Yogo, marque emblématique d’Extralait, au cœur d’un procès à Marrakech
C’est un contentieux au goût d’enfance, où l’on plaide autant pour une marque que pour un souvenir collectif. Au tribunal de commerce de Marrakech, Extralait défend sa paternité sur son produit Yogo, enregistrée dès 1991 et devenue au fil des années une référence familière dans les rayons laitiers marocains.
Exploitante historique de ce yaourt à boire, la coopérative agricole basée à Kénitra accuse plusieurs concurrents de s’être appropriés des appellations dérivées de sa marque. À l’origine de ces litiges, un oubli de renouvellement auprès de l’OMPIC – rectifié depuis – a ouvert la voie à des dépôts concurrents inspirés du nom originel.
Le dossier le plus avancé oppose Extralait à Best Milk SA, société marrakchie active dans la fabrication et la distribution de produits laitiers. La coopérative lui reproche d’avoir enregistré, entre 2008 et 2011, trois marques jugées trop proches de Yogo : Yougoury, Yogory et Yogplus.
Chacune de ces appellations donne aujourd’hui lieu à un procès distinct, mais étroitement lié, où les deux parties se livrent à une bataille juridique particulièrement intense autour de la propriété et de la notoriété de la marque originelle.
Épaulée par Me Soukaina Rizqy, Extralait reproche à Best Milk d’avoir multiplié ces dépôts en toute connaissance de cause, dans un secteur identique et pour des produits similaires.
La coopérative estime que la société marrakchie ne pouvait ignorer l’existence et la notoriété de Yogo, exploitée depuis le début des années 1990, et considère ces dépôts comme le fruit d’une mauvaise foi manifeste.
Pour appuyer sa position, Extralait invoque la notoriété de Yogo, diffusée depuis plus de trente ans dans les grandes surfaces et auprès des distributeurs nationaux. Elle soutient que cet usage constant lui confère une protection renforcée, au-delà même de la validité formelle de son premier enregistrement, et rappelle qu’un opérateur du même secteur a le devoir de vérifier l’existence de marques antérieures avant tout dépôt.
En face, Best Milk, représentée par Me Jamal El Hasnaoui et Me Hayat Abou Saadia, réfute les accusations et défend la légalité de ses enregistrements.
La société, filiale d’Anouar Invest, affirme que les marques concernées ont été déposées dans les règles, sans intention de confusion. Elle soutient en outre que les dénominations incriminées présentent des différences suffisantes pour distinguer leurs produits sur le marché.
Best Milk invoque la prescription de cinq ans applicable aux marques, tandis qu’Extralait rétorque que la mauvaise foi alléguée fait obstacle à toute forclusion.
Ce triple dossier se jouera désormais sur une enquête judiciaire qui se tiendra à partir du 17 novembre 2025 au bureau du juge-rapporteur, Younes Labiki.
Selon nos informations, d’autres procédures opposant Extralait à des opérateurs (locaux et étrangers) du même secteur sont également en cours devant les juridictions commerciales de Rabat et de Casablanca, à des stades procéduraux variables.