Le marché du plomb : une fausse accalmie avant la tempête ?

L’année 2026 a débuté par la flambée de plusieurs métaux précieux et stratégiques, portée par l’or, l’argent et le cuivre.

Le cours du plomb, lui, a légèrement remonté après être passé sous le seuil des 2.000 dollars la tonne en novembre 2025. Marqué par une volatilité périodique, ce métal de base entre dans plusieurs segments de l’industrie, ce qui lui confère une place stratégique sur les marchés.

Évolution du cours du plomb dans le marché des métaux de Londres (LME).

Son allié chimique, l’étain, s’est quant à lui distingué par une montée puissante, dépassant le seuil des 50.000 dollars la tonne, alors qu’il dépassait rarement la barre des 35.000 dollars en 2024.

La production nationale : un ancrage historique à l’épreuve de la volatilité

 Le Maroc occupe une place prépondérante sur l’échiquier minier : il se classe au 20ᵉ rang mondial et s’impose comme le 2ᵉ producteur africain de plomb. L’histoire du secteur minier témoigne d’ailleurs du rôle central que ce métal a joué dans l’industrie nationale tout au long du siècle dernier.

Auparavant, le Maroc tirait profit non seulement de l’extraction de minerai, mais également de la valorisation à travers une fonderie qui n’a pas pu survivre à cause de la chute des cours des métaux. En 1960, il représentait plus de 21% de la valeur des produits miniers marocains, hors phosphates.

Aujourd’hui, le leadership national est assuré par la Compagnie minière de Touissit (CMT) via son site minier de Tighza. Cette mine historique fait figure d’exception, car elle est l’une des rares au Maroc à avoir maintenu une activité ininterrompue depuis 1956.

La mine de Tighza produit en moyenne 23.885 tonnes de concentré de plomb par an, auxquelles s’ajoute l’extraction de métaux associés tels que le zinc et l’argent.

En attente des résultats du quatrième trimestre de 2025, l’année 2025 affiche une dynamique positive avec une production de concentré ayant atteint 20.985 t sur la période de janvier à septembre 2025, soit une hausse de 15%. La conjonction de la flambée de l’argent et de la stabilisation des cours du plomb devrait logiquement permettre à la mine de réaliser de solides performances au quatrième trimestre 2025 et au premier trimestre 2026.

En seconde position, le groupe Managem, à travers son site polymétallique de Guemassa, complète l’offre nationale avec une production de 7.668 t de concentré de plomb.

Cours du plomb : une valeur boursière en deçà de sa valeur stratégique

En 2025, les cours du plomb se sont généralement situés en dessous du seuil de 2.000 dollars la tonne. Cette tendance marque un léger repli par rapport aux niveaux observés en 2024, où les prix se maintenaient généralement au-dessus de ce seuil.

Début 2026, les prix sur le marché des métaux de Shanghai (SMM) ont dépassé ceux de la bourse des métaux de Londres (LME).

D’après le marché des métaux de Shanghai, les stocks détenus par les sociétés minières et les fonderies ont chuté à leur plus bas niveau depuis 16 mois, une situation aggravée par des maintenances industrielles des fonderies qui limitent la production de lingots.

Cette situation s’explique principalement par la volatilité des stratégies commerciales des fournisseurs sur le marché chinois. Face à l’incertitude, certaines fonderies ont liquidé leurs stocks par crainte d’une baisse des prix, tandis que d’autres ont conservé leurs marchandises en anticipant une hausse.

S’ajoute à cela le fait que les acheteurs en aval se sont principalement approvisionnés via des contrats à long terme. Si certains ont profité des baisses de prix pour constituer des stocks, les transactions au comptant sont restées faibles. Cette faible activité s’explique notamment par l’optimisme des fournisseurs et leur réticence à vendre, limitant ainsi l’offre disponible sur le marché au comptant.

La volatilité du marché du plomb peut provoquer de soudaines pénuries d’approvisionnement. Ce fut le cas en 2018, lorsque le cours a dépassé 2.800 dollars la tonne, un impact fortement ressenti par les industriels marocains.

Contrairement à l’idée reçue qui limite son rôle à la fabrication des batteries, le plomb présente de nombreuses applications stratégiques dans l’industrie. En plus d’être utilisé comme alliage, il sert de précurseur pour la production de métaux critiques comme le cuivre, l’étain et le platine. Il joue également un rôle clé dans le recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et compte plus de vingt applications essentielles dans les secteurs de l’industrie aérospatiale et de la défense.

Par ailleurs, son utilisation dans les batteries ne devrait pas décliner, malgré le développement de nouvelles technologies telles que les batteries LFP et NMC. Les batteries au plomb devraient représenter environ 7% de la demande dans le domaine du stockage stationnaire d’énergie (BESS) à l’horizon de 2035.

Dans le plomb, un concentré de valeur

Au Maroc, les indices plombifères sont abondants et présentent souvent un caractère polymétallique. Ils sont fréquemment associés au zinc et à l’argent, mais également à des métaux précieux (comme l’or ou le cuivre) ou critiques (nickel, cobalt, antimoine…).

Le projet minier de Boumadine, dont l’exploitation industrielle devrait débuter à l’horizon 2030, incarne une nouvelle génération de mines au Maroc axée sur l’exploitation de plusieurs métaux. L’unité de traitement prévue permettrait de produire trois types de concentrés : plomb, zinc et pyrite (sulfure de fer).

Par la suite, les concentrés à forte teneur en or et en argent pourraient être commercialisés directement auprès de fonderies spécialisées, ou traités localement.

À cet égard, des négociations sont en cours avec l’État pour la construction d’une fonderie dans la région de la mine. Cette infrastructure permettrait de séparer et de valoriser localement l’argent, l’or, le plomb et le zinc de Boumadine, captant ainsi la valeur ajoutée sur le territoire national au lieu d’exporter des concentrés bruts – un modèle où la marge bénéficiaire profite historiquement aux pays transformateurs.

En attendant l’aboutissement d’une fonderie, ces concentrés, quoique n’étant pas du métal pur, bénéficient d’un marché porteur en Chine. Leur haute commercialité est due à la présence de fonderies à grande capacité, spécialisées dans leur affinage en or ou en argent natif.

La compagnie canadienne a d’ailleurs démontré la rentabilité du projet récemment. Entre novembre et décembre 2025, le traitement de 13.498 t de stocks historiques (laissés par l’ancien exploitant du plomb) a livré des résultats probants. Avec des teneurs moyennes de 192 g/t d’argent et 2,87 g/t d’or, cette exploitation a permis de produire un total de 1.245 onces d’or (environ 38 kg) et 83.480 onces d’argent (environ 2,5 t).

Mines. Aya Gold & Silver révèle une nouvelle extension du corridor polymétallique de Boumadine (Errachidia)

La compagnie minière Aya Gold & Silver souhaite être décisive cette année sur le site de Boumadine situé au sud de Tinejdad. La compagnie canadienne compte étendre la superficie de la minéralisation polymétallique connue, tant latéralement qu’en profondeur, afin de préparer une évaluation économique préliminaire courant 2026.

Les récents sondages réalisés dans la zone de Tizi ont révélé des minéralisations à haute teneur, permettant d’étendre le corridor minéralisé de 200 mètres. Cette découverte porte désormais la longueur totale de l’empreinte minéralisée de Tizi à 2,2 kilomètres, rapporte un communiqué de l’entreprise publié ce 8 avril 2025.

Durant cette année, 117 sondages carottés ont été réalisés dans le prospect de Boumadine dans l’extension latérale du corridor principal (zone Nord), des zones Tizi et zone Nord-est, totalisant 46.207 mètres.

Les résultats obtenus attestent de l’extension potentielle des minéralisations à haute teneur, qui reste ouverte dans toutes les directions. Une découverte significative a été faite lors de cette campagne d’exploration : dans les veines orientées est-ouest où un sondage a révélé une minéralisation à très haute teneur, titrant 1.123 g/t d’argent et 5,32% de plomb sur une longueur de 1,7 m.

Au niveau du corridor principal de Boumadine, cette campagne de forage a permis de découvrir des intersections additionnelles. Le sondage le plus significatif a recoupé 334 g/t d’équivalent argent sur une étendue de 16,8 m (1,39 g/t d’or, 98 g/t d’argent, 3,2% de zinc, 1,8% de plomb), avec une intersection d’environ 4,1 m titrant 476 g/t d’équivalent argent (1,39 g/t Au, 98 g/t Ag, 3,2% Zn, 1,8 % Pb).

« Nous sommes très heureux des résultats de forage à haute teneur publiés aujourd’hui, particulièrement ceux des sondages BOU-DD24-440 et BOU-DD24-450, qui confirment la continuité de la zone principale à Boumadine. L’extension vers le nord de la zone Tizi met encore plus en évidence le fort potentiel de croissance des ressources », a déclaré Benoît La Salle, président et chef de la direction d’Aya.

En parallèle de cette campagne de forage, les travaux de cartographie et d’échantillonnage sélectif ont permis d’identifier plusieurs nouvelles cibles d’exploration, dont cinq cibles régionales présentant une extension latérale potentielle de 20 km. Ces cibles feront l’objet d’une vérification dans les prochains mois. Il est à noter que les analyses des échantillons sélectionnés ont révélé des teneurs particulièrement élevées, notamment des concentrations en cuivre atteignant 34,5% et des teneurs en argent allant jusqu’à 210 g/t.

« Les résultats positifs de la cartographie et des échantillons choisis ont permis d’identifier plusieurs cibles de forage prometteuses au sud et à l’est, renforçant le potentiel exceptionnel à l’échelle du district à Boumadine. Nous avons identifié un potentiel sur plus de 20 km d’étendue latérale, et nous avons hâte de faire avancer ces cibles au cours des prochains mois », a précisé Benoît La Salle.

Sur la base des campagnes des années précédentes, la dernière estimation des ressources de Boumadine, datée de mars 2025, évalue la présence d’une ressource minérale indiquée (estimation plus fiable que l’estimation des ressources, mais moins précise que celle des réserves) à 5,2 Mt, avec une teneur de 91 g/t d’argent, 2,78 g/t d’or, 2,8% de zinc et 0,85% de plomb, soit environ 15,1 millions d’onces d’argent, 449.000 onces d’or, 145.000 t de zinc et 44.000 t de plomb.

Au cours de l’année, Aya Gold & Silver prévoit d’investir environ 28 millions de dollars américains (forages, cartographie, prospection minière…) pour intensifier les travaux d’exploration sur le site de Boumadine. Près de 50% du budget sera consacré au corridor principal et à la zone de Tizi, dans le but d’étendre les minéralisations connues le long du corridor et en profondeur. L’objectif final est de faire progresser le projet vers une évaluation économique préliminaire, début 2026, qui permettra d’avoir une première idée sur la possibilité de construire une mine dans cette région.