L’alimentation en eau potable renforcée à Tétouan depuis le barrage Charif Al Idrissi

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a mis en service un important projet de transfert d’eau potable entre la ville de Tétouan et sa zone côtière.

Ce transfert assurera le renforcement et la sécurisation de l’alimentation en eau potable des villes de Tétouan, Martil, M’Diq, Fnideq et des localités avoisinantes à partir du barrage Charif Al Idrissi, indique un communiqué de l’Office.

D’un coût de 182 millions de DH, financé par l’ONEE à travers un prêt auprès du Fonds saoudien de développement, ce projet consiste principalement en la réalisation d’une conduite de transfert en acier protégé de diamètre 1.200 mm sur une longueur de près de 18 km permettant de véhiculer un débit de 110.000 mètres cubes par jour.

Ce projet, qui s’inscrit dans le cadre du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, dont la convention a été signée le 13 janvier 2020 devant le Roi Mohammed VI, contribuera à l’amélioration des conditions de vie d’une population d’environ 740.000 habitants et au développement des activités socio-économiques de la région.

Mise en service de la première ligne 225 kV vers le complexe portuaire Nador West Med

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a procédé avec succès à la mise sous tension de la première ligne 225 kV reliant le poste 225/60 kV de Selouane au complexe portuaire Nador West Med.

D’une longueur de 31 kilomètres, cette ligne constitue un maillon essentiel du dispositif principal d’alimentation électrique du nouveau port Nador West Med, peut-on lire dans un communiqué de l’ONEE.

Sa réalisation a mobilisé d’importants moyens humains et techniques, ainsi que l’appui efficace des autorités locales, ce qui a permis de réaliser l’ouvrage dans les délais impartis, poursuit la même source.

Cette nouvelle ligne, qui permettra d’alimenter l’usine de fabrication des pâles d’éoliennes Aeolon, premier industriel à s’installer au niveau du port Nador West Med, s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet d’alimentation électrique du complexe portuaire, mené par l’ONEE.

Ces infrastructures permettront de satisfaire durablement les besoins en énergie électrique aussi bien du complexe portuaire que des futures industries qui s’y implanteront, constituant ainsi un levier majeur pour le développement économique de la région orientale et du Royaume, conclut le communiqué de l’ONEE.

L’ONEE obtient un financement de 3,1 MMDH pour renforcer son réseau électrique

Ce financement s’inscrit dans le cadre d’une visite de haut niveau conduite par Ioannis Tsakiris, vice-président de la BEI, Christiane Laibach, membre du directoire de la KfW, et Daniele Dotto, chef de la délégation adjointe de l’UE, sur le site du parc éolien de Jbel Lahdid de 270 MW, réalisé par l’ONEE dans la province d’Essaouira, a indiqué un communiqué conjoint.

Il vise à améliorer l’intégration des énergies renouvelables « à travers le renforcement du réseau électrique du Maroc, dans le cadre de leur coopération stratégique pour soutenir la transition énergétique du Royaume ».

Ainsi, le nouveau financement, structuré et conduit par la BEI (170 millions d’euros) aux côtés de la KfW au nom du gouvernement allemand (130 millions d’euros), « soutiendra une série d’investissements, à réaliser par l’ONEE, destinés à moderniser et étendre le réseau national de transport d’électricité sur 731 km, permettant l’augmentation de la capacité d’évacuation du réseau de transport de 1.850 Mega Volt Amper ».

L’objectif est de « faciliter l’intégration de nouvelles capacités renouvelables dans le système électrique et d’accompagner l’ONEE dans son rôle de gestionnaire du réseau », en appui aux objectifs énergétiques et climatiques du Maroc.

Ces investissements contribueront à « améliorer la sécurité d’approvisionnement, à réduire les émissions de gaz à effet de serre (390.000 t CO2e/an à l’horizon 2030) et à stimuler la croissance dans plusieurs régions du pays », tout en renforçant la résilience du réseau national face à l’augmentation de la demande et aux aléas climatiques.

Ce nouveau financement s’inscrit dans une dynamique ambitieuse portée par l’ONEE, acteur majeur de la transition énergétique du Royaume, souligne la même source, révélant que l’Office a engagé un plan d’équipement de 220 milliards de DH à l’horizon 2030, dont 177 milliards destinés au secteur électrique, visant à porter la capacité installée en énergies renouvelables à 56% d’ici fin 2027.

Modernisation et extension du réseau électrique

Parmi les projets structurants figurent le développement de « 12,5 GW de capacités renouvelables additionnelles, le renforcement du réseau de transport sur plus de 700 km, et la mise en œuvre d’une autoroute électrique de 3.000 MW d’une longueur de 1.400 km entre le sud et le centre du Royaume ». Ces investissements renforcent la sécurité énergétique du pays, soutiennent la décarbonation de l’économie et positionnent le Maroc comme un modèle régional en matière d’énergie durable.

Mis en service en octobre 2024, le parc éolien de Jbel Lahdid est le quatrième projet du programme intégré de l’énergie éolienne de 1000 MW, note-t-on de même source, rappelant que ce projet a été cofinancé par des prêts de 200 millions d’euros (2 milliards de DH) chacun de la BEI et de la KfW au nom du gouvernement allemand, ainsi qu’une subvention de 15 millions d’euros de l’UE.

Doté d’une capacité de 270 MW, le parc devrait produire environ 952 GWh d’électricité renouvelable par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 1,2 million d’habitants. « Il illustre l’impact concret de la coopération européenne dans la mise en œuvre des engagements climatiques du Royaume ».

Partenariat stratégique

En parallèle, la BEI et la KfW ont conclu un accord de coopération renforcée dans le cadre de l’initiative de délégation réciproque (Mutual Reliance Initiative – MRI), qui confie à la BEI le rôle de chef de file pour l’instruction et le suivi du projet. Ce mécanisme permet de « simplifier les procédures pour les autorités marocaines et d’assurer une mise en œuvre plus rapide, coordonnée et efficace des opérations cofinancées ».

Dans ce sens, M. Tsakiris a relevé que le parc de Jbel Lahdid illustre la solidité du partenariat entre le Maroc et les institutions européennes en matière de transition énergétique. « Avec ce nouvel appui de 170 millions d’euros, nous soutenons l’extension du réseau électrique national, un levier essentiel pour renforcer le lien entre production d’énergie verte et infrastructures de transport d’électricité, au service d’une transition énergétique durable et du développement du pays », a-t-il souligné.

Et d’ajouter qu’en assumant le rôle de chef de file dans le cadre de l’initiative de délégation réciproque, la BEI s’appuie sur trois décennies de coopération avec l’ONEE pour offrir un cadre de partenariat plus efficace et mieux coordonné. « C’est un exemple concret de l’approche Team Europe au service de nos clients », a-t-il affirmé.

Pour sa part, l’ambassadrice de l’UE, Patricia Llombart Cussac, a indiqué que « ce programme est une nouvelle démonstration des réalisations concrètes de notre Partenariat Vert Maroc-UE et de l’engagement continu de l’équipe Europe dans le financement de ces infrastructures clés pour la transition énergétique marocaine ».

De son côté, l’ambassadeur de l’Allemagne Robert Dölger, a relevé que l’Allemagne et le Maroc ont construit un partenariat solide et de confiance dans le secteur de l’énergie, qui constitue un modèle de coopération internationale en matière de climat et de développement durable.

« Avec cet accord de cofinancement, nous franchissons une nouvelle étape majeure vers la réalisation de nos objectifs climatiques ambitieux », a-t-il précisé, poursuivant qu’ensemble « nous transformons une vision politique partagée en actions concrètes – à travers des investissements communs dans l’énergie solaire, l’éolien et le développement des réseaux électriques ».

Grâce à cet accord, l’Allemagne contribue désormais à hauteur de plus de 3 milliards d’euros (31,2 milliards de DH) à la transition énergétique et à la résilience climatique au Maroc, a-t-il noté, ajoutant que ce partenariat renforce la responsabilité globale et ouvre la voie vers un avenir plus vert et plus résilient.

Pour sa part, Christiane Laibach, membre du directoire du groupe KfW, a souligné que le Programme d’intégration des énergies renouvelables de 130 millions d’euros est une étape importante dans l’engagement continu en faveur de la transition énergétique au Maroc, notant qu’il soutient la création d’un réseau électrique numérique et robuste pour un avenir dans lequel la majorité de l’électricité proviendra de sources renouvelables.

Les partenariats fiables à long terme, comme celui conclu avec le Maroc et l’ONEE, sont essentiels pour réaliser la transition vers une économie verte, a-t-elle fait savoir, relevant que la KfW soutient la contribution du Maroc à la protection internationale du climat et ouvre des opportunités pour l’industrie allemande et européenne.

Le directeur général de l’ONEE, Tarik Hamane, a, à son tour, indiqué que « sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Royaume du Maroc poursuit résolument sa transition énergétique vers un modèle durable et inclusif », considérant que le nouveau financement de 300 millions d’euros, mobilisé par la Banque européenne d’investissement, la KfW et l’UE, témoigne de la solidité de nos partenariats stratégiques et de la confiance accordée à l’ONEE.

Ce soutien contribuera aux efforts consentis afin d’accélérer la modernisation et le renforcement de notre réseau électrique national, facilitant ainsi l’intégration de nouvelles capacités d’énergies renouvelables, a noté M. Hamane, ajoutant qu’avec une capacité installée de 12 GW, dont plus de 45% issue des énergies renouvelables, et un réseau de transport de plus de 30.000 km, l’ONEE s’engage pleinement à atteindre les objectifs nationaux en matière d’énergies renouvelables à l’horizon 2030.

Ces avancées renforcent la position du Maroc en tant que carrefour énergétique incontournable entre l’Afrique et l’Europe et leader régional et continental en matière de transition énergétique, contribuant activement à la sécurité énergétique, à la décarbonation de l’économie et au développement durable du Royaume, s’est-il félicité.

A rappeler qu’en octobre 2022, l’Union européenne et le Maroc ont conclu un partenariat historique visant à favoriser la transition vers des modes de production et de consommation plus durables. Ce « Partenariat Vert » constitue un renforcement du partenariat existant entre le Maroc et l’Union européenne, mettant davantage l’accent sur les politiques publiques liées à la durabilité et en soutien aux réformes entreprises par le Maroc, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et nouvelles.

En marge de la COP28, tenue en décembre 2023 aux Émirats arabes unis, l’UE et le Maroc avaient lancé le programme Énergie verte pour renforcer l’action climatique et la transition énergétique du Maroc. Ce programme soutient notamment l’accélération de la décarbonation du système énergétique en appuyant les réformes destinées à ouvrir le marché de l’électricité, à faciliter l’autoproduction et à renforcer le rapprochement avec le marché européen.

170 M€ de financement de la BEI pour l’ONEE : signature prévue ce jeudi 22 mai pour renforcer le réseau électrique

Il est prévu que le vice-président de la BEI rencontre plusieurs membres du gouvernement marocain et s’entretienne également avec les dirigeants de plusieurs institutions partenaires, dont le groupe CDG, l’ONEE et MASEN. Cette visite accorde une attention particulière aux secteurs de l’énergie, de l’eau potable et de l’éducation.

Pour Ioannis Tsakiris, le Maroc est considéré comme « un partenaire stratégique de la BEI dans la région Sud de la Méditerranée ». « Cette mission marque une nouvelle étape dans notre partenariat de confiance fondé sur une vision à long terme. Elle réaffirme notre engagement en faveur d’un développement durable, inclusif et résilient au Maroc, pleinement aligné sur les priorités nationales et les grandes transitions économiques et environnementales en cours du pays ».

Pour en savoir plus sur cette visite et les investissements potentiels envisagés, Médias24 s’est entretenu en exclusivité avec Ioannis Tsakiris.

Médias24 : Pourquoi la BEI choisit-elle aujourd’hui d’intensifier sa présence au Maroc ? Qu’est-ce qui rend ce pays stratégique dans votre portefeuille d’investissement ?

Ioannis Tsakiris : le Maroc est un partenaire stratégique de la Banque européenne d’investissement depuis plus de quarante ans. Ce partenariat s’inscrit pleinement dans le cadre de la coopération entre le Royaume et l’Union européenne, dont la BEI est le bras financier.

Au fil du temps, notre coopération s’est renforcée, en conjuguant une approche projet par projet – qui reste au cœur de notre action – et, dans certains cas, des instruments plus globaux comme les prêts-cadres, lorsque cela s’avère pertinent.

Aujourd’hui, le Maroc fait face à des défis structurants et porte des ambitions fortes en matière de transition énergétique, de gestion durable de l’eau, d’innovation digitale et de développement du capital humain. Ce sont précisément ces priorités que nous accompagnons, dans une logique d’alignement stratégique avec les engagements européens, notamment dans le cadre du Partenariat vert UE–Maroc.

L’année 2024 a été marquée par un niveau d’engagement significatif, avec 500 millions d’euros mobilisés pour des projets structurants. Ce chiffre traduit une volonté commune d’intensifier notre coopération et de répondre, ensemble, aux besoins de financement durables du pays. Au-delà du volume, c’est la qualité des projets et leur impact qui illustrent notre engagement renouvelé.

Nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses

– Le Maroc reçoit aussi des financements de la Banque mondiale, de la BAD, ou du FMI. Qu’est-ce qui distingue la BEI dans sa manière d’intervenir ? Quelle est votre valeur ajoutée spécifique ?

La BEI se distingue d’abord par son statut unique : nous sommes à la fois une banque publique, une banque de développement et la banque de l’Union européenne. Cela nous permet de proposer des conditions financières très avantageuses, grâce à notre notation AAA et à la combinaison d’instruments européens que nous mobilisons régulièrement – notamment les garanties et subventions de l’UE dans le cadre du Partenariat vert ou de Global Gateway.

Notre modèle intègre également une expertise capitalisée à la fois dans et en dehors de l’Union européenne, ce qui nous permet de partager des savoir-faire éprouvés dans des contextes variés. Cette capacité à faire le lien entre des expériences européennes et des projets internationaux constitue une réelle valeur ajoutée pour nos partenaires.

Enfin, notre offre couvre l’ensemble des besoins du secteur public comme du secteur privé, de manière complémentaire et intégrée : financement d’infrastructures à long terme, soutien aux PME à travers la microfinance ou des lignes de crédit, investissements dans les fonds propres, appui à la structuration de projets via des services de conseil (souvent cofinancés par l’UE). Cette approche sur mesure, associée à un accompagnement rapproché, nous permet d’adapter nos outils aux spécificités de chaque projet et de chaque partenaire.

– Comment jugez-vous la qualité de la coopération avec les institutions marocaines, notamment en matière de gouvernance des projets et de suivi de leur exécution ?

La qualité de notre partenariat avec les autorités marocaines est remarquable. Elle repose sur une relation de confiance construite dans la durée, une forte convergence de vues sur les priorités de développement, et un niveau élevé d’engagement de nos interlocuteurs. Que ce soit avec le ministère de l’Économie et des finances, l’ONEE, MASEN, la CDG ou d’autres institutions publiques, nous constatons une grande rigueur dans le suivi des projets, une volonté de réforme constante et une réelle capacité d’exécution.

Cette coopération de qualité permet à nos financements de se traduire concrètement sur le terrain, dans des délais maîtrisés et avec un impact réel. C’est un élément essentiel dans notre décision d’intensifier notre présence au Maroc.

– Comment la BEI veille-t-elle à ce que ses financements bénéficient réellement aux citoyens, en termes de retombées locales, d’emploi et de lutte contre les inégalités ?

À la BEI, chaque projet est sélectionné avant tout sur la base de son impact socio-économique. Notre objectif n’est pas seulement de financer, mais de créer des conditions durables pour améliorer le quotidien des populations. C’est pourquoi nos équipes d’experts conduisent une évaluation approfondie de chaque opération, en intégrant dès le départ des critères liés à l’emploi, à l’équité territoriale, à l’environnement et aux retombées sociales.

Nous veillons à ce que nos financements produisent des résultats concrets sur le terrain. C’est le cas, par exemple, du prêt de 500 millions d’euros signé en 2024 pour accompagner la reconstruction post-séisme, qui a été conçu pour rétablir des services publics essentiels — écoles, hôpitaux, routes — avec des standards de résilience accrus. C’est aussi le cas dans le secteur de l’eau, où nos investissements soutiennent l’extension des réseaux d’accès à l’eau potable dans des zones particulièrement exposées aux effets du changement climatique.

Ce souci d’impact local guide l’ensemble de notre action. Il se traduit également par le soutien actif au secteur privé, notamment aux PME, qui sont un levier essentiel de création d’emplois et d’opportunités économiques, en particulier pour les jeunes et dans les territoires moins favorisés.

À la BEI, notre priorité est claire : chaque euro que nous investissons doit avoir un impact réel dans la vie des citoyens. Nous ne finançons pas simplement des projets, nous soutenons des actions concrètes qui améliorent le quotidien, créent des emplois, renforcent la cohésion sociale et luttent contre les inégalités.

Avant de financer un projet, nos équipes examinent de près son utilité pour le territoire et sa capacité à répondre à des besoins concrets : accès à l’éducation, aux soins, à l’eau potable, ou encore à des infrastructures sûres et durables.

Dans le domaine de l’eau aussi, nos investissements permettent de développer l’accès à l’eau potable dans les régions les plus exposées au changement climatique. Ce sont des projets très concrets, pensés pour avoir un effet immédiat et durable sur la vie des gens.

Un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national

– La création de « BEI Monde » marque un tournant vers l’extérieur. Quelle est votre vision pour l’Afrique à long terme, et le Maroc peut-il servir de hub pour vos opérations régionales ?

La création de BEI Monde s’inscrit dans une volonté d’amplifier l’action extérieure de l’Union européenne, en mettant l’accent sur l’impact, la proximité terrain et la logique partenariale. Il est cependant important de rappeler que notre engagement au-delà de l’UE n’est pas nouveau. La BEI soutient le Maroc depuis 1979, et nous fêtons cette année vingt ans de présence physique à Rabat, avec un portefeuille d’investissements qui dépasse aujourd’hui 10 milliards d’euros.

L’Afrique est aujourd’hui une priorité stratégique pour la BEI, et notre vision à long terme repose sur un partenariat d’égal à égal, au service d’une croissance durable, inclusive et résiliente. Dans cette perspective, le Maroc joue un rôle singulier et précieux. Son positionnement géographique, sa stabilité, son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud et son rayonnement diplomatique en font un acteur régional structurant, tant en Afrique qu’au sein du bassin méditerranéen.

Le Maroc peut ainsi contribuer à renforcer les synergies régionales autour de la Méditerranée, dans le prolongement du Pacte méditerranéen (Med Pact) porté par l’Union européenne. Notre action au Maroc s’inscrit aussi dans une logique de capitalisation. Les projets, les expertises et les modèles développés ici peuvent inspirer des initiatives ailleurs sur le continent, tout en renforçant la coopération interrégionale entre les deux rives.

– Quels sont les projets d’énergies renouvelables que la BEI accompagne actuellement au Maroc, et comment évaluez-vous leur impact à la fois climatique et économique ?

La BEI accompagne depuis de nombreuses années la stratégie du Maroc en matière de transition énergétique. Nous avons contribué à plusieurs projets structurants dans ce domaine, à commencer par le parc éolien de Jbel Lahdid, cofinancé avec la KfW, qui s’inscrit dans le cadre du Programme éolien intégré de l’ONEE. Nous soutenons également le programme Noor Atlas, porté par MASEN, qui vise à améliorer l’accès à une énergie propre et fiable dans des zones rurales aujourd’hui peu desservies.

Dans le prolongement de ces investissements, un nouveau financement de 170 millions d’euros (plus de 1,77 MMDH) en faveur de l’ONEE sera signé demain (22 mai 2025) pour renforcer le réseau de transport électrique national, et ainsi faciliter l’intégration des capacités renouvelables dans le mix énergétique.

Ces projets ont un impact direct sur les objectifs climatiques du Maroc. Ils permettent de réduire la dépendance aux énergies fossiles, de renforcer la stabilité du système électrique, et d’accélérer l’atteinte des engagements pris dans le cadre de la Contribution déterminée au niveau national (CDN).

Mais leur portée va au-delà du climat. Ils participent aussi à l’attractivité économique du territoire, à la création d’emplois qualifiés et à la structuration d’un écosystème industriel local autour des énergies vertes. C’est dans cet esprit que la BEI entend poursuivre son rôle de catalyseur de la transition énergétique, au service d’un développement durable et souverain.

Nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions

– Dans quels secteurs la BEI compte-t-elle intensifier ses investissements au Maroc dans les prochaines années ?

Dans les années à venir, nous continuerons à concentrer nos efforts sur les secteurs qui sont au cœur des priorités du Maroc et de son partenariat stratégique avec l’Union européenne. La transition énergétique demeurera un axe structurant, avec un soutien renforcé aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et aux infrastructures bas carbone.

L’adaptation au changement climatique et la gestion durable de l’eau figureront également parmi nos priorités, dans un contexte de stress hydrique accentué. Nous serons particulièrement attentifs aux projets qui renforcent la résilience des territoires, tout en assurant un meilleur accès aux ressources essentielles.

Le développement du capital humain restera un pilier important de notre engagement, à travers l’appui à l’éducation, à la formation professionnelle et au numérique, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.

En parallèle, nous poursuivrons nos actions en faveur d’une croissance économique plus inclusive. Cela passe par un appui accru au secteur privé, notamment via des instruments adaptés pour les PME, les projets industriels durables et l’entrepreneuriat à fort impact. Le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, tout comme des partenaires de long terme tels que la CDG, jouera un rôle clé dans cette dynamique.

Nous coopérons également avec plusieurs institutions financières marocaines dans le cadre de nos financements intermédiés, qui jouent un rôle essentiel grâce à leur connaissance fine du tissu économique local et à leur capacité à relayer efficacement notre soutien vers les entreprises.

Enfin, nous prévoyons d’accompagner davantage le transport urbain et interurbain, levier essentiel de développement territorial, de cohésion sociale et de réduction des émissions.

Notre objectif demeure constant : soutenir un développement plus inclusif, plus résilient et plus durable, au bénéfice direct des citoyens marocains.

Eau et énergie. Le méga deal Taqa, Nareva, FM6I et l’ONEE en infographie

Cinq projets de stations de dessalement ; 1.200 MW de capacité renouvelable éolienne ; interconnexion entre les bassins du Sebou et de l’Oum Er-Rbia… entre autres projets annoncés ce lundi 19 mai dans le cadre d’un partenariat stratégique maroco-émirati.

Un méga-deal signé entre, d’un côté, le consortium composé de Taqa Morocco, de Nareva et du Fonds Mohammed VI pour l’investissement et, de l’autre côté, le gouvernement marocain et l’ONEE portant sur un investissement total de 130 MMDH.

Taqa, Nareva, FM6I et l’ONEE signent un méga deal pour la sécurité hydrique et énergétique du Maroc

Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement ont constitué un consortium maroco-émirati pour porter un programme stratégique qui vise à renforcer la sécurité hydrique, l’indépendance énergétique et la souveraineté industrielle du Royaume.

C’est un partenariat stratégique qui se concrétise entre le Maroc et les Émirats dans le prolongement de la déclaration conjointe du 4 décembre 2023 entre le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane, un vaste programme d’infrastructures hydriques et énergétiques vient d’être lancé.

Le consortium a conclu trois protocoles d’accord avec le gouvernement marocain et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), annonce un communiqué publié à l’occasion.

Cérémonie de signature du partenariat stratégique entre le consortium composé de Taqa, Nareva et FM6I, le gouvernement marocain et l’ONEE.

Interconnexion Oued Sebou et Oued Oum Rabia, autoroute électrique, stations de dessalement,… 

Selon la même source, ces protocoles d’accord portent sur le développement de nouvelles infrastructures de transport de l’eau et de l’électricité ainsi que de nouvelles capacités de dessalement d’eau de mer et de production d’électricité à partir de sources renouvelables et de gaz naturel.

Ce programme d’investissement comprend les composantes suivantes :

Ce programme d’investissement générera notamment la création de plus de 25.000 emplois pendant les phases de construction et d’exploitation des projets, dont plus de 10.000 postes permanents après les mises en service.

Il favorisera également, selon le communiqué, le transfert de technologie et l’émergence d’un écosystème industriel local, notamment dans les domaines du dessalement de l’eau de mer et des énergies renouvelables. Il constituera une opportunité pour le développement de filières de formation et d’expertises techniques en relation avec ces secteurs d’activité clefs.

Des accords de développement spécifiques prévus

Pour le développement de chacun des projets, des accords de développement spécifiques seront signés entre l’ONEE et le Consortium, souligne le communiqué.

À cet égard, le premier accord de développement actant la mise en œuvre du projet de nouvelles centrales à cycle combiné à Tahaddart a été conclu.

Selon la même source, les financements relatifs à ce programme d’infrastructures énergétiques et hydriques seront structurés par le consortium et mobilisés auprès des institutions financières nationales et internationales. Compte tenu de l’importance stratégique et du contexte d’urgence des projets, le consortium veillera à réunir les meilleures expertises nationales et internationales afin de permettre leur réalisation d’ici 2030.

La mise en œuvre du programme demeure soumise aux autorisations et procédures réglementaires en vigueur, notamment en matière de contrôle des opérations de concentration.

Au final, ce programme d’investissement structurant permettra de conjuguer sécurité hydrique, transition énergétique, innovation technologique, développement économique et social, tout en générant un impact positif sur l’emploi, la compétitivité et la souveraineté nationale.

Ce que le Blackout en Europe nous apprend sur les défis du système électrique national

Le 28 avril 2025, à midi trente, heure locale, la péninsule ibérique a été frappée par un blackout d’une ampleur inédite, plongeant l’Espagne, le Portugal et une partie du sud de la France dans le noir pendant plusieurs heures.

Bien que le Maroc n’ait pas été directement affecté, cet incident soulève des questions cruciales sur la vulnérabilité de notre propre réseau électrique et la nécessité de renforcer notre résilience face aux risques systémiques.

Comment est organisé notre système électrique et quelles raisons peuvent déclencher un blackout ?

Absence d’explications, mais l’intermittence des renouvelables soupçonnée

À ce stade, aucun rapport officiel n’est venu expliquer les «5 secondes» qui ont fait tomber le réseau espagnol ainsi que celui du Portugal et du sud de la France.

Toutefois, souligne Ryad Jerjini, expert en électricité et ancien directeur à l’ONEE, «plusieurs pistes tendent à pointer le fait que l’Espagne a abusé de l’utilisation de l’énergie renouvelable qui représentait, au moment de l’incident, les deux tiers de l’énergie appelée en ce moment, essentiellement en solaire».

Cette énergie non pilotable, branchée directement sur le réseau, fait que les autres sources (thermique ou nucléaire) sont à l’arrêt ou en sous-utilisation. «Les Espagnols préfèrent utiliser au maximum leur potentiel en EnR plutôt que d’acheter du combustible, c’est tout à fait normal, mais cette utilisation a un prix, celui de la faiblesse du contrôle sur cette énergie intermittente », affirme ainsi l’expert.

Toute proportion gardée, cette logique économique de gestion des sources d’approvisionnement est la même qu’au Maroc à travers l’ONEE : il cherche à optimiser le coût de son mix électrique tout en maintenant la continuité du service.

Ainsi, le Maroc dispose d’une certaine capacité de production (11,42 GW en 2023 selon l’ANRE) répartie sous différentes sources d’énergies:

Un système équilibré, mais sous contrainte économique

Toute l’électricité produite par ces différentes sources d’énergie (42,38 TWh en 2023 selon l’ANRE) est injectée dans le réseau à des coûts différents. À titre d’exemple, le coût du kWh est comme suit :

Ces différents prix correspondent aussi à différents types de contrats. Certains sont concessionnels et d’autres sont libres. Les contrats des principales sources de productions électriques au Maroc, JLEC et Safiec (charbon), sont concessionnels. C’est-à-dire qu’ils ont des contrats de vente d’électricité à l’ONEE (PPA) sur le long terme.

Alors que la plupart des contrats de l’éolien sont des IPP sous la loi 13.09. C’est-à-dire qu’ils peuvent vendre aussi bien à l’ONEE qu’à des opérateurs privés via les réseaux électriques de l’ONEE.

Les PPA obligent donc l’ONEE à acheter à un prix connu plus ou moins à l’avance un volume d’électricité fixe avec la contrainte «take or pay» et un autre optionnel.

En plus clair, l’ONEE doit acheter la partie qui permet de payer l’infrastructure et les charges financières de l’investissement de base, alors que le reste est une partie variable qui peut être achetée ou pas.

Dans cette optique, l’ONEE, qui par ailleurs paie le combustible des centrales thermiques acheté par les producteurs en son nom, arbitre en continu entre diverses sources d’approvisionnement et différentes centrales.

«Le gestionnaire du réseau national, basé au centre de dispatching national, connait chacun des coûts de revient des différentes centrales et arbitre de manière continue 24/7 entre les différentes sources d’approvisionnement pour assurer l’équilibre en temps réel offre et demande électrique au meilleur coût pour l’ONEE. Il arbitre aussi par rapport au cours de l’électricité en Espagne», affirme Jerjini.

Le Maroc dispose ainsi d’une double interconnexion avec l’Espagne d’une capacité totale de 1400 MW. Ces lignes électriques permettent aussi bien d’importer que d’exporter de l’électricité.

Dispatching National Roche Noir (c) ONEE

Comment l’ONEE a évité l’effet domino

Au moment du black-out, le Maroc était importateur net d’électricité depuis l’Espagne, comme l’a révélé Médias24, pour 778 MW.

Selon nos sources, en moyenne, le coût net moyen d’import de l’Espagne était autour de 0,6 DH/kWh en 2024. Cette valeur reste moins chère que le coût du mix national qui tourne autour de 0,8 DH/kWh (en dehors des moments de pic des cours mondiaux des combustibles où ce coût peut dépasser les 1,2 DH/kWh, voire 2 DH).

L’interconnexion avec l’Espagne est donc stratégique aussi bien pour des raisons économiques que pour des raisons de stabilité du réseau. Comme expliqué dans l’article qui a suivi le blackout et dans un article précédent, les interconnexions sont essentielles pour maintenir la stabilité des réseaux, parce que si l’électricité est difficilement stockable, elle est toutefois facilement transportable.

L’équilibre offre-demande peut être maintenu par l’export et l’import à des conditions économiques intéressantes pour les gestionnaires de réseau tout en facilitant le pilotage de l’énergie produite.

La dépendance entre voisins est donc une force qui peut aussi constituer un risque et une opportunité, en cas de panne majeure.

C’est exactement ce qui s’est passé le 28 avril, dont le Maroc a été épargné par l’architecture de son système de gestion de réseau. Ainsi, selon une source sûre, «avec le réseau espagnol, nous fonctionnons comme un seul réseau, mais notre système s’autodéfend à travers un dispositif automatique interne qui lui permet de s’isoler en cas de valeurs aberrantes chez le réseau voisin».

Récit technique de la journée du 28 avril, côté marocain

Au moment du blackout espagnol, le réseau ibérique a commencé brièvement à tirer du réseau marocain. Cependant, cette défense s’est déclenchée automatiquement, coupant l’interconnexion avec l’Espagne, nous informe notre source sûre.

Immédiatement après, à la faveur d’un plan de travail déjà établi avec des ordres de placement connus par le système de manière automatique et transmis à des opérateurs sur le terrain, les capacités de réserves disponibles au niveau national ont été mises en marche ou montées en puissance pour faire face au gap laissé par l’arrêt de l’approvisionnement à partir des sources étrangères.

Ceci a permis d’ajuster le réseau, avec quelques minimes délestages tout de même, afin de répartir les charges, pour que par la suite tout rentre dans l’ordre. «Cela s’est fait en quelques minutes, l’opérateur système national est préparé et rodé à ce genre d’exercice», affirme notre source.

Par la suite, une fois que le gestionnaire du réseau électrique espagnol a voulu redémarrer son système, vers 20h30, heure espagnole, il a demandé à l’opérateur système national de rétablir l’interconnexion et d’injecter une charge à même de pouvoir amorcer le réseau du sud du pays préalablement isolé du reste.

«C’est comme quand une voiture tombe en panne de batterie, il faut la pousser», explique une autre source contactée par Médias24.

Pour ce faire, le Maroc injecte jusqu’à 868 MW dans le réseau espagnol, c’est-à-dire 38% de la capacité de l’interconnexion Maroc-Espagne et 15% de la consommation marocaine moyenne, permettant sa remise en service et la montée en charge des capacités hydroélectriques et en gaz de l’Espagne.

Nous n’avons pas pu avoir de détails sur les sources de cette énergie ni sur comment le réseau national s’y est adapté.

« Cette opération a été menée par les équipes de l’opérateur système national à partir de Casablanca, qui a aussi momentanément piloté la partie sud du réseau espagnol. Les Espagnols sont alors devenus clients de l’ONEE», précise notre source sûre, qui insiste toutefois sur le fait que la coordination entre le Maroc et l’Espagne est très dense, puisque les réseaux des deux pays sont intégrés.

Le risque systémique persiste

Aussi, la question qui est dans tous les esprits depuis l’incident européen : le Maroc peut-il tomber en black-out à cause de l’interconnexion ?

« Le réseau marocain est configuré de telle sorte qu’avant que la fréquence ne tombe à 48 Hz l’interconnexion s’ouvre, coupant le Maroc du réseau européen. Par ailleurs, le Maroc a toujours une réserve primaire de 10-15% de la capacité installée pour faire face à tout imprévu, que ce soit à travers des capacités non utilisées ou des marges de puissances supplémentaires qui peuvent être demandées pendant quelques temps aux centrales thermiques même à pleine puissance », affirme Riyad Jerjini.

Avec l’augmentation des besoins nationaux en électricité (4% par an entre 2010 et 2023) et les perturbations du marché international de l’énergie depuis 2022 (inflation mondiale et guerre en Ukraine), la production nationale a certes augmenté de 4,9% sur la même période, mais il n’empêche que certains facteurs de risques persistent.

L’essentiel de la croissance qu’a connu la production nationale est en lien avec la mise en service de la centrale à charbon de Safi en 2018 et la montée en puissance de la production éolienne qui représente en 2023 près de 15,4% de la production nationale.

L’hydraulique, malgré 11,4% de la capacité installée, n’a représenté en 2023 que 0,8% de la production nationale en 2023. Cette situation pose le problème de la flexibilité du réseau avec la montée en puissance de l’éolien et l’absence de l’hydraulique.

Il est important de signaler qu’entre 2018 et 2021, le Maroc était exportateur net d’électricité après l’entrée en service de la centrale à charbon Safiec. Depuis 2022, le Maroc est importateur net d’électricité espagnole depuis l’arrêt des afflux de gaz algérien via le GME.

Les deux centrales à gaz à cycle combiné Ain Beni Mahar et Tahaddart ont été mises à l’arrêt jusqu’en juillet 2022, où elles sont rentrées progressivement en production. Avant cette date, celles-ci fournissaient près de 12% de la production nationale contre 10% en 2023, ce qui laisse supposer qu’elles tournent à minima.

Selon les rapports du ministère de la Transition énergétique, le Maroc consommait entre 2012 et 2018 une moyenne de 1,5 milliard de m³ par an de gaz naturel, dont près d’un milliard pour la production d’électricité. En 2024 le Maroc a importé, selon les médias espagnols, 886 millions de m³ tout usages confondus.

Cette situation pose aussi la question de la dépendance du réseau à quelques grosses centrales à charbon, notamment celles de Safi et de Jorf. En cas de panne majeure ou de maintenance à grande échelle, cela pourrait constituer un risque systémique pour le réseau national.

Le retard dans la mise en place de capacités alternatives, notamment en gaz, ainsi que de capacités autonomes d’importation, de stockage de gaz naturel et de regazéification, est clairement évident. La dépendance aux ports espagnols pour l’importation de gaz ainsi que la dépendance à l’importation d’électricité espagnole sont ainsi un risque systémique à la souveraineté électrique nationale.

Une souveraineté qui est d’autant plus challengée par la stratégie nationale qui vise à atteindre 52% du mix énergétique en renouvelable, qui nécessite des capacités de pilotage plus importantes, à savoir le stockage d’électricité, mais aussi des capacités de backup importantes, notamment en gaz.

ONEE : 220 MMDH pour le plan d’équipement 2025-2030

La 8e session du conseil d’administration de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) s’est tenue, le lundi 21 avril à Rabat, sous la présidence de la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah, sur délégation du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch.

Les travaux ont été principalement consacrés à l’approbation du plan d’équipement 2025-2030 et des plans d’action et budgets de l’Office, ainsi qu’à l’examen du bilan des réalisations et des comptes.

Dans son allocution d’ouverture, Nadia Fettah a souligné l’importance de cette session du conseil, qui intervient dans un contexte marqué par des enjeux majeurs liés à la transition énergétique et au stress hydrique. Elle a salué les efforts louables de l’ONEE et de ses équipes, visant la mise en œuvre des hautes orientations royales dans les domaines de l’énergie, de l’eau et du développement durable.

De son côté, le directeur général de l’ONEE, Tarik Hamane, a mis l’accent sur les profondes mutations que connaissent les secteurs de l’électricité et de l’eau potable. Il a ainsi souligné la mobilisation de l’Office pour relever les défis liés au stress hydrique, à l’augmentation de la demande et à la hausse des cours des combustibles et des matières premières et à leur volatilité.

Le directeur général de l’ONEE a précisé que les plans d’action de l’Office seront orientés davantage pour accompagner les initiatives de décarbonation de l’économie nationale et de promotion de l’investissement privé. De même, l’Office a lancé plusieurs chantiers stratégiques visant la refonte et la pérennisation de son modèle, la modernisation de sa gestion et la fiabilisation de ses outils de pilotage.

Un programme d’investissement de plus de 22 MMDH

Tarik Hamane a exposé le bilan de l’ONEE pour la période 2022-2024, mettant en exergue la réalisation d’un programme d’investissement de plus de 22 MMDH, dont 10,7 MMDH pour l’électricité et 11,3 MMDH pour l’eau potable et l’assainissement liquide.

Ces investissements ont porté la puissance électrique installée à 12.017 MW, dont 45,4% en énergies renouvelables, se rapprochant ainsi de l’objectif fixé par le Royaume pour porter leur part à plus de 52% en 2030. Ces réalisations ont permis également l’équipement d’un débit global en eau potable de 86,3m3/s portant ainsi le taux d’accès à l’eau potable en milieu rural à 98,8% au profit d’environ 13,55 millions d’habitants, outre la réalisation de sept nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer d’une capacité de 71,5 Mm3/an.

En 2024, l’Office a assuré la satisfaction de la demande électrique ayant atteint 45.713 GWh, en progression de 3,9% par rapport à l’année précédente, avec un pic de consommation de 7.580 MW. Concernant l’activité de l’eau potable, la production de l’Office s’est établie en 2024 à 1.374 Mm3, dont 934 Mm3 à partir des eaux de surface, 374 Mm3 à partir des ressources souterraines et 66 Mm3 à partir du dessalement de l’eau de mer.

Vers un taux de capacité installée en énergies renouvelables de 56% dès fin 2027

Le directeur général de l’ONEE a présenté par la suite le plan d’équipement 2025-2030, axé sur le développement et la réalisation de projets visant l’accélération de la transition énergétique par l’intégration massive des énergies renouvelables, le développement des moyens adéquats de stockage et de flexibilité et le renforcement du réseau de transport, et sans expansion, ce qui permettra d’atteindre dès fin 2027 un taux de capacité installée en énergies renouvelables de 56%.

Ce plan d’équipement porte sur une enveloppe globale sur la période 2025-2030 de 177 MMDH pour l’électricité et de 43 MMDH pour l’eau potable, à financer à hauteur de 72% par le secteur privé.

Ce plan prévoit la réalisation d’un programme de développement des capacités de production d’électricité renouvelable de 100 MMDH, pour une capacité de 12,5 GW, représentant 80% de la capacité additionnelle prévue pour la période 2025-2030.

La réalisation de ce programme EnR (énergies renouvelables) requiert l’anticipation de solutions de stockage et de flexibilité à travers notamment la réalisation en 2026 de projets de systèmes de batteries (BESS), d’une capacité totale de 1.600 MWh, et d’un programme de moteurs à combustion au gaz naturel d’une capacité entre 300 et 450 MW ainsi que de la centrale turbine à gaz d’El Wahda de 990 MW, dont la mise en service est prévue pour début 2027.

En ce qui concerne l’activité de l’eau potable, le programme d’équipement pour les cinq prochaines années est axé sur la sécurisation de la production d’eau potable et le renforcement de l’offre destinée au milieu rural ainsi que sur l’optimisation de l’efficacité des réseaux de production existants. À l’issue de ce programme, la capacité de dessalement prévue par rapport aux besoins en eau potable atteindra 63% en 2030.

Au terme de ces discussions, le Conseil a approuvé l’ensemble des résolutions qui lui ont été soumises et qui sont en phase avec les objectifs de l’Office, tant en matière de développement des activités de l’ONEE qu’en matière d’amélioration de ses performances techniques et managériales.

Ont également pris part à cette session, des membres du Conseil d’Administration, représentant les départements ministériels concernés, le directeur général de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE), ainsi que des responsables de l’ONEE.

(Avec MAP)

Transformation : l’ONEE ouvre une nouvelle ère et choisit l’excellence

Ce mandat vise à accompagner l’ONEE dans sa mutation structurelle et organisationnelle, en réponse aux orientations du Roi Mohammed VI, quant à l’urgence d’engager une réforme structurelle du secteur public, indique un communiqué de l’ONEE. L’objectif est d’établir une nouvelle dynamique, de mettre en œuvre la politique actionnariale de l’État et de développer les secteurs clés de l’économie nationale, dans une vision d’ensemble basée sur la résilience, la modernisation et l’innovation.

Les premières recommandations sont attendues dans les mois à venir, marquant le début d’une nouvelle ère fondée sur l’excellence, la performance et la durabilité, en parfait alignement avec les priorités nationales en matière de gouvernance, de transition énergétique et hydrique et de développement socio-économique, conclut l’ONEE.

Près de 60 GWh d’électricité renouvelable commercialisés par les clients moyenne tension de l’ONEE

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) a annoncé, lundi 14 avril, l’ouverture de l’accès à l’énergie verte au profit de ses clients de la moyenne tension (MT).

« L’ONEE qui joue un rôle central dans la mise en œuvre de la stratégie énergétique nationale visant une transition vers un modèle énergétique durable, sobre en carbone et compétitif, franchit une nouvelle étape en ouvrant l’accès à l’énergie verte à ses clients MT », indique l’Office dans un communiqué.

« L’Office confirme ainsi son rôle moteur dans le développement du marché des énergies renouvelables ». Un rôle qu’il a « pleinement assuré » depuis la promulgation de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables, en remplissant une double mission : celle de catalyseur pour les investisseurs souhaitant développer des projets de production d’énergies renouvelables, et celle de facilitateur pour les clients désireux de réduire leur empreinte carbone, poursuit la même source.

Et de poursuivre que ce début 2025 marque ainsi un jalon important, avec la fourniture des premiers kilowattheures verts aux clients MT.

En effet, près de 60 GWh d’électricité d’origine renouvelable viennent d’être commercialisés par des producteurs privés raccordés au réseau de transport national de l’ONEE au bénéfice de plusieurs clients MT de l’Office, précise la même source.

Il s’agit notamment de Tanger Med Utilitie au niveau de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, de Saint Gobain à la zone franche de Kénitra dans la région Rabat-Salé-Kénitra et de Managem avec deux sites de consommation à Ouarzazate dans la région Drâa-Tafilalet.

Depuis la promulgation de la loi 13-09 et l’ouverture du marché pour l’énergie propre, les clients THT et HT ont déjà bénéficié d’un volume cumulé de plus de 21,2 TWh d’électricité verte.

En effet, plus d’une trentaine de clients THT-HT, industriels pour la majorité, s’approvisionnent de cette énergie renouvelable dans le cadre de la loi 13-09, avec plus d’une centaine de sites de consommation.

Pour garantir la qualité et la continuité de fourniture de l’énergie électrique pour l’ensemble des utilisateurs du système électrique tout en favorisant une pénétration massive des énergies renouvelables dans le mix électrique national, l’ONEE déploie d’importants programmes de développement de moyens de flexibilité et de solutions de stockage d’électricité répondant aux défis posés par l’intermittence de ces sources.

Un vaste programme d’extension et de renforcement du réseau de transport est également en cours par l’ONEE, avec une multiplication par cinq des investissements annuels prévus à l’horizon 2030.

(Avec MAP)

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Ligne THT Sud-Centre : l’ONEE abandonne le BOOT après une évaluation positive des constructeurs EPC

« Le résultat positif de l’évaluation des candidatures des constructeurs EPC (Engineering, Procurement, and Construction), dans le cadre de l’AMI n° SR401024, a permis notamment de confirmer l’intérêt des principaux constructeurs pour la réalisation du projet et d’établir un état des lieux précis du marché », explique l’ONEE dans un communiqué.

« Il a ainsi été jugé opportun de ne pas poursuivre le processus de sélection des candidats pour la réalisation du projet en mode BOOT (construction, exploitation et transfert) et de clôturer l’AMI à ce stade », conclut le document.

Rappelons que, dans le cadre du développement de cette liaison électrique, l’ONEE avait publié en août dernier un additif à l’AMI relatif à ce projet, qui avait introduit un nouveau mode de réalisation du projet et qui permet aux candidats intéressés de soumettre un dossier pour la réalisation du projet dans le cadre du schéma BOOT (qui a été maintenu) et/ou du schéma EPC (qui a été introduit), car l’AMI lancé en novembre 2023 avec uniquement l’option BOOT était resté infructueux. 

Dans la configuration EPC, le candidat retenu aura la charge de la conception, de la construction et de la mise en service du projet dans le cadre d’un contrat de construction clés en main (EPC). Il sera éventuellement chargé de certains aspects de la maintenance du projet dans le cadre d’un contrat de maintenance à long terme (LTSA) incluant des engagements de maintenance élargis.

Dans cette configuration BOOT, le candidat retenu in fine sera en charge du développement, de la conception, du financement, de la construction, de l’exploitation et de la maintenance du projet, dans le cadre d’un contrat de type build-own-operate-transfer à conclure avec l’ONEE – branche électricité (BE).

Cinq candidats potentiels EPC pour la réalisation de cette ligne

La liste des opérateurs internationaux qui ont manifesté leur intérêt pour le schéma EPC a été dévoilée en novembre 2024. Il s’agit de GE Vernova (États-Unis), de Siemens Energy (Allemagne), de Power China SEPCO1 (Chine), de TBEA (Chine) et de Larsen & Tourbo (Inde).

Dans un autre communiqué, l’ONEE a annoncé le 11 février dernier, les résultats de l’évaluation des candidatures de ces cinq constructeurs EPC, annonçant que les candidats potentiels pour la réalisation de cette ligne sont les suivants :

– Grid Solution SAS/ UK Grid Solution LTD (GE Vernova) ;

– Larsen & Toubro Limited ;

– PowerChina SEPCO 1 Electric Power Construction CO., Ltd ;

– Siemens Energy SAS / Siemens Energy Global GnbH & Co KG ;

– TEBA Co., Ltd.

Le BOOT abandonné, quid du financement de cette ligne ?

Le processus BOOT, jusque-là reporté à plusieurs reprises, ne sera finalement pas poursuivi. En abandonnant le BOOT, l’ONEE devra ainsi assurer le financement de cette infrastructure, dont la valeur de l’investissement est estimée entre 25 et 30 milliards de DH. Pour ce faire, les choix sont assez limités au vu de la situation financière de l’Office, lourdement endetté.

Les investissements dans les infrastructures de transport sont très capitalistiques et demandent de longues périodes pour leur amortissement.

Rappelons que l’ONEE a recouru en février dernier au premier fonds de dette réalisé au niveau national pour financer la centrale électrique Al Wahda, pour 4,2 MMDH, en nantissant les revenus futurs issus de la revente de l’électricité produite par la centrale.

Affaire à suivre…

La séparation comptable des activités de l’ONEE approuvée par l’ANRE

Le Conseil de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE), tenu le 19 février 2025, a pris une décision portant approbation de la séparation comptable des activités de l’ONEE.

Cette séparation comptable vise à préparer graduellement les conditions de l’indépendance de la gestion du Gestionnaire du Réseau électrique national de transport (GRT) et ce, en attente de confier la gestion du réseau électrique national de transport à une entité jouissant d’une personnalité morale distincte de celle de l’ONEE, tel que prévu par la législation en vigueur, explique un communiqué de l’ANRE.

Les principaux éléments de la définition des périmètres des activités de l’ONEE se présentent comme suit :

– l’activité de production ONEE rassemble toutes les activités de planification opérationnelle de la production relatives aux centrales thermiques, TAG et Diesel, les centrales hydrauliques et EnR non transférées à MASEN. Elle supervise et garantit le bon fonctionnement des activités de production baseload d’électricité de l’ONEE. Cette activité comprend également les études et travaux d’ingénierie de production, le contrôle technique ainsi que la gestion proprement dite du parc de production.

– l’activité de transport d’énergie électrique regroupe l’ensemble des activités devant assurer l’indépendance du Gestionnaire du réseau électrique national de transport (GRT). Elle comprend, en particulier, la planification du réseau de transport et son développement, son exploitation ainsi que la maintenance des équipements du réseau de transport constitué notamment des lignes aériennes, des liaisons d’interconnexions, des postes de transformation ainsi que des équipements annexes.

– l’activité de distribution d’énergie électrique regroupe les activités techniques et non techniques de la distribution d’énergie électrique aux consommateurs finaux sur l’ensemble des régions du Maroc. Elle inclut notamment l’exploitation distribution, la maintenance des lignes et postes de distribution ainsi que la commercialisation MT-BT.

Il est à rappeler que la loi n°48-15 relative à la régulation du secteur de l’électricité et à la création de l’ANRE, telle que modifiée et complétée, prévoit que, pour mettre en œuvre la séparation comptable, l’ONEE élabore et soumet à l’ANRE aux fins d’approbation :

• les périmètres respectifs des activités liées à la production, au transport, à la distribution d’énergie électrique et, le cas échéant, aux autres activités de l’ONEE ;

• les règles d’imputation, parmi les périmètres précités, des postes d’actif et de passif ainsi que ceux des charges et produits ;

• les principes déterminant les relations financières entre les activités comptablement séparées.

En vue de mener à bien ce chantier, l’ANRE a défini, en collaboration étroite avec l’ONEE, un cadre méthodologique de structuration de la séparation comptable des activités de l’Office qui soit, à la fois, adapté aux spécificités du secteur électrique marocain et aligné avec les standards internationaux, souligne la même source.

Les principes de la séparation comptable ainsi adoptés imposent une stricte dissociation comptable entre les activités exercées actuellement par l’ONEE relevant de sa branche Electricité, avec l’objectif, entre autres, de prévenir toute subvention croisée entre les activités régulées et celles ouvertes à la concurrence au sein de l’ONEE et d’assurer, en conséquence, un cadre transparent et loyal, tout en veillant à éliminer les sources de discrimination entre les opérateurs concernés.

En outre, la mise en œuvre de la séparation comptable constitue un signal fort et un facteur additionnel d’attractivité des investisseurs, notamment étrangers, pour développer leurs projets au Maroc.

L’ANRE mettra en place des mécanismes de monitoring et de suivi afin d’assurer l’application effective de cette séparation comptable.