Rupture de médicaments dans les hôpitaux : un budget disponible mais une gestion défaillante et archaïque

La problématique de rupture des médicaments existe depuis toujours pour des raisons de production ou de logique notamment, mais elle s’est accentuée depuis la pandémie du Covid-19. Il s’agit d’ailleurs de l’une des principales problématiques du secteur de la santé, dont les raisons n’ont jamais été dévoilées officiellement par le ministère de la Santé.

Le 1ᵉʳ octobre dernier, en commission des secteurs sociaux au Parlement, le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, a reconnu que la majorité des ruptures enregistrées dans les établissements de santé du pays sont dues à une gestion déficiente des médicaments.

Un système de gestion archaïque

« La situation est très contrastée », a-t-il expliqué. « Certains hôpitaux parviennent à assurer un approvisionnement régulier tout au long de l’année, tandis que d’autres connaissent des pénuries persistantes. Les causes de cette situation sont multiples. Dans certains cas, ce sont des marchés publics lancés depuis plusieurs années sans suite, dans d’autres, il s’agit d’établissements dépourvus de budget. D’autres établissements ou directions régionales n’ont simplement pas la capacité à gérer l’achat des médicaments ».

Selon le ministre, « bien que l’autonomie ait été accordée aux structures sanitaires pour leurs achats de médicaments, la majorité revient vers le ministère afin qu’il passe les commandes via la pharmacie centrale du pays. Or, cette dernière, malgré ses efforts, fonctionne encore avec un système dépassé, incapable de gérer rapidement les besoins de près de 200 hôpitaux et de 3.000 centres de santé ».

« Un budget annuel de 3,6 milliards de dirhams (MMDH) est mobilisé dans ce sens, mais près de 22% des médicaments connaissent des ruptures, et 6,5% périment faute d’un système informatique ou d’information permettant de suivre les dates de validité ».

« Les pénuries dues à la production ou à la logistique sont faibles »

Amine Tahraoui souligne que « les véritables pénuries dues à la production ou à la logistique internationale représentent une faible proportion du problème au Maroc. La principale difficulté réside dans la gestion nationale. Nous souffrons d’une anticipation insuffisante, de procédures lourdes et surtout d’un manque de traçabilité. La problématique s’est accentuée davantage avec le lancement de l’AMO, la consommation de médicaments ayant significativement augmenté ».

À titre d’exemple, « lorsqu’un médicament sort de la Pharmacie centrale, il n’existe aucun mécanisme fiable pour savoir s’il est arrivé à destination et s’il a été effectivement utilisé par l’établissement. Le ministère n’a aucun moyen de s’assurer que le médicament envoyé à un centre de santé est bien arrivé, ou s’il est utilisé. Il nous est arrivé d’ouvrir des placards de certains établissements de santé et de trouver plusieurs cartons de médicaments déclarés en rupture périmés, parce qu’il n’y a aucun système informatique qui permet d’effectuer le suivi des médicaments disponibles, ceux commandés et ceux utilisés ».

Des mesures urgentes ont été prises pour renforcer la distribution vers les provinces, mais le ministre admet que cette approche reste conjoncturelle et doit céder la place à un système moderne, garantissant une gestion efficace, transparente et anticipative du circuit du médicament.

Un projet spécifique est en cours d’accélération, en dehors même de la réforme globale du secteur, pour répondre à cet enjeu prioritaire. Il s’agit du projet de décret sur les médicaments.

Consultez notre dossier sur la présentation faite le 1er octobre en Commission des secteurs sociaux par le ministre de la Santé

Les pédiatres alertent sur une pénurie de médicaments vitaux pour les enfants

Dans une lettre adressée au ministre de la Santé et de la protection sociale, consultée par Médias24, le président de la Société marocaine de pédiatrie (SMP) souligne que cette pénurie, qui dure depuis plusieurs mois, concerne des traitements indispensables pour gérer des pathologies graves et des situations critiques.

« Ces médicaments, qui peuvent parfois représenter la seule option thérapeutique, sont souvent utilisés dans des situations critiques en réanimation pédiatrique. Leur absence sur le marché expose nos jeunes patients à des risques considérables, notamment des complications graves, des séquelles irréversibles, et, dans les cas les plus tragiques, à une augmentation de la mortalité infantile », souligne le communiqué.

Le président de la SMP décrit cette situation comme « insoutenable » pour les professionnels de santé. « Il est extrêmement difficile, voire parfois impossible, de prodiguer des soins de qualité lorsque les traitements de première nécessité font défaut », insiste-t-il.

La SMP énumère une liste de médicaments actuellement indisponibles et leurs usages critiques :

La SMP alerte sur les « répercussions potentiellement désastreuses de cette pénurie sur la santé publique, notamment sur les enfants, qui représentent l’avenir du pays ». Elle appelle à une intervention immédiate pour garantir la disponibilité de ces traitements vitaux et prévenir une aggravation de la situation.

« Il est impératif que des solutions urgentes soient mises en œuvre pour garantir un accès stable et continu à ces produits », plaide la Société marocaine de pédiatrie.

La SMP demande au ministre de la Santé de « prioriser la disponibilité de ces médicaments sur le marché marocain » et se dit prête à collaborer pour identifier les besoins prioritaires et trouver des solutions durables.

Médicaments : les raisons derrière les ruptures et les mesures mises en place pour y faire face

Une série de rencontres a récemment été lancée par la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) avec les représentants de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP), de l’Association marocaine du médicament générique (AMMG) et du Conseil de l’ordre des pharmaciens fabricants et répartiteurs (COPFR).

Ces réunions ont principalement porté sur la nécessité de garantir la disponibilité du médicament au Maroc, à travers le développement d’un système de surveillance pour garantir la sécurité et l’efficacité des médicaments, et la mise en place de solutions urgentes pour pallier la problématique des ruptures de certains médicaments essentiels.

Les fournisseurs ont changé de mode opératoire

Contactées par Médias24, deux sources ayant pris part aux rencontres organisées jusqu’à présent nous expliquent que la rupture des stocks de certains médicaments est principalement due à la matière première qui fait l’objet d’une tension mondiale, mais aussi à certains laboratoires étrangers qui ne tiennent pas leurs engagements vis-à-vis du Maroc.

« Ce phénomène est mondial. Rien que ce week-end, des grèves ont eu lieu en France en raison des ruptures de stocks en pharmacie. Les gens n’arrivent même pas à trouver de l’Augmentin ni ses génériques par exemple », nous déclare l’un de nos interlocuteurs.

« Des médicaments essentiels sont également en rupture. Cela signifie qu’il y a, et à l’échelle mondiale, une tension sur les matières premières », ajoute notre source. « Ces tensions sont dues au fait que les fournisseurs travaillent avec des stocks tendus. Ils ne stockent plus la matière première. Nos commandes sont fabriquées à la demande par les fournisseurs, eux-mêmes tenus par des fonds d’investissement qui les obligent à réduire au maximum leur stock de sécurité », poursuit-il.

« Les utilisateurs sont donc contraints de surstocker plutôt que de se constituer un petit stock et de se dire que, dans deux ou trois mois, ils recevront leur nouvelle commande. Le mode de fonctionnement des fabricants a changé. Les utilisateurs passent aujourd’hui leurs commandes et attendent qu’elles soient fabriquées. »

Les médicaments qui manquent au Maroc sont souvent importés

« Au Maroc, nous dépendons à 100% des matières premières importées » dans le secteur pharmaceutique. « Nous subissons donc de plein fouet cette nouvelle façon de gérer les stocks, notamment ceux des principes actifs, des excipients et de l’aluminium, ainsi que le packaging. Il suffit qu’un seul article nous manque pour que l’on ne puisse pas fabriquer un médicament », précise l’une de nos sources.

« Au Maroc, on estime cependant que l’on est moins exposés [à ce risque de rupture] que d’autres pays car nous avons beaucoup de génériques. Rien que pour l’Augmentin, au moins 14 ou 15 génériques existent chez nous. Si le médicament initial n’est pas disponible, on trouvera le second. Notre médecin pourra aussi nous en prescrire un autre », explique-t-elle.

Et de poursuivre : « Certes, il y a parfois des médicaments qui manquent, mais ce sont souvent des médicaments importés. C’est dû au fait que certains laboratoires exportateurs ne veulent pas nous livrer parce qu’ils trouvent que les prix au Royaume sont trop bas et que le marché marocain est étroit. Cela signifie que s’ils trouvent un marché plus intéressant, ils refuseront de livrer le Maroc, privilégiant ainsi les marchés où la marge est plus élevée. Tous les laboratoires ne fonctionnent pas ainsi heureusement, mais certains − dont on dépend −, oui. Les fabricants marocains essaient donc d’aller chercher la même molécule ailleurs pour commencer à la fabriquer au Maroc et ne plus dépendre de ces laboratoires-là. »

Un constat confirmé par notre autre source, qui nous explique que la rupture de certains médicaments est due, entre autres, à des laboratoires qui ne tiennent pas leurs engagements en termes de livraison des matières premières, en dehors de la tension mondiale sur ces dernières.

Exonération de TVA : l’opération s’est bien déroulée, tous les médicaments ont été réétiquetés

Des rumeurs ont par ailleurs circulé ces derniers mois selon lesquelles la rupture des médicaments dans les pharmacies au Maroc est due à l’opération de ré-étiquetage après l’exonération de TVA.

« L’opération a été très bien gérée par tout le monde », explique notre première source. « Le passage s’est bien déroulé. Il y a eu une petite perturbation, ce qui est tout à fait normal, mais à présent, tout est rentré dans l’ordre. »

Les médicaments sont donc à présent réétiquetés avec les nouveaux prix. « Un laboratoire ne peut pas générer lui-même une rupture de stock ; c’est un manque à gagner pour lui, du chiffre d’affaires en moins. Donc s’il peut tout de suite le compenser, il le fera. Nous avons les machines, les compétences et les ressources nécessaires », poursuit notre source.

Plus de visibilité pour éviter les ruptures répétitives

Pour faire face à cette problématique, « le ministère de la Santé nous a sensibilisés », nous fait savoir l’un de nos interlocuteurs. « Il nous a réunis et nous a dit qu’il allait falloir assurer le stock de sécurité et se prémunir contre d’éventuelles ruptures ».

« Si l’on a l’habitude d’assurer trois mois de stock, il va désormais falloir en assurer six. Si l’on constate des tensions sur des matières premières, il va falloir qu’on les stocke pour éviter une pénurie, ne serait-ce que pour les produits essentiels. »

« Nous sommes également dans l’obligation d’aviser le ministère sur les produits en rupture à l’international et lui donner de la visibilité quant à la date de retour en stock pour qu’il puisse, à son tour, aviser les professionnels de santé. Nous avisons également les médecins et les prescripteurs pour qu’ils puissent opérer des changements au niveau des médicaments prescrits et utiliser des molécules similaires. Il faut donc que l’information circule. »

« Il faut aussi distinguer deux types de ruptures : d’abord celles qui sont vraiment à court terme et durent deux à trois semaines avant un nouveau réapprovisionnement. Ce n’est donc qu’une question de temps. En revanche, il y a des produits dont la rupture est très longue et répétitive. Sur ces derniers, les laboratoires ont décidé d’essayer de trouver rapidement d’autres sources d’approvisionnement pour répondre au besoin du marché. Pour faciliter cette opération, le ministère de la Santé s’est engagé à accélérer les AMM [autorisations de mise sur le marché, ndlr] lorsque les produits sont en rupture en permanence et qu’un autre laboratoire les ramènera. L’opération passe donc rapidement en fast-track pour combler le vide sur le marché national », conclut notre interlocuteur.

Médicaments en rupture: Voici comment les importer de l’étranger à titre privé

Plusieurs médicaments sont en rupture dans les pharmacies, notamment la vitamine K pour les nouveau-nés (Konakion MM Paediatric), ou souvent en pénurie, comme le Sintrom, utilisé par les patients atteints de cardiopathies.

Les personnes habituées à s’en procurer des pays étrangers peuvent toujours le faire, notamment à travers La Poste ou le groupe DHL, même dans le contexte actuel de pandémie. 

A travers La Poste  

Jointe par Médias 24, Poste Maroc nous explique que « la crise actuelle a réduit la capacité des réseaux postaux dans de nombreux pays touchés par le covid-19 d’une part, et a été à l’origine de la suspension des vols commerciaux de plusieurs compagnies aériennes, d’autre part. Seules certaines compagnies continuent à assurer des vols cargo (Fret) et ce, de manière limitée et à des fréquences irrégulières ».

« La réception des petits paquets importés, dans le cadre de l’activité courrier, est donc tributaire de la desserte et de la fréquence des vols des compagnies à partir des pays expéditeurs. Malgré cela, nous recevons ce type d’envois ».

« Barid Al-Maghrib assure toujours et d’une façon journalière, le traitement, l’acheminement et la distribution des petits paquets au niveau national tout en respectant les mesures de sécurité instaurées par le ministère de la Santé ».

« Quant à l’activité colis, le centre national de dédouanement postal reste pleinement opérationnel durant l’état d’urgence sanitaire, et nous traitons et présentons l’ensemble des colis postaux en provenance de l’international pour leur dédouanement avant de procéder à leur acheminement pour distribution au niveau national », ajoute notre source.

« Pour les médicaments, nous tenons à signaler que le transport de ce type de produits nécessite des autorisations particulières, exigées par les autorités douanières et le ministère de la Santé. Ils sont ainsi réinjectés dans le circuit postal national, une fois contrôlés par les services douaniers. »

Livraison en 48/72h par DHL

Pour sa part, le Groupe DHL, spécialisé en transport et logistique, a annoncé le 12 mai dans un communiqué que « son réseau reste entièrement opérationnel pour les expéditions en provenance et à destination du Royaume ».  

Il explique à Médias 24 que « les particuliers doivent disposer d’une ordonnance pour importer leurs médicaments des pays étrangers ».

« Les médicaments sont livrés dans un délai de 48 à 72h, selon le pays en question », ajoute notre source.

« Quant aux tarifs, ils sont calculés en fonction de plusieurs critères, notamment le pays de provenance et le poids ». 

La Douane exige une ordonnance pour les particuliers

Un haut responsable au sein de l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII), contacté par nos soins, nous a confié que « pour un particulier, s’il a une ordonnance, il n’y a pas de problème. Sans ordonnance, ce n’est pas possible, sauf s’il s’agit d’un médicament bénin et banal.

« Les Marocains reçoivent tous les jours des traitements de l’étranger. Il ne faut pas que ce soit à but commercial, uniquement pour le traitement d’un particulier ».

« Il n’y a pas de quantité à ne pas dépasser (il n’y a pas de limites dans nos textes). Mais en général, lorsqu’on a un traitement de trois ou six mois, il ne s’agit que de quelques boîtes. Il faut que ce soit logique, cohérent, tout simplement », ajoute notre source.
Selon des témoignages recueillis par nos soins, une copie d’ordonnance de médecin doit être glissée dans le paquet avec le médicament et il n’y a pas de problème.

Oulmès : le résultat net en progression en 2013

Cette performance est principalement portée par la bonne tenue de l'activité et des investissements industriels performants, explique la filiale du groupe Holmarcom (Holding marocaine commerciale et financière) dans un communiqué financier, publié sur le site internet de la Bourse de Casablanca.

Le chiffre d'affaires de la société également en amélioration de 8,4% a totalisé 1,2 MMDH, au même titre que la valeur ajoutée qui s'est appréciée de 17,9% à 503 MDH, contre 426 MDH une année auparavant.

De même, la marge nette a évolué de 0,7 point, passant de 5,8% à 6,5% en 2013, tandis que le résultat d'exploitation en évolution de 25%, s'est pour sa part élevé à 144 MDH, contre 115 MDH en 2012.

Afin de répondre à la demande des consommateurs, explique la société, de nouvelles références sont venus compléter le portfolio produit d'Oulmès en 2013 en l'occurrence Sidi Ali verre 50 cl, Ain Atlas PET 33 cl, Oulmès PET 33 cl, Bahia PET 60 cl et Bahia PET 175 cl.

Côté perspectives, l'accent a été mis sur la mise en œuvre, courant 2014, d'une seconde plateforme logistique au Nord de Casablanca afin de dessertir davantage cette zone tout en optimisant les coûts logistiques.

Au niveau de l'activité, l'innovation sera au rendez-vous avec le lancement de nouveaux produits qui devront contribuer à la progression tant du chiffre d'affaires que des résultats de l'entreprise.

Par ailleurs, le conseil d'administration a décidé de proposer à l'assemblée générale annuelle fixée pour le 27 mai prochain, la distribution d'un dividende de 35 DH par action, soit 40% de plus que l'exercice précédent.