Offshoring : un arsenal d’incitations… mais peut-il encore sauver le modèle économique ?

La nouvelle circulaire sur l’Offre Offshoring Maroc se présente comme un outil d’accélération pour un secteur qui vise, selon le contrat-programme Offshoring signé en 2024, la création de 140.000 emplois supplémentaires d’ici 2030 et un chiffre d’affaires de 40 MMDH.

Sur le papier, le dispositif est généreux, bien encadré sur le plan fiscal et doté d’une gouvernance claire. Mais replacée dans l’histoire du secteur, dans la conjoncture mondiale et dans un contexte de transition technologique rapide, cette circulaire et les ambitions qu’elle vise à concrétiser apparaissent beaucoup plus contrastées.

Une nouvelle vague d’incitations face à un modèle fragilisé

Le dispositif d’incitations constitue le cœur de la circulaire. C’est à travers lui que le gouvernement cherche à créer de l’emploi et à redonner de l’élan à un secteur qui traverse, au Maroc comme dans de nombreux pays, une période difficile.

Depuis le milieu des années 2000, l’État a fait de l’offshoring l’un des « métiers mondiaux du Maroc » (MMM), en combinant zones nearshore dédiées, régime fiscal avantageux pour les exportateurs de services et dispositifs de formation subventionnée. Ce mouvement a été formalisé avec le contrat-programme Offshoring 2016-2020 et l’offre « Offshoring 2016/2020 », qui prévoyaient également un dispositif d’incitations.

Un bilan d’étape a été fait en 2019 et les objectifs de chiffres d’affaires et de création d’emplois n’étaient pas atteints à un an de l’échéance.

La nouvelle circulaire s’inscrit dans la continuité de la précédente. Elle reprend certaines mesures et ajoute un nouveau package de primes, alors même que le modèle historique est aujourd’hui remis en question. La conjoncture n’est plus la même, le secteur traverse une phase difficile, marquée par une vague de licenciements au Maroc.

La vague de l’intelligence artificielle, des agents conversationnels et de l’automatisation des tâches répétitives menace directement le cœur du modèle CRM traditionnel, lequel abrite la grande partie des emplois de l’offshoring au Maroc. Ce sont précisément ces segments qui ont porté la croissance du secteur dans les années 2010, grâce à l’arbitrage salarial et à la proximité linguistique avec l’Europe francophone.

Contacté par Médias24, un expert du secteur estime que ces incitations pourraient effectivement relancer les recrutements, mais de façon ponctuelle, sans résoudre les fragilités structurelles du marché.

« Les incitations peuvent relancer le recrutement, mais c’est temporaire alors que le souci est structurel. Pour les groupes étrangers de très grande taille, les incitations sont peu significatives ; bien qu’elles soient positives, elles ne changent pas la tendance de fond de la transformation. Pour les plus petits, les incitations sont importantes et cela sauvera certainement des emplois », explique-t-il.

« Le vrai enjeu, c’est de réfléchir aux métiers d’après, pas de mettre sous perfusion un secteur en déclin. Le problème, en plus, c’est que le prix moyen de l’heure au Maroc devient trop élevé à cause de l’inflation. Nous ne sommes plus dans les années 2000″, poursuit-il.

Selon lui, les signaux internationaux devraient alerter le Maroc sur la trajectoire du secteur. « Quand on voit les investissements massifs aux États-Unis dans les data centers, à l’exemple d’Amazon qui vient encore d’annoncer 50 milliards de dollars d’investissements, et les licenciements qui s’enchaînent (Apple vient d’annoncer des suppressions de postes en pleine semaine du Black Friday), il faut se poser, au Maroc, la question de l’avenir de l’emploi face à l’IA. Il faut réfléchir à un horizon de cinq ans ou plus, alors qu’il s’avère qu’au Maroc, on raisonne à court terme, sur les six prochains mois. Il y a aujourd’hui un vrai débat parmi les plus avertis sur ce sujet », conclut notre source.

Les angles morts du dispositif d’incitations

La circulaire cible explicitement les nouvelles recrues de nationalité marocaine pour les primes à l’emploi et à la formation. Sur le principe, il est logique que l’argent public vise l’insertion des Marocains. Mais le secteur, dans la pratique, a de plus en plus recours à des travailleurs de l’Afrique subsaharienne, notamment dans les centres d’appel.

Ainsi, l’incitation peut conduire à un phénomène de licenciements parmi les employés subsahariens et à des embauches de Marocains, afin de maximiser l’accès aux primes. Les modalités de versement de cette prime à l’emploi devront logiquement être précisées avec la publication de la circulaire. En tout cas, la création d’emplois devrait être comptabilisée en net, et non en brut. L’objectif d’un dispositif public n’est pas de recycler des postes existants pour toucher des subventions, mais bien de créer de nouveaux emplois tout en préservant ceux déjà existants.

Autre point essentiel qui doit être précisé : la notion de « nouvelle recrue ».  S’agit-il d’un premier emploi pour la recrue ? ou simplement d’une personne qui rejoint une entreprise pour la première fois ? Dans ce dernier cas, le risque est de voir des salariés quitter une entreprise pour être embauchés ailleurs dans le même secteur, créant un turnover et l’État finance ainsi des mouvements internes plutôt que de véritables créations nettes.

Il convient de noter que ces réserves reposent uniquement sur les informations disponibles à ce stade. La version finale et intégrale de la circulaire pourrait tout à fait intégrer les clarifications nécessaires et combler les zones encore floues.

Par ailleurs, contacté par Médias24, Ayoub Saoud, Secrétaire général de la FNCAMO–UMT, indique que la circulaire n’aura pas d’impact significatif sur la création d’emplois dans le secteur, notamment à moyen et long terme.

« Cette circulaire ne règle rien, parce que le problème du secteur est d’abord structurel. Au mieux, elle peut nous donner un peu d’oxygène pendant trois à six mois, mais elle ne changera pas la trajectoire. La création d’emplois ne dépend pas de nous, elle dépend des donneurs d’ordre internationaux. C’est eux qui décident des volumes, des contrats, etc. Le secteur vit déjà une vague de licenciements très importante, et cette réalité ne disparaîtra pas parce qu’on a baissé l’IR ou l’IS », précise-t-il.

« En pratique, cette circulaire met surtout de l’argent public sur la table pour les multinationales, à travers les allègements fiscaux, sans garantie d’emplois durables. Il y aura peut-être un petit rebond de recrutements, mais pour combien de temps ? On ne construit pas un secteur sur des jobs de trois ou six mois, avant de revenir exactement au même problème. Le diagnostic sur lequel le gouvernement s’appuie, selon lequel le coût de l’emploi au Maroc aurait trop augmenté et qu’il faudrait donc baisser l’IR, l’IS et les charges sociales, est faux. Tant qu’on ne touche pas à la structure même du modèle, on ne fera que subventionner un secteur en déclin. La seule chose un peu sérieuse serait d’ouvrir réellement les marchés publics à l’offshoring, comme cela a été fait récemment avec un marché d’une grande entreprise. Mais même là, cela reste capté par les grandes entreprises. Les petites et moyennes, elles, ne voient rien passer », conclut notre interlocuteur.

Les avantages accordés aux entreprises opérant dans le secteur

– Dans le cadre des P2I :

– Hors P2I :

Les entreprises opérant dans les activités de l’Offshoring en dehors des P2I Offshoring bénéficient des mesures incitatives prévues dans la présente circulaire, à savoir :

Outre les mesures incitatives citées ci-dessus, les entreprises opérant dans les activités de l’Offshoring et installées dans les régions non dotées de P2I Offshoring, bénéficient des mesures suivantes :

Autorisé à racheter Éolane, le suisse Cicor intègre deux sites marocains à son activité

Cicor Group, fournisseur suisse de solutions électroniques complètes, a récemment annoncé que son offre d’acquisition d’activités commerciales significatives du groupe français Éolane a été acceptée par le tribunal de commerce de Paris.

Éolane est l’un des principaux fournisseurs du marché français des services de fabrication électronique (EMS), avec une forte présence dans des secteurs stratégiques tels que l’aéronautique et la défense, le ferroviaire et la technologie nucléaire.

Depuis novembre 2024, Cicor collabore étroitement avec la direction d’Éolane, ses clients, le gouvernement français et l’administrateur judiciaire, afin d’acquérir une compréhension approfondie des activités concernées et de structurer une acquisition qui garantisse rentabilité et croissance futures, indique le groupe suisse dans un communiqué. Le transfert des activités vers Cicor sera effectif ce mardi 22 avril 2025, suivi immédiatement de leur intégration, y compris le rebranding de l’ensemble des sites.

Dans le cadre de cette opération, Cicor intègre cinq sites d’ingénierie et de production en France ainsi que deux sites supplémentaires au Maroc à son activité EMS existante. L’opération permet d’ajouter environ 890 collaborateurs et 125 millions de francs suisses de chiffre d’affaires rentable au groupe Cicor.

Les deux sites marocains renforceront les capacités de nearshoring pour les clients européens, en combinant des coûts compétitifs et d’excellentes connexions logistiques avec le continent, poursuit la même source.

L’intégration d’Éolane permet non seulement d’élargir les capacités de production de Cicor, mais aussi de se rapprocher de son objectif : atteindre un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard de francs suisses d’ici 2028, avec une présence dans tous les grands marchés européens.

1,5 MMDH d’investissement et 25.000 emplois : de nouveaux détails sur le projet de pôle d’offshoring à Sidi Othmane

L’annonce de ce nouveau projet a été faite le lundi 17 février par Nabila Rmili, lors de la session ordinaire du Conseil de la ville. La maire de Casablanca l’a décrit comme « un projet similaire à Casa Nearshore de Aïn Chock » en termes d’activité, et à celui de CFC en termes d’infrastructures et de hauteur des bâtiments.

Contacté par Médias24, Houcine Nasrollah, vice-président du conseil chargé de l’urbanisme, nous donne plus de détails sur le projet.

La première phase porte sur un terrain de 6,5 hectares

« Il s’agit globalement d’un terrain d’une superficie de plus de 100 ha qui appartient à la commune de Casablanca. Ce terrain est mitoyen à un autre des domaines où se trouve actuellement le terrain de Tessema et le marché de gros, notamment. La superficie de ces deux terrains réunis s’élève à environ 260 ha », nous explique Houcine Nasrollah, soulignant que « c’est une vision future qui n’est donc pas immédiate », et qui se déploiera en plusieurs étapes. 

« La première phase du projet se concentre d’abord sur un périmètre de 150 hectares, incluant notamment le terrain de Tessema où sera implantée une cité sportive, avec un village dédié aux activités sportives. En parallèle, une reconversion des abattoirs y est envisagée, après leur délocalisation ».

Cependant, avant de concrétiser cette vision à grande échelle, une initiative intermédiaire a été définie pour valoriser une portion stratégique du site. « Il s’agit d’un terrain de 6,5 hectares, situé dans une zone connue sous le nom d’El Hantate », qui a été identifiée pour une valorisation immédiate, selon notre interlocuteur.

Il s’agit, selon nos recherches, d’une partie du terrain vague derrière le stade de Tessema et le marché de gros.

Ce terrain, doté de quelques boutiques construites il y a plusieurs années, à ce jour fermées et inexploitables, représente une opportunité de développement économique et social. Les documents d’urbanisme attribuent à cette zone « un potentiel de construction en R+6, R+7 et plus, exclusivement destiné à des activités professionnelles, et non résidentielles », d’après Houcine Nasrollah.

« Deux objectifs principaux motivent cette valorisation : d’abord la génération des fonds, à travers la location des 6,5 ha en question, pour financer une partie du projet global, puis la création d’un projet générateur d’emplois, afin de dynamiser le tissu économique local de l’arrondissement ».

Un projet d’offshoring en gestation

L’option retenue pour cette valorisation repose « sur le développement d’un pôle d’offshoring, porté par la filiale de la CDG, Ewane ».

« Nous avons convenu avec Ewane ce qui suit : la conclusion d’un contrat de location de ces 6,5 ha pour la réalisation d’un projet exclusivement dédié à l’offshoring, capable de générer jusqu’à 25.000 emplois ».

« Il s’agit d’un contrat de location établi pour une période de 10 ans, voire 12 ans au maximum, avec un loyer annuel de 5 millions de dirhams (MDH). En contrepartie, Ewane s’engage à acquérir progressivement ces terrains par tranches ».

Notre interlocuteur précise par ailleurs que la commune n’a pas acté la cession. « Une fois la convention de location signée, l’entreprise commencera par développer 1,5 ha, afin d’y implanter plusieurs unités dédiées à l’offshoring, avant de passer à l’acquisition plus tard ».

Un investissement de 1,5 MMDH

Ce projet, qui se réalisera progressivement, représente, selon Houcine Nasrollah, un investissement global avoisinant les 1,5 milliard de dirhams (MMDH), comprenant le terrain, les frais d’architecture et de construction.

Avec 140.000 m² de surfaces couvertes, ce projet ambitionne de transformer la zone et de valoriser le quartier. Nabila Rmili a pour sa part souligné que ce projet permettra de générer des revenus annuels d’environ 20 MDH à la commune, à travers les taxes professionnelles et de services communaux.

L’impact de ce projet dépasse par ailleurs le simple cadre économique. Il s’inscrit dans une volonté d’atténuer les disparités territoriales entre les différents arrondissements de Casablanca. En permettant l’émergence de constructions en R+7 et R+10 dans cette zone, à l’image de celles observées à Sidi Belyout, ce projet contribuera à une redistribution plus équilibrée des infrastructures modernes.

Démarrage imminent de la réalisation du projet

Le lancement de la première tranche du projet est imminent, conclut notre interlocuteur, et la dynamique de développement suivra une progression soutenue.

Plusieurs documents relatifs à ce projet ont d’ailleurs été examinés et votés par le Conseil de la ville, lundi dernier, notamment :

La valeur locative du terrain objet du contrat de location, fixée par la commission administrative d’expertise ;

– Le projet de cahier des charges relatif à la location de ce terrain de 6,5 ha ;

– Le contrat de location de ce terrain.

Offshoring : l’IA représente-t-elle une menace pour les emplois au Maroc?

L’humain sera-t-il remplacé demain par l’intelligence artificielle? C’est la question que tout le monde se pose. L’IA qui commence déjà à changer, drastiquement, la manière dont nous produisons et nous travaillons, ne tardera pas à transformer plusieurs secteurs, en profondeur. Les métiers de l’offshoring ne seront pas épargnés. Des profils seront impactés plus que d’autres, explique à Médias24 Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels et des métiers de l’offshoring (FNCAMO).

Les réflexes des donneurs d’ordre ont changé avec l’IA

« En termes d’usage, le recours à l’IA dans l’offshoring ne date pas d’aujourd’hui. L’offshoring est même le secteur précurseur en termes de développement technologique. Cela dit, l’IA est intégrée depuis des années maintenant dans notre métier, notamment sur la partie interaction avec les clients, au niveau du SAV, et à travers les outils comme les chatbots, les callbots déployés maintenant en version bêta ».

Les réflexes des donneurs d’ordre ont changé depuis l’intégration de l’IA, reconnaît Ayoub Saoud. « Les assistants IA simplifient aujourd’hui les requêtes. Ils peuvent en effet répondre et obtenir des réponses assez concrètes. Ce n’est que quand l’IA se plante ou ne fournit pas de réponses qu’un chat, par exemple, est orienté vers un conseiller humain ».

La durée moyenne de traitement a diminué de 14% grâce à l’assistance par l’IA. Cela signifie que le recours aux humains, notamment aux téléopérateurs, sera de moins en moins nécessaire

Le recours à l’IA dans l’offshoring s’est accéléré depuis l’épidémie du Covid, enchaîne notre interlocuteur. « Avant, nous comptions plus de conseillers et de téléopérateurs. Le nombre d’interactions traitées par le téléopérateur était de même important. Maintenant, avec l’usage plus fréquent de l’IA, le nombre d’interactions a drastiquement diminué. Une étude sur les indicateurs clés performance (KPI) de l’offshoring montre que la durée moyenne de traitement a diminué de 14% grâce à l’assistance par l’IA. Cela signifie que le recours aux humains, notamment aux téléopérateurs, sera de moins en moins nécessaire ».

Licenciements déguisés et une baisse de recrutement 

Face à constat, les licenciements déguisés s’enchaîneront, déplore Ayoub Saoud. « Les téléopérateurs seront poussés à bout pour démissionner, en particulier les salariés immigrés qui représentent 90% de certains centres d’appel marocains. Ces travailleurs étant aux avant-postes de la précarité ».

Le turn-over fait ravage dans le secteur. Son taux dépasse aujourd’hui les 50% »

Une baisse de recrutement dans l’offshoring est par ailleurs observée, poursuit notre source. « Contrairement à ce que laissent croire les chiffres communiqués sur les nouveaux emplois crées, les nouvelles offres ne sont généralement annoncées que pour équilibrer la perte importante des salariés du offshoring depuis l’intégration de l’IA. Le turn-over, ou renouvellement du personnel, fait ravage dans le secteur. Son taux dépasse aujourd’hui les 50%« .

Des profils résisteront à la transformation. « Peut-être qu’il faut s’attendre, dans un futur lointain, à ce que l’offshoring soit entièrement assisté par l’intelligence artificielle. Mais pour l’heure, en tout cas sur les court et moyen termes, il me semble que l’humain aura toujours sa place dans ce secteur-là. Je pense notamment à certains profils comme les data analysts dont le métier est indispensable puisque ce sont eux qui dirigent ces nouvelles technologies ». Notre source recommande à ce titre d’investir davantage dans la formation de ces métiers moins menacés par l’IA.

Vous l’aurez compris : les métiers de l’offshoring sont aujourd’hui en mutation. Ce changement, d’ordre mondial, émane des donneurs d’ordre, notamment les maisons-mères étrangères dont le Maroc dépend encore.

De la souveraineté de l’offshoring national

« Il faut savoir que l’offshoring marocain est loin d’être souverain. Le Maroc ne décide pas à lui seul et de son gré d’intégrer ou de renoncer à l’IA puisqu’il dépend des maisons-mères, notamment des opérateurs étrangers », souligne en outre le secrétaire général de la FNCAMO.

La donne a changé avec l’IA. L’Etat doit prendre des mesures. Il faut préparer une phase de transition

Malgré les investissements du Maroc dans ce secteur, il paraît que le Maroc n’en tire pas pleinement profit. « Le Maroc ne tire pas pleinement profit de ce secteur. Pourtant il investit dedans, notamment à travers les incitations fiscales ou encore l’aménagement de parcs de travail (Casanearshor, Technopolis). Des plateformes qui sont financées en fin de compte par l’agent public. Ces plateformes sont financées par la CDG à travers sa filiale MedZ. La CDG est à son tour financée en grande partie par la CNSS et par d’autres comptes sociaux », estime Ayoub Saoud.

Ce dernier insiste : « La donne a changé avec l’IA. L’Etat doit prendre des mesures. Il faut donc préparer une phase de transition« .

Développer « l’inshoring » et investir dans la formation

Pour s’affranchir de la dépendance des opérateurs étrangers, Ayoub Saoud suggère de développer ce qu’il appelle « l’inshoring ».

« Il y a un modèle assez intéressant à suivre qui est le modèle turc. La Turquie a réussi à augmenter le nombre de ses téléconseillers par habitant. Au Maroc, le nombre de salariés de l’offshoring demeure très faible par rapport à d’autres pays ».

« La Turquie, par exemple, a imposé aux grandes entreprises, notamment les multinationales, de créer un centre d’appel de dix positions au moins pour servir le marché national. C’est ce qu’on appelle le inshoring. Le Maroc peut le développer à son tour. Déjà que les Marocains sont aujourd’hui très connectés. L’outsourcing peut-être également exploité pour faciliter les démarches administratives en cours de digitalisation au Maroc. Mais il faut une volonté politique pour ramener davantage les investissements dans ce secteur et pour ne plus dépendre des aléas de la politique économique et sociale internationale ».

Inetum étend son activité au Maroc, 1.500 emplois d’ici 2027

Pour un investissement prévisionnel de plus de 50 millions de DH, le protocole d’entente a été paraphé par le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques, Mohcine Jazouli, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Ghita Mezzour, le président-directeur général du groupe Inetum, Jacques Pommeraud et le directeur général de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), Ali Seddiki.

Ce protocole d’entente vise à renforcer la collaboration entre le groupe Inetum et le Royaume pour atteindre les objectifs stratégiques communs, dont le soutien à la transition numérique du Maroc en investissant dans des technologies avancées, en développant des services innovants et en créant des emplois qualifiés et à très forte valeur ajoutée, peut-on lire dans un communiqué.

Inetum est implanté au Maroc depuis 2003 et accompagne les entreprises dans leur transformation numérique, en proposant une prise en charge complète de leurs projets, de la conception à la mise en œuvre et à la maintenance. Inetum dispose d’un FabLab inauguré en 2021 à Casablanca pour accompagner ses clients en matière d’innovation et leur permettre de découvrir les dernières avancées technologiques telles que l’intelligence artificielle générative, poursuit la même source.

Inetum compte actuellement 800 employés au Maroc et prévoit un plan de recrutement massif et inclusif, avec la création de 1.500 emplois d’ici 2027 pour les ingénieurs et les lauréats des grandes écoles de management de la région de Casablanca et d’autres régions en cours de qualification, note le communiqué.

Telus International inaugure son site à Casablanca

Telus International conçoit, construit et propose des solutions incluant l’intelligence artificielle (IA) et la modération de contenus pour des marques mondiales.

Telus International Maroc est né suite à l’acquisition d’Humania BPO par Telus International. La société fournit des solutions d’expérience client numériques à certaines des plus grandes marques mondiales.

« Nous sommes fiers de nous établir au Maroc, un pays stratégique pour la croissance de notre entreprise et faisant partie de notre expansion plus large à travers l’Afrique qui contribuera à répondre à la demande à court terme de nos clients pour une plus grande diversification dans les capacités de prestation offshore et nearshore pour les solutions de données IA, le support client multilingue et les services de confiance et de sécurité », a déclaré Jeff Puritt, président de Telus International.

« Le Maroc est un hub de services aux entreprises en pleine croissance, réputé pour son bassin de talents exceptionnels de jeunes, éduqués et hautement qualifiés, représentant un large éventail de cultures et d’ethnies, et maîtrisant plusieurs langues », indique un communiqué de l’entreprise.

« Cette expansion nous permettra non seulement de mieux servir nos clients en Europe et en Amérique du Nord, mais contribuera également à l’économie et à la communauté locales. Nous sommes convaincus que notre engagement envers une croissance responsable et durable aura un impact positif au Maroc, et nous sommes impatients de construire une base solide pour une croissance future dans la région », a déclaré Anthony Lacopo, vice-président de Telus International au Maroc, cité dans le communiqué.

Le nouveau bâtiment de Telus International est conçu avec de nombreuses caractéristiques durables. Il intègre en effet l’utilisation d’énergie renouvelable grâce à 2.000 mètres carrés de panneaux solaires sur le toit, et produit plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Telus International compte plus de 70.000 employés dans plus de 70 centres de prestation CX et IT à travers le monde, opérant dans plus de 50 langues. Le site au Maroc renforce davantage la présence mondiale de l’entreprise, rejoignant d’autres emplacements en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Une subvention de 2 MDH pour l’installation des entreprises au parc Fès Shore

Le parc Fès Shore est étendu sur une superficie de 22 hectares et propose une infrastructure de 30.000 m² de plateaux bureaux prêts à l’emploi. Les pouvoirs publics ambitionnent de dynamiser davantage le secteur en accordant une subvention d’installation à hauteur de 2 MDH, pour les clients souhaitant s’implanter à Fès Shore.

Afin d’accompagner la croissance des clients du parc, Ewane prévoit une extension de 15.000 m² d’espace bureaux additionnels avec le lancement des travaux de la troisième tranche début 2024. À terme, les plateaux de bureaux devraient s’étendre à 100.000 m² et générer 2.000 nouveaux emplois à terme.

Dans cette lignée, une convention de partenariat a été signée entre les parties suivantes :

– Ewane, filiale du groupe CDG et acteur de l’immobilier locatif tertiaire au Maroc ;
– région de Fès-Meknès ;
– wilaya de la région Fès-Meknès ;
– centre régional d’investissement (CRI) de la région Fès-Meknès ;
– les sociétés Capgemini Engineering et Cnexia.

En vertu de ce partenariat, les sociétés Capgemini Engineering et Cnexia bénéficieront d’une subvention de la région Fès-Meknès à hauteur de 2 millions de DH afin de financer la réalisation des travaux d’aménagement des plateaux de bureaux. En contrepartie de cette subvention, les entreprises s’engagent à créer 100 emplois à minima dans un délai de deux ans.

Afin de déployer ce nouveau dispositif, la société Ewane a organisé une cérémonie de signature des conventions d’installation des premiers bénéficiaires de la subvention d’installation à Fès Shore :

– Capgemini Engineering, groupe mondial des services d’ingénierie et de recherche et développement, déjà présent au niveau du parc Casanearshore et qui prévoit l’ouverture d’un nouveau centre de services à Fès Shore ;

– Cnexia : une filiale d’un conglomérat canadien, opérant dans les télécoms et les médias, présente actuellement au parc Technopolis et au parc Fès Shore.

Ce parc a pour principaux objectifs de mettre en place un espace intégré dédié aux activités de services informatiques, de traitement de données et de processus métiers et de développer de nouveaux métiers porteurs de valeur ajoutée.

Offshoring: baisse attendue de 40% de l’activité en avril et mai au Maroc

« On est armés pour passer cette crise. » Karim Bernoussi, PDG du groupe Intelcia, spécialiste de l’externalisation de la relation client, est revenu, ce mardi 7 avril lors d’une e-conférence, sur l’impact de la crise liée au Covid-19 dans le secteur de l’offshoring et les mesures d’adaptation qu’elle implique.

S’il estime que la trésorerie de son groupe a les reins suffisamment solides pour tenir « six mois sans problème », il évalue la baisse du chiffre d’affaires pour les mois de mars à 15% et prévoit un recul de 40% pour avril et mai. Concernant le marché français, qui concentre 90% des activités d’Intelcia, l’entreprise devrait atteindre « 70% du chiffre d’affaires initialement prévu ». « On ne pourra pas repartir à 100% en juin. La reprise sera aussi difficile que la crise », prévient-il toutefois.

Un quart des salariés présents dans les bureaux

Malgré cette situation, « on a fait le pari de maintenir les salaires. On a redéployé certains salariés sur d’autres projets, en l’occurrence ceux qui ne peuvent pas faire du télétravail ; d’autres ont pris des congés payés. On joue sur ces deux aspects pour permettre aux employés de conserver leurs salaires. »

Et d’assurer leur sécurité. « Le nettoyage est renforcé dans nos locaux, ainsi que la disponibilité des gels hydroalcooliques. Concernant les bureaux, les positions sont espacées d’environ un mètre sur les plateaux, pour qu’il y ait suffisamment d’espace entre les employés. Nous faisons en sorte aussi que les plateaux ne soient pas occupés comme en temps normal », avait expliqué le groupe le 18 mars dernier.

Durant les premiers jours qui ont suivi l’introduction du Covid-19 au Maroc, les salariés ont d’ailleurs été nombreux à déserter les locaux de l’entreprise, craignant d’être contaminés. « Le taux d’absence était supérieur à 50%. Aujourd’hui, avec les mesures prises, 15% des salariés peuvent venir travailler au bureau. »

Protéger les données personnelles, un enjeu de taille

Le télétravail a entraîné dans son sillage d’autres mesures d’adaptation, notamment pour la protection des données personnelles des clients. Intelcia indique avoir fait signer à ses salariés en télétravail une lettre d’engagement pour respecter un certain nombre de principes relatifs à la confidentialité et à la protection des données. « Toutes les opérations qui font l’objet d’un télétravail ont été mises en place avec l’accord des clients, en connaissance de cause des risques que cette situation implique », affirme Karim Bernoussi, reconnaissant que le risque zéro n’existe pas.

« En moins de trois semaines, plus de 7 000 salariés d’Intelcia se sont retrouvés à faire du télétravail. Nous avons lancé deux applications et une hotline gérée par les équipes informatiques, au profit des téléopérateurs qui travaillent depuis chez eux », abonde Nadia Ben Bahtane, directrice marketing et communication du groupe. Au Maroc, le nombre de salariés qui travaillent actuellement depuis chez eux est estimé à 4 000, contre environ 750 en France et 1 000 au Portugal.

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Le rapport annuel de l’AMDH très critique sur la situation des droits de l’Homme

Au niveau législatif, l’AMDH constate la lenteur du processus d’adoption et de mise en œuvre des protocoles et accords internationaux ratifiés par le Maroc et relatifs à la protection contre la torture, ainsi que celui sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Par ailleurs, l’AMDH note la réticence de l’Etat quant à l’adoption de plusieurs chartes internationales, notamment la convention de Rome créant la Cour pénale internationale et le deuxième protocole du pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Ces réticences sont en partie justifiées par les réserves émises par le Maroc sur de nombreuses conventions ratifiées d’un côté, et le refus de voter en faveur des résolutions onusiennes, à l’image de la résolution appelant à un moratoire sur la peine de mort. Bref, la prédominance du droit international sur la législation nationale n’est actuellement pas à l’ordre du jour.

Parallèlement, le travail fourni par le CNDH emporte la sympathie de l’AMDH. Le rapport de cette dernière note que «les démarches entreprises dans le cadre de l’émission de rapports thématiques sont considérées comme positives, et nécessitent leur renforcement par la mise en œuvre des recommandations jointes à ces rapports.»

Le volet des libertés publiques n’est pas épargné par le rapport de l’AMDH qui relève de nombreuses anomalies notamment en ce qui concerne le droit d’organisation. Il s’agit concrètement des refus d’octroi par les autorités de récépissés de dépôts de dossiers juridiques pour la création d’organisations syndicales, d’associations ou de partis politiques.

Dans sa lancée, l’association note la régression du classement du Maroc au niveau de la liberté de la presse (136e sur 180 pays) selon RSF. Des cas d’agressions physiques sur des journalistes pendant l’exercice de leurs fonctions ont été recensés. Et bien évidemment, l’AMDH n’a pas manqué de revenir sur l’affaire Ali Anouzla, comme étant l’affaire qui a tristement dominé le paysage médiatique en 2013, ainsi que celle de Mustapha Hasnaoui, condamné à 3 ans de prison ferme pour constitution d’une bande terroriste et non-dénonciation d’un crime terroriste. Par ailleurs, l’ONG dénonce l’interdiction d’entrée au territoire national de journalistes étrangers par le ministère de la communication.

Dans la même intonation, le rapport de l’AMDH fait part de manquements au droit de rassemblement. En effet, les autorités ont répondu à plusieurs manifestations et sit-in par la répression, plus particulièrement contre les participants aux marches du mouvement du 20 février, des syndicalistes et des diplômés au chômage. Ces interventions ont eu lieu dans le mutisme du ministre de la justice qui n’a, à aucun moment, pris l’initiative afin de demander l’ouverture d’une enquête.

Autre point sur lequel revient le rapport. Il s’agit du viol des libertés individuelles au Maroc. Plus particulièrement, le non respect de la liberté de croyance et de conscience.

Magistrature, le bilan de la dernière session du CSM

Lors de cette réunion, les  membres du Conseil supérieur de la magistrature, CSM, ont statué sur des demandes d’affectation, les mesures disciplinaires et des nominations.

Sur le volet des promotions, les sages du CSM avaient à l’esprit les postes vacants dans les cours d’appel des villes d’Errachidia, d’Ouarzazate et de Laayoune. Les juges remplaçants ne se sont pas bousculés au portillon. Alors, le CSM trouve la parade : motiver les troupes en proposant des promotions. C’est ainsi que 13 juges ont été promus et affectés dans ces tribunaux.

Les poursuites disciplinaires pour "dysfonctionnement professionnels et éthiques" représentent 14 dossiers. Les infractions vont des faits graves touchant à la réputation de la justice, à la corruption, des manquements dans les obligations professionnelles.

Après audition des concernés et de leurs représentants légaux, le CSM a rendu des décisions. Deux juges sont limogés, deux autres mis à la retraite. Des mises à pied ont été prononcées à l’encontre de deux magistrats. Un autre voit son évolution de carrière bloquée. Trois juges ont eu droit à une admonestation. Des avertissements ont été prononcés pour deux magistrats. Deux autres ont été innocentés, ils bénéficient de la non-préméditation.

Les nominations à des postes de responsabilité. Le CSM a eu entre les mains les dossiers des postes vacants en raison de départs à la retraite en ce début d’année 2014. Comme le 1er président de la cour d’appel administrative de Rabat qui prend une autre affectation. Les trois présidents de TPI qui déclinent leurs postes pour des raisons familiales et personnelles. Et un 3ème dont la situation nécessite un éclaircissement du ministère de tutelle.

Au final, l’instance a procédé à la nomination de 8 juges à des fonctions de présidence et de 6 magistrats au sein du parquet auprès des cours d’appel. A des postes de responsabilités, 9 juges ont vu leurs mandats renouvelés et 6 autres obtiennent des postes de responsabilités dans des cours d’appel.

Les dispenses des responsabilités ont également été examinées par le CSM. 24 juges sont concernés par cette mesure. Parmi eux des juges en période préparatoire au départ à la retraite, en préparation pour de nouvelles affectations, certains de leurs propres vœux et un dernier pour des raisons motivées par les intérêts de la justice.

La fixation d’un terme pour les départs à la retraite. Cette question concerne 14 juges auxquels le CSM a avait accordé une prorogation de la date de départ à la retraite. Ces derniers reviennent devant l’instance et pour des raisons de santé demandent une cessation d’activité. Requêtes validées par le CSM qui prononce leurs mises à la retraite à compter du jour où ils sont cessés d’exercer.

Les nominations des attachés de justice ou encore juges en formation intéressent 227 personnes issues de la 38ème promotion de l’INEJ.

Les nominations des juges à la cour de cassation répondent à un besoin urgent. Les  sages du CSM soulignent les nombreux départs à la retraite de juges siégeant en cassation et la croissance du nombre d’affaires soumise à cette juridiction. Par conséquent,  11 magistrats ont été nommés.

Les nominations à des fonctions de juges honoraires concernent 17 anciens magistrats. Ils gardent leur grade exceptionnel, qu’ils possédaient avant leurs départs à la retraite.