Cessions de molécules: les explications de Sanofi Maroc
Après avoir cédé, en septembre dernier, un portefeuille de produits pharmaceutiques au laboratoire anglais Atnahs Pharma UK, Sanofi annonce la cession d’une nouvelle activité médicamenteuse, notamment le Bléomycine, qui sera acquise par la société britannique Hikma, à travers sa filiale Promopharm.
« Le produit en question, notamment le Bléomycine, ne fait pas partie du portefeuille produit de Sanofi Maroc mais du laboratoire Laprophan qui gère historiquement ce médicament suite à un partenariat avec le Groupe Sanofi. Sanofi a conclu un accord de cession au niveau international avec le laboratoire jordanien Hikma, présent au Maroc à travers sa filiale Hikma Maroc. C’est un médicament anticancéreux (cancer de la peau) avec des volumes de ventes limités », nous explique une source autorisée à Sanofi Maroc.
L’opération est notifiée au Maroc, car le produit y est commercialisé et que les deux entreprises Sanofi et Promopharm y ont une présence.
Contrairement à cette opération, celle qui l’a précédé concerne bien le marché marocain. Le portefeuille de produits pharmaceutiques et d’actifs connexes cédé fin 2023 à Atnahs Pharma concerne deux produits pharmaceutiques fabriqués au Maroc.
Une réorientation stratégique internationale
La multiplication des cessions s’inscrit dans le cadre de la stratégie de Sanofi ‘Play to Win’ initiée en 2019. « Sanofi procède à une rationalisation de son portefeuille à travers, soit la cession de certaines molécules matures et non stratégiques à des opérateurs pharmaceutiques internationaux ou nationaux, soit l’arrêt de certaines molécules s’il existe une offre suffisante d’équivalents thérapeutiques sur le marché », souligne Sanofi Maroc.
La filiale marocaine rassure : « Bien entendu, ces transferts n’ont aucun impact sur la disponibilité ou le prix des médicaments concernés. Ces cessions de molécules, finalisées avec des opérateurs pharmaceutiques internationaux, sont implémentées et deviennent effectives dans l’ensemble des 90 pays où Sanofi est présent. »
Et d’ajouter, « l’objectif de cette rationalisation est de dégager des ressources pour augmenter les investissements en R&D et devenir un pure player biopharmaceutique dans trois aires thérapeutiques majeures : Médecine de Spécialités ; Médecine Générale et vaccins ».
Sanofi opère, donc, une concentration stratégique sur trois aires thérapeutiques au lieu de quatre précédemment. Il abandonne la « santé grand public », un segment sur lequel opérait le laboratoire pharmaceutique. Et l’annonce est faite en septembre 2023, via un communiqué de l’entreprise marquant le démarrage d’une nouvelle phase de sa stratégie Play to Win.
Un désengagement de la santé de famille dont plusieurs produits sont fabriqués au Maroc
Elle explique ainsi son intention de séparer son activité Santé Grand Public au plus tôt au quatrième trimestre 2024, à travers la création d’une entité cotée en bourse, ce qui permettra d’adapter encore davantage la gestion et l’allocation des ressources aux besoins de l’activité biopharmaceutique.
Dans cette activité, on retrouve des familles de produits relatives aux allergies, à la toux, au rhume et grippe, la santé digestive, aux douleurs, aux antispasmodiques ou encore au bien-être physique et mental.
Quid alors des bases industrielles marocaines de Sanofi puisqu’une partie des médicaments fabriqués localement, comme No-Dol Codeine, Rhinathiol ou Toplexil…, appartient à ces familles de produits ?
« Nous avons moins de dix produits représentant la santé familiale dans notre portefeuille de fabrication locale. Ces produits, conformément à la stratégie, seront externalisés sous une forme qui sera communiquée en temps voulu », nous répond notre interlocuteur.
Et d’expliquer, « les cessions de molécules n’ont pas d’impact à court terme sur les volumes de production. Généralement, les accords industriels comprennent un maintien de la production chez le laboratoire cédant pour une période pouvant atteindre 5 ans. Et puis, il y un autre facteur qui rentre en jeu, c’est la capacité industrielle de l’acquéreur. Il existe deux cas de figures. Le nouvel acquéreur n’a pas d’usine. Il laisse donc la production aux fabricants locaux. Ou alors, il dispose d’une usine, mais le transfert de production ne peut pas se faire du jour au lendemain. C’est un tech transfert qui prend du temps ».
Et à moyen et long termes ? « Sanofi est présent au Maroc avec deux unités de production : une unité 100% Sanofi et l’unité industrielle de Maphar (51% à CFAO Healthcare et 49% Sanofi). Cette dernière fabrique certains médicaments pour Sanofi, mais aussi pour d’autres laboratoires internationaux. Elle a une production variée ».
Près de 21 millions de boîtes de médicaments fabriqués au Maroc en 2023
Notre source ajoute qu’en 2023, Sanofi Maroc a livré 27,5 millions d’unités (boîtes de médicaments) dont 76% sont fabriqués localement, dans les unités industrielles de Sanofi Maroc et Maphar à Casablanca Zenata.
« Les aires thérapeutiques des médicaments fabriqués localement contiennent, entre autres, les antidiabétiques oraux (Amarel…), les antihypertenseurs (Triatec ; Tritazide…), les antiépileptiques (Dépakine…), les antipyrétique (Aspegic), les anti paludéens (Asaq Winthrop)… », précise-t-il.
« 9% des volumes fabriqués localement sont destinés à l’export vers plus de 30 pays d’Afrique subsaharienne », nous assure-t-on. Le tout sur des classes de produits variés qui ne concerne pas que la santé grand public.