Discussion générale du PLF 2026. Lekjaa et Fettah répondent aux questions de la Commission des finances
Durant ces trois jours, les échanges dans le cadre de la discussion générale et de la réponse du gouvernement ont été marqués par des interventions de tous les groupes parlementaires. Présidents de groupe et membres de la commission sont tour à tour intervenus pour donner leur avis général sur le projet de loi de finances.
Les interventions ont duré des dizaines d’heures. Le sentiment général est que le contenu du projet de loi de finances a été marginal dans les différentes prises de parole dans ce premier round d’examen du texte.
Certes c’est une discussion générale autour du projet, mais le caractère politique était omniprésent entre une opposition qui critique sans retenue et une majorité qui se défend et répond du tac au tac. Plusieurs interventions de députés n’avaient d’intérêt que de répliquer à d’autres députés.
Dans le flot d’interventions, certaines ont eu le temps de créer la polémique, comme celle du député Ahmed Touizi (PAM) qui, en parlant de la nécessaire réforme de la compensation, a évoqué le sujet de la farine et a eu cette phrase : « La subvention de la farine coute 16 MMDH. Qui prend cet argent ? Je connais le sujet. Il y en a qui ne font que moudre du papier ». La phrase comprise au sens propre a créé un tollé.
Ahmed Touizi s’est empressé de s’expliquer en assurant qu’il s’agissait d’une expression utilisée « au sens figuré » pour désigner la « manipulation de documents ou de factures présentées aux services compétents afin d’obtenir des subventions publiques ». Malgré ces précisions, le parquet a décidé d’ouvrir une enquête judiciaire.
Certains sujets ont tout de même été soulevés, comme la durabilité des finances publiques, les hypothèses de travail du PLF, les dépenses de compensation, les budgets de la santé et de l’éducation ou encore les financements innovants (voir vidéo plus bas).
Au terme de près de 21 heures d’interventions des députés, les deux ministres du gouvernement ont pu répondre.
Voici ce qu’il y a à retenir des interventions du gouvernement. A noter que le débat se poursuit à l’heure où nous mettons en ligne.
La performance de l’économie marocaine
Pour la ministre de l’Économie et des Finances, la croissance économique devrait atteindre environ 4,6% à fin 2026.
« Cette année, la croissance devrait se stabiliser autour de 4,8%, avant de s’établir à 4,6% en 2026. Aujourd’hui, nous ne parlons plus seulement de la résilience de notre économie face aux crises, mais de sa dynamique. C’est une économie qui s’est battue depuis deux décennies et qui a su naviguer à travers de multiples chocs. Elle est diversifiée, solide, et continue d’avancer », précise-t-elle. Notons toutefois que les performances de la croissance économique en 2025 sont en grande partie tirées par les investissements publics et les grands chantiers. Il ne s’agit pas d’une dynamique auto-entretenue. La croissance reste également dépendante de la pluviométrie.
Selon la ministre, la vision royale à long terme constitue le maître mot de l’ascension de l’économie marocaine. « Ce qui nous a permis d’en arriver là, c’est la vision royale à long terme. Beaucoup d’économies avancées n’ont pas de plan clair pour les six prochains mois. Nous, nous savons ce que nous voulons, où nous allons, et ce que nous devons accomplir dans les cinq à dix prochaines années », poursuit-elle.
La ministre n’a pas manqué d’évoquer la question des infrastructures. « Les infrastructures, souvent critiquées, constituent pourtant un acquis majeur de notre économie. C’est grâce à elles que nous avons pu atteindre le niveau de développement actuel. Nous allons continuer à les consolider et à les renforcer ».
L’évolution de l’industrie
Selon Nadia Fettah, la Banque mondiale doutait, il y a encore deux décennies, de la capacité du Maroc à bâtir une véritable base industrielle.
« Savez-vous que la Banque mondiale considérait, il y a vingt ans, que le Maroc n’était pas éligible à une industrialisation forte ? Alhamdoulillah, sous la vision de Sa Majesté le Roi, le pays a choisi une orientation claire vers l’industrie. Aujourd’hui, la Banque mondiale reconnaît cette erreur d’appréciation et admet que le Maroc avait bel et bien le potentiel pour réussir son industrialisation », souligne-t-elle.
Pour la ministre, cette réussite est le fruit d’un processus cumulatif. « Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Nous avons commencé modestement, avec l’usine Somaca, qui ne tournait que quatre jours par semaine. Aujourd’hui, ce sont les mêmes techniciens, ingénieurs et ouvriers marocains qui sont derrière la fabrication et l’exportation de plus de 515.000 véhicules. Tous les grands constructeurs intègrent désormais le Maroc dans leurs stratégies futures. Nous suivons de près les évolutions du marché automobile mondial et nous nous préparons activement à la transition vers l’électrique », poursuit-elle.
En ce qui concerne l’aéronautique, Nadia Fettah souligne l’évolution spectaculaire de la filière. « Nous sommes passés de la simple fabrication de câbles à la production de moteurs. Sa Majesté a inauguré une usine de moteurs d’envergure mondiale. jamais cette entreprise n’avait implanté une unité aussi avancée technologiquement, avec une telle capacité de production, en dehors de l’Europe. Ce choix est hautement stratégique, il reflète une confiance durable dans le Maroc et résulte de plus de vingt ans de réflexion, d’études et de concertations ».
