L’ONDH prépare une enquête de terrain sur les écoles pionnières

L’objectif de la mission est « d’observer la dynamique scolaire » au sein des 2000 écoles du Programme National « Écoles pionnières (EP)«  lancées au titre de l’année scolaire 2024-2025 afin « d’en mesurer les résultats et d’éclairer les décisions prévues dans le cadre de la procédure de labellisation de ces établissements », peut-on lire dans les documents relatifs à l’appel d’offres.

Il s’agit d’une étude de terrain pilotée par l’Observatoire national du développement humain (ONDH) visant à « apprécier dans quelle mesure le modèle d’école pionnière a atteint ses objectifs en termes de degré de correspondance/concordance entre ce qui est visé par le programme EP (normes et standards de qualité) et ce qui est effectivement mis en œuvre et atteint sur le terrain ».

En d’autres termes, il s’agit d’observer comment les acteurs des 2.000 établissements concernés par la mission appliquent les normes et objectifs prévus par le programme, sur l’ensemble du système.

L’ONDH doit disposer, à l’issue de cette enquête de terrain, des données quantitatives fiables sur le dispositif et ses effets. Cela permettra de repérer les écarts éventuels entre les orientations du programme et la réalité des pratiques, afin d’y remédier.

Sur le plan des objectifs spécifiques de la mission, l’étude porte sur trois dimensions clés du programme EP :

– Au niveau de l’établissement scolaire : vérifier que chaque école pionnière respecte les normes de qualité requises (organisation, encadrement, conditions d’apprentissage, méthodes pédagogiques, etc.). Étude à même de révéler l’environnement au sein duquel les enseignants exercent et les élèves évoluent, les nouvelles approches mises en œuvre à l’école.

– Au niveau des enseignants : apprécier l’évolution des pratiques pédagogiques et de la formation des enseignants dans ces écoles. Il s’agit notamment d’observer l’adoption des méthodes d’enseignement explicite et des nouveaux outils pédagogiques par les instituteurs volontaires, ainsi que l’implication des encadrants (inspecteurs) mobilisés.

– Au niveau des élèves : mesurer les progrès des apprentissages des élèves bénéficiaires du programme à titre des EP (2024-2025). L’étude analyse dans quelle mesure les élèves des écoles pionnières amélioreront leurs résultats dans les trois matières fondamentales (arabe, français et mathématiques) par rapport aux objectifs fixés. Cet axe vise à quantifier la plus-value éducative du programme pour les élèves scolarisés dans ces 2000 écoles.

L’estimation maximale des prestations est établie à 8,8 millions de DH.

Le programme « établissements pionniers »

ONDH : 6,72 MDH pour la réalisation d’enquêtes auprès des ménages

L’appel d’offres de l’ONDH précise que le prestataire doit « assurer l’administration adéquate sur le terrain d’un questionnaire auprès d’un échantillon représentatif de ménages, âgés de 18 ans et plus, couvrant les 12 régions du Maroc ».

Le prestataire aura également pour mission d’élaborer les comptes rendus, une base de données apurée et une analyse statistiques des données collectées pour chaque passage. Le prestataire est tenu de produire des rapports d’analyse de la thématique.

Le délai pour réaliser ces enquêtes est fixé à trois ans.

Le Maroc gagne 3 rangs dans le classement mondial de l’Indice de développement humain

Le programme des Nations Unies pour le développement a publié mercredi 13 mars le Rapport mondial sur le développement humain 2024/2023.

Dans ce contexte, le Maroc a progressé dans le classement mondial de l’Indice de développement humain (IDH) de trois places, passant du 123e au 120e rang mondial. « Le Maroc a réalisé pour la première fois en plus de dix ans une telle avancée en améliorant son classement de trois places en une seule fois », indique dans un communiqué l’Observatoire national du développement humain (ONDH). Il n’en demeure pas moins que le Maroc reste à la 120e place ; le gain de trois places n’est donc pas significatif.

« Les composantes qui ont le plus contribué à la progression de l’IDH du Maroc sont celles relatives à l’espérance de vie et à la durée attendue de scolarisation, qui ont enregistré un accroissement respectif de 1,4% et 4,3% », déclare Othmane Gair, président de l’ONDH, contacté par nos soins.

En revanche, « les composantes afférentes au revenu national brut par habitant et à la durée moyenne de scolarisation ont pesé sur la progression de l’IDH. Ainsi, le revenu national brut par habitant n’y a contribué qu’à hauteur de 0,1%, ne rattrapant que partiellement les pertes enregistrées suite à la crise du Covid-19. Quant à la durée moyenne de scolarisation, elle est restée inchangée depuis 2020 à 6,1 années », précise-t-il. 

110e position en termes d’inégalités de genre

Selon le rapport, la valeur de l’IDH du Maroc pour 2022 est de 0,698, ce qui place le pays dans la catégorie de développement humain moyen, le positionnant au 120e rang sur 193 pays et territoires. Dans le même cadre, l’Indice d’inégalité de genre mesure les inégalités entre les sexes dans trois dimensions clés : la santé reproductive, l’autonomisation et le marché du travail. Le Maroc a une valeur GII de 0,440, ce qui le classe 110e sur 166 pays en 2022.

D’autre part, la « perte » de développement humain due aux inégalités est donnée par la différence entre l’IDH et l’IDHI (IDH corrigé des inégalités). À mesure que les inégalités augmentent dans un pays, la perte en matière de développement humain augmente également. La perte du Maroc due aux inégalités est de 27,2%.

« Le Maroc dépasse la moyenne du groupe à développement humain moyen »

« La valeur de l’IDH du Maroc, à savoir 0,698, est supérieure à la moyenne des pays du groupe à développement humain moyen, établie à 0,64« , souligne Othmane Gair. 

Parmi les pays à développement humain moyen, « le Maroc a affiché la quatrième plus forte progression de l’IDH en moyenne annuelle entre 1900 et 2022, après le Myanmar, le Bangladesh, le Cambodge et l’Ouganda. Sur la période 2010-2022, il affiche la troisième performance, devancé par le Myammar et le Bangladesh », explique notre interlocuteur.

« Un retard en matière d’instruction de la population »

« La comparaison des données du Maroc avec la Tunisie et l’Egypte, deux pays appartenant au groupe des pays à développement humain élevé, s’avère tout à fait pertinente car elle permet de déceler les raisons qui freinent encore le développement humain du Maroc », déclare Othmane Gair. Il s’agit de l’insuffisance de sa croissance économique et du retard en matière d’instruction de la population

Pour autant, « le Maroc a gagné trois places au classement de l’IDH, alors que l’Egypte et la Tunisie ont connu un recul de 8 et 4 places respectivement. Les gains récents enregistrés par le Maroc témoignent de la résilience acquise par le pays à la faveur du lancement des chantiers sociaux initiés par le Souverain dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale », souligne-t-il encore. 

Continuer à investir dans la protection sociale, l’éducation et la santé

Selon Othmane Gair, la meilleure des actions à mener est de poursuivre sur la lancée du processus de réformes engagées dans le cadre des différents chantiers du projet royal de l’Etat social. Au-delà de leurs impacts sur la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité, « ces réformes constituent l’investissement le plus rentable pour concrétiser le développement humain de notre pays. C’est loin d’être une charge sociale ».

« Il faut continuer à investir dans la protection sociale, l’éducation et la santé. C’est ce qui nous permettra de regagner un cercle vertueux de croissance économique et de création d’emploi, qu’il faudrait faire évoluer vers un développement durable et soutenable », conclut le président de l’ONDH.

ONDH: « La pauvreté est une expérience qui concerne un Marocain sur deux » (étude)

“Le contexte actuel nous interpelle particulièrement sur la question de la pauvreté. La Covid a été un choc économique mais aussi social”, déclare Larabi Jaidi, entre autres membre de la CSMD et modérateur du webinaire organisé par l’ONDH (Observatoire national du développement humain) de ce mardi 8 juin, portant sur “la dynamique de la pauvreté”. 

Pour M. Jaidi, “la complexe question de la pauvreté est liée à une dynamique sociale”, et sa mesure “ne peut être réductible à un indicateur”. 

La pauvreté “peut différer dans ses formes et modalités, selon les pays, le niveau de développement etc.”. Elle exige “des données à analyser afin de les faire parler sur la pauvreté”. 

Pour l’ONDH, la lutte contre la pauvreté nécessite l’analyse de ses causes afin de pouvoir “proposer des politiques adéquates et ciblées”. 

Dans ce sens, une étude a été menée par l’Observatoire. Elle exploite les données des 5 premières vagues de l’enquête de panel des ménages de l’ONDH (2012-2019).  

Elle vise à mesurer la pauvreté selon deux approches (monétaire et subjective) et de procéder à une analyse descriptive des dynamiques de la pauvreté entre 2012 et 2019. 

Aussi, elle vise à déterminer les causes d’entrée et de sortie de la pauvreté dans le Maroc contemporain, car selon Ikbal Sayah, directeur des études générales de l’ONDH, “il existe des entrées et sorties de la pauvreté”. D’où l’importance “de s’attaquer aux facteurs déclenchant l’entrée en pauvreté”. 

“Près de 45% des Marocains se considèrent subjectivement pauvres”

Selon M. Sayah, c’est la première “expérience de la pauvreté” vécue par les ménages et individus qui déclenche un cercle vicieux et “augmente le risque de pauvreté future”. 

En matière de pauvreté monétaire, l’ONDH distingue entre la pauvreté absolue et celle dite relative. 

La première a “nettement reculé” depuis 2001 pour ne présenter que 1,2% en 2019, dans un contexte d’amélioration globale du niveau de vie des Marocains, en particulier en milieu urbain”. 

Quant au taux de pauvreté relative, celui-ci “reste encore à un niveau élevé”, surtout en milieu rural où il a atteint 36.8% en 2019”. Néanmoins, il a enregistré une baisse entre 2001 et 2019, puisqu’il est passé de 20,4% à 17,7%. 

En matière de pauvreté subjective, l’étude de l’ONDH dévoile que “près de 45% des Marocains se considèrent subjectivement pauvres (38,6% en milieu urbain et 58,4% en milieu rural), contre 46,3% en 2013. 

Selon l’ONDH, “la pauvreté subjective affecte l’ensemble des classes sociales du pays mais à des niveaux différents. Le taux de pauvreté subjective a été de 55,7% parmi les 20% les plus pauvres et de 26,7% parmi les 20% les plus aisés. Son développement traduit un signe de diffusion des inégalités sociales, d’un manque de confiance et d’expression de nouveaux besoins insuffisants et non mesurés par les approches monétaires classiques”. 

Toujours dans le cadre de la pauvreté subjective, l’ONDH révèle que 8,4% des ménages estiment que la situation économique s’est améliorée en 2019. 14,9% d’entre eux pensent qu’elle s’est détériorée, tandis que 76,8% en constatent la stagnation. 

La pauvreté est une expérience qui concerne un Marocain sur deux

L’analyse de la dynamique de la pauvreté réalisée par l’ONDH montre que plus de la moitié de la population n’a jamais vécu d’épisode de pauvreté relative. 72,3% d’entre eux se trouvent en zone urbaine. 

19,3% l’ont connue une seule fois, tandis que 29,3% l’ont vécue plus de deux fois. 

Selon l’ONDH, “la pauvreté est une expérience qui concerne un Marocain sur deux”. Sachant qu’une “forte incidence de la pauvreté chronique” est observée en milieu rural, alors qu’en zone urbaine elle est “essentiellement transitoire”. 

En effet, “18,2% des individus ont été, entre 2012 et 2019, en situation de pauvreté chronique”, souligne l’Observatoire. 

A noter que 34,4% d’entre sont des ruraux et 5,5% se trouvent en milieu urbain. 

La pauvreté transitoire ne concerne, quant à elle, que 30,3% des individus au niveau national, et plus de 40% de la population en zone rurale. 

L’ONDH indique qu’un individu pauvre a 55,7% de chances de sortir de la pauvreté et 43,3% de chance de rester pauvre. Tandis que celui qui est “non pauvre” a 86,3% de maintenir ce statut, plutôt que de tomber dans la pauvreté. 

A noter que les “risques d’entrée” dans la pauvreté sont liés, selon l’ONDH, aux situations de non-emploi, au faible niveau éducatif, ou encore à  la composition démographique du ménage. 

Sur la base de ces observations, l’ONDH indique qu’il est nécessaire “d’adopter des stratégies de ciblages individuel dans le cadre des programmes de lutte contre la pauvreté, sur la base du registre social unique”. 

Ce dernier devra faire l’objet d’une “alimentation régulière par des données actualisées tenant compte des mouvements d’entrée et de sortie de la pauvreté et de leurs facteurs causaux”.