Solidarité des dirigeants sur la TVA : ce qui a changé lors de l’examen du PLF et s’appliquera en 2024

Après avoir épuisé tous les moyens de recours, obtenu une décision judiciaire et tenté à nouveau un règlement à l’amiable, la Direction générale des impôts (DGI) peut désormais appliquer le principe de la solidarité fiscale des dirigeants sur la TVA. C’est en résumé ce qui a été finalement retenu comme mesure lors de l’examen et du vote final du PLF 2024.

Dans son article 182, le PLF prévoit d’instituer le principe de la solidarité en matière de TVA collectée et non versée au Trésor. Objectif : renforcer les moyens de lutte contre les pratiques visant à éluder le paiement de la TVA.

Pour ce faire, il était proposé, dans la version initiale, de mettre en place un principe de solidarité en matière de collecte et de versement de la TVA, de « toute personne exerçant directement ou indirectement des fonctions d’administration, de direction ou de gestion de l’entreprise ».

Une mesure jugée surprenante et qui a suscité de nombreux débats. La modification est intervenue en réponse aux doléances du patronat qui a d’abord milité pour la suppression de la mesure. A défaut, il a obtenu une révision de la formulation qui a été adoptée dans la version finale du PLF 2024.

Contacté par Médias24, Youssef Alaoui, président du groupe CGEM à la Chambre des conseillers, explique que lors du passage du texte devant les Conseillers, « le périmètre a été délimité. Désormais, on ne parle que de cas de fraude avérée et la mesure ne concerne que la personne qui profite de la fraude« .

Épuiser toutes les voies de recours

« Désormais, la DGI doit d’abord recourir à la justice. C’est cette dernière qui va déterminer s’il y a fraude ou pas et surtout qui en est l’auteur. Lorsque tous les moyens de recours seront épuisés et après avoir obtenu une décision judiciaire définitive, il sera toujours possible, pour l’entreprise, de payer ce qu’elle doit. Si ce n’est pas fait, la DGI peut recourir à la solidarité fiscale à l’encontre de l’auteur avéré de la fraude », poursuit notre interlocuteur.

« C’est une disposition qui existe déjà dans le code de recouvrement. Ici, la mesure est limitée aux dirigeants qui font de fausses factures, encaissent la TVA et ne la reversent pas, etc. », précise-t-il. La nouvelle formulation représente un « meilleur encadrement« .

Également joint par Médias24, Bennaceur Boucetta, président de la commission juridique et fiscale de la Chambre française du commerce et de l’industrie du Maroc (CFCIM), abonde dans le même sens que Youssef Alaoui.

« Selon la nouvelle formule, en cas de fraude liée aux obligations de déclaration ou de paiement, toute personne responsable de la gestion financière ou administrative (par exemple, le DAF, le RAF) ou tout bénéficiaire effectif du montant non versé au Trésor peut être solidairement redevable de la taxe due, ainsi que des pénalités et majorations associées. »

« En cas de contestation du montant non réglé, l’application de cette mesure est suspendue dès le dépôt du recours devant le tribunal compétent jusqu’à la date du jugement définitif. Même après le jugement définitif, la société conserve la possibilité de régulariser les montants non versés de la TVA. Ainsi, l’administration fiscale n’aura pas besoin de recourir à la solidarité en cas de paiement de la TVA due par la société », poursuit Bennaceur Boucetta.

Cela dit, notre interlocuteur estime que plusieurs interrogations subsistent. Et ce, en premier lieu à cause d’un « potentiel conflit entre les articles 182-II du CGI et 98 du code de recouvrement des créances publiques ». 

Une responsabilité accrue

Pour Bennaceur Boucetta, il est important de souligner que la solidarité fiscale des dirigeants est déjà encadrée par le Code de recouvrement des créances publiques. En vertu de son article 98, selon lequel « lorsque le recouvrement des impositions de toute nature, des pénalités, majorations et frais de recouvrement qui s’y rattachent dus par une société ou une entreprise a été rendu impossible par suite de manœuvres frauduleuses dûment établies, les gérants, administrateurs ou autres dirigeants peuvent, s’ils ne sont pas déjà tenus au paiement des dettes sociales en application d’une autre disposition, être rendus solidairement responsables avec ladite société ou entreprise du paiement des sommes exigibles. La mise en cause de cette responsabilité intervient à l’initiative du trésorier général du Royaume qui assigne à cet effet les gérants, administrateurs ou autres dirigeants devant le tribunal de première instance ».

Or, il estime que « la nouvelle rédaction [de ladite disposition, ndlr] accroît la responsabilité de toute personne en charge de la gestion financière ou administrative, comme les directeurs ou les responsables administratifs et financiers ».

Il rappelle que « ces salariés sont liés par un contrat de travail qui définit leurs droits et obligations. Cette formulation suggère que même les prestataires de services, en cas d’externalisation des formalités de télédéclaration et télépaiement des impôts et taxes, sont susceptibles de partager la responsabilité en cas de non-paiement de la TVA dans les délais ».

« Enfin, les modalités de mise en œuvre de cette disposition, qui confèrent à l’administration fiscale la possibilité d’engager la responsabilité solidaire de toute personne responsable de la gestion financière ou administrative, ainsi que tout bénéficiaire effectif du montant non versé au Trésor par les sociétés, lorsqu’elles se trouvent dans l’incapacité d’honorer leurs dettes relatives à la TVA en raison des manquements de ces dernières à leurs obligations fiscales en matière de TVA, devraient être clarifiées dans la prochaine note circulaire. Cela permettra d’éviter tout risque d’interprétation et d’application abusive de cette mesure, en tenant compte des spécificités de chaque entreprise », recommande Bennaceur Boucetta.

La Chambre des conseillers adopte le PLF-2024

Ce PLF a reçu l’aval de 45 conseillers et a été rejetée par 13 autres, tandis que 6 conseillers se sont abstenus de voter. Il s’agit de la même formule avec laquelle la Chambre des conseillers a adopté la deuxième partie de ce projet de loi de finances.

Les amendements relatifs à la 1ère partie du PLF, au nombre de 43, ont porté essentiellement sur la réforme de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui sera menée selon une démarche progressive durant la période 2024-2026, l’impôt sur les sociétés (IS), l’impôt sur le revenu (IR), les mesures douanières, ainsi que sur d’autres mesures relatives à la révision des dispositions de l’article 6 du PLF concernant l’aide de l’État pour soutenir le logement et renforcer les ressources financières allouées au Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale.

À rappeler que le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, avait confirmé, devant la Commission des finances, de la planification et du développement économique relevant de la Chambre des Conseillers, la pertinence et la solidité des hypothèses sur la base desquelles a été élaboré le PLF.

D’après le ministre, l’élaboration de ce projet de loi de finances a été marquée par des circonstances exceptionnelles qui ont impacté son contenu et se sont imposées comme des priorités, à l’image du séisme d’Al Haouz. Ce dernier a nécessité l’allocation de 9 milliards de dirhams (MMDH) pour soutenir les sinistrés et reconstruire les zones touchées, en plus du traitement de la problématique de la pénurie d’eau pour laquelle une enveloppe de 5 MMDH a été dédiée.

Il a noté que le dialogue social est également l’une des priorités majeures, affirmant que des efforts ont été déployés pour achever les piliers du volet social, en exécution des Hautes Instructions Royales, ainsi que pour achever le projet social et économique à l’horizon 2030.

La Chambre des représentants tient une séance plénière consacrée à l’étude et au vote du PLF 2024, en deuxième lecture, ce jeudi 7 décembre 2023.

(Avec MAP).

PLF 2024: La hausse des droits de douane ramenée à 17,5% pour tous les smartphones

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour les distributeurs et consommateurs de smartphones: le droit d’importation passera de 2,5% à 17,5%, sans distinction tranchée entre les téléphones bas et haut de gamme.

C’est ce qui a été décidé ce vendredi 1er décembre, au sein de la commission des Finances à la Chambre des conseillers, assure une source autorisée contactée par nos soins.

Des conséquences « désastreuses »

Dans le projet de loi de finances PLF 2024, le gouvernement avait proposé d’augmenter la taxe d’importation des smartphones de 2,5% à 30% pour tous les téléphones, sans prendre en compte les différentes gammes de smartphones, ni le pouvoir d’achat des potentiels acheteurs.

Bien qu’elle soit fixée à 17,5 % au lieu de 30% comme proposé initialement par le gouvernement, cette hausse inquiète les professionnels de la téléphonie mobile.

« Celle-ci représente une augmentation de 22% du prix initial des smartphones », alarme Omar El Boury, un expert télécom représentant un groupement spontané de distributeurs de téléphones mobiles au Maroc.

Notre interlocuteur nous explique qu’une telle augmentation aura “des conséquences désastreuses non seulement sur le business des distributeurs locaux mais aussi sur le pouvoir d’achat des Marocains qui se tourneront naturellement vers le marché de l’informel pour éviter de payer la différence de prix”.

« Faute de consensus »

Au sein de la commission des Finances de la Première Chambre, les représentants de la majorité avaient proposé de maintenir la TVA à 2,5% pour les smartphones bas de gamme, et de taxer les smartphones de luxe.

Dans le détail: appliquer un taux de 2,5% pour les produits dont la valeur est inférieure à 7.000 dirhams, et de 17,5% pour les produits dépassant 7.000 dirhams.

Faute de consensus, la hausse des droits d’importation avait été maintenue à 30% sur tous les téléphones.

PLF 2024 : la CGEM va déposer l’amendement très attendu lié à la solidarité fiscale des dirigeants sur la TVA

Les groupes parlementaires de la Chambre des conseillers se préparent à déposer leurs propositions d’amendements du PLF 2024 le vendredi 1er novembre, parmi lesquelles figurent celles de la CGEM.

Selon nos informations, les conseillers du patronat vont proposer un amendement ayant trait au principe de solidarité fiscale des dirigeants en matière de collecte et de versement de la TVA.

Cette disposition, qui a pour but, selon l’exécutif, de renforcer les moyens de lutte contre les pratiques visant à éluder le paiement de la TVA, propose d’instituer le principe de solidarité en matière de collecte et de versement de la TVA de toute personne exerçant directement ou indirectement des fonctions d’administration, de direction ou de gestion de l’entreprise. Celles-ci seront tenues solidairement responsables de la TVA collectée et non versée au Trésor.

Une mesure qui a été contestée par le patronat lors de différentes sorties médiatiques sur le sujet. Elle est également critiquée par des experts sondés par Médias24.

Pour la CGEM, la lutte contre les pratiques visant à éluder le paiement de la TVA ne doit pas mettre tous les dirigeants dans le même panier. « Il faut pénaliser les fraudeurs, les vendeurs de fausses factures, et non pas les gens qui travaillent sérieusement ».

Amendement à suivre.

https://medias24.com/2023/10/25/reforme-de-la-tva-le-principe-de-la-neutralite-acquis-mais-des-effets-pervers-persistent-operateurs/

Le secteur cimentier pâtit toujours d’un attentisme de l’immobilier, optimisme pour 2024

À fin octobre, les ventes de ciment dans le pays affichaient une baisse de 1,52%, à 10,27 Mt, par rapport à la même période en 2022. C’est une légère amélioration par rapport au mois précédent, où la consommation cumulée à fin septembre affichait un retrait de 2,1% par rapport à 2022.

Une amélioration de la consommation nationale, qui demeure cependant bien faible. Un opérateur du secteur nous livre sa vision de l’évolution du marché, des secteurs porteurs dans le marché cimentier et des perspectives à moyen terme.

Léger effet de rattrapage observé en octobre, mais absence de dynamisme 

Cette année est globalement dans le sillage de 2022, à savoir une année morose, marquée par le ralentissement des ventes. Notre opérateur du secteur rappelle : « Il faut se souvenir que l’an dernier déjà, le marché perdait un peu plus de 10% de ses volumes de vente, à 12,5 Mt à peine, par rapport à 2021. Actuellement, nous sommes encore en négatif par rapport aux performances de l’année dernière. Donc, il n’y a pas un marché dynamique, malgré l’amélioration observée en octobre ».

Cette amélioration provient notamment d’un rattrapage mécanique après un mois de septembre compliqué. « Au mois d’octobre 2023, il y a eu une légère amélioration par rapport à septembre, car c’est lié à une récupération après le tremblement de terre », explique notre interlocuteur. En effet, le mois de septembre à lui seul a été marqué par un recul des ventes de ciment de 11%, à un peu plus de 1 Mt. Le mois d’octobre, lui, a vu les ventes progresser de 3,7%, à 1,09 Mt.

Cette reprise s’est amorcée dans le sillage du redémarrage des chantiers après l’arrêt engendré par le séisme. « Le séisme a fortement impacté le mois de septembre, et encore un peu le mois d’octobre. Nombre de chantiers ont arrêté de fonctionner, car les ouvriers originaires de cette région sont allés sur place rejoindre leurs familles et aider à reconstruire. Cela a marqué un ralentissement dans tout le pays, et le redémarrage est en cours », indique notre source.

Une amélioration mécanique attendue en fin d’année, et une nouvelle dynamique en 2024

Les mois de novembre et décembre devrait cependant afficher de meilleures couleurs, non pas parce que le secteur va redécoller avec plus de force, mais par simple effet de base positif. « Les mois de novembre et décembre 2022 étaient très mauvais, avec des baisses respectives de 10% et 25% par rapport aux mêmes mois en 2021. Donc cette année, il devrait y avoir une récupération légère qui devrait se dessiner sur les deux derniers mois de l’année », détaille notre source.

Actuellement, le marché est marqué par un fort attentisme. Malgré les signaux positifs envoyés par les grands promoteurs immobiliers cotés au premier semestre, le secteur est dans une phase de temporisation. « Le secteur immobilier est le moins dynamique, car les promoteurs sont en attente de 2024. En bourse, on observe un véritable redressement du secteur de la promotion immobilière qui dégage des profits, mais cela provient principalement de la vente de stocks, et non de la réalisation de nouveaux projets », explique notre opérateur.

Pour lui, le redémarrage attendu se rattache à trois facteurs clés. Premièrement, à travers la loi de Finances 2024. Pour le secteur cimentier, il s’agit des aides au logement qui rebattront la donne dans le secteur immobilier national. « Cela va générer beaucoup d’impacts sur le financement pour le logement social. De nombreux promoteurs attendent l’implémentation de la LF 2024 pour lancer les chantiers, c’est logique ».

Les efforts de reconstruction après le séisme auront une incidence positive sur la demande en infrastructures et dans le bâtiment. « Cependant, nous n’estimons pas de grands impacts, car la région est surtout rurale, et la contribution concernant le ciment se fera dans la partie infrastructure », poursuit l’opérateur.

Enfin, l’effet Coupe du monde et les objectifs affichés dans le domaine du tourisme sont également cités. « Tous les plans d’infrastructures dans le sillage de la Coupe du monde 2030 et pour le fort développement du tourisme, dont les objectifs sont importants, donnent de la visibilité sur le marché. On parle d’aéroports, de chemins de fer, de stades, de réaménagements de plusieurs villes. Cela donnera dans le futur un impact positif, mais ce n’est pas encore visible. Si l’on termine l’année 2023 comme 2022, ou avec une légère évolution, ce sera une bonne chose », conclut-il.

Le gouvernement sursoit à la hausse de la TVA sur l’eau et le transport urbain et maintient le prix de l’électricité

Après de longues discussions avec les députés de la commission des Finances, la ministre des Finances, Nadia Fettah, et le ministre délégué au Budget, Fouzi Lekjaa ont décidé de surseoir à la hausse de la TVA sur l’eau programmée dans le PLF 2024. Cette proposition de hausse avait suscité une large opposition au sein de la première chambre, y compris dans les rangs de la majorité.

« Cette hausse n’est pas compatible avec l’esprit du moment. Nous sommes en train d’instituer des aides directes aux populations vulnérables. Toute hausse des factures d’eau et d’électricité serait perçue comme une tentative de prendre d’une main ce qu’on donne de l’autre et pourrait casser l’objectif de soutien du pouvoir d’achat des ménages ciblés. Nous en avons discuté avec les responsables gouvernementaux qui se sont montrés très réceptifs à notre argumentaire », nous explique Mohamed Ghayate, président du groupe parlementaire du RNI à la première chambre.

Baisse de la TVA sur l’eau et le transport urbain

Au bout de quelques réunions entre députés et responsables du ministère, il a ainsi été décidé de ne pas appliquer cette hausse de TVA sur l’eau pour les ménages. Dans sa première mouture, le PLF proposait de passer d’un taux de 7% à un taux de 10%. Finalement, la hausse n’aura pas lieu. Mieux encore, Nadia Fettah et Fouzi Lekjaa se sont engagés sur l’application d’une baisse de TVA, avec le passage à un taux zéro, comme nous le confirment Mohamed Ghayate ainsi qu’une source autorisée.

Ce même principe a été appliqué à la TVA sur le transport urbain. Le PLF proposait de passer d’un taux de 14% à un taux de 20%. L’accord scellé ce jeudi entre département des Finances et groupes de la majorité prévoit désormais le passage à un taux de 10%.

L’objectif de ces deux amendements qui devront passer au sein de la commission des Finances de la première chambre ce vendredi 10 novembre : éviter d’alourdir le coût de la vie des ménages et ne pas brouiller le message positif véhiculé par la mise en place des aides directes.

Électricité : l’ONEE absorbera le choc de la hausse de la TVA pour ne pas toucher les prix finaux

Mais si les choses sont claires concernant la TVA sur l’eau et le transport urbain, elles le sont moins pour la TVA appliquée à l’électricité. Cette dernière ne connaîtra aucun changement par rapport à ce qui a été proposé par le gouvernement dans le PLF : le passage d’un taux de 14% à 20% pour l’énergie électrique, et de 7% à 20% pour la location des compteurs d’électricité.

Selon une source sûre, ce relèvement du taux n’aura aucune incidence sur la facture payée par les ménages, car le prix de ce service est réglementé TTC. Autrement dit, le prix de l’électricité augmentera bien en HT. Et ce n’est pas le consommateur final qui paiera la différence en TTC, mais l’ONEE.

En maintenant la hausse de la TVA, avec des prix finaux TTC inchangés, le gouvernement institue ainsi une forme de subvention indirecte aux prix de l’électricité. Subvention que supportera l’ONEE et, in fine, le budget de l’Etat.

Contacté par Médias24, Hassan Lachgar, député du groupe socialiste (USFP) à la commission des Finances de la première chambre, dit ne pas comprendre cette mesure. Et estime que la seule garantie pour ne pas voir les tarifs de l’électricité augmenter est de ne pas appliquer de hausse de la TVA sur ce service. La décision est, selon lui, d’autant plus incompréhensible quand on sait que l’ONEE est déficitaire, et que le gouvernement finira un jour ou l’autre par répercuter cette hausse sur le consommateur.

« Même s’il y a cette garantie des prix réglementés TTC qui ne connaîtront aucune augmentation, rien ne nous dit que le gouvernement ne décidera pas dans quelques mois de changer les tarifs réglementés et de répercuter la hausse de la TVA sur le consommateur final. On ne pourra alors rien dire, puisqu’on aura voté la hausse de la TVA dans la loi de finances », explique le député socialiste.

Son groupe s’oppose donc à cette décision concernant la hausse de la TVA sur l’électricité et déposera comme nous le confie Hassan Lachgar, un amendement qui propose de mettre la TVA sur ce service au même niveau que celle sur l’eau.

Cet amendement sera également proposé, selon nos sources, par plusieurs autres groupes de l’opposition. Mais au vu de l’accord conclu entre Nadia Fettah, Fouzi Lekjaa et les groupes de la majorité, cet amendement n’aura aucune chance de passer, logique numérique oblige. Sauf décision contraire du gouvernement. À suivre.

PLF 2024 : accord du gouvernement pour maintenir les tarifs électricité et eau et baisser la TVA transport urbain (source autorisée)

La hausse proposée de la TVA applicable à l’eau et à l’électricité a suscité de vifs débats qui se sont poursuivis ce jeudi 9 novembre au Parlement.

La ministre de l’Economie et des finances, Nadia Fettah, et le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, ont tenu une réunion avec les groupes parlementaires de la majorité à la Chambre des représentants, où le sujet a été discuté et un accord trouvé.

À l’issue de cette réunion, il a été décidé que « les tarifs de l’électricité et de l’eau ne connaîtront pas de hausse », nous affirme une source autorisée, confirmant l’annonce de Mohamed Ghayate, président du groupe parlementaire du RNI à la Chambre des représentants.

La terminologie utilisée par notre source et par le député Ghayate est importante. Ils parlent d’absence de hausse des tarifs et n’évoquent pas les taux de la TVA. Il reste donc à définir par quels mécanismes les tarifs seront maintenus, TVA ou pas.

Pour rappel, les mesures proposées dans le projet de loi de Finances 2024 prévoyaient de :

– augmenter progressivement le taux appliqué à l’eau, aux prestations d’assainissement et à la location de compteurs d’eau de 7% à 10% d’ici 2026 : 8% en 2024, 9% en 2025 et 10% en 2026 ;

– augmenter le taux appliqué à l’énergie électrique de 14% à 20% sur trois ans : 16% en 2024, 18% en 2025 et 20% en 2026 ;

– augmenter le taux appliqué à la location des compteurs d’électricité de 7% à 20% : 11% en 2024, 15% en 2025 et 20% en 2026.

 

Transport urbain : une baisse de la TVA au lieu d’une hausse

Par ailleurs, pour le secteur du transport, les deux sources évoquent explicitement une révision du taux de TVA applicable au transport de voyageurs. « Il n’y aura pas de hausse de la TVA sur le transport urbain public de voyageurs (tramway, bus) », indique notre source. Le taux de 14% ayant été abandonné dans le cadre de la réforme, cette décision signifie implicitement de baisser le taux à 10%.

Le PLF proposait une hausse de la TVA à 20% pour les opérations de transport de voyageurs et de marchandises au rythme suivant :

Selon nos informations, ce schéma a donc été abandonné pour la partie transport de voyageurs.

Mohamed Ghayate, lui, évoque dans sa publication non seulement un abandon de la hausse, mais plutôt une révision à la baisse, de 14% à 10%, de la TVA sur le transport urbain.

Boissons alcoolisées : une hausse de la TIC pèserait surtout sur les produits d’entrée de gamme

Dans le cadre du PLF 2024, certaines propositions suggèrent des hausses de la taxe intérieure de consommation (TIC). Ces propositions concernent notamment les boissons alcoolisées telles que le vin et la bière. Ces hausses de taxes seraient effectuées dans le but de rehausser les recettes pour contribuer au budget de l’État.

Quelles seraient les répercussions pour le consommateur et pour les entreprises concernées ? Pour rappel, le changement des quotités proposé dans le cadre du PLF 2024 est le suivant:

Une hausse des prix est inévitable

Actuellement, il convient de rappeler qu’il s’agit d’un projet de loi et que rien n’est acté. Cependant, si une adoption du PLF 2024 était réalisée en l’état, il est clair que la hausse prévue de la TIC impacterait le marché des débits de boissons, et de fait, le consommateur.

Contacté, un professionnel du marché explique : « La TIC est un droit d’assise. C’est quelque chose qui est collecté par les alcooliers pour le compte de l’État. Toute hausse de la TIC se traduit par un impact sur le prix de vente sur le consommateur final, car cette taxe est, in fine, payée par les consommateurs ».

Sachant qu’il s’agit d’un projet et qu’une hausse chiffrée et définitive de la taxe n’est pas actée, il est peu pertinent de savoir quelle sera la répercussion chiffrée sur un tel produit de consommation. Cependant, il faut noter que les produits premium seront moins affectés que les produits d’entrée de gamme.

Une hausse qui touchera plus fortement les produits d’entrée de gamme

La hausse proposée de la TIC sur le vin et la bière affecterait les prix de ventes de la bière ou encore du vin, mais également les volumes de vente des entreprises proposant de l’alcool. Notre interlocuteur nous explique que ce sont surtout les produits d’entrée de gammes qui seront affectés.

« Cette taxe est basée sur l’hectolitre, donc plus elle augmente, plus elle touche les premiers prix. Comme il y a une taxe basée sur le volume produit, si vous produisez un volume en entrée de gamme, l’impact de la TIC sera plus important que sur des volumes haut de gamme car les prix de vente sur le haut de gamme sont plus importants », explique-t-il.

Prenons un exemple fictif pour illustrer le propos avec un produit comme le vin. Pour rappel, dans le PLF, la nouvelle quotité proposée sur ce produit passerait de 850 dirhams par hectolitre à 1.500 dirhams par hectolitre, soit une hausse de 650 dirhams par hectolitre (de fait, 6,5 dirhams par litre, ndlr). Pour une bouteille d’un litre vendue dans le commerce à 40 dirhams, la répercussion de la hausse de la taxe au consommateur portera le prix à 46,5 dirhams. Mais sur un produit premium à 300 dirhams la bouteille d’un litre, le prix sera de 306,5 dirhams. Cela n’est pas une image réaliste de la hausse potentielle sur le produit, mais illustre qu’en termes de pourcentage du prix, les produits premium seraient donc moins touchés que les produits d’entrée de gamme.

Pour être plus précis, notre source nous explique que, « 1% d’augmentation de la TIC se répercuterait sur une augmentation de 0,05 dirhams sur le prix de vente consommateur d’une bière entrée de gamme ». Sachant que la TIC sur la bière pourrait passer de 1.150 DH à 2.000 DH/hl, soit une hausse de 74%, le prix de vente d’une bière entrée de gamme pourrait augmenter de 3,7 dirhams.

Outre le prix, un impact sur les volumes de vente d’alcool aurait lieu en cas de hausse de la TIC. « De plus, le consommateur premium est prêt à payer plus cher. La TIC à l’hectolitre fait que cela impacterait plus les produits d’entrée de gamme car il ne s’agit pas d’une taxe sur le prix de vente mais sur l’hectolitre. Cela impacterait l’aspect volume naturellement, surtout dans le contexte que nous connaissons dans lequel le pouvoir d’achat est au centre des préoccupations. Mais le secteur premium sera moins touché que le secteur d’entrée de gamme, c’est évident », conclut notre source.

Situation fiscale et avoirs à l’étranger : le PLF 2024 propose des mesures de régularisation spontanée

Sur le registre des avoirs et liquidités détenus à l’étranger, le gouvernement propose d’instituer la contribution libératoire relative à la régularisation spontanée au titre des avoirs et liquidités détenus à l’étranger avant le 30 septembre 2023, par les personnes physiques et morales ayant une résidence, un siège social ou un domicile fiscal au Maroc.

Pour bénéficier de cette mesure, les personnes concernées sont tenues de déclarer leurs avoirs et liquidités détenus à l’étranger, de rapatrier les liquidités en devises et de payer une contribution libératoire au taux de 10%, 5% ou 2% selon le cas.

Le paiement de cette contribution libératoire libère la personne concernée du paiement des pénalités relatives aux infractions à la réglementation des changes et du paiement de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés ainsi que les amendes, pénalités et majorations y afférentes au titre des sanctions pour infraction aux obligations de déclaration, de versement et de paiement prévues par le code général des impôts.

Il convient de préciser que le produit de ladite contribution sera affecté au Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale.

Une régularisation fiscale spontanée

Par ailleurs, le gouvernement propose également la réinstauration, de manière dérogatoire au titre de l’année 2024, de la mesure relative à la régularisation volontaire de la situation fiscale des contribuables. Une mesure qui a été prévue par l’article 7 de la loi de finances pour l’année 2020.

Cette régularisation concerne les personnes physiques, au titre de leurs profits et revenus imposables au Maroc, n’ayant pas été déclarés avant le 1er janvier 2024 et constituant la source des avoirs et de financement des dépenses suivantes :

– Les avoirs liquides déposés dans des comptes bancaires ;

– Les avoirs liquides détenus en monnaie fiduciaire sous forme de billets de banque ;

– Les biens meubles ou immeubles acquis et non destinés à usage professionnel ;

– La souscription d’avances en comptes courants d’associés ou en compte de l’exploitant et des prêts accordés aux tiers.

Les avoirs et les dépenses précités ayant fait l’objet de la déclaration et du paiement du montant d’une contribution fixé à 5% desdites valeurs, ne seront pas pris en considération :

– pour la rectification des bases imposables lors du contrôle fiscal du contribuable concerné, au titre des exercices non prescrits ;

– pour l’évaluation du revenu global annuel dans le cadre de la procédure d’examen d’ensemble de la situation fiscale des personnes physiques, visée à l’article 216 du CGI.

Voici l’ensemble des documents du projet de loi de finances 2024

Projet de loi de finances n° 55.23 relatif à l’année budgétaire 2024

Note de présentation

Rapport économique et financier

Rapport établissements et entreprises publics

Rapport sur les services de l’Etat gérés de manière autonome SEGMA

Rapport sur les comptes spéciaux du Trésor CST

Rapport sur les dépenses fiscales

Rapport sur la dette publique

Rapport sur le budget axé sur les résultats tenant compte de l’aspect genre

Rapport sur les ressources humaines

Rapport sur la compensation

Note sur les dépenses relatives aux charges communes

Rapport sur le foncier public mobilisé pour l’investissement

Note sur la répartition régionale de l’investissement

Douanes et impôts indirects : les principales propositions du PLF 2024

Si l’essentiel des mesures fiscales proposées concernent la réforme de la TVA, peu (ou pas) de mesures sont proposées en matière d’IR et d’IS. Les mesures proposées en matière de tarifs douaniers et impôts indirects sont, elles, consistantes.

Le gouvernement arrive avec plusieurs mesures modifiant les quotités et taxes. Nous restituons dans cet article les principales mesures proposées, qui seront soumises à l’examen parlementaire.

Le droit d’importation commun baisse à 30%

Tenant compte de la reprise de l’économie marocaine après la fin de la crise sanitaire, d’une part, et de la tendance inflationniste, de l’autre, caractérisée par le renchérissement du coût d’importation des produits finis de consommation, le gouvernement propose de baisser le droit commun d’importation de 40% à 30%. 

Cette baisse ne concernera pas les produits du chapitre 24 du tarif du droit de douane, à savoir les produits de tabac et succédanés de tabac fabriqués, ainsi que les produits qui étaient soumis au droit de 40% avant la loi de finances rectificative de 2020.

Par ailleurs, sur le même registre, le gouvernement propose de :

Hausse de la TIC sur les boissons alcoolisées

En ce qui concerne les taxes intérieures de consommation, le gouvernement arrive avec plusieurs propositions de hausses touchant divers produits. Sur les boissons alcoolisées, la TIC augmente fortement, dans le cadre de la mobilisation de recettes supplémentaires pour le budget de l’Etat. Les nouvelles quotités proposées sont comme suit :

Le PLF 2024 propose également une hausse de la TIC sur les pneus de 3 à 5 DH/kg dans le but de renflouer les recettes du Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale.

Une hausse de la TIC appliquée sur certains produits contenant du sucre est également envisagée, avec une extension de son champ d’application. Sur ce domaine, il est proposé de :

Obligation du marquage fiscal pour les carburants et produits contenant du sucre

Enfin, le PLF apporte une précision de taille sur le marquage fiscal. Les produits devant s’acquitter de la TIC sont les seuls soumis à l’obligation de marquage fiscal. Il est proposé d’ajouter cette précision au niveau de l’article 10 de la loi 1-77-340.

Dans le sillage de cette mesure, le PLF propose d’étendre l’application du marquage fiscal à d’autres produits, notamment ceux contenant du sucre, à partir de janvier 2026, et au gasoil et supercarburant à partir de janvier 2025.

Produit par produit, voici la liste des nouveaux taux de TVA proposés par le PLF 2024

Passer d’une TVA de quatre taux à deux taux se traduit nécessairement par une révision à la hausse dans certains cas, et à la baisse dans d’autres. Laquelle augmenter et laquelle baisser tout en essayant de préserver les recettes générales de l’Etat ? Voilà le complexe exercice auquel se livreront Etat, acteurs et parlementaires lors de l’examen de ce PLF 2024. Un débat que Médias24 suivra de près.

En attendant, le gouvernement vient avec une proposition de base, que voici. La réforme de la TVA prévoit d’aligner progressivement, à l’horizon 2026, les taux actuels de la TVA (7%, 10%,14% et 20%) à deux taux normaux : 10% et 20%, et ce, parallèlement à l’élargissement de son champ d’application. 

Les domaines qui passent à 10%

Il es proposé de :

Les secteurs qui passent à 20%

Il est également proposé de :

Exonération de certains produits de large consommation

Le PLF propose par ailleurs d’exonérer certains produits de la TVA :

1- élargissement de l’exonération de la TVA à tous les médicaments et matières premières entrant dans leur composition, ainsi que les emballages non récupérables ;

2- exonération des fournitures scolaires et des produits et matières entrant dans leur composition (taux actuel de 7%) ;

3- exonération du beurre dérivé du lait d’origine animale (taux actuel de 14%) ;

4- exonération des conserves de sardines, du lait en poudre et du savon de ménage (taux actuel de 7%).

Des mesures pour l’intégration de l’informel

Dans le cadre de cette réforme de la TVA, et en vue d’intégrer le secteur informel et de rationaliser les incitations fiscales, le gouvernement propose des mesures, dont l’institution du régime de l’auto-liquidation de la TVA. 

C’est un régime optionnel qui permet aux personnes exerçant une activité passible de la TVA de calculer le montant de cette taxe sur leurs achats effectués auprès de fournisseurs situés hors champ d’application de la TVA ou exonérés sans droit à déduction, en leur permettant de procéder en même temps à la déduction du montant de ladite taxe, et ce, à l’exclusion des opérations d’achat de terrains et des produits agricoles.

L’objectif de ce régime, selon le document du PLF, est de permettre d’améliorer la transparence des opérations commerciales réalisées par les entreprises et d’inciter à l’intégration dans l’économie structurée.

Par ailleurs, il est également proposé l’institution d’un nouveau régime de retenue à la source en matière de TVA pour inciter à la transparence fiscale et lutter contre les fausses factures. Pour ce faire, deux mécanismes sont proposés.

Le premier est une retenue à la source sur les opérations effectuées par les fournisseurs de biens et travaux assujettis à la TVA. Le second est une retenue à la source sur les opérations effectuées par les prestataires de services assujettis à la TVA.

Sur ce même registre, le gouvernement propose de réinstaurer l’obligation de conservation des biens d’investissement inscrits dans un compte d’immobilisation pendant cinq ans pour toute entreprise ayant acquis des biens d’investissement exonérés de la TVA ou ouvrant droit à déduction.

Solidarité des dirigeants d’entreprises en matière de TVA collectée et non versée au Trésor

L’objectif comme mentionné dans le PLF 2024 est de renforcer les moyens de lutte contre les pratiques visant à éluder le paiement de la TVA.

Pour ce faire, il est proposé d’instituer le principe de solidarité, en matière de collecte et de versement de la TVA, de toute personne exerçant directement ou indirectement des fonctions d’administration de direction ou de gestion de l’entreprise.

Ainsi, lesdites personnes seront tenues solidairement responsables de la TVA collectée et non versée au Trésor.

Élargissement de la TVA au commerce numérique

Le PLF propose d’instituer une soubassement juridique permettant d’appréhender lesdites prestations des services numériques, à travers la révision des règles de territorialité de la TVA et l’institution de l’obligation d’identification des fournisseurs non résidents desdits services numériques sur une plate-forme électronique, ainsi que l’obligation de déclaration du chiffre d’affaires réalisé et du versement de la taxe due au Maroc.

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