaire à l’occident ?

 -En ce qui me concerne, jamais un partenaire étranger de mes films ne s’est permis d’intervenir dans mon processus de création ou de tenter de l’orienter. Je ne l’aurais de toute façon jamais accepté.

Je fais des films pour exprimer des choses importantes et fondamentales qui m’inspirent, me choquent ou me bouleversent et certainement pas en pensant aux attentes nationales ou internationales.

Après il est évident qu’aujourd’hui, la structure d’un film fait que dès son financement il y a des pays coproducteurs. Quand c’est le cas, un film peut se permettre de trouver une rentabilité en cumulant les recettes du territoire national, et le reste du monde. En cela, le secteur du cinéma obéit à des règles assez similaires que d’autres secteurs.

Mais cela n’a absolument rien à voir avec la démarche artistique qui est individuelle, voire intime, et qui ne vise pas un public en particulier, en tout cas en ce qui me concerne.

 -Justement, vous venez de finir le tournage de votre dixième film ?

-J’ai commencé à le tourner au mois de novembre 2022 et terminé au mois de mai dernier.

-“Everybody Loves Touda » est l’histoire de … ?

-…d’une jeune femme qui veut percer comme chikhate grâce à sa voix et son talent pour trouver une place dans le monde pour elle et son jeune enfant qui est sourd-muet et à qui elle doit trouver une école spécialisée.

Pour faire court, le film raconte le combat artistique de cette femme qui a un vrai amour pour l’art de la Aïta et qui se bat en même temps aussi pour offrir un avenir digne à son fils.

-Elle est inspirée d’un livre ou d’un fait réel ?

-Plutôt de rencontres avec des chikhates et d’une observation de ces personnages qui hantent tous mes films depuis Ali Zaoua.

Sachant qu’il y a souvent eu des chikhates qui ont traversé mes films précédents, je me suis toujours dit que j’allais en consacrer un à l’une d’entre elles.

Après en avoir rencontré plusieurs et assisté à leurs représentations lors d’évènements privés ou publics, je me suis intéressé de plus près à leur vie et de ces nombreuses rencontres est né ce film.

-C’est une thématique particulière ?

 -Particulière je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est pleinement ancrée dans cette société marocaine qui me passionne terriblement.

-Pourquoi s’y intéresser ?

-Parce que ce sont des femmes qui m’inspirent et que les personnages féminins forts et puissants m’ont toujours intéressé.

Je trouve aussi passionnant de raconter d’un point de vue cinématographique, cette espèce d’ambivalence autour des chikhates qui sont à la fois honnies et adorées par le public.

Ces femmes sont porteuses d’un héritage extrêmement fort qui nous constitue en tant que Marocaines et Marocains.

Sachant que l’art de la Aïta fait partie de nos traditions depuis près de deux siècles, mon film a surtout pour désir de rendre hommage à ces femmes en remettant au goût du jour et en revalorisant cette tradition dont elles sont dépositaires.

 -C’est une coproduction internationale ?

 -J’ai en effet reçu une avance sur recettes de 5 millions de dirhams de la part du Centre cinématographique marocain et une contribution de plusieurs pays européens comme la Belgique, la France, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège. Ce qui fait du film une coproduction entre six pays.

-Pour avoir une avance sur recettes aussi importante, le script n’a posé aucun problème à la commission de sélection qui aurait pu censurer certaines parties ?

 -Aucun, car nous sommes heureusement loin des années où l’art « propre » était censé être la norme (rires).

C’est grâce au changement politique qui a permis de créer une ouverture et une bouffée d’oxygène mais il était temps.

Ceci étant dit, cinq millions n’est pas une somme exceptionnelle. Il est arrivé au CCM de donner des avances sur recettes de six millions et plus.

 -Une idée de votre prochain film ?

 -Sachant que je dois m’occuper de la sortie de “Everybody Loves Touda” qui est prévue au deuxième semestre de l’année prochaine et que je produis aussi le prochain film de mon épouse Maryam Touzani, je viens à peine de démarrer l’écriture de mon prochain film.

Des productions marocaines, révélations du Festival du film de Marrakech

Lors de la 20ème édition du Festival international du film de Marrakech qui se tient depuis le 24 novembre jusqu’a ce samedi 2 décembre, le cinéma marocain a indéniablement été à l’honneur avec une quinzaine de films qui concourent aux différentes sections dont le docu-fiction « Mother of lies » et le long-métrage « Les meutes » qui ont de sérieuses chances de décrocher l’Etoile d’or, graal du FIFM.

« Un double coup de foudre »

Présent au FIFM où il a assisté à plusieurs projections, notre confrère Najib Refaïf nous a fait part de sa surprise et de son engouement pour la qualité impressionnante des deux films marocains en lice.

« Lors du visionnage, j’ai été étonné par la façon dont les réalisateurs ont su revisiter la thématique de la période des années de plomb entre 1970 et 1980. D’autres cinéastes l’avaient déjà traitée mais avec une façon de voir qui s’assimilait davantage, selon moi, à des témoignages », explique le chroniqueur tout aussi surpris par la qualité de la narration que par l’esthétique de ce pan historique du M.

Le critique note que c’est la première fois qu’autant de films marocains sont en compétition avec des productions qui sont vraiment »à la hauteur de l’envergure internationale du Festival du Film de Marrakech ».

Face aux grandes productions internationales, souvent difficiles à concurrencer, Refaïf souligne que c’est la première fois qu’une édition du FIFM a permis à deux films marocains de concourir à l’Etoile d’or.

Se défendant de toute tentation chauviniste, le passionné de cinéma poursuit que ces films qui ont été sélectionnés pour leurs qualités cinématographiques contribuent en réalité à l’émergence d’une nouvelle vague de cinéastes marocains qui se confirme depuis une vingtaine d’années.

Mother of lies, un cinéma de genre en route vers les oscars ?

Citant le cas de « Mother of lies » réalisé par Asma El Moudir, le critique explique que cette fiction, qui flirte avec le documentaire, est le fruit d’une approche cinématographique originale voire inédite qui consiste à utiliser des miniatures et des poupées pour reconstituer la vie dans son quartier natal durant les émeutes qui ont eu lieu en 1981 (Chouhada Al Koumira) .

Ce long-métrage utilise, en effet, un dispositif qui se démarque des autres tentatives de revenir sur cette période de l’histoire du Maroc avec « un quartier et des maisons miniaturisés, des figurines, une sorte de laboratoire de discussion où la parole peut se libérer et la mémoire se restaurer », selon la description faite par la cinéaste avant une projection de presse.

Récompensé au festival de Cannes pour sa mise en scène dans la catégorie « Un certain regard », « La mère de tous les mensonges » qui a été choisi pour représenter le Maroc à la cérémonie des Oscars de 2024 ne comporte, selon notre confrère d’habitude bien plus avare en compliments, aucune longueur avec un rythme cadencé de la narration et une qualité de dialogues qui est au rendez-vous.

« Les meutes », le rendu esthétique ne fait pas défaut 

Tout aussi séduit par « Les meutes » de Kamel Lazrak, le critique tient à souligner la qualité de l’histoire de deux pieds nickelés, à savoir un père et un fils forcés de transporter, dans le coffre de leur voiture, le corps d’une personne morte accidentellement après un kidnapping qui a mal tourné.

Visiblement conquis par l’ambiance sombre de cette épopée nocturne, Refaïf déclare que ce road movie, filmé la nuit, a la particularité d’utiliser un éclairage naturel constitué des lampadaires de la ville et des phares de la voiture sans autre appoint artificiel.

« Si l’obscurité caractérise les images de ce film, en réalité c’est un film noir dans tous les sens du terme », tranche le cinéphile qui semble se réjouir de l’ambiance anxiogène d’un tournage qui montre, sous un jour inédit, la face cachée de la banlieue populaire de la métropole économique.

A l’instar de « Mother of lies », la qualité de ce film  » haletant » serait renforcée, selon le cinéphile, par le choix du réalisateur d’opter pour un casting sauvage, partagé entre acteurs professionnels et amateurs proches des milieux sociaux dépeints, qui donne un rendu esthétique particulièrement efficace.

« Deux films qui peuvent créer la surprise »

Tout en reconnaissant n’avoir pas visionné tous les films sélectionnés pour concourir à l’Etoile d’or, il juge cependant que ces deux films « surprenants » peuvent allègrement jouer dans la cour des grands.

« Selon moi, un des deux à des chances de créer la surprise en remportant l’Etoile d’or mais nous serons fixés lors de la clôture du FIFM … », conclut notre confrère en rappelant qu’aucune production locale n’a jamais reçu ce prix en 20 ans d’existence du plus grand festival du cinéma du Maroc.

Sollicité à son tour, le critique Bilal Marmid estime que ces deux films « très aboutis » font partie des meilleurs sorties de ces dernières années mais également de l’histoire du cinéma marocain.

Selon notre interlocuteur, ces deux cinéastes ont montré, avec beaucoup de finesse et de maîtrise de la mise en scène qu’ils savaient parfaitement où ils voulaient aller et où ils voulaient nous emmener.

Rappelant que Lazrak a reçu le Prix du jury de la section un certain regard du festival de Cannes et que El Moudir s’est adjugée le prix de la mise en scène et de la réalisation lors du même événement, le cinéphile affirme qu’il s’agit de deux films de festival classe A.

De plus, le critique se réjouit du fait qu’ils ne comportent aucune image erronée, chère à l’Occident, à savoir avec une vision misérabiliste ou folklorique que certains festivals aiment tant, en se disant très optimiste pour que l’un des deux obtienne l’Etoile d’or.

« S’il faut respecter la décision du jury, je pense que les jurés pourraient passer à côté de quelque chose s’il ne retiennent pas un de ces deux films car,  selon moi, cela saute aux yeux qu’ils sont de très haut niveau », juge Marmid en ajoutant qu’il s’agit indéniablement de la meilleure participation marocaine à la compétition depuis la création du Festival International du Film de Marrakech.

Se voulant toutefois prudent, Marmid espère que ces deux films vont ouvrir la voie à de nouveaux jeunes mais qu’il faudra attendre 2024 pour voir s’ils vont s’inscrire dans la continuité de leurs prédécesseurs El Moudir et Lazrak en concluant, optimiste, que la relève semble assurée.

« Cette double participation est le fruit de plusieurs années de travail »

De son côté, l’ancien directeur général du CCM pense que le Maroc aurait pu concourir avec trois films marocains en compétition mais que c’est peut-être un peu trop pour un festival international.

Rappelant qu’en 2016, aucun film marocain n’avait été nominé pour l’Etoile d’or, Sarim Fassi-Fihri déclare que cette double participation au prix ultime est une grande première, fruit de plusieurs années de travail, qui ont donné lieu à du grand cinéma et pas de simple téléfilms.

N’ayant pas vu tous les films en sélection en compétition, notre interlocuteur préfère ne pas se prononcer sur les chances de ces deux films de décrocher l’Etoile d’or d’autant plus que le film palestinien « Bye bye Tibériade » qui est d’une actualité brûlante est formidable aussi.

Tout en se disant très fier du nombre croissant de films marocains financés à l’international qui montre que les cinéastes ont beaucoup progressé en termes d’écriture, l’ancien patron du cinéma marocain affirme que le vote a déjà eu lieu vendredi soir mais qu’il faudra attendre ce samedi soir pour connaître les résultats …

« La relève est assurée »

Sollicité à son tour, le réalisateur Nabil Ayouch semble souscrire à la surprise de nos précédents interlocuteurs en particulier après avoir vu « Mother of lies », un film qu’il n’hésite pas à qualifier de très original avec une belle mise en scène et une esthétique soignée.

« Si je me dois de préciser que les films marocains voyagent et remportent des prix à l’international depuis longtemps, il est vrai que la jeune génération de cinéastes donne de l’espoir pour la relève », estime le cinéaste qui ne se dit pas du tout inquiet pour l’avenir du cinéma marocain.

https://medias24.com/2023/12/02/une-premiere-un-film-marocain-remporte-letoile-dor-du-fifm-grace-a-asmae-el-moudir/

Entretien avec Nabil Ayouch. Libertés individuelles, « la mère de toutes les réformes »

Retardée depuis plusieurs années, la réforme du projet de Code pénal fait toujours l’objet d’un débat portant sur plusieurs questions sociétales allant des libertés individuelles, dans leur acception universelle, à l’avortement, en passant par le mariage des enfants et le viol sur mineur.

L’occasion de recueillir la vision du réalisateur Nabil Ayouch pour qui cette réforme majeure est non seulement prioritaire, mais aussi et surtout la « mère des réformes ».

Médias24 :  Votre cinématographie – Much Loved, Razzia ou encore Haut et fort – aborde largement la question des libertés individuelles sous différentes formes. Le débat actuel sur la réforme du Code pénal au Maroc doit vous interpeller…

Nabil Ayouch : Complètement, je dirais même qu’il me passionne. Car ce sont des questions cruciales qui nous sont posées aujourd’hui, à travers ce débat, à nous citoyens et aux politiques : dans quelle société voulons-nous vivre ?

Voulons-nous continuer à subir un Code pénal poussiéreux en matière de libertés individuelles, hérité du protectorat, ou voulons-nous enfin en sortir et entrer dans la modernité sur cet aspect-là, tout en préservant nos valeurs ?

Voulons-nous, citoyens, continuer à vivre avec une épée de Damoclès en permanence au-dessus de nos têtes ?

Ce débat est très important et doit se dérouler dans la sérénité

– Vous pensez que le débat sur les libertés individuelles n’a jamais eu lieu au Maroc ?

– Il a eu lieu à plusieurs reprises. Nous, artistes, nous sommes emparés du sujet dans nos œuvres ; des journalistes, des chroniqueurs se sont exprimés, des citoyens et des politiques aussi.

Mais le débat fut rarement serein et, malheureusement, souvent parasité par des contre-feux qui empêchaient les opinions des uns et des autres d’être clairement énoncées et entendues.

Très vite, le débat faisait place à des insultes ou des jugements de valeur. C’est un sujet trop important pour qu’il ne soit pas traité avec sérénité, car il engage l’avenir de notre pays, et particulièrement de notre jeunesse.

Et aujourd’hui ?

– Aujourd’hui, je suis heureux de constater que le débat commence à avoir lieu et que plusieurs personnalités de la société civile s’en sont emparées et, pour certaines, ont travaillé longuement sur la question, et arrivent aujourd’hui avec des propositions concrètes à mettre sur la table.

C’est le cas notamment du Collectif Démocratie et Modernité qui a fait un long travail de fond sur le sujet depuis des années, ou du groupe de travail dont font partie Driss Benhima, Asma Lamrabet, Chafik Chraïbi et Yasmina Baddou, entre autres. Je trouve toutes ces initiatives très positives.

Les partis politiques sont-ils assez présents sur la question ?

– Je sais que le ministre de la Justice a une vraie volonté de faire évoluer notre Code pénal dans le bon sens, et il doit être soutenu dans sa démarche car, en face, les résistances sont farouches.

Jusqu’à présent, à de rares exceptions près, les partis politiques ont été très frileux sur le sujet, voire atones et décevants…

En 2011, nous avions une occasion historique de faire entrer la liberté de conscience dans la nouvelle Constitution. D’ailleurs, plusieurs versions ont été rédigées en intégrant la notion de liberté de conscience.

In fine, cette notion a été supprimée dans la version finale de la Constitution et remplacée par la liberté de pensée.

La suppression de la clause sur la liberté de conscience de la nouvelle Constitution était une occasion ratée

Cette opposition de certains partis à intégrer la liberté de conscience dans la Constitution restera comme une tache indélébile. Et quand je vois les mêmes aujourd’hui commencer à protester contre une réforme visant à améliorer le Code pénal, j’ai envie de leur rappeler la responsabilité historique qui est la leur.

C’est-à-dire ?

– Dire par exemple que réformer le Code pénal et des libertés publiques va à l’encontre de nos valeurs et joue contre l’unité de la nation est un non-sens. Prétendre que les valeurs islamiques qui sont les nôtres sont opposées aux valeurs universelles est une contre-vérité.

C’est un lieu commun de le dire mais il faut parfois le répéter : l’islam est une religion de tolérance et de liberté. Beaucoup de textes sont là pour le prouver.

Les mentalités évoluent, la société marocaine s’ouvre

Il ne faut pas avoir peur du changement, il faut l’accompagner et souvent le provoquer. Les mentalités évoluent, la société marocaine s’ouvre. Elle est complètement interconnectée avec le reste du monde à travers les médias, et surtout les réseaux sociaux.

Nous ne pouvons et ne devons pas rester arc-boutés éternellement sur des questions aussi essentielles, au risque de nous ossifier.

On attend des politiques qu’ils fassent preuve de courage et votent des lois qui ne mettent pas tout le monde d’accord, mais qui montrent un cap clair dans lequel le Maroc a décidé de s’engager, notamment en matière de  libertés individuelles.

Parfois, les lois doivent précéder les mentalités si l’on veut un vrai changement.

Les mentalités sont-elles encore trop conservatrices aujourd’hui au Maroc ?

– Certaines le sont, d’autres non. Mais je ne veux juger personne, et les conservatismes existent partout dans le monde, y compris en Occident. Cela n’empêche pas certains d’avancer.

Chacun est comme il est, a son histoire personnelle qui construit ses opinions. A nous de savoir convaincre. Je parlais juste avant d’une jeunesse qui a soif de mouvement, c’est réel.

On l’entend quand on sait l’écouter, notamment dans les textes des chansons de rap ou dans le street art, mais dans d’autres enceintes aussi. Ainsi, les auditions de la Commission pour le Nouveau Modèle de développement sont là pour le prouver.

Il faut se dire aussi que beaucoup de nos concitoyen(e)s expriment des opinions conservatrices en façade car ils s’en sentent obligés vis-à-vis de leurs famille ou leur entourage, car ils ont peur du jugement ou ne peuvent pas assumer librement leurs opinons.

Nous vivons dans un bain d’hypocrisie et de schizophrénie

Je me rappelle de cette personne engagée en politique et qui avait des opinions très dures sur les réseaux sociaux et au Parlement sur la question des libertés individuelles, portait le Hijab et qui, une fois en voyage à Paris, apparaissait sur des photos sans son Hijab, avec des jeans et dans des tenues modernes…

C’était à la fois comique et triste de voir ça. Triste car, au fond, c’est sur les photos à Paris qu’elle semblait la plus heureuse, la plus gaie, la plus en phase avec elle-même. On avait envie de lui dire : assume qui tu es, ça te fera du bien !

Nous vivons dans un bain d’hypocrisie et de schizophrénie. Et l’une et l’autre ne sont pas bonnes conseillères…

 – Que pensez-vous de la criminalisation de chacun de ces actes passibles de prison, comme l’adultère, l’avortement, les relations sexuelles hors mariage, l’homosexualité, le prosélytisme en dehors de l’islam et, enfin, le fait de rompre le jeûne en public ?

– Chacune de ces questions mérite une réponse précise et argumentée. Sans m’étaler, je peux vous dire que de nombreuses personnes au Maroc entrent dans chacune de ces catégories.

Est-ce que cela doit être considéré comme un crime et doit-on faire de ces personnes des parias, voire les obliger à émigrer dans certains cas ?

Ma réponse est non dans les deux cas. L’adultère, les relations sexuelles hors mariage, l’avortement, l’homosexualité, le prosélytisme pour d’autres religions, voire l’athéisme, sont des réalités depuis bien longtemps au Maroc, et concernent des millions de gens qui souvent vivent tout ça dans la peur, la honte, en cachette.

Certains, et surtout certaines femmes, mettent chaque jour leur vie en danger pour contourner des lois iniques. Toutes ces personnes ne sont pas plus ni moins marocaines que vous et moi.

Ce sont nos filles, nos fils, nos sœurs, nos frères, nos ami(e)s, nos connaissances… Au lieu de les conspuer, de les pointer du doigt, on se doit de les intégrer pleinement dans la société, en faisant en sorte que la loi les protège au lieu de les criminaliser, qu’ils arrêtent de se sentir comme des citoyens de deuxième catégorie.

C’est d’autant plus important d’agir maintenant que certains pays occidentaux sont en train de régresser sur ces questions.

Comment est-il possible de trouver des circonstances atténuantes à ces violeurs là où, preuves à l’appui, il n’y a que des circonstances aggravantes ?

– Après le scandale de la faible condamnation en première instance des violeurs ayant bénéficié de circonstances atténuantes dans l’affaire dite de Tiflet, pourquoi, selon vous, les juges ont-ils été si indulgents ?

Je n’en ai aucune idée, mais je ne vois pas comment il est possible de trouver des circonstances atténuantes à ces violeurs là où, preuves à l’appui, il n’y a que des circonstances aggravantes.

Ce jugement est tout simplement une honte. Un viol est un viol, et il ne saurait y avoir aucune circonstance atténuante. Surtout dans le cas présent, où il s’agit de viols répétés sur une mineure ! Enfin, dans quel monde vivons-nous ?

Comment peut-on tolérer cela et continuer à se regarder dans la glace ?

Heureusement, le jugement en appel a émis des peines bien plus en conformité avec la gravité des actes, et justice a été rendue à cette enfant. Mais la cicatrice du premier jugement restera, et surtout les leçons qu’il faut en tirer.

Sur ces affaires-là, comme les jeunes filles en jupe à Inezgane ou la petite Amina Filali poussée au suicide, la justice commence toujours par innocenter les coupables et criminaliser les victimes.

Il faut une veille citoyenne et un tollé général pour qu’elle réagisse et se reprenne en appel. Dans le cas présent, c’est un hasard total qui a permis à l’association INSAF d’avoir vent de cette affaire et à la sociologue Soumaya Naamane Guessous – bravo à elle ! – de s’en emparer et de la rendre publique.

Sans ce hasard et la mobilisation de la société civile, un autre jugement moyenâgeux serait passé sans que personne ne l’apprenne ou s’en soucie. C’est grave et ça rend encore plus urgente la réforme du Code pénal.

– Comment est-il possible que la société marocaine soit aussi patriarcale, alors que les femmes sont aussi nombreuses que les hommes ?

– Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le patriarcat n’est pas une notion exclusivement masculine. Sous nos cieux particulièrement, nombreuses sont les femmes opposées à leur propre émancipation.

C’est triste mais c’est ainsi et, pour les explications, je vous renvoie au mythe de la caverne de Platon (chapitre VII du livre La République, ndlr)…

– Est-ce vraiment la religion qui empêche une bonne partie des femmes d’évoluer sur des questions qui les concernent pourtant directement ?

– La religion n’a jamais rien empêché. Celles et ceux qui savent lire et comprendre les textes sacrés en sont convaincus. Ceux qui les détournent à des fins personnelles ou politiques font mine de l’ignorer.

L’histoire est là pour nous le prouver. La Renaissance est le fruit d’une alliance entre les artistes, le pouvoir politique et le clergé, car elle fut accompagnée de grandes réformes religieuses, mais aussi de grandes découvertes et émancipations. D’autres exemples existent dans le monde arabe ou musulman.

Les libertés individuelles ne signifient pas le rejet de nos traditions ou de notre culture

– Dans une société conservatrice où la notion de groupe prime sur les individualités, peut-on vraiment vivre librement ?

– On le peut si on le veut. C’est à nous de décider dans quelle société nous voulons vivre.

Et, encore une fois, cela ne signifie pas le rejet de nos traditions ou de notre culture. Bien au contraire. Il faut savoir évoluer en restant fiers de qui nous sommes et en préservant tout ce qui nous fait du bien. Et il y a beaucoup de bon dans nos traditions.

Mais, quoi qu’il en soit, il est temps de libérer des espaces dans notre société, permettre aux citoyens de vivre en harmonie avec qui ils sont vraiment.

– Selon certains observateurs, les dix années au pouvoir du PJD ont entraîné une crispation conservatrice qui a retardé l’acceptation de la modernité sur certaines questions…

– Il est certain que dix ans de PJD n’ont pas contribué à faire avancer les choses sur le sujet des droits et libertés fondamentales.

Mais il ne faut pas oublier que le PJD n’a pas gouverné seul, et les conservatismes ne sont pas toujours uniquement là où l’on croit qu’ils sont…

Aujourd’hui, ce temps politique est révolu, et notre pays a tourné la page. J’attends du gouvernement actuel qu’il traduise ses discours en actes, et qu’il soit soudé pour adopter des réformes courageuses.

Le Maroc a connu des avancées considérables dans certains domaines, et il se doit d’être à l’avant-garde, de montrer l’exemple dans le monde arabe sur la question des libertés individuelles.

Sans compter que nous sommes signataires d’une série de traités et conventions internationales sur la question, avec lesquels nous devons nous mettre en conformité.

La question des libertés individuelles peut sembler mineure à certains, mais pour moi c’est la mère des réformes

– À ce propos, croyez-vous à une réforme de la question de l’héritage de votre vivant ?

– Bien sûr que j’y crois. Si nous sommes tous d’accord pour considérer que la femme est l’égale de l’homme, il n’y a pas de raison que cela n’ait pas lieu.

Il s’agit de mettre en place le cadre qui permettra cette réforme.

– La question des libertés individuelles est-elle encore une priorité chez nous ?

– Pour être tout à fait sincère, je pense que le monde et le Maroc en particulier ont bien des priorités aujourd’hui : la sécheresse et la rareté de l’eau, la pauvreté, la faiblesse des relais de croissance, l’inclusion des NEET (Not in Education, Employment or Training, ndlr), l’inflation galopante, les guerres, les migrations, l’intelligence artificielle et toutes ses dérives pour l’espèce humaine dont ne semblons pas encore avoir pris pleinement conscience au Maroc… Et la liste est longue.

C’est dire que nous avons bien des défis majeurs à relever, et c’est pour cela qu’il faut mettre la question des libertés individuelles derrière nous. Pour nous unir sur le reste, relever nos manches et avancer soudés sur tous ces défis.

Au milieu de toute cela, la question des libertés individuelles peut sembler mineure à certains, mais croyez-moi elle est majeure, car complètement en lien avec tous ces sujets.

Pour moi, c’est même la mère des réformes, tout le reste part de là. On ne peut pas avancer sur une seule jambe.

     – Où en sera le Maroc dans une vingtaine d’années ?

– Je n’ai pas de boule de cristal. Cela dépendra de toutes les décisions qui sont et seront prises sur les sujets fondamentaux de la vie de la nation, car aujourd’hui beaucoup de nos concitoyens souffrent des conséquences du Covid et de la cherté de la vie.

Mon sentiment est qu’il va falloir prendre rapidement de nombreuses mesures qui vont dans le sens de la justice sociale et, surtout, de l’amélioration du pouvoir d’achat si l’on veut que la majorité des Marocains puissent avoir un avenir meilleur.

En ce qui me concerne, j’ai envie d’y croire.

Aflamin : « Avec une aide publique, la 1re plateforme marocaine de streaming deviendra rentable » (N. Ayouch)

Loin de vouloir concurrencer Netflix, Amazon ou Disney, cette plateforme, fondée en février dernier par la start-up Good Fellows, dirigée par le réalisateur Nabil Ayouch et les actionnaires de sa boîte de production Ali’N Prod, a plutôt pour ambition de permettre aux spectateurs du Maroc, et du monde, d’accéder légalement aux films marocains et de distribuer les recettes générées aux ayants droit.

« Un démarrage encore loin de la vitesse de croisière »

S’il est trop tôt pour se prononcer sur sa réussite, Médias24 a néanmoins sondé son fondateur. Ce dernier s’est dit très optimiste, nous fournissant plusieurs chiffres qui plaident en faveur de sa pérennité et d’une rentabilité future.

« Après le démarrage en février dernier, ça commence à prendre petit à petit, mais on n’a pas encore atteint la vitesse de croisière espérée. Nous sommes encore très loin du seuil de rentabilité », nous confie Nabil Ayouch, qui précise que les recettes actuelles ne couvrent pas les frais.

Un investissement initial compris entre 2 et 3 millions de dirhams

Si notre interlocuteur n’a pas souhaité divulguer le montant de l’apport des actionnaires pour financer le projet, une source nous apprend qu’il faut compter de 2 à 3 MDH. Cette dernière ajoute qu’un tel investissement nécessite plusieurs années avant d’atteindre un point d’équilibre.

Selon Nabil Ayouch, avant d’envisager la rentabilité, il faudra amortir l’investissement et financer les frais en générant un chiffre d’affaires à partir de 90% de formules d’abonnement, dites « SVOD » (Subscription Video On Demand), et de 10% de formules « Pay VOD » (vidéo à la demande).

L’objectif est de fidéliser un maximum de clients avec des formules d’abonnement (hebdomadaire, mensuel ou annuel) qui leur permettront de visionner un certain quota de films marocains.

« À ce jour, 1.000 clients quotidiens issus d’une vingtaine de pays »

« Aujourd’hui, les films marocains que nous diffusons sont visionnés chaque jour par un millier de personnes, soit 30.000 par mois, qui se connectent sur notre plateforme de streaming à partir d’une vingtaine de pays de la planète. Nous avons constaté que les Marocains étaient majoritaires, suivis de clients d’Europe, d’Amérique du Nord, du Golfe et enfin d’Afrique », a indiqué Nabil Ayouch.

Selon lui, la priorité actuelle des actionnaires est de tenir le plus longtemps possible, jusqu’à ce que le niveau de recettes soit suffisant pour commencer à amortir et financer les lourds frais de fonctionnement.

« La réussite du projet est conditionnée à une aide directe de l’État »

Le business model des plateformes cinématographiques étant à la fois coûteux et fragile, le fondateur de Aflamin espère une aide directe de l’Etat sous forme de subventions.

« A l’instar des propriétaires de salles qui reçoivent plusieurs millions de dirhams pour investir dans des équipements coûteux (projecteur, sonorisation, etc.), notre plateforme, qui est aussi une voie de diffusion du patrimoine cinématographique marocain, a déposé une demande de soutien financier », révèle Nabil Ayouch.

« 15.000 abonnés nécessaires pour devenir rentable en 2025 au plus tard »

« L’objectif de l’actionnariat de la première plateforme maroco-marocaine n’est pas de devenir milliardaire comme Netflix », souligne son cofondateur. Selon lui, il faudra passer de 30.000 visionnages mensuels, actuellement, à un minimum de 200.000, soit environ 15.000 abonnés permanents pour être en mesure d’atteindre l’équilibre financier et devenir rentable.

Selon lui, cet objectif pourra être atteint dans deux ou trois ans à la condition expresse que l’Etat soutienne financièrement Aflamin dont le fonctionnement coûte cher.

 « Sans soutien public, l’aventure ne pourra pas se poursuivre »

Aflamin parvient à exporter les créations cinématographiques nationales dans le monde entier. Le réalisateur-producteur espère donc que l’Etat l’assistera grâce à des mécanismes de soutien public qui lui permettront de résister avant de parvenir à son seuil de rentabilité.

« Nous avons eu des promesses du cabinet du ministre de la Culture qui s’est montré très sensible à notre projet, mais pour l’instant, nous attendons toujours une réponse concrète, à savoir financière. En effet, sans aide publique, nous ne pourrons pas aller plus loin, à l’image des salles de cinéma dont l’activité n’aurait pas pu perdurer sans une modernisation de leurs équipements », explique Nabil Ayouch.

Il estime que la plateforme doit être considéré par l’Etat comme un outil de diplomatie culturelle permettant d’exporter notre cinéma et de le faire connaître à l’international à travers des cycles cinématographiques.

Contre le piratage, une redistribution vertueuse des recettes d’Aflamin

Refusant de chiffrer le montant idéal de l’aide, l’actionnaire avance qu’il devra être à la hauteur de l’enjeu, alors même que le Maroc était jusqu’à présent l’un des derniers pays à ne pas disposer de plateforme, y compris sur le continent africain où l’Egypte et l’Afrique du Sud, entre autres, en ont déjà.

« En aidant les plateformes nationales, l’Etat participera à une redistribution vertueuse de leurs recettes pour tous les ayants droit des œuvres marocaines, et aussi pour changer progressivement certaines habitudes de consommation, comme le piratage qui fait beaucoup de mal et empêche le développement d’une véritable industrie culturelle marocaine », conclut Nabil Ayouch. Il rappelle que la plateforme Aflamin a l’ambition de promouvoir la culture marocaine en Afrique, en Europe et dans le monde arabe.

Nabil Ayouch explique les raisons de la nouvelle sortie de Ali Zaoua dans les salles marocaines

Sortie en 2001, le film Ali Zaoua raconte l’histoire de Ali, Kwita, Omar et Boubker, des enfants des rues de Casablanca. Depuis qu’ils ont quitté la bande de Dib, ils habitent sur le port car Ali Zaoua veut devenir marin et faire le tour du monde. Cependant, Ali est tué dans une bagarre. Dorénavant, ses trois copains n’auront qu’un seul but, lui offrir l’enterrement qu’il mérite.

Au casting, on retrouve Mustapha Hansali, Hicham Moussoune, Abdelhak Zhayra, Saïd Taghmaoui et Amal Ayouch.

Médias24 : Pourquoi ce retour en salles, c’est assez rare pour un film ?

Nabil Ayouch : Si ce n’est pas souvent le cas au Maroc, cela arrive à l’international que des réalisateurs ressortent leur film dans les salles pour les 10 ans ou 20 ans de leur sortie, à l’image de « La Haine » de Matthieu Kassovitz ou encore « Avatar » de James Cameron.

J’avais envie de partager le film avec les nouvelles générations dans des conditions techniques nouvelles 

-Cela se fait en effet pour des films qui ont explosé le box-office et ramené beaucoup d’argent, est-ce le cas pour « Ali Zaoua » ?

-C’est plutôt le cas pour des films qui ont marqué une époque et qui n’ont pas été vus par une jeune génération. Beaucoup de jeunes marocains parlent de Ali Zaoua car il est dans l’inconscient populaire mais une bonne partie d’entre eux ne l’a pas vu, notamment dans les salles de cinéma.

J’avais donc envie de le partager avec ces nouvelles générations dans des conditions techniques nouvelles à savoir en version numérique remastérisée et avec un son remixé …

-Avec le recul, est-ce que Ali Zaoua a bien marché en termes de recettes ?

-Sachant que le marché marocain est tout petit, il est difficile de répondre, mais si je me souviens bien, il a fait environ 200.000 spectateurs, ce qui était plutôt très bien dans le contexte de l’époque.

-C’est combien de spectateurs un carton au box-office pour un pays comme le Maroc ?

-Là-encore, il est très difficile de répondre car il y a très peu de salles et d’écrans au Maroc, vu le nombre d’habitants, quand on compare à des pays européens où il faut plusieurs millions de spectateurs pour cartonner comme vous dites.

Dans le contexte actuel, si un film fait un minimum de 100.000 entrées, c’est un vrai succès.Quand le film est sorti dans les salles en 2000, il y a eu les premiers jours une espèce de déni ou plutôt de volonté de ne pas voir de la part de certains spectateurs

-Avec ses 200.000 spectateurs, Ali Zaoua a donc explosé le box-office marocain ?

– Oui mais en 2000, il y avait plus de salles. Il est vrai que c’était plutôt pas mal mais, encore une fois, comparé à l’échelle internationale, ce chiffre ne représente pas grand-chose.

-Qu’est-ce que la version remastérisée apporte de plus aux spectateurs ?

-A l’époque, le film a été tourné en pellicule sur des supports son et image analogiques. La remasterisation change tout car aujourd’hui tout se fait sur des supports numériques. Pour résumer, on a transféré les images originales du négatif d’un support analogique vers un support digital, en retravaillant les gammes de couleurs, les contrastes… qui avaient un peu vieilli.

Idem pour le son auquel on a redonné de la dynamique et du coup les spectateurs vont pouvoir le découvrir dans de très bonnes conditions en accord avec les normes des nouvelles salles de cinéma d’aujourd’hui qui sont toutes passées à la diffusion en format digital.

-A l’époque, vous n’avez pas eu de problèmes avec l’administration du CCM ?

-Pas du tout. Mais il est vrai que, quand le film est sorti dans les salles, il y a eu les premiers jours une espèce de déni ou plutôt de la volonté de ne pas voir de la part de certains spectateurs… Mais, après quelques jours, le public est venu en masse dans les salles et le film a eu l’adhésion.

-Pourquoi un déni au début ?

-Avec le recul, je pense qu’il y a des réalités qu’on préfère ne pas voir car elles font mal et je suis bien placé pour en parler.

-En effet, le moins que l’on puisse dire est que vous êtes un expert en matière de polémique.

-(Rires) Je n’irai pas jusque-là mais je me rappelle que pendant la préparation de Ali Zaoua et les recherches, dans tout le Maroc, jour et nuit, qui ont duré 2 ans et demi avant le tournage avec des éducateurs de l’association Bayti pour se plonger dans le quotidien des jeunes des rues, il m’est arrivé de rencontrer des gens dont des policiers qui me demandaient ce que je faisais là.

Quand je leur répondais que j’étais réalisateur et que je voulais tourner un film sur les enfants des rues, ils me conseillaient de rentrer chez moi car « les enfants des rues n’existaient pas au Maroc ».

-Des biens–pensants  ?

-Exactement. Et quand le film est sorti, certains ont adhéré directement et d’autres ne voulaient pas être confrontés à cette triste réalité. Mais cela n’a duré que quelques jours avant que le film n’attire du monde dans les salles.

Si mes films peuvent éveiller les consciences, c’est déjà beaucoup. Il ne faut pas me mettre plus de responsabilités sur les épaules que je n’en ai en réalité

-En parlant de polémiques, « Une minute de soleil en moins » sur le genre n’a été jamais projeté au Maroc, « Whatever wants Lola » a été jugé offensant au festival d’Alexandrie qui l’a déprogrammé, vous avez été taxé de sioniste pour « My Land » et enfin « Ali Zaoua » où vous avez été accusé d’exploiter ses 4 acteurs qui étaient des enfants des rues pour les laisser tomber après. Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous allez leur verser les recettes (et à l’association Bayti) de la version remastérisée parce que vous avez mauvaise conscience 20 ans après ?

-Laissez-moi être bien clair sur ce sujet. Je ne me sens en aucun cas responsable de l’avenir des enfants des rues de mon pays ou des acteurs qui ont joué dans mes films, et de ce fait je n’ai aucune raison d’avoir mauvaise conscience. Je ne me sens obligé de rien. Ce que je fais aujourd’hui, je le fais car j’en ai envie et je pense que c’est bien.

Si je fais du cinéma, c’est pour éveiller les esprits et c’est aux autorités et aux pouvoirs publics d’agir sur le terrain de prendre le relais avec les moyens qui sont les leurs car, encore une fois, je ne suis que cinéaste. Si mes films peuvent éveiller les consciences, c’est déjà beaucoup et il ne faut pas me mettre plus de responsabilités sur les épaules que je n’en ai en réalité.

Et puis, contrairement à ce que certains ont pu dire, je n’ai jamais laissé tomber mes acteurs. Encore une fois, car j’en ai envie. Je les ai suivis, pour certains jusqu’à aujourd’hui. Je les ai aidés à monter des projets de vie avec le salaire qu’ils ont gagné sur le film et les éducateurs de l’association Bayti. La plupart ont joué dans mes films suivants et dans des séries que j’ai produites. Certains ont travaillé dans les équipes de mes films, c’est le cas de Ali Zaoua lui-même qui travaille actuellement dans l’équipe décors de mon prochain film dont le tournage démarre dans six semaines… Et plus encore, mais j’ai pas envie de rentrer dans les détails, je ne suis pas là pour ça.

-Et puis, il y a eu la Fondation Ali Zaoua, n’est-ce pas ?

En effet, ce film a donné naissance à la fondation Ali Zaoua qui a créé des centres culturels dans tout le Maroc pour la jeunesse défavorisée. On en est à 5 centres aujourd’hui et des milliers de jeunes qui fréquentent nos centres ! Alors que j’aurais pu m’en tenir à la réalisation du film et baisser le rideau.

Sachant que mon cinéma s’inspire à la fois d’une réalité marocaine et de mon parcours de vie, il y a par conséquent une cohérence entre mes films et mes origines où j’ai découvert le monde dans une maison de la jeunesse et de la culture (MJC) dans la banlieue parisienne à Sarcelles.

Ce sont sûrement les films « rouges » d’Eisenstein ou de Chaplin qui passaient dans le cinéclub de cette MJC qui ont éveillé ma conscience politique et mon goût pour les problématiques sociales sans compter certaines rencontres qui m’ont donné envie de faire ce genre de cinéma qui a engendré « Ali Zaoua », « les Chevaux de Dieu »…

Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est juste une façon de « give back » (rendre), comme disent les américains, ce que m’ont donné et appris les éducateurs sociaux de Sarcelles qui m’ont permis de rester sur les rails et de ne pas dévier.

Je suis persuadé que les Naïma Samih, Amy Winehouse, Mohamed Abdelouhab, Michael Jackson, Andy Warhol de demain viendront de ces quartiers défavorisés. Et c’est pour ça qu’on a envie de les aider avec Mahi Binebine, dans le cadre de la fondation Ali Zaoua.

Il y a une forme de banalisation que je trouve inacceptable. Aux enfants de la rue, sont venus s’ajouter sur les trottoirs les réfugiés syriens et les subsahariens et on trouve ça presque normal

-Vous ne vous êtes donc pas enrichi avec votre film sur les enfants des rues ?

-(Rires) Pas que je sache, non. Difficile de s’enrichir en faisant du cinéma, vue la taille du marché marocain…

-Le ressortir est donc un acte militant pour relancer le débat sur ce sujet de société que le Maroc n’a toujours pas réglé ?

-Tout à fait, car il y a une forme de banalisation que je trouve inacceptable. Aux enfants de la rue, sont venus s’ajouter sur les trottoirs les réfugiés syriens et les subsahariens et on trouve ça presque normal.

S’il y a d’autres priorités dont il faut parler, j’en suis conscient, ce phénomène me fait mal et me met en colère et j’ai donc envie d’en reparler, qu’il revienne dans le débat public et ne tombe pas dans l’oubli.

-Est-ce que 20 ans après, notre époque se prête plus à ce genre de débat ?

-Je ne sais pas, c’est peut-être une goutte d’eau dans l’océan mais il faut quand même essayer. Peut-être que cela aidera à ce qu’on en reparle sérieusement, à l’image du Conseil National des Droits de l’Homme qui va organiser le 25 novembre une journée sur les enfants de la rue dans le cadre de la journée internationale de l’enfance en diffusant Ali Zaoua. C’est toujours bon à prendre et on verra après ce qu’il en ressortira.

Pour conclure, je me dois de rappeler que cette nouvelle sortie n’est pas une opération commerciale et pas un centime n’ira dans la poche du producteur ou du réalisateur.

En dehors de la part des distributeurs et exploitants de salles de cinéma, 100% des bénéfices seront reversés à l’association Bayti et aux quatre acteurs du film.

 

“Ali Zaoua” ressort en salle le 26 octobre

Au-delà des considérations techniques et de la remasterisation (4K, son HDR), la reprogrammation de Ali Zaoua, vingt ans après sa première diffusion sur grand écran, répond à la nécessité “de remettre le sujet des enfants des rues au cœur du débat public”, indique un communiqué de la société Ali n’ productions.

“Il y a vingt ans, lorsque j’ai décidé de faire un film sur et avec des enfants de la rue, c’était pour dénoncer une situation qui me paraissait inacceptable dans notre société”, déclare Nabil Ayouch. “Vingt ans après, le constat est quasiment le même. Cela continue à m’indigner”, déplore-t-il.

Cette reprogrammation est ainsi considérée comme une “action militante” par le metteur en scène. “L’intégralité des bénéfices de la ressortie du film sera reversée aux acteurs principaux et à l’association Bayti qui œuvre à la réinsertion sociale des enfants en situation difficile”, précise le communiqué.

Encensé par le public, Ali Zaoua a reçu 44 prix dans les festivals internationaux et nationaux. Il a représenté le Maroc à la cérémonie des Oscars en 2021, dans la catégorie “Meilleur film étranger”.

Entretien avec Nabil Ayouch sur la première plateforme cinématographique du Maroc

Médias24 : Pourquoi votre projet de plateforme cinématographique qui avait été lancé en 2018 a-t-il mis autant d’années à se concrétiser ?

Nabil Ayouch : Parce que je me suis posé beaucoup de questions sur la manière d’aborder du mieux possible ce projet.

S’il est vrai que le processus a pris beaucoup plus de temps que prévu, nous sommes finalement arrivés à le concrétiser.

-Quel a été l’investissement financier nécessaire ?

-Je ne peux pas vous révéler le montant des investissements mobilisés mais il nous a cependant fallu réunir plusieurs partenaires pour rassembler les moyens nécessaires.

D’ailleurs, nous avons limité au maximum les frais en mode start-up.

-Sachant que vous êtes aussi producteur, est-ce un projet à vocation lucrative ?

-Nous ne sommes pas sur un modèle de plateforme à l’américaine. Il est donc certain que nous n’avons pas lancé Aflamin pour gagner de l’argent en tâchant de concurrencer Netflix ou Amazon…

-Quelle est alors votre ambition ?

-Valoriser le cinéma marocain pour que le public marocain, en priorité mais pas seulement, qui vit au Maroc ou à l’étranger puisse voir ou revoir les films de notre patrimoine ou des œuvres cinématographiques contemporaines de ces dernières années voire même toutes récentes.

-Vous ne pensez pas qu’une telle initiative d’utilité publique relève des attributions de l’État et que vous vous substituez aux pouvoirs publics notamment au ministère de la culture ?

-Je ne crois pas car partout dans le monde, force est de reconnaître que la plupart des plateformes nationales de cinéma ont été lancées par des opérateurs privés.

-A la différence qu’elles n’ont pas la même vocation comme votre plateforme qui aspire à nous faire découvrir l’histoire et l’évolution du cinéma marocain ?

-La vocation de ce projet est de rassembler et partager notre patrimoine culturel via la branche cinématographique.

Cela dit, j’espère très sincèrement que l’État va nous soutenir.

-De quelles manières ?

-À travers des subventions directes et une aide à la digitalisation des anciens films marocains.

En effet, plusieurs d’entre eux ont malheureusement disparu des radars faute d’avoir été numérisés. Partant de ce triste constat, nous espérons un soutien du ministère de la culture et plus particulièrement de la cinémathèque pour nous accompagner dans ce projet qui inclut une notion flagrante de bien public.

De plus, le réalisateur que je suis est concerné de près par ce projet car souvent interpellé par le public, notamment jeune, qui ne sait pas où et comment revoir certains de mes anciens films.

Faute d’une simple plateforme permettant de les visionner légalement, il est triste de constater que les nombreuses pépites de notre cinéma national sont au fil du temps invisibilisées et oubliées par le public des jeunes générations, universitaires, cinéphiles …

-On ne peut pas se procurer des films marocains même chez les vendeurs de DVD piratés ?

Exact, il y a une espèce de gentleman agreement ou d’accord tacite avec les pirateurs pour épargner plus ou moins les films marocains qui sont moins victimes de plagiat que leurs concurrents étrangers.

-Dans ce cas, où peut-on trouver les anciens films marocains qui ne sont plus à l’écran ?

La grande majorité du répertoire cinématographique national est malheureusement introuvable hormis certains films éventuellement disponibles sur des plateformes étrangères comme Much Loved sur Netflix et Razzia sur Amazon.

D’où l’intérêt de votre plateforme ?

Absolument mais il faut préciser qu’aujourd’hui, le piratage n’est plus majoritairement physique (DVD) mais passe plutôt par un visionnage direct sur le net sans aucune remontée de recettes pour les ayants-droit ou les équipes (réalisateur, producteur, scénariste …).

A contrario, avec notre nouvelle plateforme Aflamin, on se dirige vers un cercle vertueux où chaque dirham qui rentre sera partagé équitablement avec les ayants droit.

Comment faites-vous pour acquérir les droits de diffusion des films de votre catalogue ?

Une fois les ayants droit contactés, nous leur proposons un contrat avec un partage des recettes à venir. Si nous sommes d’accord, la plateforme investit pour couvrir tous les frais nécessaires (numérisation du film, amélioration de l’image, éditorialisation et valorisation du film…).

-Un partage 50%-50% ?

La nature du partage des recettes validée au préalable par les deux parties dépend plutôt du nombre de clics.

Qu’en-est-il des films internationaux de votre catalogue ?

Tout le monde est logé à la même enseigne avec un processus identique d’acquisition des droits.

La seule différence, plutôt positive car plus économique pour nous en termes de frais, est que les ayants-droit nous envoient des films qui sont déjà digitalisés et passés par d’autres plateformes.

-Quelle est la ventilation en termes de contenu marocain ou étranger ?

-Si le cinéma marocain est majoritaire avec 80% des films, on a réservé 20% aux œuvres étrangères.

-Vous démarrez avec 200 heures de contenu soit +/-cent films, n’est-ce pas un peu léger ?

-(Rires), 90 films, c’est plus que bien pour un démarrage.

Il est vrai que si on avait opté pour un modèle pirate, nous aurions pu proposer 3.000 films dans notre catalogue mais nous avons choisi un modèle vertueux.

Cela n’a vraiment pas été facile de contacter tous les ayants-droit, d’obtenir leur accord et enfin de passer à la partie technique en mettant on-line les œuvres de leurs ascendants sur notre plateforme.

-Quel est votre objectif en termes de contenu ?

-Sachant que nous n’en sommes qu’à la phase de démarrage, notre objectif est d’élargir d’ici deux ans notre offre cinématographique pour inclure la quasi-totalité des films marocains qui ont été produits depuis l’invention du cinéma.

Tout comme Netflix qui a commencé avec un catalogue bien plus réduit que celui de notre plateforme Aflamin, il faudra un peu de temps pour se développer.

-Justement, combien de films a produit le Maroc depuis l’invention du cinéma ?

-Le chiffre exact est de 450 longs-métrages sans compter les nombreux court-métrages, documentaires …

-Ce n’est pas énorme ?

-Oui mais nous avons une belle marge de progression avec une vingtaine de films aidés chaque année (en temps normal) par le Centre cinématographique marocain (CCM), soit environ 15 sorties annuelles.

-Les nouveaux films qui viennent de sortir au cinéma peuvent être diffusés en même temps sur votre plateforme?

-Non, priorité sera donnée à la salle sur le modèle de ce qui se fait en Europe, à savoir avec un cycle de sortie au cinéma suivie 3 mois plus tard par un visionnage possible payant en VOD (vidéo à la demande).

-Y-a-t-il un équivalent de Aflamin dans d’autres pays du continent ou ailleurs ?

-Je n’ai pas constaté de plateforme similaire en Afrique mais comme le Maroc est, derrière l’Égypte, le pays qui produit le plus de longs-métrages au Maghreb et dans notre continent, il était logique de monter une plateforme dédiée au cinéma marocain.

-Cette plateforme pourra devenir rentable à l’horizon 2024 ?

-Cela serait une bonne nouvelle pour tout le monde et notamment pour que notre tour de table continue à investir dans le cinéma marocain qui doit vraiment devenir à terme synonyme de rentabilité.

Mais aussi pour que cette plateforme trouve un modèle économique qui marche sans quoi cela voudrait dire que c’est le système de piratage et les plateformes étrangères qui auront eu le dernier mot.

-A quel horizon, pensez-vous être fixés ?

-Aujourd’hui, nous faisons face à un véritable enthousiasme mais il va falloir un soutien effectif du public avant d’être vraiment fixés dans quelques mois sur le sort de notre plateforme.

-Combien d’abonnés sont nécessaires pour atteindre le seuil de rentabilité ?

-Nos recettes viennent des abonnements et des locations de films (one shot ou pour 48 heures) qui ne nécessitent pas d’engagement avec des tarifs bien plus intéressants qu’un ticket de cinéma.

Pour vous répondre directement, notre modèle économique nécessite environ 5.000 abonnés permanents sur la plateforme auxquels il faut ajouter 5.000 à 50.000 locations de films grand public ou pointus.

-Une fois rentabilisée, Aflamin va suivre les traces de Netflix en devenant producteur ?

-C’est notre intention, la prochaine étape sera en effet de participer au financement de nouveaux films même si ça ne sera pas à 100% comme le fait Netflix

En fait, dès que la plateforme sera rentable, nous allons encourager et soutenir financièrement la production cinématographique marocaine.

-Quel soutien du côté du ministre de la Culture ?

-Si nous démarrons à peine, nous espérons qu’il va nous suivre sur ce projet car non seulement cela fait partie des attributions de son ministère mais en plus on dit que Mehdi Bensaïd est un grand cinéphile …

 

Voici par ailleurs la fiche technique de la plateforme:

 Outil de découverte du 7ème art dans toute sa diversité, la nouvelle plateforme de streaming du cinéma marocain “AFLAMIN” apporte une large offre de films indépendants du Maroc, mais aussi de tous les continents, pour la plupart primés dans les plus grands festivals internationaux.

Créée cette année, par la start-up Good Fellows, à l’initiative du réalisateur Nabil Ayouch et de Ali n’ Productions, la plateforme du cinéma marocain AFLAMIN répond à un besoin culturel essentiel.

L’idée d’AFLAMIN émane de la double nécessité de donner au grand public un accès légal aux productions nationales et de contribuer à la dynamique de l’industrie cinématographique marocaine en redistribuant les recettes générées équitablement aux ayant-droit. Tous les contenus présentés sur AFLAMIN ont été acquis auprès d’une quarantaine de producteurs et sont protégés par des systèmes anti-piratage aux normes internationales.

« Les Marocains et en particulier la jeunesse de notre pays, aiment leur cinéma. Et pourtant ils ont assez peu d’opportunités de voir ou de revoir les films récents ou du patrimoine. Notre ambition est non seulement de reconnecter le public marocain, à son cinéma mais aussi de valoriser le travail des cinéastes en proposant une nouvelle fenêtre de diffusion pour nos œuvres. » Nabil Ayouch, cinéaste marocain.

 La sélection proposée par la plateforme se base sur un seul credo : mettre en avant des films qui ont un intérêt évident pour le public marocain, qu’il soit artistique, intellectuel, divertissant, culturel, sociologique ou historique.

Le cinéma national étant sa vocation première, AFLAMIN se donne comme objectif de présenter la quasi-totalité du cinéma marocain d’ici deux ans. Les nouvelles acquisitions de films viendront ainsi incrémenter l’offre mois après mois et faire l’objet d’une éditorialisation dédiée, destinée à les mettre en avant.

Pour cela, AFLAMIN propose :

A travers cet effort de programmation diversifiée, d’éditorialisation et de prescription, AFLAMIN se propose de contribuer à renforcer et à étendre la fibre cinéphile à travers le royaume  et ce, en participant à l’éducation à l’image. AFLAMIN se fixe également pour mission de développer la curiosité pour cet art majeur qu’est le cinéma, en aiguisant le regard du grand public sur les films et plus généralement leur regard sur le monde.

“ Autant national qu’international, le public est avide de culture et de cinéma « à la demande ». Les plateformes VOD internationales déjà présentes offrent peu de cinéma marocain. AFLAMIN se propose de creuser un nouveau canal autour de notre cinéma national mais aussi avec une offre de cinéma international indépendant. Notre idée est de bâtir une nouvelle audience de cinéphiles, la plus large possible, parmi nos concitoyens”, souligne Kenza Safouane, directrice générale de AFLAMIN.

“Il reste qu’à nos yeux la meilleure manière de présenter le cinéma marocain est de l’inscrire dans un cinéma international, pour montrer qu’il existe, qu’il a évolué, et évolue encore aujourd’hui en dialogue avec les autres cinémas du monde”, conclut Nabil Ayouch.

A propos de la plateforme AFLAMIN

 AFLAMIN a été créé en 2022 par la start-up Good Fellows à l’initiative du réalisateur Nabil Ayouch et de Ali n’ Productions.

Le public peut accéder aux films (en numérique HD) via le site web www.aflamin.com sur les applications Smartphone (Android et Apple) et sur Smart TV Android.

 Tous les longs-métrages peuvent être loués à l’unité pour 48H, à 20 DH.

Les utilisateurs peuvent régler leurs achats directement via carte bancaire (Visa et MasterCard) ou en espèces en utilisant le “Wallet AFLAMIN” mis à leur disposition sur la plateforme.

Comment marche le “Wallet AFLAMIN” ?

Le « Wallet AFLAMIN » permet de régler ses achats directement sur la plateforme Aflamin.

Le wallet peut être rechargé par carte bancaire ou en espèces.

La recharge en espèce se fait via un code délivré par la plateforme que l’utilisateur devra présenter dans les réseaux CASH PLUS et AL BARID BANK pour finaliser la recharge de son wallet.

Une fois sa recharge créditée, il peut acheter sur la plateforme son abonnement ou ses films à l’unité.

Les paiements effectués par carte bancaire sur la plateforme AFLAMIN sont tous sécurisés grâce au protocole 3D Secure proposé par le CMI (Centre Monétique Interbancaire).