Abattage suspendu, marchés fermés : ce que prévoient quelques communes pour Aïd al-Adha

Plusieurs communes ont annoncé des mesures exceptionnelles encadrant l’abattage des animaux et la vente de bétail, dont la commune d’Agadir, qui vient d’annoncer une série de mesures temporaires liées à l’activité d’abattage en amont de Aïd al-Adha. Des dispositions qui visent à « encadrer les pratiques sanitaires et logistiques en cette période sensible ».

À travers un communiqué officiel publié le lundi 2 juin, la commune d’Agadir a informé la population que l’abattage d’ovins et de caprins sera interdit du 2 au 5 juin au soir. Durant cette période, seuls les bovins pourront être légalement abattus.

En parallèle, les abattoirs municipaux d’Agadir seront fermés à titre exceptionnel « les vendredi 6 et samedi 7 juin 2025″, soit la veille et le jour de la fête de Aïd al-Adha ». L’activité reprendra normalement le dimanche 8 juin.

« La commune exhorte l’ensemble des citoyens à se conformer à ces mesures, en espérant leur collaboration pour ce qui est de l’intérêt général », conclut le communiqué.

Sidi Bouathmane : fermeture de l’espace de vente de bétail au marché hebdomadaire à partir du 2 juin

La commune de Sidi Bouathmane, à 40 km de Marrakech, a pour sa part annoncé la fermeture de l’espace de vente de bétail (rahba) au sein de son souk hebdomadaire, connu sous le nom de souk lathnine Sidi Bouathmane, et ce, le lundi 2 juin.

Cette décision intervient « en conformité avec les hautes directives royales invitant les citoyens à ne pas accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd cette année », précise l’arrêté.

L’exécution de cet arrêté est confiée aux autorités locales, à la Gendarmerie royale ainsi qu’au représentant de la société Aswak Marrakech SARL, gestionnaire du marché hebdomadaire de Sidi Bouathmane, chacun dans son domaine de compétence.

Kasba Tadla : interdiction d’accès du bétail au marché hebdomadaire et fermeture de l’abattoir communal

La commune de Kasba Tadla, dans la région de Béni Mellal-Khénifra a, elle aussi, annoncé des mesures restrictives concernant l’accès au bétail et le fonctionnement de son abattoir en prévision de la période de l’Aïd.

Selon l’avis signé par le président du conseil communal, Ouafi El Kebir, l’entrée du bétail à l’espace de vente dédié au marché hebdomadaire de la ville de Kasba Tadla sera totalement interdite à compter du lundi 2 juin.

De plus, l’abattoir communal de la ville sera fermé à partir du jeudi 5 juin jusqu’au mercredi 11 juin inclus.

Ces décisions s’inscrivent, selon l’avis, dans le sillage de l’appel lancé par le Roi Mohammed VI, exhortant les citoyennes et citoyens à ne pas accomplir le rite du sacrifice de l’Aïd cette année. Cet appel visait à préserver et à reconstituer le cheptel national, fortement affecté par la sécheresse persistante.

En réponse, le gouvernement a annoncé un vaste programme de soutien à la reconstitution de ce cheptel qui prévoit notamment le rééchelonnement des dettes des éleveurs, ainsi qu‘une subvention directe à l’alimentation du bétail.

Conversation autour des défis de l’élevage ovin avec Farid Maarouf « Lmzabi »

Il serait réducteur de limiter les espèces ovines au seul rituel du sacrifice de l’Aïd Al-Adha. Non seulement cet animal joue un rôle socio-économique majeur dans de nombreuses régions du Maroc, mais les races ovines marocaines présentent également une richesse génétique précieuse, essentielle à préserver. C’est ce que rappelle au micro de Médias24 Farid Maarouf, plus connu sous le nom de Lmzabi.

Éleveur de père en fils, Farid est membre de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC). Il incarne cette nouvelle génération d’agriculteurs passionnés. Passion qu’il met au service de la préservation et de l’amélioration génétique des races marocaines, puisqu’il est lui-même sélectionneur. À travers son engagement, il milite pour une meilleure reconnaissance de la filière ovine et pour la valorisation du patrimoine vivant du pays.

Mais cette vocation n’est pas sans embûches. Farid doit faire face à de nombreux défis, notamment liés à l’alimentation du cheptel. La flambée des prix des fourrages et des aliments pour bétail met une pression constante sur les éleveurs, menaçant à la fois la rentabilité de leurs exploitations et la continuité de leur travail de sélection.

Baisse alarmante du cheptel : seules 3 millions de têtes disponibles si le sacrifice de Aïd al-Adha avait été maintenu

Le cheptel national marocain traverse une crise sans précédent. Pour dénombrer les effectifs d’ovins, de bovins et de caprins dans le Royaume, le ministère de l’Agriculture a réalisé, vers la fin de l’année 2024, un recensement du cheptel national.

Le nombre de femelles reproductrices a chuté à 8,7 millions de têtes en 2024

Les chiffres de ce recensement n’ont pas encore été publiés, mais selon les statistiques officielles communiquées par le ministère de l’Agriculture à Médias24, le cheptel affiche un recul de 38% en 2024 par rapport à 2016, conséquence directe de sept années consécutives de sécheresse.

La situation est d’autant plus préoccupante que le nombre de femelles reproductrices a chuté de 11 millions à 8,7 millions sur la même période, mettant en péril le renouvellement des effectifs.

Les abattoirs ne reçoivent que 1,5 million de têtes, contre 3,5 millions en temps normal

En temps normal, les abattoirs contrôlés par les services sanitaires du ministère de l’Agriculture traitent environ 3,5 millions de têtes d’ovins et de caprins par an. En parallèle, près d’un million de bêtes sont abattues en dehors des circuits officiels lors d’événements tels que les baptêmes, le retour du hajj, les mariages et autres célébrations.

« Si Aïd al-Adha avait été maintenu, nous aurions été contraints d’abattre des femelles, essentielles à la reproduction »

Cependant, la période de Aïd al-Adha constitue un pic de consommation exceptionnel, avec une demande minimale estimée entre 5,5 et 6 millions de têtes. En additionnant cette demande aux besoins annuels habituels, ce sont près de 10 millions de têtes qui auraient été nécessaires pour satisfaire la demande nationale.

Or le cheptel actuel est loin de pouvoir répondre à une telle demande. Les abattoirs ne reçoivent plus que 1,5 million de têtes locales, soit moins de la moitié du volume habituel.

Seulement 3 millions de têtes éligibles à l’abattage pour Aïd al-Adha

De plus, le recensement effectué en 2024 et les campagnes de vaccination du cheptel révèlent un chiffre alarmant : le nombre d’animaux éligibles à l’abattage lors de l’Aïd ne dépasse pas trois millions de têtes.

Face à cette situation critique, si l’abattage pour cette fête avait été maintenu, les conséquences auraient été dramatiques sur la reproduction future du cheptel.

En effet, si la demande devait être satisfaite à tout prix, « nous aurions été contraints d’abattre des femelles, essentielles à la reproduction et à l’accroissement du cheptel », nous confie le ministère.

Rappelons que, le 26 février dernier, le Roi Mohammed VI a invité le peuple marocain à s’abstenir du sacrifice de Aïd al-Adha.

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Viandes et bétail : le ministère de l’Agriculture revoit les procédures d’importation

Le ministère de l’Agriculture a actualisé les trois circulaires relatives aux procédures d’approbation des demandes d’importation des bovins et des ovins domestiques, ainsi que de la viande fraîche et des abats. Les nouvelles circulaires ont été publiées le 6 mars dernier.

Rappelons que les quotas fixés pour l’année 2025 s’élèvent à 15.000 têtes pour les bovins, 700.000 têtes pour les ovins et 40.000 tonnes pour la viande fraîche et les abats.

Les bovins importés ne sont plus exclusivement dédiés à l’abattage

Dans la circulaire relative à l’approbation des demandes d’importation de bovins domestiques, on remarque que ces derniers ne sont plus exclusivement destinés à l’abattage. Ces animaux peuvent à présent être également destinés à l’engraissement, mais non à la reproduction.

L’importateur peut ainsi procéder à l’abattage immédiat des bovins importés dès leur arrivée sans qu’ils transitent par les lazarets de quarantaine sanitaire, ou les engraisser. Aucune date d’abattage n’est toutefois fixée par le ministère. 

Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre 2024, les importateurs s’engageaient à :

– Abattre 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre l’effectif restant dans un délai de 3 mois après leur date d’arrivée.

Aucun délai d’abattage pour les ovins

Il en est de même pour les ovins domestiques importés, en termes de délai d’abattage. Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre dernier, les opérateurs importateurs s’engageaient à :

– Abattre au moins 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre au moins 80% de l’effectif dans un délai de 60 jours après leur date d’arrivée ;

– Abattre l’effectif restant (20%) au plus 3 mois après leur date d’arrivée.

Cette condition ne figure plus dans la nouvelle circulaire après la récente mise à jour.

Enfin, en ce qui concerne l’importation des viandes fraîches et des abats, la spécificité des viandes « fraîches, réfrigérées ou congelées » ne figure plus sur le volet relatif aux normes techniques à respecter par les importateurs dans la nouvelle circulaire du 6 mars.

L’autre nouveauté concerne les abats, qui devaient auparavant représenter au plus 20% de la quantité des viandes importées. Cette condition n’est plus exigée.

Par ailleurs, à présent, même les bouchers peuvent importer les viandes et les abats, au même titre que les chevillards, les établissements d’entreposage, les unités de découpe et autres.

Rappelons que ces opérations d’importation interviennent dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant eu un impact direct sur le cheptel national. Elle vise à assurer l’approvisionnement continu du marché national en viandes rouges et à stabiliser les prix.

Baisse des prix des moutons sur fond de rumeurs d’annulation du rituel du sacrifice de Aïd al-Adha

À l’approche de Aïd al-Adha, une rumeur sur une éventuelle annulation du rituel du sacrifice, en raison de la flambée des prix liée aux années consécutives de sécheresse, s’amplifie. En l’absence d’information officielle sur le sujet, cette rumeur impacte déjà les prix du cheptel.

La question a même été soulevée au Parlement par un député, sans toutefois recevoir de réponse de la part d’Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture.

La détente des prix nous a été confirmée par l’Association nationale des ovins et des caprins (ANOC).

Une baisse de 800 à 1.000 DH/tête

« Une détente des prix des têtes de cheptel est effectivement constatée depuis quinze jours dans les marchés de bétail, selon la remontée d’informations par les éleveurs adhérant à l’ANOC du Moyen Atlas, de l’Oriental et des grands bassins de production des cheptels ovin et caprin. La baisse est de l’ordre de 800 à 1.000 DH/tête« , explique à Médias24 Saïd Chatibi, directeur général de l’ANOC.

Les rumeurs d’une éventuelle annulation du rituel du sacrifice inquiètent en effet les éleveurs, précise-t-il. « Pour éviter et minimiser les pertes potentielles, ils se sont donc résolus à la vente à des prix bas. Mais la détente des prix peut être également expliquée par la faible demande de viande ovine, généralement en hiver. Les Marocains préfèrent en effet la viande bovine pendant la saison hivernale. La viande ovine, elle, étant plutôt consommée à partir du mois de mai, période idoine pour les cérémonies et les festins ».

Répercussion sur les prix de la viande dans les prochains jours

La baisse observée va-t-elle durer ? « C’est difficile à prédire, car le marché est très fluctuant. Mais nous estimons que les prix actuels se stabiliseront peut-être jusqu’à l’approche de Aïd al-Adha« , nous répond Saïd Chatibi.

Les récentes pluies et chutes de neige, synonymes de disponibilité des pâturages, pourraient même accentuer davantage la baisse des prix constatée, selon notre interlocuteur. « La baisse des prix de l’alimentation du bétail induit automatiquement la détente des prix, laquelle détente tirera à la baisse les prix de vente de la viande au détail« , précise ce dernier.

« Certes, cette baisse n’a toujours pas été ressentie dans les boucheries. Mais il faut se rappeler qu’il existe systématiquement un décalage entre les prix dans les marchés de bétail et les prix de vente au détail. En principe, la détente des prix des têtes de cheptel devrait se répercuter dans les jours à venir sur le marché de la viande », conclut-il.

Le recensement du cheptel est terminé, les chiffres bientôt dévoilés

Cette opération a concerné toutes les communes, préfectures, provinces et douars du Royaume, avec pour objectif de déterminer le nombre de têtes dans le Royaume, notamment celles qui seront dédiées à l’abattage pour Aïd al-Adha.

Les chiffres définitifs devraient être annoncés durant le mois en cours, selon notre source. Ils aideront ainsi le ministère de l’Agriculture dans la prise de décision, notamment à l’approche du mois de Ramadan.

Cette opération pourra éventuellement donner lieu à de nouvelles mesures pour équilibrer le secteur des viandes rouges.

Rappelons que le cheptel national est en déclin depuis quelques années, en raison de la succession des années de sécheresse, de la crise du Covid et de l’inflation qu’a connue le Royaume.

Ce manque de visibilité rend parfois difficile la prise de décision et, de ce fait, certaines mesures n’atteignent pas les objectifs escomptés.

Cette opération a été chapeautée par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC) et a connu la participation de toutes les Directions provinciales de l’agriculture ainsi que de l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de plusieurs autres organismes concernés.

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Voici les nouveaux quotas d’importation de viandes rouges

Le projet de décret n° 2.24.1050 fait suite aux mesures adoptées l’année dernière et reconduites cette année consistant à suspendre les droits de douane et la taxe sur la valeur ajoutée appliqués aux bovins domestiques dans le cadre de quotas spécifiques de 120.000 têtes.

« Étant donné que ce quota n’est aujourd’hui plus suffisant pour couvrir la demande, il est proposé d’augmenter cette limite à 150.000 têtes« , précise-t-on dans le texte du projet de décret.

Pour ce qui est du projet de décret n° 2.24.962, le gouvernement propose « la suspension des droits d’importation des viandes de bœuf, d’agneau, de chèvre et de chameau dans une limite de 20.000 tonnes, jusqu’au 31 décembre 2024″.

L’objectif principal de ces deux mesures est de garantir un approvisionnement suffisant du marché local, tout en préservant les intérêts des producteurs nationaux.

Démarrage imminent du recensement du cheptel national

Si en mai dernier le précédent ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, avait estimé que le cheptel national des ovins comptait 20,3 millions de têtes, enregistrant une baisse de 2% par rapport à 2023, il n’existe à ce jour pas de statistiques exactes et actualisées qui renseignent sur l’état du cheptel caprin et bovin, ainsi que sur le cheptel laitier. Mais une chose est sûre : il est en déclin en raison de la succession des années de sécheresse, de la crise du Covid, et de l’inflation qu’a connue le Royaume.

Ce manque de visibilité rend parfois difficile la prise de décision et, de ce fait, certaines mesures n’atteignent pas les objectifs escomptés. Pour pallier cette problématique, le ministère de tutelle procèdera, dans une dizaine jours, au recensement du cheptel au niveau national, apprend Médias24 de sources bien informées.

Démarrage imminent de l’opération de recensement

« C’est la première opération qui se fera au niveau national. Elle concernera toutes les communes, préfectures, provinces et douars du Royaume », indiquent nos sources.

« Il s’agit d’un recensement déclaratif qui commence d’ici une semaine à dix jours, et pour lequel des centaines de personnes ont été recrutées et formées ».

Cette opération sera chapeautée, selon nos informations, par l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC). Elle connaîtra également la participation de toutes les Directions provinciales de l’agriculture relevant du ministère de l’Agriculture, ainsi que de l’Office national du conseil agricole (ONCA) et de plusieurs autres organismes concernés.

Les résultats prévus pour janvier 2025

Cette opération devrait durer un mois et demi, voire deux mois au plus. « D’ici la mi ou fin janvier 2025, le ministère de l’Agriculture devrait avoir le compte du nombre de têtes d’ovins, de caprins et de bovins dans le Royaume ».

La convention relative à cette opération a été signée la semaine dernière entre l’ANOC et le ministère de l’Agriculture notamment.

« Cela fait plus d’un mois que cette opération est en préparation. C’est toute une organisation pour garantir notamment l’adhésion des éleveurs ».

« Les recenseurs doivent par ailleurs pouvoir être identifiés. Et pour ce faire, ils devront disposer de matériel avec le logo de l’opération : casquettes, cartables, chemises… D’un autre côté, avec les superviseurs, les recenseurs devront également être formés », ajoutent nos interlocuteurs.

« C’est une opération d’envergure, qui connaîtra la participation de plus de 1.000 personnes, le but étant d’avoir les résultats le plus vite possible ».

Un recensement pour aider à la prise de décision

Nos sources espèrent par ailleurs que les éleveurs vont adhérer à cette opération, pour éviter d’avoir un résultat aléatoire. « D’après une récente visite, nous avons remarqué que le nombre de têtes est très élevé, notamment à Bouarfa, dans le Moyen Atlas et les régions qui ont été concernées par les précipitations ces dernières semaines ».

« Nous disposons donc du cheptel que nous devons identifier et compter. Les éleveurs doivent toutefois adhérer, ce qui ne sera pas évident dans certaines zones, de peur de perdre les aides reçues par l’Etat dans le cadre du programme d’aides sociales directes lancé vers fin 2023 ».

« L’Intérieur devra intervenir dans ce sens pour aider les recenseurs à avoir des chiffres exacts, ce qui aidera le gouvernement à prendre les décisions adéquates, notamment à l’approche de Aïd al-Adha, pour savoir s’il doit continuer à importer pour permettre au cheptel national de se reconstituer, ou si les opérations d’importation devraient s’arrêter et quand… »

« Ce recensement est donc crucial. Il donnera peut-être lieu à de nouvelles mesures pour équilibrer le secteur des viandes rouges », concluent nos sources.

Importation des viandes rouges et de l’huile d’olive : voici les quotas fixés par le gouvernement

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, le gouvernement a décidé d’exonérer de la TVA les importations de viandes rouges et d’huile d’olive pour pallier la faible production nationale en ces denrées et pour en stabiliser les prix.

Toute une édition du Bulletin officiel, datée du 19 octobre, est consacrée aux quotas d’importation pour ce qui reste de l’année 2024. Il s’agit de :

Pour l’année 2025, ces quotas se déclinent comme suit, selon les dispositions du PLF 2025 (page 13) :

Bétails vivants :

Veaux et velles pour la reproduction : 20.000 têtes pour chaque catégorie.

Viandes rouges fraîches ou congelées (toutes les catégories) : 40.000 tonnes.

Huile d’olive vierge et extra-vierge : 20.000 tonnes.

Rappelons que les importations des viandes rouges seront strictement encadrées par un contrôle sanitaire dont sera chargé l’Office national de la sécurité sanitaire des aliments (ONSSA) comme nous l’expliquions dans notre article dédié au sujet. Les viandes rouges doivent être ‘halal’ et provenir de l’un des pays dont la liste a été arrêtée par les pouvoirs publics :

Pour les viandes ovines et caprines : tous les pays de l’Union européenne, Andorre, Albanie, Argentine, Australie, Canada, Chili, Etats-Unis d’Amérique, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Russie, Serbie, Singapour, Suisse, Uruguay.

Pour les viandes bovines : tous les pays sus-cités, en plus du Brésil, du Paraguay et de l’Ukraine.

Importation de viandes rouges : des contrôles stricts prévus, la liste des pays exportateurs fixée

Le premier point sur lequel insistent nos sources est celui de la qualité des viandes rouges importées.

Des contrôles stricts seront effectués

« La viande importée sera d’une qualité supérieure », assurent d’emblée nos interlocuteurs. « Tous les contrôles et les mesures sanitaires pour garantir la qualité et la salubrité de ces aliments seront réalisés et respectés par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), ainsi que les organismes internationaux des pays exportateurs ».

« Les exigences en matière d’importation de viande rouge depuis l’Europe vers le Maroc seront élevées, de manière à ce que la sécurité sanitaire et alimentaire soit garantie », insistent nos sources. « Nous passons donc à un niveau supérieur en termes de contrôle ».

En effet, dans une décision publiée ce 15 octobre à ce sujet, et qui prend effet à compter de la même date, l’ONSSA précise que « toutes les viandes importées doivent être accompagnées d’un certificat sanitaire, délivré par les autorités compétentes du pays d’origine, ainsi qu’un certificat d’abattage halal, délivré par l’organisme islamique habilité du pays d’origine ».

Et d’ajouter : « Les viandes importées seront contrôlées au niveau des postes d’inspection frontaliers, conformément à la réglementation en vigueur ».

Les viandes seront importées en carcasses

Toujours d’après les opérateurs joints par nos soins, « ces viandes, qui seront importées en carcasses, seront stockées au Maroc dans des unités spécialisées qui disposent de tous les moyens et équipements nécessaires afin de garantir leur qualité et maintenir leur salubrité à un niveau très élevé ». C’est en effet l’une des exigences de l’ONSSA dans sa décision de ce 15 octobre.

L’Office précise que « l’importateur doit disposer d’un lieu d’entreposage des viandes agréé ».

« À leur arrivée, ces viandes vont subir un contrôle sanitaire et seront estampillées pour prouver qu’elles sont passées par les services sanitaires marocains avant d’être distribuées ».

L’importateur doit disposer d’un lieu d’entreposage des viandes agréé

« Elles seront également accompagnées d’un certificat ‘halal’ d’un organisme certifié. Ce n’est toutefois pas n’importe quel organisme ‘halal’ qui sera validé par le gouvernement. Il s’agira seulement des organismes de référence en termes de contrôle de la qualité ‘halal' », soulignent nos interlocuteurs.

« Pour baisser les prix, tous les intervenants de la chaîne doivent jouer le jeu »

« Ces viandes seront distribuées au niveau de tous les revendeurs, notamment les bouchers et les grandes surfaces ». Ces derniers pourront commander leur viande auprès des importateurs et seront livrés par la suite.

« À la livraison, la viande importée sera accompagnée d’un certificat sanitaire qui justifie qu’elle a passé tous les contrôles sanitaires, en plus d’une copie du certificat ‘halal’ qui pourra être affichée dans les magasins », entre autres, pour rassurer la clientèle.

Dans ces points de vente, la viande sera vendue normalement, sans aucune mention spéciale affichée, nous explique-t-on, mais « le prix fera la différence ». Le boucher est également tenu d’informer les clients si des questions se posent quant à l’origine des viandes.

À la livraison, la viande importée sera accompagnée d’un certificat sanitaire qui justifie qu’elle a passé tous les contrôles sanitaires, en plus d’une copie du certificat ‘halal’

Notre source souligne par ailleurs que « cette opération ne va bien fonctionner que si tous les opérateurs de la chaîne jouent le jeu. Le boucher ne doit pas acheter moins cher et vendre au même prix que la viande locale ».

Tous les intervenants doivent alors être « corrects », à savoir l’importateur, le boucher et les grandes surfaces, dans la détermination des prix des viandes importées, l’objectif principal de cette mesure étant de fournir de la viande rouge de bonne qualité à des prix plus bas. Et pour éviter les spéculations, le gouvernement est également en train d’étudier les mécanismes possibles : il peut s’agir du plafonnement des prix, ou encore de la fixation d’un prix de référence.

Quid du niveau de baisse prévu pour les prix de vente au consommateur final ? « Personne ne peut prédire de combien sera cette baisse pour le moment », expliquent nos sources. « Ce que nous pouvons confirmer, c’est que les prospections sont en cours, et que le marché international est actuellement moins cher par rapport au Royaume ».

Les pays exportateurs fixés

Pour ce qui est des pays d’importation, la liste a été fixée par l’ONSSA. L’importation des viandes rouges fraîches (congelées ou réfrigérées) au Maroc pourra être effectuée à partir des pays suivants :

– pour les viandes ovines et caprines : tous les pays de l’Union européenne, Andorre, Albanie, Argentine, Australie, Canada, Chili, Etats-Unis d’Amérique, Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande, Russie, Serbie, Singapour, Suisse, Uruguay.

– pour les viandes bovines : tous les pays sus-cités, en plus du Brésil, du Paraguay et de l’Ukraine.

Cette liste peut toutefois être modifiées en cas d’émergence d’un risque sanitaire pour la santé humaine ou animale lié à l’importation des viandes, souligne l’Office.

Une opération à durée déterminée

Cette opération ne sera en vigueur que pour une durée déterminée. « Les opérateurs du secteur disent qu’ils seront à même de baisser les prix des viandes locales dans les prochains mois. Pour leur permettre d’arriver à des prix compétitifs, le gouvernement a donc décidé de gérer ce gap, en assurant la disponibilité des viandes rouges sur le marché à des prix plus bas ».

« Lorsque les prix des viandes locales seront moins élevés, les importations s’arrêteront automatiquement », concluent nos interlocuteurs.

Aïd al-Adha 2024. Prix élevés des cheptels, des professionnels se justifient

Abdelali, vendeur d’ovins au détail et en gros aux abattoirs de Hay El Mohammadi, a démenti, au micro de Médias24, les rumeurs qui courent sur un éventuel accord entre vendeurs sur les prix : « Chaque vendeur fixe le prix qu’il souhaite. » Pour établir le prix de vente, Abdelali dit s’être basé sur « le prix d’achat initial » et avoir ajouté « les charges, c’est-à-dire le transport, le fourrage, la rémunération des travailleurs, la location du lieu de vente et sa marge bénéficiaire ».

Interrogé sur les différences entre ovins importés et locaux, Abdelali répond : « Je n’ai pas de moutons importés dans mon cheptel car leur qualité est discutable. Bien que les prix des moutons locaux soient plus élevés, leur qualité reste nettement meilleure. »

Il poursuit en expliquant les préférences des clients : « Certaines personnes se sont rendu dans les supermarchés et y ont trouvé des ovins importés à 83, 84 ou 85 DH le kilo, mais sont tout de même revenus pour nous les acheter à 90 DH le kilo parce que les races sardi et bergui sont meilleures. Nous apprécions la qualité ici. »

Quant aux perspectives d’avenir, il précise : « Pour les jours à venir, les prix dépendront de l’offre existante. De façon générale, l’offre de cette année est inférieure à celle des années précédentes. Si l’offre était plus abondante, nous aurions vendu à 50 ou 55 DH le kilo. »

Face aux prix inabordables, de nombreux marocains envisagent de ne pas accomplir le sacrifice cette année. « La vérité, c’est que les citoyens achètent les moutons. La preuve, le cheptel dont on dispose encore ne nous suffira que jusqu’au jeudi 13 juin. Nous n’aurons donc plus rien à vendre pendant les trois jours qui précèderont la date de l’Aïd », dit Abdelali, comme pour souligner l’insuffisance de l’offre selon lui.

« Cette hausse des prix des moutons ne concerne pas seulement le Maroc ; la plupart des pays musulmans sont également touchés, c’est dû à l’inflation », conclut Abdelali.

Selon le ministère, l’offre est largement supérieure à la demande. Mohamed Sadiki avait annoncé en mai dernier que « la demande pour Aïd al-Adha est estimée à environ 6 millions de têtes, dont 5,4 millions d’ovins (81% de moutons et 19% de brebis) et 600.000 caprins », pour une offre générale de 7,8 millions de têtes comprenant 6,8 millions d’ovins et 1 million de caprins, soit une différence de plus de 1,8 million de têtes. Qui croire ?

Taoufik Issam, éleveur présent dans la souk de Médiouna, estime quant à lui que l’offre de cette année est suffisante mais le pouvoir d’achat des citoyens limité : « Les gens n’arrivent pas à dépasser le plafond de 5.000 ou 5.500 DH. »

Les prix élevés des moutons sont attribués aux charges d’élevage supportées tout au long de l’année pour garantir une qualité supérieure. « Les ovins marocains sont de qualité supérieure par rapport à ceux importés. Il faut savoir que ceux importés ont généralement moins de six mois, ce qui les rend inaptes pour le sacrifice si l’on se fie à la Sounna. Quant à leur viande, le goût des ovins marocains est bien meilleur. »

L’éleveur nous explique également sa stratégie de gestion des stocks : « Si je n’arrive pas à vendre tous les jeunes ovins avant l’Aïd, je n’aurai pas de problème pour les garder l’année prochaine. En revanche, pour ceux qui sont de grande taille, je serai obligé de les vendre aux boucheries. »

Ses plus grands bénéfices sont réalisés pendant l’Aïd, dit-il, mais les marges d’autrefois ne sont plus d’actualité. « Notre marge personnelle est de 300 à 500 dirhams par tête », affirme-t-il.

Face aux défis économiques et à la hausse des prix, la préparation de l’Aïd al-Adha reste marquée par des préoccupations sur l’offre et la qualité des  moutons. Entre les avis divergents des professionnels et les réalités du marché, les citoyens doivent naviguer entre traditions et contraintes financières.

Une première. Le prix de l’agneau atteint 120 DH le kilo, sortie abattoirs, du jamais vu

« L’agneau a atteint 120 DH/kg sortie abattoirs, tandis que le bovin est à 90-100 DH/kg« , nous confie notre interlocuteur. « C’est la première fois que les prix de la viande rouge atteignent de tels niveaux à l’étape sortie des abattoirs », ajoute-t-il.

Le prix final payé par le consommateur sera plus élevé, puisque des marges seront ajoutées durant toutes les étapes du circuit de distribution.

Juste avant le mois de Ramadan, les prix étaient relativement stables. Le prix de la viande bovine variait entre 73 et 75 DH/kg à une quinzaine de jours du mois de ramadan, contre 92 à 94 DH/kg pour la viande ovine au marché de gros de Casablanca. A la troisième semaine du mois sacré, une augmentation notable a été enregistrée pour les prix de gros, avec une différence de 3 DH/kg pour les ovins et de 5 DH/kg pour les bovins en termes de prix minimum, et de 2 DH/kg pour les ovins et de 4 DH/kg pour les bovins en termes de prix maximum.

La hausse s’est poursuivie durant la quatrième semaine du Ramadan, jusqu’à atteindre les niveaux de prix actuels, jamais connus pour la viande rouge, à l’étape sortie des abattoirs. Les prix actuels au marché de gros de Casablanca ne sont pas disponibles. Les derniers prix affichés par Casa Prestations remontent au 3 avril. Des mises à jour hebdomadaires sont effectuées par la SDL chaque semaine, lesquelles ont coïncidé cette semaine avec Aïd Al Fitr.

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Due à la sécheresse, cette hausse devrait se poursuivre

Qu’est-ce qui explique cette hausse ? Selon notre interlocuteur, ce n’est un secret pour personne. « La sécheresse continue d’impacter le cheptel, dont l’état ne cesse de se détériorer », en particulier pour les ovins.

« Cette hausse devrait se poursuivre durant les prochains jours, au moins jusqu’à fin avril« , voire davantage.

Les dernières pluies ont donc été sans grand impact pour le cheptel ovin, dont les naissances restent faibles cette année.

Pour l’agneau, la situation risque de se dégrader à l’approche de Aïd Al Adha

« La situation pourrait se dégrader davantage à l’approche de Aïd Al Adha », ajoute notre source, d’où l’instauration par le gouvernement d’une prime de 500 DH par tête sur l’importation des ovins, en prévision de cette fête.

Cette mesure vise d’une part à atténuer les coûts élevés de l’importation, et par ricochet à maintenir les prix sur le marché local, mais aussi à préserver le cheptel actuel qui a besoin de se reconstituer suite à la baisse remarquable qu’il a connue en raison de la sécheresse.

Pour rappel, 300.000 têtes sont prévues à l’importation jusqu’au 15 juin, notamment d’Espagne. Chaque engagement déposé par les importateurs doit porter sur un effectif minimum de 1.000 têtes, d’un poids fixé à 30 kg/ tête, avec une tolérance de 5%.

Cette mesure pourrait ainsi redynamiser les importations qui étaient à l’arrêt, notamment après la décision du gouvernement d’arrêter, au début de l’année, les subventions accordées aux importateurs sur ce segment.

Par ailleurs, outre l’état du cheptel, l’autre problématique du secteur est relative à la baisse du pouvoir d’achat du consommateur.

Qu’en est-il du bovin ?

Pour les bovins, outre la sécheresse, la hausse des prix s’explique également en partie par un quasi-arrêt des importations des viandes de l’étranger depuis le début de l’année, malgré la reconduction par le gouvernement de la mesure visant à dispenser les importateurs de bovins de la TVA de 20% et des droits de douane de 200%.

Cela s’explique notamment par le protocole sanitaire exigé par l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), jugé assez strict par les exportateurs.

En plus des contrôles habituels, des analyses exigées par l’Office peuvent durer jusqu’à 45 jours, ce qui irrite les exportateurs étrangers, espagnols notamment, qui partent à la recherche d’autres marchés plus intéressants et plus faciles à l’entrée.

Ces mesures de contrôle ont été renforcées pour prévenir les maladies, suite à l’apparition, l’année passée, d’une nouvelle maladie en Espagne, qui avait contraint les importateurs marocains à arrêter de transiter par l’Espagne pendant plus d’un mois.