Sonomac en redressement : des sociétés sœurs, premiers créanciers validés

Le redressement judiciaire de Sonomac révèle ses premières interactions financières internes. Parmi les créances vérifiées par le tribunal, l’une des premières à être validée provient de Somacost, une des sociétés dirigées par la famille El Jirari (Dimagaz, Munjarid, etc).

Le juge-commissaire Fahd El Makhlafi vient d’admettre la créance de cette entité spécialisée dans le stockage et le conditionnement du GPL, et de la fixer à 126,1 millions de dirhams. Cette reconnaissance a été actée le 14 octobre, le montant ayant été admis à titre chirographaire.

Fait curieux, le juge-commissaire a validé, lors de la même audience, une deuxième créance au profit d’une autre société de la galaxie Jirari : Maroc Estampage.

Cette entité, active dans la fabrication de pièces métalliques pour l’industrie, concourra à hauteur de 27,1 MDH, selon le dispositif de l’ordonnance consultée par Médias24.

D’autres créanciers de Sonomac ont été déboutés ou devront patienter avant de connaître le sort de leurs créances.

Selon nos informations, le juge-commissaire a choisi de temporiser sur le dossier du Crédit Agricole du Maroc, en raison d’une action en cours portant sur une créance estimée à près de 140 MDH. Le syndic Samir Joudi devra se renseigner sur l’issue de cette procédure avant qu’il ne soit statué sur la validation du montant déclaré.

S’agissant de la Perception des grandes entreprises de Casablanca (قباضة الإدارة الجبائية للمقاولات الكبرى الدار البيضاء), le juge-commissaire s’est déclaré incompétent, estimant que le dossier relève de la juridiction administrative.

Enfin, les créances déclarées par certaines banques, notamment le CIH et la Banque Populaire, sont soit en délibéré, soit en cours d’examen.

Saham Bank et Dimagaz en litige à la Cour de cassation

En 2022, la SGMB obtenait un jugement lui reconnaissant une créance de 205 MDH à l’encontre de Dimagaz, qui opère sur le marché de la distribution de GPL, et de son dirigeant Najib El Jirari. Trois ans plus tard, l’établissement bancaire, devenu Saham Bank, poursuit sa bataille en justice pour recouvrer ce montant devenu exigible.

Selon nos informations, ce contentieux est aujourd’hui pendant devant la Cour de cassation. Et c’est Saham Bank qui est à l’origine du pourvoi. Malgré la décision favorable sur le montant de la créance, la banque conteste que le jugement n’ait pas été étendu à Munjarid, société mère de Dimagaz. C’est l’enjeu principal de ce nouveau round judiciaire.

En l’espèce, Saham Bank souhaite engager la responsabilité solidaire de la holding sur la créance qui résulte d’un crédit impayé. Pour appuyer sa demande, le créancier invoque un contrat de cautionnement daté de mai 2016.

Cette même requête avait été soumise dès la phase de première instance, démarrée en 2020. Mais le tribunal de commerce de Casablanca l’avait rejetée en déclarant le cautionnement « inopposable » à l’égard de Munjarid. Cette même position avait été reprise par la cour d’appel.

Saham Bank a saisi la Cour de cassation en février 2024. Depuis, le dossier semble encore tâtonner devant les sages. Dernier développement en date : une tentative de notification du mémoire de pourvoi à Dimagaz, datant de janvier 2025.

Saham Bank dispose d’une décision exécutoire en appel, ce qui lui permet théoriquement d’aller recouvrer sa créance, en usant notamment des saisies. Dans les faits, l’établissement de Moulay Hafid Elalamy doit composer avec les nombreuses banques impliquées dans la même course au remboursement. La dette bancaire de Dimagaz et de son dirigeant dépasse les 2 milliards de DH.

Ce défi est amplifié par les interrogations autour de la solvabilité de Dimagaz. Alors que l’entreprise enregistrait près d’un milliard de chiffre d’affaires en 2019, elle ne semble justifier d’aucune activité notable depuis quelques années. Au point que la valeur de son fonds de commerce ne dépasse pas les 400.000 DH, selon une évaluation judiciaire.

D’où les assauts des créanciers qui visent également les biens de son dirigeant Najib El Jirari. Ce dernier dispose d’un important patrimoine immobilier, mais, là aussi, loin de couvrir l’intégralité des créances bancaires.

Cette situation conduit les banques à élargir le champ de remboursement en se tournant vers des entités connexes de Dimagaz. Ses sociétés sœurs, Sonomac et Salama, ont ainsi fait l’objet de jugements les condamnant au paiement d’importants montants.

La structure du groupe reste difficile à reconstituer. Jusqu’en 2018, Dimagaz contrôlait directement Sonomac et Salama, avant de céder ses participations à Al Munjarid SARL, l’entité familiale des Jirari. Ces opérations ont été contestées par des actionnaires minoritaires, qui ont saisi la justice pour abus de biens sociaux et présentation d’états financiers falsifiés. Ces dossiers ont débouché sur des jugements constatant « l’extinction de l’action publique » pour « prescription ».

Une seule entité du groupe semble aujourd’hui encore épargnée par cet imbroglio judiciaire. Il s’agit de la Société marocaine de conditionnement et de stockage (Somacost). Dirigée par la famille Jirari, c’est un opérateur du GPL (butane/propane) qui exploite des installations de stockage et d’emplissage et dispose d’une présence industrielle à Jorf Lasfar (El Jadida), avec une base commerciale à Casablanca.

Liée à Dimagaz, Sonomac dans le collimateur des banques

Après Dimagaz, c’est au tour de sa société sœur, Sonomac (Société du nord marocain pour le commerce et l’industrie), de tomber sous les coups des créanciers. Le tribunal de commerce de Casablanca vient de condamner cette entité du groupe El Jirari à verser 139,5 millions de DH à Crédit Agricole du Maroc. Son dirigeant, Najib El Jirari, devra s’acquitter personnellement de 120 MDH au profit du même demandeur.

Le jugement a été rendu le 17 juillet 2025. Il fait suite à une action en paiement initiée trois mois plus tôt par Crédit Agricole du Maroc. Et intervient quelques mois seulement après la mise en redressement judiciaire de Sonomac, actée après la résiliation de son plan de sauvegarde.

Sonomac n’en est pas à son premier contentieux bancaire. Début 2025, ce distributeur de gaz essuyait déjà une condamnation de 37 MDH au profit de Banque Populaire Fès-Meknès. À l’époque, elle avait été reconnue débitrice solidaire aux côtés de Dimagaz et de Najib El Jirari.

Active depuis les années 1970 dans le secteur du GPL, Sonomac est notamment propriétaire de la marque Zerga. Jusqu’au début des années 2010, elle affichait un chiffre d’affaires annuel compris entre 200 et 500 MDH, avec des résultats bénéficiaires.

Aujourd’hui en redressement, Sonomac bénéficie d’une période d’observation de huit mois, en attendant l’adoption éventuelle d’un plan de continuation, d’une cession ou d’une liquidation. Le choix du tribunal dépendra du bilan économique et social établi par le syndic Samir Joudi.

Mais Sonomac n’est qu’un maillon d’un ensemble plus vaste. Depuis plusieurs années, les banques marocaines poursuivent une à une les sociétés du groupe El Jirari, à commencer par Dimagaz, l’entité historique, au centre du contentieux.

Les premières procédures remontent à 2020, avec une série d’actions judiciaires engagées contre Dimagaz et Najib El Jirari, donnant lieu à de multiples condamnations et à des saisies d’actifs, notamment des terrains agricoles hypothéqués dans plusieurs régions du Maroc.

Selon les éléments révélés par Médias24, la dette bancaire cumulée de Dimagaz dépasse les 2 milliards de DH, répartie entre plusieurs établissements : 1,1 MMDH pour Banque Populaire, 332 MDH pour Bank of Africa, 315 MDH pour Crédit Agricole du Maroc, 205 MDH pour Société Générale Maroc (devenue Saham Bank), entre autres.

Le contentieux s’est depuis étendu à d’autres sociétés du groupe, dont Sonomac et Salama, également visées par des procédures engagées par les créanciers bancaires.

La structure du groupe reste difficile à reconstituer. Jusqu’en 2018, Dimagaz contrôlait directement Sonomac et Salama, avant de céder ses participations à une entité familiale faîtière, Al Munjarid SARL. Ces opérations ont été contestées par des actionnaires minoritaires, qui ont saisi la justice pour abus de biens sociaux et présentation d’états financiers falsifiés.

En ce sens, deux procédures ouvertes devant le tribunal de Meknès ont donné lieu à des jugements rendus en décembre 2023 et mars 2024, qui ont constaté l’extinction de l’action publique pour prescription.

Dimagaz : les banques intensifient les assauts pour récupérer leurs créances

Les créanciers bancaires de Dimagaz poursuivent leur traque. Depuis janvier 2025, au moins 19 ventes judiciaires ont été enclenchées aux dépens de la société et de son dirigeant, Najib El Jirari, pour tenter de recouvrer les sommes dues.

L’essentiel des procédures est porté par Banque Populaire Fès-Meknès, avec quelques actions menées par le Crédit Agricole du Maroc et Bank of Africa (BOA).

L’accélération est notable depuis juin, avec des ventes programmées jusqu’à début août. Tous les biens visés sont des terrains agricoles nus, répartis entre les provinces de Rhamna (Bab Berrechid, Sidi Bou Othmane, Bourrous…) et Fquih Ben Salah.

Les prix de départ varient entre 198.240 DH pour les plus petits lots et plus de 7 millions de DH pour la propriété la plus valorisée : il s’agit d’un terrain de plus de 2 hectares dans la périphérie de Marrakech. Le cumul des prix initiaux dépasse 18,2 MDH.

La valse des saisies n’est pas récente. Depuis au moins quatre ans, on peut faire état d’une quarantaine d’avis visant des biens du distributeur de gaz et de son dirigeant, engagé en tant que caution personnelle. Cette chronologie coïncide avec l’incarcération de Najib El Jirari en 2021, dans une affaire de chèque sans provision.

L’intéressé, qui a purgé sa peine de cinq ans, fait aujourd’hui face aux assauts de ses anciens financeurs. Lesquels souhaitent récupérer d’importantes créances. Entre Banque Populaire Fès-Meknés (1,1 MMDH), BOA (332 MDH), Crédit Agricole (315 MDH) et la SGMB (205 MDH), le total des montants dus avoisine les deux milliards de dirhams.

Pour l’heure, tous ces établissements ont obtenu des jugements établissant leurs créances, à l’exception de Crédit Agricole. Son dossier est encore en cours d’examen au tribunal de commerce de Casablanca, qui a ordonné une expertise afin de déterminer les montants en jeu.

Cette course au recouvrement n’aboutit pas forcément aux résultats escomptés. Les avis s’enchaînent, mais les ventes sont souvent infructueuses, d’où les relances incessantes d’avis d’enchères.

À ce jour, une des rares cessions répertoriées par nos soins concerne un titre foncier à Jorf Lasfar adjugé en 2023. Mis à prix pour 3,2 MDH, le bien avait été cédé pour plus de 21 MDH. La vente avait été enclenchée par et au profit de BOA.

Cette banque, en particulier, a listé une dizaine de titres fonciers de Najib El Jirari répartis entre Fès, Casablanca, Mohammédia ou Nador. La valeur totale du patrimoine saisi par ce même créancier est évaluée, à titre provisoire, à plus de 100 MDH.

AWB vs Dimagaz : les détails du jugement rendu

Nord Sud Gaz, société sœur de Dimagaz, devra payer 4,4 MDH à Attijariwafa Bank. Objet d’une action en paiement initiée par la banque, le distributeur de gaz butane a été condamné le 10 avril par le tribunal de commerce de Casablanca.

La décision ne vise pas Dimagaz, pourtant ciblée par la requête d’AWB qui faisait valoir le statut de caution de cette entreprise.

Le montant de la condamnation correspond à celui fixé par une expertise judiciaire diligentée au cours du procès. Il est inférieur à celui réclamé par Attijari Wafabank, qui souhaitait récupérer plus de 7 MDH.

Le conflit porte sur le recouvrement du reliquat d’un crédit impayé de 93 MDH. Le prêt avait été souscrit par Nord Sud Gaz, mais AWB souhaite engager le paiement solidaire de Dimagaz en tant que caution.

Affaire Dimagaz : le Crédit agricole veut 315 MDH, une expertise en cours

Empêtrée dans les dettes bancaires, Dimagaz est sous pression. Le distributeur de gaz dirigé par la famille El Jirari attend un nouveau jugement dans un dossier qui l’oppose au Crédit agricole du Maroc.

En cours depuis novembre 2023, le procès vient de connaître un tournant majeur. Le tribunal de commerce a ordonné une expertise pour vérifier le bien-fondé de la créance invoquée par la banque, soit plus de 315 millions de dirhams.

Actée le 20 mars 2025, la mission a été confiée à Abdellatif Aissi, fondateur du cabinet de conseil Juristec. L’intéressé procédera à une « expertise bancaire ». Ses honoraires devront être réglés dans les quinze jours par CAM. L’examen du dossier se poursuivra quant à lui le 17 avril 2025.

Le Crédit agricole du Maroc a dirigé son action en paiement contre Dimagaz, mais également contre son dirigeant Najib El Jirari en sa qualité de caution personnelle. D’autres membres de la fratrie El Jirari sont mis en cause par la banque pour les mêmes motifs. Pour l’établissement bancaire, l’objectif est d’obtenir le paiement solidaire de ses adversaires.

En attendant le jugement, CAM a déjà procédé à la saisie de plusieurs biens appartenant à Najib El Jirari. L’opération la plus récente remonte au 6 mars 2025. Elle concerne la vente aux enchères d’un terrain de 15 hectares situé dans la province de Fkih Ben Salah, proposé pour un prix initial de 1,5 MDH. La vente aux enchères est programmée pour le mercredi 26 mars et se tiendra au tribunal de première instance de la même ville.

À vrai dire, CAM se livre à une course au remboursement impliquant plusieurs établissements de la place. Entre BCP, AWB, BOA, SGMB, Dimagaz totalise une dette bancaire avoisinant les 2 milliards de dirhams. Contrairement au CAM, toutes ces banques ont déjà obtenu des jugements validant leurs créances respectives.

Certaines, comme BOA, ont même déjà concrétisé des ventes judiciaires visant des biens de Najib El Jirari. Le patrimoine de ce dernier est valorisé à plus de 100 MDH, rien que pour les biens recensés par BOA.

Affaire Dimagaz : de nouveaux jugements favorables à la BP

Dimagaz a touché le fond, mais creuse encore. Quelques jours après sa condamnation à plus de 332 MDH au profit de Bank Of Africa, le distributeur de gaz butane vient d’essuyer un nouveau revers judiciaire. La société devra régler pas moins de 37 millions de dirhams à la Banque populaire Fès-Méknes.

Ce montant a été acté en deux tranches, soit deux jugements rendus respectivement le 16 et le 23 janvier 2025 (13 et 24 MDH). Ces décisions font suite à des actions en paiement initiées par l’établissement bancaire.

En réalité, la créance concerne un crédit souscrit par Sonomac, société sœur de Dimagaz, mais celle-ci a été impliquée en sa qualité de caution. Cette situation touche également Najib El Jirari, dirigeant du groupe qui a été condamné à titre solidaire.

Avec ce jugement, la BP Fès-Meknès vient garnir une créance déjà colossale à l’égard de Dimagaz. Datée d’octobre 2022, une première décision reconnaissait plus de 1,1 milliard de dirhams à la banque. Cet arrêt est déjà en cours d’exécution.

De son côté, la défense de Dimagaz, qui conteste ses dettes vis-à-vis de la BP, reproche à cette dernière ses « concours financiers abusifs ». Pour l’heure, les demandes en ce sens ont été systématiquement rejetées par la justice, qui n’a pas retenu la responsabilité de la banque dans les déboires de la société.

Avec BCP, Dimagaz fait face à d’autres débiteurs du secteur bancaire, à l’image de BOA (332 MDH), du Crédit agricole du Maroc (315 MDH), de la Société générale marocaine des banques (205 MDH). Au total, la créance du distributeur avoisine les 2 MMDH.

À ce stade, l’entreprise n’a curieusement pas encore déclaré ses difficultés au tribunal et ce, en dépit d’une cessation de paiement avérée. Attention à la responsabilité des dirigeants !

Dimagaz : AWB rejoint la longue liste des créanciers

Dimagaz s’est mis à dos tout le secteur bancaire. Après BOA, la BCP, la SGMB et le Crédit Agricole, Attijari Wafabank rejoint la longue liste d’établissements créanciers de ce distributeur de gaz butane. Les deux parties sont actuellement en procès au tribunal de commerce de Casablanca.

Contrairement aux autres banques, AWB ne vise pas Dimagaz en sa qualité de débiteur direct, mais en tant que caution d’un crédit de 96 MDH souscrit par NORDSUD Gaz, un opérateur du même secteur.

Le prêt avait été cofinancé en 2009 par AWB et la SGMB. La société a traîné des impayés. AWB, qui a supporté 23 MDH du prêt, a déjà récupéré 17 MDH auprès d’autres cautions, mais souhaite recouvrer le reste auprès de Dimagaz et NORDSUD Gaz. D’où l’action déposée en avril 2024. La banque souhaite un paiement solidaire entre l’emprunteur et sa caution.

Dans ce procès, le dernier fait majeur remonte au 3 octobre 2024. Le tribunal a ordonné une expertise pour vérifier les montants invoqués par AWB. La prochaine audience se tiendra le 9 janvier.

Le montant en jeu n’est pas conséquent, mais du côté de Dimagaz, une condamnation risque d’alourdir une ardoise déjà colossale. Entre la BCP (1,1 MMDH), Bank Of Africa (370 MDH), le Crédit Agricole du Maroc (315 MDH) et Société Générale Marocaine de Banque (205 MDH), l’endettement de l’entreprise s’élève à près de 2 milliards de dirhams.

Pour l’heure, seule la BCP et la SGMB ont eu confirmation judiciaire de leurs créances. Les autres établissements attendent encore l’issue de leurs contentieux. Ce qui ne les empêche pas de diligenter des saisies sur les biens de Dimagaz et de son dirigeant Najib El Jirari, titulaire d’un patrimoine immobilier expertisé à plus de 100 MDH.

Babour Sghir et M’fadel El Halaissi : entre la plainte d’El Jirari et celle de Bank of Africa

Condamnés en juillet, puis en octobre 2024, par deux juridictions différentes à la suite de deux plaintes distinctes, Babour Sghir, ancien parlementaire (UC), et M’fadel El Halaissi, directeur général commercial chargé des entreprises chez Bank of Africa, ont été reconnus coupables, entre autres, d’escroquerie.

Ces deux affaires sont-elles liées ? Selon les informations recueillies par nos soins, c’est celle qui oppose les deux hommes au patron de Dimagaz, Najib El Jirari, qui a abouti au litige entre eux et Bank of Africa. Mais comment ?

Une source proche du dossier indique à Médias24 que c’est Najib El Jirari qui s’est présenté à Bank of Africa en 2017 pour se plaindre auprès de la banque de l’escroquerie dont il se disit victime depuis 2012 et qui, selon lui, est orchestrée par Babour Sghir et M’fadel El Halaissi.

Ce dernier affirme n’avoir aucun lien avec cette affaire. Sa défense indique à Médias24 que la plainte du patron de Dimagaz est non seulement tombée sous le coup de la prescription, mais reste, en plus, “sans fondement”.

“C’est avec Babour Sghir que Najib El Jirari est en relation. M’fadel El Halaissi n’a aucun rapport avec eux. Ni de près ni de loin”, affirme-t-on de même source.

Les deux versions s’opposent. Et les arguments présentés devant le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ sont similaires à ceux formulés devant la section des crimes financiers de la cour d’appel de Casablanca.

L’une a rendu sa décision le 31 octobre et a condamné chacun des accusés à quatre ans et demi d’emprisonnement et au versement d’une amende de 1.000 DH, ainsi que 30 millions de DH en guise de dédommagements pour le plaignant (Najib El Jirari).

L’autre juridiction a condamné Babour Sghir à cinq ans de prison ferme et M’fadel El Halaissi à six ans d’emprisonnement. Une décision qui a fait l’objet d’un appel, et le procès a démarré le 28 octobre dernier.

Que leur reproche-t-on ? Avant de s’y pencher, il convient de noter que les éléments suivants sont rapportés par des sources proches du dossier. L’une défend la position de Najib El Jirari, et l’autre affirme que M’fadel El Halaissi est innocent.

Babour Sghir, client de Dimagaz et de BOA

Tout a commencé en 2012. Le business de Najib El Jirari était en pleine crise financière, lorsqu’il est approché par l’un de ces clients qu’il n’a rencontré que “deux ou trois fois en quatre ans”. Il s’agit de Babour Sghir.

Ce dernier propose d’aider Najib El Jirari à obtenir une rallonge financière auprès d’une banque grâce à “son ami” qui n’est autre que le directeur général commercial chargé des entreprises, à savoir M’fadel El Halaissi.

Selon cette version qui défend la position de Najib El Jirari, c’est M’fadel El Halaissi qui réussit à obtenir pour le patron de Dimagaz un crédit en un temps record : 400 millions de DH en une semaine.

“Mais Babour Sghir revient rapidement vers Najib El Jirari pour lui demander une aide en retour”, nous indique une source qui requiert l’anonymat. Cette aide consiste en un prêt qui dépasse les 200 millions de DH. Or, selon cette source, “la somme qu’a obtenue Najib El Jirari suffisait à peine à équilibrer la situation de son business. Il obtient donc un dépassement, grâce à M’fadel El Halaissi. Ce qui lui permet de prêter aux deux hommes la somme de 222 millions de DH”.

“Lorsqu’arrive le moment du remboursement, les deux hommes se défilent. Ils prétendent qu’une société travaillant avec une raffinerie de pétrole sera créée par eux et leur permettra de le rembourser à hauteur de 10 millions de DH par mois”, indique notre source. La proposition convient à Najib El Jirari qui accepte de se faire rembourser de cette façon.

“Mais après avoir obtenu deux bons de caisse anonymes émanant de la BMCE [désormais Bank of Africa, ndlr] à hauteur de 10 millions de DH chacun, le remboursement promis s’est arrêté en novembre 2015, sous prétexte que ladite raffinerie a cessé ses activités”, poursuit-on de même source.

Celle-ci précise que Najib El Jirari a décidé de s’adresser à Bank of Africa pour comprendre “comment ces deux hommes qui ne peuvent pas le rembourser ont-ils réussi à obtenir un prêt de 320 millions de DH pour le compte de leur société Sami Oil ?”.

Il convient de préciser que devant la section des crimes financiers de la cour d’appel de Casablanca, cette société a été présentée comme appartenant à Babour Sghir uniquement.

Selon notre source, “c’est l’intervention de Najib El Jirari auprès de Bank of Africa qui a permis de savoir que les bons de caisse présentés à la banque en tant que garanties par la société Sami Oil étaient falsifiés”. C’est ainsi que Najib El Jirari, d’une part, et Bank of Africa, d’autre part, ont engagé des procédures judiciaires commerciales et pénales.

Recours à la justice

Bank of Africa a porté plainte contre Babour Sghir en 2017, devant une juridiction commerciale. Tandis que Najib El Jirari a porté plainte contre Bank of Africa dans une affaire commerciale, et contre Babour Sghir et M’fadel El Halaissi dans un dossier pénal pour escroquerie.

Si cette seconde plainte sera “mise en veilleuse pendant plusieurs années”, celle actionnée devant une juridiction commerciale va aboutir à une expertise judiciaire qui, selon notre source, “estime que Najib El Jirari doit être dédommagé à hauteur de 320 millions de DH. Pour éviter cela, un arrangement lui est proposé : 200 millions de DH et un crédit avec un taux intéressant en contrepartie d’un désistement”, poursuit notre source.

La défense de M’fadel El Halaissi dément qu’une contrepartie a été proposée contre ce désistement. “Najib El Jirari a présenté un document dans lequel il se désiste de toute plainte en cours ou à venir. Mais cela a été fait sans contrepartie”, nous précise-t-on.

“Il faut savoir que M’fadel El Halaissi a porté plainte contre X, en 2014, pour menaces et chantage. On lui demandait d’accorder des crédits pour éviter que ses enfants ne soient agressés”, poursuit la même source.

Ici, les versions divergent. Celle de la défense de M’fadel El Halaissi s’oppose à celle d’une source proche de Najib El Jirari. Cette dernière assure que cet “échange” devait même être “chapeauté” par une partie tierce. Il s’agit d’une certaine Fatima Zahra Alaoui qui intervient en tant que médiatrice entre les deux parties.

Intervention d’une médiatrice

“C’est à elle que Najib El Jirari remet son désistement sachant qu’elle l’a transmis, par la suite, à M’fadel El Halaissi. Mais au lieu de tenir sa part du marché, celui-ci demande à Najib El Jirari d’attendre encore deux mois. Face au refus de Najib El Jirari, cette médiatrice propose de lui céder un terrain de plus de 3 hectares”. Une sorte d’assurance et de preuve de bonne foi, comme l’explique notre source.

Et d’ajouter : “Sauf que cette médiatrice se ‘rétracte’ et demande elle-même une garantie en contrepartie du terrain, soit un chèque de plus de 300 millions de DH de la part de Najib El Jirari”.

Or, ce qui devait faire l’objet d’une garantie a conduit Najib El Jirari à la détention. La médiatrice en question s’est adressée au procureur du Roi près du tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ, affirmant avoir une créance de plus de 300 millions dont Najib El Jirari doit s’acquitter. N’étant pas en mesure de payer une telle somme, Najib El Jirari est placé en détention en juin 2021 et jugé coupable quelques mois plus tard.

Mais, en parallèle, le patron de Dimagaz dépose plainte contre cette médiatrice et l’un de ses assistants. Il les accuse d’escroquerie et réussit à obtenir gain de cause en juin 2023. Fatima Zahra Alaoui a été condamnée à quatre ans de prison ferme et au versement d’une amende 245 millions de DH, tandis que son assistant à écopé de deux ans d’emprisonnement. Cette décision s’accompagne d’une obligation de verser un dédommagement au plaignant à hauteur de 1 million de DH.

Le procès en appel a démarré en février 2024, et la prochaine audience est prévue pour le 12 novembre prochain.

L’exception de prescription rejetée

“C’est grâce à ce jugement que Najib El Jirari a pu bénéficier de réductions de peine avant d’obtenir une libération conditionnelle il y a environ huit mois. Mais c’est lorsqu’il était encore en détention qu’il a fait appel de la décision de non-lieu concernant sa plainte pénale contre Babour Sghir et M’fadel El Halaissi. Même si celle-ci avait été déposée en 2017, ce n’est qu’en 2021 qu’elle a débouché sur un non-lieu et que Najib El Jirari a fait appel”.

Du côté de la défense de M’fadel El Halaissi, la version des faits est différente. D’abord, la plainte n’a été présentée qu’en 2020, et toute l’affaire tombe sous le coup de la prescription flagrante. C’est d’ailleurs l’exception présentée par la défense devant le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ. Mais celui-ci l’a rejetée.

Mis à part cet argument de forme, la défense de M’fadel El Halaissi a rejeté les accusations faites au fond et indiqué que “seul un comité des crédits accorde les prêts au sein de Bank of Africa. M’fadel El Halaissi n’est pas en mesure d’accorder des crédits à lui seul, ni même des dépassements”.

“El Halaissi n’a aucune relation avec ce dossier, et cela a été confirmé par Babour Sghir également. C’est Najib El Jirari qui l’implique dans cette affaire en jouant sur un autre dossier présenté devant la cour d’appel, dans le but d’établir une relation entre Babour Sghir et M’fadel El Halaissi”, estime notre interlocuteur.

Najib El Jirari (Dimagaz) vs Babour Sghir et M’fadel El Halaissi : la justice a tranché

Alors que leur procès en appel contre Bank of Africa démarre à peine, Babour Sghir et M’fadel El Halaissi ont été condamnés, dans le cadre d’une affaire distincte d’escroquerie.

Rejetant l’exception relative au délai de prescription, le tribunal de première instance de Aïn Sbaâ a condamné, le 31 octobre, chacun des accusés à quatre ans et demi d’emprisonnement et au versement d’une amende de 1.000 dirhams ainsi que 30 millions de DH en guise de dédommagements pour le plaignant.

Ce dernier n’est autre que Najib El Jirari, patron de Dimagaz, qui était en détention dans le cadre d’une affaire distincte de chèque sans provision. Najib El Jirari a bénéficié de la libération conditionnelle près de huit mois avant le prononcé de ce jugement.

En déposant sa plainte, Najib El Jirari reprochait à l’ancien député de l’Union constitutionnelle (UC) de lui avoir soutiré des sommes importantes en contrepartie de promesses fallacieuses. Une histoire d’intermédiation auprès de connaissances bancaires pour obtenir des crédits au profit de sa société de distribution de gaz.

À noter que Babour Sghir et M’fadel El Halaissi ont respectivement été condamnés en juillet dernier à cinq et six ans de prison ferme. Tandis que Babour Sghir a écopé d’autres peines privatives de liberté. Certains de ses procès en appel sont toujours en cours.

Najib El Jirari (Dimagaz) vs Babour Sghir et M’fadel El Halaissi : l’affaire mise en délibéré

Le tribunal correctionnel de Aïn Sebaâ a décidé, le jeudi 24 octobre, de fixer la date du prononcé du jugement au 31 du même mois. Cette affaire, dont le dénouement est proche, porte sur des accusations d’escroquerie adressées à Babour Sghir par Najib El Jirari, patron de Dimagaz.

M’fadel El Halaissi, directeur général commercial chargé des entreprises chez Bank of Africa, est également poursuivi dans cette affaire.

Ce procès a démarré en décembre 2023, à la suite d’une plainte déposée par Najib El Jirari qui reproche à l’ancien député de l’Union constitutionnelle (UC) Babour Sghir de lui avoir soutiré des sommes importantes en contrepartie de promesses fallacieuses, une histoire d’intermédiation auprès de connaissances bancaires pour obtenir des crédits au profit de sa société de distribution de gaz.

Les trois hommes sont actuellement en détention dans le cadre d’affaires distinctes. Du côté du plaignant, c’est pour une affaire de chèque sans provision qu’il purge une sentence de cinq ans. Tandis que les deux autres accusés ont récemment été condamnés à des peines privatives de liberté dans une affaire d’escroquerie (cinq ans de prison pour Babour Sghir et six ans de prison ferme pour M’fadel El Halaissi).

À noter que Babour Sghir est condamné à de la prison ferme dans le cadre d’autres affaires, tandis que certains procès en appel sont toujours en cours.