Ubérisation. La « grima » a dérivé vers un modèle de rente et de clientélisme (PCNS)

Le débat sur l’ubérisation est souvent réduit à une opposition simpliste entre illégalité et innovation.

Avec la montée des applications de transport urbain, le Maroc fait face à un test de cohérence entre l’innovation et le cadre juridique.

Le système de la « grima » : un modèle de rente et de clientélisme

Selon le Policy Bref du PCNS, les plateformes prospèrent parce que le transport urbain traditionnel est enfermé dans un régime rigide d’agréments, peu adapté à une demande urbaine qui veut de la rapidité, de la flexibilité et une expérience plus transparente.

La question devient alors politique au sens strict. Le système des agréments « grima », piloté par le ministère du Transport et de la logistique, repose sur une autorisation préalable et individuelle pour exercer le transport public.

Créé en 1963, il obéissait à une logique de régulation et de redistribution sociale, mais il a, selon le PCNS, dérivé vers un modèle de rente et de clientélisme, avec des titulaires souvent non exploitants et des chauffeurs qui portent les risques et paient une redevance fixe, sans véritable protection.

« L’attribution des agréments se faisait de manière discrétionnaire, sans appel d’offres public ni critères objectifs transparents. Cela a conduit à une opacité persistante et à une concentration d’autorisations entre les mains des bénéficiaires. Le marché du transport est ainsi fragmenté, difficile à moderniser et peu concurrentiel », lit-on dans le rapport.

« Ce système d’agrément, hérité d’une logique étatique de contrôle et de redistribution, apparaît aujourd’hui inadapté aux exigences d’un marché de la mobilité moderne et ouvert. Il freine la professionnalisation du transport, entrave la concurrence, et empêche l’intégration légale des nouveaux acteurs. La question de sa réforme est donc devenue centrale pour concilier équité sociale, efficacité économique et innovation technologique dans le secteur du transport au Maroc », poursuit le rapport.

Sortir de la zone grise

Dans ce cadre, la collision avec les plateformes est mécanique. Elles n’ont ni flotte ni agrément et mettent en relation chauffeurs et clients via une application, avec tarification algorithmique et notation.

Les conducteurs se retrouvent dans une zone grise, considérés comme illégaux par la réglementation en vigueur, et l’État oscille entre tolérance, laxisme et interdiction selon les territoires. Cette ambiguïté est précisément ce qui produit une forte incertitude.

Le PCNS décrit des zones grises juridiques et institutionnelles, renforcées par des signaux publics contradictoires, ne pas freiner l’innovation tout en gérant la pression des acteurs traditionnels, justifier le laisser-faire au nom de l’emploi tout en laissant durer l’incohérence.

Pour le PCNS, l’ubérisation du transport met en lumière l’urgence d’une réforme structurelle qui pourrait :

Une régulation bien conçue n’aurait pas seulement vocation à calmer les tensions ; elle pourrait transformer une rivalité désordonnée en levier de modernisation, d’emplois mieux encadrés et de mobilité urbaine plus fiable pour les citoyens.

Ramener le chômage à 9% en 2029 nécessitera une croissance moyenne de 7,9% par an (Etude PCNS)

La Feuille de route pour l’emploi, dévoilée par le gouvernement, se veut une réponse stratégique aux déséquilibres profonds du marché du travail national. Elle intervient dans un contexte de stagnation du taux d’activité, de chômage élevé chez les jeunes, de faible participation féminine et de prévalence du secteur informel, notamment en milieu urbain.

Portée par un budget de 15 milliards de dirhams, cette feuille de route repose sur huit axes prioritaires, allant du soutien aux TPME à la modernisation de la formation professionnelle, en passant par la lutte contre le décrochage scolaire et l’amélioration de l’accès des femmes à l’emploi.

Objectif : ramener le taux de chômage à 9 % d’ici 2030 et générer 1,45 million de nouveaux emplois dans les six prochaines années, dans l’hypothèse d’un retour des précipitations à leur niveau normal.

Toutefois, une telle stratégie, aussi structurée soit-elle, ne peut réussir que si elle s’inscrit dans une trajectoire macroéconomique soutenable. La création massive d’emplois attendue suppose en effet un alignement étroit entre les politiques publiques d’emploi et les dynamiques de croissance économique.

C’est à ce niveau qu’intervient la réflexion portée par un Policy Paper du Policy Center for the New South, signé par le Professeur Aomar Ibourk et Tayeb Ghazi. Ce travail cherche à confronter les ambitions politiques aux contraintes économiques réelles, en s’appuyant sur une modélisation de la relation entre croissance économique et emploi.

Avant de passer à l’analyse des scénarios, les auteurs proposent une approche méthodique, fondée sur l’estimation de l’élasticité emploi-croissance. Cet indicateur permet de mesurer dans quelle mesure une augmentation du PIB réel est susceptible de générer des emplois (toutes choses étant égales par ailleurs). Il constitue ainsi un outil de projection essentiel pour évaluer différentes trajectoires possibles du marché du travail à l’horizon 2029.

Sur cette base, quatre scénarios sont formulés, chacun traduisant un niveau d’ambition et un degré de contrainte économique différent. Ces scénarios ne visent pas seulement à illustrer des perspectives contrastées, mais aussi à éclairer les choix stratégiques auxquels le pays devra faire face pour traduire les promesses de la feuille de route en résultats concrets.

Voici les scénarios :

Scénario 1 : Réduction du chômage à 9 % en 2029 – une ambition hors de portée ?

Le premier scénario, directement aligné sur les objectifs de la feuille de route, suppose une baisse du taux de chômage de 13,3 % en 2024 à 9 % en 2029, soit une réduction de 4,3 points de pourcentage en cinq ans. Pour atteindre ce résultat, la croissance de l’emploi devrait s’élever à 9,2 % sur la période, soit 1,8 % en rythme annuel. Compte tenu de l’élasticité estimée à 0,23, cela implique une croissance annuelle réelle du PIB de 7,9 % – un niveau très éloigné des tendances récentes, puisque la croissance moyenne sur 2004 n’a été que de 4,3 %, et les projections pour 2025-2029 ne dépassent pas 3,5 %.

Ce scénario met en évidence un écart structurel entre les objectifs politiques et la réalité économique. En l’état, une telle croissance du PIB ne peut être atteinte sans une transformation structurelle profonde du modèle productif, impliquant une reconfiguration du tissu économique, une forte montée en gamme industrielle, un afflux massif d’investissements et une amélioration de la productivité globale.

Scénario 2 : Stabilisation du chômage – une trajectoire modérément soutenable

Dans ce second scénario, les auteurs examinent l’hypothèse d’une simple absorption des 500.000 nouveaux entrants prévus sur le marché du travail entre 2024 et 2029, sans résorption du chômage actuel. Pour cela, une croissance de l’emploi de 4,6 % est nécessaire sur cinq ans, soit environ 0,9 % par an. Avec une élasticité de 0,23, cela suppose un taux de croissance du PIB de 4 % par an – légèrement au-dessus des prévisions actuelles, mais plausible si certaines mesures de soutien à l’emploi et à l’investissement sont efficacement déployées.

Il est à noter que ce scénario constitue une trajectoire de stabilisation : il ne permet pas d’améliorer significativement le taux de chômage, mais évite une détérioration. Il est donc plus réaliste à court terme, mais insuffisant pour répondre aux défis structurels du marché du travail.

Scénario 3 : Division du chômage par deux – un horizon théorique

Le troisième scénario pousse plus loin l’ambition en visant une réduction du chômage à 6,65 %. Cela impliquerait une création nette de 2,4 % d’emplois par an, soit un total de 12,3 % sur cinq ans. Dans ce cas, l’économie marocaine devrait croître à un rythme annuel de 10,4 %, ce qui relève d’un objectif quasi utopique dans l’environnement régional et international actuel.

Ce scénario, s’il permet de fixer un cap ambitieux, reste hors de portée dans les conditions actuelles, sans inflexion majeure des politiques publiques ni transformation du tissu économique. Il a surtout une valeur indicative, en ce qu’il met en évidence l’ampleur des efforts à consentir pour enclencher une dynamique de croissance réellement inclusive.

Scénario 4 : Prolongement des tendances actuelles – le scénario par défaut

Le dernier scénario est celui de l’inertie : il repose sur l’hypothèse que l’économie marocaine poursuivra, sans inflexion majeure, sa trajectoire actuelle. Il prolonge ainsi les tendances observées en matière de croissance et de création d’emplois. Concrètement, il s’appuie sur une croissance annuelle moyenne du PIB de 3,5 % sur la période 2025-2029, en ligne avec les prévisions officielles, et sur une élasticité emploi-croissance maintenue à son niveau actuel de 0,23. Avec ces paramètres, la croissance annuelle de l’emploi serait limitée à 0,8 %.

Résultat : le taux de chômage ne baisserait que faiblement, passant de 13,3 % à 11,9 % en 2029, selon les projections. Ce scénario met en évidence un risque clair : en l’absence de réformes structurelles, les dynamiques démographiques et les frictions du marché du travail continueront de neutraliser les efforts budgétaires et politiques. Autrement dit, l’ambition affichée par la feuille de route resterait largement hors de portée si elle n’est pas accompagnée d’un choc réformateur à la hauteur des enjeux.

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Il est essentiel de bien saisir l’un des enseignements majeurs de cette étude : avec un niveau d’élasticité emploi-croissance de 0,23, il est clair que la croissance économique, à elle seule, ne suffit pas à générer des emplois en quantité suffisante. Dès lors, relever ce niveau d’élasticité apparaît comme une condition indispensable pour rendre la croissance plus inclusive et plus porteuse d’opportunités.

Policy Center : 41 nouveaux jeunes leaders rejoignent la communauté Atlantic Dialogues Emerging Leaders

Le PCNS se positionne comme un véritable « hub » pour jeunes décideurs, en réunissant chaque année entre 30 et 50 professionnels âgés de 25 à 35 ans, issus de divers horizons tels que la politique, la finance, la société civile, les affaires, la recherche ou encore les médias. Ces jeunes, porteurs d’initiatives et de « leadership », aspirent à créer un impact significatif dans leurs domaines respectifs.

À travers le programme ADEL, ils bénéficient d’une plateforme unique de réseautage, de partage d’expériences et de dialogue intergénérationnel, favorisant ainsi le développement de compétences en « leadership », pensée stratégique et prise de décision, indique le PCNS dans un communiqué, précisant que, pour cette édition 2024, 41 jeunes leaders provenant de 22 pays viendront enrichir une communauté représentant 74 nationalités.

Lors de séminaires et ateliers conçus et organisés à leur attention du 8 au 11 décembre, ces talents émergents bénéficieront de formations assurées par des mentors expérimentés, favorisant un transfert de connaissances interculturelles et renforçant une compréhension mutuelle, explique-t-on, ajoutant que le programme ADEL vise à bâtir une communauté mondiale de leaders éclairés, prêts à relever les défis globaux et à contribuer activement à l’élaboration de politiques publiques et de récits impactants.

Le programme ADEL se distingue par son « engagement envers l’Atlantique et l’Afrique, offrant aux participants une perspective spécifique et pertinente pour ces zones géographiques. Sa singularité réside dans son approche inclusive, intégrant activement les anciens participants dans sa programmation continue, créant ainsi une communauté dynamique et collaborative », souligne la même source, notant que le programme établit des liens entre les jeunes professionnels du Nord et du Sud, et favorise un échange culturel riche et une compréhension mutuelle accrue.

Il intègre, enfin, les participants dans la prestigieuse conférence annuelle Atlantic Dialogues, en offrant une plateforme unique pour contribuer aux discussions internationales et croiser des perspectives générationnelles avec les décideurs de la région (présents et anciens).

Pour cette 13e édition d’Atlantic Dialogues, 1.300 jeunes âgés de 25 à 35 ans s’étaient portés candidats. Le processus de sélection, « rigoureux et conçu en trois étapes », fait en sorte que seuls les candidats les plus qualifiés et qui répondent le plus aux exigences du programme qui sont retenus, « renforçant ainsi la qualité de chaque cohorte ». Le processus de sélection repose sur quatre critères : esprit d’initiative, potentiel de leadership, vision et ambition de renforcer les liens transatlantiques, souligne le communiqué.

Les Emerging Leaders 2024 comptent 22 femmes et 19 hommes, dont 11 Africains, 9 Européens, 9 Nord-Américains, 10 Sud-Américains et Caribéens et 2 Asiatiques. En ce qui concerne la répartition sectorielle, les participants se déclinent comme suit : 24,4% sont issus de la société civile ou d’organisations non gouvernementales (ONG), 19,5% du secteur privé, 9,7% des gouvernements, 29,3% des Organisations internationales, 12,1% du secteur public et 4,8% du monde universitaire.

Le programme ADEL vise à créer une communauté qui vit au-delà du cadre de la conférence « Atlantic Dialogues », en se voyant proposer diverses opportunités tout au long de l’année : contribuer aux publications du Policy Center ou tenir des rôles de speakers dans les événements et conférences du think tank.

Durant cette 13e édition des Atlantic Dialogues, la nouvelle cohorte d’ADELs participera au débat principal et interagira avec la communauté des Atlantic Dialogues. Comme à l’accoutumée, la séance plénière de clôture leur sera consacrée, pour que la voix de l’avenir du bassin atlantique soit entendue, conclut le communiqué.

Emploi : Idmaj, Tahfiz et Taehil sous la loupe du PCNS

Le recensement des Politiques actives du marché du travail (PAMT) révèle une diversité de programmes visant à promouvoir l’emploi au Maroc. Parmi eux, Idmaj, Tahfiz et Taehil se distinguent par leur objectif commun d’améliorer l’employabilité, de renforcer la compétitivité des entreprises et de soutenir les initiatives entrepreneuriales, particulièrement dans le contexte post-pandémique. Le rapport du Policy Center for the New South (PCNS) dévoile l’étendue de leur impact et leur évolution au fil du temps.

Idmaj

Le programme Idmaj, pilier majeur de l’insertion professionnelle au Maroc, a bénéficié à plus de 663.500 chercheurs d’emploi entre 2016 et 2022, dont 81,3% sous contrat d’insertion, 17,6% en CDD et 1,1% en CDI. Les femmes représentent 53,8% des bénéficiaires.

54,8% des insertions ont été réalisées par les grandes entreprises. Les secteurs des services (48%) et de l’industrie (45%) ont été les principaux bénéficiaires, avec une concentration significative dans les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Ainsi, malgré une baisse temporaire en 2020 due à la crise économique, les résultats de 2022 ont surpassé les attentes avec plus de 114.200 insertions.

Aligné avec les politiques nationales de l’emploi et la Stratégie nationale de l’emploi 2015-2025, Idmaj cible principalement les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, du baccalauréat ou de la formation professionnelle inscrits à l’ANAPEC. Les résultats démontrent une efficacité notable, avec environ trois bénéficiaires sur quatre réussissant à obtenir un emploi durable, principalement sous forme de CDI. Toutefois, bien que les exonérations fiscales et sociales encouragent les entreprises à embaucher des stagiaires, certains abusent du système en pratiquant une rotation excessive du personnel, ce qui pourrait compromettre à long terme les objectifs du programme.

Tahfiz

Le programme Tahfiz a soutenu près de 23.000 unités (entreprises, associations et coopératives) et plus de 65.600 salariés jusqu’à fin 2022, avec une augmentation notable en 2022. La majorité des bénéficiaires sont des hommes (68,7%) et 78,6% travaillent dans de très petites entreprises (moins de 10 salariés). Ainsi, environ 47,3% des bénéficiaires sont actifs dans le secteur des services.

Par ailleurs, les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Casablanca-Settat et Marrakech-Safi ont été les plus touchées par ce programme.

Tahfiz vise à promouvoir l’emploi salarié et à renforcer la compétitivité des nouvelles entreprises à travers des exonérations fiscales et sociales. Ciblant les entreprises, associations ou coopératives créées entre 2015 et 2026, il contribue significativement à la croissance des entreprises émergentes et à la création d’emplois durables. Bien qu’efficace pour minimiser les coûts pour les entreprises, une meilleure distribution géographique et sectorielle pourrait améliorer son impact.

Taehil

Le programme Taehil a assisté près de 51.100 chercheurs d’emploi entre 2016 et 2022, soit une moyenne annuelle de 7.300 bénéficiaires. Les secteurs de l’automobile (43,7%) et de l’éducation (24,1%) ont été les principaux bénéficiaires, avec une concentration géographique de 79% dans les régions de Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan-Al Hoceima et l’Oriental.

Taehil vise à améliorer l’employabilité des jeunes diplômés en leur fournissant des compétences professionnelles spécifiques. Il a permis une amélioration notable des compétences et de l’employabilité des jeunes, soutenant ainsi les secteurs émergents et contribuant à la réduction du chômage structurel. Cependant, certaines difficultés administratives et de mobilité limitent son efficacité.

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Ces programmes ont joué un rôle crucial dans la dynamisation du marché du travail au Maroc, soutenant des milliers de chercheurs d’emploi et contribuant à la croissance économique. Leur évaluation quantitative et géographique permet de mieux comprendre leur impact et d’identifier les domaines où des ajustements pourraient être nécessaires pour renforcer davantage l’insertion professionnelle et l’auto-emploi dans le pays. Le rapport propose également des recommandations pour étendre et améliorer l’efficacité de ces programmes, notamment en les rendant plus accessibles aux jeunes des petites villes.

Economie mondiale : une situation où l’anormal se normalise selon Abdelaaziz Ait Ali

L’année 2023 est assez exceptionnelle et se traduit  par une accumulation de différentes crises que l’économie mondiale a connu dernièrement notamment, la crise du Covid, la guerre en Ukraine, l’inflation et le changement climatique, selon l’économiste Abdelaaziz Ait Ali.

« On vit actuellement une situation où l’anormal devient normal » déclare la même source avant d’expliquer que « la situation de crise et l’incertitude deviendront les nouvelles normes, on doit donc s’adapter à ce contexte ». Il faut que les politiques publiques prennent en considération cette dimension de « perma-crise ».

Durant ces dernières années, l’économie mondiale a fait face à une fragmentation ou une déglobalisation. Il s’agit d’un phénomène qui est en train de s’installer et qui risque de créer des changements au niveau des chaines mondiales mais également locales, explique l’économiste. Face aux divers chocs subis, notamment géopolitique, l’économie mondiale fait toutefois preuve de résilience, « elle performe à des taux qui sont certes, inférieurs à la période pré-covid mais qui restent assez respectables et devraient rester aux alentours de 3% » affirme t-il.

A l’avenir, il faut rester vigilant par rapport à ce qui pourrait se passer, selon l’expert. La tendance internationale se traduira par une restructuration des principes économiques, « on se dirige par des relations économiques et financières fondées sur trois principes : la sécurité économique, l’inclusivité et la durabilité » conclut-il.

“Le nouveau sud est très bien représenté par un pays comme le Maroc“ (Karim El Aynaoui)

Dans une interview accordée à Médias24, le président exécutif du PCNS, Karim El Aynaoui, s’est arrêté sur plusieurs thématiques dont les attentes du continent, l’architecture financière internationale, ou encore sur la différence entre le sud global et le nouveau sud.

Voici l’essentiel de ses déclarations. L’intégralité de l’entretien est à visionner ci-dessous :

Financement plus élevé : principale attente du continent

À la question de savoir quelles sont les attentes du continent des institutions financières internationales, Karim El Aynaoui indique qu’elles sont “nombreuses mais assez précises”. “Au-delà des questions de voix et de représentation, qui font appel à des principes moraux”, l’idée est de connaître la représentation du “nombre d’administrateurs dont dispose l’Afrique aux conseils d’administration de ces institutions”.

”Ces conseils d’administration sont exécutifs. Ils sont très impliqués dans le management. Ils se réunissent au moins deux fois par semaine et passent les projets. C’est important. Ce ne sont pas des conseils d’administration distants du management”.

“Ce que demande l’Afrique c’est, en premier lieu, de rappeler que ces institutions sont légitimes, vues comme étant légitimes et utiles. À la fois la Banque mondiale sur le financement du développement, donc à long terme, et le Fonds monétaire international en tant que mécanisme d’assurance collective de gestion des crises”.

“Il n’y a pas de remise en question de ces institutions fondamentalement. Ce que nous défendons et ce que souhaite la plupart des pays africains sont des institutions plus fortes, plus larges, avec des capacités de financement, en particulier sur le long terme (…). Beaucoup de pays ont besoin de financement plus élevés donc il faut une banque mondiale plus musclée. Cela suppose des injections dans le capital, de faire grossir les institutions et donc que les principaux actionnaires – pays du G7 en premier, la Chine et l’Inde en particulier – augmentent leurs contributions”.

“Il en est de même pour le Fonds monétaire international : qu’il puisse financer davantage, en termes de gestion de crise, être plus actif dans la résolution des problèmes de dettes etc. ce qui suppose des éléments de dons également. Il y a, là aussi, une question de ressources”.

Interrogée sur l’apport des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale au vu du contexte géopolitique et géo-économique actuel, Karim El Aynaoui explique qu’il ne faut pas “attendre une révolution”.

“Ces réunions se tiennent, depuis des décennies, chaque année. Deux fois par an (…). Chaque année on prend le pouls de la croissance mondiale et on partage des appréciations. Il y a des rapports qui sont sortis à cette occasion notamment le World Economic Outlook du FMI qui donne les perspectives. Le message principal est un ralentissement de l’économie mondiale, une inflation qui reste assez élevée. En baisse, mais tout de même assez élevée”.

“Ces tensions géopolitiques affectent la globalisation et la mondialisation que l’on a longtemps cru comme étant heureuse avec une forme de convergence de tous les pays vers une ouverture au commerce”.

Sud global et nouveau sud : quelle différence ?

“Le sud global est un front anti-occident. Le groupement des BRICS, sous la houlette de ces grands émergents, en particulier la Russie – Chine accompagnés d’un certain nombre de pays qui viennent de rentrer dans les BRICS, propage un narratif anti-occident”.

“Le nouveau sud est très bien représenté par un pays comme le Maroc. Un pays de juste milieu qui veut coopérer avec tout le monde, avec ce sud global ou ce ‘vieux nord’ (…). Nous sommes un nouveau sud bien dans sa peau, à l’aise dans ce nouveau monde qui s’ouvre, décomplexé, avec de plus grands espaces que nous sommes en train de saisir”.

À la question de savoir comment les hauts organismes financiers globaux gèrent le fait d’être “bousculés” par ce “nouveau Sud”, Karim El Aynaoui a expliqué que, si cela “se ressent” davantage aujourd’hui, il s’agit “des caisses de résonance des rapports et des tensions géopolitiques globales qui existent depuis les années 1990 (…) Ces conséquences ont mis trente ans à vraiment se faire sentir dans l’ordre international, avec la montée en puissance de la Chine”.

L’ouvrage “Morocco’s quest for stronger and inclusive growth”, commenté par Oumaima Bourhriba

Cet ouvrage met en avant tous les facteurs sous-jacents de la résilience du Maroc et les réformes entreprises pour renforcer la résilience et l’inclusivité du pays, nous explique l’économiste qui a contribué à sa réalisation.

“Après les perturbations des années 80, il y eut le programme d’ajustement structurel des déséquilibres macroéconomiques du pays” rappelle t-elle.

“Durant ces trois dernières décennies, ce Maroc a témoigné d’une stabilité macroéconomique très importante et a renforcé sa résilience à travers une batterie de réformes” explique l’économiste avant de citer à titre d’exemples “ l’ouverture du pays à l’échelle internationale, les réformes pour renforcer et assurer l’indépendance de la banque centrale ainsi que le cadre de la surveillance financière et une amélioration de la gouvernance des administrations publiques”

Les autorités marocaines ont élaboré des réformes pour améliorer la sécurité sociale, le système éducatif et l’inclusion des jeunes et des femmes, même durant la pandémie du Covid-19, souligne-t-elle.

Ce livre trace tous ces facteurs et réformes avec pour objectif de donner des leçons aux pays en développement qui sont en quête de stabilité macro-économique.

L’économiste a contribué à cet ouvrage dans le cadre d’un chapitre dédié aux secteurs manufacturiers au Maroc pour tracer l’évolution de l’emploi à leurs niveaux à travers quatre facteurs : l’offre étrangère, la productivité, la demande étrangère et enfin, la demande domestique.

Séisme: 3 initiatives solidaires du Policy Center for the New South

Conscient de la dimension tragique des conséquences du séisme d’Al Haouz et animé par le devoir de solidarité nationale, le Policy Center for the New South, à travers l’ensemble de ses composantes, se mobilise autour des trois initiatives ci-après :

1- Stage-formation.

Une offre de stage-formation de six mois sera mise en place au profit de 30 étudiants en master, résidents ou ayant des ascendants résidents dans les provinces sinistrées. Ces stages leur permettront d’acquérir une expérience professionnelle et de formation au sein du Policy Center for the New South. Ce programme s’étalera sur une période de trois années et couvrira les principaux domaines de spécialisation du think-tank : recherche en économie et en relations internationales, intelligence économique et veille stratégique, communication et valorisation de la recherche, gestion de projet et de programme.

2- Programme d’immersion.

Ce programme sera mis en œuvre au profit des étudiants de licence, résidents ou ayant des ascendants résidents dans les provinces sinistrées pour acquérir des compétences dans l’organisation des activités du think-tank. Les bénéficiaires seront pris en charge et travailleront en étroite collaboration avec le personnel du Policy Center for the New South dans la réalisation de ses événements de haut niveau.

3- Expertise et travaux analytiques au service de l’Administration.

Le Policy Center for the New South met à la disposition des autorités et de l’Administration son expertise et ses réseaux, nationaux et internationaux, en matière d’analyse et de recherche. Cette démarche vise à soutenir activement les efforts de reconstruction.

Ces initiatives traduisent la mission du Policy Center for the New South, association reconnue d’utilité publique, qui est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales.

(Source: communiqué)