L’Arabie saoudite passe sous la protection nucléaire du Pakistan

L’accord de défense stratégique conjointe a été signé au cours d’une visite effectuée le 17 septembre par le Premier ministre de la République islamique du Pakistan en Arabie saoudite.

À travers cet accord signé par le prince Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud et le Premier ministre pakistanais, les deux pays entendent renforcer leur coopération militaire et consolider la sécurité et la stabilité régionales.

Un parapluie nucléaire

« Cet accord vise à développer les aspects de la coopération en matière de défense entre les deux pays et à renforcer la dissuasion conjointe contre toute agression », a précisé l’agence de presse saoudienne (SPA).

Le texte souligne également que « toute agression contre l’un ou l’autre pays sera considérée comme une agression contre les deux ».

Le Premier ministre pakistanais a affirmé que son pays mettra toutes ses capacités à la disposition de l’Arabie saoudite en cas de besoin.

Rappelons que l’Arabie saoudite a longtemps été un soutien essentiel à l’économie fragile du Pakistan.

Nucléaire : le Maroc obtient le plus haut niveau d’assurance de l’AIEA

Ce statut, attribué dans le rapport annuel 2024 de l’AIEA, atteste que toutes les matières nucléaires présentes au Maroc sont exclusivement utilisées à des fins pacifiques.

Cette conclusion élargie reflète la solidité du cadre réglementaire national et l’engagement du Royaume en faveur de la transparence et de la non-prolifération, indique l’AMSSNuR dans un communiqué.

Elle couronne plusieurs années de vérifications menées dans le cadre de l’Accord de garanties généralisées (ratifié en 1975) et de son protocole additionnel (2011), couvrant installations, opérations, matières et technologies nucléaires.

Selon l’AMSSNuR, ce résultat illustre les efforts conjoints des institutions nationales impliquées dans la mise en œuvre des engagements internationaux du Royaume.

Nucléaire au Maroc. Une ambition historique et une option maintenue

“Le Maroc n’a jamais abandonné l’option nucléaire”, affirme d’emblée Rajaâ Cherkaoui El Moursli, experte marocaine en physique nucléaire. Une affirmation qui revient souvent au sein du microcosme marocain de l’énergie. Dans le mix électrique adopté en 2009 au Maroc, on annonçait déjà un pourcentage de 10% pour “d’autres sources d’énergies”, induisant automatiquement l’option nucléaire.

Car l’intérêt pour cette source d’électricité n’est pas nouveau. On peut remonter au début des années 1940, pendant la colonisation, pour en retrouver les premières traces, notamment pour l’exploration du minerai d’uranium. La Société marocaine de recherches et d’exploitations minières (Somarem), dédiée à cette activité, a été créée en 1953.

Une ambition historique

Bien que cette ambition nucléaire n’ait pas été un long fleuve tranquille, elle est restée intacte depuis l’indépendance. Selon nos sources, le Maroc a même essayé, par le truchement de l’OCP, de se doter d’un réacteur nucléaire dans les années 1960 avec l’aide américaine. Mais les conditions, aussi bien technologiques (préparation de techniciens et d’ingénieurs marocains), que géopolitiques, ne l’ont pas permis, contrairement aux cas d’Israël, du Pakistan ou de l’Iran par exemple.

L’actuel accord, adopté par le gouvernement russe en octobre, largement médiatisé, n’est que l’un des éléments d’une longue histoire. Il vient affirmer le maintien de l’ambition du nucléaire marocain alors même que le focus a été donné aux énergies renouvelables ces dix dernières années.

Ce mémorandum d’entente prévoit un soutien technique et scientifique au Maroc, notamment l’instauration d’un réacteur et la construction d’un accélérateur de particules dédiés à la recherche. Il prévoit aussi d’assister le Maroc pour les combustibles nucléaires et la gestion des déchets nucléaires.

Contrairement à ce qui a été avancé, le Maroc n’a pas d’accord pour la construction d’une centrale nucléaire dédiée à la production électrique, mais bien d’un réacteur expérimental (comme celui existant déjà au centre d’étude nucléaire de Maâmoura).

Un noyau d’écosystèmes

Car, pour passer de l’expérimentation à la production, c’est une autre paire de manche. Tout d’abord, en termes de puissance. Le réacteur expérimental, actuellement géré par le Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (Cnesten), à Maâmoura, a une capacité de production de 2 MW, soit l’équivalent de la puissance d’un moteur d’avion de combat des années 1950. La capacité moyenne de centrales nucléaires conventionnelles tourne autour de 1.300 MW, soit l’équivalent de la centrale à charbon de Safi. “Le réacteur de Maâmoura est un formidable outil d’enseignement et de recherche”, précise Rajaâ Cherkaoui, plusieurs fois récompensée pour ses travaux scientifiques.

Construit entre 2004 et 2006 grâce au soutien de l’Agence internationale d’énergie atomique (AIEA) et à un transfert de technologie française et américaine, ce réacteur fait travailler près de 260 personnes, dont 122 ingénieurs et chercheurs, des techniciens ainsi que d’autres métiers supports.

“Il a permis de doter le Maroc d’un noyau technique et scientifique capable de transiter rapidement vers une centrale de production”, affirme Rajaâ Cherkaoui. Les centrales de production emploient en général plus de 2.000 personnes, entre ingénieurs, techniciens et staffs directement. Elles recourent aussi à un écosystème de sous-traitants fourni.

Absence d’uranium

L’autre entrave majeure au développement de l’option du nucléaire au Maroc est le combustible. Une centrale nucléaire moyenne consomme l’équivalent de 200 tonnes d’uranium naturel par an, soit 20 tonnes d’uranium enrichi. Certes, l’accord avec la Russie prévoit ce volet de fourniture de combustible, mais encore une fois, ça ne reste qu’un accord-cadre. Celui-ci ne précise pas les quantités de combustibles ; d’autant que, comme indiqué précédemment, il s’agit essentiellement de réacteurs d’expérimentation pour le moment.

Pour pouvoir entrer dans l’industrie nucléaire, la disponibilité de l’uranium, source du combustible, et la capacité de l’enrichir industriellement, sont des prérequis. Or, les explorations au Maroc dans ce domaine n’ont pas été couronnées de succès. En effet, depuis la moitié des années 1940, plusieurs missions d’explorations ont été menées aussi bien par les Français que par les Anglais et les Américains, entre autres, mais sans succès. Ou du moins sans découvrir des gisements commercialement viables de ce minerai.

Le Maroc indépendant, à travers le Bureau des recherches et participations minières (BRPM) – l’actuel ONHYM –, et avec l’aide de l’AIEA, a aussi tenté plusieurs missions d’exploration dans l’Atlas ou le Sahara, toujours sans succès. L’exploration de gisements d’uranium a ainsi été grandement abandonnée dès la fin des années 1970, faute de moyens et de financements. Le Maroc s’est plutôt tourné vers la recherche de technologie d’extraction d’uranium présent dans le phosphate (0,02% d’uranium est disponible dans la roche brute).

Plusieurs tentatives et projets de recherches ont été menés dans ce sens avec l’OCP et ses partenaires, notamment le français Areva depuis 2007. Ces recherches largement expérimentales n’ont pas encore débouché sur des solutions commerciales connues, bien que depuis la moitié des années 2010, on parle au Maroc de la possibilité de commercialiser des produits dérivés de l’acide phosphorique.

Déchets durables

Et qui dit combustible nucléaire, dit traitement des déchets. La durée de vie d’une pastille d’uranium enrichie est de cinq ans. Sa durée de réactivité est, elle, de plusieurs centaines d’années. Autrement dit, la production de déchets nucléaires est concomitante à la vie d’une centrale. C’est d’ailleurs l’un des principaux inconvénients de cette technologie, puisque non seulement la production crée des déchets, mais les outils de traitement de ces déchets deviennent eux-mêmes radioactifs, nécessitant traitement. Bien que nos sources nous affirment que le processus de gestion des déchets est aujourd’hui maîtrisé par le Cnesten, il n’en demeure pas moins que l’industrialisation de la gestion des déchets est un enjeu important.

Le Maroc s’est doté en 2014 de l’Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques (AMSSNuR), une entité indépendante, sous la tutelle de la primature, qui veille, d’une part, au respect de la conformité de la sûreté et de la sécurité nucléaire et radiologique des activités et installations mettant en jeu des sources de rayonnements ionisants, et d’autre part, aux engagements internationaux du Royaume.

Il a aussi adopté l’ensemble des protocoles internationaux liés à la sécurité des installations nucléaires. Toutefois, les déchets actuellement produits au Maroc, notamment dans les domaines médicaux et de recherche, sont essentiellement traités en vue de l’entreposage en bunker par le Cnesten et pas retraités pour recyclage ou pour les neutraliser dans du verre en fusion par exemple. Les organismes publics doivent donc encore monter en compétences et en volumes pour accompagner les ambitions du Maroc, y compris pour la création d’un écosystème nucléaire.

Coût élevé

À ces aspects de sûreté s’ajoutent les aspects économiques, notamment en termes de coûts. Généralement très élevé, le coût d’une centrale peut avoisiner les 10 à 15 milliards de dollars. La centrale d’El-Dabaa, en Égypte, dont le chantier a récemment été lancé en coopération avec la Russie, a un coût estimatif de 25 milliards de dollars pour un total de quatre réacteurs d’une capacité de 1.200 MWe chacun.

La centrale Barakah, aux Emirats arabes unis, dont la première unité de 1.300 MWe est entrée en production en 2020, a été construite par les Sud-coréens Korea Electric Power Corporation (KEPCO) avec Emirates Nuclear Energy Corporation (ENEC). Son budget estimatif est de 24,5 milliards de dollars pour une capacité installée totale, à terme, de 5.600 MWe. Ainsi, le coût par KWe tourne autour de 4.500 à 5.000 $US, soit un peu plus de trois fois le coût d’une centrale à charbon équivalente en puissance comme celle de Safi (1.300 MW).

À cela, il faut ajouter les problématiques induites par la puissance. “Actuellement, le réseau électrique marocain ne peut pas faire face à la puissance d’une centrale nucléaire”, affirme Amine Bennouna, expert en énergie. En effet, pour assurer la stabilité du réseau, l’énergie appelée d’une seule source ne doit pas dépasser les 10 à 12%. Aussi, on doit avoir des capacités équivalentes en réserves, mobilisables rapidement en cas d’arrêt technique ou autre pour ne pas tomber en black-out.

La puissance générée par une seule unité de 1.300 MWe induira automatiquement la nécessité d’investissements importants dans les réseaux pour en assurer la sécurité, renchérissant de facto l’investissement de base. “Si en théorie, rien n’empêche le réseau marocain d’accueillir des capacités supplémentaires, notamment nucléaires, le gestionnaire de réseau doit détenir des capacités de réserves équivalentes à cette source d’énergie nouvelle pour éviter les risques de délestage”, affirme ainsi Ryad Jerjini, expert en électricité.

Option maintenue

Une situation qui fait dire à de nombreuses sources que les technologies les plus récentes, à savoir les Small Modular Reactors (SMR), d’une capacité de 300 à 600 MWe, seraient les mieux adaptées au Maroc. Que ce soit pour la production d’électricité, le dessalement d’eau de mer ou la production d’hydrogène, cette technologie offre de nombreux avantages, en particulier en termes de coût.

Une technologie dans laquelle la Russie est particulièrement compétitive, mais qui nécessite une décision politique forte. Car, comme le souligne Ryad Jerjini, “adopter une technologie nucléaire donnée nous lie à son fournisseur pour les quarante à cinquante prochaines années. Au vu des enjeux géopolitiques actuels, je vois mal le Maroc, allié traditionnel des États-Unis, s’engager dans ce type de partenariat avec la Russie”.

D’autres technologies, comme la CANDU (CANada Deuterium Uranium), ou des SMR français ou américains (Small Modular Reactors), sont disponibles mais restent moins compétitives que les SMR russes. Mais ces choix dépendraient fortement des conditions de financement.

Car, in fine, malgré les nombreux inconvénients et défis qu’elle soulève, selon les nombreux experts que nous avons consultés, l’énergie nucléaire reste une option nécessaire dans le mix énergétique national pour en assurer la sécurité, et 2030 est, en théorie, une échéance généralement adoptée par le gouvernement pour intégrer cette source d’énergie.

Le Maroc et la diversification décomplexée des partenaires stratégiques

C’est une véritable prouesse diplomatique et stratégique que réalise le Maroc ces dernières années. Au moment où le monde se divise en deux camps, comme du temps de la guerre froide, entre un camp occidental mené par les États-Unis et un deuxième camp mené par la Chine et la Russie de Vladimir Poutine, le Royaume apparaît comme l’un des rares pays africains à pouvoir dealer avec les deux. Sans s’aligner complètement sur leurs thèses, sans favoriser un camp contre l’autre, gardant un équilibre raisonné, avec comme seuls ligne et objectif : la défense de ses intérêts stratégiques.

Ami traditionnel de l’Europe occidentale, la France et l’Espagne notamment, qui sont ses deux partenaires historiques en termes d’échanges commerciaux, humains, culturels et d’IDE, ainsi que dans la réalisation de grands projets, Rabat a su, en seulement quelques années, se redéployer sur la carte mondiale comme un pays ouvert à toutes les sensibilités, du moment que les intérêts convergent.

Aujourd’hui, au fil de l’actualité et des annonces qui se multiplient, on voit le Maroc passer des États-Unis, avec qui il vient de renouveler son partenariat stratégique sur de grands projets de défense, de coopération militaire ; à Israël, une relation jusqu’alors taboue mais qui aboutit, depuis la signature des accords d’Abraham en décembre 2020, sur des partenariats stratégiques en matière de défense, d’industrie d’armement, de coopération technologique, industrielle, touristique, agricole, culturelle… Le tout en dealant (en même temps) avec l’ensemble des pays arabes (ou presque), et avec la Chine, puissance avec laquelle un grand partenariat industriel a été scellé via le projet Tanger Tech, cette méga-zone industrielle nouvelle génération en cours d’achèvement, où les industriels de l’Empire du milieu installeront une base arrière dans l’espace méditerranéen pour cibler aussi bien le marché européen que le marché africain.

La Russie ne perçoit pas le Maroc comme un adversaire

Et ce n’est pas tout : en pleine guerre ukrainienne, où la Russie est présentée par l’Occident comme LE pays « toxique » avec lequel il faut couper les ponts (au risque de subir les foudres des Américains et des Européens), le Maroc continue de commercer avec Moscou, lui fournissant, comme d’habitude, fruits et légumes, secteur où les deux pays échangent depuis de longues années. Et fait qui a surpris plus d’un : l’annonce, mercredi dernier, par des médias russes, dont l’agence TASS, de la conclusion entre Rabat et Moscou d’un accord de coopération nucléaire à des fins civiles qui doit déboucher, entre autres, sur la construction d’une centrale nucléaire dans la région d’Agadir.

Une information qui est tombée au moment même où le Maroc votait aux Nations unies contre l’annexion par la Russie de quatre territoires ukrainiens ! Comprenez : le Maroc, par principe opposé à tout projet d’annexion dans le monde, maintient sa ligne diplomatique, malgré ce (grand geste) du Kremlin pour la réalisation des ambitions marocaines dans le nucléaire civil.

Une nouvelle à prendre avec des pincettes toutefois ; le Maroc ayant été surpris, selon le journal espagnol El Confidencial, par cette annonce russe, qui n’est autre, rapporte-t-il, que la ratification d’un accord signé en 2017 entre Rabat et Moscou. La publication, qui cite des sources diplomatiques, avance la thèse d’une énième manœuvre diplomatique russe. « La réactivation de ce mémorandum est une tentative du Kremlin d’essayer de montrer que, malgré la guerre, il est capable de continuer à développer sa coopération, même avec des pays comme le Maroc, considérés comme plus proches de l’Occident », peut-on lire dans El Confidencial, qui estime toutefois que le scénario d’une coopération russe avec le Maroc dans le domaine nucléaire serait impossible à concrétiser dans les circonstances actuelles.

Ceci est la lecture d’un journal espagnol. Cette version se tient, si l’on en suit la logique, mais la symbolique de l’approbation par la Russie de cet accord négocié en 2017 avec les Marocains reste forte : le Royaume, malgré son tropisme occidental, n’est pas vu par la Russie comme un adversaire, un « aligné ». Et au Maroc, les élites se délectent de cela. Comme le signale El Confidencial, les autorités ne prendront certainement pas leurs distances avec cette annonce de Moscou (aucune réaction officielle n’a été faite à ce jour), la Russie jouant un rôle crucial au sein du Conseil de sécurité dans la résolution de l’affaire du Sahara, surtout à l’approche du vote, à la fin de ce mois d’octobre, d’une nouvelle résolution pour le renouvellement pour une année de la mission de la Minurso. L’année dernière, l’ambassadeur de Russie à l’ONU s’était abstenu… Que fera-t-il cette année ? Difficile de le savoir, mais son vote sera très attendu et donnera de nouvelles clés de lecture sur l’équilibre géopolitique créé par le Maroc dans ce contexte de division mondiale et de retour des alignements étatiques…

Grands projets : quand le Maroc fait jouer la concurrence

Autre signal très scruté par les Marocains : les projets de lignes à grande vitesse, dont la première ligne (Casablanca-Tanger) avait été accordée sans appel d’offres à la France. Ici, il n’y a pas lieu de spéculer comme nous le dit un haut responsable patronal, contacté par Médias24.

« Ce projet concentre tous les regards. Il montrera une fois pour toutes la nouvelle direction prise par le Maroc dans ses relations internationales, surtout dans leur volet économique. Je ne pense pas qu’il y ait une volonté d’écarter la France, qui a un grand savoir-faire dans le domaine, mais le Maroc va faire jouer la concurrence. Les entreprises françaises peuvent de toute évidence gagner l’appel d’offres. Mais elles auront une rude concurrence. Que le meilleur gagne… », décrypte notre source, selon laquelle Rabat est clairement sorti du schéma de « chasse gardée de la France » dans les grands projets d’infrastructures, d’équipements et autres…

Pour notre source, ce raisonnement s’applique déjà dans de grands projets, comme le dessalement d’eau de mer ou les énergies renouvelables, où le pays va lancer des investissements massifs sur les prochaines années. « Avant, à chaque fois que le Maroc avait un grand projet à réaliser, on regardait systématiquement ce qui se faisait en France, on prenait contact avec des entreprises françaises car il y avait une certaine facilité dans le contact, du fait de l’histoire qui lie les deux pays. Mais depuis quelques années, il y a un changement de mindset, y compris dans l’administration. Nos responsables ne voient plus systématiquement du côté de la France, mais tentent de chercher de nouveaux partenaires, de s’ouvrir à de nouvelles technologies, à une nouvelle manière de faire. Mais sans extorsion dans le marché, car c’est le jeu de la concurrence qui décide à la fin. »

« Un procédé irréprochable », commente notre source, en comparaison avec les politiques menées par plusieurs pays africains, qui nouent de nouvelles alliances au détriment d’autres, plus anciennes. Sans y mettre la forme.

Un nouveau dogme posé par le Roi à Riyad en avril 2016

Et il faut dire que cette diversification décomplexée et rationnelle que mène actuellement le Maroc, qui n’est pas sans rappeler l’époque des non-alignés, ne tombe pas de nulle part. Il s’agit d’un dogme diplomatique nouveau, formulé par le Roi à plusieurs reprises dans ses discours, mais dont le fondement a été posé à Riyad le 20 avril 2016, à l’occasion du sommet Maroc-Pays du Golfe.

Après une visite en Inde en octobre 2015, où le Roi avait participé pour la première fois au sommet Inde-Afrique qui s’est tenu à New Delhi, puis une tournée réalisée début 2016 en Europe de l’Est – République tchèque, Hongrie, mais surtout Russie, où Rabat et Moscou avaient scellé un partenariat stratégique dans plusieurs domaines -, le Roi avait exprimé devant les princes et rois du Golfe un discours qualifié de « révolutionnaire » et qui, six ans plus tard, n’a pas pris une ride…

Ces morceaux choisis du discours royal sont à ce titre édifiants et montrent comment toutes les dynamiques géopolitiques actuelles étaient à l’œuvre depuis plusieurs années déjà :

« Nous respectons la souveraineté des Etats et respectons leurs choix et leurs orientations pour établir et développer leurs relations avec les partenaires qu’ils veulent. Nous ne sommes pas ici pour demander, les uns aux autres, des comptes sur nos choix politiques et économiques. »

« Il y a cependant de nouvelles alliances qui risquent de conduire à des divisions et à une redistribution des cartes dans la région. Ce sont, en réalité, des tentatives visant à susciter la discorde et à créer un nouveau désordre n’épargnant aucun pays, avec des retombées dangereuses sur la région, voire sur l’état du monde. »

« Pour sa part, tout en restant attaché à la préservation de ses relations stratégiques, le Maroc n’en cherche pas moins, ces derniers mois, à diversifier ses partenariats, tant au niveau géopolitique qu’au plan économique. »

« Et c’est dans ce cadre que s’inscrit notre visite réussie en Russie, le mois dernier, visite marquée par le développement de nos relations hissées au niveau de partenariat stratégique approfondi et par la signature d’accords structurants dans de nombreux domaines vitaux. »

« Nous nous acheminons également vers le lancement de partenariats stratégiques avec l’Inde et la République populaire de Chine, où nous nous rendrons en visite officielle bientôt, si Dieu le veut. »

« Le Maroc est libre dans ses décisions et ses choix, et n’est la chasse gardée d’aucun pays. Il restera fidèle à ses engagements à l’égard de ses partenaires, qui ne devraient y voir aucune atteinte à leurs intérêts. »

« C’est dire que la tenue de ce Sommet n’est dirigée contre personne en particulier, surtout parmi nos alliés. C’est une initiative naturelle et logique de la part d’Etats qui défendent leurs intérêts, comme le font tous les Etats… »

Ces mots prononcés par le souverain devant ses homologues des pays du Golfe sonnaient à l’époque comme une sorte de grand virage dans les relations diplomatiques du Maroc, confirmé quelques jours plus tard par la visite du souverain, le 10 mai 2016, en Chine, où il a scellé un partenariat stratégique global avec le président Xi Jinping. Mais surtout par le grand retour au sein de l’Union africaine en 2017, où le Maroc se positionne depuis comme un acteur de référence, aussi bien dans le développement Sud-Sud que dans les relations triangulaires entre l’Afrique et le reste du monde.

Une doctrine nouvelle qui n’est pas restée au stade théorique, le monde et les Marocains ayant constaté ses retombées réelles lors de la pandémie de Covid-19, durant laquelle cette diversification des partenaires avait permis au Royaume de gérer au mieux la crise, les pénuries, s’affichant comme l’un des grands gagnants de la guerre des vaccins qui faisait rage à l’époque. Une mise en application qui se poursuit malgré les bouleversements géopolitiques dans le monde, sans complexes, en toute rationalité et sans grand bruit…

Certains amis traditionnels, comme l’Espagne et l’Allemagne, ont eu du mal à l’accepter au départ, mais ont fini par comprendre cette nouvelle « personnalité » que se construit le Maroc, décidant de l’accompagner, de faire avec… D’autres restent toujours dans l’expectative ou essaient de contrecarrer la dynamique. Mais le pragmatisme, devenu le mot d’ordre de la diplomatie du pays, finira certainement par l’emporter. Car finalement, ce ne sont que les intérêts qui priment dans les relations internationales. S’ils sont convergents, c’est encore mieux.