Bassin de Sakia El Hamra et Oued Eddahab : un plan en cours pour anticiper les pénuries d’eau

Face aux tensions croissantes sur les ressources hydriques, l’Agence du bassin hydraulique de Sakia El Hamra et Oued Eddahab (ABHSHOD) engage une nouvelle étape dans la planification de la gestion de la sécheresse. Un plan de gestion de la pénurie d’eau (PGPE) est en cours d’élaboration pour l’ensemble de la zone d’action de l’Agence, avec un budget alloué de 1,2 million de dirhams.

Ce travail s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de gestion intégrée des ressources en eau, conformément aux dispositions de la loi 36-15 relative à l’eau. Il vise à anticiper les situations de stress hydrique et à mettre en place des réponses opérationnelles adaptées, en particulier dans les régions les plus vulnérables.

Trois axes structurent l’étude en cours :

Le calendrier de mise en œuvre s’étale sur une période de 12 mois à compter du démarrage effectif des travaux, répartis comme suit : 5 mois pour la première phase, 3 mois pour la deuxième, et 4 mois pour la troisième.

Chute vertigineuse de la production de riz au Maroc

Contacté par Médias24, Me El Ghazouani a souligné que la baisse de la production nationale de riz est directement liée à la pénurie d’eau qui a frappé les principales zones rizicoles du pays. Face à cette crise, la suspension des droits de douane et des taxes sur le riz importé vise à garantir un approvisionnement suffisant et stable du marché local.

« L’industrie rizicole au Maroc connaît une rareté de la matière première, perturbant ainsi les processus essentiels à la transformation et à la production du riz. Afin de soutenir cette industrie et de garantir la stabilité des prix sur le marché local, l’importation du riz cargo devient une solution indispensable, en attendant des conditions climatiques plus favorables et des précipitations suffisantes », a ajouté la même source.

Le président de la FNIR a également noté que, « d’ordinaire, la culture du riz occupe entre 8.000 et 9.000 hectares, et peut atteindre certaines années 11.000 hectares pour satisfaire la demande nationale. Toutefois, la rareté des ressources en eau a réduit cette superficie de 85%, provoquant une chute vertigineuse de la production, qui est passée de 69.000 tonnes en moyenne à seulement 7.000 tonnes cette année. »

« Le riz importé provient non seulement de l’Inde et de la Thaïlande, mais également des États-Unis et d’Europe. L’essentiel pour nous reste la qualité du produit, tout en garantissant un meilleur prix », a-t-il conclu.

https://medias24.com/2024/12/26/suspension-des-droits-de-douane-et-de-la-tva-sur-limportation-de-50-000-tonnes-de-riz/

Avenir de l’agriculture et pénurie d’eau : voici les recommandations de l’IRES

Le rapport de l’IRES, portant sur l’avenir de l’agriculture et l’impact des politiques publiques face à la situation critique du capital hydrique au Maroc, n’a pas seulement pointé les dysfonctionnements, il a également formulé une panoplie de recommandations.

En voici les principales :

 

Agriculture en péril et pénurie d’eau : les politiques publiques y ont largement contribué (IRES)

La pénurie d’eau actuelle au Maroc est-elle principalement attribuable aux changements climatiques ? Quel impact les politiques publiques ont-elles eu dans cette conjoncture ? Ce sont les questions sur lesquelles un groupe d’experts de haut niveau s’est penché dans le rapport de l’IRES, publié le 27 mai 2024.

Le rapport propose une vue holistique de l’avenir de l’agriculture marocaine, en tenant compte du contexte de pénurie d’eau que traverse le pays qui, avec la récurrence des sécheresses ces dernières années, accompagnée de hausses inhabituelles des températures et de vents chauds, fait face à un défi majeur, celui de la gestion de ses ressources hydriques.

Ainsi, l’agriculture, secteur stratégique pour l’économie nationale depuis l’indépendance, est particulièrement touchée par cette crise. Le secteur agricole contribue jusqu’à 15% au PIB et accapare environ 28% de la main-d’œuvre totale, il joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire du pays, la stabilité des populations rurales et la lutte contre la pauvreté.

Étant donné que le secteur agricole consomme près de 85% des ressources en eau renouvelables du pays, sa vulnérabilité face à la rareté hydrique est devenue une préoccupation majeure. Par conséquent, la durabilité de l’agriculture et la préservation de la sécurité alimentaire sont désormais des enjeux prioritaires pour le Maroc.

Le taux de remplissage des barrages, indicateur clé de la disponibilité en eau, est alarmant ; il atteint 31,7% au moment de la rédaction de cet article. Cette situation exacerbe la volatilité, déjà élevée, de la productivité agricole.

Une année de sécheresse peut entraîner une baisse allant jusqu’à 70% de la productivité céréalière par rapport à une année normale. De nombreuses sources se sont taries et des nappes phréatiques sont menacées d’épuisement irréversible.

Medias24
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La menace n’est pas seulement climatique. Les politiques publiques y ont, elles aussi, largement contribué

Lancée dans les années 1960, la politique des barrages, qui visait à atteindre un million d’hectares irrigués en 2000, s’est concentrée sur l’augmentation de l’offre en eau, négligeant la gestion de la demande. Si cette politique a permis des avancées significatives en matière d’approvisionnement en eau potable, de production énergétique et de protection contre les inondations, elle a surtout encouragé une irrigation massive et non contrôlée.

Le pompage intensif des nappes phréatiques, accentué par les sécheresses des années 1980 et encouragé par les subventions du Fonds de développement agricole (1985), a atteint un niveau critique avec le Plan Maroc vert (2008). Ce plan a généreusement subventionné l’irrigation privée en goutte-à-goutte dans le cadre du Programme national d’économie en eau d’irrigation (PNEEI), sans discernement, contribuant ainsi à une surexploitation des ressources en eau.

Aujourd’hui, l’irrigation privée s’étend sur une superficie équivalente, voire supérieure, à celle des périmètres de grande et de petite et moyenne hydraulique. Cette expansion, opérée en dehors de tout contrôle ou régulation, met les nappes phréatiques dans un état critique sans précédent. Les politiques de subvention, appliquées uniformément sans considération pour les écosystèmes ou la disponibilité en eau, ont accentué cette pression.

Le sous-secteur du « bour », malgré son étendue et sa diversité (subhumide, semi-aride, aride et subdésertique), n’a pas été équitablement servi par les politiques publiques en comparaison avec le secteur irrigué.

Les déficits persistants de cohérence, d’intégration et de convergence des politiques publiques fragilisent la résilience et la durabilité du secteur agricole. Ces lacunes auraient pu être corrigées si les systèmes d’information étaient fiables et transparents, et si les politiques publiques étaient soumises à des évaluations rigoureuses et indépendantes.

Pour garantir un avenir durable à l’agriculture marocaine, il est impératif de changer de paradigme en optant pour un développement agricole intégré, arrimé au développement territorial. Seule une approche holistique et concertée permettra de surmonter les défis de la raréfaction de l’eau et des effets du changement climatique, assurant ainsi la pérennité de ce secteur vital pour le Royaume.

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Voici la liste des intervenants (par ordre alphabétique) :

Sous la direction de Mohammed Tawfik Mouline, directeur général de l’IRES

Liste des experts
AMEZIANE Tayeb
AMRI Ahmed
ARABA Abdellah
BELHADFA Hassan
BERRIGA Mohamed
BOUAZIZ Ahmed
BOUSLIKHANE Mohammed
CHERGAOUI Abdelaziz
DEBBAGH Abdelhafid
EL MAGHRAOUI Abdelaziz
EL HIMDY Badr
HAMMANI Ali
KADIRI Zakaria
KHATTABI Abdellatif
LAMRANI Hassan
LARAICHI Abdelilah
LAYACHI Najib
MOUDDENE Mohammed
MZOURI El Houcine
OMARY Noureddine
OUATTAR Said
SAFINE Mouloud
SERGHINI Hassan
SOUAFI Mohammed
WAKRIM Mohamed
Feu YACOUBI Mohamed
ZAGDOUNI Larbi
ZAROUK Amine

Liste des membres de l’IRES
Aida BENSARI
Issam LOTFI
Narjiss SATOUR

Les hammams ouvriront tous les jours pendant le mois de Ramadan

Les propriétaires de hammams de plusieurs villes du Royaume ont reçu des directives verbales les autorisant à ouvrir leurs établissements au grand public pendant le mois de ramadan, en attendant une note officielle, indique une source professionnelle jointe par Médias24.

Selon cette même source, les professionnels espèrent que les récentes précipitations survenues dans le pays inciteront les autorités à reconsidérer leur position sur la fermeture, qui a des répercussions néfastes sur les professionnels du secteur.

Pour rappel, plusieurs wilayas ont émis en janvier dernier des directives visant à rationaliser la consommation d’eau potable en interdisant les activités des hammams les lundi, mardi et mercredi de chaque semaine.

Nouvelles mesures restrictives pour rationaliser la consommation d’eau dans plusieurs villes au Maroc

À Agadir comme à Casablanca, ainsi que dans d’autres villes, une série de mesures ont été décrétées sur décision des gouverneurs.

Parmi ces mesures :

– interdiction de laver les véhicules tous les lundis, mardis et mercredis, avec l’interdiction absolue d’utiliser l’eau potable pour cette activité ;

– fermeture des douches publiques et des hammams ces mêmes jours  (lundi, mardi et mercredi) et usage de moyens d’économie d’eau durant les trois jours restants ;

– interdiction de planter des cultures aquavores, en concertation avec le département de l’Agriculture ;

– interdiction d’arroser les golfs, espaces verts et jardins avec de l’eau potable ;

– interdiction de nettoyer les voies et les places publiques à l’eau ;

– interdiction de remplir les piscines publiques et privées plus d’une fois par an.

Dans une circulaire émise le 26 décembre dernier, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit a demandé de mettre en œuvre plusieurs dispositions pour prévenir une pénurie d’eau.

Comment la technologie peut pallier la pénurie d’eau : la réponse d’Amine Zerouk

Lorsque les ressources en eau se raréfient et les dotations agricoles à partir des barrages se réduisent comme peau de chagrin, chaque litre d’eau économisé est capital. D’où l’intérêt de s’appuyer sur la technologie pour gérer au mieux les ressources en eau à disposition des agriculteurs. 

C’est d’ailleurs le cœur de la solution proposée par Arwa solutions. « Arwa Feedback utilise l’internet des objets (IOT) afin de déterminer la quantité d’eau requise en vue d’un épanouissement optimal de la plante, mais aussi pour détecter les pertes d’eau ou les fuites à colmater », indique à Médias24, Amine Zarouk, président fondateur de la start-up marocaine Arwa solutions.

Cette solution repose sur un réseau d’objets et de terminaux connectés, équipés de capteurs leur permettant de transmettre et de recevoir des données entre eux et avec d’autres systèmes. Si l’IOT est d’ores et déjà utilisé dans l’industrie, un bel avenir s’offre à lui dans le secteur agricole. 

La solution Arwa Feedback repose sur un réseau d’objets et de terminaux connectés.

Un rapport journalier généré sur smartphone 

L’un des services proposé par la start-up consiste en un système de feed-back. Un tableau de bord qui permet, grâce à des capteurs, de suivre en temps réel l’état hydrique de l’exploitation (stress/confort/excès) et de calculer les durées d’irrigation ainsi que la quantité d’eau consommée par secteur.

« Un rapport journalier est généré, suivi d’alertes sur le smartphone de l’agriculteur en cas de stress ou d’excès d’irrigation, de fuite ou de bouchage au niveau du réseau », assure Amine Zarouk. « Dans la version Pro, un module de personnalisation du tableau de bord et des alertes est proposé », ajoute-t-il, précisant qu’une solution Arwa Smart Irrigation est en cours de développement. Elle permettra de lancer, planifier ou arrêter le système d’irrigation. 

En termes d’irrigation, cette solution permet de faire des économies substantielles qui varient de 50% à 70%, selon la plante cultivée, la nature du sol, mais aussi les habitudes d’irrigation des agriculteurs, affirme notre interlocuteur. « Certains ont l’habitude d’irriguer leurs cultures plus qu’il n’en faut. Dans ce cas, nous avons constaté une économie de 70% », souligne notre interlocuteur. 

Destinée entre autres aux agriculteurs qui possèdent de petites ou moyennes surfaces, Arwa Feedback est présentée comme une solution low cost, dont une centaine d’appareils ont été produits jusqu’à présent. « Nous avons deux types de modèle économique. Soit la vente, soit la location. S’agissant de la vente pour un usage optimal, le coût à l’hectare est déterminé par secteur. Pour un secteur de 5 ha, le coût à l’hectare est de 4.000 DH », précise Amine Zarouk. 

Une installation facile et extensible

Pour ce qui est de l’installation, « c’est un processus facile et extensible ». La solution peut se greffer à n’importe quel système d’irrigation. « Du moment qu’il y a un réseau d’irrigation, notre solution peut être installée. Nous évaluons la pression du réseau d’irrigation, mais nous réussissons également à détecter l’humidité au niveau du système racinaire », affirme Amine Zarouk.

Une démonstration lors du Salon international de l’agriculture à Meknès.

La firme marocaine a d’ailleurs eu la bonne idée de déployer un système d’irrigation plus vrai que nature, pour irriguer une parcelle d’avocatiers, lors du Salon international de l’agriculture à Meknès.

« Il est vrai que l’avocat a une réputation de culture qui consomme beaucoup d’eau, raison pour laquelle nous avons réalisé des démonstrations lors du SIAM sur des plants d’avocat pour prouver l’efficacité de notre technologie », indique Amine Zarouk.  

« L’idée est de démontrer qu’avant d’interdire la culture de l’avocat, il serait plus intéressant d’explorer des solutions innovantes en termes de brumisation afin d’humidifier l’air et éviter à la plante de perdre beaucoup d’eau. Sans oublier le système d’irrigation monitoré. »

Par ailleurs, « tous nos produits et solutions sont 100% marocains et utilisent des technologies de pointe pour répondre aux enjeux de l’agriculture d’aujourd’hui. Ce qui nous permet d’optimiser le coût, notamment sur le hardware en produisant en grande quantité », conclut notre interlocuteur.  

Stress hydrique : les ambitions agricoles du Maroc appelées à être revues à la baisse (experts)

« Le Maroc subit actuellement une sécheresse qu’il n’avait pas connue depuis environ 40 ans », a alerté Charafat Afilal, ancienne ministre déléguée auprès du ministre de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement, également ancienne responsable de l’ONEP (Office national de l’électricité et de l’eau potable – branche eau), ayant pris part au débat.

La sécheresse touche les grandes villes du Maroc

« La sécheresse touche non seulement les endroits reculés, mais aussi des villes au cœur du développement du pays, telles que Casablanca, Rabat, Oujda, Agadir et Marrakech. »

« Le déficit enregistré en termes de précipitations est conséquent, atteignant jusqu’à 80% dans certaines régions. Le taux de remplissage des barrages se situe actuellement autour de 26% dans les grands aménagements hydrauliques qui desservent l’eau à différents usages. »

« Certains barrages, notamment celui d’El Massira, deuxième grand barrage du Royaume après celui d’El Wahda, sont remplis à hauteur de 6% à peine », s’inquiète Charafat Afilal, regrettant que « le sujet de l’eau, au Maroc, ne soit au centre des débats que lorsque l’on passe par une période de sècheresse ».

« Cette situation n’est cependant pas propre au Royaume », nuance l’ancienne ministre, rappelant qu’elle est « généralisée à tout le pourtour méditerranéen ».

« C’est une situation critique et inquiétante, que les pouvoirs publics essaient de gérer moyennant le transfert de l’eau entre les bassins hydrauliques, la connexion entre les systèmes d’approvisionnement existants comme à Casablanca (connexion entre la zone sud et nord de la métropole), le pompage des lacs dans certains barrages, étant donné que l’eau qui y est disponible se situe en-dessous du niveau de pompage, comme c’est le cas au niveau du barrage d’El Massira, ou encore le renforcement de la mobilisation des eaux souterraines qui se trouvent dans une situation de surexploitation très alarmante ; le but principal étant d’atténuer le risque sur les grandes villes. »

« Il faut revoir à la baisse nos ambitions agricoles »

Mohamed Taher Srairi, professeur à l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) Hassan II, a pour sa part pointé du doigt la stratégie Generation Green.

« Le Maroc a toujours été un pays semi-aride. La stratégie Generation Green, mise en place par le ministère de l’Agriculture pour développer le secteur agricole, « est forte consommatrice d’eau. Le goutte-à-goutte n’a jamais été une solution face à la sécheresse. C’est, au contraire, ce qui nous a conduits à la catastrophe. Le gouvernement a installé des cultures qui nécessitent énormément d’eau, comme celle de l’avocatier. Pour en produire, nous avons besoin de 1.600 mm/an, alors qu’au Maroc, dans les meilleurs endroits comme le Gharb, les précipitations varient entre 400 et 600 mm/an. Les décideurs sont donc en train d’installer des arbres qui consomment deux fois la quantité d’eau dont nous disposons. »

Et d’ajouter : « Le secteur agricole consomme 85% des eaux disponibles annuellement. Il faut donc revoir à la baisse nos ambitions agricoles. Nous sommes certes devenus une puissance agricole, mais pour cela, des nappes phréatiques ont été entièrement saccagées, telles que celle de Berrechid. »

« Nous avons atteint nos limites écologiques. Nous ne pouvons pas aller plus loin. Le grand capital se retrouve face à la limite écologique, qui lui impose de revenir en arrière. Et le changement climatique vient à peine de commencer. »

Concernant l’eau potable, Mohamed Taher Srairi a relevé qu’au « début des années 1960, nous disposions de 2.000 m3 d’eau renouvelable par habitant et par an. Ce chiffre est tombé à 600 m3/hab/an. La quantité d’eau par habitant et par an a donc été divisée par près de quatre ».

« Le mode de gouvernance doit s’adapter au dérèglement climatique »

Charafat Afilal et Mohamed Taher Srairi sont aussi revenus sur les principales causes de la réduction des ressources en eau au Maroc. « Cette situation est principalement due au dérèglement climatique », estime Charafat Afilal. « Il faut pousser les décideurs à revoir les modes de développement, de gouvernance et de consommation dans le pays, qui pourraient être des vecteurs d’adaptation au dérèglement climatique. »

« Ce qui se passe actuellement au niveau géostratégique ne rassure pas non plus. La guerre russo-ukrainienne pousse plusieurs pays à se rabattre sur les énergies fossiles, susceptibles d’accélérer le dérèglement climatique », a-t-elle ajouté.

Charafat Afilal a aussi évoqué la stratégie marocaine du secteur agricole. « La moyenne internationale de la dotation en eau destinée au secteur agricole est de 75%. Au Maroc, nous sommes à 85%. Il faut donc revoir le mode de développement agricole. Il faut développer selon notre capacité. Ce sont des choix de politique publique qui ont conduit le pays à la situation de sécheresse actuelle. »

« Nous ne sommes pas obligés de développer des régions en encourageant des cultures consommatrices d’eau, telles que la pastèque et le dattier, et ainsi laisser la population assoiffée. C’est une question de justice sociale », a-t-elle poursuivi.

En outre, « 55% de l’eau dans notre pays est perdue dans les canalisations ou lors des vols. Au Maroc, on peut parler de tout aux décideurs sauf de la réalisation d’infrastructures hydrauliques ou de la réhabilitation de celles déjà existantes. Ils veulent créer de l’emploi et développer le pays sans se soucier des pertes hydriques ».

« Le facteur temps est un facteur clé dans le secteur de l’eau. Une minute de retard se paie très cher, que ce soit dans la gestion de la demande ou de l’offre », a souligné Charafat Afilal.

Mohamed Taher Srairi confirme : « L’agriculture au Maroc, ce n’est pas seulement l’irrigation. La surface irriguée représente à peine 15%, contre 85% pour le bour. Avec le réchauffement climatique, ce qui est pluvial va subir encore plus de dégâts. C’est sur ce volet qu’il y a des choses à faire. »

« A titre d’exemple, nous sommes déjà en train de perdre un patrimoine agrumicole dans lequel le pays a investi beaucoup d’argent. Les arbres sont actuellement en train de mourir parce qu’on n’a plus d’eau pour les arroser. Pire, dans certaines régions, les agriculteurs sont en train d’en arracher des centaines. »

L’enseignant-chercheur pointe aussi du doigt le manque d’innovation. « Les villes marocaines sont chaudes parce que leurs concepteurs ne font que copier des plans de pays étrangers. Nous avons un autre climat. On ne peut pas copier les plans de la ville de Paris par exemple. Nous devons mettre en place des plans adaptés aux besoins de notre pays. »

Le prix de l’eau reste dérisoire au Maroc

Le prix de l’eau est une autre problématique évoquée par les experts. Selon Charafat Afilal, « le prix de l’eau est dérisoire au Maroc. Il arrive parfois que l’on paie l’eau deux centimes le mètre cube pour une culture destinée à l’export. Et dans la majorité des cas, cette redevance n’est pas payée ».

« Dans la région du Souss par exemple, 1.200 grands exploitants agricoles ne paient pas les redevances d’eau. La question du coût de l’eau doit donc être abordée dans les débats publics pour trouver des solutions réglementaires. »

« Sur le plan législatif, on est pionniers. Mais le secteur de l’eau est assez complexe, avec une multitude d’intervenants, ce qui rend difficile à appliquer tout ce qui a été mis en place. »

« A mon avis, les décideurs doivent revoir certains choix et les investissements de certains barrages pour investir dans le dessalement et encourager la réutilisation ou le recyclage de l’eau », conclut Charafat Afilal.

65e édition du Congrès mondial des étudiants en agriculture, du 24 juillet au 7 août

L’Association internationale des étudiants en agriculture et sciences connexes (IAAS) organise, du 24 juillet au 7 août, la 65e édition du Congrès mondial des étudiants en agriculture.

La cérémonie d’ouverture aura lieu à l’Institut agronomique et vétérinaire (IAV) Hassan II à Rabat, indique un communiqué conjoint de l’IAAS et de l’IAV.

Elle devrait connaître la présence du ministre de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, de scientifiques et de responsables marocains, en sus des représentants des corps diplomatiques des pays membres de l’association accrédités au Maroc, poursuit la même source.

Placée sous le thème « La pénurie de l’eau et ses effets sur la sécurité alimentaire », cette édition se déroulera également à Casablanca et Marrakech.

Le congrès abordera la pénurie de l’eau sous différents angles à travers des conférences et des workshops. Il sera procédé à la publication de décisions sur les orientations de l’association, à un vote sur la structure de son bureau et à l’approbation de son règlement intérieur.

Fondée en 1957, l’IAAS compte plus de 10.000 membres répartis dans une cinquantaine de pays membres.

En Algérie, l’insuffisance des pluies laisse planer le risque d’une pénurie d’eau

Les Algérois en ont assez. Des habitants de la capitale algérienne ont récemment manifesté leur mécontentement, à la suite des coupures d’eau potable imposées depuis le printemps dernier par les autorités locales, indique le site d’information algérien TSA.

Selon ce site, « des quartiers entiers de la capitale sont privés d’eau potable pendant une bonne partie de la journée. A Reghaia par exemple, les habitants sont parfois obligés de se lever de nuit pour remplir les jerricans d’eau. Dans la journée, les robinets restent à sec. A Bouzareah et les autres quartiers situés sur les hauteurs de la capitale, la mairie d’Alger-centre a annoncé hier [mercredi 25 juin, ndlr] la mise en place d’un dispositif de citernage pour venir en aide aux populations ».

Un déficit en eau « assez conséquent, pratiquement chronique »

Jeudi 24 juin, la wilaya d’Alger a également annoncé sa décision de réduire « partiellement et provisoirement » l’activité des stations de lavage de voitures. Grandes consommatrices d’eau, les stations de lavage sont désormais autorisées à ouvrir uniquement les week-ends et un jour sur deux pendant la semaine.

Le même jour, un planning pour l’alimentation en eau potable de la wilaya d’Alger a aussi été dévoilé. Il entre en vigueur ce samedi 26 juin et répartit les 57 communes de la wilaya en trois catégories. Chacune se verra appliquer un système d’approvisionnement en eau différent, selon le site Algérie-Eco. Le wali d’Alger a expliqué que ce plan de rationnement d’alimentation en eau potable a été structuré, de manière à distribuer l’eau la journée et à reconstituer les stocks la nuit. « Nous arrêtons la distribution de l’eau à partir de 18H jusqu’à 6H du matin, pour pouvoir reconstituer le stockage au niveau des réservoirs », a-t-il déclaré.

A l’origine de ces restrictions, « un déficit en approvisionnement assez conséquent, pratiquement chronique », selon le wali d’Alger. « Les années passées, nous étions dans la disponibilité parce que les eaux souterraines étaient très importantes et que nos barrages étaient pratiquement pleins. Aujourd’hui, nos barrages sont en forte diminution et nos apports en eaux superficielles ont fortement diminué ; elles ont chuté de 500.000 m3 d’eau/jour à 170.000 m3/jour », a encore déclaré le wali.

Une réduction drastique imputée « à la faible pluviométrie qu’on enregistre depuis trois ans maintenant, ce qui a empêché nos barrages de se reconstituer rapidement », a-t-il précisé.

Bientôt de nouvelles stations de dessalement et de nouveaux forages ?

La wilaya d’Alger n’est pas la seule concernée par cette réduction drastique de la disponibilité en eau potable. Selon le magazine Jeune Afrique, une vingtaine de wilayas se trouvent actuellement en état de stress hydrique. « Nous cumulons les déficits en matière de pluviométrie. Les deux dernières années hydrologiques ont été toutes deux déficitaires de 30 % », explique à l’hebdomadaire Malek Abdesselam, docteur en hydrogéologie, qui consigne quotidiennement les précipitations à l’échelle nationale.

Fin mars dernier, le taux de remplissage des barrages n’était que de 44%, selon l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT). Alors que faire pour pallier cet inquiétant déficit en eau ? Le wali d’Alger a assuré que cette situation n’était que « passagère et conjoncturelle », promettant la mise en place d’« autres alternatives et solutions », parmi lesquelles le recours à la construction de nouvelles stations de dessalement et la réalisation de nouveaux forages.

A l’échelle nationale, le ministre des Ressources en eau, Mustapha Kamel Mihoubi, a fait savoir que l’État envisageait de renforcer le dispositif de dessalement de l’eau de mer, selon Jeune Afrique. L’objectif est de porter les capacités nationales (561 millions de m3 par an) à 2 milliards de m3 d’ici 2024. Une solution chronophage qui risque de contraindre encore longtemps les Algériens à avoir recours à des systèmes de débrouillardise.