Un an après le séisme, Marrakech confirme sa résilience

En ce mois de septembre 2024, nous revoilà dans les rues de Marrakech. Un an après le séisme, la ville a vite retrouvé son rythme habituel. Les souks bourdonnent à nouveau de vie, les touristes flânent dans les ruelles de la médina et la place Jemâa El Fna est animée comme à l’accoutumée.

Ce retour à la normale avait été constaté quelques semaines après le séisme, avec l’organisation réussie des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale du 9 au 15 octobre 2023, preuve de la capacité de la ville à se relever et à se renforcer face aux défis. L’organisation de cette grand-messe internationale, un mois seulement après le séisme, a été un moteur pour que la ville se ressaisisse rapidement.

« Cet événement d’envergure internationale a renforcé la mobilisation des autorités et des habitants, permettant à Marrakech de retrouver son dynamisme tout en jouant un rôle central dans le soutien aux zones environnantes plus affectées », nous déclare un opérateur touristique de la place.

Cela a également permis à la ville de préserver son statut de destination touristique internationale. Les chiffres sont éloquents : durant le mois d’octobre 2023, Marrakech a accueilli 291.903 touristes, contre 288.129 en octobre 2022, selon les chiffres de l’Observatoire marocain du tourisme.

A fin 2023, la ville était déjà à 3,3 millions d’arrivées touristiques, en hausse de 38% par rapport à l’année précédente. La tendance haussière s’est poursuivie début 2024 avec des pics d’affluence dès les premiers mois de l’année.

Dans les rues de la ville, les structures de soutien toujours présentes pour stabiliser les bâtiments touchés n’ont pas empêché les touristes de profiter pleinement de la ville. Par ailleurs, certains établissements, notamment des musées, ont subi un processus de reconstruction plus lent, peut-on constater.

Le défi de la reconstruction

Derrière cette reprise, les souvenirs du séisme restent malgré tout gravés dans les esprits. « Nous avons eu peur, mais nous avons aussi appris à être forts », déclare Laila, propriétaire d’un riad dans l’ancienne médina, dont l’établissement a été fortement touché par le séisme.

Comme beaucoup d’autres Marrakchis, elle se souvient de l’angoisse des premières heures, mais aussi de l’élan de solidarité qui a suivi. Comme beaucoup d’autres riads construits en pisé, sa structure avait été affaiblie. « Malheureusement, des ajouts en béton armé sur ces fondations traditionnelles ont aggravé la situation, entraînant des chutes lors du séisme », nous explique-t-elle.

Interrogée sur le processus de reconstruction, notre interlocutrice admet avoir fait face à une « nouvelle situation difficile, marquée par l’absence de business et de visibilité. Les sinistrés ne savaient pas toujours quelles autorisations demander pour effectuer les réparations, avant l’intervention des autorités locales et des subventions de l’Etat ».

Laila, qui n’a pas attendu l’intégralité de l’aide de l’Etat pour effectuer les travaux de reconstruction, affirme avoir reçu un premier virement, d’un montant de 250.000 DH, il y a environ trois mois, et attendre une seconde tranche de l’aide.

Après une fermeture en septembre, son établissement a rouvert en juillet. « La reprise a été excellente, voire meilleure qu’avant », affirme-t-elle.

Préserver l’identité architecturale de la ville

Riche de son patrimoine culturel, la ville de Marrakech a entrepris la rénovation de plusieurs sites touchés par le séisme, un an après la catastrophe.

Au niveau de la province de Marrakech, 3.335 dossiers de reconstruction ont été déposés, dont 3.076 ont obtenu des autorisations, soit environ 93% de l’ensemble des demandes, nous déclare Khalid Errami, chef de service des affaires foncières à l’Agence urbaine de Marrakech.

À ce jour, 2.020 chantiers ont été ouverts, représentant 66% des autorisations délivrées, ajoute le responsable.

Dans l’ancienne médina, qui est particulièrement complexe en raison de l’entrelacement des bâtiments, 2.551 dossiers ont été soumis et 2.341 ont déjà reçu des autorisations.

Notre interlocuteur n’omet pas les multiples contraintes de ce processus, notamment l’interdépendance des structures, la complexité des plans et les expertises nécessaires pour intervenir dans certaines zones.

La fragilité des anciens bâtiments a également un impact sur les bâtisses avoisinantes, rendant l’intervention des bureaux d’architectes difficile, explique-t-il.

Cependant, « des efforts considérables ont été déployés pour surmonter ces obstacles tout en préservant les caractéristiques architecturales traditionnelles et authentiques de l’ancienne médina », poursuit le responsable.

Du côté de l’Éducation nationale, après une évaluation pour déterminer l’impact du séisme sur les établissements scolaires, ces derniers ont été classés selon le degré d’affectation. « 154 établissements ont été identifiés pour réhabilitation, dont 76 complètement réhabilités », nous déclare Moha Ait Mellouk, directeur provincial de l’Education nationale à Marrakech.

Pour les autres, les taux d’achèvement des travaux varient entre 70 et 90% ». Les marchés pour lancer les travaux d’autres établissements seront lancés d’ici fin décembre ».

Une seconde tranche de travaux est prévue pour février, visant les 54 établissements les plus touchés, afin de garantir leur disponibilité pour les élèves avant la fin de l’année scolaire.

Soutenir les petits commerces

Pour assurer la reprise du commerce et de l’industrie dans les zones touchées, les autorités locales ont mis en place un plan d’action spécifique en collaboration avec la Chambre de commerce et le ministère de l’Industrie et du commerce.

En effet, un recensement des points de vente sinistrés a été réalisé, permettant de recueillir des données précises sur l’impact du séisme. 2.323 points de vente ont été recensés, dont 58% dans la province d’Al Haouz, 24% à Chichaoua, et 18% à Marrakech, nous explique Mohamed Essafi, délégué régional du commerce et de l’industrie à Marrakech-Safi.

Pour soutenir ces commerces, une enveloppe budgétaire totale de 136 millions de DH a été allouée, répartie en trois tranches :

– 20% de l’aide totale est accordée sur la base de la demande déposée par le commerçant dont le local a été recensé et expertisé, et dont le dossier a été approuvé par les comités local et central.
– 50% de l’aide est versée après que le commerçant ait fourni l’autorisation de reconstruction ou de rénovation, ou tout autre document équivalent délivré par les autorités compétentes.
– 30% de l’aide restante est versée à la fin des travaux, après que le commerçant ait soumis une attestation de fin des travaux délivrée par l’architecte ou toute autre attestation de conformité fournie par les autorités compétentes.

(Source : ministère de l’Industrie et du commerce)

En plus des remboursements liés à la reconstruction ou à la réhabilitation, chaque point de vente bénéficie d’une enveloppe de 20.000 DH pour l’équipement et la modernisation.

Le processus de remboursement progresse selon le responsable, avec une expertise en cours à Al Haouz, tandis que les commerçants de Marrakech et Chichaoua seront prochainement évalués pour garantir des remboursements « en temps opportun ».

Interrogé sur le processus de reconstruction des commerces, notre interlocuteur explique que cette opération est intimement liée à l’Habitat, notamment dans les rues où les points de vente se trouvent sous des habitations.

Cette réalité rend les interventions complexes et impose que certaines actions soient menées après la finalisation des reconstructions.

(Source : ministère de l’Industrie et du commerce)

Aéroport de Béni Mellal : la reprise programmée en mai prochain, avec un vol vers Barcelone-Gerone

La reprise du trafic aérien, à raison de trois vols aller-retour par semaine desservant les destinations les lundis, vendredis et dimanches, intervient après un long arrêt durant lequel aucun vol n’avait été assuré depuis ou à destination de Béni Mellal.

L’aéroport prévoit également trois nouveaux vols pour Milan dans un avenir proche, souligne la même source. Des projets sont en cours pour étendre les liaisons vers des villes européennes populaires parmi les ressortissants et étudiants de la région, telles que Paris, Madrid, Bruxelles, Amsterdam, Marseille, Francfort, Rome et bien d’autres.

Il est à rappeler que ces vols ont bénéficié du soutien financier de la région de Béni Mellal-Khénifra, qui a contribué à renforcer plusieurs connexions aériennes et à développer davantage le tourisme local.

Ciment : le manque de visibilité et la hausse des taux vont peser sur les ventes

L’an dernier, la guerre en Ukraine a provoqué en quelques mois une forte évolution des prix des matières premières, entraînant une inflation inédite depuis trente ans au Maroc. Cette situation a impacté de nombreux secteurs économiques comme l’immobilier, la construction et naturellement les cimentiers.

La hausse des matériaux de construction a fortement perturbé le secteur, avec une mise à l’arrêt de nombreux chantiers, affectant au passage la consommation de ciment l’an passé. D’après les derniers chiffres de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), les ventes de ciment ont affiché un recul exceptionnel de 10,65% à près de 12,5 millions de tonnes (Mt) l’an dernier. Une baisse qui est encore plus forte que celle accusée en 2020, après trois mois d’arrêt total des chantiers durant le confinement, qui avait entraîné une chute de 10% de la consommation.

Dans un communiqué diffusé le 7 février, l’APC soulignait que « la contraction de la demande constatée en 2022 ramène le niveau de la consommation nationale de ciment à celui de 2007 (hors 2020, année du Covid) ».

Mais à quoi peut-on s’attendre cette année pour ce qui est de la consommation de ciment et du comportement du marché de la construction immobilière qui capte près des trois quarts de la consommation nationale ?

S’il est naturellement très difficile de prévoir le comportement des ventes de ciment et du marché immobilier sur l’année entière, 2023 démarre plutôt mal. En janvier 2023, la consommation de ciment a chuté de 6% par rapport à la même période en 2022 à un peu plus de 1 Mt, dans la même tendance baissière qu’en 2022. Plusieurs facteurs ne laissent pas présager une amélioration dans les mois à venir.

Une demande atone, dans l’expectative

Le marché est toujours dans une phase expectative concernant les aides au logement directes aux primo-accédants. Alors que les promoteurs immobiliers retardent leurs projets de construction du fait de l’incertitude, les acheteurs temporisent également de leur côté, attendant d’en savoir plus sur ce fameux programme.

« Le secteur navigue a vue car le gouvernement a annoncé un programme d’aides directes aux acquéreurs, sur proposition de la FNI et actuellement, à presque mi-février, il n’y a toujours pas de décret d’application. Jusqu’à quand, ça nous ne le savons pas », nous confie une source au sein de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).

Outre la forte hausse des intrants et l’inflation globale, le secteur a également été touché sur le volet de l’offre. De nombreux chantiers sont à l’arrêt ou en attente de plus de visibilité pour redémarrer. « Il faut préciser que la conjoncture a fait qu’en 2022, les demandes d’autorisation de construire ont baissé de 50% par rapport à l’année précédente. Les demandes de crédits bancaires ont également reculé, car le risque devient trop important », poursuit notre interlocuteur. Un chiffre qui explique notamment la tendance baissière affichée l’an dernier en termes de consommation de ciment.

Un effet nuisible attendu de la hausse des taux sur l’offre et la demande

En effet, en 2022, d’après les derniers chiffres des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib, le crédit aux promoteurs est le seul segment qui a connu une baisse de son encours. Alors que l’encours global du crédit bancaire a connu une évolution de 7,6%, celui des promoteurs a baissé de 2% à 54,8 MMDH.

Les deux récentes hausses du taux directeur opérées par BAM en fin d’année ne vont pas améliorer les choses. Si la transmission tardera probablement plusieurs mois à se répercuter sur les taux débiteurs, l’effet impactera le secteur immobilier ainsi que les ventes de ciment.

Contactée à ce sujet, l’APC nous explique : « L’impact de cette mesure devrait être mécanique sur le secteur de la construction via les niveaux de taux et les niveaux de l’encours des crédits immobiliers à venir, aussi bien pour les acquéreurs, les promoteurs immobiliers et l’auto-construction. L’effet s’en ressentira à coup sûr dans les prochains mois. »

Avec un pouvoir d’achat rogné par l’inflation, la hausse des taux sera sans doute une épine de plus dans le pied du secteur.

En l’absence totale de visibilité, le secteur cimentier peut compter sur certains leviers. Comme le déblocage du dossier des aides aux logements. « Le secteur du logement et de l’autoconstruction devrait être également dynamisé, aussi bien dans le monde rural qu’urbain, par une plus grande fluidité dans les démarches administratives et la mise en place de mesures incitatives pour la promotion du secteur », indique l’APC. Le secteur compte également sur le maintien de l’investissement public en 2023 pour poursuivre les projets d’infrastructure représentant 20% de la consommation nationale de ciment.