Platinum Power : les actions des dirigeants mises en vente

La liquidation visant les dirigeants de Platinum Power se poursuit sous un nouveau prisme : après les biens immobiliers, la justice s’attaque désormais à leurs participations, appelées à être cédées aux enchères.

Selon nos informations, le juge-commissaire chargé de la procédure a ordonné la mise en vente des actions détenues par Omar Belmamoun et Hicham Benmassoud dans des entités tierces. Épinglés pour fautes de gestion, les intéressés font les frais de l’extension de la faillite de Platinum Power à leurs patrimoines personnels.

La mise en vente de ces actions a été actée par une ordonnance datée du 30 décembre 2025. L’adjudication se tiendra le 27 janvier 2026, dans la salle des ventes du tribunal de commerce de Casablanca.

Omar Belmamoun est ciblé via ses participations dans Brookstone Partner Morocco, Greenrock et Greenrock Corp. Hicham Benmassoud, de son côté, est concerné à travers les parts qu’il détient à titre personnel dans Promatrav.

Avant d’ordonner la vente, le juge-commissaire a fait procéder à plusieurs expertises judiciaires afin d’évaluer les participations concernées. Ouvert en 2024, l’examen du dossier a donné lieu à une succession de renvois et de mesures d’expertise, avant que le dossier ne soit mis en état de décision fin 2025.

À ce stade, nous n’avons pas été en mesure d’obtenir la valorisation précise ni les mises à prix retenues pour chacune des participations appelées à être cédées.

Brookstone, Greenrock et Promatrav dans le viseur

Parmi les entités concernées, Brookstone Partner Morocco est associée à un litige médiatisé opposant Omar Belmamoun à son ex-associé américain Michael Toporek, autour de la gouvernance de l’entreprise. Ce conflit s’était traduit par une série de procédures devant les juridictions marocaines, révélant une bataille de contrôle au sein de la structure.

Greenrock et Greenrock Corp sont identifiées comme des véhicules d’investissement liés aux activités développées par Belmamoun après l’épisode Platinum Power, notamment dans des projets positionnés sur l’énergie et les actifs dits  « verts « .

Promatrav, société dans laquelle Hicham Benmassoud détient des parts à titre personnel, complète le périmètre des participations appelées à être cédées.

Ces mesures interviennent deux ans après des opérations similaires engagées contre les mêmes dirigeants et qui avaient porté sur des terrains, villas et appartements situés à Rabat.

Platinum Power : liquidation clôturée pour insuffisance d’actifs

Ces développements concernent exclusivement les anciens dirigeants, alors même que la procédure collective ouverte contre Platinum Power a pris fin.
Selon nos informations, le tribunal de commerce de Casablanca a mis un terme à la procédure collective visant Platinum Power. Un jugement rendu le 11 décembre 2025 a acté la fin de la liquidation judiciaire de la société, sur le fondement de l’insuffisance d’actif.
Au total, les créances déclarées dépassent les 200 millions de dirhams, un passif resté sans couverture au niveau de la personne morale. Aujourd’hui, l’extension de la procédure aux dirigeants constitue l’unique levier encore ouvert pour les créanciers, qui espèrent grappiller une fraction des montants déclarés, à travers les mesures d’exécution engagées sur le patrimoine personnel des intéressés.

Cette procédure d’extension a par ailleurs été assortie d’une lourde sanction de déchéance commerciale pour une durée de cinq ans, prononcée à l’encontre des deux dirigeants. Des mesures que Omar Belmamoun et Hicham Benmassoud ont contestées devant la Cour de cassation. Ce pourvoi est toujours pendant, la haute juridiction ne s’étant pas encore prononcée.

Platinum Power : vers une clôture de la liquidation faute d’actif

Le juge-commissaire chargé de la liquidation de Platinum Power veut clôturer la procédure. Le magistrat a déposé une demande en ce sens auprès du tribunal de commerce de Casablanca, qui a entamé l’examen du dossier.

La requête a été enregistrée le 24 novembre. Selon nos informations, le juge-commissaire se base sur un rapport qu’il a dressé lui-même et qui l’a conduit à cette conclusion principale : la poursuite des opérations de liquidation est rendue impossible en raison de l’insuffisance de l’actif (article 669 du Code de commerce). trois ans après l’ouverture de la procédure, c’est le constat que Platinum Power ne dispose plus d’aucun actif mobilisable au profit des créanciers.

Un passif déclaré de plus de 206 MDH

D’après la liste des déclarations de dettes déposées auprès du liquidateur, le passif de la société atteint 206.255.543,58 DH. Selon des documents consultés par Médias24, ces créances proviennent d’investisseurs, de partenaires commerciaux, d’administrations publiques et de créanciers individuels.

Parmi ces déclarations, l’Office des changes figure avec une créance de 13,51 MDH, en lien avec un contentieux pour infractions aux changes (transfert illégal de sommes d’argent et non-paiement de la retenue à la source due au titre de l’importation de services). Cette dette, issue de la condamnation de Platinum Power au pénal, a été déclarée au liquidateur en attendant sa validation.

La créance la plus lourde, déposée par Brookstone Partner Acquisition XVIII, a été validée par un jugement rendu le 20 juin 2023. Le tribunal de commerce de Casablanca a reconnu, sur la base de trois décisions de la Cour suprême de l’État du Delaware, une dette équivalente à 61.477.088,76 DH. Cette somme regroupe trois condamnations prononcées aux États-Unis, converties en dirhams et fixées par le tribunal à titre ordinaire.

Les démarches du juge-commissaire interviennent quelques jours après un développement décisif : la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de Platinum Power contre sa mise en liquidation judiciaire.

Rendue fin octobre 2025, cette décision confirme la procédure ouverte trois ans plus tôt, qui avait déclaré la situation de l’opérateur  » irrémédiablement compromise », malgré sa présentation à l’époque comme l’un des pionniers privés du développement hydroélectrique au Maroc. La société s’était enlisée dans une crise mêlant tensions actionnariales et rupture prolongée de son financement.

Liquidation personnelle : les biens des dirigeants aux enchères

Si la liquidation de l’entreprise est en passe d’être clôturée, celle visant ses deux dirigeants — Hicham Benmessaoud et Omar Belmamoun — se poursuit. Le dossier avait en effet donné lieu à une extension de la procédure à leur patrimoine personnel, sur la base de fautes de gestion retenues par les juridictions de fond.

Les mesures d’exécution engagées contre eux sont déjà bien avancées. Le tribunal de commerce avait programmé la vente aux enchères de cinq biens immobiliers leur appartenant, essentiellement situés à Rabat.

Hicham Benmessaoud est concerné par une villa à Hay Ryad (mise à prix de 6,2 MDH) et une maison à Témara (1,46 MDH). Omar Belmamoun se voit dessaisi d’un patrimoine foncier plus important : un appartement (4,8 MDH) et une villa (4,8 MDH) à Souissi, ainsi qu’un terrain au quartier de l’Aviation (1,5 MDH).

Ces ventes constituent une sanction patrimoniale prononcée à l’encontre des deux dirigeants, jugés impliqués dans des fautes de gestion. Les deux responsables s’étaient pourvus en cassation pour contester cette mesure. La plus haute juridiction du Royaume n’a toujours pas rendu son verdict.

Justice : Platinum Power condamnée pour infractions des changes

Platinum Power a été officiellement reconnue coupable dans son procès pour infractions des changes. Le tribunal correctionnel de Casablanca (Aïn Sbaâ) a prononcé, le 5 mars, sa condamnation contre la société spécialisée dans le développement privé de barrage, aujourd’hui placée en liquidation.

Visible sur Mahakim.ma, le prononcé du jugement fait état d’une amende de 135 MDH, que Platinum Power devra verser à l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII), auteure de la plainte en représentation de l’Office des changes.

Néanmoins, Médias24 a obtenu copie de la décision complète, où il est question de 13,5 MDH, somme correspondant à la demande de l’ADII.

Comme précisé dans un précédent article, Platinum Power a été poursuivie et condamnée en tant que personne morale en la personne de son représentant légal. Le dossier a été mis en délibéré après une seule audience tenue le 20 février.

Le représentant de l’entreprise, dont l’identité n’est pas précisée dans le jugement − s’agit-il de l’actuel dirigeant ? Du syndic chargé de la liquidation ? −, ne s’est pas présenté à l’audience malgré la convocation, lit-on dans le jugement.

Les chefs d’accusation retenus concernent le « transfert illégal de sommes d’argent » et le « non-paiement de la retenue à la source due au titre de l’importation de services », selon la décision.

Les faits concernent des transferts illégaux de devises entre Platinum Power et une société de consulting basée à Dubaï. La plainte évoque des sommes de 237.734 dollars américains effectués en 2017 au profit d’une branche émiratie nommée Africa Energy Consultancy, entité détenue par Omar Belmamoun. Au moment des faits, ce dernier dirigeait les deux sociétés.

Les griefs touchent également des transferts de devises entre 2014 et 2017 au profit de sociétés étrangères (KPMG, KBO Solution, E Cube, LOGMEN, AQUA Media International) en contrepartie de différents services, et ce, sans paiement de la retenue à la source.

Après la mise en liquidation judiciaire, cette nouvelle condamnation vient confirmer la chute de Platinum Power, présentée au moment de sa création en 2012 comme le précurseur de projets privés d’énergie hydroélectrique au Maroc.

La liquidation touche également le patrimoine personnel de ses dirigeants, à savoir Hicham Benmasoud et Omar Belmamoun, respectivement actuel et ancien PDG de la société. Les deux ont été sanctionnés pour faute de gestion et sont également sous le coup d’une déchéance commerciale pour les cinq prochaines années. Ce volet est actuellement soumis à la Cour de cassation, plus haute juridiction du Royaume.

Platinum Power : la liquidation des biens des dirigeants devant la Cour de cassation

Omar Belmamoun joue une dernière carte devant la plus haute juridiction du Royaume. L’ancien PDG de Platinum Power voudrait annuler l’extension de la liquidation de l’entreprise à son patrimoine personnel.

Le recours a été déposé début février. L’homme d’affaires a déposé un pourvoi en cassation pour renverser une tendance déjà en marche : depuis la confirmation de la sanction patrimoniale en appel (octobre 2023), ses biens au Maroc ont été saisis et placés aux enchères judiciaires. Des mesures déjà lourdes, mais aggravées par la déchéance commerciale de cinq ans, autre sanction prononcée par la justice.

Omar Belmamoun a été épinglé sur la base de l’article 740 du Code de commerce, qui traite des fautes de gestion. Il lui est reproché ces deux principaux griefs : la poursuite abusive d’une exploitation déficitaire et la tenue d’une comptabilité irrégulière. Des reproches rejetés par sa défense dans un mémoire de 31 pages où l’on répond, point par point, aux motivations de l’arrêt de la Cour d’appel.

Pour le requérant, l’arrêt attaqué a retenu la poursuite abusive d’une exploitation déficitaire sans démontrer où réside la mauvaise foi du dirigeant, ni l’existence d’une volonté de servir un intérêt privé, deux éléments qui conditionnent la qualification d’une faute de gestion.

Une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière

Pour appuyer son argumentaire, le mémoire cite un arrêt de la Cour de cassation daté de 2018. Cette décision considère qu’il ne peut y avoir une extension de la liquidation que dans le cas où est établie, chez le dirigeant, la recherche d’un intérêt privé à travers la poursuite d’une exploitation déficitaire.

La Cour d’appel est attaquée sur le fait qu’elle a considéré la fermeture du siège social de Platinum Power comme un cas de poursuite abusive d’une exploitation déficitaire, une lecture erronée et qui n’a rien à voir avec l’objet de l’affaire, estime la défense Belmamoun.

Le refus de l’augmentation de capital par les actionnaires de Platinum Power figure également dans les motivations de la juridiction du deuxième degré. Cette explication suscite « l’étonnement » du requérant, qui rappelle avoir fait des « efforts pour forcer l’augmentation du capital de l’entreprise », mais cela « s’est heurté au rejet arbitraire de son associé Michael Toporek, « qui a refusé de voter pour les décisions ».

« La décision contestée n’a pas pris en compte toutes ces données et au lieu de s’y appuyer pour déterminer la véracité des actions et des efforts du requérant au nom de l’entreprise, elle s’est fondée sur une explication étrange et contraire à la loi », critique l’avocat de Belmamoun.

La Cour d’appel avait considéré que Omar Belmamoun a dirigé de manière « effective » jusqu’à 2021, alors qu’il avait pourtant démissionné en mai 2020. Sa défense rejette cet argument, précisant que l’intéressé n’a effectué aucun acte de gestion depuis sa démission.

L’autre motif de l’extension prête à l’ancien PDG le fait qu’il n’a pas demandé l’ouverture d’une procédure de difficulté au moment où l’entreprise était en situation financière critique. Sa défense rappelle que cette demande a été, au contraire, initiée en 2019, et alors que l’intéressé était encore dirigeant. Cette requête avait alors été classée par le tribunal de commerce via une ordonnance datée du 21 mars 2019.

Restent les griefs relatifs aux comptes de Platinum Power. Au cours de son mandat, Omar Belmamoun a-t-il tenu une comptabilité manifestement incomplète ou irrégulière ? Oui, selon la Cour d’appel. La défense de l’intéressé y voit là encore une interprétation erronée qui ne tient pas compte d’éléments « décisifs ».

La défense invoque, à ce titre, une attestation du cabinet Mazars qui a opéré en tant que commissaire aux comptes de la société aux titres des exercices 2017 et 2018. Le cabinet y certifie, après audit, que durant son mandat, « les états de synthèse annuels ont été établis, présentés au Conseil d’Administration et ont fait l’objet des déclarations auprès de l’administration fiscale à travers la plateforme dédiée ».

La même attestation évoque des rapports de gestion « établis, présentés au Conseil d’Administration et mis à la disposition des actionnaires, dans les conditions prévues par la Loi ».

Omar Belmamoun a été sanctionné pour son mandat de dirigeant qu’il a occupé jusqu’à mai 2020. Son successeur Hicham Benmassoud est concerné par les mêmes sanctions. Nous n’avons pas encore consulté son recours.

Platinum Power : les biens immobiliers des dirigeants à Rabat mis en vente en février

La vente, qui se tiendra le 14 février à 13 h, porte sur cinq biens immobiliers appartenant à Hicham Benazzouz et Omar Belmamoun, respectivement actuel et ancien PDG de Platinum Power. Les biens saisis se situent essentiellement à Rabat.

Hicham Benazzouz est concerné par une villa localisée à Hay Ryad et une maison à Témara, pour une mise à prix respective de 6,2 MDH et 1,46 MDH.

Omar Belmamoun se voit, pour sa part, dessaisi d’un important patrimoine foncier à Rabat. Les enchères porteront sur un appartement (mise à prix de 4,8 MDH) et une villa (4,8 MDH) dans le quartier Souissi, et sur un terrain dans le quartier de l’Aviation (1,5 MDH).

Les prix de départ ont été fixés sur la base d’une expertise judiciaire. La mise à prix ne reflète pas la valeur réelle des biens saisis. Elle a été minorée de 15% afin d’encourager les enchères.

Les deux propriétaires font les frais d’une sanction patrimoniale pour faute de gestion. Le tribunal de commerce leur impute des erreurs ayant entraîné la faillite de Platinum Power, entreprise placée en liquidation judiciaire.

https://medias24.com/2023/04/12/platinum-power-pourquoi-les-dirigeants-ont-ete-sanctionnes/

Platinum Power: la réaction de Omar Belmamoun

Médias24 a choisi de publier tous les éléments de la réponse de M. Belmamoun, se rapportant à l’article en question. Les accusations « d’acharnement » proférées contre le journal ont naturellement été enlevées. A la fin de la réponse de M. Belmamoun, un commentaire de Médias24 :

« Le 1er juillet 2020, votre site publiait un article intitulé : « Omar Belmamoun quitte Platinum Power, pas les tribunaux ».

« Ledit article faisait apparaître, je cite, que « Nouvellement désigné, le conseil d’administration de Platinum Power a décidé de poursuivre la société Soluna « pour détournement de projet ». Officiellement, Belmamoun n’est plus lié à PP. Mais pour les observateurs, difficile de ne pas voir son ombre dans cette ultime attaque contre son ancien associé ». Or, je conteste vivement ces allégations mensongères qui relèvent de la calomnie à mon encontre.

« L’article omet de citer les plaintes déposées par mes avocats contre michael Toporek et Leila Slassi pour faux et usage de faux. Ces derniers doivent comparaitre devant le juge le 6 juillet 2020 au tribunal correctionnel de Casablanca. Vous ne citez pas non plus la plainte déposée devant le tribunal de New York contre Finco Prime, société gérée par l’équipe de Michael Toporek, dans laquelle Brookstone Partners Morocco avait investi 3,7 millions USD, pour demande d’audit. Le tribunal de New York a jugé en ma faveur en janvier 2019 en première instance et en avril 2019 en appel.

« Concernant le détournement de AM Wind Soluna par Michael Toporek, un cabinet d’expertise international a estimé les dommages causés par Michael Toporek à Platinum Power à plus d’1 milliard de DH.

« Je tiens à préciser que la citation directe à mon encontre de la part de Michael Toporek n’est qu’une tentative désespérée pour ternir ma réputation. Cette citation directe concerne des salaires et des indemnités qu’il a lui même validé lors des conseils d’administration. L’expert EXETAUDIT, assermenté auprès des tribunaux du Royaume a qualifié cette citation directe d’Affabulatoire. Je rappelle également qu’une plainte a été déposée par mes avocats contre Brookstone Partners Morocco pour exiger le paiement de 29 millions de DH de salaires et indemnités non payés à ce jour ».

Médias24 a déjà réservé un article contenant une infographie reprenant les principaux litiges entre les deux associés. Le dernier article rappelle quelques rebondissements majeurs, mais sans prétendre à l’exhaustivité. Il contient de surcroît des liens qui renvoient vers les articles précédents. S’il dispose d’un droit de réponse, M. Belmamoun n’a nullement le droit de nous imposer le choix des informations à publier ou à ne pas publier. Ce choix relève de notre appréciation propre, sachant qu’avec l’intéressé, nous avons, à plusieurs reprises, eu à rectifier des informations approximatives voire erronées de sa part.

Par ailleurs, les rappels faits par M. Belmamoun dans son droit de réponse, relatifs aux plaintes qu’il a introduites contre son ex-associé, prouvent bien que même s’il a quitté Platinum Power, il n’a pas encore quitté les tribunaux.

Omar Belmamoun quitte Platinum Power, pas les tribunaux

A Platinum Power, l’épisode du confinement n’a pas été sans rebondissements. Le premier touche le top management. Omar Belmamoun n’occupe officiellement plus le poste de PDG. Objet d’annonces contradictoires, sa démission a bien été ratifiée lors d’une assemblée générale tenue le 29 mai. 

L’intéressé a reçu « quitus entier et définitif ». Il a par ailleurs cédé toutes ses parts dans la société à son épouse. Ce transfert concerne les actions qu’il détenait en sa qualité propre (0,09%), mais aussi celles qu’il détenait via sa société Luminy Invest (41,67%). Un nouveau président directeur général a été désigné, en la personne de Hicham Benmessaoud.

Comme en atteste une mention sur son compte Linkedin, Omar Belmamoun a rejoint Total EREN en tant que « Senior Avisor ». A vocation internationale, cette société opère dans la production d’électricité. Elle exploite, construit et investit dans les centrales d’énergie renouvelable. Son champ d’intervention rappelle en ce sens celui de Platinum Power (PP), développeur privé de barrages destinés à la production électrique.

Ces deux dernières années, PP a fait les choux gras des médias. Mais pas pour ses promesses de projets ambitieux, dont le sort est plus que jamais incertain. Autrefois prometteuse, la situation de la société demeure aujourd’hui compromise. En attestent les nombreuses saisies opérées sur ses biens. Selon une source informée, les meubles de l’entreprise feront bientôt l’objet d’une vente aux enchères en exécution d’une ordonnance faisant suite au non paiement d’une condamnation pour licenciement abusif.

Ce qui a fait de PP un sujet d’actualité, c’est plutôt l’épineux conflit opposant Omar Belmamoun à son désormais ex-associé, Michael Toporek. Une bataille matérialisée par de nombreux litiges judiciaires. Où en est-on sur ce volet ?

Trois dossiers méritent le détour. Ils relèvent du pénal et concernent tous des citations directes.

Dans un premier dossier, Omar Belmamoun reproche à Michael Toporek et un autre associé de lui avoir interdit l’accès aux documents financiers de la société Finco, entité où il dit avoir injecté 3,7 millions de dollars. Traduits en des termes juridiques, il les accuse d’avoir fait des pouvoirs qu’ils possèdent « un usage qu’ils savaient contraire aux intérêts économiques de la société, à des fins personnelles », infraction prévue par la loi 17-95 sur les sociétés anonymes.

Statuant le 15 juin 2020 sur ce dossier, le tribunal correctionnel de Rabat a innocenté les deux hommes d’affaires pour absence d’éléments matériels de l’infraction.

Deuxième affaire, même plaignant. Belmamoun y accuse Michael Toporek d’avoir détourné, au profit d’une société où il est présent en tant qu’actionnaire et administrateur (Soluna), un méga projet prévu à Dakhla (ferme éolienne pour un montant de 10 MMDH), projet qui aurait été à l’origine destiné à Platinum Power. Objet d’annonces tapageuses dans les médias, cette plainte a fini par être retirée quelques jours avant le verdict du tribunal de Rabat. Statuant le 16 mars, le juge déclare l’irrecevabilité de la citation directe.

Mêmes acteurs, changements de rôle. Belmamoun comparaitra le 7 juillet prochain devant la même juridiction, où il est accusé, par Michael Toporek, d’avoir détourné 9 MDH des caisses de Brookstone Partners Morocco, entité dans laquelle les deux intéressés sont associés. Des expertises privées ont été versée par chacune des parties, l’une pour appuyer les accusations, l’autre pour les démentir.

D’autres litiges sont en perspective. Nouvellement désigné, le conseil d’administration de Platinum Power a décidé de poursuivre la société Soluna « pour détournement de projet ». Officiellement, Belmamoun n’est plus lié à PP. Mais pour les observateurs, difficile de ne pas voir son ombre dans cette ultime attaque contre son ancien associé.

Platinum Power: Le litige entre associés empêche la recapitalisation

Pas de recapitalisation pour Platinum Power. Souhaitée par le management, l’augmentation de capital n’a pas eu lieu lors de la dernière assemblée générale extraordinaire, tenue le 15 janvier 2020.

L’opération visait à injecter 60 MDH en numéraire pour renflouer les caisses du premier développeur privé de barrages, aujourd’hui compromis par le conflit entre ses deux grands associés: Omar Belmamoun et Michael Toporek. Le rejet de la capitalisation fait d’ailleurs suite à un vote défavorable du deuxième. Toporek détient plus de 43% du capital dans PP (personnellement et via les entités qu’il représente). La résolution n’a donc pas obtenu le minimum de votes requis (majorité des deux tiers).

« Toporek est le seul parmi les actionnaires à avoir voté contre. Il a bloqué la recapitalisation alors que la société a un besoin urgent d’argent frais », déplore M. Belmamoun, PDG de Platinum Power. L’autre partie explique sa position par l’absence d’informations capitales sur la société, notamment « ses comptes et états financiers au titre des exercices 2018 et 2019, qui n’ont pas encore été approuvés par l’assemblée générale ».  Une information confirmée par le commissaire aux comptes de la société au cours de l’AGE, précisant  » que la société n’a pas arrêté les comptes de 2017, 2018 et 2019 et qu’elle devait présenter des comptes de liquidation ». 

Qui plus est, l’actionnaire américain dit n’avoir « reçu aucune explication concernant l’utilisation qui sera faite des fonds objet de ladite augmentation de capital. »

« Il a été convoqué trois semaines avant l’AGE. Il avait tout ce temps pour réclamer et consulter les documents souhaités. Les avocats lui ont demandé s’il voulait ajourner l’AGE d’une semaine ou deux en attendant qu’il accède auxdites informations. Il a refusé », rétorque M. Belmamoun.

Le passif  de la société est un autre point d’incertitude. Le clan Toporek parle de « surendettement » et même de « cessation de paiement ». Platinum Power fait l’objet de plusieurs saisies, dont l’une, exécutoire, a été diligentée par PME Croissance sur un montant de 42 MDH.

Dans plusieurs cas, PP est débitrice de ses propres actionnaires (70 MDH à Brookstone Partners Acquisition XVIII). Sans parler des impayés sociaux (salaires, CNSS etc.), fiscaux, fournisseurs… Au total, l’actionnaire américain évalue à 170 MDH l’endettement de la société même s’il n’a pas « une idée précise sur son ampleur ».

« C’est justement pour pallier ces difficultés que nous avons décidé d’augmenter le capital », observe M. Belmamoun, qui accuse son adversaire de « bloquer » toutes démarches visant à sauver l’entreprise. « C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a été évincé du Conseil d’administration », ajoute notre interlocuteur, rappelant une décision prise au cours d’une AGE tenue en février 2019.

La situation comptable est une chose, l’absence totale de visibilité sur l’avenir de PP est une autre. Créée en 2013, la société avait annoncé d’ambitieux projets au Maroc et en dehors. Depuis, « des études ont été commandées et des autorisations obtenues mais sans jamais déboucher sur des réalisations concrètes », affirment-on du côté de M. Toporek.

L’associé réclame « un audit des projets au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Cameroun pour évaluer leur viabilité, et voir si cela valait encore le coup de sauver l’entreprise. Mais Belmamoun s’y oppose depuis trois ans », expliquent des sources ayant requis l’anonymat. « Nous disposons d’un audit effectué par le cabinet Mott Macdonald concluant que les projets sont parfaitement viables », rétorque le PDG. 

Ferme éolienne Dakhla, autre facette du conflit

C’est un méga projet prévu au Maroc qui catalyse le plus de tension. Il s’agit de la future ferme éolienne de Dakhla. Cet investissement est piloté par Brookstone Partners, entité américaine dirigée par Michael Toporek. Celle-ci contrôle les deux opérateurs du projet : Soluna et AM Wind. Seulement, Omar Belmamoun estime que le projet appartient à Platinum Power et accuse son associé de l’avoir «détourné».  

Ce dernier avait initié, en avril 2019, une plainte au pénal contre Toporek, l’accusant « d’escroquerie» et de « détournement d’actif». L’affaire a été classée sans suite pour défaut « d’élément infractionnel ». Selon le parquet, la question revêt un « caractère civil » et non pénal, ce qui la soumet « à la clause d’arbitrage », lit-on dans un document judiciaire.

« Les actionnaires se concertent pour mener une action en arbitrage à Paris, contre Toporek pour le projet Soluna et AM Wind », annonce M. Belmamoun.

Le cas Soluna/AM Wind été débattu lors de la dernière AGE, au cours de laquelle le PDG a annoncé l’obtention de « l’autorisation d’autoproduction pour la réalisation d’une installation de production d’électricité à partir de la source d’énergie éolienne». Cette autorisation a été octroyée en septembre 2019 par le ministère de l’Energie. Une convention d’investissement est en attente pour le démarrage officiel du projet.

« Belmamoun a adopté une attitude pour le moins curieuse vis-à-vis de la femme éolienne. Avant l’obtention de l’autorisation, il faisait tout pour saboter l’aboutissement du projet qu’il considérait comme illégal. Il a d’ailleurs multiplié les alertes auprès d’institutions publiques, dont l’AMMC, à qui il a dénoncé un projet illégal de crypto-monnaie. Désormais, et vu les récentes évolutions, il fait tout pour se l’approprier », résume une source proche de Toporek.  

Un litige interminable, complexe et à l’issue incertaine. D’autant qu’il s’étend à d’autres sociétés. C’est le cas de Brookstone Partners Morocco SA, où le contentieux atteint son paroxysme avec une pléthore de procédures de part et d’autre. Cette entité n’a pas de lien avec Platinum Power, mais compte parmi ses actionnaires Omar Belmamoun et Michael Toporek. Entre les deux hommes d’affaires, l’affectio societatis semble définitivement rompu. 

Brookstone Partners Morocco: Cafouillage autour de la révocation du PDG

La révocation a même été votée lors d’une assemblée générale tenue le 20 mai. Cette résolution n’était pas à l’ordre du jour. Elle a été ajoutée par Michael Toporek, son associé américain qui l’accuse de « fautes de gestion ».

Belmamoun déplore l’initiative de son partenaire: « L’assemblée générale ordinaire avait pour ordre du jour la désignation d’un nouveau membre du Conseil. Elle a été perturbée par Monsieur Michael Toporek qui a refusé de respecter l’ordre du jour, compte tenu du litige l’opposant à la Société », nous dii-il.

Pour sa part, Toporek fait valoir que les statuts de la société permettent de prononcer la révocation des administrateurs « à tout moment et en toutes circonstances au cours de l’Assemblée Générale Ordinaire ».

Une partie de l’assemblée s’est faite sans le PDG. Face à l’annonce de sa révocation, M. Belmamoun dit avoir « été contraint de lever la séance ».

« Levée » de séance selon Belmamoun, « incident » selon Toporek : « La levée de séance doit faire l’objet d’un vote. Ce n’est pas un pouvoir discrétionnaire du président de l’assemblée », estiment les conseils de l’associé américain.   

D’ailleurs, l’assemblée a poursuivi ses travaux après le retrait du PDG, le quorum restant étant de 50% des droits de votes et permettant de délibérer valablement sur d’autres points. Les actionnaires ont même, à ce titre, voté la révocation de Luminy Invest de son siège d’administrateur. Cette entreprise est dirigée par M. Belmamoun.

Belmamoun et Luminy Invest qu’il représente détiennent respectivement une et 4.999 actions dans Brookstone, soit la moitié du capital. L’autre moitié, 5.000 actions, est détenue par M. Toporek (100), MTJ Park (4.700), Sweetpea Ventures (100) et Matthew Lipman. La révocation a été adoptée par ce deuxième bloc.

Officiellement, la révocation n’est pas actée. « Sur le modèle J, mon nom figure toujours en tant que PDG. Seul le registre de commerce fait foi », avance M. Belmamoun. Le clan Toporek ne dément pas. Il en est encore à diligenter les formalités nécessaires auprès du greffe du tribunal de commerce.

L’assemblée s’est déroulée en présence de trois huissiers, qui ont dressé des PV.  Le premier, Me Fouad El Andaloussi, a été désigné par BPM. Me Jamal Amergui et Abdelmoula Mhairik ont été engagés par M. Toporek.

Au tribunal de commerce, M. Belmamoun a versé les PV dressés par les deux premiers huissiers. Pour le PDG, ces PV prouvent que la séance a été levée « sans qu’aucune résolution ne soit votée ». Raison pour laquelle il conteste la révocation.

De son côté, M. Toporek fait valoir que son adversaire « a créé un incident de séance et a décidé de quitter l’assemblée » après l’adoption cette résolution. Selon lui, Belmamoun n’avait pas le droit de Lever la séance et le vote de la révocation pouvait de surcroît se faire en l’absence du PDG. 

Toporek vs Belmamoun, un conflit tous azimuts

Pour Belmamoun, les diligences de son associé américain sont une réaction à l’éviction de ce dernier du Conseil d’administration de Platinum Power. Ce développeur privé de barrages est au cœur du conflit entre les deux hommes d’affaires.

« Michael Toporek a été révoqué de son poste d’administrateur au sein de Platinum Power par l’Assemblée Générale du 5 Février 2019 pour rupture de confiance. La même AG m’a reconduit dans mes fonctions de PDG », affirme Belmamoun.

Toporek avait directement contesté cette révocation et avait initié deux recours judiciaires pour obtenir son annulation : La première, en référé, dont il s’est désisté et la deuxième, au fond, qui est toujours à l’étude.

Le litige entre Belmamoun et Toporek a aussi un pied au pénal. Ou plutôt deux :

– Belmamoun fait l’objet d’une citation directe enclenchée par Toporek, qui accuse son adversaire d’avoir détourné les fonds de Brookstone Partners Morocco. Ce dossier est traité par le tribunal de première instance de Rabat, où Belmamoun a comparu le 2 avril puis le 11 juin.

 – Toporek, lui, fait l’objet d’une plainte classique, initiée par MCM Consutancy et Luminy Invest, sociétés dirigées par Belmamoun.  Ce dernier accuse son vis-à-vis d’avoir détourné à son profit le projet de ferme éolienne AM Wind, à Dakhla. Amorcée en avril 2019, cette affaire est encore en phase d’enquête.

La bataille des associés a même des extensions internationales. « En tant que PDG de Brookstone Morocco, j’ai intenté un procès à New-York contre Finco, société gérée par l’équipe de Toporek car ce dernier n’a jamais voulu partager les documents financiers de Finco depuis que j’ai investi près de 35 millions de DH en 2014. J’ai obtenu gain de cause en première instance et en appel. Toporek refuse à ce jour de délivrer les documents », explique Omar Belmamoun.

A nos lecteurs. Médias24 couvrira a minima l’affaire Platinum Power

Nous avions depuis notre lancement adopté cette définition du journalisme formulée par Hubert Beuve-Méry et qui résiste à l’épreuve du temps et de la transformation digitale: le journalisme consiste à décrire fidèlement les faits et à donner au lecteur les éléments pour se forger sa propre opinion.
La tournure que prend cette affaire Platinum Power, la cacophonie qui l’entoure, les messages qui sont transmis ici et là, les attaques personnelles et les conflits de personnes, les tentatives de manipulation des médias, tout cela rend impossible à nos yeux une couverture conforme à notre conception du travail journalistique.
Médias24 consacrera donc un service minimum à cette affaire, et uniquement sur les faits qui nous paraîtront importants et qui sont inscrits dans une procédure judiciaire. La guerre médiatique, les efforts de communication, les insinuations en termes de « patriotisme économique », les communiqués annonçant qu’untel « se prépare à déposer une plainte », rien de tout cela n’est une information. Nous nous tiendrons donc à distance de cette partie de poker menteur. Laissons la justice se prononcer et /ou les actionnaires décider. 

C’est notre choix et comme dans d’autres affaires par le passé, nous avons jugé nécessaire de l’expliquer à nos lecteurs.

Platinum Power: Brookstone Partners répond à Omar Belmamoun

« Brookstone Partners, actionnaire de référence de la société Platinum Power condamne la tentative de manipulation de la presse et de l’opinion publique à laquelle s’est livrée M. Omar Belmamoun par voie de diffusion d’un communiqué de presse mensonger, le 21 Mars 2019″, déclare le fonds d’investissement américain dans un communiqué publié quelques heures après celui de Omar Belmamoun.

« Brookstone Partners précise n’avoir initié aucune « demande de redressement » et n’avoir été débouté d’aucune action. La procédure judiciaire à laquelle M. Belmamoun fait référence fait suite à une procédure d’alerte introduite par le Commissaire aux Comptes de la société Platinum Power en raison des graves difficultés financières de la société dues à sa gestion désastreuse« , ajoute l’actionnaire.

Ce dernier « se réjouit de la décision du tribunal de continuation de l’activité de Platinum Power et réitère sa volonté de travailler de concert avec l’ensemble des actionnaires, notamment avec les actionnaires minoritaires ».

« Brookstone Partners réaffirme sa disposition à réaliser un plan de recapitalisation, toutefois conditionné à la révocation de M. Omar Belmamoun du management de la société du fait de sa gestion désastreuse », précise le communiqué.

Brookstone Partners rappelle avoir introduit une action judiciaire pénale à l’encontre de M. Omar Belmamoun pour « détournement, disposition frauduleuse des fonds de la société Brookstone Partners Morocco, escroquerie et abus de confiance ». « Cette action au pénal sérieusement documentée suit son court, et est juridiquement et factuellement fondée, en dépit des annonces mensongères relayées par M. Omar Belmamoun par voie de presse », conclut le communiqué.

Platinum Power: Nouvelle audience au tribunal, promesses du PDG

Le dossier Platinum Power est toujours entre les mains du président du tribunal de commerce. Le PDG de la société, Omar Belmamoune, a comparu le 5 mars dans le cadre de la procédure d’alerte initiée par le commissaire aux comptes de la société.

Le sort de l’entreprise est en jeu. Depuis des mois, le premier développeur privé de barrages est en proie à des difficultés financières et des conflits entre actionnaires. Le management est invité à produire des solutions qui tardent à venir. Aucune avancée concrète n’a été observée lors de la dernière audience.  

Le PDG a réclamé un délai pour régler le problème des salaires, impayés depuis octobre 2018. Selon nos sources, M. Belmamoune s’est engagé à les payer le 8 mars. Le président du tribunal a renvoyé le dossier au 19 mars pour une nouvelle audience.