Sahara. Une évolution de la position de Cuba et du Venezuela est possible (Nabil Benabdallah)

La diplomatie partisane vient en complément de celle officielle. Riche de plusieurs décennies de multipartisme, le Maroc peut et doit compter sur ses formations politiques pour défendre ses intérêts à l’international. Dans le champ politique national, la majorité des partis sont affiliés, selon leurs affinités, à des organisations internationales ou bien ont des liens avec des partis à l’étranger. Le Parti du progrès et du socialisme (PPS, opposition) a cela de particulier qu’il garde de bonnes entrées auprès de partis extrêmement hostiles au Maroc, notamment en Amérique latine.

Les héritiers de Ali Yata et Abdellah El Ayachi travaillent à inverser cette tendance. Comme nous l’écrivions dans un précédent article, quand Nabil Benabdallah se déplace à La Havane, ce n’est pas pour déguster un cigare avec les orphelins de Fidel Castro.

Accompagné de son camarade à la direction, Saïd Bekkali, il revient d’un périple à Cuba et au Venezuela où ils ont été reçus par les partis qui comptent dans ces pays. Nabil Benabdallah nous en dit plus dans cet entretien.

Lors de la prochaine session des Nations unies, notamment de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, il devrait y avoir des développements majeurs

Médias24 : Quelle appréciation faites-vous de la récente position du Royaume-Uni sur la question du Sahara ?

Nabil Benabdallah : La récente position du Royaume-Uni sur la question du Sahara vient confirmer la tendance générale de la reconnaissance de la marocanité du Sahara par un certain nombre de pays européens, mais aussi d’autres continents… des pays importants dont les États-Unis, la France et l’Espagne.

Ces pays mettent en avant soit la marocanité du Sahara, soit la solution d’autonomie comme étant la seule solution viable par rapport à cette question.

Cette reconnaissance du Royaume-Uni vient confirmer cette tendance et consacrer encore plus le fait que le Maroc inscrit désormais la question de l’unité territoriale dans une perspective de règlement définitif.

Nous pensons que lors de la prochaine session des Nations unies, notamment de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, il devrait y avoir des développements majeurs, malgré les tentatives désespérées des adversaires de notre intégrité territoriale de faire passer des résolutions ; notamment cette dernière tentative qui tendait à considérer que le conflit concerne deux parties, alors que les Nations unies, depuis belle lurette, considèrent que ce conflit concerne quatre parties principales, à savoir le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le polisario.

Je pense que cela est extrêmement important. Ce qui est également important dans cette affaire, c’est que la Grande-Bretagne accompagne sa reconnaissance d’une déclaration claire concernant le fait que les accords commerciaux, économiques et financiers et les accords d’investissement concernent également le territoire marocain récupéré dans son Sud, à savoir les trois régions du Sahara marocain.

— Vous revenez d’un périple en Amérique latine qui vous a menés à Cuba et au Venezuela. Quel était l’objectif de cette tournée ?

— Oui, effectivement, nous revenons avec Saïd Bekkali, membre du bureau politique et chargé des relations extérieures d’un long périple au Venezuela et à Cuba.

L’objectif de ces deux visites s’inscrit dans le cadre d’abord de tout le travail préparatoire que nous avons effectué avec les représentations diplomatiques de ces deux pays au Maroc, puisque aussi bien le Venezuela que Cuba ont une ambassade et des ambassadeurs dans le Royaume.

Nous avons longtemps travaillé sur cette question pour pouvoir contribuer en tant que parti à donner une impulsion nouvelle, notamment, aux relations avec Cuba.

Pourquoi ? Parce qu’avec Cuba, nous n’avons de relations diplomatiques que depuis 2017. Tandis qu’avec le Venezuela, ces relations diplomatiques existaient même du temps du régime qui a précédé le régime actuel dirigé par le Parti socialiste unifié du Venezuela, avec à sa tête le président Nicolas Maduro.

Nous avons donc voulu exprimer clairement une position de soutien à ces deux pays par rapport aux mesures de sanction qui concernent le Venezuela, qui ont un impact relativement important sur ce pays, mais surtout sur notre position de principe que nous exprimons depuis des dizaines d’années, à savoir le refus du blocus imposé de manière injuste et inique au peuple cubain.

J’ai déjà eu l’occasion de me rendre à Cuba il y a quelques années à deux reprises, et c’est la troisième fois que j’y vais. Je peux vous dire que les impacts de ce blocus imposé par les États-Unis d’Amérique sont absolument catastrophiques pour le peuple cubain à différents niveaux.

En second lieu, nous avons voulu aussi partager avec ces deux pays les analyses sur la situation internationale compliquée marquée par le conflit palestinien et la nécessité de dénoncer aujourd’hui fortement la guerre imposée par le régime sioniste à la Palestine, et en particulier une guerre dont le peuple palestinien subit les pires atrocités. Une guerre qui s’inscrit dans une volonté de génocide, d’épuration ethnique, de crime de guerre, tels que définis par les tribunaux internationaux à ce niveau.

Nous avons enfin voulu partager avec les dirigeants du Venezuela, mais également du Parti communiste de Cuba, les développements que connaît la question de notre intégrité territoriale, et le fait qu’aujourd’hui cette question est en train d’aboutir à un règlement définitif.

Il s’agit pour ces deux pays de s’inscrire dans cette dynamique nouvelle et de comprendre qu’il y a lieu de tenir compte de ces réalités nouvelles marquées, comme on l’a dit plus haut, par des reconnaissances en chaîne d’un certain nombre de pays, dont des pays importants auxquels vient de s’ajouter le Royaume-Uni.

Il est possible d’arriver à une évolution dans la position de Cuba et du Venezuela sur la question du Sahara

Cela a été très utile à différents niveaux puisque nous avons pu sortir avec des résultats (…) avec le Parti socialiste unifié du Venezuela, mais également avec le Parti vert qui est membre de la coalition au Venezuela, et avec le Parti communiste cubain.

Nous avons la volonté d’établir des mémorandums d’entente et de renforcer les relations entre notre parti et les leurs. Il est surtout question d’agir ensemble pour développer encore plus les relations entre notre pays et le Venezuela, d’une part, et Cuba, d’autre part.

Cette volonté a été clairement et fortement exprimée par nos interlocuteurs à ce niveau.

— Ces deux pays sont considérés comme de grands soutiens traditionnels des séparatistes. Pourrait-on espérer un changement de leur position concernant le Sahara à l’image d’autres nombreux pays récemment ?

— Oui, je pense qu’il y a lieu de considérer qu’il est possible d’arriver à une évolution dans la position de ces deux pays. Cette évolution, nous l’avons sentie dans la discussion. Ces deux pays souhaitent fortement développer des relations avec le Maroc et considèrent que c’est possible en inscrivant dans le temps la question du Sahara et une position nouvelle de leur part, en permettant que notre pays et les leurs avancent résolument dans une coopération économique à différents niveaux.

Nous avons senti cela, et je pense que nous continuerons de faire des efforts dans le cadre de l’engagement qui a été pris.

— Nous voulions évoquer avec vous l’exemple de la Colombie où l’institution législative est diamétralement opposée au chef de l’État sur la question du Sahara. Quelle lecture en faites-vous ?

— Vous savez, dans le continent latino-américain, il y a eu pendant des dizaines d’années une action soutenue – facilitée probablement par la question de la langue – de la part des séparatistes et du polisario, avec l’appui de l’Algérie. Sur ces dizaines d’années, cela a laissé beaucoup de traces à différents niveaux de la société politique, des institutions élues, des partis politiques dans ces différents pays, Colombie comprise.

Nous avons pu faire évoluer les positions d’un certain nombre de partis et de pays. Il faut continuer dans ce sens. C’est une action de longue haleine

Donc, il n’est pas étonnant qu’il y ait encore des survivances dans ce continent d’une certaine sympathie, parce qu’il aurait fallu mener une action beaucoup plus soutenue de pédagogie. Cela a été fait à différentes périodes.

Nous avons aussi essayé de notre côté au PPS, mais les conditions ne permettaient pas à l’époque de faire évoluer les positions d’un certain nombre de pays, notamment des partis de gauche qui, à l’unisson dans tous les pays d’Amérique latine, étaient dans une perspective de soutien à un soi-disant processus d’autodétermination d’un soi-disant peuple.

Nous avons pu faire évoluer les positions d’un certain nombre de partis et de pays. Il faut continuer dans ce sens. C’est une action de longue haleine. Aujourd’hui, le Maroc dispose de représentations diplomatiques dans la majorité des pays d’Amérique latine, voire dans tous les pays d’Amérique latine.

Il faut également que l’action diplomatique officielle, renforcée par les succès et les acquis du Maroc en la matière, outre la diplomatie partisane et la diplomatie parlementaire, fasse évoluer encore plus les positions de ces pays.

Comme je vous le disais dans ma première réponse, ce qui risque de se passer d’ici la fin de cette année va certainement avoir une influence majeure sur les positions de ces pays qui hésitent encore dans leur position à l’égard de la justesse de la cause de notre peuple et de notre pays sur la marocanité du Sahara.

Un certain nombre d’indices permettent de penser que des évolutions majeures devraient être inscrites dans le calendrier par rapport à notre question nationale

Nous devons pour notre part poursuivre notre effort à tous les niveaux, aussi bien au niveau officiel qu’aux autres niveaux que j’ai cités.

— Envisagez-vous d’autres initiatives de ce genre auprès d’autres pays ?

— Oui, bien sûr, nous envisageons d’autres initiatives, nous n’arrêtons pas.

Le fait que nous ayons visité le Venezuela et Cuba, cela a, semble-t-il, attiré l’attention de plusieurs organes de presse, cela a pas mal circulé dans les réseaux, parce que, probablement, il s’agit du Venezuela et de Cuba. Mais il y a trois, quatre semaines de cela, nous avons organisé une grande rencontre internationale à Tanger, dans laquelle il y avait des représentants de plus de vingt pays. Et plusieurs partis politiques ont participé, des acteurs associatifs de différents pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie, et cela a permis de mieux exposer notre position sur le Sahara par exemple.

— Nombre d’analystes estiment que la question du Sahara sera tranchée de manière définitive en 2025 ou en 2026. Qu’en pensez-vous en tant que chef de parti et en tant qu’ancien responsable gouvernemental ?

— Oui, oui, il y a un certain nombre d’indices qui permettent de penser que des évolutions majeures devraient être inscrites dans le calendrier par rapport à notre question nationale.

Cette évolution devrait principalement concerner, je pense – en tout cas c’est mon espoir –, le fait d’inscrire la solution d’autonomie comme étant la seule initiative possible par rapport au règlement définitif de cette question.

Si l’Organisation des Nations unies adopte une résolution qui va dans ce sens, nous pourrons considérer à ce moment-là que l’essentiel a été fait et qu’il n’y aura plus qu’à passer à l’étape de mise en œuvre ; ce qui n’empêchera probablement pas quelques résistances de dernière minute de la part de nos adversaires.

Mais je pense qu’il faudra qu’on continue de manière résolue jusqu’à la consécration définitive de la souveraineté de notre pays, de notre peuple sur nos territoires du Sahara.

Vidéo institutionnelle sur 2M : le PPS et le MP saisissent la HACA

Deux formations politiques de l’opposition, le Parti du progrès et du socialisme (PPS) et le Mouvement populaire (MP), ont déposé une plainte auprès de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), accusant le gouvernement d’utiliser les ressources publiques à des fins de « propagande politique ».

Une vidéo jugée « publicitaire » et « orientée »

La vidéo en question, d’une durée d’environ deux minutes et vingt secondes, met en avant les réalisations du gouvernement sous le titre : « Des réalisations majeures ont été accomplies pour atteindre le Maroc que nous voulons en 2030, et notre ambition est encore plus grande ». Elle débute par une référence à la performance de l’équipe nationale marocaine lors du Mondial 2022 et se conclut sur l’emblème du Royaume, tout en faisant la promotion de plusieurs programmes gouvernementaux tels que la réforme de l’éducation, le soutien au logement, le programme « Forsa », le soutien social direct et l’assurance maladie obligatoire.

 

Le PPS pointe une violation des principes de neutralité politique

Dans une lettre adressée à la présidente de la HACA, Latifa Akharbach, le secrétaire général du PPS, Mohamed Nabil Benabdallah, dénonce « une violation flagrante des principes de neutralité politique » et une « tentative de manipulation de l’opinion publique » en utilisant « des éléments du patrimoine national à des fins électorales ».

Le PPS accuse la chaîne 2M d’avoir diffusé « un contenu propagandiste déguisé en communication institutionnelle » et de ne pas respecter l’obligation de pluralisme et d’équilibre dans l’information audiovisuelle publique. Selon le parti, ce contenu s’apparente à « une publicité électorale anticipée », ce qui constituerait une infraction aux règles en vigueur.

Le PPS appelle ainsi la HACA à ouvrir une enquête sur le financement, la production et la diffusion de cette vidéo, et à vérifier si elle respecte les dispositions de la loi 77.03 sur la communication audiovisuelle, notamment celles interdisant « la publicité déguisée » et « la propagande politique sur les chaînes publiques ».

Le MP dénonce une « instrumentalisation du Mondial 2030 »

De son côté, le Mouvement populaire (MP) s’insurge contre « l’utilisation opportuniste » de l’organisation par le Maroc du Mondial 2030 à des fins politiques. Dans sa plainte, Mohamed Ouzzine, secrétaire général du MP et député d’Ifrane, qualifie cette vidéo de « publicité électorale dissimulée », qui vise à associer les programmes gouvernementaux au succès de l’organisation de la Coupe du Monde 2030.

Le MP critique particulièrement l’inclusion de « messages électoraux hors contexte » et l’exploitation « inacceptable » d’un événement d’envergure nationale et internationale à des fins de « promotion partisane ». Selon M. Ouzzine, « le Mondial 2030 est un accomplissement du Roi, du peuple marocain et non d’un gouvernement particulier », ce qui rend son instrumentalisation « injustifiable ».

Le MP demande ainsi à la HACA de suspendre immédiatement la diffusion de la vidéo institutionnelle et de prendre « les sanctions nécessaires » à l’encontre de la chaîne 2M pour « non-respect de son cahier des charges ».

Cette double plainte met en lumière les tensions croissantes à l’approche des échéances électorales. La HACA, l’organe régulateur du paysage audiovisuel, décidera si la vidéo incriminée constitue effectivement une violation des règles d’équilibre et de neutralité imposées aux médias publics.

Aujjar et la gauche dans les institutions. Pour Nabil Benabdallah, une “sortie partisane” qui “n’avait pas lieu d’être” (1/2)

“Quels sont les raisons objectives pour choisir, au sein du même courant politique, les personnes dirigeant les institutions de gouvernance ?”, s’interroge Mohamed Aujjar (RNI), lors d’un événement organisé par la fondation Lafquih Titouani, le 12 novembre dernier.

Depuis, ses propos et questionnements font l’objet d’une polémique, surtout qu’ils portent sur des instances dont la nomination à la présidence relève d’une prérogative royale et que, en réalité, toutes les personnes à la tête de ces institutions ne sont pas affiliées au même courant politique.

Lors de son intervention, Mohamed Aujjar se dit “surpris” que “toutes les instances de gouvernance” soient “présidées par un seul courant politique”, à savoir “la gauche”. Il cite le “Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique” (CSEFRS) et le “Conseil économique, social et environnemental” (CESE).

Le premier est présidé par Habib El Malki et le second par Ahmed Réda Chami. D’après nos recherches, ils sont les seuls présidents d’institutions constitutionnelles à être ou à avoir été affiliés à l’USFP, parti de gauche, visé par Mohamed Aujjar.

C’est ce que nous confirme Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS. Contacté par Médias24, il estime que “ces propos sont malvenus” et ce, même si le PPS ne se sent pas concerné.

Qui préside réellement les institutions constitutionnelles ?

“Il se trouve qu’il y a deux ou trois semaines, trois institutions constitutionnelles étaient présidées par l’USFP. Il n’y en a plus que deux aujourd’hui. Au total, il y a 7 ou 8 institutions constitutionnelles et toutes ne sont pas dirigées par des gens de gauche. Le PPS en a eu une il y a trois ou quatre ans. Il s’agit de l’institution du Médiateur qui, aujourd’hui, est dirigée par une personne qui n’est pas de gauche”.

En effet, l’institution du Médiateur du Royaume est aujourd’hui placée entre les mains du magistrat Mohamed Benalilou, nommé à ce poste en décembre 2018. Le même mois, Bachir Rachdi est nommé à la tête de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC), tandis qu’Amina Bouayach est nommée présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH).

Idem pour Latifa Akharbach, présidente de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA).

En 2021, le Roi nomme Ahmed Rahhou à la tête du Conseil de la concurrence, tandis que Bank Al-Maghrib est dirigée, depuis 2003, par Abdellatif Jouahri.

Toutes ces personnalités n’ont aucune affiliation politique connue. Certains, comme Amina Bouayach (l’USFP), ont pris leur distance avec des formations politiques.

Les interrogations d’Aujjar

Pourtant, Mohamed Aujjar généralise. Il affirme que “toutes” les institutions de gouvernance sont dirigées par des personnes affiliées au courant politique de gauche.

Selon lui, il s’agit même d’une “situation qui pousse au questionnement. Que signifie le fait qu’un seul parti accapare la présidence de toutes les institutions ? Quand une personne a été de gauche toute sa vie, cela finit par déteindre sur ses idées etc. (…). Il faut garantir un équilibre des institutions. Le RNI, le PAM et le PI constituent la majorité et ne sont à la tête d’aucune institution. Est-ce que le timing des rapports publiés est ‘naturel” ? Comme celui publié au moment où le Chef du gouvernement présente le bilan de mi-mandat ?”.

Mohamed Aujjar nuance ses propos par la suite. Il précise qu’il ne discute pas de la nomination de ces présidents qui, rappelons-le, relève de la compétence du Roi, mais vise plutôt “les parties qui suggèrent des noms”. Celles-ci doivent, selon lui, “se remettre en question”.

Il clarifie davantage en indiquant que ses interrogations ne concernent pas le Haut Commissariat au Plan qui est une institution de “statistiques” et précise qu’il “ne dit pas que les institutions de gouvernance ou de la société civile doivent suivre le gouvernement. Au contraire, le gouvernement bénéficie des critiques et ouvre les débats avec les syndicats et autres”.

Or, les propos de Mohamed Aujjar soulèvent à leur tour des interrogations. Faut-il obligatoirement inclure des personnalités de la majorité pour assurer un équilibre au sein de ces institutions ? Une telle approche ne remet-elle pas en question l’indépendance de ces institutions constitutionnelles ?

“Ce débat n’a pas lieu d’être”

Pour Nabil Benabdallah, “tout cela est en train de polluer une situation politique qui l’est déjà suffisamment”. Selon lui, “ce débat n’a pas lieu d’être”. Et pour cause : “ces institutions sont nommées sur initiative royale. Sa Majesté a la totale aptitude pour désigner les profils qui vont donner les meilleurs résultats au niveau de ces instances”.

Nabil Benabdallah qualifie l’intervention de Mohamed Aujjar de “sortie partisane” et ”étroite” qui “n’avait pas lieu d’être”.

Et d’ajouter : “il considère que les institutions constitutionnelles devraient être en harmonie avec le gouvernement actuel. C’est grave de tenir ce genre de propos car ces institutions sont censées être indépendantes. Elles sont censées garder une distance et une autonomie par rapport à n’importe quel gouvernement, quel qu’il soit”.

“Confondre majorité et nomination au sein des instances constitutionnelles est vraiment déconseillé. Je pense que ces institutions doivent être présidées par les meilleures compétences, qu’elles soient de gauche, de droite, du centre ou même non affiliées politiquement, à partir du moment qu’il s’agit de compétences réelles qui peuvent apporter quelque chose au sein de ces instances”, conclut notre interlocuteur.

Si le débat semble être éminemment politique, il n’en demeure pas moins qu’il concerne des institutions constitutionnelles.

Qu’en pensent alors les constitutionnalistes ? Nadia Bernoussi, professeure de droit constitutionnel, nous livre son analyse dans la deuxième partie de cet article.

Pourquoi le dépôt de la motion de censure envisagée par l’USFP n’a pas abouti (N.Benabdallah-M.Ouzzine)

Proposé en janvier par le Premier secrétaire de l’USFP pour pousser « le Chef du gouvernement à s’expliquer sur sa politique », le processus de dépôt d’une motion de censure par les quatre partis de l’opposition (USFP, PPS, MP et PJD) n’aura pas fait long feu et ne sera pas arrivé à son terme après des divergences apparues entre les leaders.

« La médiation du PPS n’a pas abouti »

Sollicité par Médias24 pour faire le point sur cette initiative, le secrétaire général du parti du livre, Nabil Benabdallah a confié avoir vainement essayé de rapprocher les points de vue des leaders de l’opposition (USFP-MP) lors d’une médiation du PPS tenue dans la soirée du dimanche 7 avril.

« Nous avons essayé de rapprocher nos points de vue pour maintenir une symbiose mais les annonces faites prématurément (par l’USFP) sans l’accord des 3 autres protagonistes et les divergences liées à la formation des futures instances de la Chambre des députés n’ont pas facilité la tâche », explique Benabdallah en ajoutant que le dépôt de la motion de censure a finalement été reporté sine die.

Le PJD s’est désolidarisé à cause de divergences avec la personne de Driss Lachgar

Sur le rejet de cette initiative exprimé samedi 6 avril par le PJD, le SG du PPS a déclaré que la coalition USFP-PPS-MP pouvait se passer du soutien de ce parti car son poids au parlement lui aurait permis de rassembler aisément le quorum nécessaire du cinquième des voix des 395 députés pour présenter la motion de censure.

« Au départ, nous espérions qu’il ferait partie de notre mouvement mais nous n’avons pas réussi à le rallier à cause d’un certain nombre de divergences liées aux personnes », révèle Nabil Benabdallah en rappelant que la direction du PJD avait déjà interdit à son groupe parlementaire de soutenir l’initiative du parti de la rose lors d’une réunion des 4 présidents de groupe tenue à la fin de mars.

En d’autres termes, le SG du parti de la lampe, Abdelilah Benkirane a refusé de rejoindre l’initiative de l’USFP à cause de son Premier secrétaire qu’il avait accusé d’être une des raisons pour laquelle, il n’avait pas pu composer un gouvernement après les élections législatives de 2016.

« Maintenir la pression sur le gouvernement en provoquant un électrochoc »

Et d’ajouter que malgré la tentative avortée de déposer une motion de censure dans le cadre d’une coalition USFP-PPS-MP, le plus important, selon Nabil Benabdallah, est que l’opposition puisse continuer à élever son niveau d’action face à « l’échec patent de l’expérience gouvernementale ».

« En réalité, l’essentiel est que nous puissions continuer à nous coordonner dans l’opposition avec tous ceux qui le voudront, y compris le PJD, pour pallier l’échec gouvernemental », souligne le secrétaire général du parti du livre qui ne veut pas relâcher la pression sur le gouvernement.

Sur l’efficacité de cette motion de censure qui n’avait aucune chance d’être adoptée sans une majorité absolue au Parlement, notre interlocuteur a expliqué que la coalition de l’opposition était consciente qu’elle ne pourrait jamais passer mais que ce qui importait vraiment dans cet acte politique était de « provoquer un électrochoc en montrant que ce gouvernement ne tenait pas la route ».

A la dernière question portant sur l’état actuel de l’opposition et sur ses perspectives, Nabil Benabdallah a affirmé que son parti multipliera ses efforts pour que la parole de l’opposition puisse porter à l’intérieur de l’enceinte parlementaire mais surtout dans la société marocaine.

« L’annonce prématurée de l’USFP a fait fuir le PJD »

Contacté à son tour pour expliquer les raisons de l’échec de cette initiative que le Mouvement populaire avait rejointe, son secrétaire général Mohamed Ouzzine a confirmé que l’annonce prématurée de l’USFP, le 27 janvier dernier, de déposer une motion de censure sans aviser ses partenaires de l’opposition n’avait pas été du goût de la direction du PJD qui n’a pas souhaité qu’on lui force la main.

« En réalité, nous avons tous contesté cette démarche car c’est une décision politique forte qui nécessite d’être soumise à l’avis de toutes nos instances respectives avant d’y adhérer », estime Ouzzine en précisant que son parti a fini par se rallier à l’initiative de l’USFP car malgré le rejet du PJD, le quorum constitutionnel nécessaire était atteignable même en l’absence du parti de la lampe.

« Les raisons qui ont poussé le MP à reporter l’initiative de l’USFP »

Sur les raisons du report du dépôt commun de la motion de censure, le leader du MP explique que son parti a jugé nécessaire de patienter à cause de la concomitance de la déclaration à mi-mandat du chef de gouvernement qui aura lieu le 17 avril, et la réélection des instances au niveau du parlement.

« De plus, il y a eu un nouveau facteur de désaccord avec l’USFP quand nous avons appris que ce parti briguait la présidence de la commission de la justice et législation qui est présidée par le MP », dénonce Ouzzine en affirmant que « son ami Driss Lachgar » n’a pas démenti son intention de chambouler l’attribution des présidences de commission au sein des groupes de l’opposition.

Et de conclure que cet obstacle moral dans une coordination fraîchement consentie l’avait poussé à contacter le Premier secrétaire du parti de la rose pour convenir de laisser mûrir son initiative …

Précisons que toutes nos tentatives de joindre un membre de l’USFP ou du PJD n’ont pas abouti.

Nabil Benabdallah : « Nous voulons constituer une alternative progressiste à la majorité actuelle »

A l’approche du mi-mandat de l’actuel gouvernement, le PPS a déjà ouvert le bal des positionnements en opérant un rapprochement avec l’USFP ; rapprochement qui pourrait s’élargir à d’autres partis de gauche comme la FGD et le PSU, ou à ceux de l’opposition actuelle, voire même à l’Istiqlal qui fait partie de la majorité gouvernementale.

Dans cet entretien, le secrétaire général du parti du Livre, Nabil Benabdallah, nous livre les possibles scénarios qui permettront de générer une alternative progressiste à la coalition menée par le RNI.

Médias24 : Votre parti est en train de se rapprocher de l’USFP, est-ce un retour à la Koutla sans l’Istiqlal ?

Nabil Benabdallah : Pas vraiment car dans tous les cas de figure, le positionnement de chacun de nos partis ne permet pas aujourd’hui d’avoir avec nous l’Istiqlal, qui est une composante de la majorité, même si cela n’empêche rien pour l’avenir.

Aujourd’hui, nous sommes ouverts à un premier cercle avec une identité de gauche composée essentiellement de l’USFP et du PPS

– En d’autres termes, vous n’insultez pas l’avenir…

– En effet, mais à l’issue de l’actuelle expérience gouvernementale, toutes les voies seront ouvertes.

Aujourd’hui, nous sommes ouverts à un premier cercle avec une identité de gauche composée essentiellement de l’USFP et du PPS, puis à un deuxième cercle où on essayera d’aller chercher ce que l’on appelle le peuple de gauche, et enfin à un troisième et dernier spectre qui contiendra toutes les composantes actuelles de l’opposition parlementaire.

Sachant que notre pays en a fortement besoin, nous essayons de construire ou de dégager une sorte d’alternative progressiste à la majorité et au gouvernement actuel.

Ce rapprochement n’est qu’un retour aux fondamentaux

– Qu’est-ce qui vous unit aujourd’hui plus qu’hier à l’USFP ?

– En termes de parcours historique, que ce soit sur le fond ou sur les fondamentaux, nos positions sont très proches sur un certain nombre de questions politiques, économiques et sociales.

Les considérations politiques ou même politiciennes ont fait qu’à certaines périodes, nous avons pu diverger sur des questions de positionnement politique ou d’alliance, comme lors de la constitution du gouvernement menée par le PJD, mais sur le fond, nos positions sont restées très proches.

En réalité, ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’un retour aux fondamentaux et à une position éclairée qui permet de considérer que si on veut réellement construire une alternative de gauche, cela passe par une colonne vertébrale constituée principalement de nos deux partis politiques.

Sans ces deux partis, il sera en effet difficile de prétendre que l’un d’entre nous pourra, à lui seul, constituer une alternative au gouvernement actuel.

Sa Majesté le Roi a clairement énoncé que nous devons assainir le champ politique

– Jusqu’où pourra aller ce rapprochement, loin d’être inédit ?

– Dans un premier temps, jusqu’à préparer ensemble le terrain des élections de 2026. Sous quelle forme et de quelle manière, ce sont des choses qui se construiront petit à petit sans précipitation.

En effet, quand on fixe des objectifs de départ trop ambitieux, on risque fort de ne pas atteindre la cible et de générer du dépit et de la frustration alors que nous voulons créer de l’espoir et réconcilier les Marocains avec la politique.

C’est pour cette raison que nous accorderons beaucoup d’importance à la réforme du champ politique, parce que nous considérons que ce qui se passe aujourd’hui nécessite de revoir profondément ses fondements mais aussi plusieurs paramètres comme la situation et le rôle des partis, la mise en œuvre effective de la Constitution, la façon dont se déroulent les élections et les lois électorales, le contrôle qui doit être fait de l’utilisation de l’argent lors des campagnes électorales, la question de l’éthique et de la probité du personnel politique…

Des thématiques plus que d’actualité, sachant que dans la dernière lettre royale adressée au Parlement à l’occasion des 60 ans de l’institution législative, Sa Majesté le Roi a clairement énoncé que nous devons assainir le champ politique pour en améliorer la qualité et le rendement.

Si nous voulons y parvenir, il va falloir s’attaquer à une réforme profonde du champ politique.

Une tournée commune PPS et USFP est prévue dans tout le pays

– Peut-on envisager une coordination dans les choix des circonscriptions aux prochaines élections ?

– Il ne faut pas aller trop vite en besogne ; nous ne sommes qu’en 2024 et les élections ne sont que dans deux ans et demi. Partant de là, nous avons donc le temps de travailler pour affirmer encore plus notre action commune dans le cadre d’une plateforme en nous ouvrant à d’autres forces sur le champ social.

Pour cela, nous allons probablement faire une tournée dans tout le pays.

– Une tournée commune ?

– Certainement, pour expliquer les tenants et aboutissants de notre initiative mais partant du principe que petit à petit, l’oiseau fait son nid. Encore une fois, il ne faut pas se précipiter pour garantir le succès de cette initiative.

– Quels seront vos chevaux de bataille aux prochaines législatives : des valeurs progressistes de gauche ou uniquement le point sur le bilan du gouvernement actuel ?

– La réforme du champ politique est fondamentale ; nous comptons prendre en temps voulu des initiatives en ce sens qui seront d’ailleurs annoncées dans les mois à venir.

Il est évident que nous allons développer un certain nombre de principes progressistes dans notre approche globale en défendant des idées communes pour améliorer le rôle de l’Etat, du secteur public et de la gouvernance pour avoir une économie plus performante, avec une vraie vision sociale qui ne soit pas uniquement un slogan utilisé par l’actuel gouvernement qui se prévaut de l’Etat social.

De plus, nous comptons accorder la primauté aux services publics comme l’école et l’hôpital.

Cela ne signifie pas pour autant que nous n’allons pas développer un partenariat privilégié avec le secteur privé. Car sans les entreprises, on ne pourra pas développer notre économie nationale.

Aller aussi loin que possible dans l’égalité homme-femme

Nous souhaitons également combattre l’informel pour porter haut l’entreprise marocaine formelle en dépassant un certain nombre de pratiques existantes dans notre pays qui ont été signalées dans le document du Nouveau Modèle de développement, comme la lutte contre la rente et la corruption, une action pour une transparence dans le domaine des affaires, le fait d’aller encore plus loin vers la promotion de l’égalité homme-femme et énormément de perspectives de réformes pour l’avenir.

– Quid des vraies valeurs de la gauche, notamment l’égalité des sexes, dans le domaine de l’héritage par exemple ?

– Elles font bien évidemment partie de nos priorités et je vous invite à vous référer à nos deux documents sur la réforme de la Moudawana ainsi qu’aux nombreuses rencontres de nos organisations féminines qui développent des visions réalistes allant vers plus d’égalité.

Quand je dis réaliste, cela veut dire que nous allons veiller à aller le plus loin possible en tenant compte d’un certain nombre de positions liées aux principes sur lesquels se base la Constitution.

Si certains ne veulent voir dans cette Constitution le fait que le Royaume est un Etat musulman, nous voulons rappeler à tout le monde que dans son préambule, avant de parler d’Etat musulman, l’Etat est d’abord qualifié d’Etat démocratique où doit régner l’égalité des droits et des chances, et que pour cela, le Maroc a adopté un certain nombre de conventions internationales en la matière.

Nous essayerons donc de faire l’équilibre entre ces deux lectures qui font que d’autres tendances, notamment islamistes, s’accrochent, voire s’arcboutent à privilégier seulement le deuxième paragraphe.

Nous allons donc batailler pour nos valeurs car nous estimons que nous devons le faire, mais avec raison.

– En fait, vous allez batailler contre les valeurs du PJD ?

– Nous ne cherchons pas à batailler contre qui que ce soit, mais plutôt à convaincre concernant le bien-fondé de nos idées et de nos valeurs pour le développement de notre pays.

Plus de démocratie, plus de libertés pour plus d’égalité dans notre pays : voilà ce que nous recherchons.

Si nous ne sommes pas là pour essayer d’ériger des tranchées et de créer plus de divisions dans la société marocaine, cela ne nous empêche pas de défendre fortement nos valeurs progressistes.

Ainsi, nous pourrons très bien nous retrouver à travailler avec les forces qui le souhaitent sur certaines questions sur lesquelles nous sommes d’accord, et si ce n’est pas le cas, comme pour le Code de la famille avec le PJD, nous ne travaillerons pas avec eux sur ce dossier.

Ils défendront leurs positions et nous les nôtres dans le respect, mais nous pourrons nous retrouver avec eux sur d’autres questions d’ordre politique, économique ou social.

Mémorandums PPS et USFP sur la Moudawana : notre positionnement est largement plus avancé que celui du RNI, du PAM, du MP et de l’Istiqlal

Quand vous voyez le contenu de notre mémorandum et celui de l’USFP et que vous les comparez à ceux des autres partis présents au Parlement, vous constaterez que notre positionnement est largement plus avancé que celui du RNI, du PAM, du MP et de l’Istiqlal car nous partons d’une idéologie de gauche qui se veut égalitaire, or ce n’est pas le cas des autres.

En d’autres termes, même si on a plus de divergences de valeurs avec le PJD, nous en avons aussi avec les autres forces politiques.

– Dans une société très conservatrice, vous allez prendre le risque électoral de mettre en avant la nécessité de réformer la place de la femme ?

– Nous allons le faire avec raison et mesure mais nous n’allons pas en faire la bataille du siècle. C’est une bataille qui fait partie de la réforme du champ politique à l’instar de celles que nous allons mener sur les orientations économiques du pays et sur le front social pour une véritable justice sociale.

Par conséquent, c’est un combat global qui ne va pas se limiter uniquement à la question du Code de la famille, d’autant plus que ce dossier devrait se clôturer dans les deux ou trois mois à venir après le délai fixé par Sa Majesté pour y apporter des réponses.

Tout en espérant que cette question connaîtra d’importants acquis, cela ne nous empêchera pas d’agir pour faire évoluer le Code de la famille, mais il faudra bien continuer à s’occuper d’autre chose, comme le combat sur l’égalité salariale, la place de la femme dans la politique et dans la société.

S’il est vrai que c’est un travail de longue haleine, nous ne nous sommes pas retrouvés avec l’USFP uniquement sur la question du Code de la famille, mais plutôt sur une plateforme d’actions qui précisera nos priorités dans les prochains jours.

– Quid d’une alliance avec les autres partis de gauche comme la FGD ou le PSU ?

– Si ces formations sont disposées à avoir une attitude positive à l’égard de notre initiative, nous souhaitons ardemment qu’elles puissent la rejoindre.

– Qu’entendez-vous par attitude positive ?

– Que notre porte n’est fermée à personne, en particulier lorsqu’il s’agit de tendances politiques nées dans les rangs de l’USFP et du PPS, mais encore faudrait-il que ces partis acceptent notre initiative portant sur une unité d’action.

Aujourd’hui, nous souhaitons nous retrouver pour parler du présent et de l’avenir et certainement pas pour ressasser ce qui a pu se passer lors des décennies écoulées, car force est de constater que ce travers est souvent présent chez les partis de gauche, que j’appelle à adopter une attitude plus constructive.

– Vous voulez dire qu’ils vous reprochent d’avoir gouverné avec le PJD ?

– Absolument pas, mais plutôt ce qu’on a pu faire avec le gouvernement d’alternance, notamment la raison pour laquelle nous y avons participé.

Je vais prendre, dans les jours à venir, des contacts personnels avec les leaders de la FGD et du PSU

– Vous voulez donc faire table rase du passé ?

– On ne fait jamais table rase du passé même si on doit évidemment en tenir compte, nous devons nous concentrer pour essayer de construire l’avenir ensemble.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vais prendre, dans les jours à venir, des contacts personnels avec les leaders de ces partis pour leur dire que nous avons vraiment besoin qu’ils adoptent une attitude plus positive à l’égard de cette démarche

– Vous pensez à quel parti en particulier ?

– Aux deux principaux, à savoir le PSU et à la Fédération de la gauche.

– Pourquoi pas avec le PJD, avec lequel vous avez longtemps été partenaire ?

– Je vous ai dit qu’il y avait trois cercles possibles, à savoir avec l’USFP, puis avec les autres partis de gauche et enfin avec ceux de l’opposition parlementaire dont fait bien évidemment partie le PJD.

Sur certaines questions comme la réforme du champ politique ou sur la nécessité d’une vraie justice sociale, nous avons en effet un certain nombre de points d’accord avec le PJD qui fait que nous pourrons travailler ensemble.

Nous pouvons aussi avoir des positions de convergence avec le Mouvement populaire, mais il n’est pas possible être d’accord sur tout, sans quoi nous n’avancerons sur rien.

Et de manière naturelle, la porte restera ouverte au parti de l’Istiqlal qui, je vous le rappelle, a toujours été notre partenaire depuis l’obtention de l’indépendance.

– Vous envisagez donc une grande coalition gouvernementale menée par le PPS-USFP et la FGD et le PSU, voire avec le Mouvement Populaire et le PJD ?

– Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite en besogne. En effet, je ne peux pas vous répondre aujourd’hui sur quelque chose qui va se passer en 2026.

– Mais l’éventualité d’une nouvelle alliance du PPS avec le PJD n’est pas exclue ?

– Encore une fois, je ne peux pas vous répondre, car quid de l’Istiqlal si la possibilité se présente ? En effet, qu’est-ce qui nous dit que demain nous ne serons pas dans des conditions qui feront que nous pourrons, ou serons obligés, de travailler avec l’une des composantes du gouvernement actuel ?

Ce n’est qu’à ce moment que nous pourrons nous prononcer, mais pour l’instant, nous espérons surtout construire une coalition sur une base programmatique proche de nos valeurs de gauche.

Nous agirons donc en conséquence lorsque les conditions seront plus claires mais, à ce jour, notre priorité est de faire émerger une alternative de gauche.

– Comment la gauche peut-elle encore avoir un avenir au Maroc alors que dans une précédente interview accordée à Médias24, vous aviez reconnu que la seule différence actuelle avec la droite se limitait à un positionnement géographique au Parlement ?

– Je n’ai pas dit cela. J’ai dit qu’à l’origine, la gauche avait historiquement davantage un positionnement spatial dans l’enceinte parlementaire qu’une démarcation politique.

« Le mouvement progressiste continuera d’exister encore longtemps »

– Vous avez pourtant bien dit qu’elle se limitait à une différence spatiale au Parlement ?

– Tout simplement parce qu’à l’origine, la gauche était placée chez nous, comme ailleurs, dans les travées de gauche du Parlement, mais en réalité le vrai clivage a toujours concerné, hier comme aujourd’hui, un positionnement progressiste contre celui des conservateurs.

Je n’ai donc jamais considéré qu’il n’y avait plus de différences avec la droite, loin de là. Elles sont nombreuses et je considère que le mouvement progressiste continuera d’exister encore longtemps. Il existera tant que le combat pour les libertés, pour l’égalité, pour la justice sociale, pour un rôle plus important de la femme et de la jeunesse, pour une économie transparente et développée dans laquelle l’Etat et le secteur public jouent un rôle important à côté d’un secteur privé développé, responsable et citoyen, et que la lutte contre la rente et la mauvaise gouvernance se poursuivront.

Ces chantiers qui se nourrissent des idées progressistes nécessiteront une action forte qui ne pourra être portée que par la gauche car ce n’est pas le combat des libéraux ou des conservateurs, qu’ils soient religieux ou pas.

C’est d’ailleurs pour cette raison que nous essayons d’unir nos efforts au lieu que chacun continue à se battre tout seul dans son coin.

Puisque vous cherchez à savoir pourquoi nous avons travaillé avec le PJD, c’est parce que nous avons considéré que le champ politique était en danger avec des pratiques indignes qui ont prévalu sur le champ politique national à l’issue de la dérive née de la création d’un nouveau parti en 2008.

Face au constat que la démocratie marocaine était en danger, nous avions espéré que les partis de la Koutla pourraient s’opposer haut et fort à cette dérive mais malheureusement, cela n’a pas été le cas.

À défaut, nous avons considéré, à l’issue du Mouvement du 20 février, de l’adoption de la nouvelle Constitution et des élections de novembre 2011, qu’il était de notre devoir de travailler avec un parti qui, au-delà de nos divergences sur les valeurs, était d’accord avec nous sur la question de la défense de la démocratie mais aussi sur la nécessité d’engager des réformes sociales et économiques.

Malgré notre positionnement différent, nous avons su gérer nos divergences sur la question des libertés et notamment celle de l’égalité homme-femme puisqu’il n’y a eu de ce côté aucun recul ni aucune loi adoptée qui ait été liberticide.

Aujourd’hui, vous avez un gouvernement qui se dit moderniste, mais pouvez-vous me citer le nombre d’avancées qu’il a développées en matière de libertés et sur le champ démocratique

– Aucune avancée non plus ?

– Certes, il n’y a pas eu d’avancées mais il n’y a pas eu de recul non plus, et c’est déjà pas mal.

Aujourd’hui, vous avez un gouvernement qui se dit moderniste, mais pouvez-vous me citer le nombre d’avancées qu’il a développées en matière de libertés et sur le front démocratique ? Aucune avancée et d’ailleurs, il ne s’en soucie même pas, ni n’en parle.

Faut-il rappeler que la question de la réforme de la Moudawana est un chantier qui a été initié par Sa Majesté le Roi et que le gouvernement actuel n’a rien proposé ou fait à ce niveau, ni d’ailleurs sur la réforme du Code pénal qui était censée sortir il y a deux ans et demi et que nous attendons toujours.

Il n’y a par conséquent aucune comparaison possible avec ces forces qui se disent opposées au PJD, d’autant plus que l’actualité montre qu’elles donnent une piètre image de la politique.

– Que pensez-vous apporter de plus que le gouvernement actuel, sachant que vous avez été associé pendant plusieurs années à celui de Abdelilah Benkirane où le RNI était présent ?

– Notre priorité est de réformer le champ politique, ce qui n’est pas le cas du gouvernement actuel. Est-ce que le gouvernement actuel défend la démocratie, les droits de l’Homme et l’élargissement des espaces de liberté ? Certainement pas.

Est-ce que ce gouvernement agit pour une économie plus forte et transparente avec un rôle moteur de l’État ou avec un secteur privé de plus en plus présent et une économie informelle qui régresse ? Il n’y a qu’à voir les récentes critiques de la CGEM sur son action et vous aurez la réponse.

Est-ce que le gouvernement actuel a été en mesure de gérer réellement les crises sociales ? Là encore, il n’y a qu’à voir comment il a géré la crise de l’enseignement, où on est passé à côté de la catastrophe. Et encore ! Ce n’est pas terminé ; l’année est fortement menacée pour les enfants de notre peuple qui sont scolarisés dans l’école publique.

Est-ce que ce gouvernement a la capacité de communiquer avec notre peuple et de le mobiliser, sachant que sans mobilisation sociale, il ne peut y avoir de développement ? La réponse est encore négative parce qu’il ne comprend pas l’importance du partage politique dans toute action.

Je pourrais aller beaucoup plus loin mais il est évident que plus nous serons présents dans une coalition qui représentera une alternative, plus la gauche aura de voix et parviendra à être prégnante dans une coalition gouvernementale pour que nous puissions concrétiser nos positions demain.

Je me dois de rappeler que lorsque nous avons assumé la responsabilité d’un certain nombre de secteurs, en particulier dans la première version du gouvernement PJD, nous avons réalisé un certain nombre d’acquis et avons pu travailler dans des conditions relativement confortables.

Avec le fossé actuel qui ne cesse de grandir entre les différentes couches de la société marocaine et leurs représentants politiques, les choses sont devenues beaucoup plus complexes et la réforme du champ politique est devenue une nécessité, pour ne pas dire une véritable urgence.

Faut-il rappeler que les institutions politiques ont été très fortement dépréciées lors des élections de 2021, avec l’utilisation massive de l’argent, et que les scandales qu’on voit éclater aujourd’hui sont la preuve que le monde politique est menacé et qu’il faut le sauver.

Pour cela, il faut absolument engager des réformes essentielles pour réconcilier notre peuple, et surtout notre jeunesse, avec les institutions, avec des actions d’ordre électoral et politique qui aillent dans le sens de la lettre royale récemment envoyée au Parlement, qui appelait à revaloriser le travail politique, les institutions représentatives et la qualité des élus.

Nous sommes à mon avis les mieux placés pour y parvenir en tant que forces de gauche.

– Le PAM ou le RNI sont-ils une ligne rouge pour une éventuelle coalition menée par la gauche ?

– Je n’ai jamais parlé de ligne rouge, mais nous allons essayer de faire en sorte de constituer, dans un premier temps, avec l’USFP et le PPS, la colonne vertébrale d’une alternative progressiste.

Par la suite, nous verrons avec qui nous pourrons travailler, en espérant pouvoir le faire sur une base programmatique qui soit plus la nôtre que celle des autres partis.

– La porte reste-t-elle ouverte à l’un de ces deux partis ?

– Je vous ai déjà donné une réponse qui consiste à dire que ce qui nous importe, c’est de développer notre présence politique d’ici les élections de 2026 pour faire émerger une nouvelle génération politique chez nous et encore plus chez les autres, et in fine, avoir à ce moment-là une force électorale qui soit beaucoup plus puissante que celle que nous avons actuellement.

Sachant qu’aujourd’hui, nos deux partis représentent pas loin de 60 sièges au Parlement, nous espérons parvenir, d’ici 2026, à doubler notre présence, sans compter l’apport d’autres formations de gauche moins importantes.

Dans cette hypothèse, il est évident que le poids plus important que nous pourrons constituer nous permettra de participer à un gouvernement dans des conditions autrement plus avantageuses que par le passé.

Ce n’est qu’à ce moment-là que nous verrons avec qui nous pourrons constituer un gouvernement, mais encore une fois notre priorité actuelle est d’abord de savoir sur quelle base programmatique et sur quelle orientation économique, politique, culturelle et sociale cela pourra se faire.

Il est en effet beaucoup trop tôt pour commencer à tracer des comètes et à délimiter un terrain politique qui va forcément évoluer d’ici 2026. Ce serait faire preuve de beaucoup d’immodestie que de se prononcer dès à présent sur ce que nous allons faire et avec qui nous allons travailler.

Nous voulons développer une vision programmatique commune qui nous permettra d’agir au sein de la société et de récolter un maximum de soutiens au sein des nombreux déçus de la politique, notamment chez les abstentionnistes.

– Votre quatrième mandat arrivera à terme au moment des prochaines législatives. Pensez-vous que votre successeur conservera la même ligne politique, à savoir s’allier avec l’USFP ?

– C’est une question que je ne me pose pas car je ne peux pas imaginer que la direction qui émergera après la fin de mon mandat ira dans un sens différent.

En effet, le PPS est un parti démocratique qui a toujours prôné l’union des forces progressistes et eu une vision unitaire à l’égard de l’USFP malgré quelques divergences par le passé.

A partir du moment où les conditions d’une action unitaire avec l’USFP continueront de prévaloir en 2026, il n’y a aucune raison qu’il y ait de la part de la future direction du PPS une orientation différente.