Directive européenne sur le textile : un coup dur pour la friperie, une aubaine pour l’industrie locale

Les vêtements produits et jetés ont explosé avec l’essor de la fast fashion. Soucieuse de l’impact environnemental de la production textile, l’Union européenne, à travers une nouvelle directive, impose désormais la collecte séparée des textiles dans tous les États membres de l’UE. Cette initiative, entrée en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, vise en effet à améliorer la gestion des déchets textiles, à promouvoir le réemploi et le recyclage, et à réduire l’impact environnemental de la production textile.

Il est aujourd’hui interdit de jeter du tissu dans la poubelle normale ou dans les encombrants en Europe. Il doit être désormais recyclé via les bulles à vêtements. Cette règle concerne les produits textiles tels que les vêtements et accessoires, les couvertures, le linge de lit, les rideaux, les chapeaux, les chaussures, les matelas et les tapis, y compris les produits contenant des matières textiles telles que le cuir, le cuir reconstitué, le caoutchouc ou le plastique.

Une nouvelle qui va contrarier les fripiers et les brocanteurs qui les récoltaient jusqu’à présent. Quid de la friperie au Maroc qui importe quasi exclusivement d’Europe ?

Un mal pour un bien ?

Si les ventes de vêtements au Maroc accusent une baisse depuis 2019 en raison de l’augmentation des prix liée à l’inflation, les Marocains, qui n’ont pas entièrement renoncé à leur consommation, se tournent aujourd’hui vers la friperie et les sites de vente chinois qui fournissent le réseau de distribution local, constatent les textiliens.

La fripe, canal complexe et enchevêtré de distribution, provient principalement d’Europe, expliquaient à Médias24 des fripiers d’une des plus grandes « joutiyas » casablancaises : la friperie Dallas. « La marchandise vient d’Europe. Les fripes proviennent généralement de l’Angleterre et de l’Espagne. Elles sont d’abord collectées par des sociétés, puis importées par des particuliers au Maroc qui les revendent plus tard aux commerçants locaux de friperie », nous répondait sur place un des commerçants de fripes.

Pour le président de l’Association marocaine des industries de textile et de l’habillement (AMITH), Anas El Ansari, la nouvelle directive européenne ne peut qu’être une excellente opportunité pour l’industrie textile nationale.

« Il y a une industrie naissante en Europe qui est liée au recyclage. Cette industrie a besoin de matières premières qui ne peuvent provenir que d’opérations similaires, à savoir la collecte des vêtements usagés ».

Cette exigence européenne va permettre de contrer la croissance de la friperie au Maroc qui nuit énormément à l’industrie textile marocaine

« C’est une excellente opportunité pour le Maroc. D’une part, parce que les donneurs d’ordres européens nous sollicitent aujourd’hui en tant qu’industriels pour la collecte de ces textiles, en vue de les réexporter en Europe à des fins de recyclage. D’autre part, cette exigence européenne va permettre de contrer la croissance de la friperie au Maroc qui nuit énormément à l’industrie textile marocaine ».

À un moment donné, les autorités distribuaient à tout va des autorisations d’importation de fripes qui ont permis à des acteurs et à des importateurs de ramener une grande quantité de vêtements de seconde main au Maroc, au détriment du développement de la fabrication locale. À tel niveau que, en tonnage, les importations de friperie dépassent, depuis 2024, les importations de vêtements neufs au Maroc ».

« Avec la nouvelle directive européenne, les importateurs marocains de vêtements usagés vont ainsi trouver beaucoup de difficultés à s’approvisionner sur le marché européen, ce qui va forcément contribuer à relancer et à redynamiser la production locale des vêtements ».

Importation de fripes, un assouplissement détourné de son but initial : le recyclage  

Remontons le fil. Dès 2020, le ministère de l’Industrie initie la fin de l’interdiction d’importation de fripes, en vue de favoriser l’émergence d’une industrie nationale du recyclage textile, et la réinsertion professionnelle des femmes touchées par la fermeture du point de passage de Bab Sebta à la suite de la crise du Covid-19.

L’assouplissement des règles d’importation de la fripe s’est accompagné d’une autorisation d’en écouler une partie (20% à 35%) sur le marché national. En parallèle, l’autorisation d’importation de fripes exige que 20% des fripes soient recyclées sous forme de fibres textiles pour le marché local et l’export. 45% des fripes doivent en outre être recyclées sous forme de chiffons d’essuyage industriel pour l’export.

Cet assouplissement semble aujourd’hui détourné de son but initial, notamment le recyclage.

Selon nos informations, ces licences « passoires » sont accordées aujourd’hui à 35 importateurs, principalement des entreprises très faiblement capitalisées au nombre de 22. Sept personnes physiques et six associations détiennent à leur tour des autorisations d’importation de fripes.

Ces licences ont permis d’importer une large variété de produits sous la dénomination « friperie », y compris des articles neufs (invendus des enseignes en Europe) et d’en alimenter massivement les souks et autres marchés informels d’habillement, sans réel impact sur l’émergence d’une industrie du recyclage textile.

Sur les 35 importateurs recensés, seule une entreprise dispose d’un outil industriel de recyclage

Sur les 35 importateurs recensés, seule l’entreprise Wolkat dispose en effet d’un outil industriel de recyclage.

La réforme a donc entraîné une forte hausse des importations de fripes en provenance d’Europe, sans constater d’augmentation des exportations de friperie ou de déchets textiles.

Toujours selon nos informations, les importations de fripes sont passées de 20 à 54 kilotonnes entre 2019 et 2023, soit un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de +29%, tandis que les exportations de friperie et de déchets (+2 kilotonnes entre 2019 et 2023) et les exportations de fibres discontinues (+11 kilotonnes entre 2017 et 2022) n’ont pas connu une augmentation significative.

Les importations de fripes proviennent quasi exclusivement d’Europe : Espagne (53%), Allemagne (18%) et Belgique (11%).

Importation massive de fripes à bas prix : un milliard de dirhams de pertes pour les recettes de l’État en 2023 

La forte hausse des importations de fripes a en outre cannibalisé les parts de marché des importations du secteur formel et de la production nationale, atteignant près de 27% des parts de marché en 2023. La friperie étant importée à des prix 17 fois inférieurs à ceux des habits non usagés, et 11 fois inférieurs au coût de revient de l’industrie nationale.

À court terme, l’importation massive de fripes à des prix bas (10 DH/kg) et la cannibalisation du marché de l’habillement non usagé importé à des prix atteignant 168 DH/kg ont un impact direct sur les recettes de l’État (droits de douane et TVA), estimé sur l’année 2023 à 1 MMDH de manque à gagner, hors prise en compte d’éventuelles sous-déclarations à l’importation, selon des données communiquées à Médias24.

Peut-être que cette politique européenne sera à l’origine de la disparition de certains emplois dans l’importation et la distribution de la friperie, mais elle créera, en revanche, une panoplie d’emplois dans la fabrication et l’industrialisation des vêtements

En effet, la réglementation de la friperie au Maroc, caractérisée par un monopole illégal et une anarchie, s’impose de plus en plus. Néanmoins, pour certains fripiers, la seconde main reste leur seul gagne-pain. Comment faire en sorte de protéger cette catégorie tout en privilégiant la production locale ?

Le président de l’AMITH nous répond : « Il est inconcevable que nous soyons un pays catalogué textile et que nous proposions majoritairement à nos concitoyens des vêtements usagés, alors que nous devons mettre à leur disposition des produits de première main à des prix abordables. Peut-être que cette politique européenne sera à l’origine de la disparition de certains emplois dans l’importation et la distribution de la friperie, mais elle créera, en revanche, une panoplie d’emplois dans la fabrication et l’industrialisation des vêtements ».

Nouvelle polémique autour de l’importation des déchets au Maroc

Les récentes données du ministère ont intensifié les discussions sur la légalité des importations de déchets et leur impact environnemental. Entre 2021 et 2023, le Maroc a importé environ 548.000 tonnes de déchets non dangereux provenant des zones d’accélération économique, principalement pour les besoins de l’industrie du recyclage, à en croire des données récemment communiquées par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable. Parallèlement, le Royaume a exporté 3.700 tonnes de déchets.

Les importations autorisées par le ministère, en majorité en provenance de l’Europe, se répartissent comme suit : 1,5 million de tonnes de Grande-Bretagne, 970.896 tonnes de France, 20.000 tonnes d’Italie, 60.000 tonnes de Suède, 30.054 tonnes d’Espagne et 100.000 tonnes de Norvège.

Cette décision est critiquée par les défenseurs de l’environnement, qui dénoncent une opération « peu respectueuse de l’environnement dans un pays où seulement 6 à 10 % des déchets locaux sont recyclés, la majorité étant enfouie ».

« Les usines qui utilisent des déchets usagés et des pneumatiques pour la combustion ne disposent pas toujours des technologies de pointe nécessaires pour contrôler les émissions de gaz toxiques, comme le CO2, ce qui contrevient aux normes de protection de l’environnement », déplore Mohamed Benatta, coordinateur du Collectif écologique du Nord du Maroc, qui souligne que ces opérations « ne sont pas conformes aux normes d’émission prévues par la loi 13-03 sur la lutte contre la pollution de l’air ni à la stratégie encourageant le déploiement des énergies renouvelables au Maroc ».

Quel cadre juridique?

Les mouvements transfrontaliers de déchets sont régis par la convention de Bâle, que le Maroc a ratifiée en 1995. Cette convention vise à minimiser les mouvements transfrontaliers de déchets, à traiter les déchets aussi près que possible de leur source et à réduire la production de déchets en termes de quantité et de danger.

Au Maroc, la loi 28-00, adoptée en 2006, interdit l’importation de déchets dangereux et impose des autorisations strictes pour l’importation de déchets non dangereux. Cette loi s’aligne sur les normes internationales. Elle stipule que l’importation de déchets non dangereux ne peut se faire qu’avec une autorisation préalable, après évaluation de la faisabilité économique et du respect des normes environnementales.

En complément, le décret n°2.17.587, adopté en 2018, précise les conditions et modalités d’importation, d’exportation, et de transit des déchets. Ce décret instaure des règles pour garantir que les déchets importés répondent à des critères de sécurité stricts, tant sur le plan environnemental qu’en matière de santé publique. Il exige la fourniture d’un ensemble de documents incluant des analyses physiques et chimiques, des fiches techniques, et des preuves de la conformité aux standards de gestion des déchets.

Le décret impose également que les déchets importés soient traités ou recyclés dans un délai de six mois au maximum, et qu’un certificat d’élimination soit fourni dans les 30 jours suivant le traitement des déchets. Il interdit par ailleurs l’exportation de déchets dangereux vers des États qui n’ont pas donné leur accord écrit, ou qui ne sont pas parties à la Convention de Bâle.

416 autorisations depuis 2016

Depuis 2016, le nombre d’autorisations accordées pour l’importation de déchets non dangereux à des fins énergétiques ou industrielles s’élève à 416, souligne le département de tutelle dans une mise au point publiée ce mardi 27 août dans la soirée. « Le Maroc privilégie les importations en provenance de pays européens dotés de systèmes de tri et de traitement des déchets de haute qualité, garantissant ainsi des produits non nocifs pour l’environnement et la santé publique », explique le ministère de la Transition énergétique et du développement durable.

Conformément à la réglementation en vigueur, l’octroi des autorisations d’importation est soumis à une procédure administrative qui inclut la présentation de documents d’analyses physiques et chimiques, ainsi que des fiches techniques permettant d’identifier les déchets et leur origine, poursuit le département de Leila Benali. Il est également nécessaire d’obtenir l’avis des ministères concernés pour s’assurer que ces déchets « répondent aux besoins des industries nationales et présentent une faisabilité économique ».

Le commerce mondial des déchets non dangereux génère un nombre significatif de transactions et contribue à la création d’opportunités d’emploi. Le Maroc profite de ce marché en important des déchets plastiques, ferreux, et des pneus en caoutchouc déchirés pour les recycler et les valoriser en tant que matières premières dans les secteurs industriels et énergétiques (comme la fabrication de canalisations destinées aux désinfections liquides, tuyaux d’irrigation goutte à goutte, boîtes en plastique, etc., en plus d’utiliser des roues déchirées comme matériau pour produire de l’énergie alternative dans les fours des cimenteries).

Sur le plan économique et social, l’importation, le recyclage et la valorisation des déchets non dangereux représentent, selon la même source, une opportunité pour les nouveaux acteurs économiques. Ce processus, « rentable et respectueux de l’environnement, renforce l’économie verte et l’économie circulaire au Maroc », souligne le ministère. Les chaînes de valorisation des déchets couvrent 13 domaines, avec un potentiel de création de valeur ajoutée pour l’économie nationale, notamment par l’amélioration de la balance commerciale et la création de plus de 9.500 emplois directs et indirects, avec l’objectif de créer au moins 60.000 emplois d’ici 2030, argue le ministère.

Cette polémique rappelle celle de 2016, lorsque Hakima El Haite, alors ministre déléguée chargée de l’Environnement, avait autorisé l’importation de 2.500 tonnes de déchets italiens. Son département avait, alors, expliqué avoir autorisé l’importation que des déchets type « RDF » (Combustible dérivé des déchets) qui sont des déchets non dangereux utilisés en tant que combustible de substitution à l’énergie fossile classique dans les fours de cimenteries à l’échelle internationale ».

Eau non conventionnelle : nouvelles solutions technologiques pour la réutilisation des eaux grises

Le Maroc est confronté à une crise d’eau dont la fin n’est pas encore en vue. Les rapports publics prévoient que plusieurs villes du royaume connaîtront des coupures d’eau, un phénomène qui devrait devenir une habitude plutôt qu’une exception. Aujourd’hui, des efforts sont déployés pour résorber les effets de cette crise en accélérant la réalisation de plusieurs projets pour la mobilisation de ressources conventionnelles et non conventionnelles : nouveaux barrages, interconnexions entre bassins, stations de dessalements, unités monoblocs…

Malgré ces efforts, la réutilisation des eaux non conventionnelles reste très timide au Maroc par rapport à l’objectif de 320 millions de mètres cubes par an à l’horizon 2030 fixés par le Plan National de l’Eau. La mobilisation de telles quantités peut être bénéfique en diminuant la pression sur les ressources conventionnelles qui deviennent de plus en plus rares.

En l’absence de précipitations, la réutilisation des eaux grises figure parmi les bonnes options à développer pour la mobilisation des ressources non conventionnelles dans le contexte marocain.

L’intérêt de la réutilisation des eaux grises

Les eaux grises correspondent au recyclage des eaux issues du bain, du lavabo, de l’évier et du lave-linge. Ces eaux peuvent être utilisées pour des applications non potables en substituant les eaux fraîches par ces eaux recyclées.

Consommation moyenne de l’eau potable dans les foyers. En pointillés, les ressources d’eau pouvant être réutilisées.

Les eaux grises constituent une part importante du flux total des eaux usées d’une maison, représentant entre 50 et 80% du volume total. Contrairement aux eaux de pluie, la disponibilité des eaux grises n’est pas fonction de saison ou de dépendance climatique. Cela en fait une ressource disponible et permanente, surtout dans les grandes villes. De plus, ces eaux présentent un taux de pollution relativement faible comparativement aux eaux usées noires. Elles contiennent moins de matières organiques et sont moins chargées en contaminants et en agents pathogènes. Cela signifie que leur traitement est généralement moins coûteux et moins complexe que celui des eaux usées noires.

L’intérêt de la réutilisation des eaux grises est multiple. Premièrement, l’utilisation de ces eaux dans des usages non potables permettra de faire des économies importantes dans la consommation domestique de l’eau. Par exemple, en les utilisant pour les toilettes, on peut réduire d’environ 20 % la consommation d’eau potable, ce qui permet de réaliser des économies importantes sur la facture d’eau. Cet exemple peut être généralisé à d’autres utilisations non potables et permettra de réduire davantage la consommation domestique de l’eau.

Dans un second lieu, les eaux grises pourraient être bénéfiques à l’irrigation des espace verts (l’usage agricole est exclu car il nécessite des traitements plus poussés). L’utilisation de ces eaux recyclées pour l’irrigation constituent une alternative économique à l’eau potable tout en apportant des nutriments essentiels aux plantes, réduisant ainsi le besoin en engrais.

Le lavage des voitures peut également s’ajouter aux domaines d’utilisation de ces eaux recyclées. Au Maroc, le secteur du lavage automobile est très lucratif. Pourtant, la plupart des usagers utilisent l’eau potable et/ou les eaux des puits, alors qu’ils pourraient tirer profit de l’utilisation des eaux usées après traitement.

Pour l’intérêt général, la réutilisation des eaux grises peut être bénéfique pour les services publics. Ces eaux peuvent être utilisées de plusieurs manières. D’une part, il permet l’irrigation des espaces verts et des fontaines. D’autre part, ces eaux peuvent être utilisées pour le nettoyage des rues et places publiques.

Les systèmes classiques de réutilisation des eaux grises

La composition des eaux grises varie principalement en fonction de leur composition, ce qui induit des systèmes de traitement différents selon les besoins. On distingue deux catégories principales d’eaux grises :

(1) Les eaux grises légères : issues de l’eau de bain, de douche et des lavabos. Elles sont généralement peu chargées en polluants.

(2) Les eaux grises lourdes : issues de l’évier de la cuisine et de la machine à laver. Elles sont plus chargées en polluants, notamment en graisses et en détergents.

Pour simplifier le traitement et la réutilisation des eaux grises, certains guides excluent les eaux grises lourdes du processus. Cette exclusion permet d’utiliser des systèmes de traitement plus simples et moins coûteux pour les eaux grises légères. Selon le besoin, on retrouve sur le marché deux systèmes de réutilisation d’eau grise :

Modèle illustrant un système classique de réutilisation d’eau grise.

Auparavant, le traitement des eaux grises classique reposait soit sur des systèmes mécaniques de filtration et/ou par traitement chimique. La filtration permet d’éliminer les particules grossières et impuretés à l’aide de filtres (filtre à sable, filtre à membranes…). En ce qui concerne le traitement chimique, un ensemble de produits chimiques sont utilisés pour éliminer les impuretés. Par la suite, le traitement biologique vient s’ajouter aux autres traitements à base de composant naturels qui permettent la digestion d’élément pathogènes.

Afin de permettre le stockage des eaux traitées, le recours à des méthodes de désinfection est essentiel pour éviter le développement de bactéries dans l’eau. Parmi ces méthodes, la radiation solaire s’est distinguée parmi les méthodes les plus écologiques. Outre l’écologie, les radiations solaires permettent d’éliminer tous les types de contaminants et de produire une grande quantité d’eau traitée.

Réutilisation des eaux grises par phytoépuration (Nouvelle invention)

Récemment, plusieurs inventions ont permis d’améliorer la rentabilité et la sécurité des systèmes de traitements des eaux grises. Une invention récente a développé une solution bâtiment qui récupère en amont les eaux grise et le redirige vers un local technique pour des traitement préliminaires qui consiste principalement dans la séparation des solides avant d’être acheminé vers la toiture pour phytoépuration.

L’idée de cette invention est de permettre de dépolluer l’eau grise d’une manière durable, sécuritaire et nécessitant pas des couts d’entretien réguliers par rapports aux méthodes classiques. En plus d’être efficace et durable, cette nouvelle invention se distingue par sa faible consommation d’énergie, ce qui en fait un choix des plus judicieux.

Démonstrateur développé par l’entreprise « Soprema » pour le traitement des eaux grises (source: Soprema).

La phytoépuration, connue aussi sous le nom de lagunage, est une technique très ancienne permettant de faire passer les eaux dans un bassin où l’action des plantes et microorganismes vont permettre de dépolluer l’eau. Le processus de dépollution, via phytoépuration, permettra d’éliminer les principaux polluants (azote, phosphore, matière organique, métaux lourds…) grâce à :

Principe de phytotoiture développé par Soprema.

Ce nouveau système de réutilisation des eaux grises s’inspire principalement de la phytoépuration, qui utilise des végétaux et des micro-organismes pour purifier l’eau. Après l’étape de phytoépuration, l’eau est ensuite dirigée vers le local technique pour des traitements complémentaires avant d’être acheminée à leur destinations finale pour des utilisations non potables.

Partant du même principe, l’Université d’Emory (Etats Unis) à travers le projet WATERHUB ont pu traiter les eaux grises de l’université via des systèmes hydroponiques et lagunage pour purifier ces eaux grises pour l’irrigation des espaces vert, le chauffage et le refroidissement du bâtiment… Cette unité de traitement est capable de traiter environ 1514 m3 par jour.*

Microstation de lagunage de l’université d’Emory (Source : Emory University).

Les leçons tirées de la crise d’eau en Espagne

Dans l’autre rive de la Méditerranée, la crise de l’eau qui frappe la région de Catalogne depuis novembre 2022 continue à menacer l’approvisionnement de la ville de Barcelone. Les réserves d’eau sont quasiment épuisées et les stations de dessalement et d’épuration tournent à plein régime.

Consciente de l’ampleur de la crise, l’action publique est convaincue que les précipitations ne peuvent pas compenser à court terme le déficit hydrique et que la demande actuelle ne convient pas avec les ressources d’eau limitées. A court terme, il a été décidé que la part des citoyens et entreprises soit limitée à moins de 200 litres par jour dans la phase d’urgence I, qui pourrait être diminuée si la situation s’aggravait.

En parallèle à cette restriction, la ville de Barcelone se dotera d’un plan concret (règlement et guide technique) pour la promotion des différentes sources d’eau alternatives. Parmi ces mesures phares, elle prévoit la réutilisation des eaux grises, dans le domaine public comme dans le privé afin de réduire la consommation de l’eau potable. Ce nouveau plan visera les nouvelles constructions et les rénovations majeures car le coût d’amortissement des systèmes de réutilisation des eaux grises sera plus faible. L’élaboration de ce plan s’est appuyé sur un processus participatif qui a été mis en œuvre par une commission de suivi composée d’institutions publiques, du secteur privé, d’université et d’experts.

En Catalogne, la réutilisation des eaux grises gagne du terrain. En effet, trente mairies ont déjà̀ adopté des règlements imposant aux nouvelles constructions l’installation de systèmes de réutilisation des eaux grises. La ville de Sant Cugat del Vallès, située en périphérie de Barcelone, s’illustre particulièrement par l’implication de ses citoyens dans le recyclage de l’eau. Près de 30 000 habitants de la ville disposent déjà̀ d’installations permettant de réutiliser les eaux grises.

Penser l’utilisation des eaux grises dans les grandes métropoles du Maroc

Au Maroc, la loi 36-15 relative à l’eau a reconnu l’importance des eaux non conventionnelles et a encadré leur utilisation pour les particuliers et les institutions. La loi s’est focalisée sur la désalinisation et le traitement des eaux usées en général, sans mention particulière aux eaux grises. Depuis le 3 février 2021, l’arrêté du ministre de l’Équipement, du transport, de la logistique et de l’eau n° 333-21 fait mention des éléments techniques de récupération des eaux grises.

Face à la crise actuelle de l’eau, la volonté politique est plus que jamais orientée vers le développement des eaux non conventionnelles, à travers la mise en œuvre d’un maximum de projets de mobilisation de ces ressources. A ce jour, le recyclage des eaux grises est moins développé dans le royaume par rapport aux autres techniques de mobilisation d’eau non conventionnelle. Il est distinctement opportun car il permet de récupérer une eau qui ne nécessite pas de traitement avancé et qui peut répondre plus efficacement à l’enjeu de la réduction du gaspillage de l’eau. Cependant, le coût d’un tel système est le principal inconvénient qui limite son utilisation dans le pays.

Comme l’Espagne, nous pensons qu’il est temps de recommander telle installation pour les nouvelles constructions et modifications majeures afin de développer son utilisation. Dans une première étape, l’Etat peut encourager le promoteur immobilier à adopter telle pratique par un allégement fiscal en contrepartie de ces installations. Par la suite, il faut penser à élaborer des guides techniques plus avancés que l’arrêté ministériel n° 333-21 et passer de la recommandation au règlement.

La ville de Casablanca pourrait bien profiter d’un tel système surtout après les derniers problèmes d’approvisionnement dus au déficit hydrique du barrage Al Massira dont les réserves ne dépassent pas, actuellement, 1,10%. Cette ville, qui compte actuellement environ 3 millions d’habitants et dont la population ne cesse d’augmenter, ne pourra pas continuer à satisfaire la demande exponentielle en eau potable en l’absence de projet de mobilisation de ressources d’eau alternative.

Actuellement, la consommation quotidienne en eau potable est d’environ 600.000 mètres cubes. En récupérant et en réutilisant seulement 5% de cette eau usée (soit 30.000 m³), nous pourrions cumuler 11 millions de mètres cubes d’eau recyclés par an. Dans une ville où les espaces verts font cruellement défaut et où la salubrité de plusieurs rues et boulevards est critique, ce volume d’eau récupérée pourrait contribuer au renforcement et au développement d’espaces verts. Ces derniers revêtent une importance capitale pour le développement d’îlots de fraîcheur, ces microclimats urbains qui procurent une certaine fraîcheur lors des canicules et dont la création dépend de la présence d’un couvert végétal dense.

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