La surélévation du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, un pilier de la nouvelle politique de l’eau au Maroc

Édifié en 1974 sous le règne de feu le Roi Hassan II, le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah a connu une modernisation et un renforcement stratégique sous le règne du Roi Mohammed VI. La surélévation de l’édifice réalisée en 2007, puis l’interconnexion récente avec le bassin du Sebou ont ainsi offert une réponse adéquate aux besoins croissants en eau potable de 11 millions d’habitants, de Kénitra jusqu’à Marrakech, en passant par Rabat et Casablanca.

Située à quelques encablures de l’océan Atlantique, la plus importante retenue d’eau du bassin hydraulique de Bouregreg-Chaouia offre une vue imprenable sur le majestueux pont Mohammed VI, dont les haubans élancés traversent l’horizon. Même si l’étendue d’eau qu’il contient suffit à elle seule à impressionner par sa beauté et son ampleur.

Le Roi Mohammed VI lors de l’inauguration de la surélévation du Barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah en 2007.

Ce mercredi 30 avril 2025, selon les données du ministère de l’Équipement et de l’eau, le taux de remplissage du barrage atteignait 67,2%, soit l’équivalent de 655,4 millions de mètres cubes. Un niveau qui confirme la justesse des décisions stratégiques prises dans le cadre de la politique nationale de l’eau.

Car si l’apport moyen est de 680 Mm3 par année hydrologique, « ce volume n’avait pas été atteint depuis plusieurs années à cause des épisodes de sécheresse consécutifs », indique à Médias24 Abderrahim Elguezzar, chef du service de gestion des ressources en eau de l’Agence du bassin hydraulique de Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC).

« Cela démontre à quel point les choix stratégiques opérés portent leurs fruits », poursuit-il. Des décisions, dont l’interconnexion du bassin de Sebou et Bouregreg qui a permis le transfert d’une partie des eaux excédentaires qui se déversent dans la mer. En ce sens, la surélévation du barrage afin d’augmenter sa capacité de stockage a également été judicieuse.

La surélévation du barrage, un projet complexe

La surélévation du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah est un projet d’envergure, qui a nécessité des efforts considérables. Réalisée par la Société générale des travaux du Maroc (SGTM), cette opération a doublé la capacité de stockage du barrage, passant de 480 Mm3 à environ un milliard de mètres cubes.

Les travaux ont duré quatre ans pour surélever le barrage de 7,5 mètres. La complexité du projet résidait dans la géographie particulière du site, exigeant des solutions techniques adaptées, y compris l’utilisation de matériaux et de méthodes de construction spécifiques « pour garantir la stabilité du barrage après la surélévation », souligne Abderrahim Elguezzar.

« La surélévation s’est accompagnée de dispositifs permettant d’évacuer les excès d’eau en cas de crue », complète Kadour Aboulyaqin, chef de l’équipe d’exploitation du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah. « Nous sommes passés à un évacuateur qui permet une meilleure régulation des crues, en modulant le débit selon les conditions hydrologiques pour éviter tout effet négatif sur l’édifice et les riverains ».

À cela s’ajoutent plusieurs capteurs au niveau des trois cours d’eau qui alimentent le barrage :

– Oued Bouregreg : le cours d’eau principal sur lequel le barrage est construit ;

– Oued Grou : un affluent important qui rejoint le Bouregreg en amont du barrage ;

– Oued Korifla : un autre affluent secondaire qui contribue également à l’alimentation du réservoir.

L’objectif derrière l’installation de ces capteurs est d’obtenir « des informations précises sur les volumes d’eau se dirigeant vers le barrage, en complément du dispositif d’évacuation des débris pour une gestion optimale des solides, réduisant ainsi le risque d’envasement du réservoir », précise Kadour Aboulyaqin.

L’interconnexion avec le bassin du Sebou, une réponse à une demande croissante

L’interconnexion entre le bassin du Sebou et celui du Bouregreg, mise en service en août 2023, constitue un élément central de la stratégie nationale de l’eau. Ce projet permet de transférer de l’eau depuis le Sebou vers le Bouregreg, améliorant ainsi de manière significative l’approvisionnement en eau potable, de Salé jusqu’à Casablanca. Au même titre que certaines villes plus à l’intérieur des terres, à l’instar de Rommani.

Ce transfert quotidien d’environ 1,3 Mm3 à raison de 15 m³/s a contribué à renforcer les réserves du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah d’où sont prélevés environ 1 Mm3 par jour. Autrement dit, la balance hydrique entre les apports transférés et les prélèvements est excédentaire.

« Il convient de préciser que l’ouvrage est en excellent état, sans aucune fuite. Toute l’eau qui y est prélevée est destinée à la production d’eau potable, ou bien elle résulte du phénomène naturel d’évaporation”, avance le chef du service de gestion des ressources en eau de l’ABHBC.

« Ce dernier phénomène est particulièrement difficile à quantifier », reprend-il. « Car il dépend directement du volume d’eau retenu dans le barrage. Plus la surface en eau est étendue, plus l’évaporation s’intensifie. À noter que lorsque le barrage atteint sa capacité maximale, les pertes par évaporation peuvent dépasser les 53 Mm3 par an ».

L’interconnexion entre le bassin du Sebou et celui du Bouregreg constitue un élément central de la stratégie nationale de l’eau.

À quelques kilomètres en amont de l’édifice, nous avons pu observer le point précis où les eaux du Sebou viennent se déverser dans un cours d’eau naturel. Lors de la dernière année hydrologique, 403 Mm3 y ont été déversés. Le décor est saisissant : un cours d’eau puissant serpente entre deux parois abruptes, creusant son chemin dans un relief escarpé.

Ce paysage spectaculaire témoigne à la fois de la complexité géographique du projet et de l’ampleur des efforts déployés pour dompter et rediriger les eaux au profit des populations urbaines. Un point stratégique surveillé 24 h/24 et 7 j/7 pour garantir un transfert optimal de l’eau et éviter tout dysfonctionnement ou incident.

Les retombées positives de ce projet d’envergure se feront sentir jusqu’au bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia, notamment en matière d’alimentation en eau potable et d’irrigation. En effet, une partie de l’eau transférée depuis le Sebou vers le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah poursuivra son chemin jusqu’au barrage Al Massira, venant ainsi compenser la diminution des apports en provenance du barrage Ahmed Al Hansali.

Surveillance de la qualité de l’eau, une priorité absolue

Bien que les équipes d’exploitation du barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah aient une entière confiance en la qualité de l’eau qui provient du bassin du Sebou, la surveillance de la ressource n’en est pas moins rigoureuse et constante. Des analyses sont effectuées pour vérifier sa conformité avant son acheminement vers le barrage.

Une fois l’eau arrivée, elle est ensuite traitée par l’Office national de l’eau potable (ONEP) afin d’assurer qu’elle soit conforme aux normes de potabilité. À cet effet, le barrage comporte deux prises d’eau. « La deuxième ayant été construite au moment de la surélévation du barrage. C’est à partir de ces prises d’eau que l’eau est pompée grâce à une station de pompage pour l’acheminer à la station de traitement de l’ONEP », explique Abderrahim Elguezzar.

Des capteurs d’auscultation sont installés pour mesurer la pression et surveiller les mouvements du barrage.

Au-delà de la surveillance de la qualité de l’eau, l’exploitation du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah nécessite une gestion et un entretien minutieux. En plus du suivi visuel effectué par les équipes, « des capteurs d’auscultation sont installés pour mesurer la pression et surveiller les mouvements du barrage », affirme Kadour Aboulyaqin.

Le suivi des équipements hydromécaniques, qui sont régulièrement testés, fait également partie des mesures prises pour garantir le bon fonctionnement du barrage. La gestion des débris et la maintenance des équipements sont des actions continues effectuées plusieurs fois par an avec l’aide de sociétés spécialisées.

Un écosystème préservé

Le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah témoigne de la réussite dans la gestion des ressources hydriques du Maroc. Grâce à ces projets, la sécurité en matière d’approvisionnement en eau potable est renforcée, et la gestion de l’eau dans la région bénéficie d’une plus grande résilience face aux variations climatiques.

La protection de l’écosystème du Bouregreg est également prise en considération, notamment dans sa partie aval, grâce à des lâchers d’eau effectués lorsque le taux de remplissage du barrage est élevé, afin de préserver la vie aquatique et les écosystèmes riverains de l’oued. D’ailleurs, dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), un programme de préservation de l’écosystème du bassin hydraulique a été mis en œuvre.

Ce programme contribue à limiter la dégradation des sols et à freiner l’envasement, préservant ainsi la capacité de stockage du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah. De plus, des opérations de lâchers de poissons ont été réalisées dans les eaux du barrage, qui sont alimentées par des apports riches en nutriments. Cela améliore la qualité de l’eau.

Une fois à maturité, ces poissons sont pêchés, générant une source de revenus pour les riverains. Un cercle vertueux, parfaitement aligné avec la politique des barrages, accélérée sous l’impulsion du Roi Mohammed VI.

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Conventionnelle ou par dessalement, combien coûte l’eau au Maroc ?

Si le prix de l’eau au Maroc est largement connu, encadré par la loi et documenté, tout comme la politique de tarification d’ailleurs, son coût, lui, reste un grand mystère.

Le coût du mix hydrique est ainsi une donnée fondamentale, non seulement pour pouvoir le comparer aux tarifs exercés, mais aussi pour évaluer l’impact du recours de plus en plus massif à un nouvel entrant dans ce mix : les eaux non conventionnelles essentiellement issues de la désalinisation. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, le Maroc recourt à 2% ou 3% d’eau non conventionnelle dans son mix hydrique et qu’il ambitionne d’atteindre 15% à 20% en 2030.

Aucun des responsables que nous avons écoutés, notamment lors de la dernière conférence sur la gestion de l’eau organisée à l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs (EMI) le 25 novembre dernier, ou contactés pour cet article, n’a souhaité se prononcer ni sur un chiffre concernant le coût actuel du mix, ni sur l’impact chiffré de l’intégration de l’eau dessalée aux tarifs.

Nous avons tout de même tenté d’approcher le sujet malgré le manque patent de données. Il faut rappeler que les chiffres partiellement disponibles sur le coût de l’eau proviennent d’une étude réalisée dans le cadre d’un projet intitulé « Programme d’ajustement structurel du secteur de l’eau » datant de 2001, en partie financé par l’Union européenne et la Banque africaine de développement (BAD). Ainsi, les coûts de mobilisation de la ressource d’eau brute variaient entre 2,54 et 5,2 DH/m3 à cette époque, lit-on dans un article intitulé La tarification de l’eau au Maroc : comment servir différentes causes ?, publié en 2003 et reprenant les éléments de cette étude non publiée.

Entre 2 et… 40 DH/m3

Selon l’expert international en eau Mokhtar Bzioui, ancien directeur de la recherche et de la planification de l’eau au ministère de l’Equipement, les coûts du mètre cube varient selon les sources d’eau mobilisées. Les moins chères, selon lui, sont les eaux souterraines provenant de la nappe. Les coûts économiques de développement actualisés sur une cinquantaine d’années font ressortir une eau qui coûte entre 2 et 4 DH par mètre cube mobilisé. Quant à l’eau des barrages, son coût économique de développement se situe entre 5 et 6 dirhams par mètre cube. Vient enfin le transfert entre bassins, dont le coût peut se situer entre 8 et 9 dirhams par mètre cube.

Concernant le dessalement, selon plusieurs experts contactés, il y a un effet d’échelle : plus l’installation est grande, plus le coût du mètre cube d’eau est faible. Ainsi pour une même source d’énergie non renouvelable et une même technologie, les coûts peuvent varier du simple au quadruple. Selon Mokhtar Bzioui, une petite station peut coûter « horriblement cher » ; il en veut pour preuve les stations dans le Sahara comme à Boujdour, où le mètre cube d’eau coûte entre 30 et 40 dirhams. Pour une même technologie, mais à plus grande échelle, comme dans le cas de Jorf Lasfar ou d’Agadir, les coûts varient entre 10 et 15 dirhams.

Une des variables les plus importantes à prendre en compte dans ces cas-là est en lien avec les coûts liés à l’exploitation, essentiellement l’énergie, mais aussi à la maintenance. Contrairement aux barrage, qui une fois construits avec leurs infrastructures d’acheminement ne consomment pas d’électricité, voire en produisent, les eaux non conventionnelles utilisent des processus mécanochimiques énergivores. Ainsi, en plus de l’énergie, il faut prendre en considération les consommables, notamment les membranes de dessalement lorsque la technologie utilisée est l’électrodialyse et l’osmose inverse.

Cette dernière est la technologie la plus répandue et utilisée au Maroc. Ces membranes, qui ne sont pas recyclables, sont des consommables utilisés par milliers d’unités au sein de chaque usine de dessalement. Elles doivent être changées tous les trois à cinq ans, en fonction de leurs performances qui influent aussi sur leur niveau de consommation électrique. Ce coût d’exploitation est relativement mitigé grâce au recours aux énergies renouvelables et/ou à des technologies plus performantes… mais aussi plus chères. Un arbitrage entre capex (coût d’investissement) et opex (coût de fonctionnement) qui, selon les experts que nous avons contactés, peut faire baisser le prix du mètre cube d’eau dessalée sous la barre des 6 dirhams.

Une eau énergivore

Par ailleurs, il faut savoir qu’en moyenne, chaque mètre cube d’eau non conventionnelle coûte l’équivalent entre 1,50 kWh et 4 kWh/m3 en consommation électrique. Si on multiplie ce coût par le prix du mix électrique, qui est plus ou moins de 85 centimes/kWh, la production de chaque mètre cube d’eau dessalée pourrait coûter entre 1,76 et 3,40 dirhams en consommation électrique ; le mix électrique étant une moyenne des coûts des différentes sources mobilisées, dont plus de 60% proviennent des centrales à charbon. Un recours aux énergies renouvelables, bien qu’intermittentes, pourrait réduire le coût de l’électricité à près de la moitié.

Cela fait dire à un haut cadre du ministère de l’Eau et de l’équipement, ayant requis l’anonymat, que malgré le coût relativement élevé du dessalement, et les ambitions importantes du Maroc pour la mobilisation de cette ressource (1,5 milliard de m3/an à l’horizon 2030 contre 200 millions à l’heure actuelle), ce choix ne devrait impacter le coût du mix hydrique que marginalement. Car, selon lui, outre le levier des énergies renouvelables qui ont tendance à faire baisser les coûts d’exploitation, d’autres leviers peuvent être mobilisés pour maintenir le tarif de l’eau à ce qu’il est aujourd’hui. Il cite par exemple des systèmes de péréquation, notamment à l’intérieur d’une même région, grâce à la mise en place des Sociétés régionales multiservices (SMR). Celles-ci pourraient maintenir la tarification inchangée.

Quoi qu’il en soit, nous informe notre interlocuteur, une étude sur la tarification de l’eau au Maroc est en cours. Lancée par la Commission nationale de l’eau, elle permettra de cerner la réalité des coûts et de proposer un nouveau système de tarification sur la base d’un benchmark élargi. Toutefois, insiste notre source, « le recours au dessalement avec une énergie renouvelable n’apporte pas un grand changement au coût du mix, et donc au niveau des tarifs ».

Cependant, l’on peut dès à présent remarquer un changement de tarifs dans les villes où l’eau dessalée a été introduite. L’exemple le plus évident pour l’eau potable est celui de Safi et d’El Jadida. Selon l’arrêté du ministre délégué auprès du chef du gouvernement chargé des Affaires générales et de la gouvernance n° 2682-14 du 23 ramadan 1435 (21 juillet 2014), fixant les tarifs de vente de l’eau potable et de la redevance de l’assainissement, toujours en vigueur, le tarif de l’eau à El Jadida et Azemmour est fixé à 5,3 DH/m3 depuis janvier 2017. Le prix pour Safi-Oualidia-Essaouira est fixé par le même arrêté à 5 dirhams. Or, l’arrêté publié par le ministère des Finances (qui a aussi récupéré le portefeuille des Affaires générales) au Bulletin officiel le 9 septembre dernier, et déterminant les prix de la vente de l’eau dessalée à El Jadida et Safi, fixe ce prix à 5,80 dirhams hors TVA pour les deux villes. Un prix qui, selon nos sources, est inférieur au coût de production qui avoisine pour le moment 10 DH/m3.

Autre exemple : celui de l’eau dessalée destinée à l’irrigation dans la ville d’Agadir. Comme relevé dans un article précédent, selon les professionnels, les tarifs des eaux des barrages se situent à 0,80 DH/m3, ceux des partenariats public-privé d’El Guerdan à 2 DH/m3 ; ceux du pompage coûtent autour de 1,50 DH/m3, alors que l’eau issue de la désalinisation se situe à 5 DH/m3. Selon nos sources, les niveaux de coût à la production de l’eau dessalée de la station d’Agadir sont équivalents à celui de Jorf Lasfar, soit 10 DH/m3 ; tous deux consommant de l’électricité conventionnelle.

Qui va payer la différence ?

Il est vrai que depuis l’entrée en service de ces deux stations, instruction a été donnée pour favoriser l’utilisation des énergies renouvelables pour le dessalement de l’eau de mer afin, d’une part, de baisser son coût et, d’autre part, d’éviter les conflits d’usage.

Selon Hicham Bouzekri, directeur de développement au sein de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen), intervenu lors du colloque organisé à l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs, la capacité installée actuellement en dessalement consomme près de 530 GWh, soit un peu plus de 2% de l’électricité consommée annuellement au Maroc pour 2% à 3% de l’eau produite au niveau national. Et les conflits d’usage ne concernent pas que l’électricité, mais aussi la destination de l’eau. Ce qui fait dire à Hicham Bouzekri que l’utilisation de l’eau dessalée pour boire est une chose − puisque l’eau est un enjeu vital et un droit −, mais que son utilisation pour l’irrigation d’exportation peut être considérée comme un non-sens économique, d’autant plus qu’elle est subventionnée.

À cette problématique de conflit d’usage vient s’imbriquer celle liée aux tarifs et à la question de savoir qui prend en charge la subvention. Est-ce l’Etat ou d’autres opérateurs comme l’ONEE, comme c’est le cas aujourd’hui de l’électricité ? Khalid Tahri, directeur de la programmation au sein de l’Office national de l’eau potable (ONEP), a déclaré lors du séminaire organisé à l’EMI que sur 1,3 milliard de mètres cubes d’eau potable produits en 2022, l’ordre de grandeur est le suivant : 70% proviennent des eaux de surface tandis que 30% sont issus de la nappe. Les stations de dessalement de l’eau de mer ou saumâtre ne pèsent, elles, que 2% à 3% actuellement, contre un objectif de 15% à 20% du mix hydrique à l’horizon 2030, avec le recours de plus en plus massif à cette ressource.

Cette même année, l’ONEE-Branche eau vendait aussi bien aux distributeurs (régies, concessions de distribution) qu’à ses grands clients industriels ou particuliers 1.062 millions de mètres cubes pour un chiffre d’affaires de 6,49 milliards de dirhams HT. Un niveau de tarification moyen de 6,11 DH/m3 HT, qui permet à l’ONEE de remplir sa mission non seulement pour la fourniture et la généralisation de l’accès à l’eau potable, mais aussi pour le retraitement des eaux usées ou la généralisation de l’assainissement, qui sont des postes d’investissements importants.

Cet équilibre est rendu possible par la péréquation réalisée entre les différentes tranches de tarifs aux particuliers ou aux grands comptes, mais aussi par un accès à la ressource en eau des barrages à bas prix. Lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, l’Office paie aux Agences du bassin hydraulique les eaux brutes issues des barrages 2 centimes/m3, et que celles-ci représentent 68% de sa production, il est légitime de soulever la question de la santé financière de l’ONEE qui sera privé de son activité de distribution en faveur des SMR, mais devra aussi payer une eau de plus en plus chère, notamment en se la procurant auprès d’opérateurs privés dans le cadre de partenariats public-privé.