Pétrole. En 2026, l’offre excédentaire devrait contenir le baril autour de 60 dollars
Selon un sondage Reuters mené auprès de 35 économistes et analystes, les prix du pétrole devraient se maintenir autour de 60 dollars le baril en 2026, voire s’établir à des niveaux inférieurs.
Ce scénario reflète un marché où la hausse de l’offre dépasserait la progression, pourtant positive mais modérée, de la demande.
Au démarrage de 2026, le message envoyé par les prix est déjà cohérent avec ce scénario. Le Brent évoluait autour de 62 dollars le 6 janvier (et le WTI autour de 58 dollars), en baisse légère, alors même que l’actualité politique autour du Venezuela était prise en compte par les investisseurs.
Une offre excédentaire en 2026
Côté demande, le sondage Reuters situe la croissance de la demande mondiale en 2026 entre 0,5 et 1,2 million de barils par jour. Il s’agit d’une hausse, mais qui reste modérée.
Dans ce cadre, le même sondage aboutit à un Brent moyen de 62,23 dollars en 2026, légèrement inférieur à la prévision d’octobre (63,15 dollars), et à un WTI moyen de 59,00 dollars.
L’enjeu, toutefois, n’est pas seulement le niveau des prix, mais le déséquilibre sous-jacent. Quand l’offre progresse plus vite que la demande, l’ajustement se fait moins par les flux que par l’accumulation de stocks et, in fine, par le prix.
Selon le sondage Reuters, les excédents attendus pour 2026 s’établiraient entre 0,5 et 4,2 millions de barils par jour.
Les dernières prévisions de l’Agence internationale de l’énergie vont dans le même sens. Selon l’AIE, l’offre mondiale devrait encore augmenter de 2,4 millions de barils par jour en 2026, pour atteindre en moyenne 108,6 millions de barils par jour, alors que la demande mondiale ne progresserait que de 860.000 barils par jour sur la même année.
Si cet excédent se matérialise durablement, le Brent devrait se négocier autour de 60 dollars en moyenne, voire ponctuellement en dessous, sauf choc géopolitique majeur venant resserrer l’offre.
Qu’en est-il du Maroc ?
Pour le Maroc, un baril autour de 60 dollars modifierait sensiblement la donne. Toutes choses égales par ailleurs, des prix plus bas réduiraient la facture énergétique d’un pays importateur net et contribueraient, au moins partiellement, à soulager les équilibres extérieurs.
Les données de l’Office des changes vont déjà dans ce sens. À fin novembre, la facture énergétique a reculé de 5,6 MMDH en glissement annuel.
Le même bulletin attribue cette évolution à un effet prix en baisse d’environ 15%, malgré une hausse des quantités importées de 6,3%. Autrement dit, la modération des cours a dominé l’effet volume.
Sur le plan interne, un pétrole moins cher pourrait aussi atténuer certaines pressions sur les coûts de transport et de production, donc contribuer à limiter les tensions inflationnistes. Les prix à la pompe devraient en principe suivre cette tendance, même si la transmission n’est jamais mécanique.
Dans les faits, on commence à observer déjà un repli des prix, avec un gasoil repassant sous 10 dirhams le litre, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2021.
Par ailleurs, il convient de retenir que ce niveau résulte d’un équilibre fragile entre excès d’offre et prime de risque, un équilibre susceptible de se déplacer rapidement, même si le scénario global reste celui de prix contenus.
Venezuela : un choc politique qui fait baisser les prix du pétrole !
Dans un marché vraiment tendu, un choc politique de cette ampleur aurait normalement déclenché une hausse plus durable. Or la réaction a été courte. Le 5 janvier, le Brent a surtout fait un mouvement technique, avec une clôture en hausse de 1,66% pendant que le WTI gagnait 1,74%.
Dès le lendemain, le ton redevenait baissier en séance asiatique. Le marché se remettant à arbitrer l’abondance d’offre plutôt que le risque politique.La perspective d’une hausse de production vénézuélienne s’ajoute aux anticipations d’une offre abondante et d’une demande faibleCe comportement reflète le régime de marché qui s’installe début 2026. Les opérateurs ne lisent pas l’épisode vénézuélien comme une rareté immédiate de barils, mais comme un événement dont l’effet net pourrait être, à terme, davantage d’offre, donc davantage de pression sur un marché déjà perçu comme largement approvisionné.
Les déclarations de Trump ont joué un rôle clé dans cette lecture. Le message politique n’était pas celui d’une disruption longue, mais celui d’un projet de remise en route de l’appareil pétrolier, financé par les entreprises américaines.
Trump a déclaré que de grandes compagnies américaines allaient investir des milliards pour restaurer l’infrastructure pétrolière du pays.
Il faut toutefois tenir en compte du fait que même si l’intention politique est affichée, la capacité à convertir des promesses en barils supplémentaires est contrainte par l’état des installations, la lourdeur du brut, les risques juridiques et la stabilité politique.






