Redressement LJM : Alj créancier envers sa filiale, BoA recalée

En redressement judiciaire, la société Les Jeunes Maçons (LJM) est débitrice envers sa propre société mère, Cap Holding. C’est ce que révèle une ordonnance rendue le 8 décembre par le juge-commissaire chargé de la procédure, qui a validé un montant de 2,4 MDH au profit de l’entité dirigée par Chakib Alj.

Cap Holding, qui a déclaré sa créance dans le cadre de la procédure collective, se positionne en tant que créancier ordinaire. Et attendra un remboursement suivant l’ordre fixé dans le futur plan de continuation.

Ce document sera présenté par le syndic et soumis pour homologation par le tribunal de commerce de Fès, où le dossier est ouvert depuis février 2025.

Selon nos informations documentées depuis l’enclenchement de l’affaire, l’endettement déclaré dépasse aujourd’hui les 70 MDH.

Smaex validée, BoA recalée

Cette même audience du 8 décembre a connu deux autres décisions marquantes : la première concerne l’Assurance Marocaine d’Assurance à l’exportation (Smaex), qui a été admise pour un montant de 1,6 MDH.

Bank of Africa a, en revanche, essuyé une fin de non-recevoir concernant la créance qu’elle revendiquait sur Les Jeunes Maçons. Le juge-commissaire avait préalablement ordonné une expertise bancaire afin de déterminer le montant exact de la dette.

Les éléments parvenus à nos soins indiquent que l’expertise n’a jamais été menée à terme, faute de consignation des frais dans les délais. D’où l’irrecevabilité de la déclaration de créance.

Cela étant, cette décision ne constitue pas un « rejet au fond  » de la demande.

Best Milk : la justice reprend le dossier des fautes de gestion

Au tribunal de commerce de Marrakech, les juges ont relancé le dossier des fautes de gestion impliquant Best Milk. La juridiction veut entendre l’ensemble des administrateurs qui se sont succédé depuis la création de la société jusqu’à sa mise en redressement en 2014, apprend Médias24 de source judiciaire.

Ces démarches ont été engagées en octobre. Elles font suite à une décision de la cour d’appel commerciale qui a annulé l’extension du redressement à deux dirigeants, Jawad Alami et Ali Kharfi.

L’arrêt du 30 septembre 2025, rendu après cassation, a ordonné au tribunal de première instance de reprendre l’examen du dossier depuis l’origine. Le nouveau procès est désormais ouvert.

Dans ce cadre, le tribunal a demandé au syndic Mbarek Zaakoun de reconstituer l’historique complet de la gouvernance de Best Milk : liste des administrateurs successifs, procès-verbaux, documents retraçant la conduite de la société avant le redressement. Ces pièces doivent être versées au dossier avant la prochaine audience fixée à la mi-décembre.

De 2017 à aujourd’hui, un dossier aux multiples rebondissements

Le volet consacré aux fautes de gestion remonte à 2017, lorsque la justice commerciale avait ouvert une enquête sur les responsabilités ayant conduit Best Milk à la cessation de paiement. Une expertise judiciaire avait été réalisée. Dans un rapport adressé au tribunal, le syndic Zaakoun en avait résumé les conclusions. Selon l’expert, la cause directe de l’effondrement financier de Best Milk résidait dans « la mauvaise gestion », imputée à Jawad Alami et Ali Kharfi, précisément les deux dirigeants au centre du litige actuel.

Sur la base de cette expertise et des éléments rassemblés dans le dossier ouvert depuis 2017, la justice commerciale avait d’abord prononcé la liquidation personnelle à l’encontre des deux dirigeants. Une décision partiellement réformée en appel, où la cour d’appel optera pour une extension du redressement judiciaire de Best Milk à ces deux personnes.

Cette extension a été cassée par la Cour de cassation début 2025. La cour d’appel de renvoi a ensuite annulé définitivement l’extension le 30 septembre 2025 et renvoyé l’affaire au tribunal de première instance pour qu’il reprenne l’examen des fautes de gestion. C’est cette reprise qui est en cours aujourd’hui.

Le redressement, le rachat et le plan de continuation sur dix ans

Best Milk est un acteur laitier historique de la région de Marrakech, actif dans la collecte, la transformation et la commercialisation du lait. En février 2014, la société a été placée en redressement judiciaire en raison de difficultés financières persistantes.

La même année, elle a été rachetée par un consortium public-privé réunissant notamment Anouar Invest, Crédit Agricole et le fonds Nebetou, ce qui a permis de préserver l’outil industriel et une partie des emplois.

Les faits de gestion examinés aujourd’hui par la justice concernent la période antérieure à ce redressement. Ils visent la conduite de la société avant l’arrivée des nouveaux actionnaires et ne portent pas sur le management mis en place après la reprise.

En parallèle de cette réouverture sur les responsabilités passées, Best Milk poursuit un autre chantier : l’exécution du plan de continuation adopté en 2016, essentiel à sa survie économique.

En avril 2016, le tribunal de commerce avait homologué un plan d’apurement sur dix ans, destiné à permettre la poursuite de l’activité et le règlement du passif. Ce plan entame aujourd’hui sa dernière ligne droite, avec une échéance théorique en avril 2026.

Au fil des années, le plan de continuation a lui aussi connu ses propres turbulences. Un premier jugement avait tenté d’y mettre un terme en prononçant la liquidation judiciaire de Best Milk, estimant que l’entreprise ne respectait pas ses engagements. Mais la cour d’appel de commerce a finalement rétabli le plan, jugeant qu’il devait être mené à son terme.

Aujourd’hui encore, ce plan d’apurement se poursuit sous supervision judiciaire, pendant que la justice revisite les responsabilités qui avaient précipité la laiterie dans la cessation de paiement.

City Club : redressement étendu à 27 entités du groupe Harroch

C’est officiel : le redressement de Sacha Edy, holding de Jonathan Harroch, sera étendu à 27 entités du groupe, dont une grande partie affiliées au réseau City Club. Le tribunal de commerce de Casablanca a rendu son jugement ce mardi 7 octobre, validant en grande partie la demande d’extension introduite par le ministère public.

Selon les éléments consultés par Médias24, une société a été exclue du périmètre initialement proposé. Il s’agit de Wellness Nation Sportive. Les juges ont déclaré irrecevable la demande du parquet concernant cette entité.

Le tribunal a par ailleurs nommé Abdelmjid Rais en qualité de syndic et désigné le juge Lamaddeb Badr Eddine comme juge-commissaire, chargé de suivre la procédure unifiée regroupant désormais Sacha Edy et les vingt-sept autres entités de la galaxie Harroch.

Les sociétés concernées sont Shazal, City Nakhil, City Club El Jadida, City Club Bourgogne, City Club Tanger, City Club Anfa, City Club Agadir, City Club Zerktouni, Fitness & Food, City Club Agdal, Fitness Equipment, Gymnas Avenue, City Club Ziane, City Club Lissasfa, Val de Forme, City Club Témara, City Orika, Club Stretch, Amazonia Fitness, City Aïn Sebaâ, City Racine, City Émile Zola, City Salé, City Mohammédia, City Hay Hassani, Valley Agadir et Anfa Fitness.

Fait intéressant : le syndic a reçu pour mission de gérer intégralement les entreprises concernées par l’extension de la procédure.  En détention préventive pour une affaire criminelle, Jonathan Harroch est donc de facto dessaisi de la gestion de ses entreprises dont il est l’unique gérant.

Le syndic aura également quatre mois (prorogeable) pour élaborer la solution appropriée dans le cadre du redressement judiciaire de la société Sacha Edy, considérée comme le vaisseau amiral du groupe.

Cette décision d’extension fait suite à la demande initiée en septembre par Souad Kamili, procureure du Roi près la juridiction commerciale. C’est cette même magistrate qui avait obtenu, il y a quelques semaines, la mise en redressement de Sacha Edy après constatation de l’état de cessation de paiement.

Nous n’avons pas encore accès aux motivations des juges concernant l’extension. Il faudra observer un délai avant que la copie intégrale du jugement ne soit communiquée aux parties.  Selon le Code de commerce, « la procédure ouverte peut être étendue à une ou plusieurs autres entreprises par suite de confusion de leur patrimoine avec celui de l’entreprise soumise à la procédure, ou lorsqu’il s’agit d’une personne morale fictive  » (article 585).

En filigrane, le jugement vise à réunifier un groupe d’entreprises jusque-là fragmentées. L’enjeu est d’en assurer une gestion commune sous contrôle judiciaire. Il s’agit aussi de préserver les intérêts des créanciers, en évitant la dispersion des actifs et des procédures.

Les Jeunes Maçons en redressement : nouvelles créances validées

Le juge-commissaire chargé de la procédure de redressement de la société Les Jeunes Maçons a validé, le lundi 2 juin 2025, une nouvelle série de créances.

Il s’agit de la troisième vague d’ordonnances rendues dans le cadre de cette procédure collective ouverte à la mi-février 2025 devant le tribunal de commerce de Fès.

Plus de 6,3 MDH de créances ont été validées lors de cette audience. Selon nos informations, les créances validées concernent notamment :

Ces sommes sont toutes considérées comme des créances ordinaires (chirographaires) au passif de l’entreprise.

Ces décisions s’ajoutent à deux précédentes séries d’ordonnances rendues début mai et le 26 mai 2025, comme Médias24 l’a déjà rapporté. Le total des créances validées dépasse désormais les 20 millions de dirhams, un montant relativement faible mais en augmentation constante.

Le dossier est suivi par le juge-commissaire Abdelkader Benaddou et le syndic Samir Benyachou, chargé à la fois de superviser la vérification des créances et de soumettre, à terme, ses propositions pour surmonter les difficultés de l’entreprise.

Une solution à définir dans les mois à venir

L’affaire reste de dimension modeste sur le plan financier. Elle n’en suscite pas moins une attention particulière du fait du lien capitalistique entre Les Jeunes Maçons et CAP Holding, le groupe dirigé par Chakib Alj. Les soubresauts de cette filiale avaient alimenté une polémique médiatique en début d’année à laquelle le président de la CGEM avait réagi dans nos colonnes.

D’autres dossiers de créanciers sont toujours en cours de vérification. Certaines déclarations ont été mises en délibéré ou renvoyées à une audience ultérieure. Le chiffre définitif du passif de l’entreprise ne pourra être arrêté qu’à l’issue de l’examen de l’ensemble des créances déclarées.

Entretemps, le syndic chargé de la procédure se penche sur la préparation du bilan global de l’entreprise. Ce document permettra d’envisager « une solution » aux difficultés de Les Jeunes Maçons, aujourd’hui en situation de cessation de paiement. Le syndic dispose d’un délai de quatre mois, prorogeable une seule fois, pour déposer son rapport.

Affaire « Les Jeunes Maçons » : le point sur la procédure

Au tribunal de commerce de Fès, la procédure de redressement visant la société Les Jeunes Maçons avance discrètement, mais à un rythme soutenu.

Le dossier est entre les mains du juge-commissaire Benaddou Abdelkader, qui se penche déjà sur les vérifications des créances déclarées contre cette filiale de CAP Holding.

Après la première vague de créances validées début mai, le magistrat a examiné ce lundi 26 mai une vingtaine de dossiers, certains ayant débouché sur des ordonnances favorables.

Selon nos informations, quatre nouveaux créanciers se sont vu valider leurs montants à l’issue de cette audience tenue peu après midi. Il s’agit respectivement de Abla Building (6,9 MDH), Lafarge Blaco Maroc (495.792 DH), Interfer (237.224 DH) et Cam Location Maroc (52.000 DH).

Une dizaine d’autres créances ont été soit mises en délibéré pour début juin, soit renvoyées pour la poursuite des vérifications à la même date. Dans le cas de deux créances, le juge-commissaire a constaté l’existence d’un procès déjà ouvert.

En comptant les créances validées ce lundi, le total des montants approuvés grimpe à près de 11 millions de dirhams.

Pour l’heure, les montants en jeu inscrivent cette procédure collective parmi les petits dossiers. Toutefois, de grands cabinets d’avocats d’affaires casablancais suivent de près son déroulement pour le compte de clients de premier plan.

Médias24 apprend que parallèlement au volet des difficultés d’entreprise, LJM doit gérer différents litiges en cours.

De fait, le cas de LJM attire surtout les projecteurs en raison de ses liens capitalistiques avec CAP Holding, elle-même liée au nom de son dirigeant Chakib Alj.

La mise en redressement de cette petite entreprise avait, pour ces mêmes raisons, été précédée d’une polémique largement médiatisée au Maroc, poussant le patron de la CGEM à fournir des explications publiques.

Période suspecte : une vente immobilière de Somia court-circuitée par les juges

La justice vient d’annuler la vente d’un bien immobilier appartenant à Somia, filiale marocaine du groupe français Crespo, aujourd’hui en liquidation.

Conclue avec la société Ghita Développement le 25 décembre 2023, l’opération portait sur un terrain situé à Marrakech Menara, cédé pour un montant de 10,5 millions de dirhams.

Le jugement d’annulation a été rendu le 15 mai 2025 par le tribunal de commerce de Marrakech. Il fait suite à une demande introduite par le syndic en charge de la liquidation, Me Abdelouahed Bensinan, qui dénonçait une vente conclue dans des conditions préjudiciables aux créanciers : non seulement le bien aurait été cédé à un prix nettement inférieur à sa valeur réelle, mais l’acte aurait également été passé durant la période suspecte, alors que la société était déjà en situation de cessation de paiement.

Une vente remise en cause dans le cadre de la procédure collective

La procédure de sauvegarde visant Somia a été ouverte par jugement du 20 février 2024, avant d’être convertie en redressement judiciaire le 16 juillet, puis en liquidation. Or la cession du bien immobilier est intervenue en amont, alors que, selon le syndic, les difficultés financières de la société étaient déjà avérées.

Le cœur de l’argumentation du syndic repose sur deux axes :

D’une part, le caractère sous-évalué du prix de vente, évalué à 2.575 dirhams/m², pour un terrain situé dans le quartier de Guéliz, classé dans les documents d’urbanisme comme zone autorisant la construction d’immeubles de cinq étages.

D’autre part, le contexte dans lequel la vente a été conclue, à savoir une entreprise en déclin économique et financier, agissant potentiellement au détriment de ses créanciers.

Dans sa requête, le liquidateur soutenait que le prix de cession était « dérisoire » au regard du marché, en affirmant qu’un bien équivalent, dans la même zone, ne se vend pas à moins de 12.000 à 13.000 dirhams/m².

Cette décote apparente laissait selon lui soupçonner une opération destinée à sortir un actif significatif du patrimoine de Somia avant son entrée formelle en procédure collective, au risque de priver les créanciers d’un levier de remboursement.

La période suspecte désigne l’intervalle entre la date de cessation des paiements et le jugement d’ouverture de la procédure collective. Durant cette phase critique, les actes réalisés par l’entreprise peuvent être réexaminés a posteriori.

Selon l’article 715 du Code de commerce, les ventes, paiements, garanties ou cessions d’actifs réalisés après cette date peuvent être annulés par le tribunal, notamment s’ils sont accomplis de mauvaise foi, ou dans des conditions anormales, comme une sous-évaluation manifeste.

Une expertise judiciaire en soutien à la demande

Pour éclairer sa décision, le tribunal avait ordonné, en novembre 2024, une expertise confiée à Hassan Fattas, expert judiciaire, avec pour mission de déterminer la valeur réelle du terrain, en tenant compte de sa localisation, des documents d’urbanisme et de la réalité du marché local.

L’expert devait également comparer le prix de vente avec sa propre évaluation et, en cas d’écart, indiquer si celui-ci pouvait être objectivement justifié. Les conclusions de cette expertise, bien que non encore publiées, ont manifestement conforté les arguments du syndic, ouvrant la voie à l’annulation de la vente.

Les motifs détaillés du jugement du 15 mai 2025 ne sont pas encore disponibles. Mais les éléments versés au dossier suggèrent que la combinaison d’une vente en période suspecte et d’un prix inférieur aux références du marché a pesé dans la décision des juges.

La procédure d’annulation d’actes passés durant cette période est un outil pour assurer l’équité entre créanciers, en empêchant des transactions qui videraient le patrimoine de l’entreprise au moment où elle devient insolvable.

Le bien sera réintégré dans le périmètre de la liquidation, au profit des créanciers

Somia traîne une dette dépassant les 460 MDH, dont plus de la moitié invoquée par des banques. Parmi les établissements bancaires, beaucoup sont titulaires de sûretés et voient d’un bon œil la restitution du bien immobilier au périmètre de la liquidation.

Cela permet d’optimiser, un tant soit peu, les chances de remboursement. Il ne s’agit pas de l’unique procédure visant des cessions opérées par Somia.

Selon nos informations, le syndic a déposé une demande similaire portant sur un terrain de 13 hectares cédé début 2024 à un promoteur immobilier. Conclue pour 9 MDH, l’opération a été soumise à une expertise qui n’a pas encore été livrée au tribunal. Une audience est programmée au 3 juin 2025.

Buzzkito fait face à une demande de redressement

Le tribunal de commerce de Casablanca a tranché sur une demande de redressement judiciaire de Buzzkito, initiée par le fonds de capital-investissement PME Croissance. Celle-ci a été jugée « irrecevable ».

La requête introductive a été enregistrée le 25 octobre dernier. C’est après sept audiences que la juridiction commerciale a décidé, le 21 décembre 2023, de qualifier d’irrecevable la demande de PME Croissance.

Selon les informations recueillies auprès d’une source proche du dossier, PME Croissance et Buzzkito ont d’abord tenté une conciliation à l’amiable dans un centre de médiation. Mais celle-ci n’a pas abouti.

PME Croissance, créancier à hauteur de 15 MDH, selon cette même source, a donc décidé de recourir à la justice, précisément à la procédure de redressement pour tenter de recouvrer sa créance.

Cela dit, un vice de forme a conduit à l’irrecevabilité de la demande du fonds de capital-investissement qui peut toujours la renouveler.

Affaire à suivre.

IB Maroc : la demande de redressement déclarée « irrecevable »

IB Maroc ne sera pas placée en redressement judiciaire. Du moins, pas pour l’instant. La demande initiée par cette société cotée en bourse a été déclarée irrecevable par le tribunal de commerce de Casablanca.

Passé inaperçu, le jugement a été rendu le 2 février 2023. Pour l’heure, on ne connaît pas les motifs de l’irrecevabilité. IB Maroc n’a pas non plus communiqué sur cette décision, qui ne se prononce pas sur le fond de la demande (il ne s’agit pas d’un rejet de la demande).

La requête de redressement avait été initiée fin décembre par IB Maroc, qui présente une situation critique. Cette société opère dans l’intégration informatique, principalement la mise en place de serveurs, stockage et cloud chez ses clients.

Cotée depuis le 10 juillet 2001, IB Maroc a été la première société du secteur ‘Télécommunications et nouvelles technologies » à être introduite en bourse.

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IB Maroc : une situation financière difficile, une communication absente

IB Maroc est cotée en bourse depuis le 10 juillet 2001. Elle a été la première société du secteur ‘Télécommunications et nouvelles technologies’ à être introduite en bourse.

Elle opère dans l’intégration informatique, principalement la mise en place de serveurs, stockage et cloud chez ses clients. En soi, la valeur est une très petite capitalisation à la Bourse de Casablanca et n’est que peu liquide. Sa capitalisation boursière s’élève à 13,4 MDH. En 2022, d’après le résumé annuel de la Bourse de Casablanca, la valeur n’a traité que durant 99 séances sur un total annuel de 254.

Désormais, la société est dans une situation financière critique. Le 30 décembre dernier, IB Maroc a effectué une demande de mise en redressement judiciaire dont la première audience d’examen s’est tenue le 5 janvier 2023.

En entamant cette démarche, l’entreprise espère la protection du tribunal pour tenter de redresser la situation. Que sait-on de sa situation financière ?

Des difficultés qui durent depuis plusieurs années

Étant cotée en bourse, la société a obligation de publier ses comptes. Sur le site de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), on peut voir qu’au fil des années, la société a connu de nombreuses difficultés financières avec de multiples publications de profit warnings. En remontant le fil des publications, nous constatons que l’entreprise est en zone de turbulence depuis 2012, si ce n’est pas avant. Le premier document répertorié disponible sur le site de l’AMMC date de mai 2012 et provenait de l’ancien Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM). Un avertissement suivi d’une sanction pécuniaire de 42.000 dirhams avait été décidé à l’encontre de la société car « IB Maroc n’a procédé à l’information du public sur la baisse inhabituelle et substantielle de son résultat pour l’exercice 2011, par rapport à l’historique des réalisations, qu’à l’occasion de la publication de ses états financiers au titre du second semestre 2011, le 29 mars 2012, alors que ladite baisse était bien avérée à la date du 15 février 2012, soit avec un retard de 42 jours ».

L’entreprise a, par la suite, publié de nombreux profit warning sur ses résultats annuels ou semestriels, notamment en 2015, 2017, 2018, 2019.

Cette même année 2019, IB Maroc expliquait le 27 septembre, suite à son assemblée générale ordinaire « ne pas prononcer la dissolution anticipée de la société malgré des capitaux propres devenus inférieurs au quart au capital social et donc de poursuivre l’activité de la société ». A cette date, IB Maroc affichait des indicateurs dans le rouge. Les résultats d’exploitation, courant et net, tous négatifs.

Dans sa communication, l’entreprise cotée expliquait qu’elle « continuait de connaître des difficultés liées à la perte de ses concours bancaires l’empêchant de financer des approvisionnements et par voie de conséquence de réaliser son chiffre d’affaires malgré les nombreuses opportunités de réalisation ».  Face à cette situation, la solution envisagée à l’époque était de « trouver d’urgence un nouvel actionnaire » pour renforcer les capitaux propres et relancer la société.

Il semble que cette piste n’a pas été concrétisée au regard de la suite des évènements. Un chiffre d’affaires qui fondait comme neige au soleil d’une année à l’autre et un déficit permanent. En 2019, le groupe affichait un déficit de 26,3 MDH.

Un rapport du commissaire aux comptes défavorable

Par la suite, les choses ne se sont pas améliorées en temps de pandémie. L’entreprise a clôturé l’année 2020 avec un chiffre d’affaires de 11,3 MDH (contre 34,5 MDH en 2029)  et un déficit de 16 MDH.

En 2020, la société avait fait l’objet d’une vente aux enchères visant une partie de ses actifs au profit d’un créancier pour le remboursement d’une créance impayée.

L’année 2021, quant à elle, s’est clôturée sur une perte de 23 MDH. Lors de la publication des résultats annuels, les documents étaient accompagnés d’un rapport général du commissaire aux comptes. Ce dernier diagnostiquait une incertitude significative quant à la continuité de l’exploitation et émettait une opinion défavorable suite à l’analyse de différents documents financiers de la société, à savoir le compte de produits et charges, le bilan, l’état des soldes de gestion, etc.

« les états de synthèse ne donnent pas une image fidèle du résultat des opérations de l’exercice écoulé, ni de la situation financière, ni du patrimoine de la société IB Maroc au 31 décembre 2021 ».  Et d’ajouter, « la société connait des difficultés importantes pour régler ses créanciers, de financer des projets et d’honorer les commandes clients. (…) Cette situation entraine une incertitude significative sur la capacité de la société a poursuivre on activité ».

Aucune information sur les réalisations de l’année 2022, mais une condamnation

Il est aussi à noter que le dernier document publié par IB Maroc et diffusé par l’AMMC date du 30 mai 2022 et informe d’un avis de convocation à une AGO au 30 juin.

Aucune publication n’est affichée concernant les réalisations financières de la société courant 2022, pourtant il s’agit d’une obligation légale. Aucune sanction, non plus, ne figure sur la liste des sanctions décidées par l’AMMC.

Une source proche du sujet, nous confie que « IB Maroc a effectivement zappé les publications et se sont fait rappeler à l’ordre pour ce motif. Le management a tenté de remédier à la situation mais en publiant dans un journal d’annonces légales peu connu. La date de la publication est le 22 décembre ».

Pourtant, même sur le site de l’AMMC, cette publication n’y figure pas.

Contactée à ce sujet, l’AMMC nous explique qu’elle « suit de manière rigoureuse le respect des exigences de communication financière auxquelles sont assujetties les sociétés faisant appel public à l’épargne. Lorsqu’une situation susceptible de constituer un manquement auxdites exigences est relevée, l’AMMC demande systématiquement des explications et/ou une régularisation de ladite situation. Dans les cas où les manquements sont avérés, une procédure disciplinaire est engagée et qui peut mener à des sanctions pouvant varier selon la nature des manquements relevés ».

« Lorsqu’une société faisant appel public à l’épargne connait des difficultés, celle-ci fait l’objet d’un suivi rapproché de la part de l’AMMC et ce compte tenu de la situation particulière qu’elle traverse. Dans ce cadre, plusieurs actions sont menées notamment afin de sensibiliser ladite société sur la nécessité de respecter ses obligations d’information malgré les difficultés qu’elle connait, poursuit-on auprès de l’AMMC.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est donc impossible de savoir comment l’activité du groupe s’est comportée durant l’année 2022. En revanche, nous savons (information publique) qu’en décembre 2022, la société a été notifiée d’un jugement la condamnant à payer 6 MDH à la banque BMCI.

En redressement, DLM objet d’une demande de liquidation judiciaire

À l’initiative du contrôleur des créanciers, une action visant à convertir le redressement de Delattre Levivier Maroc en liquidation judiciaire est entre les mains du tribunal de commerce de Casablanca.

La requête a été enregistrée le 4 novembre. Lundi 7 novembre, le tribunal a renvoyé le dossier à l’audience au 21 du même mois. Un délai a été accordé pour la préparation de la défense.

Pour l’heure, nous n’avons pas eu accès au contenu de la demande dont on ne connait pas les motifs.

Il s’agit d’un nouveau rebondissement dans le parcours de l’entreprise depuis sa mise en procédure de difficultés. DLM avait déjà basculé, en avril dernier, de la sauvegarde au redressement judiciaire.

Delattre Levivier obtient un plan de continuation sur 10 ans

Une bouffée d’air pour Delattre Levivier Maroc. En redressement judiciaire, l’entreprise a obtenu la validation de son plan de continuation sur dix ans. Le jugement a été rendu ce jeudi 17 février par le tribunal de commerce de Casablanca.

Nous ne connaissons pas les termes du plan, ni ses grandes lignes. Généralement, il est question de rééchelonnement de dettes. Société cotée en bourse, Delattre Levivier compte plus de 500 créanciers.

Une décision positive, mais pas irréversible. Tout dépendra de la capacité de Delattre à respecter, dans les délais, les engagements contenus dans le plan. A défaut, le tribunal peut, d’office ou à la demande d’un créancier mécontent, convertir le redressement en liquidation judiciaire.

Delattre a déjà vécu une décision de « convertissement ». Jusqu’à sa mise en redressement en avril 2021, cet opérateur de l’industrie métallique bénéficiait de la sauvegarde judiciaire, procédure moins contraignante qui signifiait, à l’époque, que l’entreprise était en difficulté sans être en cessation de paiement. L’état de cessation de paiement justifie ainsi la procédure actuelle.

Le cas de Delattre Levivier Maroc est significatif des difficultés que connaît l’industrie métallique au Maroc. Il rappelle celui d’un autre représentant du secteur, également coté en bourse : Stroc Industrie. Cette entreprise vient, le même jour, d’être déclarée en cessation de paiement et placée en redressement alors qu’elle bénéficiait jusqu’à présent de la sauvegarde. La décision a été rendue par le même tribunal qui a statué sur le dossier Delattre.

Stroc Industrie officiellement en cessation de paiement

On s’y attendait, on y est. Stroc Industrie n’est plus en sauvegarde judiciaire. La société cotée en bourse vient de basculer en redressement. Le tribunal de commerce de Casablanca s’est prononcé ce jeudi 17 février.

Le redressement survient à la demande de l’entreprise elle-même, transmise via Mohammed Touagani, son syndic judiciaire. Chargé jusqu’à présent de superviser la sauvegarde, cet expert-comptable a été reconduit dans ses fonctions et se chargera aujourd’hui de la nouvelle procédure. Il supervisera le redressement aux côtés du juge-commissaire Mehdi Salem.

Stroc aura quatre mois pour présenter une « solution » à ses difficultés. Son exposé sera appuyé par un rapport du syndic judiciaire, document censé dresser le bilan financier, économique et social de l’entreprise. A l’aune de ces conclusions, le tribunal statuera de nouveau sur le sort de la société : plan de continuation, cession ou… liquidation judiciaire.

Cette mise en redressement n’est pas un événement neutre. Le tribunal a constaté que Stroc Industrie est désormais « en cessation de paiement », c’est-à-dire que son actif disponible ne parvient plus à couvrir son passif exigible. Situation qui, officiellement, n’existait pas au moment de sa mise en sauvegarde en juillet 2018.

Le basculement vers le redressement traduit également les difficultés, pour Stroc, d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses créanciers. Ces engagements avaient été contenus dans un plan de sauvegarde sur cinq ans. Au cours des derniers mois, plusieurs créanciers ont saisi le tribunal pour réclamer « la résolution » de ce plan. L’entreprise elle-même avait demandé sa modification, arguant des complications liées au contexte de la pandémie.