Sécurité hydrique : neige sur l’Atlas, barrages en hausse… la fin de la sécheresse ?
Le retour des précipitations durant le mois de décembre et début janvier a apporté un véritable soulagement, tant au niveau du couvert végétal que de l’important manteau neigeux recouvrant l’Atlas. Cela laisse espérer une bonne recharge des ressources, à condition toutefois que les précipitations se poursuivent dans les mois à venir.
À ce jour, le taux de remplissage des barrages a atteint 43,9%, soit un volume de 7,3 milliards de mètres cubes. Cela représente une hausse de 2,5 MMm3 par rapport à l’année dernière, dont près de 2 MMm3 ont été accumulés durant les trois dernières semaines.
De son côté, la saison agricole devrait profiter de ces pluies qui ont concerné les quatre coins du pays, bénéficiant notamment à la culture céréalière. Celle-ci atteint cette année 3,5 millions d’hectares, marquant une reprise après plusieurs années d’incertitude.
L’abondance neigeuse de retour sur le massif atlasique
Constituant une source majeure pour la recharge des cours d’eau, mais surtout des nappes souterraines affaiblies par sept années de sécheresse consécutives, le manteau neigeux atlasique s’est formé dès novembre 2025. Il s’est étendu en décembre pour atteindre 41.446 km² au 23 décembre 2025. En janvier 2026, la surface enneigée persiste sur de grandes étendues, comme le montrent les relevés satellitaires.

D’après la Direction de la météorologie nationale, les principaux sommets du Haut et du Moyen Atlas continuent de recevoir des précipitations neigeuses. Le Jbel Hayane, près d’Ifrane, a notamment enregistré une hauteur de 50 cm durant les dernières vingt-quatre heures.
Dans un article précédent, nous avons exposé le rôle de l’enneigement dans la recharge de plusieurs nappes, notamment celles situées dans ces zones, comme démontré par des publications récentes. Cependant, cette recharge naturelle est compromise par une irrigation privée intense qui entrave la reconstitution des réserves.
La tempête Francis à l’origine de multiples inondations
Les récentes précipitations ont eu un impact positif sur le couvert végétal de plusieurs régions agricoles, notamment celles de Doukkala-Abda et de Settat-Berrechid. Ces dernières avaient été gravement impactées durant les années passées par l’épisode chronique de sécheresse.

Les relevés satellitaires dans les régions de Doukkala et de la Chaouia relèvent un retour en force du couvert végétal après la survenue de cet important épisode pluvieux. Cette amélioration s’est toutefois accompagnée de crues de plusieurs oueds qui ont inondé des parcelles agricoles.
Après le drame de Safi, les précipitations qui ont suivi ont impacté les régions rurales de la province. Plusieurs surfaces inondées sont apparues les 4 et 5 janvier 2026 entre Had Harara et Jamaa Shaim, où plusieurs lacs temporaires sont visibles du ciel.

À cela s’ajoute la crue de l’oued Bouguedra. Ce cours d’eau, qui ne constituait auparavant qu’un filet d’eau, a causé durant le week-end dernier des crues importantes qui ont coupé la route provinciale menant à Safi. Ces inondations ont provoqué un retour de l’eau au niveau de l’oued Chaaba, sans toutefois causer de dégâts comparables au drame du 14 décembre. Il devient désormais clair qu’il s’agissait alors d’un phénomène climatique extrême et localisé dans la ville de Safi.
En effet, cet épisode pluvieux a causé d’importantes élévations du niveau des oueds. C’est le cas de l’oued Tensift qui a déversé ces derniers jours d’importants volumes de sédiments, alors que son embouchure, il y a quelques années, était fermée en raison de la diminution du débit.

Dans la région de Doukkala, le niveau de l’oued Oum Errabia en aval a également augmenté par rapport à la même date l’an dernier, où ce cours d’eau était quasiment sec. De même, plusieurs parcelles agricoles de la région ont été inondées.
- 5 janvier 2025

- 5 janvier 2026

À la suite des récentes intempéries, les niveaux de l’oued Oum er-Rbia ont considérablement augmenté. Cette situation contraste fortement avec l’année dernière, où le cours d’eau était très faible et la couverture végétale particulièrement réduite, même pour une saison hivernale.
Plus au sud, la région Souss-Massa a également profité des précipitations exceptionnelles qui ont touché le Maroc via la tempête « Francis ». L’oued Souss a vu son niveau monter rapidement en l’espace de deux jours, provoquant des débordements.
- 1er janvier 2026

- 05 janvier 2026

Des précipitations abondantes qui n’effacent pas les stigmates du réchauffement
L’examen des précipitations pour la période entre décembre 2025 et janvier 2026, dans plusieurs stations météorologiques comme Casablanca, Chefchaouen et Safi, a montré l’enregistrement de cumuls exceptionnels supérieurs à la normale.



Dans le Nord, les précipitations enregistrées sont faiblement au-dessus de la moyenne des précipitations enregistrées habituellement. Cependant, les régions de Casablanca et Safi ont enregistré un cumul exceptionnel, supérieur à la normale et même par rapport à une bonne année pluvieuse.
Bien qu’importante, la survenue de ces intempéries ne permet pas de décréter la fin de l’épisode de sécheresse, vu le caractère exceptionnel de ces pluies. Les prochains mois seront donc décisifs pour aider à améliorer davantage la situation hydrique et permettre une bonne saison agricole.
Les effets du réchauffement climatique ne vont pas disparaître, vu que le monde n’a pas encore diminué suffisamment ses émissions de gaz à effet de serre. Par sa position géographique, le Maroc est davantage exposé aux phénomènes climatiques extrêmes, ce qui oblige à être mieux préparé pour s’adapter aux différents risques naturels.
Si la conscience de la crise hydrique est désormais acquise, l’urgence réside dans la limitation des surfaces d’irrigation privée, obstacle majeur à la recharge naturelle des nappes. Le recours aux eaux non conventionnelles, bien que stratégique, ne doit pas être un permis de gaspiller les ressources conventionnelles. Ces réserves naturelles constituent une force régionale pour le Maroc, contrairement à d’autres pays dépourvus d’infrastructures suffisantes et contraints de puiser irréversiblement dans leurs réserves souterraines.

