Agrumes : « Le volume d’export dépendra en premier lieu des prix à l’intérieur » (source professionnelle)

Selon une source professionnelle jointe par Médias24, la campagne exportatrice d’agrumes s’oriente vers une trajectoire proche de celle de l’année précédente.

« Pour ce qui est des oranges, les exportations avaient atteint environ 80.000 tonnes l’année dernière. Les perspectives actuelles laissent penser que les volumes pourraient se situer dans une fourchette de 80.000 t à 100.000 t cette année. Toutefois, il est encore trop tôt pour établir une projection définitive », explique notre source.

Il convient de préciser que le volume des exportations dépendra avant tout de l’attractivité du marché local.

« Si les prix intérieurs s’avèrent plus attractifs que ceux de l’export, une partie de la production sera absorbée par la consommation nationale, ce qui réduira d’autant les quantités dirigées vers l’international », poursuit-il.

Par ailleurs, la Nadorcott continue de gagner en importance, mais la campagne actuelle est marquée par un calibre plus petit des fruits. Ce phénomène résulte directement des conditions climatiques et de la sécheresse, et touche toutes les variétés de petits fruits.

« Un calibre réduit pose problème pour les exportations, certains marchés étrangers ayant des exigences strictes sur la taille du fruit. Dans ce contexte, la compétitivité de la clémentine par exemple dépendra encore une fois du rapport de prix entre marché intérieur et marché extérieur. Si la demande locale compense le handicap du calibre, les producteurs privilégieront le marché marocain », précise notre interlocuteur.La faiblesse de la campagne en Espagne et en Turquie crée un contexte plus favorable pour le MarocUn élément favorable pour le Maroc réside toutefois dans la situation de ses principaux concurrents. L’Espagne et la Turquie, acteurs majeurs sur ce segment, connaissent cette année une campagne difficile.

« Cette contre-performance ouvre une fenêtre d’opportunité pour les exportateurs marocains, qui pourraient en tirer profit pour augmenter leurs ventes ou obtenir des contrats plus rémunérateurs. En 2023-2024, le Maroc avait expédié près de 630.000 t d’agrumes, toutes variétés confondues. Pour cette nouvelle campagne, le scénario le plus réaliste est celui d’un maintien à un niveau similaire, sans progression significative mais sans recul majeur non plus », conclut notre source.

Exportations d’agrumes : à ce stade, il est difficile de prévoir

Les prévisions de Morocco Foodex annoncent une campagne exportatrice 2025-2026 globalement en hausse, avec un total d’exportations estimé à 669.386 t, soit une progression de 10% par rapport à la campagne précédente (610.573 t).

Dans le détail, les volumes projetés indiquent une forte hausse des exportations d’oranges, qui devraient atteindre 132.616 t, en progression de 51%. La clémentine Nour suivrait la même tendance avec 36.820 t, soit une augmentation de 35%.

Les clémentines classiques progresseraient également pour atteindre 199.450 t, en hausse de 16%. En revanche, la Nadorcott afficherait un recul, avec une prévision de 300.500 t, ce qui correspond à une baisse de 7% par rapport à la campagne 2024-2025.

Sur le plan régional, les projections placent le Souss comme premier pôle exportateur avec près de 428.000 t, dont 191.000 t de Nadorcott et plus de 114.000 t de clémentines. Marrakech suivrait avec 86.400 t, puis le Gharb avec 57.800 t, l’Oriental avec 45.500 t et, enfin, Béni Mellal avec 52.000 t.

Toutefois, ces estimations doivent être considérées avec nuance. Les chiffres avancés ne sont pas définitifs et restent tributaires de nombreux facteurs, notamment la taille des fruits et l’évolution des prix sur le marché intérieur. Autrement dit, il est encore prématuré d’affirmer avec certitude que les volumes atteindront les niveaux annoncés.

Nouvelles variétés d’agrumes. Le processus de création variétale expliqué par des chercheurs de l’INRA

Mehdiya, Gharbaouia, Chamsia. Ces noms ne vous disent sans doute rien, mais dans quelques années, elles seront dans vos assiettes ou dans un bateau à destination du continent européen. Vous l’aurez certainement compris, il s’agit de nouvelles variétés d’agrumes créées par l’Institut national de recherche agronomique (INRA). 

Révélées à l’occasion du 1er Congrès national des agrumes, organisé du mardi 13 au jeudi 15 mai à Marrakech par l’interprofession Maroc Citrus, ces découvertes variétales répondent à plusieurs problématiques, dont la pénurie d’eau qui a eu pour effet une perte de rendement, mais aussi d’environ 30.000 hectares en termes de superficie.

Avec ces créations variétales à la production tardive et précoce, il sera possible de combler les périodes creuses dans les calendriers de production, ce qui offre un avantage concurrentiel aux autres pays exportateurs par rapport au Maroc. En outre, ces variétés présentent des caractéristiques intéressantes en matière de jus et d’acidité, entre autres.

Elles sont le fruit d’un travail de longue haleine qui a nécessité une mutualisation des efforts, notamment au sein du Centre régional de la recherche agronomique de Kénitra, « où a été découverte la mandarine Nadorcott, l’une des fiertés marocaines à l’international », affirme à Médias24 le Dr Hassan Benaouda, chef du CRRAK.  

C’est l’une des dix structures régionales relevant de l’INRA. Un centre spécialisé dans les recherches sur les agrumes, où il y a plusieurs unités. « Une unité travaille sur l’amélioration génétique, tout ce qui est variété et porte-greffe. Et une autre unité se focalise sur les aspects phytosanitaires. Et nous avons également une équipe d’agronomie, de sol qui s’occupe de l’irrigation, de la fertilisation et de tout ce qui est conduite des agrumes”, explique le Dr Hassan Benaouda.

Des programmes de recherche à moyen terme y sont lancés sur la base des besoins des professionnels. En l’occurrence, les agrumiculteurs. Et à partir de là, « nous essayons de trouver des solutions à travers ce programme sur quatre années. Sans oublier les programmes continus, comme ceux de l’amélioration génétique », assure notre interlocuteur.

 

 

Du clonage au croisement 

Bref, l’amélioration constitue l’une des orientations majeures du Centre régional de recherche agronomique de Kénitra, en usant de méthodes contemporaines.  Avant les années 1990, l’amélioration variétale des agrumes reposait essentiellement sur la sélection clonale. « Les agrumes font partie des arbres caractérisés par des mutations de bourgeons », explique Dr Hamid Benyahya, chercheur au CRRAK.

Ces mutations naturelles ont permis l’apparition de nombreuses variétés, en particulier chez les clémentiniers. « La majorité des variétés de clémentines qu’on trouve aujourd’hui sur le marché sont issues de mutations clonales », précise Dr Benyahya. Une méthode qui est toujours d’actualité. « Il suffit d’un œil aguerri pour repérer une variation au niveau des fruits sur un arbre et initier un suivi rigoureux. C’est ainsi qu’ont été sélectionnées des variétés comme la clémentine Sidi Aissa, par exemple », ajoute notre interlocuteur. 

Mais, à partir de 1990, un virage s’est amorcé à l’INRA. Un programme de création variétale par croisement a été lancé, en complément de la sélection clonale. Cette nouvelle approche offre une liberté inédite. « On peut désormais choisir les parents à croiser en fonction des besoins : précocité, rusticité, qualité gustative ou rendement », indique-t-il.

Une méthode qui a permis de développer neuf nouvelles variétés inscrites au catalogue officiel de l’Office national de sécurité sanitaire des aliments (ONSSA), dont sept diploïdes, un orangé et deux triploïdes. Certaines sont des mandarines aux qualités exceptionnelles : jus abondant, bonne fermeté, excellente maturité, avec une demande grandissante sur le marché. 

« Il y a même un échelonnement de la production : certaines mûrissent fin novembre, d’autres mi-décembre ou en janvier. La dernière variété inscrite arrive à maturité vers le 15 ou le 20 janvier », assure Hamid Benyahya.

En matière de rendement, certaines de ces nouvelles variétés atteignent des tonnages importants. « Jusqu’à 70 tonnes par hectare pour certaines. Un chiffre bien au-dessus de la moyenne actuelle qui tourne autour de 20 à 30 tonnes », se réjouit-il.

Cependant, l’ensemble de ces variétés n’est pas encore disponible chez les pépiniéristes. Car, une fois la variété obtenue, on procède à son inscription et à sa certification en collaboration avec l’ONSSA. Il est interdit de diffuser une variété qui n’est pas inscrite au catalogue officiel. Toutes les variétés sont également protégées, ce qui signifie que leur usage est réglementé. « Le matériel de base est conservé au parc à bois de l’INRA, où l’on trouve les arbres-mères. Ce sont eux qui fournissent les greffons destinés aux pépiniéristes ». 

 

 

Une adaptabilité géographique éprouvée

Quid de l’adaptation géographique d’une variété dans certaines conditions et qui sera exploitée dans un environnement différent, au moins sur le plan climatique. « Créer une variété, c’est long. Il faut en moyenne 12 ans. Et si l’on tient compte de l’étude du porte-greffe compatible, on parle de 17 ans de travail. Autant dire que ce serait une perte de temps et d’argent si l’adaptation dans différentes conditions n’est pas prise en compte au moment de son développement ». 

C’est pourquoi l’INRA mène des essais dans diverses régions du Maroc. Objectif ? tester le comportement des variétés dans différents environnements. « À travers des journées portes ouvertes, les agriculteurs peuvent venir observer les résultats et évaluer l’adaptabilité des variétés à leur région”, affirme M. Benyahya.

D’ailleurs, les essais de comportement sont la phase la plus longue et fastidieuse. « On ne peut pas évaluer sérieusement le comportement d’une variété en deux ou trois ans. Il faut au minimum sept ans pour tirer des conclusions fiables », avance-t-il. Cela dit, une variété aussi prometteuse soit-elle, n’est pas automatiquement inscrite.

« Surtout si elle ne répond pas aux critères définis par l’ONSSA. Car il ne suffit pas de créer une variété. Il faut déposer un dossier détaillé et faire confirmer les caractéristiques de la plante par une équipe indépendante sur deux années », prévient le Dr Hamid Benyahya. Le programme ne s’arrête pas là. Il se poursuit avec la création de nouveaux porte-greffes nationaux, une première au Maroc.

« Jusqu’ici, les porte-greffes étaient tous importés. Désormais, grâce à un programme de croisement, nous avons développé des porte-greffes marocains aux caractéristiques très recherchées », conclut-il.

Création, sélection, certification, adaptation… La recherche agrumicole marocaine suit un processus exigeant, précis, et surtout ancré dans la durée. Un travail d’orfèvre, fait de patience, d’observation et d’innovation pour le bien présent et futur de l’agriculture marocaine et de la filière agrumicole en particulier.

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Congrès national des agrumes. Des vergers jeunes, mais une superficie en recul (recensement)

À l’occasion du Congrès national des agrumes, organisé du mardi 13 au jeudi 15 mai, le président de l’interprofession Maroc Citrus, Kacem Bennani Smires, a présenté le dernier recensement en date relatif à la filière agrumicole. Une filière qui a été particulièrement éprouvée par sept années de sécheresse consécutives, alors qu’en même temps, la concurrence à l’international s’accentue.

En termes de superficie, cette mise à jour du recensement des vergers d’agrumes, menée entre 2021 et 2025, révèle ce qui suit :

– Une baisse moyenne de 30% est enregistrée dans presque toutes les zones.

– À Marrakech-Safi, il y a une stabilité grâce à l’adoption de la variété Nadorcott.

– La zone agrumicole du Souss connaît une grande perte en termes de superficie.

Au total, le recul de la superficie est estimé à 40.000 hectares lors de la dernière décennie. La tendance baissière concerne les petits fruits à hauteur de 33%, et les oranges à 22%. Cela s’explique par des facteurs structurels, à l’instar de la sécheresse persistante qui a entraîné une baisse des apports en eau des barrages.

En dépit de la pénurie d’eau dont souffre la filière dans différents bassins de production, il s’avère que les vergers d’agrumes présentent des atouts, car ils sont assez jeunes. Près de 70% des plantations ont entre 5 et 20 ans et sont pleinement productives. Les jeunes plantations (moins de 10 ans) représentent 22% du total. Cependant, 15% des vergers ont plus de 40 ans, ce qui pourrait affecter les rendements à moyen terme.

En somme, malgré la perte d’environ 40.000 hectares en dix ans, plusieurs signaux sont encourageants :

– Un verger globalement plus jeune et équilibré.

– Une dynamique d’exportation favorable pour les petits fruits (4ᵉ exportateur mondial).

– La variété Nadorcott, bien que minoritaire (10% des superficies), assure 50% des exportations.

– Un appui étatique au secteur à travers des subventions ciblées.

Une conjoncture internationale favorable avec la baisse de production au Brésil, en Floride et aux États-Unis.

Mais les défis à surmonter sont nombreux :

– Un stress hydrique croissant.

– La baisse des marchés traditionnels comme la Russie.

– Une diminution des rendements, surtout pour les oranges.

– Une forte dépendance à l’exportation des petits fruits.

Pour obtenir ces résultats, l’étude s’est appuyée sur une enquête terrain couvrant 68.033 hectares, avec un focus particulier sur les grandes exploitations. Cette base a permis d’estimer l’évolution des superficies régionales et variétales, puis d’extrapoler les résultats aux exploitations non enquêtées.

Les agrumes marocains font leur entrée sur le marché japonais

Treizième client du Maroc en produits agroalimentaires, le Japon est réputé pour ses exigences strictes, a affirmé l’organisme chargé de la promotion et du contrôle des exportations agricoles et maritimes du Maroc dans un communiqué.

« L’acceptation des agrumes marocains, notamment la très prisée Nadorcott, atteste du respect des normes sanitaires les plus rigoureuses et ouvre la voie à une diversification des variétés exportées, en fonction des préférences du marché », poursuit la même source.

« Nous souhaitons le développement des agrumes marocains au Japon, car les Japonais les adorent », a déclaré Yoichi Fukuda, importateur japonais cité par le communiqué, mettant en avant l’intérêt croissant des consommateurs nippons pour la qualité marocaine.

Avec une culture alimentaire axée sur la fraîcheur et la saisonnalité, le Japon affiche une consommation élevée de fruits frais, ce qui en fait un débouché majeur pour les agrumes marocains.

« Le Maroc jouit d’une très belle image auprès des Japonais. Nous souhaitons la bonne réussite et le développement des agrumes marocains au Japon », a confirmé Kento Takegami, responsable des achats dans une entreprise japonaise d’importation.

Afin de renforcer cette avancée, une mission économique organisée par Morocco Foodex accompagne une délégation d’une dizaine d’exportateurs marocains au Japon en avril.

Cette mission a pour objectif de tisser des partenariats durables avec les donneurs d’ordre, et de renforcer la visibilité de l’offre marocaine via des rencontres BtoB, des visites du marché de Tokyo et une campagne de communication ciblée.

« Nous avons accompagné une dizaine d’entreprises à Tokyo pour promouvoir les agrumes marocains sur ce marché très demandeur de l’origine Maroc », a affirmé El Mehdi El Alami, directeur du développement et de la promotion au sein de Morocco Foodex.

« Cet engouement a été démontré par la présence d’une trentaine d’acheteurs, et nous sommes très satisfaits de cette mission », a-t-il ajouté.

En 2023, les exportations marocaines de produits agroalimentaires vers le Japon ont atteint 18.000 tonnes, pour une valeur de 14 milliards de yens.

Les exportateurs marocains visent une hausse significative des volumes d’exportation à moyen et long termes, en capitalisant sur cette ouverture stratégique.

Souss-Massa. Les performances de la filière agrumicole en amélioration

La récolte des variétés précoces d’agrumes a démarré dans la région de Souss-Massa à la fin du mois de septembre. Les premières exportations ont été expédiées il y a quelques jours, stimulées par des prévisions de production plus élevées que lors de la campagne précédente. Selon la direction régionale de l’agriculture de Souss-Massa, les vergers d’agrumes occupent un peu plus de 39.000 hectares dans le Souss, soit près de la moitié de la superficie nationale dédiée à cette filière.

D’après nos informations, la production prévisionnelle est estimée à 471.550 tonnes, soit une hausse de 28 % par rapport à la campagne 2023-2024. Dans le détail, la production attendue des variétés de petits fruits (Clémentine, Nour, Nova, Ortanique, Nadorcott) s’élève à 297.750 tonnes, en hausse de 26 %.

Celle des variétés d’oranges (Navel, Salustiana, Sanguine, Maroc Late) est estimée à 155.800 tonnes, en hausse de 37 %. Enfin, la production prévisionnelle de citrons et autres agrumes devrait atteindre 18.000 tonnes. Sur le plan des exportations, une augmentation de 39 % est prévue pour un total de 380.100 tonnes, dont 301.750 tonnes de petits fruits et 74.550 tonnes d’oranges.

Des résultats en nette amélioration, en raison « des conditions climatiques qui étaient meilleures lors de cette campagne par rapport à la précédente, où les vergers avaient souffert de cinq vagues de chaleur. Cette année, le climat a été favorable pendant la floraison et la nouaison », explique à Médias24 une source professionnelle.

« Certes, il y a bien eu des vagues de chaleur, mais moins nombreuses que lors de la campagne précédente et, surtout, elles sont intervenues après le 15 juillet, au-delà du stade critique du cycle de production des agrumes qui correspond à la nouaison (le moment où les fruits commencent à se former, ndlr) », poursuit-elle. Ainsi, le rendement s’est amélioré, tout comme la qualité.

« En termes de qualité, l’absence de vagues de chaleur fréquentes et extrêmes, qui retardent la coloration, a été bénéfique aux fruits. En plus de la coloration et du calibre, qui sont meilleurs que l’année dernière, le taux de jus et de sucre est également satisfaisant », précise notre interlocuteur.

Une amélioration de la coloration est attendue

En outre, si la récolte précédente avait révélé un problème de granulation, qui se traduit par un fruit à l’aspect blanchâtre et sec, c’est moins le cas pour la campagne 2024-2025. De plus, « les prochaines pluies annoncées devraient également contribuer à améliorer la coloration des fruits », annonce-t-il.

Cela dit, les conditions climatiques n’ont pas été optimales tout au long du cycle de production. « Les fortes rafales de vent qu’a connues la région au mois d’avril ont causé des marbrures sur les fruits dans les fermes où il y avait moins de brise-vent comme les cyprès. »

De surcroît, les ressources hydriques n’étaient pas illimitées. Certains producteurs en ont souffert, notamment ceux qui dépendent des dotations agricoles provenant des barrages. « Il y a eu des vergers qui ont été arrachés en totalité pour laisser place à d’autres cultures nécessitant moins d’eau, comme le cactus, la vigne ou la pêche nectarine notamment dans les zones de Oulad Teima et El Guerdan », déplore notre source.

« Dans le meilleur des cas », poursuit notre source, « ces agriculteurs ont donné un peu d’eau aux arbres pour les maintenir en vie en attendant que les barrages se remplissent. Certains ont réduit la superficie de 40 à 60 %, en fonction des dotations qu’ils recevaient habituellement des barrages. »

Cette réalité ne date malheureusement pas d’hier. Bien que la mise en place du Plan Maroc Vert a permis d’augmenter la superficie agrumicole à l’échelle nationale de 45.000 hectares, passant de 85.000 en 2008 à 130.000 hectares en 2020, les dernières années sèches ont mis à mal ce développement. Environ 35.000 hectares d’agrumes ont été arrachés ces dernières années, ramenant ainsi la superficie agrumicole en dessous des 100.000 hectares.

La filière agrumicole fait face à une crise structurelle, voici les pistes de sauvetage

L’optimisme né des avancées majeures réalisées par le Plan Maroc Vert (PMV) dans le cadre de la filière agrumicole est aujourd’hui à conjuguer au passé. L’un des fleurons de l’agriculture marocaine traverse une crise structurelle qui impacte fortement les performances en matière de production, d’exportation et de transformation.

A la base de ce triptyque autour duquel s’articule la filière des agrumes au Maroc, le processus de production est contrarié par des conditions climatiques marquées par plusieurs années de sécheresse successives. Le réchauffement climatique et ses conséquences sont désormais bien là. A tel point que les rendements moyens sont en baisse, au même titre que les superficies cultivées, à cause de l’arrachage des arbres. 

En conséquence, les exportations des produits agrumicoles ont chuté quasiment de moitié lors des deux dernières campagnes. Une brèche dans laquelle les concurrences turque et égyptienne se sont engouffrées pour grignoter des parts de marché, propulsées par des dévaluations successives et des politiques agricoles avantageuses. 

Les secteurs de la transformation et du conditionnement ne se portent pas mieux. La faible utilisation des capacités d’écrasement pour produire du jus est déplorée par la profession, et peut être améliorée par les pistes proposées par les professionnels.

Cette année, plusieurs unités de conditionnement, indispensables à l’export, ont mis la clé sous la porte. Celles qui résistent encore à la crise dépendent d’une courte période d’activité de 4 à 5 mois par an.

Arrachage et abandon de verger 

Dans le contexte actuel, marqué par des conditions climatiques extrêmement défavorables, la pérennité du développement de la filière agrumicole est menacée. La mise en place du Plan Maroc Vert avait permis d’augmenter la superficie agrumicole de 45.000 ha, passant de 85.000 en 2008 à 130.000 ha en 2020. Sauf que les dernières années sèches ont mis à mal ce développement. 

Pis, l’investissement et les efforts consentis sont tombés à l’eau par manque de… ressources hydriques. « A cause de la diminution des ressources en eau destinées à l’irrigation dans les régions de production, plusieurs agriculteurs ont dû opter pour l’arrachage des arbres. C’est un véritable gâchis« , déplore une source professionnelle. 

Selon nos informations, environ 35.000 ha d’agrumes ont été arrachés ces dernières années, ramenant de fait la superficie agrumicole en dessous des 100.000 ha. Cette diminution des superficies aurait pu être compensée par une amélioration des rendements. Or, les professionnels subissent également une baisse de ces derniers.  

Plusieurs raisons sont avancées. Au-delà d’une maîtrise imparfaite des itinéraires techniques et des rendements faibles des anciens vergers, dans la région de Souss-Massa, où est concentrée la majorité des capacités de production agrumicole, les phénomènes climatiques successifs ont eu de graves répercussions.

Des conditions climatiques moins favorables

Outre un déficit pluviométrique et des dotations à l’irrigation à partir des barrages en baisse, les épisodes caniculaires à répétition, survenus plus tôt que d’habitude, ont impacté les rendements et la qualité des fruits. Contacté par Médias24, un ingénieur agronome, au plus près des vergers, explique que dans le Souss, des phénomènes climatiques extrêmes ont perturbé le cycle de production des agrumes. 

« Ces conditions ont principalement impacté le calibre des fruits. Il y a aussi eu un phénomène de dessèchement des fruits de l’intérieur. C’est ce que l’on appelle la granulation, notamment sur les variétés précoces de clémentines », précise notre source. Et de lister les vagues de chaleur et leur impact sur les agrumes, dans la région Souss-Massa en particulier : 

– Du 24 au 28 avril : une première vague de chaleur est intervenue lors de la floraison, stade le plus sensible. Quand il y a de fortes températures, les arbres sacrifient en premier les fleurs. 

« Dans un premier temps, les producteurs ont vu le côté positif en pensant que les fleurs qui tombent permettraient d’apporter un équilibre à l’arbre, car la floraison avait été abondante. Mais par la suite, au moment de la formation des fruits, nous avons remarqué une baisse du rendement. »

– Du 8 au 10 mai : une seconde canicule s’est abattue sur la région du Souss. Cela a causé la brûlure de 15% des fruits à cause des coups de soleil. 

– Du 24 au 28 juin : cette troisième vague de chaleur a eu pour conséquence la chute des fruits, et donc une baisse de rendement en perspective.

– Du 9 au 26 août : cette quatrième vague de chaleur, qui a duré près de deux semaines, a été marquée par un record de températures (51°C). Elle a freiné le développement des calibres et causé la chute de quelques fruits (variétés Nadorcott et Nour). 

– Du 1er au 17 octobre : une cinquième vague de chaleur a été enregistrée. Elle a eu des effets négatifs sur la peau du fruit. Au début, la peau est épaisse. Mais plus le fruit se remplit de jus, plus la peau s’amincit. De fait, il y a des brûlures sur la peau du fruit à cause de la chaleur et des coups de soleil. 

– Enfin, la tempête et les vents violents qui ont touché l’ensemble du Royaume, y compris le Souss, ont fait des dégâts sur la variété Nadorcott. 

« Par le passé », reprend notre interlocuteur, « la hantise des producteurs était que les vagues de chaleur soient enregistrées lors du mois de juin. Cette année, elles ont commencé dès le mois d’avril, ce qui a poussé l’arbre à s’adapter et à se délester de ses fleurs ». 

L’autre problématique relative aux rendements moyens des agrumes réside dans des pratiques loin d’être optimales. Pour approvisionner le marché local, « on cueille le plus tard possible. Sauf que selon des experts, cette technique pénalise les rendements de l’année suivante », souligne une source professionnelle. 

Une concurrence acharnée à l’export 

Plus de la moitié de la production marocaine d’agrumes est destinée à l’export, en particulier vers l’Union européenne. Grâce à des variétés de petits fruits (clémentine, mandarine) d’une qualité supérieure, le Maroc s’est fait une place de choix au sein d’un marché mondial des agrumes ultra concurrentiel. 

En plus de l’Espagne, auquel la position géographique assure une position dominante sur le marché européen, le Maroc est désormais concurrencée par l’Egypte et la Turquie sur les marchés russe et du Moyen-Orient. C’est également le cas sur le marché européen, mais principalement concernant les oranges. 

Pour les professionnels du secteur, ces pays sont avantagés par rapport au Maroc car ils bénéficient non seulement d’une monnaie dévaluée qui garantit des prix assez bas, mais aussi d’un coût de production inférieur à celui assuré par les producteurs marocains, en plus de subventions logistiques à l’export.

Résultat : l’objectif d’exportations fixé dans le cadre du contrat- programme ne semble pas réalisable en l’état. Cet accord, signé en avril 2023 par le ministère de l’Agriculture et la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), prévoit d’atteindre 1 million de tonnes d’agrumes exportés contre 450.000 tonnes enregistrés lors de la précédente campagne. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Maroc est l’un des principaux producteurs d’agrumes dans le monde, mais importe du concentré d’oranges d’Egypte. Un flux commercial facilité par les accords de libre-échange qui unissent les deux pays mais qui complique le développement et le renforcement des capacités de traitement des unités de transformation des agrumes. 

D’ici 2030, le Maroc espérait atteindre un taux de transformation de 10% de la production agrumicole totale, contre environ 2% actuellement, soit une capacité de transformation additionnelle de 100.000 T/an. Cependant, la filière prend le chemin inverse. 

En somme, la crise traversée par la filière agrumicole est multifactorielle. Agir pour réduire le pouvoir de nuisance d’un de ses facteurs risque d’être insuffisant. L’idéal serait d’agir de manière transversale. D’autant que les solutions ne manquent pas, telles que celles prônées dans le contrat-programme de la filière. 

Pour y parvenir, les rendements moyens devront également être améliorés à travers une meilleure utilisation des ressources en eau disponibles, via notamment des subventions destinées au renouvellement partiel des équipements de l’irrigation localisée. 

La profession demande des subventions à lexport

Concernant les problématiques liées à l’exportation, l’Etat s’est justement engagé, dans le cadre du contrat-programme, à accorder des nouvelles aides pour les exportations basées sur des niveaux différenciés selon le type de produit oranges et petits fruits.

« La subvention à l’exportation permettra aux exportateurs marocains dêtre plus compétitifs et améliorera le rendement. Les exportateurs procèdent à une cueillette précoce et ne pénalisent pas les rendements de la campagne suivante. Rien quavec cette mesure, on peut gagner 20 T/ ha pour les oranges et 10 T/ha pour les clémentines », assure une source professionnelle.

Booster l’export règle plusieurs problèmes à la fois et rééquilibre le fonctionnement du secteur : il y aura un étalement du calendrier qui engendrera à son tour la hausse du taux d’utilisation des stations de conditionnement, permettra la mise à niveau des équipements et l’augmentation des taux d’occupation des stations en le doublant, passant de 4 à 8 mois.

Il est également prévu par l’Etat et Maroc Citrus de sensibiliser et d’accompagner les opérateurs pour investir dans le secteur de la transformation et mettre en place un mécanisme permettant de garantir un approvisionnement minimum des unités d’écrasement.

En ce sens, il sera nécessaire de conclure un accord interprofessionnel ou une convention entre l’Association des conditionneurs d’agrumes du Maroc (ASCAM) et l’Association marocaine de l’industrie de transformation des agrumes (AMITAG) fixant les modalités pratiques d’approvisionnement de ces unités en écarts de triage et les engagements de chaque partie. Sans oublier d’encourager l’agrégation autour des unités de transformation des agrumes et de promouvoir la consommation du jus de petits fruits.

À cause des phénomènes climatiques, les premières récoltes d’agrumes sont en deçà des attentes

La production prévisionnelle de la filière agrumicole au titre de l’automne 2023 devait atteindre un volume de près de 1,7 million de tonnes (+4,2% par rapport à 2022), sur une superficie d’environ 130.000 ha. C’est du moins ce qui était escompté. Cependant, au vu des premières cueillettes, les récoltes risquent d’être en deçà des espérances. 

« Les premières récoltes annoncent une production moyenne, dans la lignée de la précédente campagne qui était également en recul en matière de production », explique à Médias24, une source autorisée.  En cause, un important déficit pluviométrique et des épisodes caniculaires à répétition.

Pis, ces épisodes ont lieu de plus en plus tôt, perturbant le cycle de production des agrumes dans la région de Souss-Massa, la plus importante zone de production d’agrumes au Maroc, au même titre que dans les zones agrumicoles de Béni Mellal et Marrakech. 

On peut citer l’exemple de « la dernière canicule de la mi-octobre qui s’est abattue sur la région du Souss, notamment au moment des premières récoltes de clémentine. Alors que les fruits étaient mûrs ou quasiment mûrs, ils ont été très sensibles aux coups de soleil qui ont occasionné des brûlures, affectant 15% des récoltes en moyenne selon les variétés », selon notre interlocuteur. 

Réduction du calibre des fruits et granulation

Si dans le Gharb et l’Oriental, les agrumes se portent relativement bien grâce à une meilleure pluviométrie et un climat plus doux, c’est moins le cas d’autres zones agrumicoles, où des phénomènes climatiques extrêmes ont perturbé leur cycle de production.  

« Ces conditions climatiques extrêmes ont principalement impacté le calibre des fruits. Il y a aussi eu un phénomène de dessèchement des fruits de l’intérieur. C’est ce qu’on appelle la granulation, notamment sur les variétés précoces de clémentines », indique à Médias24 une source autorisée. 

Concernant les variétés de clémentines de saison comme l’Orogrande, « la situation est meilleure, même s’il y a tout de même le phénomène de granulation, mais à un degré moindre que les variétés extra-précoces. S’agissant des variétés précoces et extra-précoces, le taux d’écart a été important », poursuit notre interlocuteur.  

Ces désagréments concernent non seulement les zones agrumicoles du Souss, mais aussi celles de Marrakech et Béni Mellal. Principalement en raison de la suspension des dotations agricoles à partir des barrages. Les producteurs forent de nouveaux puits de plus en plus profonds, sans pour autant avoir la garantie de trouver de l’eau. 

« Dans la région de Béni Mellal, plusieurs agriculteurs qui pompaient l’eau à partir de 70 mètres de profondeur ont vu leurs puits s’assécher. Ils sont désormais obligés de forer encore plus profondément, parfois jusqu’à 250 mètres. D’autres n’ont pas pu aller plus en profondeur, car cela coûte beaucoup trop cher, jusqu’à 500.000 DH. Actuellement, rares sont les exploitants qui disposent d’une telle manne financière », nous explique notre source. 

Des épisodes caniculaires plus fréquents

Cet ingénieur agronome, au plus près du terrain, décrit les vagues de chaleur et leur impact sur les agrumes, dans la région de Souss-Massa en particulier : 

– Du 24 au 28 avril : Une première vague de chaleur est intervenue lors de la floraison, qui est le stade le plus sensible. Quand il y a de fortes températures, les arbres sacrifient en premier les fleurs. 

« Dans un premier temps, les producteurs ont vu le côté positif en pensant que les fleurs qui tombent permettront d’apporter un équilibre à l’arbre, car la floraison avait été très importante. Mais par la suite, au moment de la formation des fruits, nous avons remarqué une baisse du rendement. »

– Du 8 au 10 mai : Une seconde canicule s’est abattue sur la région du Souss. Cela a causé la brûlure de 15% des fruits à cause des coups de soleil. 

– Du 24 au 28 juin : Cette troisième vague de chaleur a eu pour conséquence la chute des fruits, et donc une baisse de rendement en perspective.   

– Du 9 au 26 août : Cette quatrième vague de chaleur, qui a duré près de deux semaines, a été marquée par un record de températures (51°C). Elle a freiné le développement des calibres et causé la chute de quelques fruits (variétés Nadorcott et Nour). 

– Du 1er au 17 octobre : une cinquième vague de chaleur a été enregistrée. Elle a eu des effets négatifs sur la peau du fruit. Au début, la peau est épaisse. Mais plus le fruit se remplit de jus, plus la peau s’amincit. De fait, il y a des brûlures sur la peau du fruit à cause de la chaleur et des coups de soleil. 

– Enfin, la tempête et les vents violents qui ont touché l’ensemble du Royaume, y compris le Souss, a fait des dégâts sur la variété Nadorcott. 

Si les agriculteurs de la région sont habitués à des conditions climatiques difficiles, notamment un déficit pluviométrique et des températures caniculaires, cette année a été un peu particulière. « C’est la première fois que ces épisodes caniculaires interviennent si tôt », assure notre source. 

« Par le passé, la hantise des producteurs était que les vagues de chaleur soient enregistrées lors du mois de juin. Cette année, elles ont commencé dès le mois d’avril, ce qui a poussé l’arbre à s’adapter et à se délester de ses fleurs. » Les agriculteurs s’adaptent tant bien que mal à ces conditions climatiques. « Certains producteurs ont abandonné une partie de leurs serres pour que l’autre partie puisse survivre. »

Les programmes d’exportation modifiés ? 

Les exportations prévisionnelles d’agrumes pour la campagne 2023-2024 devraient se situer aux alentours de 500.000 tonnes. Soit 50.000 tonnes de plus (+10%) que lors de la précédente campagne, mais toujours loin des exportations record de 2021-2022 (766.000 tonnes), en raison des conditions climatiques difficiles et de l’inflation des intrants agricoles. 

Si les exportations de certaines variétés précoces démarrent généralement au cours du mois d’octobre, le calendrier prévisionnel a été perturbé cette année. « La campagne d’exportation risque d’être retardée de quelques semaines », prévient notre interlocuteur.  

« Les exportateurs expliquent à leurs clients que les conditions climatiques ont été difficiles cette année et qu’elles entraînent des modifications sur les programmes d’exportation. Généralement, les importateurs sont compréhensifs. C’est également le cas des supermarchés qui ont tendance à pénaliser leurs fournisseurs. Ils se fournissent auprès de trois ou quatre stations de conditionnement au Maroc qui souffrent des mêmes problématiques », poursuit-il. 

Autrement dit, les acheteurs n’ont pas d’autre choix que d’accepter la situation. D’autant plus que les rares pays producteurs d’agrumes, à l’instar de l’Espagne, font face aux mêmes phénomènes climatiques qui nuisent aux rendements. 

Les exportations d’agrumes devraient augmenter de 10% selon les dernières estimations

La production marocaine d’agrumes, qui occupe une superficie d’environ 130.000 ha, est en majorité destinée à l’export, notamment vers l’Union européenne. Alors que les premières récoltes des variétés précoces de clémentines sont attendues mi-octobre, les prévisions d’exportations des agrumes sont supérieures à celles de la précédente campagne.

Selon nos informations, les exportations prévisionnelles d’agrumes pour la campagne 2023-2024 devraient se situer aux alentours de 500.000 tonnes. Soit 50.000 tonnes de plus (+10%) que lors de la précédente campagne, mais toujours loin des exportations record en 2021-22, qui avaient dépassé les 766.000 tonnes, en raison des conditions climatiques difficiles et de l’inflation des intrants agricoles. 

Le démarrage des exportations marocaines d’agrumes est prévu courant du mois d’octobre, sauf pour la région de l’Oriental. La coloration des variétés précoces (Bruno, Marisol) sont vert foncé à vert clair avec une amélioration remarquée, avec une dominance du calibre moyen 3,4 et 5. 

Le total des exportations prévisionnelles par produit s’établissent comme suit : 

– clémentine : 153.000 tonnes / 134.000 tonnes (22-23) ; 

– clémentine Nour : 34.000 tonnes / 32.000 tonnes (22-23) ; 

– Nadorcott : 246.000 tonnes / 244.000 (22-23) ; 

– oranges : 86.000 tonnes / 44.500 tonnes (22-23).

S’agissant des exportations prévisionnelles par région et par produit, elles se déclinent ainsi :  

Gharb : 43.700 tonnes 

– clémentine : 9.900 tonnes ; 

– Nadorcott : 26.700 tonnes ; 

– oranges : 7.100 tonnes.

Souss : 310.800 tonnes 

– clémentine : 85.700 tonnes ;

– clémentine Nour : 29.400 tonnes ;  

– Nadorcott : 146.000 tonnes ; 

– oranges : 49.700 tonnes.

Oriental : 39.500 tonnes 

– clémentine : 30.000 tonnes ;  

– clémentine Nour : 2.500 tonnes ;  

– Nadorcott : 6.000 tonnes ; 

– oranges : 1.000 tonnes.

Béni Mellal : 31.500 tonnes 

– clémentine : 7.600 tonnes ;  

– clémentine Nour : 1.400 tonnes ; 

– Nadorcott : 11.400 tonnes ; 

– oranges : 11.100 tonnes.

Marrakech : 95.000 tonnes 

– clémentine : 19.900 tonnes ;  

– clémentine Nour : 1.300 tonnes ;  

– Nadorcott : 56.400 tonnes ; 

– oranges : 17.400 tonnes.

La canicule menace la survie des arbres fruitiers

Depuis quelques semaines, plusieurs vagues de chaleur affolent les thermomètres aux quatre coins du pays. Les arbres fruitiers ont été impactés par ces températures élevées. Or, contrairement à d’autres espèces végétales dont le semis est annuel, les agriculteurs comptent sur une production issue des mêmes arbres d’une année à l’autre.

Il s’agit donc d’en prendre le plus grand soin, surtout quand les conditions climatiques sont défavorables. Généralement, c’est le cas « quand la température est supérieure à 40 degrés, avec une humidité inférieure à 40%. Dans ce cas, il suffit d’une heure d’exposition pour que les agrumes ressentent les premiers impacts. Au bout de 48 heures, les premières conséquences graves sont perceptibles », nous explique un spécialiste dans la région d’Agadir. 

Deux filières distinctes

Au Maroc, les arbres fruitiers sont répartis entre deux filières : la filière arboricole et la filière agrumicole.

Depuis 2008, la superficie de la filière arboricole a augmenté de 46% pour couvrir environ 400.000 ha, soit 5% de la superficie agricole utile nationale. Trois régions principales sont concernées, à savoir, Fès-Meknès (27% de la superficie arboricole), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (20%) et l’Oriental (13%). 

Cette filière est caractérisée par trois groupes d’espèces :

– rosacées à noyaux (pêchers, prunier) : 234.981 ha pour une production de 548.350 t ; 

– rosacées à pépins (pommiers, poiriers, vignes) : 57.140 ha pour une production de 883.380 t ; 

– fruits rustiques (figuiers) : 84.715 ha pour une production de 280.300 t.

De son côté, le verger agrumicole national est dominé par trois groupes de variétés dont les clémentines (35% de la superficie agrumicole), les Maroc-Late (21%) et les navels (18%). La superficie agrumicole est répartie essentiellement entre cinq régions du Royaume :

– Souss-Massa : 32 % (40.344 ha) ; 

– Rabat-Salé-Kénitra : 20 % (25.293 ha) ; 

– L’Oriental : 17 % (21.100 ha).

Une diversité qui fait partie du patrimoine national mais qui subit de plein fouet la pénurie d’eau et des conditions climatiques plus que jamais désastreuses. C’est le cas notamment dans la région de Fès-Meknès, mais aussi dans le Souss-Massa. 

Des raisins qui flétrissent 

Les zones agricoles de la province de Meknès font état de plusieurs arbres fruitiers en mauvaise posture. À commencer par les vignes, « dont les raisins ont beaucoup de mal à supporter la hausse des températures par à-coups. Notamment lorsque le thermomètre est récemment passé d’un vingtaine de degrés à plus de 40°C », affirme à Médias24 Mounir Mouhib, conseiller agricole à l’Office national de conseil agricole à Meknès. 

« Dans ce cas, les jeunes grains se dessèchent et chutent parfois », indique le spécialiste en arboriculture fruitière. On peut également apercevoir des phénomènes tels qu’une réduction des cycles végétatifs ou un flétrissement des raisins. 

Des raisins impactés par les fortes chaleurs.

Les pommiers ne sont pas en reste. « Ils sont également en danger car ils ne supportent pas la chaleur et cela peut conduire à l’apparition de brûlures sur la peau du fruit », déplore notre interlocuteur. Les étés plus chauds et secs dégradent aussi la qualité des fruits avec des risques de coups de soleil et de déformation en l’occurrence.

Jaunissement et brunissement à retardement 

Plus au sud, la région de Souss-Massa est historiquement connue pour ses produits maraîchers mais aussi pour sa filière agrumicole dont la production annuelle avoisine les 700.000 tonnes. À l’instar de Fès-Meknès, le Souss-Massa est aussi concerné par des épisodes caniculaires qui ont un effet négatif sur les agrumes. 

À commencer par les coups de soleil, « ce sont des brûlures que l’on peut observer sur la peau du fruit. Cela se matérialise par un jaunissement en cas de faible brûlure, voire un brunissement en cas de brûlure aiguë », déplore un spécialiste agrumicole dans le Souss.

En outre, un arrêt de l’évolution des calibres est aussi à redouter, « surtout quand la chaleur est jumelée à une faible humidité », poursuit notre interlocuteur. Dès lors, les producteurs se retrouvent avec des fruits de petit calibre, ce qui pose problème lors de la commercialisation.

Le développement de l’arbre subit également les affres des fortes chaleurs. « Par exemple, l’arbre ne réussit plus à renouveler son bois », souligne-t-il. « Dans ces conditions, l’arbre est en stress hydrique aigu, après avoir consommé ses réserves d’eau et celles du sol. »   

Autre conséquence des fortes chaleurs sur les agrumes, en particulier les mandarines, c’est le brunissement à retardement. Ces brunissements apparaissent généralement des mois après que l’arbre a été exposé à une canicule. 

« Lors de la récolte, entre janvier et mars, le fruit est d’apparence normale. Par la suite, il est envoyé dans une station d’emballage pour être exporté. Une fois arrivé chez le client, un brunissement ou noircissement apparaît sur la peau sensible des mandarines car elles ont été agressées par les fortes chaleurs pendant l’été », avance notre interlocuteur. 

« Je me souviens d’une année où il y a eu des fortes chaleurs également lors du mois de janvier dans la région. Nous avons constaté entre 30% et 35% de brunissement, des mois après la récolte », se remémore-t-il.

Brunissement de mandarines des mois après la récolte.

Des filets de protection en l’absence d’irrigation d’appoint 

Face à cette hausse des températures fréquente et intense, les agriculteurs ne sont pas pour autant démunis. Plusieurs mesures sont envisageables. Pour les arbres fruitiers qui ne supportent pas la chaleur, comme les pommiers ou les poiriers, « il faudrait de préférence déplacer ces cultures en altitude où les températures sont beaucoup moins élevées », propose Mounir Mouhib.  

Dans le cas des vignes, « il est conseillé de mettre des filets, qui permettent de créer de l’ombre. D’ailleurs, les raisins qui ont été brûlés ne disposaient pas de filet pour les protéger », poursuit le conseiller à l’ONCA. Ces filets sont également utilisés pour protéger les agrumes en temps de canicule. 

« Au départ, nous utilisons ce filet pour éviter la pollinisation de la Nadorcott par les abeilles et se prémunir des croisements avec une variété à pépins. Puis nous l’avons mis en place pour assurer un ombrage qui permet de réduire les risques de coup de soleil », avance le spécialiste en agrumes. 

Toutefois, ce filet qui diffère des filets contre la grêle et de ceux destinés à la protection des cultures maraîchères sous serre, n’est pas à la portée de tous les producteurs « car contrairement aux deux autres types de filets, il n’est pas subventionné », regrette notre interlocuteur, précisant que son coût est de 200.000 DH/ha.   

Enfin, il est à noter que l’irrigation est de moins en moins privilégiée en période de canicule à cause de la pénurie d’eau dont souffre le Royaume. « Nous sommes passés de 6 à 2 heures d’irrigation par jour dans les zones arboricoles de la province de Meknès », conclut Mounir Mouhib.