Ubérisation. La « grima » a dérivé vers un modèle de rente et de clientélisme (PCNS)
Le débat sur l’ubérisation est souvent réduit à une opposition simpliste entre illégalité et innovation.
Avec la montée des applications de transport urbain, le Maroc fait face à un test de cohérence entre l’innovation et le cadre juridique.
Le système de la « grima » : un modèle de rente et de clientélisme
Selon le Policy Bref du PCNS, les plateformes prospèrent parce que le transport urbain traditionnel est enfermé dans un régime rigide d’agréments, peu adapté à une demande urbaine qui veut de la rapidité, de la flexibilité et une expérience plus transparente.
La question devient alors politique au sens strict. Le système des agréments « grima », piloté par le ministère du Transport et de la logistique, repose sur une autorisation préalable et individuelle pour exercer le transport public.
Créé en 1963, il obéissait à une logique de régulation et de redistribution sociale, mais il a, selon le PCNS, dérivé vers un modèle de rente et de clientélisme, avec des titulaires souvent non exploitants et des chauffeurs qui portent les risques et paient une redevance fixe, sans véritable protection.
« L’attribution des agréments se faisait de manière discrétionnaire, sans appel d’offres public ni critères objectifs transparents. Cela a conduit à une opacité persistante et à une concentration d’autorisations entre les mains des bénéficiaires. Le marché du transport est ainsi fragmenté, difficile à moderniser et peu concurrentiel », lit-on dans le rapport.
« Ce système d’agrément, hérité d’une logique étatique de contrôle et de redistribution, apparaît aujourd’hui inadapté aux exigences d’un marché de la mobilité moderne et ouvert. Il freine la professionnalisation du transport, entrave la concurrence, et empêche l’intégration légale des nouveaux acteurs. La question de sa réforme est donc devenue centrale pour concilier équité sociale, efficacité économique et innovation technologique dans le secteur du transport au Maroc », poursuit le rapport.
Sortir de la zone grise
Dans ce cadre, la collision avec les plateformes est mécanique. Elles n’ont ni flotte ni agrément et mettent en relation chauffeurs et clients via une application, avec tarification algorithmique et notation.
Les conducteurs se retrouvent dans une zone grise, considérés comme illégaux par la réglementation en vigueur, et l’État oscille entre tolérance, laxisme et interdiction selon les territoires. Cette ambiguïté est précisément ce qui produit une forte incertitude.
Le PCNS décrit des zones grises juridiques et institutionnelles, renforcées par des signaux publics contradictoires, ne pas freiner l’innovation tout en gérant la pression des acteurs traditionnels, justifier le laisser-faire au nom de l’emploi tout en laissant durer l’incohérence.
Pour le PCNS, l’ubérisation du transport met en lumière l’urgence d’une réforme structurelle qui pourrait :
- reconnaître légalement l’activité des plateformes numériques de transport ;
- instaurer des conditions d’accès équitables (permis, assurances, fiscalité) pour éviter la concurrence déloyale avec les taxis ;
- moderniser le secteur des taxis par des incitations à la digitalisation et à la mise à niveau du service ;
- protéger les travailleurs (droits sociaux, sécurité, formation).
Une régulation bien conçue n’aurait pas seulement vocation à calmer les tensions ; elle pourrait transformer une rivalité désordonnée en levier de modernisation, d’emplois mieux encadrés et de mobilité urbaine plus fiable pour les citoyens.