Verbatim. Ce qu’il faut retenir de l’entretien de Nadia Fettah Alaoui avec le Stimson Center
En marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale à Washington, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, a pris part à un entretien public organisé par le Stimson Center, l’un des think tanks américains les plus actifs sur les questions internationales.
Face à un auditoire composé de diplomates, d’experts et d’investisseurs, elle a exposé la vision économique du Maroc, revenant sur les défis de la croissance, la transition énergétique, la création d’emplois, et le rôle du pays dans la région.
Voici les éléments importants à retenir.
Politique commerciale et relations économiques
La ministre a rappelé que la force du Maroc réside dans sa vision de long terme et son attachement à l’ouverture commerciale.
« Nous avons une vision à long terme lorsqu’il s’agit de partenariats et d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Nous ne changeons pas notre ADN. Le commerce international n’est pas un choix, c’est une nécessité ».
Nadia Fettah Alaoui a insisté sur le fait que cette ouverture n’est pas conjoncturelle, mais structurelle. « Nous avons signé plus de cinquante accords commerciaux à travers le monde, ce qui reste une exception sur le continent africain. Le Maroc ne prend jamais de décisions à court terme. Lorsqu’il dit qu’il est ouvert, qu’il veut des ports, des industries, des échanges, c’est pour le long terme », explique-t-elle.
La ministre a ainsi défendu la continuité d’un modèle fondé sur l’intégration internationale, tout en soulignant la résilience du Maroc face aux chocs récents, notamment ceux liés à la pandémie et à la guerre en Ukraine.Les échanges commerciaux avec les États-Unis sont plus importants qu’avec la ChineInterrogée sur les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, Nadia Fettah a souligné que le Maroc reste un partenaire loyal de Washington.
« Nous sommes dans le monde et nous faisons partie des chaînes de valeur mondiales. Le commerce avec les États-Unis est beaucoup plus important que celui que nous avons avec la Chine. Au cours des cinq dernières années, les importations en provenance des États-Unis ont atteint environ 25 milliards de dollars« , souligne-t-elle.
Concernant les droits de douane américains, la ministre a précisé : « Nous faisons partie des pays soumis à des tarifs relativement faibles (10%). Nous importons beaucoup des États-Unis (avions, produits alimentaires, énergie, etc.) et, malgré ce déséquilibre commercial, ces tarifs n’ont pas eu d’impact massif sur notre économie« .
La problématique de l’emploi
Sur la question de l’emploi des jeunes, Nadia Fettah Alaoui reconnaît l’ampleur du défi. « Le chômage, en particulier celui des jeunes, est un problème massif. L’éducation, à tous les niveaux, de la petite enfance à l’université, constitue la base de toute solution durable. Nous avons besoin d’emplois qualifiés ».
Par ailleurs, la ministre admet que ces réformes éducatives et structurelles prennent du temps, alors que les attentes sociales sont immédiates.
« Nous ne pouvons pas attendre que les effets des réformes à long terme se fassent sentir. Les jeunes veulent un emploi aujourd’hui, pas dans dix ans. C’est pourquoi nous avons lancé dès le début de 2025 un plan global pour accélérer la mise en œuvre des réformes et obtenir des quickwins« , précise-t-elle.
« Les politiques de l’emploi ne relèvent pas seulement du ministère du Travail. Toutes les politiques publiques ont un impact sur l’emploi. Désormais, chaque programme financé par le budget doit inclure des indicateurs de performance liés à la création d’emplois ».
La ministre évoque également les dysfonctionnements du marché du travail. « Les entreprises se plaignent d’un manque de main-d’œuvre qualifiée, alors que des milliers de diplômés en géographie ou en biologie ne trouvent pas d’emploi. Cela montre que notre recette n’a pas encore fonctionné ».
Pour y remédier, Nadia Fettah Alaoui cite l’exemple du secteur de l’aéronautique, où la formation s’est faite dès le départ en partenariat public-privé. « C’est un modèle que nous pouvons étendre à d’autres secteurs, pour rapprocher la formation des besoins réels des entreprises ».
La ministre a par ailleurs souligné l’impact du climat et des mutations technologiques sur le marché du travail marocain.
« Nous avons perdu environ un million d’emplois agricoles en dix ans à cause de la sécheresse. Les autres secteurs ne peuvent pas absorber seuls ces pertes. Et demain, les transformations technologiques risquent de modifier la nature même de l’emploi. Nous devons innover et ne pas toujours rester une technologie derrière le monde développé ».
Transition énergétique et partenariats public-privé
Nadia Fettah Alaoui a longuement insisté sur la stratégie nationale des énergies renouvelables. « Sous la conduite de Sa Majesté le Roi, le Maroc a engagé dès 2009 une politique énergétique ambitieuse. Aujourd’hui, 40% de notre capacité électrique proviennent des énergies renouvelables. L’objectif est d’atteindre 52% d’ici 2030. Nous avons à la fois le soleil et le vent, souvent dans les mêmes zones, ce qui réduit les problèmes d’intermittence ».
Pour ce qui est du financement, la ministre a évoqué le rôle du secteur privé dans le financement des projets. « L’agence en charge des renouvelables était initialement financée par l’État, mais aujourd’hui, plus un seul dirham public n’est nécessaire. Les investissements se font via des partenariats public-privé, ce qui soulage le budget national ».
Investissement public et rôle du secteur privé
La ministre rappelé que le Maroc veut inverser la structure de l’investissement national. « Aujourd’hui, les deux tiers des investissements proviennent du secteur public. Notre objectif est d’arriver à deux tiers privés, un tiers public ».
Elle a expliqué que cette transition se fera sans réduire brutalement la dépense publique. « Nous ne pouvons pas arrêter les investissements publics. En revanche, nous privilégions désormais les PPP, notamment dans l’énergie renouvelable et le dessalement de l’eau ».
Nadia Fettah Alaoui plaide pour une approche collaborative. « J’ai commencé dans le privé, et je travaille aujourd’hui dans le public. Ce que j’ai appris, c’est que ni l’un ni l’autre n’a le monopole de la solution. Le succès du Maroc repose sur leur complémentarité ».
« Le secteur public n’est pas la solution, le privé non plus. C’est en travaillant ensemble que nous construirons l’avenir du pays », conclut-elle.




